Ziva
Pendant deux semaines, Alan est venu à la villa pour faire connaissance avec le reste de notre tribu et il nous a méticuleusement préparées au procès qui s'ouvrait ce matin à Washington. Nous savions tous que notre procédure n'allait pas plaire à tout le monde et que chacune de nos faiblesses, même les plus minimes seraient exploitées par la défense afin que la capitale ne paie pas la somme conséquente qui leur était demandée. Malgré tout, j'avais totalement confiance en notre allié à la cour qui était très confiant lui aussi.
Pour ce premier jour d'audience, il n'était pas nécessaire qu'Aaliyah vienne avec nous car il était évident que le déroulé de la procédure serait long et fastidieux et que nos atouts étaient tout de même limités. Après un petit-déjeuner copieux préparé par Pierre, nous nous apprêtions, ma femme et moi, à prendre la voiture pour nous rendre sur les lieux de l'affrontement. Je m'étais habillée sobrement avec un tailleur beige surmonté d'un gilet bleu nuit pour pouvoir parer à tout changement de température intempestif. J'avais préféré opter pour des chaussures plates car ce matin j'avais décidé de conduire.
Au moment de partir pour le tribunal, j'ai vu notre fille aînée sortir de sa chambre en courant, les cheveux en bataille et la mine encore légèrement ensommeillée. Comme souvent lorsque qu'un événement important pour notre famille était sur le point de se produire, Aaliyah tenait absolument à prodiguer des encouragements appuyés à ses parents. Heureusement pour nous, j'avais planifié cette éventualité, ce qui fait que la séance de câlins obligatoire n'allait pas nous mettre en retard pour la suite de cette rude journée.
Aaliyah : Je suis désolée, je ne me suis pas réveillée... J'ai eu du mal à trouver le sommeil, sachant que les griffes de la justice allaient vous happer toutes les deux...
Ne t'en fais pas ma puce, Alan sera là pour nous défendre. De ton côté, tu dois continuer à te préparer à affronter le jury pour pouvoir témoigner de la meilleure manière qui soit. Ce sera le meilleur moyen de tourner la page de cet effroyable épisode de notre vie de famille.
Aaliyah : Oui !
Avant même que j'aie pu faire un seul geste, notre rayon de soleil s'est jetée dans mes bras alors que Katia revenait de la cuisine où elle avait certainement pris le temps de discuter avec Pierre des tâches qu'il allait devoir effectuer dans la journée. En s'approchant de nous, j'ai vu ma princesse sourire et j'ai pris soin de graver cette image positive dans mon esprit. J'étais persuadée que la tempête allait faire rage dans les jours voire les semaines qui allaient suivre et ce moment de tendresse allait être mon phare pendant la lutte sans merci qui s'annonçait.
Katia
Le jour de l'ouverture du procès était enfin arrivé et je pensais être prête pour faire face à la musique. Il faut dire que notre avocat s'était assuré que nos témoignages étaient solides! Même si je ressentais une certaine appréhension face à ce qui se passerait, je savais au fond de moi que toutes les chances étaient de notre côté. Après avoir pris un petit-déjeuner digne de la monarchie anglaise, je suis restée avec Pierre pour lui donner des instructions précises quant au déroulement de la journée. En effet, Aaliyah devait absolument se replonger dans ses études si nous voulions qu'elle intègre une école l'automne prochain.
- Je sais qu'elle a en horreur les mathématiques, surtout la géométrie, mais notre fille ne doit surtout pas abandonner. Je compte sur vous pour qu'elle parvienne à intégrer les concepts difficiles.
Pierre : C'est entendu Katia. J'imagine qu'il y a du lait maternel au frais pour pallier aux fringales d'Evelyne?
Oui, comme d'habitude. Je vous appellerai lorsque l'audience sera suspendue. Maintenant, il faut vraiment partir. Merci pour tout Pierre!
En sortant de la cuisine, j'ai remarqué que notre rayon de soleil était réveillée et je l'ai vu se jeter dans les bras de ma femme. Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire en voyant cette scène. En passant près de mes deux amours, j'ai ébouriffé les cheveux de notre fille aînée en guise de marque d'affection. Par la suite, nous avons pris la direction du Palais de Justice du District de Columbia, c'est-à-dire l'endroit où se déroulerait la plus importante joute verbale de notre vie! En passant devant le bâtiment, j'ai tout de suite remarqué que les journalistes étaient au rendez-vous. Notre ténor du barreau nous avait prévenues que notre affaire risquait d'intéresser les médias, mais j'étais surprise qu'une délégation de clowns fasse le pied de grue dès à présent! Ma chérie a garé la voiture à proximité de l'entrée principale et nous nous sommes dirigées dans la gueule du loup main dans la main. Alors que je faisais des efforts surhumains pour fixer le sol et pour ignorer toutes les questions qui nous étaient adressées, j'ai entendu le bruit de pas pressés qui nous suivaient puis trois mots bien simples : pas de commentaire! J'ai rapidement reconnu cette voix comme étant celle d'Alan et j'ai poussé un petit soupir de soulagement. Assez rapidement, nous nous sommes retrouvés à l'intérieur d'une salle réservée à l'avocat de la défense et nous avons pu reprendre nos esprits.
Alan : Bonjour mesdames! Nous allons attendre ici que maître Kennedy et monsieur Lincoln prennent place dans la salle d'audience avant de nous joindre à eux. Je vais demander à ce que les médias ne soient pas admis à l'audience, mais il est probable que le juge refuse ma requête...
- Faites ce que vous pouvez... Je n'apprécie pas tellement de me faire dévisager de la sorte, mais nous allons faire de notre mieux pour soigner notre image, n'est-ce pas chérie?
Ziva
Après ce moment de tendresse plus que réconfortant, j'ai pris le volant de notre Chrysler pour que nous puissions nous rendre au tribunal. Le premier constat que j'ai pu faire en arrivant, c'est de voir que des journalistes étaient déjà présents devant le bâtiment. Je n'étais pas particulièrement ravie de cette nouvelle car cela voulait dire que la couverture médiatique du procès était déjà en place avant même qu'il ne commence. C'est donc avec une légère boule au ventre que j'ai garé notre voiture sur le parking prévu à cet effet.
Lorsqu'il a fallu affronter la meute de vautours qui tendaient tous leurs micros et hurlaient leurs questions tout autour de nous, je me suis contentée de fixer le sol tout comme ma princesse le faisait. Heureusement pour nous, maître Wilkinson est arrivé rapidement derrière nous en précisant à tous ces curieux qu'aucun commentaire ne serait fait pour le moment. Dès qu'il nous avait rejointes, nous sommes entrés à l'intérieur de l'édifice pour nous rendre dans une salle réservée à l'avocat de la défense. C'est à ce moment que nous avons pu respirer un peu.
Alan nous a expliqué que nous allions attendre ici que la partie adverse s'installe dans la salle d'audience avant de nous y rendre. En outre, il précisait qu'il allait demander que les médias ne soient pas conviés à l'intérieur de notre futur théâtre mais qu'il doutait d'être entendu. Ma déesse latine l'a encouragé a faire de son mieux tout en expliquant qu'elle n'appréciait pas ce genre de comportement de la part des charognards qui nous avaient entourés un peu plus tôt. Elle a fini sa tirade en me demandant si nous allions bien soigner notre image pour sortir grandies de cette procédure. J'allais évidemment répondre par l'affirmative.
C'est évident chérie. Nous sommes ici pour obtenir réparation mais aussi pour démontrer que nous avons une vie normale, quelque soit les idées préconçues de nos détracteurs potentiels.
Pour ma part, j'étais déjà concentrée sur ce qui allait se produire dans la fosse aux lions et mon langage corporel et verbal traduisait une envie de vaincre grandissante.
Katia
Alors que nous avions pris place dans cette salle exiguë, ma femme a confirmé que nous ferions tout notre possible pour projeter une image favorable de notre famille. Par la suite, j'ai remarqué qu'elle avait fermé les yeux pendant quelques instants. Elle souhaitait sans doute retrouver sa concentration et j'ai décidé de l'imiter. J'ai également cherché à lui prendre la main pour la rassurer. Nous allions faire front ensemble et il était hors de question de perdre ce procès!
Un petit quart d'heure plus tard, Alan nous a informé qu'il était temps de prendre place dans la salle d'audience. Notre avocat transportait une partie de notre dossier sous son bras. Une fois que nous avons été installés à la table réservée à la poursuite, notre ténor du barreau a sorti des lunettes de lecture de sa poche et il s'est plongé dans ses notes. Le greffier n'a pas tardé à annoncer l'arrivée imminente de l'honorable juge Clark. Nous nous sommes tous levés d'un bond pour lui témoigner notre respect.
Juge Clark : Bonjour à tous. Veuillez vous asseoir. Nous allons débuter dès maintenant puisque tout le monde semble présent!
Alan : Votre honneur, j'aimerais d'abord déposer une requête pour que cette affaire soit entendue à huis clos.
Maître Wilkinson s'est approché du juge et lui a remis un document, dans lequel il devait étayer cette revendication. Le magistrat a parcouru le document pendant quelques minutes avant de rendre sa décision. Comme nous l'avions envisagé un peu plus tôt, la décision ne nous a pas été favorable. Les médias et le grand public seraient donc admis dans cette salle et nous allions devoir composer avec cette réalité. Par la suite, les deux avocats ont pu exposer leurs remarques préliminaires. Pendant cette phase, des informations générales allaient être présentées au jury afin que celui-ci se fasse une idée du cas qu'il devrait juger. Pendant toute cette période, ma femme et moi sommes restées silencieuses tout en maintenant une excellente posture. Il fallait absolument que nous apparaissions comme étant un couple modèle en dépit de notre orientation sexuelle.
