Un grand merci à FreakCircus qui a relevé une monstrueuse coquille dans le chapitre précédent (qui a été corrigée depuis :p ).

J'en profite pour vous dire à quel point je trouve votre assiduité et votre perspicacité sur cette histoire assez hallucinantes. Rien ne vous échappe, vous vous souvenez d'événements passés qui m'étaient sortis de la tête parfois! J'aime vraiment beaucoup que vous me fassiez part de vos interrogations, de vos sentiments (j'adore quand vous vous énervez contre certains personnages!), parfois de vos pronostics sur la suite des événements.

Certains d'entre vous semblent "vivre" cette histoire, et c'est le meilleur des cadeaux qu'on puisse faire à un auteur.

Alors encore une fois merci pour tous vos gentils commentaires, qui participent à l'alimentation de mon imagination.

Place au chapitre!

Chapitre 36: pas à pas.

"Je crois qu'on tient quelque chose!" lance Shikamaru en faisant irruption dans le bureau de Kakashi.

"Le chirurgien lève le nez de son bureau.

"Bonjour" lâche-t-il d'un ton agacé, pour signifier à l'externe qu'il aurait au moins pu attendre d'avoir la permission d'entrer.

Mais Shikamaru ne semble pas perturbé par son manque de politesse, tant l'excitation qui le tient est à son sommet. Il s'affale dans l'un des fauteuils qui font face à Kakashi et tend une liasse de feuilles au chirurgien.

Kakashi pousse un soupir et commence à parcourir les premières lignes du document. De toute façon, ce gamin est tellement borné: tant qu'il n'aura pas eu ce qu'il veut, il est capable de rester planté là dans son bureau!

Au bout de quelques secondes, Kakashi fronce les sourcils.

"C'est ça ton scoop? Ca veut rien dire" lance-t-il en posant la liasse de feuilles d'un geste nonchalant sur le coin de son bureau.

Shikamaru lève les yeux au ciel devant le peu de motivation du chirurgien.

"C'est bien évidemment un document codé. Ce fichier était bien caché, Saï a galéré pour craquer toutes les sécurités et récupérer le contenu. Il faut absolument qu'on trouve la clé de cryptage. Vu le mal qu'ils se sont donné pour planquer ce fichier, c'est évident qu'il contient des données essentielles!"

"Génial Shikamaru, tu veux que j'appelle mon contact à la CIA pour qu'il nous aide," rétorque ironiquement Kakashi.

Shikamaru se renfrogne, puis croise les bras et répond d'un air buté:

"Vous aviez dit que vous alliez nous aider."

Kakashi se lève et tourne le dos à l'externe. Il laisse son regard dériver sur le paysage en contrebas. Quelques minutes s'écoulent silencieusement.

"Sérieusement Shikamaru, tu crois vraiment qu'Orochimaru est assez bête pour utiliser un pauvre codage que même un scout pourrait décrypter? Il a y des milliers de possibilités, il faudrait un ordinateur surpuissant pour décrypter ce truc."

"Il y a sûrement un moyen..." lâche Shikamaru, déjà perdu dans une réflexion intense.

Kakashi pousse un nouveau soupir agacé.

"Bon allez, laisse-moi travailler maintenant. Vous avez trouvé un fichier secret, c'est super. Reviens me voir quand vous l'aurez décodé ok?" lance le chirurgien en tendant le paquet de feuilles à Shikamaru.

"Vous pouvez les garder" répond l'externe en se levant. "On a fait des doubles. Et puis on ne sait jamais, s'il vous vient une idée pour la clé de décodage."

Shikamaru salue le chirurgien et quitte son bureau, un peu frustré. Pas tant par l'attitude de Kakashi que par l'évidence. Parce que le chirurgien a raison, le décodage risque de s'avérer impossible.

Alors que la porte se referme sur l'externe, Kakashi reprend les feuilles en main.

Une simple succession de lettres, séparées par des espaces pour former ce qui semble être des mots.

Sans s'en rendre compte, Kakashi commence à réfléchir, avant de secouer la tête au bout de quelques secondes. Comme s'il allait pouvoir déchiffrer ce truc, là debout dans son bureau, en un claquement de doigt! L'ôpiniatreté de Shikamaru serait-elle virale?

Kakashi glisse les feuillets dans le classeur qu'il ramène tous les soirs à la maison. Avec tout ce qu'il doit abattre comme travail, ce n'est vraiment pas la priorité, n'en déplaise au petit Nara.

Kakashi fait un bond en arrière lorsqu'il ouvre la porte de son bureau.

"Ah désolé je t'ai fait peur" lâche Iruka, qui se tient juste devant lui, la main encore en l'air alors qu'il s'apprêtait à frapper à la porte.

Kakashi retrouve vite sa contenance, mais Iruka reprend déjà:

"Le bloc vient d'appeler, notre patient est prêt."

"Ok, et bien on y va alors!" répond Kakashi en passant une main dans le dos de son interne pour le pousser dans le couloir.

Ils parcourent les quelques mètres qui les séparent de l'ascenseur en silence. Kakashi observe discrètement Iruka. Une fois à l'intérieur de l'ascenseur, le chirurgien demande à son interne:

"Quelque chose te tracasse Iruka?"

Le jeune homme lève les yeux et croise le regard presque inquisiteur de son chef. Il hésite avant de répondre:

"C'est... C'est vrai que tu vas choisir Yoroi?"

Kakashi ne comprend pas immédiatement. Mais ses yeux s'écarquillent alors qu'il percute enfin.

"Qui t'a dit ça?"

"Personne. Ce sont des bruits qui circulent... Al'internat, et à l'hôpital."

Kakashi prend une posture nonchalante et répond:

"Visiblement tout le monde connait mieux que moi la décision que je n'ai pas encore prise alors."

Iruka n'ose pas croiser le regard de son chef, mais au fond ce qu'il vient de lui dire le rassure.

"Ah." se contente-t-il de répondre.

C'est ce ah qui finit cependant d'agacer Kakashi. Non pas qu'il en veuille à Iruka de se poser des légitimes questions sur son avenir. Mais le petit jeu de pression psychologique que se jouent les internes, il le connait bien. Et il connait aussi assez Iruka pour savoir que l'interne lui cache quelque chose.

Tandis que l'ascenseur s'immobilise au niveau du bloc, Kakashi laisse passer Iruka avant de le saisir par le bras et le faire entrer dans la réserve qui jouxte le vestiaire.

Iruka est surpris par la fermeté de la main de Kakashi autour de son bras. Il lève un regard interrogatif vers son chef. Leurs visages ne sont qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et Iruka sent le souffle léger de Kakashi effleurer sa peau.

"Iruka, je veux que tu me dises ce qui circule exactement à l'internat. Et je veux que tu me le dises maintenant, avant qu'on entre au bloc. Parce que j'ai besoin d'avoir un interne concentré et efficace, pas perturbé par je-ne-sais quelle rumeur, ok?"

Iruka se raidit, il va devoir tout lâcher à Kakashi. L'interne hésite, mais la main ferme de Kakashi ajoute un peu de pression sur son bras.

"Plusieurs internes ont dit que ce serait forcément Yoroi le prochain chef de clinique, parce que... Toi et moi... Enfin... Tu ne pourrais pas faire autrement que de choisir Yoroi parce que..."

Kakashi laisser passer quelques secondes tandis que son interne semble se décomposer sous ses yeux. Et puis le chirurgien comprend.

"Parce qu'on a couché ensemble, c'est ça?"

Iruka baisse le nez en hochant la tête, et ne voit pas que Kakashi a commencé à sourire. La candeur du jeune homme le fera décicément toujours craquer.

Kakashi prend volontairement son temps pour poursuivre, et lâche enfin le bras d'Iruka pour poser ses deux mains sur les épaules du jeune homme.

"Iruka, je n'ai pas encore pris ma décision. Mais je peux te promettre que ce qui s'est passé entre nous n'aura aucune influence sur mon choix. Je me fous de ce que pensent les autres. Mais j'espère sincèrement que toi tu crois en mon intégrité professionnelle. Ce sont vos compétences professionnelles que je suis censé évaluer, et c'est ce que je ferai. Iruka regarde-moi".

L'interne lève timidement la tête vers son chef et croise un regard à la fois ferme et amical.

"Concentre-toi sur ton travail Iruka. Le poste de chef de clinique, je l'attribuerai au meilleur chirurgien des deux. Tu as encore deux ans d'internat, et c'est au bloc que tu dois me montrer ce que tu sais faire."

Iruka acquiesce. Kakashi voit la petite lueur de détermination se rallumer dans les yeux bruns du jeune homme. Le chirurgien laisse passer Iruka devant lui, et tandis que les deux hommes pénètrent dans le bloc, Kakashi lui chuchote à l'oreille:

"Et rassure-toi, coucher avec Minato ne m'a pas empêché d'obtenir le poste de chef."

Alors que Kakashi part devant, Iruka marque un temps d'arrêt. Il n'avait jamais réfléchi à ça, mais effectivement, Kakashi a été dans une situation asez similaire à la sienne auparavant. Pire, Kakashi a dû se défendre tout seul. Bref, Iruka sait à présent que Kakashi n'a pas encore pris sa décision, et que tous les rumeurs colportées ne sont que foutaises. Et si le jeune homme est convaincu d'une chose, c'est bien de l'intégrité de Kakashi. Alors il entre dans le bloc d'un pas décidé, prêt à montrer ce qu'il vaut avec un bistouri dans les mains.

...

