S'il existait quelque chose de pire que de s'occuper d'un journal de l'école nullissime, c'était d'y participer. Bien malgré lui, Harry s'en rendit compte très vite, car une grande majorité d'élèves cherchèrent à l'esquiver à chaque fois qu'ils se retrouvaient dans le même couloir. A l'évidence, tout le monde attendait la première publication de La Gazette de Poudlard, made in Harry Grant, pour se faire une opinion et, à l'occasion, accepter des invitations pour être interviewés. Cependant, Harry n'abandonnerait pas : le journal de l'école était le seul moyen « légal » à sa disposition pour s'imposer d'une manière ou d'une autre à Poudlard.

Par chance, il pouvait bénéficier du soutien des filles de Gryffondor. Si Marilyn fut quelque peu déçue de ne pas être l'objet du « Gros Plan », elle trouva rapidement une occupation en récoltant toutes les petites annonces dans les salles communes, utilisant parfois ses soupirants les plus dévoués pour atteindre les tours et cachots des trois autres maisons, et ramassant au passage quelques rumeurs. Harry ignorait totalement comme la seule présence de Marilyn réussissait à faire oublier à ses soupirants les menaces proférées par les Serpentard et Webster, mais elle y parvint quand même et Harry ne put que s'en réjouir.

Car, comme il s'y était attendu, sa nomination ne laissait pas tout le monde de marbre. A plusieurs reprises, il dut sortir sa baguette magique quand il vagabondait seul dans le château, mais ça ne s'arrêtait pas là : il lui fallut être rapide et méticuleux pour semer les élèves qui le suivaient, prudent dans chacune de ses actions et de ses mots si ses poursuivants n'étaient pas perdus par ses innombrables détours, observateur et vif à chaque fois qu'il était de nouveau la cible d'un agresseur, etc. En une journée, sa nomination avait transformé Poudlard en un parcours du combattant.

− Aïe !

Après avoir percuté le mur de plein fouet, le jeune homme n'eut même pas le temps de retoucher le sol qu'un jet de lumière venait le clouer contre la paroi, comme maintenu par des lanières invisibles. Ramassant la baguette de son sixième agresseur depuis le début de l'après-midi, Harry s'avança vers son prisonnier en secouant la tête, las.

− C'est la deuxième fois que tu cherches à me nuire, si je ne me trompe pas, dit Harry d'une voix douce.

Il reconnaissait parfaitement le sixième année de Poufsouffle qui, une semaine auparavant, l'avait attaqué dans le dos pour le marquer au niveau de la joue. Doug Carrick, si sa mémoire était bonne. A l'évidence, la punition que lui avait infligée le Serdaigle évoqué par le confident du préfet, n'avait eue aucun effet sur le Poufsouffle. Doug Carrick continuait à le sous-estimer, à l'agresser, et il était grand temps que Harry « sorte de sa léthargie », dirait Brighton.

− Malheureusement pour toi, poursuivit Harry, j'ai compris qu'il fallait transmettre un message clair pour que les étudiants de Poudlard réalisent que ma patience a ses limites.

− Tu ne me fais pas peur, cracha le Poufsouffle.

− Pas encore, admit Harry à mi-voix. Nous allons faire un jeu, toi et moi. Il se déroulera en cinq duels. A chaque fois que tu m'attaqueras et que tu perdras, ma vengeance s'amplifiera. Bien évidemment, c'est un jeu demandant de l'honneur et de la dignité – si jamais tu invites un de tes amis à me tendre une embuscade ou à participer, je te montrerai qu'il existe des choses bien pires que la douleur physique.

Le regard du sixième année dévia quasi-imperceptiblement, mais suffisamment pour que Harry le perçoive. D'un pas sur le côté, il esquiva le sortilège censé le frapper, mais qui poursuivit son chemin jusqu'à l'estomac du jeune prisonnier. Celui-ci laissa échapper un léger soupir mi-douloureux, mi-assoupi, puis perdit connaissance, laissant Harry affronter la nouvelle menace qui se présentait à lui.

Nullement déconcertée par l'esquive de Harry, Destiny Fowler abaissa légèrement sa baguette magique. Si deux semaines s'étaient déjà écoulées depuis la rentrée, c'était la première fois que Harry se retrouvait face à la beauté de Serpentard. Les traits finement dessinés, les yeux d'un vert profond et les lèvres pleines, la plus belle métisse de Poudlard offrait un spectacle à la fois plaisant et désirable pour quiconque ne demandait qu'à la séduire – ou à la déshabiller.

− C'est un de mes informateurs que tu malmènes, là, dit-elle.