Dès le départ, j'ai eu une assez mauvaise impression de la partie adverse. C'était la première fois que je voyais monsieur Lincoln depuis l'accident et il me semblait être un homme assez quelconque. Son avocat n'était guère mieux et il s'employait déjà à nous discréditer en avançant que nous étions fautives. Comme il s'agissait d'une affaire civile, et non criminelle, c'était Alan qui devrait apporter assez de preuves pour faire pencher la balance de notre côté. D'ailleurs, il n'allait pas tarder à pouvoir présenter ses arguments à la cour…
Ziva
A partir du moment où nous avons pénétré dans la salle d'audience, je savais que nous entrions dans un tunnel infini avec une seule issue possible. Je ne pouvais pas imaginer que nous perdions notre procès. Nous nous sommes assises rapidement à notre place alors qu'Alan mettait de l'ordre dans ces notes. Peu de temps après, le greffier a annoncé l'arrivée de l'honorable juge Clark et tout le monde s'est levé pour témoigner son respect à l'homme qui tenait notre futur destin entre ses mains. A cet instant précis, je me suis demandée si j'aurais pu être juge un jour mais la réponse était négative car je n'aimais pas vraiment la notion de compromis.
Après quelques paroles de bienvenue, le juge Clark déclarait que le procès pouvait commencer. Comme notre ténor du barreau nous l'avait annoncé, il a présenté sa requête pour que l'audience se déroule à huis clos, qui a été malheureusement refusée comme on pouvait s'y attendre. Nous savions tous que à partir de cette minute de la procédure, le public et les médias pourraient se délecter de chaque action de chacun des camps qui allaient s'affronter dans cette arène que je considérais quasiment antique. Le combat allait être rude et j'en étais pleinement consciente.
Je ne voulais absolument pas lâcher la main de ma femme, sauf si nous devions être séparées, notamment pour nous rendre à la barre si nécessaire même si ce ne serait pas pour tout de suite. Je n'ai pas pu m'empêcher de jeter un oeil circonspect au jurés qui nous faisaient face. J'ai cru repérer que l'un d'eux avait un regard perçant, sa voisine semblait être un peu lunaire et un troisième trahissait une expression presque libidineuse mais j'ai préféré me dire que c'était mon imagination et les événements récents qui me faisaient cataloguer ce quinquagénaire dans cette catégorie. Après tout, les apparences pouvaient être trompeuses. Pour le moment, j'attendais de voir ce qui allait se produire avec une certaine appréhension.
Katia
J'avais un peu de mal à croire que le procès s'était réellement ouvert. Je me suis un peu perdue dans mes pensées tandis que la voix d'Alan résonnait dans la pièce. J'ai capté quelques mots par-ci, par-là : caméra de surveillance, voiture, plaque d'immatriculation... J'en déduisais que notre avocat avait commencé à amener certains éléments de preuve. D'ailleurs, un homme a été appelé à la barre afin de livrer son témoignage par rapport aux bandes vidéos sur lesquelles on pouvait voir Lincoln en train de violer plusieurs règlements du code de la route.
Alan : Monsieur Alvarez, diriez-vous que l'accusé avait une conduite responsable le jour de l'incident?
Maître Kennedy : Objection! Le témoin n'est pas un expert dans ce domaine.
Juge Clark : Rejetée. Monsieur Alvarez, veuillez répondre.
Monsieur Alvarez : Je crois qu'avec autant d'entorses au code de la route, il n'est pas surprenant qu'il ait heurté madame David. D'après les images que j'ai déjà pu commenter, il allait plus vite que la limite permise et il ne ralentissait pas lorsque le feu passait au jaune.
Alan : Merci. Je n'ai plus de questions. Le témoin est à vous.
La partie adverse a ensuite eu l'occasion de mener son contre-interrogatoire. Pendant celui-ci, notre expert a avoué que l'accusé aurait pu agir ainsi s'il y avait eu des défaillances sur son véhicule. Dans l'ensemble, la crédibilité de notre homme n'était pas entachée et c'était une bonne nouvelle pour nous. Pendant le reste de la matinée, d'autres personnes ont juré de dire la vérité et ont donné leur opinion sur les événements. Mon adorée me tenait discrètement la main et une conversation silencieuse s'était établie entre nous. Pour le moment, tout de passait bien, mais je me doutais que la situation se dégraderait lorsque ce serait à notre tour de raconter notre histoire. Selon le planning de la journée, j'allais peut-être devoir me prêter à ce petit manège après le déjeuner...
Ziva
À partir du moment où le premier témoin a été appelé à la barre par maître Wilkinson, j'ai ressenti à quel point nous étions entrés de plain-pied dans la joute verbale qui allait nous occuper un long moment. Lorsque je regardais ma femme positionnée à ma droite, je me suis rendue compte qu'elle avait l'air un peu ailleurs. De mon côté j'écoutais avec attention tout ce qui se passait et le témoignage de monsieur Alvarez me confortait dans l'idée que nous avions bien fait de porter cette affaire devant les tribunaux malgré l'objection de l'avocat de monsieur Lincoln rejetée par le juge Clark. J'avais l'impression que tout le monde s'observait avant de commencer à nous attaquer pour de bon.
Certains témoins oculaires sont venus devant la cour en prêtant serment pour donner leur version des faits. Dans la plupart des cas, leur description était assez précise et je me doutais qu'Alan avait dû trier les personnes selon la solidité de leurs descriptions de l'accident. La tension générale dans la salle d'audience était encore assez basse mais je savais qu'elle allait monter à partir du moment où ma princesse allait devoir décrire la façon dont elle a vécu mon accident. D'après le déroulé de la journée qui avait été établi, mon épouse allait devoir affronter nos adversaires juste après le déjeuner.
J'essayais par tout les moyens de retenir un maximum d'informations concernant le comportement de nos adversaires notamment. J'avais fait passer un bout de papier à notre avocat pour lui demander s'il était possible que je prenne des notes dès que possible pendant le procès. J'avais l'intention de relever en silence les éventuelles contradictions de nos détracteurs afin d'être certaine d'apporter un témoignage en béton armé lorsque mon tour viendrait. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser qu'il était de mon devoir de mener ma famille vers la victoire et que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour y parvenir.
Katia
Après le témoignage du premier expert scientifique, d'autres hommes et femmes se sont succédés à la barre. Certains d'entre eux étaient des témoins oculaires qui ont permis de reconstituer ce qui s'était passé globalement. L'un des ambulanciers qui avait porté secours à ma femme est venu commenter les blessures subies au moment de l'impact. Il a avoué avoir rarement eu l'occasion d'observer le rétablissement de patients qui subissaient un tel choc et qu'il s'attendait à ce que ma compagne gonfle les statistiques des décès routiers.
Pendant que tout ce beau monde apparaissait dans le box réservé aux témoins, mon adorée avait décidé de prendre des notes après que sa demande ait été approuvée silencieusement. Je l'avais déjà vu agir de la sorte lorsqu'elle participait à des interrogatoires dans le cadre de son ancien travail d'officier du MOSSAD. Par conséquent, je savais qu'elle essayait de relever des incohérences qui pourraient jouer en notre faveur. Ma chérie était très forte et je savais qu'elle parviendrait à percer à jour la stratégie de maître Kennedy!
À midi tapantes, le juge Clark a annoncé que les débats reprendraient dans une heure. Les jurés ont quitté leurs sièges et j'ai eu l'impression que certains d'entre eux nous dévisageaient. Je ne parvenais pas à décider si c'était de bon ou de mauvais augure. J'ai décidé de feindre l'indifférence alors que nous prenions la direction de la sortie. Notre avocat a discuté avec son vis-à-vis pendant quelques instants afin de savoir si un accord était envisageable. La partie adverse n'était pas intéressée par une négociation pour le moment, ce qui était guère surprenant. Maître Wilkinson nous a rejoint au moment où les flashs des appareils photos se sont déclenchés. Les journalistes ont tenté de recueillir nos commentaires à nouveau et ils se sont pris une douche froide. Je savais que cela n'empêcherait pas ces fouines de publier des faits scandaleux nous concernant. Pour le moment, je préférais me concentrer sur mon futur témoignage. Plus j'y pensais, plus mon estomac se nouait. De ce fait, je ne pensais pas avaler grand-chose pendant cette pause repas.
Ziva
Une fois que notre avocat m'a donné implicitement l'autorisation de prendre des notes, je me suis mise à écrire comme une damnée sur ma tablette numérique. Il n'était pas question de laisser la moindre chance à maître Kennedy d'essayer soit d'influencer les témoins ou pire encore, d'orienter la perception du jury dans cette affaire. Tous les témoignages étaient cohérents et j'ai pu relever l'étonnement de l'un des ambulanciers quant à mon total rétablissement. Selon lui, un tel accident aurait eu toutes les chances de me coûter la vie.