"Temari, on a une entrée. Tu peux venir?"

La chef de clinique de gynécologie pousse un soupir las. Sa garde a commencé depuis quelques heures seulement mais les consultations s'enchainent déjà. La gynécologie est une spécialité stressante par définition. D'ailleurs ce soir, sa jeune interne de premier semestre semblait tellement paniquée que Temari n'a pas eu le coeur de la laisser dans un tel état de stress. En tant que médecin de garde, elle a préféré renvoyer l'interne chez elle, tellement la jeune femme semblait en détresse, incapable de faire son travail correctement. Temari n'a surtout pas eu la patience d'essayer de raisonner la jeune femme et a choisi la solution de facilité, elle le sait. La salle d'attente déjà bondée a eu raison de sa patience.

Temari saisit le dossier et pénètre dans la salle de consultation. Elle salue la patiente, le nez plongé dans le dossier. Mais elle pâlit à la lecture du nom inscrit en haut de la première feuille.

"Bonsoir Temari"

"Bon...Bonsoir Professeur. Je... Je vais appeler le Professeur Jiraya, je crois que c'est ..."

Kurenaï sourit, malgré l'inquiétude visible sur son visage.

"Ce n'est pas la peine Temari. Jiraya m'a dit que tu étais très compétente. Fais ton travail, comme pour n'importe qui d'accord?"

"Vous n'êtes pas n'importe qui" marmonne la jeune interne en s'installant à côté de la pédiatre.

Temari prend une petite inspiration, ferme les yeux juste le temps de se concentrer, et lève les yeux vers Kurenaï.

"Bon que se passe-t-il?"

A l'autre bout du service, le Professeur Jiraya vient de faire son apparition dan le poste infirmier.

"Bonsoir Mesdames!" lance-t-il d'un ton emphatique.

Les infirmières et sage-femmes de garde lève un regard interrogateur vers le médecin, qui reprend:

"J'ai entendu dire que notre nouvelle interne n'était pas rassurée pour sa première garde. Je viens voir si elle s'en sort."

Jiraya a beau être exubérant, il n'en est pas moins soucieux du bien-être de ses étudiants. Contrairement à certains de ses confrères, qui laissent volontairement leurs internes galérer et stresser, il est persuadé qu'un interne apprend beaucoup mieux dans un environnement serein et sécurisé. Mais il fronce les sourcils quand il apprend que c'est Temari qui assure finalement la garde seule.

Il pensait que sa nouvelle petite interne avait compris qu'elle pouvait compter sur ses supérieurs. Le fait qu'elle ait choisi la fuite plutôt que d'affronter la difficulté n'est pas très encourageant pour sa future carrière. Jiraya aurait préféré qu'elle se prenne en main et qu'elle assure sa garde, quitte à appeler le médecin de garde au moindre doute. C'est comme ça qu'on apprend à se responsabiliser, à devenir un vrai médecin, conscient à la fois de ses capacités, de ses responsabilités et de ses limites.

Jiraya pousse un soupir frustré en prend la direction de la salle de consultation. Il va aussi falloir qu'il parle à Temari. La jeune femme a toujours eu un naturel solitaire mais elle est chef de clinique maintenant. Elle a franchi la barrière, est passée du côté des médecins, de ceux qui impressionnent les étudiants mais qui se doivent d'être à la fois exigeants et formateurs avec eux. Si elle ne prend pas sur elle et renvoie les internes chez eux à la moindre marque de faiblesse, elle risque d'acquérir rapidement une réputation de mauvaise formatrice.

Le Professeur décide d'attendre que Temari ait fini sa consultation. La porte s'ouvre sur les deux femmes et laisse, pour une fois, Jiraya sans voix.

Kurenaï sourit tandis que Temari pousse un soupir de soulagement. Mais la pédiatre ne lui laisse pas le temps de demander à Jiraya de contrôler son travail.

"Tiens bonsoir Jiraya. Tu as été appelé pour une urgence?"

"Non, je passais juste voir comment s'en sortait ma nouvelle interne. Mais toi que fais-tu là? Il y a un problème?" répond le gynécologue en se tournant vers sa chef de clinique, une once d'inquiétude dans la voix.

Temari s'apprête à répondre mais Kurenaï ne lui en laisse à nouveau pas le temps.

"Non, juste une inquiétude. Mais Temari m'a complètement rassurée. J'ai fait une chute sur le carrelage de ma cuisine, et j'ai ressenti quelques douleurs qui m'ont poussée à consulter."

"Ah" répond Jiraya. "Tu ne veux pas que je jette un coup d'oeil en échographie?"

La pédiatre secoue la tête en souriant.

"Pas la peine. Temari vient de me faire une écho. Tout va bien. Je suis complètement rassurée. Je rentre chez moi avant qu'Asuma ne s'inquiète" déclare Kurenaï en s'éloignant, avant de se retourner pour ajouter:

"Merci beaucoup pour ton professionnalisme Temari."

La jeune chef de clinique hoche la tête et pousse un petit soupir de soulagement. Le Professeur laisse passer quelques secondes avant de déclarer:

"Bon, je vois que je ne me suis pas trompé en te nommant chef de clinique. Ce n'est jamais facile de prendre en charge des gens que l'on connaît. Tu aurais pu m'appeler tu sais."

"Je sais, mais le Professeur Yûhi a catégoriquement refusé. Je vous avoue que j'aurais préféré que vous regardiez l'écho."

Le gynécologue lui offre un regard compatissant.

"Tu as vérifié la vitalité du foetus?"

Temari hoche la tête.

"Tu as vérifié la position du placenta. Tu n'as pas vu de saignement actif?"

La jeune femme semble se remémorer sa consultation au fur et à mesure des questions de son chef.

"Tu as vérifié les constantes du Professeur Yûhi et tu as vérifié que son col était bien fermé?"

Temari hoche de nouveau la tête. Son visage semble à présent montrer un assurance qu'elle n'avait pas en sortant de consultation.

"Donc tu as bien fait ton travail, et tu as laissé ta patiente rentrer chez elle en toute sécurité, pour elle et son bébé." conclut Jiraya d'un ton franc.

Les deux gynécologues commencent à remonter le couloir et Jiraya pose une main paternelle sur l'épaule de Temari.

"Tu es un bon médecin Temari. Je t'ai formée et je sais que tu es compétente. Maintenant tu dois voler de tes propres ailes et apprendre à te faire confiance."

La jeune femme hoche une nouvelle fois la tête, tandis que le gynécologue reprend:

"Mais tu dois aussi apprendre à faire confiance aux autres. J'ai appris que tu avais renvoyé l'interne chez elle."

Temari se raidit immédiatement. Mais Jiraya lui offre un sourire compréhensif.

"Elle était complètement paniquée. Elle tremblait des pieds à la tête. Honnêtement elle était incapable de faire quoi que ce soit."

"Je comprends. Tu as fait ce qui te semblait juste à ce moment-là. Mais tu dois aussi transmettre ton savoir Temari. Et pas seulement en matière de gynécologie. Ca fait partie de notre travail d'apprendre aux étudiants à gérer la pression et les responsabilités."

Tandis que les deux médecins rejoignent la salle de garde, Temari prend conscience que son rôle ne se limite plus à faire son travail de gynécologue. Elle doit à présent accompagner les générations futures et transmettre son savoir et son expérience. Elle doit agir comme ses prédécesseurs, comme le Professeur Jiraya l'ont fait pour elle. C'est ainsi que fonctionne la formation des médecins. Une sorte de compagnonnage qui a fait ses preuves.

"Bon, je vais prendre cette interne en main dès demain. Mais ne comptez pas sur moi pour la biberonner non plus hein!"

Jiraya offre un sourire rayonnant à sa chef de clinique. Temari a compris. Il ne peut s'empêcher de répondre, d'un ton taquin:

"Ne sois pas trop dure non plus. Je t'ai beaucoup biberonnée au début toi aussi!"

Le gynécologue part devant en chantonnant sous le regard outré de Temari.

"Vous rigolez ou quoi?" s'exclame-t-elle en se lançant à sa poursuite.

Les deux gynécologues continuent de se chamailler sous le regard hilare du reste du personnel de garde. Ces deux-là s'entendent commme chien et chat, mais forment une belle équipe.

...

A l'internat, et malgré l'heure tardive, Iruka est encore en train de plancher sur un dossier. Shizune frappe doucement à la porte avant d'entrer.

"Iruka? Appelle-t-elle d'une voix douce. Tu travailles encore à cette heure-là?"

L'interne de chirurgie cardio-thoracique se contente de hocher la tête.

Son amie s'asseoit au pied de son lit et laisse passer quelques secondes avant de demander:

"Alors, tu as parlé à Kakashi?"

Iruka pose son stylo, referme son dossier et se tourne lentement vers Shizune. Elle est évidemment au courant des rumeurs qui circulent à l'internat sur les postes de chef de clinique. Et c'est elle qui a l'a poussé à en parler directement à son chef.

"Oui, j'ai parlé à Kakashi" déclare le jeune homme d'un ton neutre.

"Et?" répond la jeune femme sur un ton à la fois inquiet et impatient.

"Il n'a pas encore pris sa décision."

Un court silence envahit la petite chambre, tandis que Shizune digère l'information.

"Et bien tu devrais plutôt être content. Ca confirme que Yoroi raconte n'importe quoi. Ca m'étonnait de Kakashi aussi..."

Mais Iruka ne la laisse pas finir.

"Bon tu me laisses maintenant? Je dois finir de potasser ce dossier" déclare Iruka en tournant le dos à son amie.

