DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.
Rating : M+
Genre : romance / slash / Yaoi
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Bonne lecture !
Chapitre 33 – Justice extrême est extrême injustice (Térence)
26 juin 2010 - Ministère de la Magie, Magenmagot
Un sourire aux lèvres, Cho Chang posa sur le bureau le parchemin qu'elle venait de recevoir par hibou. Le détective privé qu'elle s'était décidée à engager venait de lui donner de très bonnes nouvelles. Et bien plus vite qu'elle ne l'espérait.
En un temps record, il avait obtenu la confirmation que la Gazette du Sorcier n'était en possession d'aucun document compromettant la concernant. Montague était mort, Zabini aussi, les têtes pensantes du Cartel étaient sous les verrous. Elle ne risquait plus rien.
Une bonne chose de faite, se dit-elle. Une chose qu'elle aurait dû faire il y a longtemps de ça. Comment avait-elle pu se laisser intimider par l'odieux chantage de ce Proscrit ?
D'un mouvement brusque, elle jeta la lettre du détective dans sa cheminée avant d'y mettre le feu d'un incendio informulé. En fixant les cendres qui virevoltaient, elle fut cependant gagnée par une bouffée d'inquiétude. C'était par cette cheminée que Montague et Bletchey avaient pénétré dans le Ministère. C'était grâce à elle qu'ils étaient parvenus à libérer Zabini. Indirectement, elle était responsable de tout ce fiasco.
Elle secoua la tête pour chasser ces pensées inopportunes. Elle n'était responsable de rien, et certainement pas de la mort de Ron Weasley. Et si jamais on découvrait que c'était par ce bureau que les Proscrits étaient passés, elle n'aurait aucun mal à accuser Perkins de négligence. Après tout, c'était à elle de vérifier tous les soirs que les cheminées étaient bloquées. Personne ne pouvait savoir que Cho était revenue cinq minutes après le départ de la secrétaire pour désactiver le verrou.
Non, il n'y avait pas d'inquiétude à avoir.
Des coups frappés à la porte la sortirent de ses réflexions.
- Oui ?
- Madame la Vice-Présidente, dit Miss Perkins en restant sur le pas de la porte. Le Vice-Ministre vous fait dire qu'il aura dix minutes de retard.
- Bien. Merci Miss Perkins.
Robards. Un frisson d'anticipation parcourut le corps de Cho à l'idée de la venue de son amant.
Elle s'était toujours considérée comme quelqu'un de chanceux. Belle et intelligente, elle n'avait jamais eu aucun mal à se faire aimer des personnes qui l'entouraient.
Elle avait pris conscience de son pouvoir de séduction à Poudlard quand peu de temps avant le Bal de Noël, les garçons s'étaient mis à tourner autour d'elle comme des mouches autour d'un pot de miel. Face à autant de prétendants, elle avait décidé d'opérer un choix selon les critères de la sélection naturelle : le plus grand, le plus fort et accessoirement le plus beau. Cédric Diggory, l'archétype du mâle alpha… mais qui, au final, était tombé sur plus fort que lui. Elle avait beaucoup pleuré sa mort, peut-être même plus que nécessaire. Mais c'était si agréable d'être le centre de l'attention. Tout le monde la plaignait… Ils formaient un si beau couple.
Et puis, il y avait eu ce brave Harry Potter, qui semblait se mourir d'amour pour elle autant que de culpabilité pour la mort de Cédric… C'était plus que tentant de se rapprocher de lui. Certes, il n'avait rien en commun avec le beau Poufsouffle. Il était petit, maigrichon, myope comme une taupe et très empoté. Mais contrairement à Cédric, il avait survécu à un avada kedavra, lui. Question sélection naturelle, il était champion. Et il avait des yeux magnifiques.
Leur histoire avait cependant été aussi brève que désastreuse. Ils n'avaient même pas eu le temps de coucher ensemble.