A midi exactement, le juge Clark a prononcé la suspension de la séance pour une heure afin que tout le monde puisse se restaurer. J'ai pu me rendre compte à ce moment précis que certains jurés nous dévisageaient avec insistance. Alan de son côté est allé voir son collègue et adversaire pour lui parler quelques instants. Il nous a retrouvé à la sortie au moment où les journalistes ont a nouveau essayé de recueillir nos premières déclarations mais une fois encore, ils ont fait chou blanc. Par la suite, nous nous sommes rendus dans un petit restaurant sans prétention pour manger rapidement car le temps de pause allait filer très vite.
Une fois que nous étions attablés, J'ai pu prendre le temps de détailler l'expression corporelle de ma femme et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle était extrêmement tendue. Je savais que dans ces conditions elle n'allait pas avaler grand-chose. Je devais pourtant m'assurer qu'elle soit en pleine possession de ses moyens car elle allait être la prochaine personne qui se présenterait à la barre et ce sera à ma belle amazone de partir au front la première. Nous savions tous les trois qu'une excellente entrée en scène était indispensable pour nous permettre de garder la main dans cette partie d'échecs humaine. Je me suis donc approchée de ma princesse pour l'encourager.
Il faut que tu te nourrisse un minimum ma chérie. Pense au fait que maître Kennedy ne va pas rater une occasion de te mettre en mauvaise posture. Et pour que tu résistes correctement, tu dois être à 100% de tes capacités.
Alan : Je confirme Katia. Je connais cet avocat et même s'il n'est pas extrêmement expérimenté, c'est un sacré serpent. A la lumière des premiers témoignages que nous avons recueillis ce matin, il sait que la thèse selon laquelle son client n'est pas responsable de l'accident qu'il a provoqué va être difficile à tenir, même s'il y a eu un défaut d'entretien du véhicule comme nous le savons déjà. Sa seule option pour s'en sortir et faire économiser des millions de dollars à la municipalité, c'est de tenter de discréditer votre famille. Alors soyez forte madame Fortini.
Pour la défense de ma compagne, je ne mangeais que quelques bouchées du plat que j'avais devant moi. Malgré tout j'étais certaine que mon épouse allait tenir bon dans l'arène, tout comme elle l'avait fait pendant mon long sommeil forcé. Ma confiance en elle était inébranlable, c'était aussi simple que ça.
Katia
Une fois à l'extérieur du palais de justice, j'ai essayé de respirer profondément pour me détendre. L'air froid me brûlait les poumons et je n'ai malheureusement pas ressenti les bienfaits escomptés. Le stress était en train de me gagner et je ne savais pas trop comment l'évacuer. Lorsque nous avons enfin obtenu une table au resto du coin, mon adorée s'est mise à scruter le moindre de mes faits et gestes. Elle a fini par me dire que je devais faire l'effort de manger afin de pouvoir affronter notre adversaire. Alan était du même avis et il ajoutait même qu'il fallait se méfier de ce serpent. Je savais que ces mises en garde étaient sérieuses et c'est avec un peu plus de conviction que j'ai grignoté ma fade salade.
- La cuisine d'Isabella me manque... La nourriture américaine ne me plaît pas vraiment. Tout est trop sucré...
Même si j'avais légèrement détourné la conversation, j'imaginais que mes interlocuteurs n'étaient pas dupes. Ils savaient tous les deux que mon état d'esprit grognon s'expliquait facilement et que je devrais faire des efforts pour que mon humeur n'affecte pas mon témoignage. J'ai d'ailleurs profité du fait que des napperons de papier ornaient notre table pour dresser la chronologie des événements. Pour l'instant, ma mémoire ne me faisait pas défaut et je me souvenais de chaque détail de notre balade à vélo qui avaient failli coûter la vie à ma chérie et au bébé qu'elle portait.
- Vous savez Alan, j'ai confiance en vous et je sais que vous m'aiderez tout à l'heure. J'espère faire bonne impression sur les jurés pour contrecarrer les plans de maître Kennedy. Je veux obtenir réparation pour notre famille... J'ai passé des jours à me demander si j'allais devoir organiser les funérailles de Ziva...
À ce moment, mes yeux se sont remplis d'eau et j'ai utilisé ma serviette de table pour me tamponner le visage. Mon mascara a tout de même souffert un peu et j'allais donc devoir retoucher mon maquillage avant de retourner au tribunal. J'ai cherché à prendre la main de ma tigresse dans la mienne afin de me donner le courage de continuer. Il fallait absolument que monsieur Lincoln soit reconnu coupable pour que nous puissions enfin mettre cette vilaine histoire derrière nous.
Ziva
Ma femme était sur les dents et il était impossible de l'ignorer. Si son langage corporel était tout à fait limpide, ses paroles trahissaient un état de mauvaise humeur caractérisée. Ma princesse protestait contre la cuisine du restaurant où nous avions élu domicile temporairement. Je me suis contentée de sourire discrètement pour éviter de froisser Katia pour une broutille. Pour ma part, je trouvais la cuisine tout à fait correcte, ce qui m'amenait à penser que la perspective de devoir témoigner dans moins d'une heure rendait l'acte de manger plus que difficile pour ma belle amazone.
Tu sais mon coeur, je peux demander à Isabella et à Shaun de passer nous voir le plus tôt possible pour que tu retrouves les saveurs que tu aimes tant ou nous pouvons aussi leur rendre visite après le procès. Mais je t'assure que la salade Caesar que tu manges est certainement identique à la mienne.
J'ai marqué une légère pause pour être certaine d'accrocher le regard de ma déesse latine tout en lui caressant la main. Je m'étais aussi aperçue qu'elle se servait des napperons de la table pour griffonner quelques informations dessus.
Tu es une grande professionnelle, même si tu as pris ta retraite récemment. Prends ce témoignage comme une mission que tu vas accomplir, du même acabit que celles que nous avons menées à Londres ou ailleurs. Sois méthodique et à l'écoute de ton environnement, en particulier vis-à-vis de nos adversaires.
J'ignorais totalement si mes paroles avaient eu l'effet que j'escomptais. Ma belle italienne était capable d'être une machine de guerre implacable mais un léger défaut dans sa cuirasse faisait que ses émotions pouvaient la submerger. Je ne lui en tenais pas rigueur bien entendu car je trouvais que cette légère faiblesse faisait partie de son charme. Il était impossible pour le moment de décrypter quoi que ce soit sur la visage de ma sirène. La concentration lui donnait un visage fermé et j'ai vu qu'Alan arborait un air neutre lui aussi, comme s'il cherchait à rester en retrait pour le moment.
Par la suite, j'ai entendu les paroles de ma compagne à l'attention de notre avocat. Non seulement elle lui renouvelait sa confiance, mais elle affirmait deux choses distinctes. Ma tigresse voulait faire bonne impression au jury pour contrarier les plans de maître Kennedy mais surtout obtenir réparation pour le préjudice subi par notre tribu. Elle ajoutait qu'elle avait passé des jours pendant mon coma à se demander si elle allait devoir organiser mes funérailles. Evidemment, à l'évocation d'un souvenir aussi douloureux, ma dulcinée a laissé échapper quelques larmes avant de les faire disparaître avec sa serviette. Je lui ai pris la main qu'elle me tendait pour lui donner du courage alors qu'Alan avait une expression compatissante à notre égard.
Katia
J'ai retrouvé un peu le sourire lorsque ma femme m'a affirmé qu'il ne devait pas y avoir de différences entre sa salade et la mienne. Ma mauvaise humeur devait m'empêcher de savourer ce repas, ni plus ni moins! J'ai bien écouté ma chérie lorsqu'elle m'a expliqué que je devais voir mon témoignage comme une mission. Il est vrai que j'avais été une bonne espionne et que je pouvais appliquer mon savoir-faire et mon savoir-être à cette situation inconfortable. Ce ne serait jamais pire que certaines situations auxquelles j'avais été confrontée par le passé.
Même si je ressentais les encouragements de ma compagne et de notre avocat, le plus difficile restait à venir. J'ai apprécié le fait que ma femme me prenne la main pour me donner une bonne dose de courage. Plus tard, ce serait à mon tour de lui offrir mon support moral alors qu'elle devrait revivre ses tristes événements. Pour le moment, je me suis concentrée sur mon plat à nouveau et j'ai fait l'effort de vider mon assiette. J'ai commandé une grosse part de gâteau au chocolat afin de couronner le repas et cette fois-ci, je n'avais rien à redire contre les saveurs qui titillaient mes papilles gustatives!
Après m'être refait une beauté, il était l'heure de retourner devant le juge. Lorsque nous sommes entrées dans la salle, presque tout le monde était là. Il ne manquait que la partie adverse qui accusait un petit retard. J'ai souri tout en espérant que le juge Clark en fasse la remarque tout à l'heure. Un petit quart d'heure plus tard, monsieur Lincoln et maître Kennedy se sont enfin joints à nous et le procès a pu reprendre. Comme prévu, j'ai été appelée à la barre. J'ai avalé mon verre d'eau d'un trait et je me suis dirigée vers l'avant de la salle d'un pas décidé. Ma robe couleur émeraude flottait légèrement au vent. J'avais veillé à choisir un vêtement qui n'était ni moulant, ni provocateur afin de faire bonne impression aujourd'hui.
Alan : Bonjour madame Fortini. J'aimerais que vous me racontiez ce qui s'est passé le jour de l'incident.