Shizune hésite et se lève. Mais au lieu de quitter la pièce, elle s'approche d'Iuka et l'enlace, avant de murmurer au creux de son oreille:

"Dis-moi ce qui ne va pas."

Iruka secoue la tête, agacé, mais la pression autour de son torse se fait plus forte, l'empêchant d'écrire. Il sait qu'il doit rendre les armes, une fois de plus, face à son amie de toujours.

Alors le jeune homme pousse un long soupir.

"Je ne peux pas effacer le passé Shizune. J'ai couché avec mon chef, tout le monde est au courant. Quoi que Kakashi décide pour le poste de chef, cela restera comme une marque au fer rouge là, en plein milieu de mon front" déclare-t-il en pointant son front de son index.

Shizune s'écarte un peu et répond:

"Effectivement tu ne peux pas effacer le passé."

La jeune femme tourne le fauteuil de son ami pour lui faire face.

"Je vais te poser deux questions Iruka. La première est : regrettes-tu ce qui s'est passé avec Kakashi?"

Iruka prend quelques secondes pour réfléchir.

"Non... Enfin, oui un peu."

Shizune secoue la tête avant de reprendre.

"Iruka, oublie les conséquences, le poste de chef et tout ça, et réponds-moi honnêtement. Regrettes-tu d'avoir aimé Kakashi, regrettes-tu les moments intimes que vous avez passés ensemble?"

Iruka lève un regard triste vers son amie.

"Non."

Le ton est franc et sincère.

"Ma deuxième question est: penses-tu qu'avoir couché avec Kakashi fait de toi un mauvais chirurgien?"

Iruka lance un regard outré vers son amie.

"Bien sûr que non!"

Shizune croise les bras et prend quelques secondes pour scruter le jeune homme. Puis elle répond d'une voix ferme:

"Bon alors résumons. Tu ne regrettes pas ta relation avec Kakashi, et cela n'affecte pas ton travail."

Shizune marque un temps d'arrêt. Elle prend une grande inspiration et reprend d'un ton assuré:

"Je ne comprends pas pourquoi tu accordes tant d'importance à ce que pensent les autres. Si tu ne regrettes rien et que tu continues à bien bosser, qu'est ce que ça peut te foutre de ce que pensent les autres? Regarde Kakashi, il a couché avec le Professeur Uzumaki, et ça ne l'a pas empêché de devenir chef de cardio-tho."

Iruka lève un sourcil, avant de sourire.

"Kakashi m'a dit exactement la même chose."

"Et bien tu vois! Kakashi se fout de l'avis des autres. S'il y a bien une qualité qu'on doit lui reconnaître, c'est l'intégrité. Il choisira le plus compétent des deux, un point c'est tout. A toi de faire tes preuves."

Iruka hoche la tête, conscient que Shizune a totalement raison. Ce qui est fait est fait. Il doit prendre exemple sur Kakashi, qui a su s'imposer malgré les circonstances. Mais le jeune homme n'est pas sûr de posséder la même force de caractère que son chef.

"Iruka, reprend Shizune d'une voix plus douce, j'ai une dernière question."

Iruka prend un air pincé.

"Tu avais dit deux questions"

Shizune pousse un soupir agacé, qui fait sourire son ami.

"Si tu devais, actuellement, choisir entre Kakashi et le poste de chef de clinique en cardio-tho, que ferais-tu Iruka?"

Le jeune homme se raidit. Il ne s'attendait pas à cette question, et n'a pas vraiment envie d'y répondre.

"Je crois que la question ne se pose pas pour l'instant."

Shizune lève les yeux au ciel. Dieu qu'Iruka peut être stupide parfois!

"Iruka, gronde-t-elle, arrête de te faire plus idiot que tu ne l'es!"

L'interne pousse un long soupir, teint de tristesse.

"En gros tu me demandes de choisir entre Kakashi et ma carrière."

Shizune hoche fermement la tête. Elle sait qu'il y a un peu de cruauté dans sa question, mais ne semble pas vouloir céder.

"Je suis incapable de choisir entre les deux" déclare Iruka tristement.

"Et bien ne choisis pas alors!" rétorque Shizune. "Débrouilles-toi pour avoir les deux!"

Iruka lève un regard déapprobateur vers son amie.

"Ce n'est pas poss..."

"Bien sûr que si c'est possible! C'était quoi le leitmotiv de Kakashi? Tout ce que tu veux.. Tout ce que..."

"Tout ce que tu veux, fais en sorte de l'obtenir" répond laconiquement Iruka.

"Ah oui! Tout ce que tu veux, fais en sorte de l'obtenir. Bon, tu veux le poste de chef de clinique."

Hochement de tête.

"Et tu veux Kakashi."

Iruka a un temps d'hésitation mais Shizune reprend, un brin d'énervement dans la voix:

"Iruka, tu es amoureux de Kakashi, ça crève les yeux. Tu es amoureux depuis le premier jour. Ce n'est pas une question, c'est un état de fait. Alors oui, tu veux Kakashi."

Iruka lève les yeux au ciel pour le principe. Son amie poursuit:

"Je ne vois pas ce qui t'empêcherait d'avoir les deux. Alors tu vas te bouger les fesses et agir. C'est compris?"

Iruka fronce les sourcils, et semble réfléchir, ce qui achève d'énerver Shizune.

"Iruka! Il n'y a rien à réfléchir! Tu ne peux pas vivre ta vie en ayant des remords! Alors tu vas bosser, et obtenir le poste de chef de clinique. Et puis tu vas avouer une bonne fois pour toutes tes sentiments à ce crétin de Kakashi, c'est compris?"

Iruka ne peut s'empêcher de lever un regard outré vers son amie.

"Kakashi n'est pas un crétin."

"Oh si c'est un crétin! Et toi aussi d'ailleurs! J'ai jamais vu de ma vie deux crétins aussi... crétins!"

Iruka et Shizune se regardent avant d'éclater de rire. La tension vient de retomber d'un coup. Le jeune homme se lève et enlace sa meilleure amie.

"Tu sais que tu es une amie formidable" murmure-t-il au creux de l'oreille de Shizune.

La jeune femme sourit à son tour.

"Oh oui je le sais" répond-t-elle avec emphase, ce qui provoque un nouvel éclat de rire.

...

"Alors, vous voulez voir quoi?" lance Naruto.

Tandis que Saï et Hinata lisent consciencieusement les résumés des différents films à l'affiche, Naruto sautille d'impatience sur le parvis du cinéma. Sasuke, les mains dans les poches, a juste l'air de se demander ce qu'il fait là.

"Hmm, "Ghost in the shell" me tente bien" déclare Saï.

""la jeune fille et son aigle" a l'air bien aussi" répond Hinata.

Les deux amis se tournent vers leurs camarades pour leur demander leur avis. Naruto semble se ficher complètement du choix du film. Tant qu'il peut s'asseoir à côté d'Hinata, ça lui va.

Sasuke semble lui aussi assez indifférent. Saï s'approche de l'externe.

"Sasuke, ça va?"

Le jeune homme hoche la tête, mais semble mal à l'aise. Saï lui offre un sourire franc et pousse gentiment son camarade vers la file d'attente. Tandis que les autres le suivent, il reprend:

"Allez, on va se décider dans la file."

Naruto tente maladroitement d'attirer l'attention d'Hinata en lui chatouillant le cou du bout des doigts. La jeune femme se met à rire et les deux amoureux continuent de s'asticoter gentiment tandis que la file avance vers le guichet.

"Ils sont mignons tous les deux, tu ne trouves pas?" chuchote Saï dans l'oreille de Sasuke.

Le souffle du jeune homme a fait frémir Sasuke. Et cela n'a pas échappé à Saï.

Sasuke se contente de hausser les épaules. Quand Saï est près de lui, il a l'impression de perdre ses moyens. Et ça l'agace. Non, en fait ça l'effraie. Pire, Saï semble tout à fait conscient de ce qu'il provoque chez lui. Si Saï lui proposait d'aller plus loin... Enfin... Peut être qu'il se fait des idées. Non c'est sûr, il se fait des idées. Saï est un bon ami c'est tout. Il essaye juste d'être sympathique avec lui. Parce que Saï est sympathique, et charmant. Et.. Et rien du tout d'ailleurs! En tout cas rien de plus qu'un ami de fac...

Tandis que Sasuke poursuit sa séance d'auto-torture mentale, les quatre amis se dirigent vers la salle. Ils ont finalement choisi "Ghost in the shell". Sasuke s'engage dans l'une des travées, suivi par Hinata. Naruto prend place à côté de son amoureuse. Saï fronce les sourcils avant de s'asseoir à côté de Naruto, un peu frustré d'être aussi loin de Sasuke.

Hinata jette un oeil à Sasuke, qui a déjà les yeux rivés sur l'écran, puis à Naruto, qui se tortille dans tous les sens pour tenter d'enlever son manteau en restant assis. La jeune femme se met à sourire, et se lève. Elle fait signe à Naruto de la laisser passer et déclare:

"Saï, tu veux bien qu'on échange nos places? J'aime mieux être au bord."

Excuse bidon, mais fort appréciée de son ami, qui ne perd pas de temps pour prendre place entre Naruto et Sasuke. Tandis que la lumière s'éteint dans la salle, Saï pose sa main sur l'accoudoir. Sasuke frissonne lorsqu'il sent le contact de la main de Saï sur la sienne.

"Oh pardon!" chuchote celui-ci en ôtant sa main.