− A ta place, je ne m'avancerai pas trop vite, conseilla Harry d'un ton goguenard. Car ton cher informateur prend ses ordres d'autres personnes que toi, depuis la semaine dernière. Alors, tu nous excuseras, mais j'ai affaire avec cet imbécile.

− Je te le déconseille, répliqua Fowler d'un ton menaçant.

Harry lui lança un regard calculateur.

− Venant de quelqu'un qui utilise les autres pour parvenir à ses fins, je te trouve très peu crédible, dit-il.

Pour toute réponse, Fowler agita sa baguette magique avec vivacité pour en faire jaillir une longue flamme rouge qui fusa vers Harry. Celui-ci répondit du tac-au-tac, utilisant le même sortilège que la Serpentard. Les langues de feu se heurtèrent à mi-chemin et s'autodétruisirent, mais déjà deux éclairs de lumière traversaient le couloir dans deux directions différentes. Harry dévia sans peine la nouvelle tentative de Fowler, qui fit un écart pour échapper à l'attaque de Harry. Profitant du bref instant d'inattention de la Serpentard dans son esquive, il décocha un autre jet rougeâtre à l'endroit précis où la jeune femme retoucha le sol.

Décidément plus vive qu'elle ne le laissait paraître, elle parvint à bloquer le sortilège, mais ne contre-attaqua pas, observant Harry avec un mélange d'agacement et de contrariété. S'étonnait-elle que quelqu'un ait l'audace de lui résister ou s'attendait-elle à ce qu'il lui soit inférieur ? Harry n'aurait su le dire, mais il semblait que Fowler n'ait plus le cœur à le sous-estimer.

− Tu es à mille lieues d'imaginer ce qui t'attend si tu persistes à me chercher, déclara-t-elle.

− La véritable question est : sais-tu seulement ce dont je suis capable ? dit Harry. Contrairement à toi, je suis une énigme. Personne ne sait ce dont je suis réellement capable, ce que je suis prêt à infliger par vengeance, à quelles limites je me fixe. Pour toi, je n'ai qu'à glisser ton nom dans une conversation pour entendre tout un tas de faits à propos de tes vengeances.

− Sauf que tu es ici sur mon territoire, objecta la Serpentard d'un ton malveillant.

Harry lança un regard sarcastique au sixième année inconscient.

Ton territoire ? lança-t-il, narquois. Il semblerait que ton territoire soit partagé entre plusieurs personnes. Après ma nomination au journal de l'école, j'ai passé mon temps à échapper à des agressions commandées par tes chers camarades de Serpentard. Ils comptent sur la participation d'Abigail Cluster, bien évidemment : ainsi, tes toutous agissent en étant convaincus que c'est à toi qu'ils rendent service… Alors, ton territoire, il me fait bien rire !

A l'évidence, Fowler soupçonnait ces manœuvres de ses camarades, mais elle en attendait la confirmation – une confirmation que venait de lui apporter Harry, car elle s'avança jusqu'à son informateur pour le libérer du sort, et l'attraper par le col avec une certaine brusquerie. Le regard un peu vitreux, le sixième année réalisa subitement la présence de Harry, parfaitement intact, légèrement en retrait.

− Qu'est-ce que… ? s'étonna-t-il.

− Ta gueule, coupa Fowler d'un ton brusque. Depuis quand je passe par une autre personne pour qu'on me rende service ?

− Heu… bredouilla le jeune homme.

− Qui t'a demandé d'attaquer Grant ? l'interrompit Fowler.

− A-Abigail.

Fowler relâcha le Poufsouffle avec colère et s'éloigna, pour marquer un temps d'arrêt devant Harry, qu'elle toisa d'un œil méprisant.

− Tu as gagné, il est à toi, dit-elle. Mais ne crois pas que je me montrerai aussi clémente, à l'avenir.

− Quoi ? s'exclama le Poufsouffle d'un air ahuri, en regardant Fowler s'éloigner. Hé, attends ! Destiny !

Mais la Serpentard ne ralentit pas, ne jeta même pas un regard par-dessus son épaule, marchant d'un pas agressif en direction du couloir qui la ramènerait rapidement à proximité du Grand Escalier. Harry la regarda disparaître à l'angle, quelque peu déconcerté par la facilité avec laquelle la belle métisse se laissait gagner par la colère et se demandant ce qu'elle comptait faire, à présent.

− Elle n'est pas commode, pas vrai ? lança-t-il à l'adresse du Poufsouffle. Mais bon, revenons-en à nos moutons. Pour cette fois, tu es libre de repartir, mais que je ne te reprenne jamais à pointer ta baguette sur moi.