Après la guerre, elle avait recommencé sa dernière année d'études à Beauxbâtons. Là, elle était tombée amoureuse de son professeur de sortilèges, Nicolas Giroux de Saint-Juste, un français de 25 ans beau comme un dieu. Il était très différent de Cédric et de Harry. C'était un homme, pas un gamin. Avec lui, elle avait découvert l'amour physique, à un niveau que Cédric n'avait jamais atteint. Et elle était devenue accro.
Avec Nicolas, elle avait été persuadée d'avoir trouvé l'homme de sa vie. A tel point que lorsqu'elle était tombée enceinte, elle avait cru qu'il l'épouserait sans attendre. La désillusion fut énorme. Il lui avait fait savoir qu'elle n'était rien d'autre qu'un gentil passe-temps, qu'il était destiné à épouser une riche héritière française et qu'il ne voulait rien avoir à faire avec cet enfant.
Elle était donc rentrée en Angleterre, honteuse, son diplôme en poche et un polichinelle dans le tiroir. Ses parents n'avaient pas été ravis mais ils l'avaient soutenue dans son choix de garder le bébé.
L'été de son retour, elle avait été invitée à la garden party d'un couple d'amis de ses parents. Elle y avait fait la connaissance de Richard Allen, un diplomate fortuné de vingt ans son aîné. Elle n'avait jamais su pourquoi elle s'était mise spontanément à lui raconter ses malheurs, en rajoutant un peu de mélodrame lorsqu'elle évoquait le déshonneur d'avoir été abandonnée, enceinte, par son futur mari. Richard avait littéralement été subjugué par le charme de cette belle asiatique qui ne méritait pas un tel traitement. Très vite, il lui fit savoir qu'il était disposé à l'épouser et à adopter son enfant.
Sachant qu'une telle chance ne se présenterait pas deux fois, Cho accepta la proposition et épousa le brillant diplomate par un beau matin d'automne.
Grâce à Richard, elle avait pu mener à bien sa grossesse en même temps que ses études supérieures en droit sorcier. Une nuit d'avril, elle avait accouché d'un joli petit garçon aux cheveux noirs et aux yeux légèrement bridés, prénommé Liang, qui signifie « lumineux » en chinois.
Son diplôme obtenu, elle avait eu tôt fait de trouver un emploi au Ministère de la Magie. L'influence de son mari lui avait ensuite permis de gravir rapidement les échelons et de se retrouver au Magenmagot.
De l'extérieur, ils formaient un couple parfait. Mais de l'intérieur, les choses étaient très différentes, du moins pour Cho. Richard était doux, patient, attentionné mais terriblement ennuyeux, particulièrement dans la chambre à coucher. Elle se mit alors à rechercher la satisfaction en dehors du lit conjugal, collectionnant les conquêtes.
Le premier à succomber à son charme fut Dawlish mais leur liaison ne dura que très peu de temps. Cho ne partageait définitivement pas ses goûts pour les relations sexuelles brutales et malsaines que lui, affectionnait particulièrement.
Ensuite, il y eut Robards et ce fut le Paradis sur terre. L'homme était impétueux et tendre à la fois, répondant à toutes les attentes, à toutes les envies de Cho. Depuis tout ce temps, ils ne se lassaient pas l'un de l'autre. Bien sûr, elle savait que Gawain multipliait les aventures mais cela ne la dérangeait pas. D'abord parce que c'était également son cas, et ensuite parce qu'elle n'était pas amoureuse de lui. Leur relation était simplement basée sur un intérêt mutuel : Cho pour faire avancer sa carrière, Gawain pour couvrir ce qu'il avait fait avec Weasley et Dawlish.
Cho était au courant de tout depuis pratiquement le début de leur liaison. Elle n'en avait pas été choquée. Elle exécrait trop Malefoy et sa clique pour s'offusquer du fait qu'ils avaient été spoliés par le Ministère. Depuis des années, elle partageait donc le secret de Gawain et profitait de ses largesses : des bijoux essentiellement, qu'il piochait dans l'amas de biens volés aux familles de Mangemort.
