Trop d'Amour Te Tuera
34 – Proposition indécente
Severus ne chercha pas Lorena immédiatement. Il se rendit à son bureau et vérifia ses dernières notes concernant ses prochaines leçons. Tout était en ordre. Il était prêt pour une nouvelle année académique. Puis il se rendit à ses appartements et s'assit dans son fauteuil favori, un exemplaire de la Gazette du Sorcier du jour qui attendait d'être lu. Mais bientôt, son attention dériva… L'image de Lorena surgit dans son esprit, alors que résonnaient les paroles du Directeur encore dans ses oreilles. Ses sentiments envers la jeune femme étaient mitigés. Il avait aimé la déflorer et ensuite toutes les relations sexuelles qu'il avait eues avec elle après – y compris le viol. Il était attiré par elle. Il la trouvait douée, mature, si différente des autres filles de son âge. Elle était talentueuse et sensible. Une âme tranquille. Si peu Serpentarde… Et pourtant, en même temps, elle était intelligente, travailleuse, capable d'anticiper, capable de donner et de se sacrifier pour un objectif supérieur, capable de faire des compromis, en particulier pour atteindre le résultat désiré. Rusée quand c'était requis. Pleine de sang-froid et sans peur quand c'était nécessaire. Déterminée et pleine de ressources. Sans aucun doute des qualités de Serpentard.
Le plus étrange pour Severus à prendre en compte, était les sentiments qu'elle avait pour lui. Les vagues d'amour qu'elle lui envoyait. Peu importe ce qu'il pouvait lui faire, ce qu'il pouvait lui dire, elle semblait l'aimer. Il ne pouvait pas comprendre qu'une personne pouvait éprouver de tels sentiments, comme elle le faisait – surtout des sentiments pour lui. Il ne pouvait pas comprendre comment il pouvait être aimé en général. Les sentiments que Lorena nourrissait pour lui étaient si puissants qu'elle était parvenue à le ramener vers les vivants, après être revenu à peine vivant de la dernière réunion avec le Seigneur des Ténèbres. Elle n'avait pas hésité une seule seconde pour mettre sa vie en jeu, pour sauver la sienne – pour lui. Severus ne se souvenait pas de quelqu'un prêt à se sacrifier de la sorte. Excepté sa propre mère, quand Eileen Prince Rogue se mettait entre son mari et son fils, prenant les coups pour lui, protégeant son fils.
Et maintenant, Lorena portait son enfant. Severus soupira. Il devait admettre que cet enfant était certes un accident. Mais il avait été conçu dans le désir, même la convoitise, si ce n'était pas dans l'amour. Enfin, de son côté. Quant à Lorena, seuls ses sentiments pour lui l'avaient fait accepter de coucher avec lui. Il était bien conscient de ne pas être un Apollon. Il était même le type d'homme à ne pas attirer les femmes parce qu'il avait un air perturbant, asocial, et même cruel, qui effrayait les femmes. Il était effrayant et impitoyable. Il était certain que la cécité de Lorena ait pu jouer en sa faveur. Elle ne pouvait pas voir ces aspects de son physique. Mais elle pouvait les percevoir.
Bien évidemment, elle se rappelait de lui. Ses premières années à Poudlard ne s'étaient pas déroulées dans le noir. Mais la maturité venant, ainsi que sa cécité, lui avaient permis d'aborder et de considérer les gens et les situations au-delà des apparences. Il soupçonnait qu'elle pouvait avoir commencé à éprouver des sentiments pour lui bien avant d'être devenue aveugle. Il n'avait jamais discuté cette question avec elle et il n'était pas certain qu'il aimerait le faire non plus.
La perspective d'obtenir une part des pouvoirs et des capacités de la jeune femme en la déflorant, avait été très tentante pour Severus. Une perspective qu'aucun Serpentard n'aurait refusé. Cependant, à la différence du Seigneur des Ténèbres, Severus ne considérait pas le pouvoir comme une fin – mais uniquement un moyen de parvenir à des objectifs visant le Plus Grand Bien. Manifestement, Lorena était capable de voir les choses sous le même angle que lui.