Délivrant le Poufsouffle des lianes invisibles qui le maintenaient cloué au mur, Harry lui lança sa baguette que le jeune homme ramassa rapidement avant de se lancer à la poursuite de Destiny. A l'évidence, le Poufsouffle avait trouvé particulièrement plaisant d'obéir aux directives de Fowler, ce qui le rendait encore plus crétin aux yeux de Harry. Cependant, celui-ci ayant déjà du retard dans son programme de la soirée, il reprit son chemin vers la tour Gryffondor.

Que comptait faire Fowler ? Si elle était aussi terrible que le prétendaient les élèves, les Serpentard auraient peut-être du souci à se faire, à moins qu'elle ne passe l'éponge pour cette fois. A coup sûr, cependant, elle encadrera à présent chacun de ses espions, mettra en place de nouvelles instructions et se montrera beaucoup moins clémente avec Harry. Du moment que celui-ci était débarrassé des « informateurs » naïfs de la belle Serpentard, il n'aurait aucune raison de la froisser.

En pénétrant dans la tour Gryffondor, son regard se porta machinalement vers les fauteuils défoncés, où Marilyn, Lily et Elena adoraient s'asseoir. Si les premières avaient disparu, Elena attendait toujours son retour pour mettre un point final à la première édition de La Gazette de Poudlard.

− Où sont Lily et Marilyn ? demanda-t-il.

− Elles sont descendues manger, comme tout le reste de l'école sûrement, dit Elena. T'as intérêt à me trouver des trucs à manger, d'ailleurs. Tiens, ce sont tout ce que Marilyn a réussi à obtenir et les conseils de Lily pour réussir les sortilèges les plus complexes de la semaine.

Harry ramassa les deux pochettes cartonnées que lui tendait Elena. Lily paraissait avoir beaucoup travaillé : bien qu'il eut tout d'abord été réticent à l'idée de laisser quelqu'un d'autre que lui s'occuper des conseils, il avait vite réalisé que c'était une charge de travail considérable, d'autant qu'il avait la fâcheuse tendance à ne se soucier des devoirs qu'une fois le week-end arrivé.

Sortant sa baguette magique, Harry l'agita très légèrement pour faire apparaître une pile de parchemins vierges et un accessoire complet pour interviewer Elena, qui ferait l'objet du Gros Plan de la semaine. D'un mouvement du poignet, il envoya les parchemins se disperser sur toute la surface de la table basse.

− C'est pour faire quoi, tout ça ? interrogea Elena, intriguée.

− Tu vas comprendre, assura Harry.

Il exécuta un dernier mouvement de baguette, mais rien ne se produisit. Balayant la salle commune du regard, les deux adolescents restèrent silencieux – Harry se contentant d'attendre, Elena de plus en plus perplexe. Alors, une multitude de lueurs jaillirent du sol pour s'élever dans les airs sous la forme de dizaines de sphères scintillantes à la lueur des bougies, semblables à des bulles de verre. Une à une, les globes fondirent dans un ordre précis sur le tapis de parchemins, dans lesquels elles disparurent en laissant derrière elles des phrases de tailles diverses.

− Bien sûr, chuchota Elena. Des espions magiques…

Les espions magiques étaient un chapitre du programme « scolaire » imaginé par Brighton pendant son séjour. Si le temps leur avait manqué pour en apprendre toutes les subtilités, les indications inscrites par Brighton étaient si claires et simples que Harry n'avait pas mis plus de trois jours pour maîtriser le sortilège. Si le cours de Brighton était très instructif, son explication sur le fonctionnement de ces billes restait très nébuleuse. Tout ce dont Harry était sûr, c'était que les espions magiques comprenaient le langage humain et pouvaient détecter et interpréter un acte magique.

− Attends, dit Elena en attrapant un parchemin. C'est beaucoup plus évolué que de simples espions magiques, ça.

Elle parcourut rapidement les premières lignes du parchemin, incrédule.

− Quel est le problème ? demanda Harry.

− Tes espions magiques sont beaucoup plus intelligents que ceux que je connais, dit Elena. En temps normal, une seule information est traitée, sauf que les tiens réussissent à faire la corrélation entre plusieurs informations pour livrer une anecdote complète.

− Et c'est mal ?

− Non, mais… honnêtement, je ne pensais vraiment pas que tu saurais maîtriser un tel sortilège, dit Elena sans en paraître gênée.