Les deux externes se regardent dans la pénombre. Saï a juste le temps de voir Sasuke lui sourire avant que le film ne commence.

...

"Allo?"

"Bonjouuur! C'est Anko Mitarashi à l'appareil!" chantonne une voix de femme.

Kakashi ne peut s'empêcher de soupirer. Même s'il est flatté d'avoir remporté le concours, il a encore du mal à accepter l'idée de devoir aller jouer sur un plateau télé. Les jeunes sont ravis, bien sûr, mais ils ne mesurent pas bien les risques de la médiatisation. Ils sont avant tout médecins, pas musiciens. Mais à ce moment précis, il lui semble difficile de reculer.

"Bonsoir. Que puis-je pour vous?"

"Et bien j'aimerais vous rencontrer, vous et tous les membres de Mescaline. Je dois vous expliquer comment va se dérouler votre passage dans mon émission."

Kakashi laisse passer quelques secondes avant de répondre:

"Et c'est vous qui faites ça? Vous n'avez pas un staff qui s'occupe de tout normalement?"

A l'autre bout du fil, l'animatrice sourit. Le chanteur de Mescaline semble plutôt clairvoyant dans son genre. Et ça lui plait.

"Kakashi, je peux vous appeler Kakashi?"

Sans attendre la réponse, Anko poursuit:

"J'attache une grande importance à la qualité de mon émission. D'habitude, les groupes que je reçois, même s'ils sont amateurs, sont habitués à la scène. Il ne me semble pas que ce soit le cas de Mescaline, je me trompe?"

C'est au tour de Kakashi de sourire.

"En effet. En gros vous avez peur qu'on se foire en direct."

Le rire cristallin d'Anko résonne.

"J'aime votre franc-parler. Il n'y a pas de raison que vous vous foiriez. Mais je pense qu'une petite mise au point s'impose avant votre passage télé. J'aimerais bien vous voir jouer en vrai aussi. Alors ce serait bien si vous pouviez venir au studio de KonohaSky. Disons vendredi prochain, en début d'après-midi?"

"Ah ça ne va pas être possible. Tous les membres du groupe travaillent et..."

"Vous allez bien pouvoir vous libérer non?"

"Non, c'est impossible" répond Kakashi d'un ton ferme. "On peut éventuellement se libérer samedi prochain."

Si Anko les veut tant que ça, elle va devoir faire quelques concessions. Il est hors de question que la musique empiète sur le boulot des membres du groupe.

Les secondes s'égrènent, silencieuses et l'animatrice finit par répondre.

"Ok, va pour samedi quinze heures. Comme je vous l'ai dit par mail, vous jouerez deux chansons en direct, une composition perso et une reprise. J'ai besoin de savoir samedi quelles chansons vous aurez choisies. Et puis amenez vos instruments."

Le ton est direct, presque autoritaire. Kakashi sent qu'il va bien s'amuser avec Anko. Elle a l'air d'avoir un sacré caractère.

"Nous aurons besoin d'un piano."

"Pas de souci."

"Ok, à samedi alors."

Kakashi raccroche après avoir salué l'animatrice. Il n'y a plus qu'à prévenir les autres.

...

Les jeunes ont décidé d'aller prendre un verre après la séance. Au bout de quelques heures agréables, il se résolvent finalement à rentrer. Naruto propose galamment à Hinata de la raccompagner. Et la jeune femme ne se fait pas prier.

Sasuke regarde ses deux amis s'éloigner avant de prendre lui aussi la direction de son appartement. Saï lui emboite le pas en silence.

"Tu n'es pas obligé de me raccompagner tu sais" marmonne Sasuke.

"Je sais, mais j'en ai envie" lâche Saï d'un ton volontairement le plus neutre possible.

Les deux jeunes hommes marchent sans un mot jusqu'à l'appartement.

"Bon ben, merci pour la soirée. A demain." déclare Sasuke en enfonçant sa clé dans la serrure de la porte d'entrée.

Saï hésite, et dans un élan instinctif attrape le bras de Sasuke.

"Attends" murmure-t-il tandis que le jeune Uchiwa se retourne.

Sasuke observe Saï quelques secondes, avant de se jeter sur lui pour l'embrasser. Si Saï espérait une fin de soirée de ce style, il ne s'attendait pas à ce que Sasuke en soit l'initiateur! La surprise passée, le jeune homme décide de prendre les choses en main. Tandis que le baiser se prolonge, Saï pousse Sasuke à l'intérieur du bâtiment et le plaque contre le mur du couloir avant de s'attaquer au cou de Sasuke.

Le jeune Uchiwa sent la pression de tout le corps de Saï contre le sien. Il est incapable de bouger, et en a-t-il seulement envie? Il se laisse emporter dans un tourbillon de désir, celui-là même qui le tient depuis des jours et des jours. Il sait que Saï n'attendait qu'un geste de sa part. Ce soir, il a enfin eu le courage de faire le premier pas. Et tandis que Saï remonte lentement le long de son cou pour s'accaparer une nouvelle fois ses lèvres, Sasuke décide de ne plus réfléchir. A cet instant il décide de rendre les armes, au moins pour ce soir.

"on monte?" sugère Saï, dont le regard empli de désir ne laisse aucun doute à Sasuke sur ses intentions.

Sasuke se contente de hocher la tête et saisit la main de Saï. Celui-ci n'attend pas d'être dans la chambre de Sasuke pour commencer à le déshabiller. L'impatience qui se lit dans ses yeux fait frissonner Sasuke. Saï, conscient de l'inexpérience du jeune homme, lui offre un sourire rassurant et le pousse vers sa chambre. La porte se referme sur les deux externes.

Ce soir, Sasuke s'autorise enfin à aimer, et à être aimé en retour.

...

Naruto est un peu dans le brouillard ce matin. Il se rappelle avoir raccompagné Hinata chez elle hier soir, et avoir loupé le dernier bus. Du coup il a dû rentrer à pied, ce qui explique la douleur lancinante desdit pieds ce matin, couverts d'ampoules. Il a bien dû se taper cinq ou six bornes à pied parce que cet enfoiré de Sasuke n'a pas été foutu de répondre à son téléphone pour venir le chercher en voiture. Son coloc devait être bien peinard en train de roupiller.

Alors quand la porte de la chambre de Sasuke s'ouvre, Naruto s'apprête direct à lui faire une remarque. Mais il reste sans voix (et c'est peu dire pour Naruto) lorsqu'il constate que c'est Saï qui lui fait face.

"Ben quoi, t'as vu un fantôme?" lance une voix derrière Saï.

Sasuke pousse sans ménagement son nouvel amant pour passer et rejoindre la salle de bain, sans un mot de plus.

Naruto le suit du regard, la bouche ouverte et les yeux écarquillés. Bon, visiblement Hinata avait raison. Mais l'image mentale de Saï et Sasuke en train de faire... des choses... C'est un peu trop pour un Naruto mal réveillé.

Saï, égal à lui-même, prend la direction de la cuisine et se sert un café.

"Tu... Et lui... Enfin vous..."

Saï pose un regard amusé sur son ami et se contente de hocher la tête.

"Ben merde alors!" se contente de répondre Naruto.

Saï préfère cependant prendre les devants.

"Ecoute Naruto, je préfèrerais que tu gardes ça pour toi ok? Tu connais Sasuke, il..."

"Ouais ouais j'ai compris. T'inquiète, je serai muet comme une tombe" le coupe Naruto.

Au fond, le blondinet est plutôt content pour Sasuke. Mais il connait bien son colocataire, et sait qu'il n'a pas intérêt à le taquiner sur le sujet.

Sasuke est vraiment une personne singulière. Il est capable de passser de la totale indifférence à l'emballement total. Au final, c'est Hinata qui a raison: Saï est sûrement le garçon le mieux placé pour comprendre (et supporter) le caractère à la fois taciturne et entier de Sasuke.

Naruto reste silencieux, semblant réfléchir, et finit par lâcher d'un ton ferme:

"Sasuke est un chic type. C'est mon ami. Alors tâche de ne pas le faire souffrir ok? Sinon je viendrai moi-même te pêter les dents c'est compris?"

Saï acquiesce, toujours aussi amusé par la situation, et par la réaction de Naruto.

Le franc parler de Naruto est distrayant, vraiment. Mais Saï a bien reçu le message. Sasuke, même s'il ne veut pas toujours l'admettre, a en la personne de Naruto un véritable ami, comme on n'en a pas beaucoup dans toute une vie.

...

"Iruka, je peux te parler deux minutes?"

L'interne se retourne pour faire face à son chef.

"Je n'ai pas trop le temps là, je vais au choix de stage" répond Iruka en prenant soin d'éviter de croiser le regard de Kakashi. Rien à faire, ça le met encore mal à l'aise.

"Je sais. C'est pour ça que je veux te parler. Tu as déjà choisi?"

"Non, j'hésite encore."

"Tu devrais prendre le stage de chirurgie vasculaire."

Iruka marque un temps d'arrêt, incertain de savoir comment prendre cette remarque. Il lui reste un stage hors cardio-tho à faire, mais il a encore le temps pour ça. Kakashi le pousserait-il à ne pas revenir en chirurgie cardio-thoracique au prochain stage? Chercherait-il à l'éloigner du service... ou de lui?

Le chef sent le trouble de son jeune interne. Merde, Iruka va croire qu'il ne veut pas de lui au prochain stage. Lui expliquer, vite.