- Certainement. C'était l'après-midi et nous avions décidé d'aller faire une balade de vélo en famille. Nous avons loué une bicyclette tandem que j'ai conduite tandis que Ziva était aux commandes de son propre véhicule à deux roues. Tout le monde portait un casque de sécurité et nous avons emprunté la CTT.
Alan : Je vois, et à quel moment monsieur Lincoln a-t-il percuté votre femme?
- Comme nous n'avions pas prévu de rafraîchissements, nous avons profité d'un croisement pour quitter le sentier. J'ai attendu que le feu passe au vert avant de traverser avec notre fille Aaliyah. C'est à ce moment-là qu'un pick-up blanc est sorti de nulle part et qu'il a fauché mon épouse.
Pour le moment, tout se passait bien et je parvenais à rester calme. J'espérais simplement que le contre-interrogatoire ne serait pas trop corsé. Du coin de l'oeil, j'observais le serpent qui assurait la défense de monsieur Lincoln. Le jeune avocat prenait beaucoup de notes, signe qu'il souhaitait me pousser et me contredire. Je devrais faire preuve de vigilance...
Ziva
Ce qui était positif concernant ma femme, c'est que nos encouragements ont été entendus. Ainsi j'ai pu voir que ma douce moitié avait fini par faire honneur au plat qui était disposé devant elle et la grosse part de gâteau au chocolat n'a pas fait long feu non plus ! Une fois notre repas terminé et galamment payé par Alan, nous sommes revenus au tribunal avec la ferme intention de ne pas se laisser intimider par les méthodes et les faits avancés par la partie adverse. Lorsque nous sommes entrés dans la salle d'audience, tout le monde était présent sauf monsieur Lincoln et son avocat. J'ai noté ce fait discrètement avant de m'asseoir tout en me disant que ce petit élément de faiblesse aurait son importance plus tard.
Une fois que nos opposants étaient arrivés, l'audience a pu reprendre. Le moment tant redouté était arrivé. Ma compagne devait témoigner et revivre l'un des événements les plus traumatisants de sa vie mais j'avais totalement confiance en elle. Katia allait faire preuve de retenue et de précision, y compris quand maître Kennedy allait chercher à la pousser dans ses derniers retranchements. Pendant ce temps, je prenais des notes sur l'ambiance du procès, le comportement des jurés et surtout le langage corporel de notre adversaire direct. Il semblait agité comme si cette procédure le dérangeait moralement.
À partir du moment où ma princesse avait prêté serment devant la cour, Alan a commencé son interrogatoire. À partir de ce moment précis, l'avocat qui nous était opposé prenait lui aussi des notes et il n'y avait qu'une seule raison à ça. Il fourbissait ses armes afin de contredire ma belle amazone lors du contre-interrogatoire qui allait suivre. Décidément cette petite fouine ne m'inspirait pas la moindre confiance. Subrepticement, j'ai pris une photo de ce type pour l'envoyer à Shmeil. Je voulais tout savoir sur ce petit avorton. Tu veux jouer ? On va jouer mon cher ami. J'allais en faire une cible et une fois que j'en aurais terminé avec lui, sa carrière allait avoir du plomb dans l'aile, surtout si je découvrais des choses intéressantes.
Katia
Maître Wilkinson m'a posé quelques questions supplémentaires avant de laisser sa place à son homologue. J'ai essayé de me détendre et de sourire tandis que le serpent venimeux s'approchait de moi. Il prenait son temps pour s'installer, comme s'il cherchait à m'intimider dès à présent. J'ai jeté un regard furtif vers mon alliance pour me donner la force d'affronter ce personnage antipathique. Après s'être éclairci la gorge, l'avocat a enfin posé sa première question.
Maître Kennedy : Au moment des faits, depuis combien de temps aviez-vous emménagé aux États-Unis?
- Je dirais que cela faisait quelques mois.
Maître Kennedy : C'était la première fois que vous parcourriez ce sentier à vélo?
- Oui.
Maître Kennedy : Vous dites que le feu était toujours au vert lorsque votre épouse a traversé la rue, mais vous lui faisiez dos. Je crois que c'est elle qui a grillé ce feu et qu'elle est la seule responsable de son accident.
J'avais du mal à rester calme alors que la sale vipère qui me faisait face insinuait que ma chérie s'était faite renverser volontairement! J'avais envie de frapper du poing sur la table en le traitant de menteur. Heureusement pour moi, Alan s'est levé d'un seul bond en objectant férocement. Le juge a retenu cette objection et a sommé la partie adverse de poser une question claire.
Maître Kennedy : Oui votre honneur, j'y venais justement. Madame Fortini, comment pouvez-vous être certaine qu'aucune imprudence ait été commise par madame David?
- Lorsque je me suis retrouvée de l'autre côté du croisement, il restait encore vingt secondes au compteur, ce qui est amplement suffisant pour franchir cette petite distance à bicyclette.
La discussion était en train de se corser et je m'attendais à ce que la prochaine question tente de me discréditer davantage. Mon passé renfermait beaucoup de petits secrets qui ne devaient pas être étalés au grand jour. Par ailleurs, j'étais persuadée que l'on tenterait de nous stigmatiser pour notre mode de vie atypique…
Ziva
L'audience se poursuivait et il était évident que le combat de boxe allait réellement commencer à partir du moment où l'avocat de la partie adverse entrerait en scène. Si j'étais certaine que mon épouse allait redouter ce moment, pour ma part j'étais relativement confiante. Je savais pertinemment que si Katia faiblissait, Alan prendrait le relais instantanément. Dès qu'il a laissé la place au clown qui représentait monsieur Lincoln, j'ai vu le sourire narquois de ce nabot, persuadé qu'il allait broyer ma compagne en deux temps trois mouvements. J'espérais évidemment qu'il serait fortement désappointé !
Le contre-interrogatoire a commencé normalement avec une question d'ordre général, qui n'avait pas grand chose à voir avec notre affaire. Puis nous sommes entrés dans le vif du sujet où la thèse selon laquelle j'étais responsable à 100% de l'accident qui nous avait amené ici a été avancée par ce crétin. Maître Wilkinson connaissait parfaitement le caractère sanguin de ma princesse, ce qui fait qu'il a objecté très rapidement face à cette affirmation calomnieuse. Notre adversaire a dû se replier et il a été sommé par le juge Clark de poser des questions claires. C'était un premier coup d'épée dans l'eau pour le représentant de de la municipalité, mais le ton était donné.
Par la suite, cette sale fouine est revenue sur un fait indispensable à éclaircir. Comment ma princesse pouvait affirmer que j'avais été totalement respectueuse des feux de circulation alors qu'elle me tournait le dos ? Sa réponse était cinglante et d'une logique implacable. Pendant ce temps, j'ai reçu les informations que j'attendais de la part de Shmeil. Je les parcourais d'un oeil tout en suivant de près le déroulement de ce qui se passait devant moi. Maître Kennedy a pris quelques secondes de réflexion et j'étais certaine que notre vie professionnelle antérieure ou notre mode de vie personnel allait bientôt être abordé.
Je bénissais ma polyvalence naturelle car le dossier de notre bête humaine contenait plusieurs points intéressants. J'ai donné une note à notre ténor du barreau qui lui disait que j'avais des éléments nouveaux sur notre avocaillon et qu'il allait devoir me faire confiance quand j'allais devoir m'opposer à lui. La partie promettait d'être musclée. Toute l'équipe savait que lorsque j'avais une proie à abattre, je ne me fatiguais jamais. Cet imbécile n'avait aucune idée de ce qui l'attendait dans les minutes qui allaient suivre...
Katia
Pour le moment, je parvenais à rester maître de moi-même et je suivais à la lettre les conseils d'Alan. En effet, notre avocat nous avait recommandé de donner des réponses courtes et précises. Il fallait s'en tenir aux faits et essayer de ne pas montrer nos émotions. Nous avions tellement pratiqué nos témoignages à la villa qu'il m'était facile de parler devant tout ce beau monde. Après une entrée en la matière assez classique, notre adversaire s'était sans doute aperçu qu'il ne parviendrait pas à faire ressortir une quelconque contradiction dans mon témoignage.
Maître Kennedy : Dites-moi madame Fortini, n'est-il pas vrai que vous êtes prête à tout pour parvenir à vos fins?
- Je ne vois pas de quoi vous parlez.
Maître Kennedy : Je suis persuadé du contraire. Aurais-je besoin de vous rappeler ce qui s'est produit en Italie?
Ce sujet était complètement hors propos et j'espérais que notre ténor du barreau ferait objection très rapidement! Je n'avais pas envie que mon passé d'espionne vienne entacher ce procès. Heureusement pour nous, Alan s'est levé et il a demandé au juge que les deux dernières questions soient retirées du procès-verbal puisqu'elles n'avaient rien à voir avec cette affaire. La vipère qui m'interrogeait a demandé à ce qu'on lui accorde un peu de liberté, mais comme le juge Clark ne voyait pas du tout en quoi l'Italie pouvait avoir un lien avec un accident routier, il a refusé que l'on s'aventure sur ce terrain.
Mon cerveau était tout de même en ébullition parce que les jurés avaient entendu cette phrase et qu'elle risquait de nous porter préjudice. Il suffisait que l'un d'entre eux pense que nous voulions profiter du système, et nous étions foutues! Par ailleurs, les médias allaient certainement tenter d'en savoir plus sur les événements de Florence. Même si j'avais bien couvert nos traces et qu'en principe aucun survivant ne subsistait, il était possible qu'ils découvrent quelque chose ou qu'ils fabriquent une nouvelle preuve de toutes pièces. J'espérais que notre défenseur avait des idées pour empêcher que de telles choses se produisent!