Il se leva de son fauteuil et décida d'aller la voir. Rien que pour lui dire qu'il avait vu le Directeur et qu'elle ne serait pas expulsée de Poudlard. Il quitta ses appartements pour les dortoirs de Serpentard. Elle ne s'y trouvait pas. Elle n'était pas non plus dans la salle commune de Serpentard. Il avait remarqué que son violon n'était pas dans le dortoir non plus – elle avait dû le prendre pour jouer dehors. Peut-être qu'elle se trouvait dans le jardin, en train de s'entraîner ?
Il s'y rendit. Il appela son nom tout haut mais n'obtint aucune réponse. Elle n'était pas là. Mais où pouvait-elle être ? Il revenait sur ses pas quand il rencontra Mr Rusard qui lui dit qu'il avait vu effectivement Mlle Nottingham dans les corridors mais qu'il avait perdu toute trace d'elle. Il suggéra qu'elle aurait pu alors se rendre dans la Salle sur Demande.
Severus trouva la Salle, Lorena y était à l'intérieur en effet. Le piano était toujours là et elle était assise au clavier, jouant et chantant une chanson triste qui convenait bien à son humeur du moment. Il resta silencieux tout en écoutant les paroles.
Well, I never want to see you unhappy,
I thought you'd want the same for me.
Goodbye, my almost lover !
Goodbye, my hopeless dream !
I'm trying not to think about you.
Can't you just let me be ?
Elle était en train de jouer avec beaucoup d'expressivité. Elle semblait déverser toute sa tristesse, son anxiété, sa peur, dans la musique et les paroles. Elle semblait avoir été réellement blessée par ces paroles. A son insu, elle n'était pas la seule personne à être émue par les paroles de la chanson.
So long, my luckless romance !
My back is turned on you.
Should've known you'd bring me heartache.
Almost lovers always do…
Severus attendit qu'elle ait fini le morceau pour venir à elle. Il l'entendit soupirer profondément. Il prit lui-même une profonde inspiration avant d'aborder la jeune femme. Il lui posa une main sur l'épaule. Elle tourna la tête vers lui. "Professeur Rogue ?"
"Oui. Juste pour vous informer que nous rencontrerons le Directeur en début d'après-midi. Après le déjeuner."
Elle sentit son coeur se serrer dans sa poitrine. "Vous lui avez parlé à propos de ma… situation. Il va m'expulser, n'est-ce pas ?"
Pendant une seconde ou deux, Severus se demanda s'il devait lui dire quoi que ce soit ou pas. Mais la voix de Lorena était si angoissée qu'il décida de soulager la jeune femme. "Non, il ne le fera pas," finit-il par dire. "Cependant, vous devez venir écouter la proposition que nous devons vous faire."
"Une proposition ? Quelle sorte de proposition ?"
"Vous le saurez alors. C'est un sujet qui ne peut pas être discuté ici. Vous comprendrez pourquoi. Je vous verrai au déjeuner." Sa main rompit le contact physique avec l'épaule de Lorena et il la laissa seule. De loin, il l'entendit rejouer la chanson qu'elle était en train d'interpréter lorsqu'il était entré dans la Salle sur Demande. Les paroles tristes de la chanson, associées à sa touche légère mais sensuelle sur le clavier, l'émurent plus qu'il ne l'aurait cru. Il aurait juré que la jeune fille pleurait, à entendre une fragilité dans sa voix. Les paroles le poursuivirent bien après que la Salle sur Demande ait disparu dans les murs grâce aux enchantements magiques du château.
Goodbye, my almost lover… Goodbye, my hopeless dream… So long, my luckless romance… Almost lovers always do…
Lorena passa le reste de la matinée dans la Salle sur Demande. Elle aimait bien cet endroit, non seulement pour le piano, mais aussi pour la solitude qu'il procurait. Personne ne viendrait ici – sauf, bien sûr, les gens qui savaient que c'était là l'une de ses cachettes préférées. Le Directeur. Le Maître des Potions. Et pourvu aussi qu'ils expriment la même demande qu'elle au même moment, afin que la Salle puisse les laisser entrer.
Elle continua la mélodie qu'elle travaillait au piano. Elle ne pouvait se souvenir que du refrain mais elle était certaine de pouvoir inventer d'autres paroles pour remplacer celles qu'elle avait oubliées.
Elle était tellement plongée dans sa musique, qu'elle en laissa filer l'heure du déjeuner. Elle était toujours à travailler sur cette chanson quand quelqu'un entra dans la Salle sur Demande.