Robards n'était toutefois pas le seul à avoir des secrets. La différence, c'est que Cho avait bien pris soin de cacher le sien.
Comme tout le gratin de la société sorcière, Cho avait été invitée à l'inauguration du casino sorcier de Blaise Zabini. Bien que réticente au départ, elle s'était finalement décidée à y aller. Elle découvrit un univers de luxe et d'excès, un rêve doré terriblement excitant qui la plongea tout droit dans le gouffre de l'addiction. Elle claqua des sommes folles aux tables de black-jack ou à la roulette, s'endettant un peu plus chaque soir.
Quand elle en prit conscience, il était trop tard. Elle était enfermée dans une spirale infernale : elle devait de l'argent à un Proscrit, elle ne pouvait en parler à personne sans que sa carrière soit ruinée, et elle ne pouvait pas non plus utiliser les richesses soustraites aux Mangemorts pour rembourser ses dettes, sous peine de dévoiler la corruption de son amant.
C'est ainsi que le chantage de Montague commença. Il s'était présenté à elle un soir afin de « l'inviter » à rembourser ce qu'elle devait au Cartel. Comprenant qu'elle n'en avait pas les moyens, il monnaya son silence par des faveurs sexuelles.
Longtemps, elle avait cru ne jamais parvenir à se sortir de cet engrenage… Mais maintenant, tout était terminé. Elle sourit de nouveau en s'adossant plus confortablement au dossier de son fauteuil.
- Qu'est-ce qui te rend si heureuse ?
Cho se tourna vers la voix grave qui venait de prononcer ces mots. Elle se leva avec grâce et se dirigea vers Gawain Robards qu'elle n'avait pas entendu entrer.
- La perspective de ta venue bien sûr, dit-elle avant de l'embrasser langoureusement.
- Menteuse, souffla-t-il contre ses lèvres.
Pour toute réponse, elle verrouilla magiquement la porte de son bureau et lança un sort d'insonorisation. Lentement, elle releva sa robe légère jusqu'à la taille et prit place sur le bord de son bureau dans une invitation plus qu'explicite.
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Ministère de la Magie, Département des Mystères
- Nom et objet de…
- Bonjour Doris, coupa Seamus. Je voudrais voir Dean Thomas.
Doris releva la tête, étonnée. Cela faisait des années que Finnigan n'était plus descendu ici. Voyant la mine sombre de l'Auror, elle comprit que ce n'était pas le moment d'être tatillonne. Elle ne prit donc pas la peine d'envoyer une note volante mais se rendit elle-même auprès du chef du département.
Cinq longues minutes plus tard, Seamus était introduit dans le bureau de son collègue et ex meilleur ami.
- Bonjour Dean.
- Finnigan.
Dean s'était levé à l'entrée de l'Auror. Seamus dut lever les yeux pour le regarder tant leur différence de taille était grande. Dean se tenait droit et raide, toisant Seamus du haut de ses 1m90.
- Doris a laissé entendre que c'était important, dit-il sèchement. Que veux-tu ?
- Que tu regardes ceci, dit Seamus en posant sur le bureau la petite bouteille contenant le souvenir d'Abigail.
- Une authentification ? Tu aurais pu…
- Non. Pas une authentification. Je voudrais que tu le verses dans une pensine et que tu le regardes vraiment.
- Contente-toi de me dire ce qu'il contient, répliqua Dean en lui rendant la fiole.
Seamus soupira. Il savait que ce ne serait pas simple.
- Ce souvenir est la preuve de la corruption du Ministère. La preuve qu'Arthur Weasley a été manipulé pour adopter les Lois de Proscription. Et la preuve que…
- Comment ? Tu oses venir ici pour me parler des Lois de Proscription ?
Le ton de Dean était dangereusement bas. Ses yeux marrons lançaient des éclairs.