Harry hocha simplement la tête, nullement vexé. Les faits divers étaient nombreux : de petites agressions jusqu'à des vols, des dégradations volontaires, des pièges ratés ou réussis. Fort heureusement, conscient que tous les faits divers ne tiendraient jamais sur une seule page, Harry avait rusé en faisant de la page des faits divers une espèce de projecteur à diaporamas. Dans un cadre adapté, les anecdotes défileraient les unes après les autres en fonction de la vitesse de lecture des personnes qui les consulteraient. Aussi complexe que paraissait ce sortilège, il était en réalité d'une simplicité presque enfantine, à tel point que Harry s'était laissé surprendre par sa réussite.

Réunissant tous les parchemins comportant des inscriptions, Harry les entassa en une liasse, puis il saisit un bloc-notes et une plume, dont il trempa la pointe dans une bouteille d'encre.

− Alors, dit-il. Parle-nous un peu de toi. Où es-tu née, pour commencer ?

− A Petrograd, en URSS, répondit Elena en se prêtant volontiers au jeu. J'ai grandi sous la tutelle de ma mère, en banlieue, où j'ai fais la connaissance de nombreux voyous, moldus comme sorciers.

− Et ton père ? demanda Harry.

− Il a disparu avant ma naissance, répondit Elena d'un ton paisible. Ma mère a longtemps cru que c'était sa faute, qu'elle l'avait fait fuir en tombant enceinte, mais j'ai découvert plus tard qu'il avait simplement été assassiné peu après qu'elle lui eût annoncé ma naissance future. C'est d'ailleurs le nom de mon père que je porte.

− Comment as-tu accueilli ton inscription à Massalia ?

− Je ne m'en souviens plus. J'ai été remarquée quand j'avais quatre ans mais, aussi loin que je me souvienne, j'ai attendu avec impatience d'entrer à Massalia.

− Comment s'est passée ta première année ?

− Très mal, admit Elena avec nostalgie. Massalia ne correspondait pas du tout à ce qu'on pouvait en lire dans les livres. Les nouveaux étaient menacés s'ils ne faisaient pas exactement tout ce que leurs aînés, certaines lettres de mes camarades désireux de rentrer chez eux ne sortaient jamais de Massalia parce que des grands s'acharnaient à les réceptionner… Si on n'appartenait pas à une classe sociale ou si on ne portait pas un nom connu, on était très souvent la cible de la malveillance des autres. Et puis, c'est aussi l'année où ma mère est morte.

− Les choses se sont améliorées, par la suite ?

− Disons qu'elles ont changé, répondit lentement Elena. L'audace de Deadheart, qui tenait tête aux plus grands à chaque fois qu'on lui cherchait des problèmes, a probablement inspiré beaucoup d'élèves. Des petits groupes ont vu le jour, des groupes d'auto-défense. La situation a radicalement été bouleversée quand Deadheart a vaincu un élève que nous surnommions « le Prince » et qui représentait l'autorité étudiante de Massalia. Ca n'a pas apporté la paix, loin de là. La succession était tentante et de nombreux duels étaient livrés tous les jours, certains brutaux, d'autres moins. Plusieurs cherchèrent à s'imposer comme les « nouveaux maîtres » de Massalia mais, pour avoir la chance d'être reconnus comme tels, il leur fallait vaincre Deadheart.

Harry marqua une pause pour griffonner rapidement la dernière et longue réponse d'Elena, qui lui laissa prendre tout son temps.

− Selon toi, comment Deadheart a pu tenir tête à autant d'ennemis ? demanda-t-il alors.

− Deadheart est un génie, reconnut Elena. Il est beaucoup plus intelligent qu'il ne le laisse paraître, et je ne crois pas à sa « baisse de régime » constatée dans nos dernières années à Massalia. Quand il a vaincu le Prince, il s'est forcé douter qu'il aurait du souci à se faire. Il piégeait souvent les autres avant que ceux-ci ne s'attaquent à lui, et il pouvait compter sur son intelligence pour remporter les duels. C'est un esprit froid, méticuleux, calculateur qui ne se laisse pas facilement surprendre : il contrôle beaucoup plus son environnement qu'on ne pourrait le croire.

− Tu le connais très bien, apparemment…

− Nous étions dans la même classe et nous nous affrontions parfois, dit Elena. A force, on apprend à connaître la personne qui vous fait face, même si je n'irai jamais prétendre connaître Deadheart parfaitement.

Harry dessina une parenthèse entre chacune des révélations d'Elena à propos de Deadheart : après tout, ce n'était pas du Diable dont il était question, mais d'elle. S'il continuait à l'interroger sur Deadheart, sa page Gros Plan ne présenterait plus aucun intérêt.