"Mlle Nottingham, vous êtes en retard pour le déjeuner !" fit une voix profonde, riche et soyeuse, derrière elle. Une main sur son épaule lui montra qu'il n'y avait aucun moyen d'y échapper. Elle tenta sa chance quand même.
"Je n'ai pas envie d'aller déjeuner, Professeur Rogue. Je n'ai pas faim. Laissez-moi tranquille ici. Je vous en prie."
Severus n'apprécia pas son ton. Elle semblait fatiguée et résignée. "Vous devez manger correctement dans votre état. Veuillez me suivre. Ce n'est pas négociable !"
Elle se leva du banc. "Tout comme ce n'était pas négociable ce matin non plus, je suppose ?" Son ton était acéré et ironique.
Severus lui saisit le bras. "Vous ferez ce qu'on vous dit, Mlle Nottingham ! Quant à ce matin… vous en aviez autant envie que moi."
"Non, vous m'avez fait mal, vous avez été... égoïste et… sans pitié !" Elle éclata en larmes. Pourquoi est-ce que je l'aime toujours ? Je devrais le haïr après ce qu'il m'a fait ce matin mais… non, je l'aime toujours. Plus que jamais.
"Vous pourrez revenir ici après notre réunion avec le Directeur," dit Severus calmement tout en lui serrant le bras, gentiment cette fois-ci. Il n'aimait pas ça quand les femmes pleuraient.
Lorena lui céda. Elle ferma le clavier et quitta la Salle sur Demande avec lui. Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle ressentait un amour aussi fort pour lui, en dépit de tout ce qu'il avait été pour elle, ou tout ce qu'il lui avait fait. N'importe quelle autre sorcière lui aurait fait une scène, l'aurait même blessé ou jeté un sort, ou n'importe quoi d'autre. N'importe quelle autre sorcière lui aurait tourné le dos et l'aurait quitté. N'importe quelle autre sorcière l'aurait dénoncé au Ministère de la Magie. Mais pas elle. Elle voulait qu'il la prenne dans ses bras mais elle avait peur de ce qu'il pourrait lui faire une fois qu'elle y serait. Par ailleurs, il semblait être de fort méchante humeur.
Ils arrivèrent à la table du déjeuner, où ils s'assirent en silence. Lorena s'excusa auprès de Dumbledore, en expliquant qu'elle avait laissé filer l'heure, occupée comme elle était par sa musique. Le Directeur lui sourit, n'exprimant qu'un seul commentaire du style "Ah, la magie la plus puissante du monde…" Lorena n'osa pas lui demander d'explications supplémentaires pour savoir qui, de la musique ou de l'amour, méritait le plus le titre de "magie la plus puissante du monde", car elle l'avait déjà entendu décrire les deux comme tels. L'amour était le dernier sujet dont elle souhaiter parler – surtout en public. L'amour était devenu un lourd fardeau à porter pour elle désormais.
C'était là le dernier repas partagé avec le personnel, à la même table, dans une atmosphère plutôt amicale. Les discussions étaient à la fois légères et sérieuses. Seuls Lorena et Severus demeurèrent silencieux. La jeune femme savait que le Maître des Potions l'observait. Grâce à sa perception extra sensorielle et leur lien, elle pouvait ressentir l'acuité de son regard la brûlant comme s'il forait directement dans son âme.
Après le déjeuner, ils se dirigèrent vers le bureau du Directeur. Dumbledore y était déjà, il les attendait. Severus guida Lorena vers une chaise puis il s'assit dans le siège placé à côté d'elle.
Albus leur jeta un coup d'oeil. Un instinct profond dans ses tripes lui dit que les deux personnes devant lui ne formaient plus un couple. IL laissa échapper un soupir intérieur. Les choses promettaient d'être bien plus difficiles que prévues. Il réalisa que son Maître des Potions avait soigneusement omis de mentionner cette information. Bon, Albus savait combien l'homme était secret et il ne pouvait pas l'en blâmer. Il était bien conscient que Severus Rogue n'était pas son propre maître, qu'il appartenait aux deux plus puissants sorciers de l'époque, Lord Voldemort et lui-même, Albus Dumbledore – et que tous les deux l'utilisaient sans pitié aucune pour servir leurs propres objectifs. Il ne pouvait lui reprocher de tenter de retenir une parcelle de dignité et d'intimité – parmi ce qui restait des débris de sa vie.