- Ecoute Dean… je sais que tu m'en veux. Il n'y a pas un seul jour où je ne regrette pas ce qui s'est passé…
- C'est toi qui leur as donné l'adresse où Daphné se trouvait. Toi seul connaissait cette adresse… parce que je te faisais confiance, siffla Dean.
- Je te l'ai déjà dit… Robards nous avait dit qu'ils faisaient simplement un recensement. Personne ne savait que c'était…
- Une traque ? Un piège ? C'est ça les mots que tu cherches ?
- Personne ne savait rien, répéta Seamus.
- Elle était innocente, murmura Dean. Elle n'avait pas la Marque. Ni elle, ni sa sœur, ni ses parents. Elle était innocente et l'enfant qu'elle portait l'était tout autant ! Mon enfant Finnigan !
- Dean…
- ET C'EST A CAUSE DE TOI QU'ILS SONT MORTS TOUS LES DEUX DANS UNE INFAME CELLULE D'AZKABAN ! PARCE QUE PERSONNE N'A PRIS LA PEINE DE SE PREOCCUPER D'ELLE ALORS QU'ELLE FAISAIT UNE FAUSSE COUCHE !
Dean Thomas était comme fou. Les yeux exorbités, les poings serrés, il semblait sur le point de frapper Seamus. Celui-ci n'en menait pas large. Il savait ce qui s'était passé mais c'était la première fois qu'il l'entendait de la bouche de Dean. Et c'était encore pire…
- Dean, je suis tellement désolé… si je pouvais changer le passé…
- Tu ne le peux pas ! Daphné est morte. Et tes regrets ne la feront pas revenir.
Seamus ravala le sanglot qui l'étouffait.
- Non, dit-il… mais nous pouvons faire en sorte que ça n'arrive plus. Nous pourrions les venger tous les deux…
Dean croisa les bras sur son torse.
- Une rumeur récente est parvenue jusqu'ici selon laquelle tu serais amoureux d'une Proscrite. Abigail Travers, c'est ça ?
- Oui, admit Seamus.
- Je comprends mieux, ricana Dean. Maintenant qu'il y va de ton petit bonheur conjugal, tu remues ciel et terre pour faire tomber le Ministère… Et bien tu sais quoi, Finnigan… Tu peux aller te faire foutre ! Sors d'ici !
- Pas avant que tu ne m'aies accompagné dans la salle des Douze Portes ! dit Seamus sans se démonter.
- Quoi ? Et puis quoi encore ?
- C'est l'ordre d'un Auror. Tu n'es pas en mesure de refuser.
Seamus détestait agir de la sorte, tout autant qu'il détestait le ton employé mais il savait qu'il ne pourra pas s'en sortir autrement.
Dean le fixa d'un air dégoûté.
- Suivez-moi, Auror Finnigan.
Il le précéda dans les couloirs, la démarche toujours aussi raide, sa robe de sorcier claquant contre ses longues jambes à chaque pas. Ils empruntèrent un large escalier sombre qui menait à l'étage en dessous : une large salle circulaire autour de laquelle se trouvaient non pas douze mais onze portes.
A peine étaient-ils arrivés que les portes se mirent à tourner dans un ballet hypnotisant.
- Bien, nous y voici. Quelle pièce dois-tu visiter ?
- La Salle du Futur.
- Tu n'es pas sans savoir qu'elle n'existe plus. Après ce qui s'est passé en 1996, elle a été condamnée.
- Fais cesser le mouvement des portes.
A contrecœur, Dean se positionna au milieu du hall et fit plusieurs mouvements complexes avec sa baguette. Le mur cessa de tourner sur lui-même, laissant les deux hommes face aux différentes portes. Celles-ci étaient toutes espacées par la même distance sauf deux d'entre elles.
Seamus se posta devant le pan de mur totalement lisse et prononça distinctement :
- Salle du Labyrinthe.