Ziva
Pendant que ma femme résistait sous le feu des questions de maître Kennedy, je me préparais physiquement et mentalement à passer sur le grill après mon épouse. Le comportement de Katia était exemplaire et il correspondait en tous points à ce qui avait été anticipé par maître Wilkinson lors de la préparation de nos témoignages. Lorsque notre petite fouine a compris qu'il n'allait rien obtenir de ma princesse concernant l'accident de la route dont j'ai été victime, il a changé son angle d'attaque, en essayant de mener l'interrogatoire sur un terrain différent.
Notre adversaire a tenté d'en savoir plus sur les événements qui ont eu lieu en Italie. Bien évidemment, Alan a fait barrage instantanément et malgré la demande de l'avocaillon qui nous faisait face, les deux dernières questions ont été retirées du procès-verbal. Il était impossible de savoir si les jurés allaient réfléchir sur les insinuations prononcées pour former leur conviction, en revanche il était certain que les médias présents dans la salle allaient s'emparer de cette information et nous interroger là-dessus. C'était une première tentative plus ou moins réussie du camp d'en face d'attaquer notre intégrité morale.
En voyant que les choses tournaient ainsi, j'avais vraiment envie d'en découdre avec ce crétin. Il fallait que je parvienne à lui faire passer l'envie de chercher la déstabilisation à tout prix. Mais pour le moment, le sourire carnassier de ce gnome en robe m'indiquait qu'il avait encore quelques questions à poser à ma déesse latine. J'étais certaine que la défense adverse s'était aussi renseignée sur moi. Malgré tout, je comptais sur la faible expérience de notre opposant pour le mettre dans de sales draps. Personne ne pouvait tenter de discréditer ma famille sans raison valable, tout du moins sans en payer le prix par la suite.
Katia
Pour l'instant, la catastrophe avait été évitée et nous devions une fière chandelle à maître Wilkinson. L'avocaillon qui représentait la ville de Washington et monsieur Lincoln par la même occasion avait l'air légèrement désabusé. Il est retourné à sa table de travail et a relu ses notes rapidement. Par la suite, il s'est approché de moi et sa voix nasillarde a empli le tribunal à nouveau.
Maître Kennedy : Pourriez-vous nous parler de la relation que vous entretenez avec madame David?
- Nous sommes mariées, il n'y a rien de plus à dire.
Maître Kennedy : Je vois, je n'ai plus de questions.
Juge Clark : Vous pouvez retourner à votre place. Qui appelez-vous à la barre à présent?
Tandis que je marchais vers ma place, la salle est devenue extrêmement silencieuse. J'avais l'impression que mes chaussures faisaient un vacarme qui aurait pu réveiller les morts. En m'asseyant, j'ai pris la main de ma femme dans la mienne pour lui donner un peu de courage. Vraisemblablement, elle serait le prochain témoin et elle allait devoir se montrer forte à son tour. La dernière question posée par la partie adverse avait sans doute pour but de choquer les homophobes et nul doute que cet angle d'attaque serait encore utilisé dans les minutes à venir.
Discrètement, j'ai griffonné un mot sur un bout de papier et je l'ai fait passer à mon avocat. Sur celui-ci, j'avais écrit le mot cauchemar. En effet, ma belle israélienne avait eu bien du mal à dormir en rentrant de l'hôpital. En repensant à cette période, je me suis également souvenue qu'elle avait ressenti des faiblesses musculaires pendant un bon moment. Même si elle ne gardait pas de séquelles aujourd'hui, cet accident l'avait marquée à vie et jamais elle ne pourrait revivre les moments manqués de la grossesse d'Evelyne…
Ziva
L'interrogatoire de maître Kennedy se poursuivait et comme je pouvais le craindre, la question de notre mode de vie personnel a fini par être évoqué. Notre adversaire a essayé d'ouvrir la brèche en demandant à ma femme de lui parler de sa relation avec moi, mais mon épouse lui a rétorqué sèchement que nous étions mariées et que la discussion s'arrêtait là. Devant un tel aplomb, notre nabot préféré s'est replié vers sa place après avoir précisé qu'il n'avait plus de questions. Katia est donc revenue auprès de moi et ses pas faisaient un boucan d'enfer car la salle était aussi silencieuse qu'une église. Même si notre détracteur n'avait pas obtenu ce qu'il voulait, la salle semblait stupéfaite par la révélation qui venait d'être faite.
Au moment où ma princesse s'est assise, elle m'a pris la main afin de me donner du courage. Je me suis contentée de sourire en lui donnant un mot où il était écrit : Ne t'en fais pas, j'ai de quoi flinguer ce petit con. Je me suis ensuite avancée vers la barre, la tête haute, afin de bien faire comprendre à toute l'assemblée que je n'allais pas courber l'échine. Alan est revenu vers moi par la suite pour commencer sa partie de la pièce de théâtre qui nous occupait aujourd'hui. J'ai prêté serment d'une voix forte et claire avant que les hostilités ne s'ouvrent pour moi.
Alan : Nous avons établi les circonstances de l'accident grâce au témoignage de Madame Fortini. Pouvez-vous me donner votre version des faits madame David ?
Tout à fait. Comme expliqué précédemment, nous quittions la Capital Crescent Trail pour nous rendre sur MacArthur Boulevard pour nous restaurer. Ma femme et ma fille aînée étaient devant moi car cela me permettait de garder un oeil attentif sur ma famille. Nous avons toutes respecté les feux de circulation afin d'écarter tout danger, notamment pour Aaliyah qui est aveugle et porte des appareils auditifs. Lorsque je me suis engagée à mon tour, il restait 20 secondes au feu de signalisation pour rejoindre mes compagnes de randonnée. C'est à ce moment que le pick-up blanc de la ville de Washington, conduit par monsieur Lincoln ici présent, m'a percuté par la gauche et je n'ai pas pu l'éviter.
Alan : Avez-vous d'autres souvenirs concernant cet accident ?
Tout est allé très vite mais je me souviens avoir percuté le pare-brise du véhicule avant d'atterrir lourdement sur le bitume. Comme je voyais le ciel de Washington et non le sol, je sais que j'ai fini sur le dos avant de perdre connaissance. Ma dernière pensée avant de sombrer dans l'inconscience est allée à ma fille Evelyne dont j'étais enceinte depuis peu de temps...
Ma voix s'est légèrement brisée à la fin de cette phrase mais je suis parvenue à rester stoïque en attendant la suite de l'interrogatoire. Je devais tout faire pour ne laisser aucune prise à cette raclure d'avocat de la défense car j'étais persuadée que comme il n'avait rien obtenu de la part de ma belle amazone, il allait se défouler sur moi. Malheureusement pour lui, j'étais prête à l'affronter, bien plus qu'il ne pouvait l'imaginer.
Katia
J'ai continué d'afficher un visage neutre tandis que je lisais le mot que ma femme m'avait remis. Apparemment, elle avait réussi à obtenir des informations sur maître Kennedy et j'imaginais qu'elle n'hésiterait pas à les utiliser. Le serpent venimeux n'avait qu'à bien se tenir puisque ma chérie n'avait pas la langue dans sa poche! Assez rapidement, mon petit coeur a été appelée à la barre. Elle a dû prêter serment comme tous les témoins qui l'avaient précédée. En guise d'entrée en la matière, Alan lui a demandé de raconter les faits tels qu'ils s'étaient produits.
Avec un aplomb remarquable, ma compagne a relaté ses souvenirs. Elle ne se gênait pas pour expliquer qu'une de nos filles avait des déficiences visuelles et auditives. Ma princesse évoquait simplement son rôle de chef de famille en expliquant pourquoi elle roulait derrière nous. Elle a aussi répété qu'il restait 20 secondes au compteur lorsqu'elle s'était engagée à traverser la rue. Notre ténor du barreau s'est permis d'interroger ma douce moitié sur d'autres souvenirs qu'elle avait. J'ai remarqué que certains jurés semblaient très touchés d'apprendre que la dernière pensée de ma tigresse avait été pour son bébé.
Alan : Madame David, je comprends que ces souvenirs soient douloureux pour vous. Suite à cet incident, y a-t-il des choses qui ont changé pour vous sur le plan professionnel?
J'imagine que notre défenseur cherchait à établir une liste des conséquences de cet accident de la route. Ma chérie devait comprendre où il voulait en venir car il s'agissait d'un moment important du procès. Le montant de l'indemnisation dépendrait du volume et de l'impact des preuves que nous allions apporter. Tant que les membres du jury acceptaient notre thèse, tout irait bien. Seulement, ce n'était toujours pas gagné d'avance…
Ziva
Pendant que je produisais mon témoignage, je ne pouvais pas forcément voir ce que fabriquait maître Kennedy, non pas parce qu'il échappait à ma vision, mais plus à cause de ma concentration extrême afin d'être précise dans mes déclarations tout en évitant de fabuler involontairement sur les événements qui s'étaient produits à ce carrefour maudit. Alan menait son interrogatoire avec énormément de calme et de maîtrise et il semblerait que le fait que j'aie eu une dernière pensée pour mon bébé avant de fermer les yeux pour un très long moment avait ému le jury qui me faisait face.