"Lorena, je constate que vous allez mieux, je suis ravi de vous voir de nouveau parmi nous pour partager nos repas. Je vous souhaite toute la réussite possible pour cette nouvelle année académique. Maintenant, retournons à nos moutons. Je crois que le Professeur Rogue vous a fait part du but de notre réunion ici."
La jeune fille resta silencieuse pendant de longues secondes, son regard gris pâle et vide perdu devant elle. "Ma… grossesse, je suppose," fit-elle d'une toute petite voix.
"Oui, certes. Mais aussi bien plus que ça."
"Vous allez m'expulser, n'est-ce pas ?"
Dumbledore échangea un coup d'oeil rapide avec Severus qui secoua la tête. Apparemment, elle ne l'avait pas cru et elle avait besoin d'entendre les paroles directement du Directeur.
"Non, Lorena. Je ne le ferais pas. Au contraire. Je veux que vous restiez à Poudlard. Pour les deux prochaines années, jusqu'à l'obtention de votre diplôme. En plus du fait que vous êtes douée et talentueuse, par conséquent, vous avez besoin de compléter votre formation, je veux que vous restiez ici pour votre propre sécurité. Vous connaissez très probablement les plans de Lord Voldemort à votre endroit. Vous nous avez déjà aidé à les contrecarrer partiellement. Mais vous n'êtes pas hors de danger. Vous resterez ici à la fois pour vos résultats académiques et aussi pour votre sécurité. Je veux que vous le sachiez."
Elle laissa échapper de soulagement un souffle oppressé. "Mais vous prendrez bien des mesures pour vous assurer que… je devrais être… punie ?"
"Punie ? Punie pour quoi ?" Albus était surpris par sa question.
"Pour être enceinte… pour avoir apporté la honte sur ma Maison… sur l'Ecole…"
Les deux hommes échangèrent un regard. "Lorena, écoutez-moi. Il n'y aura aucune punition. Vous ne pouvez pas être punie pour quelque chose que vous n'avez pas commis."
"Mais si ! J'ai…" Elle lutta avec les mots.
Severus leva un sourcil en la regardant. "Oui, Mlle Nottingham ?" Peut-être qu'elle était sur le point de révéler qu'elle avait couché avec quelqu'un d'autre que lui, après avoir pris le "Remède Contre les Lendemains Non-Désirés".
"Je… J'ai eu des relations sexuelles avec… avec un professeur…"
"Nous vous avons demandé d'avoir des relations intimes avec un homme et vous en connaissez la raison. Pour votre sécurité personnelle et assurer que Voldemort ne puisse pas accéder à votre virginité. Cela s'est passé hors de l'Ecole, et en dehors de l'année académique. Vous étiez tous les deux consentants et vous êtes majeure, Lorena. Vous êtes une adulte, ainsi que le Professeur Rogue. Ce qui se passé entre deux adultes consentants ne regarde pas l'Ecole, en particulier en dehors des murs de l'Ecole et pendant les vacances."
"Mais pourquoi est-ce que le Remède n'a pas marché alors ? Je l'ai bu !" De la révolte pouvait s'entendre dans sa voix peu assurée. Elle se serra la gorge pour réprimer un sanglot qui menaçait d'éclater. "Je n'ai pas voulu d'une telle situation. Je suis aveugle, pauvre, une née-moldue, autrement dit, une rien-du-tout dans la communauté magique. Je n'ai même pas 18 ans ! Je ne veux pas de cet enfant !" Elle posa les mains sur son visage, comme si elle avait voulu cacher l'intense sentiment de honte et de désespoir qu'elle ressentait.
"Lorena, écoutez-moi. Il y a une chose que vous devriez savoir. Vous avez choisi le Professeur Rogue pour être l'homme à qui vous vous donneriez dans ce but particulier. Je pense qu'il n'y avait pas de meilleur choix, à cause des sentiments que vous avez pour lui. Oui, je suis au courant de ça," ajouta-t-il rapidement quand elle leva la tête vers lui, sous la surprise. "Il n'avait pas prévu que cela arrive non plus. Il semblerait que la magie élémentale ait quelque peu interféré avec le Remède qu'il vous a donné pour prévenir une grossesse."
"La magie élémentale ?" Son ton était de nouveau ferme. "Ma magie ?"