Le mur commença à changer de nature, la brique se transformant résolument en bois, jusqu'à ce qu'une porte savamment ouvragée n'apparaissent devant lui.
- Mais que… Comment as-tu fait ça ? s'exclama Dean derrière lui.
Pour toute réponse, Seamus poussa le battant. La porte s'ouvrit sur une salle immense, plus grande qu'une cathédrale, traversée par de multiples étagères qui faisaient office de cloisons et qui étaient organisées à la manière d'un labyrinthe. Les étagères regorgeaient d'objets en tous genres, tous plus précieux les uns que les autres. On y voyait des statues, des œuvres d'art moldues, de la vaisselle en or, en argent et en étain et des bijoux à profusion.
- Par Merlin, qu'est-ce que c'est que tout ça ? souffla Dean.
- Ça, ce sont toutes les possessions que le Ministère a confisquées aux Mangemorts et qui devaient être redistribuées aux victimes de la guerre.
- Mais… que font-elles ici ?
- Gawain Robards, Percy Weasley, John Dawlish, Cho Chang et peut-être d'autres encore ont pris la décision de tout cacher ici et de les garder. A leur profit.
- Comment… comment sont-ils parvenus à amener tout ça ici sans que personne ne s'en aperçoive ?
- On parle du Vice-Ministre Dean… il a accès à tout ce qu'il veut quand il le veut…
- Arthur Weasley est au courant ?
- Apparemment non. Comme je te le disais, il a été manipulé.
Dean fixait cet amas de richesses, complètement abasourdi.
- Tu me crois maintenant ? demanda Seamus.
- Sortons d'ici, dit simplement Dean.
Il referma la lourde porte qui disparut aussitôt. D'un autre mouvement de baguette, il fit à nouveau tourner le mur.
- Dean ! le pressa Seamus.
- Je ne sais pas ce que tu attends de moi Finnigan mais je ne peux rien pour toi.
- QUOI ?
Seamus était atterré par la réaction de Dean.
- DEAN ! cria-t-il alors que le Langue-de-Plomb se dirigeait vers l'escalier.
Dean s'arrêta mais ne se retourna pas.
- Il n'y a rien à faire Seamus, dit-il calmement. Tu l'as dit toi-même. Ils sont tous de mèche. Que pourrions-nous faire ? Appeler le Ministre ? Qui dit qu'il n'est pas au courant et qu'il laisse faire ?
- La presse ! Nous pourrions prévenir la presse et leur montrer !
- La presse ne peut pas pénétrer dans ce département. Il y a des sorts qui le protègent de ce genre d'intrusion que seul le Ministre et la Présidente du Magenmagot ensemble peuvent lever.
- Il doit bien y avoir une solution ! Dean… ne me laisse pas tomber, je t'en supplie.
Le Langue-de-Plomb secoua doucement la tête.
- C'est trop tard Seamus. Je suis désolé pour toi et Abigail, mais c'est trop tard.
- IL NE S'AGIT PAS D'ABIGAIL ! IL S'AGIT DE HARRY ET DRACO ! IL S'AGIT DE RON !
- Ron ? Je croyais qu'il avait été tué par Zabini.
- C'est vrai. Mais sans le Ministère, le Cartel n'aurait pas existé. Zabini ne serait pas devenu ce qu'il est devenu ! Ni Malefoy ! Et Harry, non plus, acheva-t-il dans un murmure.
- Je suis désolé, répéta Dean avant de reprendre sa marche.
Seamus eut un rire désabusé.
- Alors c'est ça ? Tu es avec eux… ils sont parvenus à t'acheter toi aussi… Malgré tout ce…
- TAIS-TOI ! rugit Dean qui en trois enjambées était revenu face à l'irlandais et le tenait fermement par le col de sa robe. TAIS-TOI ! JAMAIS JE NE SERAI AVEC EUX ! JAMAIS TU ENTENDS !