"Attends, ne va pas penser que je ne veux pas que tu reprennes la cardio-tho. C'est juste qu'il n'y a qu'une place en chirurgie vasculaire. Et il y a plusieurs internes qui veulent faire cette spécialité. Ce stage risque donc d'être systématiquement pris. Il faut absolument que tu puisses avoir accès à ce stage, Iruka. Rien ne t'y oblige bien sûr, mais c'est le stage idéal pour finaliser ta maquette."

Ok, en fait Kakashi est en train de lui filer un tuyau pour réaliser le parcours parfait du futur chef de clinique de chirurgie cardio-thoracique. Reste à savoir s'il a donné le même conseil à Yoroi.

"Bon allez, vas-y. On se voit ce soir de toute façon."

Kakashi pâlit à la seconde même où il se rend compte de l'énorme boulette qu'il vient de commettre.

Trop tard, le regard suspicieux que lui jette Iruka achève de le dépiter.

"Comment ça ce soir?"

"Nan rien, oublie ce que je viens de dire ok?" déclare Kakashi d'un ton qu'il veut le plus neutre possible.

Iruka se met à sourire franchement cette fois.

"Laisse-moi deviner, vous avez préparé une fête surprise pour mon anniversaire!"

Les épaules de Kakashi s'affaissent de dépit. Pas la peine de nier, c'est trop tard. Le chirurgien lève un regard implorant vers son interne.

"Ne dis pas que j'ai gaffé, Shizune risque de me tuer."

"Ca c'est clair!" répond Iruka qui ne peut réprimer un rire devant la tête impayable que lui offre Kakashi. "Allez ne t'inquiète pas, je ne dirai rien aux autres."

Kakashi pousse un soupir de soulagement.

"Je suis vraiment désolé Iruka! J'ai gâché la surprise..."

"Ca va, je n'ai plus cinq ans. Et elle se passe où cette surprise alors?"

Kakashi lève les yeux au ciel avant de répondre:

"Allez file! Et n'oublie pas ce que je t'ai dit pour le choix ok?"

Iruka hoche la tête et pose la main sur la poignée de la porte.

Kakashi en profite pour s'approcher furtivement et déposer un baiser léger comme une brise sur la joue de l'interne, en lui murmurant au passage

"Joyeux anniversaire Iruka!"

Iruka n'a pas le temps de réagir, Kakashi s'est déjà éloigné en sifflottant.

C'est donc le sourire aux lèvres que l'interne pénètre dans la salle déjà bondée des internes venus choisir leur nouveau stage.

...

"Iruka tu es là?"

L'interne ne peut s'empêcher de sourire, car le ton volontairement neutre de Shizune ne le leurre pas. Il sait pourquoi elle est là, mais il est curieux de voir comment la jeune femme a décidé de mener sa petite stratégie.

L'interne de chirurgie cardio-thoracique se retourne mais n'a pas le temps de répondre. Il voit Kotetsu et Shizune fondre sur lui comme des oiseaux de proie, lui ligoter les mains dans le dos et lui placer un bandeau sur les yeux.

"Mais qu'est ce que foutez?" tente Iruka, qui se débat pour le principe.

"On te kidnappe Iruka!" répond Shizune en riant tandis que Kotetsu guide son ami vers l'escalier.

"Ca serait plus simple si vous me disiez où on va" ronchonne Iruka, qui descend prudemment les marches aidé par les deux internes.

Kotetsu et Shizune se mettent à rire et la jeune femme rétorque:

"Oui mais ce serait beaucoup moins drôle!"

Tandis que Shizune aide Iruka à grimper dans la voiture, Kotetsu prend place au volant. Le trajet est assez rapide, et Iruka reconnait sans peine la route qu'ils prennent. Ces virages et cette côte, il sait où ils mènent. Donc sa soirée surprise d'anniversaire se déroule chez Kakashi. Iruka repense à la gaffe monumentale de son chef et se met à sourire.

La voiture se gare devant la porte d'entrée et les chiens de Kakashi décident de donner de la voix. Shizune et Kotetsu se regardent affolés. Iruka va comprendre c'est sûr!

"Vous m'avez amené dans un chenil ou quoi?" lance le jeune homme, qui a senti la confusion chez ses amis. Alala, autant d'occasions de leur casser leur coup, c'est tentant quand même. Mais Iruka sait que ses amis ont toujours eu à coeur de lui faire de belles surprises. Alors autant jouer le jeu.

Shizune pousse un petit soupir et pousse son ami à l'extérieur.

"Allez avance!"

La maison est plongée dans le noir et dans le silence. Shizune guide Iruka vers la véranda et détache les mains de son ami.

Elle prend le temps de préciser:

"Maintenant j'enlève ton bandeau" afin d'avertir tout le monde que c'est LE moment.

A la seconde où Iruka recouvre la vue, Kotetsu actionne l'interrupteur et un "joyeux anniversaire" tonitruant résonne dans la pièce.

Iruka cherche Kakashi du regard et prend soin de bien le fixer en s'écriant:

"Ah, merci les amis! Quelle surprise, je ne m'y attendais pas du tout!"

Même si c'est un peu surjoué, ses amis semblent contents de leur petit effet. Personne ne prête attention à Kakashi qui tire discrètement la langue à son interne taquin.

La véranda a été décorée de lampions colorés et de bougies qui rendent l'ambiance très chaleureuse. Une grande banderole "happy birthday" a été tendue au plafond, et un buffet a été dressé dans un coin. Une petite soirée d'anniversaire sympa, avec tous ses amis, c'est exactement ce qui convient à Iruka.

Tandis que chacun vient adresser un petit mot à Iruka, Kakashi préfère garder un peu de distance. Il n'est pas encore très à l'aise avec tout ça.

"Tu as là une belle occasion pour te rapprocher un peu d'Iruka" murmure Asuma qui vient de le rejoindre.

Kakashi pose un regard agacé sur son ami.

"Tu peux pas me lâcher avec ça?"

Cette fois c'est Asuma qui pousse un long soupir de frustration.

"Nan mais sans déconner, vous allez nous le faire longtemps votre plan de "je t'aime moi non plus"? Ca devient chiant à la longue."

Kakashi laisse passer quelques secondes, avant de répondre en haussant un peu le ton:

"Mais qu'est ce que ça peut vous foutre au fond? Ce qui devient chiant à la longue, c'est que vous vouliez absolument vous mêler de cette histoire."

Kakashi n'attend pas de réponse et se dirige vers le salon sans un mot de plus. Visiblement le sujet est toujours sensible.

"Alors, Kakashi s'est décidé à parler avec Iruka?" demande Shizune qui vient de rejoindre le neurochirurgien.

Celui-ci fronce les sourcils et laisse échapper une volute de fumée.

"Je n'en ai pas l'impression."

Shizune tourne la tête vers le salon et reprend:

"Bon je vais aller lui parler..."

Mais Asuma la saisit gentiment par le bras.

"Non, ce n'est pas la bonne approche. Laissons leur un peu d'air. Kakashi n'aime pas être bousculé, et faire le forcing ne mènera qu'à une catastrophe."

Shizune pousse un petit soupir de frustration.

"Bon ok, je vais voir comment ça se passe du côté d'Iruka alors."

"C'est ça, et moi je garde un oeil sur Kakashi."

La soirée se poursuit dans la bonne humeur, Kakashi a refait son apparition dans la véranda, et son visage parait serein et joyeux.

Tsunami et Genma entament une danse endiablée, bientôt rejoints par Aoba et Ino ainsi que TenTen et Izumo.

Ce dernier est ravi que sa belle ait accepté de venir. Elle semble beaucoup plus à l'aise avec ses amis à présent, même si elle garde une grande réserve vis-à-vis des deux chefs. Pas facile d'oublier la hiérarchie de l'hôpital, même si Kakashi et Asuma sont particulièrement sympas.

Shizune rejoint Iruka près du buffet, sur lequel trônent plusieurs gâteaux alléchants.

"Tu as vu, on s'est donné du mal hein?" lance la jeune femme.

"Ouais je vois ça. C'est vous qui avez fait toutes ces bombes caloriques, pourvoyeuses d'infarctus?" réplique Iruka en riant.

Shizune se contente de lui tirer une langue mutine.

"J'avoue que la tarte au citron me tente bien" reprend Iruka, en se servant une part de gâteau.

A peine a-t-il goûté la tarte qu'il fronce les sourcils.

"Elle n'est pas bonne?" demande Shizune.

"Vous avez demandé à ma mère d'envoyer une tarte au citron c'est ça?" répond Iruka joyeusement.

"Euh non, je ne crois pas" dit Shizune.

"Je reconnaitrais la tarte de ma mère entre mille. Et ça, déclare le jeune homme en pointant la tarte, c'est exactement la recette de ma mère. Ce petit goût de cardamome, c'est sa signature."

Shizune se retourne et lance à Kotetsu:

"Dis Ko, qui a fait la tarte au citron?"

"Ah, je crois que c'est Kakashi!"

"Mmmh, connaissant Kakashi, il a dû l'acheter. Je le vois mal faire de la pâtisserie à ses heures perdues. Viens, on va lui demander où il l'a trouvée. Parce que s'il connait une pâtisserie qui fait d'aussi bons gâteaux que ta maman, ça vaut le coup de connaître l'adresse!" lance Shizune à son ami.

Mais Iruka pose une main sur le bras de son amie.

"Attends" répond le jeune homme, qui semble dans une intense réflexion.

Il finit par lever les yeux vers Shizune et déclare:

"Kakashi nous a bien dit qu'il avait passé plusieurs jours à Shiba pendant ses vacances."