"Oui. La magie que vous utilisez, la magie contenue dans votre sang, la magie à l'oeuvre pendant le rituel. Je n'ai pas dit que vous avez fait ça exprès. Je dis seulement que les forces à l'oeuvre pendant le rituel étaient si puissantes, que rien ne pouvait aller contre elles. Tout comme je l'ai déjà expliqué au Professeur Rogue, il faut garder à l'esprit que ce rituel a été conçu pour assurer la fertilité dans les tribus qui le pratiquaient. Vous connaissez comme moi le potentiel que la magie élémentale possède sur le vivant. Vous utilisez cette magie, vous êtes une empathe, vous en êtes consciente. Si elle pouvait ramener un homme agonisant à la vie et à la santé, alors de la même manière, elle peut bien outrepasser les effets d'une potion contraceptive."
Lorena semblait mesurer les paroles du Directeur. "Vous voulez dire que… qu'elle est si puissante qu'elle…"
Albus hocha la tête. "Oui. Non seulement vous êtes une sorcière puissante, Lorena, mais vous avez fait la preuve que la magie élémentale est d'une puissance bien au-delà de toute notion que nous pourrions avoir à son sujet. Pensez-y : un tel pouvoir, entre des mains malfaisantes, qu'est-ce qu'on pourrait en faire ! Je veux que vous y songiez. De là, la raison pour laquelle je veux que vous restiez à Poudlard. Avec nous, vous êtes en sécurité ici. Nous ne pouvons pas nous permettre de vous expulser. De plus, je ne peux pas vous expulser pour quelque chose pour laquelle vous n'êtes manifestement pas responsable. Il faut être deux pour faire un bébé. Je ne veux pas virer mon Maître des Potions ici présent non plus. Est-ce que vous comprenez maintenant ?"
Lorena mit une main devant la bouche. C'était à la fois incroyable et tout à fait sensé. En effet, cela faisait sens. "Oui… je comprends."
"Je croyais que nous vous devions des explications. Le rituel fut un succès au-delà de toutes attentes. Il a libéré de très puissantes capacités en chacun d'entre vous. Vous avez dû sentir que vos capacités empathiques se sont étendues. Le Professeur Rogue m'a dit que ses propres pouvoirs de sorcier avaient augmenté aussi de manière spectaculaire. Il est désormais capable de télépathie de contact. Ce n'est qu'un début. Nous avons besoin de vous garder ici pour nous assurer que vos pouvoirs restent du bon côté."
La réalité lui tomba dessus. "C'est étrange… c'est… comme si… je l'avais toujours su." Son regard était perdu dans le vide. "Cette relation au vivant…" Sa voix était maîtrisée et douce.
"Votre magie va se développer, Lorena. Vous devez vous y attendre dans les prochaines semaines. Elle va se développer d'autant plus que vous portez l'enfant d'un sorcier déjà très puissant. Sa magie, combinée à la vôtre, pourrait donner un enfant doté d'importantes aptitudes magiques. Par conséquent, votre enfant… constitue aussi une raison supplémentaire pour nous de vous garder ici en sécurité. Voldemort le voudra pour ses pouvoirs aussi."
A ces mots, Lorena sortit brutalement de sa rêverie. "Vous voulez dire qu'il utiliserait mon bébé pour ses propres fins malfaisantes ?"
Cette fois, ce fut Severus qui répondit. "Oui. Le Seigneur des Ténèbres a l'intention d'utiliser de la Magie Noire durant un rituel de sang, pour obtenir les pouvoirs désormais concentrés sur… notre enfant."
Lorena se tourna vers lui quand elle entendit le mot "rituel". "Un rituel ? Quelle sorte de rituel ?" Elle se dit qu'elle n'aimerait pas la réponse.
Albus et Severus échangèrent un autre regard. Le Directeur hocha la tête vers son Maître des Potions, en signe d'assentiment, pour qu'il continue avec les explications. Elle avait le droit de savoir.
"Un rituel de sacrifice." Il s'arrêta. "De la Magie Noire très avancée. Nous pensons que le Seigneur des Ténèbres le mettra en oeuvre à une date magique. Très probablement Beltaine. Le 1er Mai de l'année prochaine. L'enfant sera sacrifié durant un rituel impliquant la magie du sang. Qu'il soit déjà né ou pas."