- Je le sais, dit Seamus tout doucement. Et si tu es resté ici, dans ce département précisément, à protéger tous leurs secrets, c'est parce que tu espérais un jour pouvoir te venger… Dis-moi que j'ai tort, Dean…
Mais Dean était incapable de la moindre parole. Tout ce qu'il parvenait à faire, c'était resserrer un peu plus sa main sur le tissu.
- Je viens de te donner ce que tu attends depuis des années, continua Seamus. Ne laisse pas passer cette chance…
Dean relâcha brutalement Seamus et s'en alla sans rien ajouter.
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Ministère de la Magie, Département de la Justice Magique, aile est.
Il semblait à Neville qu'il attendait dans ce couloir depuis des heures. Des sorts empêchaient l'accès à la pièce où Draco Malefoy était interrogé en ce moment-même mais sitôt que l'interrogatoire serait terminé, Prius et Peak n'auraient pas d'autres choix que de passer par ce couloir pour ramener le prisonnier à sa cellule.
Et là, Neville leur demanderait des explications.
En attendant, il secoua la tête d'un air désabusé. Tout cela ressemblait à ces choses qu'il avait lues à propos de pays lointains où les moldus avaient mis en place des régimes politiques dictatoriaux et totalitaires. Dans ces pays, les prisonniers n'avaient aucun droit. Ils étaient emprisonnés sans explication, interrogés, maltraités, voire même torturés jusqu'à ce qu'ils avouent des crimes qu'ils n'avaient pas commis. Ce n'était pas censé se passer comme ça ici ! Le monde sorcier britannique ne pouvait pas s'être débarrassé d'un tyran pour en arriver à… ça.
Il soupira en s'adossant contre le mur et fourrant les mains dans les poches de sa robe d'Auror. Il fronça les sourcils en sentant quelque chose à l'intérieur. Une enveloppe.
Il la sortit lentement de sa poche.
A l'attention de Ron Weasley.
C'était la lettre qu'ils avaient trouvée à l'Empire au moment de la perquisition. La lettre de Ginny.
Juste après la mort de Ron, Neville était passé au Ministère pour la récupérer afin de la remettre à la famille Weasley. Mais vu tout ce qui s'était passé à Sainte-Mangouste, il n'en avait pas eu l'occasion.
Il fit tourner l'enveloppe entre ses doigts, ne sachant plus vraiment quoi en faire. Il ne se sentait pas autorisé à l'ouvrir car il aurait l'impression de violer l'intimité de Ron et de sa sœur. D'un autre côté, peut-être la lettre contenait-elle des informations qui leur seraient utiles pour innocenter Malefoy ou Harry ? Sait-on jamais ?
Il expira longuement et se décida finalement à briser la petite pastille de cire qui fermait le rabat. Il déplia le parchemin.
« Cher Ron,
Je me suis souvent demandée si les choses auraient pu se passer autrement. Je voudrais bien y croire, mais au fond de moi je sais que ce n'est pas le cas. Nous avons tous fait des choix qui ont déterminé les personnes que nous devenues par la suite.
Cela ne changera rien à ce que tu penses de lui mais je veux que tu saches que j'aime réellement mon mari et que j'ai vraiment été heureuse avec lui. C'est d'un homme comme lui dont j'avais besoin. Je t'entends déjà me traiter de sotte et me dire que lui ne m'aimait pas. Tu te trompes. Il m'aimait à sa façon. Tout cela, je l'ai accepté. Je n'ai jamais rien subi.
Et c'est encore vrai aujourd'hui. Cela fait maintenant plusieurs semaines que j'ai décidé de quitter Blaise. Finalement, je n'avance mon départ que de quelques jours.