Sentant les ennuis arriver, Shizune préfère tenter de noyer le poisson.

"Euh, peut-être, je ne sais plus. Mais je ne vois pas..."

"Si, c'est même là qu'il a rencontré Idate. Attends-moi là ok?" conclut Iruka en se dirigeant vers Kakashi.

Shizune n'a pas le temps de réagir, Iruka est déjà à la hauteur du chirurgien.

"Kakashi, je peux te parler?"

Le chirurgien, assis dans l'un des fauteuils à côté d'Asuma, lève les yeux vers son interne et croise un regard déterminé qui ne lui dit rien qui vaille.

Le "maintenant" qu'ajoute Iruka en prenant la direction du salon n'appelle que l'obéissance. Kakashi se lève sans un mot, jette un regard un peu inquiet à son ami et suit l'interne.

Iruka est debout dans le salon, et garde le dos tourné à Kakashi. Celui-ci n'a pas le temps de dire un mot.

"C'est toi qui as fait la tarte au citron?"

Et merde,il savait que c'était une mauvaise idée. Décidément, il ne fait que des gaffes en ce moment. De toute façon c'est trop tard.

"Oui."

Le chirurgien s'attendait à ce qu'Iruka le questionne de manière subtile, mais le jeune homme a décidé d'être direct.

"Tu as rencontré ma mère à Shiba."

Ce n'est visiblement pas une question. Iruka se retourne et croise le regard penaud de Kakashi. Il est presque attendri par le chirurgien. Il sait que Kakashi a voulu lui faire plaisir avec cette tarte au citron, et il est touché par le geste. Mais ça il lui dira plus tard.

"Et tu n'as pas jugé bon de me le dire."

"Ecoute Iruka, ta maman m'a fait promettre de ne rien te dire. Elle avait peur que tu t'inquiètes et..."

"Pourquoi me serais-je inquiété? "

Kakashi se décompose et détourne le regard. La situation lui échappe complètement, il le sait. Il ne voit pas Iruka combler les quelques mètres qui les séparent et sursaute lorsque le jeune homme le saisit brusquement et l'oblige à le regarder en face.

"Que s'est-il passé à Shiba Kakashi? Dis-moi la vérité!"

Kakashi pousse un soupir et fixe Iruka avant de répondre:

"J'ai rencontré ta mère par hasard, sur le port. Elle a fait un malaise et je l'ai prise en charge. Elle m'a invité à manger pour me remercier. Et c'est quand j'ai vu ta photo dans le salon que j'ai fait le lien. Si j'avais su avant qui elle était, je n'aurais pas accepté son invitation, mais je n'ai pas eu le choix! Du coup on a discuté et j'ai bien été obligé de lui dire qui j'étais. Et ..."

"Attends, attends, tu vas trop vite" le coupe Iruka. "C'était quoi ce malaise? C'était grave?"

Kakashi prend une petite inspiration avant de répondre. Il doit choisir les bons mots, alors il prend son temps.

"Ta mère a fait une poussée d'insuffisance cardiaque. Elle a refusé d'être hospitalisée..."

Kakashi fait une pause en voyant Iruka lever les yeux au ciel. Le jeune homme imagine bien la scène, sa têtue de mère ne changera jamais.

"Je lui ai juste administré un peu de diurétique et elle a passé la nuit au dispensaire. Le lendemain elle allait déjà beaucoup mieux. Ecoute, j'étais juste là au bon endroit et au bon moment. J'ai fait mon travail et..."

"Ca va Kakashi, pas la peine de t'excuser. Tu as sauvé ma mère."

Iruka marque une pause avant de reprendre:

"Tu aurais dû me dire que tu l'avais rencontrée. Et tu aurais dû me dire qu'elle avait décompensé."

"Je ne savais pas comment te le dire. Je voulais te le dire mon retour, mais il y a eu Idate, et tout le reste. Et..."

Kakashi est surpris lorsqu'Iruka pose son front sur le sien. L'interne ferme les yeux et murmure:

"Pourquoi a-t-on tant de mal à communiquer tous les deux hein?"

Kakashi hésite. A cet instant il aimerait dire à Iruka tout ce qu'il a sur le coeur, mais les mots semblent bloqués dans sa gorge. Alors il se contente de faire durer cette proximité, à la fois si mince et si forte.

Un "Iruka!" retentit dans la véranda, suivi d'un tonitruant "viens ouvrir tes cadeaux!"

L'interne rompt à regret le contact physique et offre un sourire triste à son supérieur.

"Vas-y, ils t'attendent" murmure Kakashi.

"Tu ne viens pas?"

"Si si, j'arrive" déclare le chirurgien en s'éloignant. Il se retourne cependant et reprend:

"Je vais chercher ton cadeau!"

Iruka regarde Kakashi quitter la pièce, tandis que Kotetsu arrive dans son dos:

"Qu'est ce que tu fous Iruka, tout le monde t'attend!"

L'interne regagne la véranda tout sourire, comme si de rien n'était.

Il entame l'ouverture de ses cadeaux sous le regard et les exclamations de joie de ses amis. Kakashi, qui est discrètement réapparu, retient son souffle lorsque le jeune homme entame le déballage de son dernier cadeau.

Iruka sent presque les larmes monter à ses yeux quand il découvre le contenu du paquet: des bonnets de bloc, dont les motifs originaux représentent des crayons et des pinceaux qui s'entrecroisent.

L'interne lève les yeux vers Kakashi qui lui offre un sourire chaleureux.

"Merci" lance-t-il sobrement à son chef. Mais son regard parle pour lui.

Iruka est particulièrement touché par ce cadeau. Le bonnet de bloc personnalisé, c'est une marque de reconnaissance de la part des chirurgiens, une sorte de ticket d'entrée dans la cour des grands. Avec ce présent, Kakashi signifie à Iruka qu'il a une place légitime au bloc opératoire.

Iruka n'a cependant pas le temps de remercier plus personnellement Kakashi. Une musique forte a envahi la véranda et le jeune homme est entraîné sur la piste de danse improvisée.

La soirée se poursuit dans les rires et la musique, dans l'alcool aussi. Certains finissent par s'endormir dans les fauteuils, d'autres ont rejoint les canapés du salon et ne tardent pas à somnoler aussi.

Iruka en profite pour aller prendre l'air, seul. Tout est si compliqué avec Kakashi. Il suffirait de presque rien, d'un peu de courage. Mais l'un comme l'autre semblent englués dans la peur. La peur de quoi au fond? Iruka pousse un soupir et retourne à l'intérieur. Il faut qu'il parle à Kakashi. Mais le chirurgien est introuvable. Iruka comprend qu'il est simplement allé se coucher. Alors le jeune homme s'installe dans l'un des transats et s'enroule dans une couverture. Il ne tarde pas lui non plus à tomber dans les bras de Morphée.

...

Iruka est réveillé par les premiers rayons du soleil, ainsi que par la langue râpeuse de Mia, qui a réussi à se faufiler dans la véranda pendant la nuit.

Les autres sont déjà levés, et Iruka décide de les rejoindre. Une bonne odeur de café achève de le réveiller, tandis qu'il cherche Kakashi du regard.

"Kakashi a été appelé à l'hôpital tôt ce matin" lâche laconiquement Asuma.

Le neurochirurgien laisse le temps aux internes de prendre un cfé, mais leur fait comprendre qu'ils doivent quitter les lieux. C'est lui qui a les clés, et il aimerait bien rentrr chez lui après cette courte nuit.

Tandis que les amis prennent place dans les voitures, Shizune glisse à Iruka:

"Tu as réussi à parler avec Kakashi finalement?"

L'interne secoue la tête, agaçé. Ce n'est visiblement pas le moment d'aborder ce sujet.

...

Ce matin, Kotetsu semble très songeur. Il entend à peine sa co-interne l'appeler. Le jeune homme finit par sursauter lorsque Tsunami hausse la voix.

"Mais t'es sur quelle planète aujourd'hui Kotetsu? La visite va commencer!" déclare la jeune fille en rejoignant le reste du staff de pneumologie.

Kotetsu range une petite boîte dans sa poche avant de la suivre en soupirant.

Le jeune homme montre un enthousiasme et un intérêt plus que modérés à la visite de ce matin. Heureusement que les externes sont là pour assurer d'ailleurs. Le Professeur Gekkô préfère ne pas relever, Kotetsu ayant toujours fait preuve d'un grand professionnalisme. On peut tous avoir des baisses de régime parfois. Tsunami, elle, aurait plus tendance à s'agacer. Elle n'aime pas que les gens rêvassent, et c'est exactement ce que fait Kotestu en ce moment.

Une fois la visite terminée, la jeune femme saisit son collègue par le bras et demande aux externes d'aller faire leur travail plus loin. Elle pousse Kotetsu dans la salle des internes et l'asseoit de force sur un chaise.

"Bon, qu'est ce qui se passe?" demande-t-elle d'un ton autoritaire.

"Mais rien" répond Kotetsu en soupirant.

"Ecoute Ko, ça fait une semaine que tu passes ton temps à soupirer. T'es bon à rien, tu fais faire la moitié de ton travail par les externes. La pneumo ne te plait plus? Tu peux le dire hein! Ou alors tu as des soucis avec Shizune?"

Au nom de la jeune femme, Kotetsu se raidit. D'instinct il se met à serrer la petite boîte au fond de sa poche.

"Ok, donc ça concerne Shizune" reprend Tsunami qui a bien remarqué la réaction de son ami.