Lorena ne céda pas à la panique ni à l'horreur. Le seul signe apparent des violentes émotions qui l'agitaient intérieurement, était ses lèvres qui s'entrouvrirent et tremblèrent légèrement. Les deux hommes se demandèrent si elle avait complètement saisi la réalité de leurs propos. Son commentaire suivant montra que c'était bien le cas. "C'est… affreux…" murmura-t-elle, son regard perdu dans le vide, consciente que cela signifierait la mort pour elle si elle n'avait pas accouché du bébé avant. Puis son regard changea de focalisation, plus déterminé. L'enfant de Severus ! "Je ne laisserai pas mon bébé mourir comme ça ! Je le tuerais plutôt de mes propres mains !" Un air dangereux secoua ses traits pendant une seconde ou deux.
Bien sûr qu'elle le ferait, pensa Dumbledore. Tellement Serpentard.
"Nous ne le permettrons pas, Lorena," fit Albus. "Il est possible que votre magie devienne de plus en plus forte avec votre grossesse. Nous savons très peu de choses sur la magie élémentale en tant que telle. Il se peut même que vous deveniez la seule personne au sein de notre communauté à savoir ce qu'il en retourne en vérité. Nous aurons besoin de vos lumières à cet égard. Par conséquent, je vous demanderai de me notifier, ainsi que le Professeur Rogue, du moindre changement ou phénomène qui pourrait survenir à partir de maintenant à ce sujet."
Ce qui signifiera plus de contacts avec lui, bien évidemment, pensa Lorena.
"Au fait, Lorena, comme vous pourriez vous retrouver un jour en présence de Voldemort, je veux que vous perfectionniez vos capacités télépathiques. L'Occlumencie."
Oh non ! Juste ce que je voulais éviter ! Elle accusa le coup. Le souvenir désagréable de la première leçon lui revint à l'esprit.
"Je suis au courant que vous aviez arête ces leçons, Lorena, mais je veux que vous les repreniez. Pour votre propre sécurité. Le Professeur Rogue m'a dit qu'il avait dû les arrêter. J'aimerais en entendre la raison."
"Il a dû déjà vous la dire alors," fit-elle doucement. "Demandez-lui. Je ne veux pas en parler."
"Il me l'a dit en effet. Je veux entendre votre version." La requête exprimée avec douceur résonnait comme un ordre. C'en était bien un.
Lorena prit une profonde inspiration et tourna la tête vers le Maître des Potions. "Je suis désolée, Professeur…" Une pause. "C'était un échec. Je n'ai pas bien répondu aux… intrusions faites dans mon esprit. La Légilimencie est plutôt… brutale, comparée à la télépathie de contact que j'utilise. C'était… pénible pour moi."
Les deux hommes se regardèrent. Severus avait été franc avec le Directeur lorsqu'il lui avait dit qu'il avait été particulièrement brutal avec la jeune fille, lors de leur première leçon. Il avait cru que ses aptitudes télépathiques lui permettraient de supporter sa puissante Légilimencie. Il avait eu tort.
"Je crois que le Professeur Rogue a appris ici une leçon. J'ai confiance qu'il ne refera pas la même erreur. Par conséquent, vous reprendrez les leçons avec lui. Ce sujet ne devra pas être abordé avec quiconque, hors de nous trois. Ces leçons pourraient être organisées sous le couvert d'une… retenue à faire, par exemple ? Bon, il trouvera un moyen. Je vous fais confiance à tous les deux."
Une retenue ? Lorena n'avait jamais été mise en retenue auparavant. Elle était une étudiante calme et elle faisait de son mieux pour ne pas attirer l'attention sur elle. Ses différentes aptitudes magiques avaient bien suffi pour cela durant les années précédentes, elle n'avait pas aimé être considérée comme un monstre, même à l'intérieur de la communauté magique.
"Il y a aussi une autre question que nous avons aussi besoin d'aborder en ce qui concerne votre état, Lorena. En fait, c'est en relation avec tout ce dont nous venons de discuter," fit Albus.
Qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir en stock pour elle à présent ?
"Vous voulez dire… ma grossesse ?"