Tu dois te demander pourquoi alors que je viens d'affirmer que j'aime mon mari et qu'il m'a rendue heureuse ? Tout simplement parce qu'il y a encore plus important que Blaise : mes enfants. Je refuse qu'ils grandissent dans la peur, la violence, la ségrégation et la corruption. C'est la raison pour laquelle je quitte l'Angleterre. Je vais m'installer dans un pays où je ne serai ni la fille d'un Ministre, ni la femme d'un Proscrit. Un pays où les droits des sorciers sont égaux. Là-bas, je ne serai pas seule. Mais pour leur sécurité, je tairai le nom de ceux qui me viennent en aide.
Dans mes rêves les plus fous, j'ai l'espoir qu'un jour tout ceci se termine et qu'on pourra se retrouver. Faire la paix. Se pardonner.
J'ai besoin de ton pardon Ron. Parce que c'est moi qui ait donné à Malefoy l'adresse du cabinet de médicomage d'Hermione. J'avoue que mon objectif était malveillant. Je voulais piéger Malefoy, faire en sorte que Blaise le trouve en possession de cette adresse et qu'il doute de sa loyauté. Jamais je n'ai imaginé une seule seconde ce qui allait se passer. Cette culpabilité me ronge depuis tellement longtemps… mais je suppose que c'est le prix à payer pour mon erreur. Un prix dérisoire en comparaison de la souffrance qui est la tienne depuis tant d'années.
Un jour peut-être tu trouveras la force de me pardonner.
Nous ne pourrons jamais rien changer au passé mais nous pourrons peut-être améliorer l'avenir. J'aimerais tant que tu connaisses Anthony. J'aimerais tant que tu acceptes d'être le parrain de son petit frère ou de sa petite sœur.
Avec toute mon affection,
Ginny ».
Neville replia le courrier et le remit dans sa poche, une étrange émotion lui étreignant le cœur. Il se sentait mal. Comme un voyeur. Comme s'il avait volé les derniers mots de Ginny à son frère.
- Neville ?
- Ah Seamus ! dit-il en se décollant du mur contre lequel il était appuyé, heureux de cette diversion. Alors ?
Seamus haussa les épaules.
- Il n'a pas voulu voir le souvenir, alors je l'ai obligé à m'emmener dans la Salle des Douze Portes.
- Tu… tu l'as ouverte ?
- Oui. Et par Merlin, c'est encore pire qu'on ne le pensait. Tu devrais voir la taille de cette pièce… bourrée à craquer d'objets tous plus somptueux les uns que les autres.
- Et si jamais la porte était protégée par un sort d'alarme ou quelque chose du genre ? Ils sauront que…
- Possible, coupa Seamus mais c'était un risque à prendre.
- Que va faire Dean ?
- Je n'en sais rien, admit l'irlandais après un temps. Il est parti sans rien me dire.
- Oh Merlin… tu crois qu'il est avec eux ?
- Non. Non, sûrement pas. Il doit juste… prendre le temps d'y réfléchir…
- Le temps ? Mais on en n'a pas du temps ! s'énerva Neville.
A ce moment, des pas au bout du couloir se firent entendre. Il s'agissait de deux guérisseurs officiant à l'infirmerie du quartier des Aurors. Ils avaient un brancard avec eux.
- Brad ? Sammy ? Que faites-vous ici ? demanda Seamus.
- On a été appelé par Adelme. On doit emmener un détenu à l'infirmerie.
La porte de la salle d'interrogatoire s'ouvrit à ce moment-là et les deux hommes s'engouffrèrent à l'intérieur.
- J'ai un mauvais pressentiment, dit Neville. Six doses de Véritasérum, c'est beaucoup trop…
- Six ? éructa Seamus. Mais ils sont fous ? A tous les coups, ça lui a bousillé le cerveau !
- C'est ce que je crains.
La porte se rouvrit sur les deux guérisseurs qui faisaient maintenant léviter le brancard sur lequel Draco Malefoy était allongé. Il était pâle comme la mort, ses yeux tournaient dans leurs orbites et il murmurait des paroles sans queue ni tête.
- QU'EST-CE QUE VOUS AVEZ FAIT ! rugit Neville en plaquant Peak contre le mur.