Kotetsu baisse le nez tandis que la jeune femme reprend:

"Tu sais que tu peux me parler Kotetsu. Si vous avez un problème, je peux..."

"Mais non, il n'y a pas de problème. C'est juste que..."

Le jeune homme laisse son regard dériver vers la fenêtre avant d'ajouter:

"Nan, il n'y a rien. Je vais me reprendre."

Tsunami observe le jeune homme et finit par lâcher:

"S'il n'y a pas de problème, tu peux me dire ce que tu caches dans ta poche depuis une semaine alors!"

Kotetsu lève un regard interrogateur vers la jeune femme, mais il lit immédiatement dans ses yeux qu'elle n'est pas dupe, et surtout qu'elle ne lâchera pas le bout de gras. Ses épaules s'affaissent et il finit par tendre la boîte à Tsunami.

"Oh mon dieu!" laisse échapper la jeune femme en ouvrant le petit écrin. "Mais c'est génial! Et c'est ça qui te met dans un tel état?"

Le jeune homme pousse un soupir.

"Si elle dit non..."

"Mais pourquoi veux-tu qu'elle dise non?" l'interrompt Tsunami. "Quand as-tu prévu de lui demander?"

"Ben je sais pas. J'attends le bon moment."

Tsunami lève les yeux au ciel.

"Bon, mon cher Kotetsu, je vais te donner un conseil. Oublie les super plans genre resto, coucher de soleil sur la plage, et toutes ces conneries. En plus ce n'est pas du tout le style de Shizune. Fais quelque chose de simple, et n'attends pas trop longtemps. Je te connais, plus tu vas attendre et plus tu vas psychoter."

"Ouais ouais, quelque chose de simple, c'est noté" répond Kotetsu d'un ton peu convaincu en reprenant la boîte.

"Bon allez, en attendant tu vas te remettre au travail, parce que j'en ai marre de me trainer un boulet dans le service" conclut Tsunami.

Kotetsu ronchonne pour le principe avant d'emboiter le pas de sa collègue. Tsunami a raison, il se prendra la tête avec ça plus tard. Cela lui a fait du bien d'en parler avec la jeune femme, même si la boule qui tenaille son estomac depuis une semaine n'a pas vraiment disparu.

...

Iruka a peu vu Kakashi durant cette semaine. Le chirurgien a allégé son programme de bloc pour répondre aux demandes administratives et universitaires qui lui incombent. L'interne a donc décidé de ne pas étrenner ses bonnets de bloc tout neufs. Il préfère en garder la primeur à Kakashi.

Iruka vient de finir sa journée de travail.

Et ce soir il y a une soirée à l'internat.

Et ce soir Iruka a décidé qu'il allait parler franchement à Kakashi.

Et ce soir ils décideront ensemble si, oui ou non, ils envisagent de se laisser mutuellement une seconde chance.

C'est donc d'un pas assuré qu'Iruka pénètre dans la grande salle de l'internat, déjà bondée.

Il repère rapidement Shizune, en grande conversation avec Asuma. Il se dirige vers eux, mais à sa vue, ses deux amis se taisent et se séparent. Iruka fronce les sourcils et rejoint Shizune.

"Qu'est ce que vous complotez encore tous les deux?"

"Rien du tout!"

Iruka scrute son amie d'un regard suspicieux, mais la jeune femme donne bien le change. Elle lève les yeux au ciel avant d'ajouter:

"Ne commence pas à être parano hein! Vas donc me chercher un verre au lieu de t'imaginer des choses."

L'interne se dirige vers le bar et se faufile pour atteindre le comptoir.

"Ce soir c'est tequila pour tout le monde!" lance l'un des internes préposés au service.

Iruka demande deux verres et s'accoude au comptoir, le temps de s'apercevoir que Kakashi se trouve juste à côté de lui.

"Tiens salut Iruka!" lance joyeusement Kakashi.

L'interne se sent un peu pris au dépourvu, d'autant que le chirurgien semble avoir bien entamé la soirée.

"Bonsoir Kakashi. Dis donc, tu devrais peut-être y aller doucement" répond-t-il gentiment alors que Kakashi s'enfile un verre cul sec avant de le reposer avec bruit sur le comptoir.

"Bah j'ai passé une semaine horrible, faut que je décompresse" lâche le chirurgien en s'adossant au comptoir pour faire face au jeune homme.

"Et puis je perds mon interne préféré ce soir. Six mois à attendre qu'il revienne, ça va être long!" ajoute-t-il avant de se mettre à rire.

Iruka ne sait pas trop quoi répondre mais Kakashi ne laisse pas le malaise s'installer. Il semble d'un coup regagner en sobriété.

"Tu as fait le bon choix en prenant la chirurgie vasculaire Iruka. Tu vas apprendre plein de choses essentielles pour un chirurgien cardio-thoracique. Et puis je t'aurai tout à moi pour les trois stages suivants, alors je ne vais pas faire la fine bouche hein!"

Kakashi attrape un verre et propose à Iruka de trinquer, avant de laisser l'interne, un peu circonspect, pour rejoindre Asuma et Kurenaï.

La soirée se poursuit et Iruka n'a pas l'occasion de recroiser Kakashi. Ca risque d'être compliqué pour la grande conversation, vu le taux d'alcoolémie que semble déjà atteindre Kakashi.

A l'autre bout de la salle, le chirurgien saisit maladroitement le verre tendu par Asuma.

"Dis donc, lance-t-il à son ami, c'est bien la première fois que tu me laisses me saouler sans faire de commentaire!" déclare-t-il en riant.

Asuma, au lieu de répondre, encourage gentiment Kakashi à finir son verre. Tandis que le chirurgien cardio-thoracique s'affale dans un fauteuil, Asuma cherche Shizune du regard. Celle-ci comprend immédiatement et trouve un prétexte pour emmener Iruka au premier étage de l'internat.

"Kakashi, tu devrais rentrer chez toi" lance Asuma à son ami.

"Mmhh" répond le chirurgien qui commence déjà à piquer du nez.

"Allez bouge de là Kakashi! Rentre chez toi avant d'être encore plus bourré!" reprend le neurochirurgien en poussant son ami dans la direction du hall d'entrée.

Tandis que Kakashi traverse la salle en titubant, Kurenaï lance un regard effaré vers son amoureux.

"Tu ne vas quand même pas le laisser rentrer dans cet état!"

"Ne t'inquiètes pas ma belle. Si tout ce passe comme prévu, notre ami ne quittera pas l'internat cette nuit."

Kurenaï s'apprête à demander plus d'explications mais Asuma s'éloigne déjà pour rejoindre l'extérieur.

"Allez suis-moi ma belle, on va s'assurer que tout ce passe bien. Au pire on le récupèrera sur le parking. Mais si Shizune assure, on ne devrait pas avoir à intervenir."

Iruka redescend les marches en grommelant. Il a du mal à suivre Shizune parfois. En gros elle l'a fait monter pour rien. Bon, il n'a rien dû manquer d'exceptionnel à la soirée, mais tout de même.

Alors qu'il s'apprête à rejoindre la salle, l'interne tombe sur son chef.

"Hé salut Iruka!" lance Kakashi en se rattrapant de justesse au mur.

"Euh Kakashi, tu vas où là?"

"Ben je rentre chez moi" déclare le chirurgien en tentant de garder contenance.

Iruka pousse un soupir et répond:

"Kakashi tu n'es vraiment pas en état de prendre ta voiture. Je t'appelle un taxi si tu veux."

"Mais naaann, ça va aller!"

"Non ça ne va pas aller. Arrête de faire l'idiot et donne-moi tes clés."

"Nan, et de toute façon, ya aucun chauffeur de taxi qui me prendra dans cet état. J'ai pas le choix, faut que je rentre."

"Kakashi" gronde Iruka tandis que le chirurgien tente maladroitement de reprendre sa route vers la sortie.

L'interne finit par prendre une grande inspiration et attrape le bras de Kakashi. Le chirurgien se met à rire et agite ses clés.

"Si tu veux m'arrêter, il faut que tu attrapes ça!"

Iruka n'éprouve aucune difficulté à saisir les clés, et rattrape de justesse Kakashi qui s'est penché en avant pour tenter de les garder en main.

"Naannn mais Iruka, t'es pas drôle! Rends-les moi!"

"Hors de question."

"Ben je vais devoir dormir là alors."

"Oui je crois."

"Ben tiens, regarde, je vais m'allonger là par terre" déclare Kakashi en désignant le tapis qui orne le seuil de la salle de répétition.

Iruka pousse un soupir exaspéré. Tenter de raisonner une personne ivre est vraiment inutile et fastidieux.

"Tu ne peux pas te coucher en plein milieu de tout comme ça Kakashi! Allez arrête de faire l'imbécile!"

"Ben t'as qu'à m'héberger alors!"

Iruka hésite, jette un coup d'oeil circulaire, puis se résigne. Personne à l'horizon pour lui donner un coup de main, aucun endroit raisonnablement disponible pour accueillir son ivrogne de chef. Effectivement, pour mettre fin le plus rapidement possible à cette scène ubuesque, le mieux est qu'il installe Kakashi dans sa propre chambre. Au moins il est sûr que le chirurgien y sera en sécurité.

"Bon allez suis-moi. Et t'as pas intérêt à me vomir dessus!"

"T'inquiète, je gère!" lance Kakashi en trébuchant.

Iruka lève les yeux au ciel. Décidément Kakashi lui aura tout fait!