"Oui. Vous êtes au courant que les mères célibataires sont très mal vues dans notre société, pour faire un euphémisme. Vous êtes bien consciente que votre corps va commencer à montrer votre état d'ici quelques semaines. Vos camarades de classe, et en particulier vos camarades de maison remarqueront que votre taille va changer. Ils verront bien que vous enceinte. La plupart des Serpentards mais aussi ceux des autres Maisons, sont des gens avec des préjugés très forts en ce qui concerne les mères célibataires. S'ils remarquent que c'est là votre cas, vous passerez une très mauvaise année, croyez-moi. La situation est déjà difficile pour vous, entre cette grossesse, votre cécité, le poids place sur vos épaules par Voldemort. Par conséquent, je pense qu'il est de notre devoir de l'alléger quelque peu. Nous ne pouvons pas supprimer votre handicap, nous ne pouvons pas changer les plans de Voldemort. Mais nous pouvons modifier votre statut en tant que femme et future mère. Le Professeur Rogue a suggéré qu'un anneau placé sur le bon doigt devrait vous éviter des commentaires désobligeants de la part des étudiants. Ou de quiconque dans la communauté magique à l'extérieur de Poudlard."
Le visage de Lorena était concentré sur les paroles qu'elle venait d'entendre, les assimilant complètement. Elle tourna la tête vers le Maître des Potions. "Vous suggérez que je… me marie ?"
"Oui, Lorena."
"Et qui suis-je supposée épouser ?" Sa voix était basse et tendue. Cette suggestion sonnait comme une proposition indécente, en particulier après ce qu'il s'était passé entre eux deux, ce matin même, dans son lit.
Severus lui prit la main dans la sienne. "Est-ce si difficile à deviner ?"
"Vous… ?" Elle avait l'air perplexe. "Je croyais que vous ne…"
"Ce sera une union particulière," la coupa Albus avec vivacité. "En fait, ce ne serait pas un mariage, mais plutôt une promesse. Des fiançailles garanties par ce que nous appelons un Serment Inviolable."
Lorena en avait déjà entendu parler, bien que vaguement. "Un Serment Inviolable ?"
"Oui. C'est un rituel très secret qui n'implique que trois personnes, l'Enchaîneur et les deux parties qui s'engagent dans le Serment. Monsieur le Directeur a accepté d'être notre Enchaîneur."
"Je sais que ça implique qu'une des parties jure à l'autre quelque chose et que si cette partie échoue à tenir sa promesse, elle… meurt. Suis-je dans le vrai ?"
Le silence était lourd maintenant. "Oui, en effet," confirma Severus. "Nous prêterons vous et moi un Serment Inviolable."
"Et c'est quoi, le "quelque chose" qui doit faire l'objet de ce Serment ?" demanda-t-elle avec de l'ironie dans la voix. Elle était curieuse de l'entendre.
Cette fois, ce fut Albus qui prit la main. "Le Professeur Rogue s'engagera envers vous sur trois points : Premièrement, il fera tout ce qui est en son pouvoir pour assurer votre propre sécurité et protection. Deuxièmement, il fera tout son possible pour s'assurer que votre bébé ne puisse pas être utilisé par Voldemort à des fins de Magie Noire et il aura recours à toutes les mesures nécessaires à cet égard. Troisièmement, il s'engagera à vous épouser officiellement dès que cela sera possible."
Il s'arrêta pour laisser ses paroles pénétrer l'esprit de Lorena.
"Cependant, il y a des conditions que le Professeur Rogue a posée. Des conditions que vous devrez respecter car elles font partie de votre sécurité à tous les deux. De votre côté, vous vous engagerez à ce qui suit : Premièrement, vous garderez le Serment secret. Pas un seul mot à quiconque, pas même à votre père. Si Voldemort apprend que Severus et vous, vous êtes fiancés via un tel Serment, il le tuera à la prochaine réunion de Mangemorts. Aussi, pas un mot à vos camarades de classe. Bien évidemment, Poudlard est un endroit sûr mais nous soupçonnons que certains des étudiants ici ont des familles en relation avec les partisans de Voldemort, en particulier chez Serpentard. S'ils vous posent des questions concernant votre grossesse, vous leur direz seulement que vous êtes mariée, et couperez court à leurs questions. Pas un seul mot non plus à propos de l'identité de votre époux. S'ils continuent à vous harceler à ce propos, vous rapporterez la situation au Directeur de votre Maison immédiatement. Deuxièmement, vous épouserez le Professeur Rogue en temps voulu, une fois que tout ceci sera terminé. Troisièmement, vous resterez dans votre dortoir tandis qu'il restera dans ses appartements, afin de ne pas attirer l'attention sur vous deux et par conséquent révéler l'identité du père de votre enfant et de votre fiancé. Ai-je bien été clair ?"
Lorena resta silencieuse pendant quelques secondes. "Oui, Professeur Dumbledore. Très clair."