Après quelques secondes de silence, Alan m'a demandé si certains aspects de ma vie professionnelle ont changé suite à mon accident. J'avais parfaitement saisi le sens de sa manoeuvre qui consistait à m'amener à parler de ma perte de mobilité, mais aussi aux séquelles mentales qui ont résulté de l'imprudence de monsieur Lincoln. Je me suis demandée à cet instant s'il allait passer sur le grill lui aussi ou si maître Kennedy allait tenter de lui éviter de faire face à ses accusatrices. Pour le moment, notre homme restait de marbre mais son langage corporel trahissait une certaine gêne, comme si être présent dans ce tribunal le rendait malade. Mais je n'ai guère eu le temps de m'y attarder car je devais répondre à la question de notre avocat.
Les incidences sur le plan professionnel ont été minimes puisque j'avais décidé de remettre ma démission au NCIS à partir du moment où ma grossesse a été confirmée. Donc en dehors d'un petit imbroglio administratif, rien de bien sérieux. Ma femme avait simplement voulu se charger de mes indemnités de départ et de ma mise à la retraite effective des services liée à la Marine américaine mais la bureaucratie de notre pays avait jugé bon de retenir le dossier par sécurité. C'est une démarche totalement compréhensible comme nous n'étions pas encore mariées à ce moment-là.
J'ai marqué une petite pause pour être certaine de bien appuyer mes prochains propos.
Sur le plan personnel en revanche, tout n'était pas si rose. Suite à ma commotion cérébrale, je suis restée dans le coma pendant plus de six semaines. J'ai donc perdu énormément de mobilité et de tonus musculaire qui ont été très difficiles à regagner, surtout dans le contexte d'une grossesse, où comme vous le savez peut-être, les efforts violents et soutenus sont interdits pour le bien-être de la vie que je portais. J'ajoute que pendant une longue période après mon retour à la maison, je revivais chaque nuit l'incident dans ses moindres détails, ce qui n'a pas facilité ma rééducation vous en conviendrez.
L'exercice verbal auquel je me livrais était un numéro d'équilibriste. Je devais à la fois appuyer sur les faits aggravants pour maximiser nos chances d'obtenir réparation, tout en évitant de verser dans l'excès moral et le misérabilisme. Tant que notre nabot préféré restait en retrait, je savais que j'étais en sécurité mais j'étais certaine qu'il allait bientôt entrer en scène et le combat allait être acharné. J'avais pour mission de le rendre inégal et de remporter ma première bataille face à cet avocaillon que la partie adverse allait amèrement regretter d'avoir pris dans ses rangs.
Katia
Mon adorée a continué son récit sous la direction de notre ténor du barreau. Elle a expliqué que sa retraite du NCIS était déjà planifiée, mais que son coma avait freiné le processus. En effet, personne n'avait voulu traiter avec moi en ce qui concernait la prime de départ de celle qui était ma future femme à l'époque. C'était d'ailleurs l'une des raisons qui m'avait poussée à accélérer le processus de notre mariage. Ma chérie avait également profité du fait que maître Wilkinson ait soulevé le point des changements pour faire part de ses séquelles physiques et mentales. Même si elle était aujourd'hui guérie à 100%, ma princesse avait passé un rude moment lorsqu'elle avait enfin obtenu son congé de l'hôpital.
Alan : Madame David, je vous remercie pour votre témoignage. Maître Kennedy, c'est à votre tour de poser vos questions.
L'avocaillon qui représentait la partie adverse a sursauté, comme s'il avait la tête ailleurs. Il a relu ses notes une fois de plus avant de se lever de son siège. Je me demandais quel tour cette sale vipère allait essayer de nous jouer. Il y avait très peu d'éléments sur lesquels il pouvait interroger ma belle israélienne. Selon toute vraisemblance, il allait tenter de nous discréditer davantage puisque sa thèse selon laquelle ma compagne était responsable de cet accident de circulation avait été soigneusement démolie...
Maître Kennedy : N'est-il pas vrai que toute votre attention était dirigée vers madame Fortini et sa passagère handicapée lorsque vous vous êtes engagée dans ce croisement?
Cette entrée en la matière n'était pas sans rappeler la tactique que l'homme de loi avait employée lorsqu'il m'avait interrogée. Il essayait de nous endormir en posant quelques questions qui concernaient directement les faits avant de s'en prendre à notre style de vie. Je remarquais qu'il avait glissé une référence à la condition physique de notre petite fleur et j'ai instantanément serré les dents en l'entendant parler ainsi de l'une des personnes qui m'était les plus chères. Ma chérie allait certainement devoir faire des efforts pour ne pas agresser physiquement le juriste de pacotille qui se tenait devant elle.
Ziva
Maître Wilkinson terminait son interrogatoire sur ma réponse assez précise concernant les séquelles qui m'ont affectée à la suite de ma cascade routière. Alan avait parlé un peu plus fort pour secouer l'avocat de la défense qui semblait avoir la tête ailleurs. Celui-ci a sursauté avant de se concentrer sur notre affaire. Après avoir relu ses papiers une dernière fois, il s'est avancé vers moi. Pour ma part, j'étais prête à l'affronter sur tous les terrains. Après quelques secondes de flottement, le combat pouvait commencer. Tous mes muscles étaient tendus à l'extrême et il était hors de question de laisser la moindre information m'échapper.
Dès la première question, j'ai su que la tactique employée par mon adversaire serait exactement la même que celle qui a été utilisée lors du contre-interrogatoire de ma femme précédemment. En me demandant si j'avais fait preuve de négligence en me concentrant sur ma famille plutôt que sur circulation, j'ai relevé deux faits notables. Premièrement, le ton dédaigneux lorsqu'il a désigné mon rayon de soleil aurait pu lui valoir une exécution sommaire sans délai. Deuxièmement, il insinuait que je n'étais pas capable d'appréhender mon environnement. Décidément, ce crétin n'allait pas être déçu du voyage.
Tout d'abord maître, je vous demande d'avoir un plus de respect pour ma fille aînée lorsque vous parlez d'elle. Ensuite, j'ai entièrement confiance en ma femme pour protéger nos enfants donc non, il était impossible que j'aie été distraite pendant la traversée de ce carrefour. Vos insinuations sont indignes de vous mon cher.
Toute ma déclaration s'était faite dans un état de calme olympien. J'étais parfaitement consciente que je jouais la carte de la provocation tout en évitant soigneusement d'aller trop loin. J'avançais très lentement mes pions pour avoir la chance d'attirer mon opposant dans la toile d'acier que j'étais en train de tisser autour de lui. Pour le moment, notre avocaillon semblait sûr de son fait, comme si l'imminence de ma chute l'amusait déjà. Ma princesse, qui tentait de garder son calme assise à la table de la poursuite fulminait déjà. J'avais beau ne pas la voir distinctement, le feu de sa colère me parvenait par vagues entières. Heureusement pour nous, j'étais la seule personne dans la salle à pouvoir le sentir aussi précisément...
Katia
Alors que je bouillonnais intérieurement, mon adorée était parfaitement maîtresse d'elle-même. J'ai particulièrement apprécié son ton ferme alors qu'elle demandait à la partie adverse de faire preuve de respect à l'égard de notre rayon de soleil. Comme moi, elle détestait que l'on diminue notre fille d'une quelconque façon! Par ailleurs, ma chérie a profité de cette question pour affirmer qu'elle avait toute confiance en moi lorsqu'il s'agissait de veiller sur nos enfants et qu'elle n'était nullement distraite au moment de l'accident. Une fois de plus, maître Kennedy se retrouvait le bec dans l'eau et il allait donc employer une stratégie moins noble pour nous faire de l'ombre.
Maître Kennedy : Madame David, il semble que partout où vous allez, les cadavres pleuvent... Je suis étonné que vous ne vous en soyez pas encore pris directement à mon client. N'êtes-vous pas plutôt du genre à vous venger pour obtenir justice?
Cette fois-ci, je n'étais même pas surprise par la tournure du contre-interrogatoire. L'avocaillon mettait en place un travail de sape pour faire paraître ma conjointe comme étant dangereuse! Même s'il n'avait pas tort de dire que la mort n'était jamais loin de ma tigresse, il fallait qu'elle évite de laisser ce piège se refermer sur elle. Connaissant ma princesse, elle attendait que la partie adverse commette une erreur de ce genre pour passer à la vitesse supérieure.
À ce moment, Alan aurait pu objecter et éviter que ma douce moitié s'incrimine elle-même. Cependant, il avait jugé bon de laisser mon épouse se débrouiller puisque cette dernière n'avait pas l'air d'être une demoiselle en détresse. En observant bien la gestuelle de ma déesse personnelle, je savais qu'elle s'apprêtait à utiliser ses propres armes de destruction massive!
Ziva
A partir du moment où maître Kennedy avait compris que son angle d'attaque classique n'avait pas de prise sur moi et qu'une nouvelle fin de non-recevoir de ma part l'avait frappé à la tête, je savais pertinemment qu'il allait essayer de me traîner dans la boue pour essayer de me discréditer ou pire encore, que je sorte de mes gonds. Malheureusement pour lui, j'avais passé beaucoup de temps à interroger des suspects et ses ficelles grossières qui ressemblaient à des cordages ne m'impressionnaient pas le moins du monde.