Tandis qu'Iruka entreprend de déshabiller Kakashi pour l'installer dans son lit, Shizune, qui s'était postée de manière stratégique, passe discrètement devant la chambre de son ami et dévale les marches pour atteindre le hall. Elle jette un oeil à l'extérieur et dresse un pouce en direction d'Asuma avant de remonter à l'étage.

Le neurochirurgien tire une bouffée de sa cigarette et prend la main de Kurenaï.

"C'est bon, on peut y aller" déclare-t-il sobrement.

"Tu te décides à m'expliquer?" répond la pédiatre un brin agaçée.

Asuma lui sourit.

"J'ai juste donné un coup de pouce à Shizune. Tu sais qu'elle peut être machiavélique quand elle veut? Enfin bref, je t'expliquerai en détail sur la route."

...

"Bonjour" murmure Iruka en balayant du bout des doigts une mèche argentée qui barre le front du chirurgien.

Kakashi vient d'ouvrir des yeux encore ensommeillés. Il a un peu mal au crâne mais il se sent bien contre le corps chaud de son interne.

Attendez, il a dû louper un truc là!

Kakashi se raidit et balaye la pièce du regard, en essayant de rassembler ses souvenirs de la veille. Comment a-t-il atterri dans la chambre d'Iruka, et dans son lit qui plus est?

Comme pour répondre à sa question muette, l'interne dit:

"Je t'ai récupéré dans le hall de l'internat, tu n'étais pas en état de rentrer chez toi."

"Ha. Et on a..."

Kakashi laisse sa question en suspens, inquiet de connaître la réponse.

"Dormi. On a dormi Kakashi. Franchement tu étais trop saoûl pour faire quoi que ce soit!" répond Iruka d'un ton taquin.

Kakashi semble se détendre. Il s'étire comme un chat avant de se tourner dans le lit pour faire face à Iruka.

"Merci Iruka. Tu m'as encore empêché de faire une bêtise."

L'interne lui sourit. Quand Kakashi baisse les armes, quand il arrête d'être sur la défensive comme à cet instant, il est tout simplement magnifique.

Kakashi a un étrange sentiment: le confort de la situation se mélange à la gêne. Il baisse la tête comme pour réfléchir à ce qu'il va dire. Mais quand il relève les yeux vers Iruka, aucun son ne sort de sa bouche.

Le regard que lui offre le jeune homme est empli de désir, mais aussi... d'amour. Un seul homme l'a regardé comme ça auparavant. Et Kakashi se noie dans ce regard. Il se sent aspiré par l'intensité de ces yeux bruns.

Lorsqu'Iruka pose ses lèvres sur les siennes, il ne résiste pas. Il sent la caresse de la main d'Iruka dans son dos et frissonne. Le chirurgien s'abandonne complètement et laisse Iruka intensifier le baiser.

Mais lorsqu'il sent l'interne resserrer son étreinte et laisser dériver ses mains vers une partie plus intime de son corps, Kakashi tente de rompre le contact physique.

Iruka arrête immédiatement son geste et se recule. Il pose un regard interrogatif sur Kakashi, un brin irrité.

"Kakashi, je n'ai pas l'intention de passer ma vie à t'attendre. Alors tu vas te décider, maintenant."

Le ton ferme surprend le chirurgien, qui reste muet.

Devant son manque de réaction, Iruka pousse un soupir de frustration et commence à se lever. Mais Kakashi lui attrape le bras pour le retenir. Leurs regards se croisent.

"Je..."

Kakashi laisse son regard dériver dans la pièce, comme s'il cherchait ses mots. Et puis il se décide enfin.

"Je veux qu'on soit ensemble Iruka. Je le veux vraiment. Mais j'aimerais aussi qu'on reparte sur de bonnes bases, qu'on apprenne à se connaître, qu'on fasse des trucs ensemble. Comme font les couples normaux tu comprends?"

Iruka fronce les sourcils, avant de se mettre à sourire.

"Je vois. Tu te rends compte qu'on a déjà vécu pas mal de trucs ensemble, on ne peut pas faire comme s'il ne s'était rien passé."

Kakashi pousse un soupir frustré. Il n'est pas sûr qu'Iruka comprenne bien où il veut en venir.

"Je sais ce qu'on a fait. Et justement, j'aimerais bien qu'on ait une relation basée sur autre chose que sur le sexe. C'est systématique, à chaque fois qu'on se rapproche, on finit immanquablement par coucher ensemble."

Iruka reste interdit quelques secondes.

"Ok, donc tu es en train de me dire que tu veux qu'on soit ensemble, mais qu'on arrête de coucher ensemble, c'est ça?"

Kakashi secoue la tête.

"Ce que je veux dire, c'est que j'aimerais qu'on fasse d'autres choses aussi, plein d'autres choses. Je sais pas moi: aller au ciné, au resto, partir en week end à la mer, faire de la spéléo ou du macramé. Tout ce que font les couples quoi!"

Devant l'air interdit d'Iruka, Kakashi finit par ajouter:

"J'ai l'impression que tu fais exprès de ne pas comprendre là".

Iruka ferme les yeux quelques secondes. Lorsqu'il les rouvre, il offre un sourire franc à Kakashi, avant d'enlacer le chirurgien.

"J'ai compris Kakashi. J'ai compris ce que tu veux."

Les deux hommes restent enlacés pendant quelques secondes avant qu'Iruka ne rajoute:

"J'ai compris et je suis d'accord. Mais pour moi, être en couple c'est: pas de tromperie, pas de mensonge, pas de cachoteries."

Kakashi hoche la tête.

"Si quelque chose ne va pas, on s'en parle. Et on apprend à réellement se connaître avant de coucher à nouveau ensemble."

Kakashi opine de nouveau du chef.

"Par contre, je te préviens" poursuit Iruka en s'adossant au mur et en attirant Kakashi dans ses bras, "il est hors de question qu'on se mette au macramé!"

Kakashi se met à rire avant de se caler contre la poitrine d'Iruka.

"Promis, pas de macramé" murmure-t-il en fermant les yeux, le sourire au lèvres.

"Qu'est ce qu'on va dire aux autres?" ajoute Iruka près quelques douces minutes de silence.

"Quels autres?" marmonne Kakashi, qui semble déjà vouloir repiquer un somme.

"Ben les autres, Asuma, Shizune, toute la bande quoi!"

"J'en sais rien. Tu veux qu'on fasse une annonce officielle, on peut envoyer des faire parts si tu veux!" répond Kakashi d'un ton taquin, qui lui vaut une tape sur la tête.

"Arrête de faire l'idiot! Et à l'hôpital, qu'est ce qu'on va dire, tu es quand même mon supérieur..."

Kakashi pousse un soupir et se redresse.

"Iruka, ça fait même pas deux minutes qu'on est ensemble, et tu commences déjà à t'inquiéter des autres. On s'en fout ce qu'ils pensent non? On dit rien à personne, et on les laisse tous s'en rendre compte par eux-mêmes, ok?"

"Mouais. Je sens que la nouvelle va s'étendre comme une trainée de poudre."

"Et alors? T'as honte d'être avec moi?"

"Mais non!"

"Bon ben voilà, problème réglé. T'es assez intelligent pour renvoyer chier les cons."

"J'aime bien ton pragmatisme, mais je suis pas sûr d'avoir autant d'assurance que toi" ronchonne Iruka.

Kakashi s'appuie sur un coude pour se rapprocher d'Iruka et dépose un bisou bruyant sur sa joue.

"T'inquiète pas, je te protègerai des méchants!"

"Ah mais ce que tu peux être agaçant!" déclare Iruka en attaquant Kakashi à coup d'oreiller.

Les deux chirurgiens se mettent à rire en se chamaillant. Les caresses se mêlent aux chatouilles. Kakashi s'empare des lèvres d'Iruka, qui répond volontiers à cette demande. A mesure que les corps se frôlent, la chaleur monte entre les deux hommes. Cette fois c'est Iruka qui préfère s'arrêter avant que cela ne dégénère. Il pousse gentiment Kakashi vers l'arrière et dépose un chaste baiser sur les lèvres du chirurgien.

"Je vais nous chercher des cafés" dit-il en se levant. "Et après on ira courir un peu!"

Kakashi tente de protester mais le jeune interne ne lui en laisse pas le temps.

"Ca te permettra de décuver plus vite!"

L'oreiller que lui lance Kakashi n'atteint pas sa cible et s'écrase sur la porte qui vient de se refermer sur son nouveau compagnon.

Et oui, son nouveau compagnon. Cette fois, Kakashi est décidé à tout faire pour que cette relation fonctionne.

Le chirurgien s'étire de tout son long, puis se retourne et plonge le nez dans l'oreiller d'Iruka, s'enivrant de son odeur.

Kakashi sourit. A cet instant, il se sent serein et heureux.

Tadam!

Et voilà, Kakashi et Iruka sont ensemble: fin de l'histoire ^^

Roohh je plaisante bien sûr. Comme promis, il reste bien un arc entier, plein d'amour guimauve, de pétales de rose, de bisous baveux et de couchers de soleil...

(rire sardonique)

Non, pour être franc, le 4e arc sera axé sur Mescaline, et sur la relation de Kakashi et Iruka bien sûr. Mais bon, vous commencez à me connaître, rien ne se passe jamais simplement avec moi. Je me réserve donc le droit de faire couler le sang et les larmes. Vous voilà prévenus.

Je vais avoir besoin d'un peu de temps pour commencer le 4e arc (il faut d'abord que je rédige la trame complète de l'arc). Ca vous laisse le temps de me laisser plein de reviews!

A bientôt amis lecteurs!