− J'ai remarqué, pendant l'attaque de Massalia, que tu étais différente des autres élèves, avoua-t-il. Tu n'essayais pas de t'enfuir, contrairement aux autres.

− Massalia était comme une maison, dit Elena. Après la mort de ma mère, j'ai été recueillie par les Hännen, dont la fille était une camarade de classe. Je m'y sentais bien, j'apprenais beaucoup de choses, rencontrait des sorciers très intéressants, mais les choses ont commencé à devenir difficile après mes 14 ans. Malgré les tracas quotidiens et les innombrables problèmes qui surgissaient, je me sentais plus à l'aise à Massalia que chez les Hännen. Si j'ai refusé de fuir comme les autres, c'est uniquement pour essayer de protéger Massalia, mais j'ai dû abandonner en prenant conscience que le combat était perdu d'avance.

− Selon toi, à qui la faute ?

Elena ne répondit pas tout de suite, réfléchissant intensément à la question.

− A tout le monde, déclara-t-elle. Depuis les élèves jusqu'au ministère grec de la Magie. Une école aussi riche en connaissances que Massalia ne pouvait échapper éternellement à une attaque de ce genre. Les élèves ont manqué d'entraînement, la défense étant une matière qui a été considérablement négligée. Les professeurs de vigilance en ne protégeant pas mieux Massalia, probablement convaincus que l'école ne risquerait jamais rien. Et le ministère de ne pas avoir mieux sécurisé la région… Mais bon, les choses sont faites, aujourd'hui.

− En parlant d'aujourd'hui, comment trouves-tu Poudlard ?

− Reposant, répondit Elena avec un léger sourire. Les cours sont assez déstabilisants, dans le sens où la méthode d'enseignement des professeurs diffère totalement de celle que nous avions à Massalia. Les incidents sont puérils et dérisoires, les mentalités de beaucoup d'élèves absolument grotesques. Heureusement, il y a des gens sympas, intéressants et agréables à vivre.

− A ce sujet, comment considères-tu ton intégration ?

− Formidable, assura Elena. Personne ne cherche les ennuis avec moi, je peux déjà compter Lily et Marilyn dans mes amies et je sais que j'ai un adversaire de poids en classes, en la présence de Deadheart. En plus, les cours ne sont pas ennuyeux, contrairement à ce que je craignais, et le professeur Groen reprend enfin du service. Avec un professeur comme elle à Massalia, l'attaque du Culte de l'Ombre aurait été considérablement différente.

Harry nota la réponse enjouée d'Elena. Pour la première fois, elle révélait le fameux visage joyeux qu'elle ne lui avait encore jamais révélé, préférant le garder pour Lily et Marilyn. Il commençait à découvrir l'Elena dont avait parlé Lupin, dans son ancienne vie.

− A propos du professeur Groen… beaucoup d'élèves semblent trouver qu'elle est trop stricte, trop exigeante. Tu en penses quoi ?

− Ce n'est qu'une impression, assura Elena. Le professeur Groen est stricte parce qu'elle doit former des sorciers et des sorcières capables de survivre en période de guerre. A Massalia, la politique était un peu la même : devoirs et exercices étaient compliqués par les professeurs pour que nous développions nos aptitudes, que nous rejetions notre dépendance des manuels scolaires.

Harry griffonna encore sur son bloc-notes, consulta brièvement sa montre, puis reprit :

− Comment perçois-tu l'année scolaire et ton avenir professionnel ?

− Concernant l'année scolaire, je pense que les choses devraient plutôt bien se passer, dit Elena. Après ce que les couloirs de Massalia réservaient, je considère Poudlard comme un havre de paix. Mon avenir professionnel, je ne te cache pas que je n'y ai jamais réfléchi. Massalia formant des scientifiques, je pense que j'atterrirai dans un très grand laboratoire où je mènerai toutes sortes d'expériences…

Harry eut un sourire en coin. Il imaginait mal Elena finir dans un laboratoire, mais cette idée lui ramena à l'esprit que ce ne serait peut-être pas une mauvaise chose, quand il repensait à ce que l'Elena du futur avait connu.

− Je te remercie d'avoir participé, dit-il.

− Ne rêve pas, ce n'est pas gratuit, rétorqua Elena avec un sourire goguenard.

− Hein ? dit Harry, méfiant.

− Marilyn vient d'entrer dans sa période « câlins », annonça Elena. Alors, tu as intérêt à lui en faire tous les soirs si tu ne veux pas avoir des problèmes plus importants que les Serpentard.