Comme prévu, une nouvelle insinuation est sortie du gosier puant de ce crétin congénital. Il essayait donc de me mener sur le terrain de mes actions passées pour tenter d'aiguiser la curiosité des médias présents dans la salle d'audience et scandaliser le jury une nouvelle fois. Je considérais qu'il était temps de renverser la vapeur, d'autant que notre ténor du barreau n'avait pas jugé utile de réagir à la nouvelle charge de notre adversaire. J'ai donc pris le temps de jeter un regard circulaire pour jauger l'ambiance de la pièce avant de me lancer.
Cher maître, votre angle d'attaque est très intéressant. Vous insinuez que je suis violente et que je ne fais pas confiance à la justice de notre pays ? Pourquoi aurais-je accepté de comparaître face à vous dans ce cas ? Quant à l'idée de me jeter à la gorge de l'employé de la municipalité ici présent, pourquoi le ferais-je ? Il a été établi que monsieur Lincoln n'a pas été coupable de délit de fuite et qu'il est resté sur les lieux. Je n'ai aucune raison d'avoir le moindre ressentiment envers lui.
J'ai marqué une pause pour regarder mon détracteur droit dans les yeux. J'étais armée mentalement, il ne me restait plus qu'à tirer.
Et puisque vous adorez lancer des fusées éclairantes nauséabondes pour essayer de me discréditer sans fondement, voulez-vous que l'on parle de vos propres actions précédentes ? Prenons-en une au hasard... Si je vous demande ce que vous pensez personnellement de Palm Springs, vous voyez où je veux en venir ?
Il fallait que je reste systématiquement indirecte dans ce genre d'affirmation larvaire. Dans tous les cas, mon tir avait fait mouche puisque ce nabot était devenu blême et il ne savait pas quoi répondre. Il était évident que ma saillie pouvait avoir deux effets diamétralement opposés. Soit cette raclure attaquait de plus belle en risquant de se faire rappeler à l'ordre par le juge Clark ou il ne s'en remettrait jamais. Je dominais le jeu et c'était à mon tour de mener la partie. Ce fumier avait tenté de me piéger mais c'était ma toile qui se refermait lentement sur lui à présent.
Katia
Je m'attendais à ce que ma compagne frappe fort et je n'ai pas été déçue de ses propos. Elle s'est d'abord chargée de réfuter la thèse selon laquelle elle était imprévisible et violente avant d'affirmer qu'elle n'avait aucun ressentiment à l'égard de monsieur Lincoln. Mon adorée a fait une pause et j'ai cru remarquer que ses yeux étaient plus noirs que d'habitude. Je savais donc qu'elle s'apprêtait à contre-attaquer et que l'avocat de la défense allait s'en mordre les doigts de l'avoir attaquée publiquement. Je me suis donc concentrée sur la scène qui se déroulait devant moi.
En étant très calme, ma compagne a fait une chose qui démontrait l'étendue de sa force de caractère. Contrairement à ce que l'on pouvait s'attendre de la part d'un témoin, elle a profité de la tribune qui lui était offerte pour insinuer que maître Kennedy n'était pas blanc comme neige. Normalement, ce genre d'aparté n'aurait pas dû être toléré par le juge. Cependant, le marteau du magistrat ne s'est même pas fait entendre. Il faut croire que l'homme de loi avait quelque chose contre nos opposants et que c'est pour cette raison qu'il n'avait rien trouvé à redire concernant ce petit écart de conduite. Pendant ce temps, l'avocaillon ne savait plus où se mettre. Aucun son ne sortait de sa bouche et il était plus blanc que quelqu'un qui aurait vu un fantôme!
Juge Clark : Maître, avez-vous d'autres questions pour ce témoin?
Maître Kennedy : Non... J'ai terminé.
Juge Clark : Bien, dans ce cas je propose que nous reprenions la séance demain matin. Nous entendrons alors mademoiselle Aaliyah David-Fortini.
Ma chérie a été libérée du box des témoins à ce moment-là et elle a pu regagner dignement sa place près de moi. Bizarrement, la partie adverse a déguerpi de la salle à la vitesse de la lumière. Je me demandais vraiment ce qui avait pu se passer à Palm Springs pour que le serpent à sonnettes prenne peur à ce point. Une chose était certaine, il ne voulait pas se faire coincer dans les couloirs et devoir répondre de ses actes! Pour notre part, nous allions bientôt pouvoir rentrer chez nous et nous reposer un peu avant la reprise du procès. Une partie de moi craignait que les médias profitent de ces heures de liberté pour déterrer des scandales sur notre famille. Malheureusement, il était impossible d'échapper à cette éventualité…
Ziva
Ma première satisfaction a été de voir notre nabot préféré se décomposer mais surtout couper net son interrogatoire après la demande légitime émanant du juge Clark pour savoir si d'autres questions m'attendaient. La réponse de cette raclure du barreau étant négative, le juge a mis fin à l'audience pour aujourd'hui en précisant que les hostilités reprendraient demain matin avec le témoignage de notre fille aînée. A vrai dire, je ne me faisais pas trop de souci par rapport au moment où elle allait devoir répondre aux questions des avocats qui s'affrontaient dans cette arène. Sa finesse d'analyse et son intelligence feront merveille dans quelques heures.
Maître Kennedy a disparu de la salle à une vitesse hallucinante alors qu'Alan mettait de l'ordre dans ses notes. Après avoir pris congé de notre ténor du barreau, nous avons emprunté le chemin vers la sortie avec la ferme intention de rester silencieuses face aux médias qui nous attendaient dehors. Pour le moment, il était totalement inutile de déclarer quoi que ce soit. J'ai décidé de laisser les clés à ma femme pour que nous puissions rentrer chez nous le plus calmement possible. Je ne pouvais pas m'empêcher de me demander quel traitement médiatique nous serait infligé dès lendemain matin...
Dès que notre berline a franchi le portail qui protégeait l'entrée de notre propriété, mes muscles se sont détendus instantanément. Je n'avais plus besoin d'être sur le qui-vive pour défendre les miens et je n'ai pas pu m'empêcher de pousser un soupir de soulagement. Malgré les coups de boutoir assénés par notre adversaire le plus virulent, nous avions gardé notre cap et personne ne s'était effondré dans notre camp. Un sentiment de fierté m'envahissait lentement et je commençais à croire que notre cause était en bonne voie.
Katia
Étant donné que le procès était ajourné, il était temps de rentrer à la maison. Je dois avouer que je n'étais pas déçue de mettre un peu de distance entre nous et le tribunal. La journée n'avait pas été aussi éprouvante que ce que j'avais anticipé, mais je savais que le pire était à venir. Si les choses se déroulaient comme prévu, les journalistes allaient nous pourrir la vie dès ce soir et nous ferions les gros titres dans les journaux du matin. Mes pensées étaient légèrement assombries alors que nous quittions le tribunal en silence.
Ma femme m'a laissé prendre le volant et j'ai pris plaisir à conduire. Je ressentais une certaine forme de liberté qui m'avait manquée pendant cette première journée d'audience. En arrivant à la maison, ma chérie a poussé un soupir de soulagement. Nous sommes entrées dans la villa en nous tenant par la main. Je n'ai même pas eu le temps d'enlever mon manteau avant que la voix familière de notre fille emplisse le vestibule. Quelques secondes plus tard, notre fusée a foncé sur nous et nous a serrées dans ses bras à tour de rôle.
Aaliyah : Je veux tout savoir!
- Tu es très enthousiaste ma puce! Mais chaque chose en son temps... As-tu terminé tes exercices de mathématiques?
Aaliyah : Oui, j'ai tout vérifié deux fois et Pierre m'a beaucoup aidé! Maintenant, dites-moi tout!
Étant donné que notre rayon de soleil se montrait insistante, nous sommes passées au salon. J'ai décidé de faire preuve d'honnêteté et de ne pas présenter une version édulcorée des événements à notre lys blanc. Selon moi, elle était assez grande pour comprendre le combat dans lequel nous nous étions engagées. Je considérais qu'elle serait d'autant mieux préparée à ce qui l'attendait si elle était au fait des stratégies peu orthodoxes de maître Kennedy!
Ziva
Une fois que ma princesse avait garé la voiture dans notre garage, je n'ai pas voulu rentrer par l'intérieur. J'avais besoin de respirer, de profiter de l'air ambiant. C'est donc main dans la main que nous sommes entrées dans la maison, sans échanger un seul mot car ils étaient totalement inutiles. Une fois que nous avions pénétré dans le vestibule, notre fusée préférée est arrivée en fanfare en nous demandant de tout lui raconter. Ma princesse a essayé de tempérer ses ardeurs en l'interrogeant sur son travail de la journée.
Comme souvent dans ce genre de situation la réponse de notre fille aînée a été claire et précise. Selon ses dires, les exercices de mathématiques ont été vérifiés deux fois et Pierre avait parfaitement assisté notre rayon de soleil dans son apprentissage. À vrai dire, je n'en attendais pas moins de sa part car depuis qu'il avait pris ses fonctions chez nous, son professionnalisme était exemplaire. Je me suis éclipsée quelques minutes, le temps d'aller voir comment se portait Evelyne. Je l'ai trouvée dans sa chambre en train de babiller sur les genoux de notre employé de maison. Ils m'ont adressé un grand sourire quand ils m'ont vue.
Bonsoir tout le monde ! Tout s'est bien passé Pierre ?