"Bien. J'avais déjà discuté de ces points avec le Professeur Rogue. Nous avions convenu que le Serment Inviolable serait prêté ce week-end."
Lorena eut une pensée pour son père. "Vous avez mentionné que ce serment secret pourrait être suivi par un mariage plus… officiel."
"Oui, certes," confirma Dumbledore.
"Donc je suppose que le mariage officiel aurait lieu plus tard, bien plus tard ?"
"Oui, Lorena, pourquoi ?"
"Je pensais seulement que je vais avoir 18 ans dans environ dix jours. Je pensais à mon père. Il ne va pas aimer du tout que sa fille se marie si rapidement et avant 18 ans. Je sais que le monde magique a fixé la majorité à 17 ans, mais pour le monde moldu dans lequel mon père vit, elle est toujours fixée à 18 ans. J'aurais alors préféré attendre mon 18ème anniversaire, mais si le Serment n'est pas le vrai mariage, alors le prochain week-end me convient."
"Je comprends votre souci, Lorena," fit Albus avec compassion. "La date du mariage officiel ne dépend pas de nous malheureusement, mais plutôt de l'issue avec Voldemort. Que nous ne connaissons pas. Songez-y, peut-être que le mariage officiel aura lieu quand votre père sera sorti de prison. Il pourra alors vous conduire à l'autel de manière tout ce qu'il y a de plus formel."
En entendant cela, les traits de Lorena s'illuminèrent et un sourire releva ses lèvres d'une façon qui fit bondir le coeur de Severus dans sa poitrine. Il sentit un élan dans son corps, une envie folle d'embrasser ses lèvres avec gourmandise pendant de longues, longues minutes, et même à mordre dedans comme il le ferait dans un fruit mûr. Comme il aimerait ça, posséder la bouche de la jeune femme, la fouiller de sa propre langue, dans une caresse sensuelle et torride ! Par réflexe, Severus lécha ses lèvres avec sa langue, en anticipation. Heureusement pour lui, Albus ne remarqua rien.
"La seule autre personne au courant de votre état maintenant est Mme Pomfresh. Vous ne lui en parlerez pas non plus, sauf pour des considérations d'ordre médical. Elle remarquera sûrement l'anneau que vous porterez mais comme pour vos camarades de classe, pas un seul mot à propos du Serment Inviolable que vous aurez prêté avec le Professeur Rogue. Vous vous êtes mariée, un point c'est tout. Comme elle sait déjà qui est le père de votre enfant, je soupçonne qu'elle en tirera ses conclusions elle-même. Vous n'aurez qu'à lui dire que vous ne pouvez pas en parler et elle vous laissera tranquille. Si elle insiste, faites-le moi savoir, je prendrai la situation en main et je verrai alors ce que je peux lui dire."
"Je suis sure que Mme Pomfresh sera ravie d'apprendre que je ne serai pas une mère célibataire," répondit Lorena doucement.
"Parfait. Lorena, c'est réglé. Severus, je vous fais confiance pour les anneaux. Rendez-vous ici à deux heures, Samedi."
Lorena était surprise d'entendre la requête du Directeur. Elle lui sourit. Severus ne dit rien mais il prit ces paroles comme une indication que la réunion était terminée. Il saisit le bras de Lorena pour sortir.
Désormais, la question était comment elle pouvait se lier par le mariage avec un homme qui l'avait violée le matin même ?
La chanson que chante Lorena au piano dans la Salle sur Demande est intitulée "Almost Lover" par A Fine Frenzy – on peut l'écouter sur YouTube. J'adore cette chanson et l'ai trouvé appropriée pour décrire les sentiments qu'éprouve Lorena envers Severus.
Je vous avais dit qu'il y aurait de la musique dans cette histoire ! J'ai seulement eu la flemme de traduire les paroles. Les récalcitrants à l'anglais peuvent toujours me laisser un PM ou une revue et je verrai ce que je peux faire…
Proposition indécente renvoie au film du même nom (que j'avais vu il y a longtemps). Nous pouvons constater combien Albus Dumbledore est un manipulateur fini – non seulement il manipule Severus mais aussi Lorena désormais. J'aime bien montrer ce côté de lui. J'espère que j'ai toujours décrit Severus de manière plausible ("in character") – merci de me dire si ce n'est pas le cas (et bien entendu pourquoi).
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