Pierre : Tout s'est déroulé à merveille. Votre grande fille a absolument tenu à nourrir sa sœur, ce qui m'a permis de m'occuper de la maison pendant un moment entre deux séries de calculs. Elles ont été très sages toutes les deux, même si pour le moment votre bébé refuse obstinément de se nourrir.
Ne vous inquiétez pas. Je vais l'allaiter maintenant. Allez rejoindre tout le monde au salon, nous allons effectuer un débriefing de cette première journée d'audience et j'estime que cela vous concerne autant que nous.
Pierre : Bien Ziva. À tout de suite alors.
Notre majordome m'a confié la petite diablesse avant de quitter la chambre très calmement. J'appréciais le fait qu'il ait réussi à abandonner peu à peu une partie de la politesse forcée qu'il avait au départ. Il ne m'appelait plus madame et ça signifiait beaucoup pour moi. Une fois que j'étais seule avec ma petite merveille, je l'ai changée tout en chantonnant un petit air joyeux avant de me rendre au salon où j'allais nourrir notre petit ange pendant que ma déesse latine allait relater les évènements de la journée. Une fois que tout le monde était installé autour de Katia, le récit de nos péripéties pouvait enfin commencer.
Katia
Tandis que j'entraînais notre rayon de soleil au salon, mon adorée est allée voir comment se portait notre petite diablesse. Quelques minutes se sont écoulées avant que Pierre nous rejoigne et qu'il nous explique que ma chérie n'allait pas tarder. Selon toute vraisemblance, Evelyne était en train de crier famine et elle réclamait les bons soins de sa mère. Je n'ai pas attendu que mes deux amours arrivent pour mettre en place mon récit. J'ai insisté sur le fait que les médias nous attendaient aux portes du tribunal et qu'ils avaient pu assister à l'audience. J'allais expliquer le déroulement de l'avant-midi lorsque mon ange a débarqué dans la pièce en tenant notre bout de chou contre elle.
- La première moitié de la journée a été consacrée aux remarques préliminaires ainsi qu'à quelques témoignages. Alan a tenté de démontrer que nous avions été des victimes innocentes. Il a également établi que les traumatismes vécus par Ziva auraient dû être mortels.
Aaliyah : Oui, je me souviens de ce que l'avocat a dit lorsqu'il m'a rencontré. À quel moment avez-vous témoigné maman et toi?
- J'ai été appelée à la barre après le déjeuner. J'ai relaté ma version des faits et j'ai été soumise à un contre-interrogatoire. L'avocat de la défense a essayé de me faire parler de notre voyage en Italie alors que c'était carrément hors propos. Il a aussi tenté d'établir que j'étais fraîchement arrivée en Amérique et que je n'avais aucun moyen d'être certaine que ma compagne avait traversé au bon moment. Je suis restée calme et j'ai donné des réponses courtes.
Voilà qui résumait bien l'esprit de mon témoignage. J'ai jeté un coup d'oeil vers mon épouse pour l'encourager à prendre le relais de notre récit. J'étais heureuse de voir qu'elle n'avait plus honte d'allaiter en public. Mon regard s'est ensuite posé sur Pierre qui savait se montrer discret. Même s'il ne faisait pas partie de nos vies au moment des faits, je sentais qu'il était empathique à notre cause. Il allait devoir agir à titre de rempart pendant toute la durée de la procédure pour éviter que les médias s'incrustent dans nos veines comme un poison pourrait le faire. J'avais parfaitement confiance sur les capacités de notre nouvel employé car je le savais loyal envers nous.
Ziva
Une fois qu'Evelyne était changée et que quelques échanges de sourire ont eu lieu, je me suis rendue avec mon petit ange dans le salon où j'ai pris place à la droite de ma femme puisque Pierre s'était placé légèrement en retrait et que notre fille aînée trônait à sa gauche. D'après ce que j'avais pu entendre par bribes de loin, Katia prévenait Pierre et Aaliyah que les médias étaient sur les dents et qu'ils avaient pu assister à l'audience. Pendant un cours instant, je n'ai pas pu m'empêcher de frissonner à l'idée de ce que nous allions lire demain dans la presse...
Je me suis donc installée sur le canapé alors que ma compagne détaillait ce qui s'était passé avant que nos témoignages soient pris en compte. Je me suis rappelée de chaque étape de ce processus et je ne pouvais que saluer la maîtrise de notre avocat face à la médiocrité de son adversaire. Une fois que tout cela a été relaté par ma belle amazone, notre rayon de soleil a demandé quand notre prise de parole avait commencé. Sa mère a répondu très honnêtement et surtout assez précisément pour permettre à notre lys blanc de se préparer à ce qui l'attendait le lendemain. Une fois son récit terminé, elle m'a encouragée d'un regard à prendre le relais.
Après un récit tout en maîtrise de la part de ta mère, j'ai été appelée à la barre pour donner ma version des faits. Alan m'a interrogé d'abord en étant très factuel pour essayer d'assembler toutes les pièces du puzzle concernant l'accident. Par la suite, maître Kennedy, notre adversaire direct et qui sera le tien aussi ma puce, a appliqué la même technique que pour la joute précédente. Il a insinué de nouveau que je n'étais pas totalement concentrée pour traverser ce fichu carrefour. Par la suite, le lui ai fait remarquer son dédain lorsqu'il parlait de toi. C'était le premier coup de canif. Comme il voyait que je ne me désunissais pas, il a cherché à m'attaquer différemment.
Petite pause de ma part car je ne devais rien oublier, pour permettre à notre guerrière d'être affûtée pour son propre combat.
De nouveau, il a essayé de m'atteindre sur le plan personnel en affirmant que les cadavres s'accumulaient autour de moi. Malheureusement pour lui, pendant le témoignage de ma compagne, j'avais pris soin de me renseigner sur ce crétin. Ainsi, dès l'instant où il a essayé d'aller sur ce terrain miné, j'ai simplement insinué à mon tour que mon opposant n'était pas un ange en citant une simple référence géographique ce qui lui a fait perdre tous ses moyens. C'est de cette manière que la séance a pris fin et que nous avons pu rentrer à la maison. J'ajoute que cette raclure du barreau semble très intéressé par notre couple et je pense qu'il continuera à insister là-dessus dès qu'il le pourra, pour démontrer que notre tribu est atypique. Et je suis gentille en employant ce mot.
Il ressortait plusieurs choses intéressantes de ce débriefing de la première journée. D'abord, les médias allaient devoir être gérés par tout le monde. Il était évident que notre famille allait devoir répondre aux questions à partir de demain. Ensuite, Aaliyah allait devoir tenir bon face à notre avocaillon de la défense malgré son jeune âge. Enfin, Pierre devrait certainement mouiller la chemise lui aussi pour protéger notre foyer. Je m'attendais d'ailleurs à une intervention verbale imminente de sa part à ce sujet.
Katia
C'est avec beaucoup d'aplomb que ma compagne a poursuivi le récit des événements de la journée. Elle avait parfaitement compris qu'il valait mieux tout dire à notre rayon de soleil, même ce qui n'était pas très reluisant. La prunelle de nos yeux serait donc mieux armée pour faire face à son adversaire lorsqu'elle serait appelée à témoigner. Il fallait principalement retenir que la partie adverse était prête à tout pour parvenir à nous discréditer. Malheureusement pour maître Kennedy, il n'allait pas pouvoir jouer au chat et à la souris avec nous. Ma femme et moi connaissions les tactiques mises en oeuvre par notre avocaillon et nous n'allions pas tomber dans le panneau! Alors que ma princesse venait d'expliquer comment elle avait déstabilisé notre opposant, j'ai eu l'impression que Pierre voulait prendre la parole.
Pierre : D'après ce que je comprends, vous avez été brillantes toutes les deux aujourd'hui. J'aimerais vous offrir mon assistance dès à présent. Donnez-moi vos téléphones portables et je me chargerai de filtrer vos appels. Je vais aussi débrancher votre ligne fixe pour que les journalistes ne puissent pas vous joindre.
- Merci Pierre. J'ai éteint le mien après le déjeuner et je n'ai pas pensé à le rallumer... Il y a de fortes chances pour que ma messagerie soit saturée...
Mon rire cristallin a empli la pièce à ce moment. En fait, il s'agissait de l'expression de ma nervosité. Je ne savais pas quels gros titres allaient paraître dès le lendemain, mais j'étais certaine que les médias allaient tenter de nous salir. J'avais bien vu aujourd'hui qu'ils étaient affamés et qu'ils étaient prêts à tout pour alimenter la presse à scandale. J'espérais qu'aucune de nos opérations officielles ou officieuses n'allaient être divulguées, car cela pourrait mettre des gens en danger. Si la situation dégénérait, je n'excluais pas la possibilité d'émettre un communiqué de presse.
Après notre session de débriefing, Pierre nous a demandées si nous étions prêtes à passer à table. Je commençais à ressentir la faim, surtout après avoir picoré dans mon assiette lors du précédent repas. Toute notre famille s'est donc attablée et nous avons pu déguster un succulent coq-au-vin. C'était la première fois qu'Aaliyah goûtait à ce type de plat et elle se montrait dithyrambique à l'égard des talents culinaires de notre majordome. Par la suite, nous avons tous regagné nos quartiers afin de faire ce qui nous plaisait : lecture, écriture, dessin ou simplement dormir pour la cadette de la famille!