- OH ! DU CALME LONDUBAT ! répondit Prius en séparant les deux hommes. Cette affaire ne te concerne pas !
- Je vais avec lui à l'infirmerie, dit Seamus.
- Tu ne vas nulle part Finnigan ! dit Peak.
- Ah oui ? répliqua l'irlandais en brandissant sa baguette d'un air menaçant. Et lequel de vous deux va m'en empêcher ?
Les deux Aurors plus âgés ne firent plus un geste et laissèrent Seamus suivre les infirmiers.
- Je veux voir le compte-rendu d'audition, dit brutalement Neville en montrant la liasse de parchemins que Prius tenait entre les mains.
- Je viens de te dire que cette affaire ne te concernait pas.
- Je suis Auror, tout comme toi. Je n'ai pas pu assister à l'audition mais je suis parfaitement en droit de lire le compte-rendu. Et tu le sais très bien. Alors donne-moi ces parchemins.
Prius souffla avec exaspération.
- Andrew, dit-il à son collègue. Va préparer la salle d'audition n°3 dans l'aile ouest pour Potter. J'arrive sitôt que j'ai fini ici.
Peak ne protesta pas, se contentant de lancer un regard noir à Neville avant de partir. Prius se dirigea vers son bureau, suivi par Neville.
- Tiens, dit-il, en fourrant les parchemins dans les mains de son jeune collègue, avant de se laisser tomber lourdement sur sa chaise.
Neville ne le remercia pas. Il se mit à lire en arpentant le bureau de long en large.
Les premières pages le dégouttèrent profondément. Cette manière qu'ils avaient eue d'humilier Malefoy, de l'obliger à parler de choses aussi intimes qu'inutiles à l'enquête, l'écœurait. Venait ensuite ce que Neville redoutait : les questions sur la mort de Dawlish.
Il ne fut pas surpris que Malefoy avoue le meurtre du Chef des Aurors. Il n'avait jamais été vraiment convaincu par la thèse de l'accident. Ceci dit, il devait bien admettre que Malefoy avait été particulièrement méticuleux pour parvenir à tromper le médicomage légiste. Tous les détails de l'opération et de la mise en scène étaient consignés sur plusieurs pages. Selon la méthode habituelle d'interrogatoire, les mêmes questions étaient posées à plusieurs reprises afin d'éprouver la capacité de résistance à la potion.
De même, Peak et Prius étaient passés sans préavis d'un sujet à l'autre. Ainsi, après le volet « Dawlish », ils l'avaient interrogé sur son arrivée dans le Cartel puis sur la mort d'Hermione Granger. Neville était à nouveau révolté par le procédé, sachant que Malefoy avait été innocenté de ce crime. L'audition revenait ensuite sur Dawlish et les mêmes questions étaient à nouveau posées, apportant les mêmes réponses de la part de Draco.
Venaient alors des questions sur le business de Zabini, le trafic d'armes, de drogues et le blanchiment d'argent au travers de l'Empire et des night-clubs. Cette partie-là de l'interrogatoire semblait étrangement longue, compte tenu de ce que cela concernait davantage la justice moldue que sorcière.
Neville comprit cependant rapidement pourquoi : les doses successives de Véritasérum et la durée de l'interrogatoire épuisaient littéralement Malefoy. Cela se sentait à ses réponses de plus en plus laconiques. Les questions des Aurors devenaient également de plus en plus tendancieuses et imprécises. Complètement drogué, Malefoy n'arrivait même plus à faire reformuler la question et se contentait de répondre par oui ou par non.
C'est de cette manière que les Aurors étaient parvenus à biaiser complètement l'interrogatoire et surtout les réponses aux trois dernières questions. A la lecture de celles-ci, Neville dut réprimer un haut-le-cœur, tant il était dégoûté.
Question de l'Auror Peak : As-tu tué pour le compte du Cartel ou sur ordre de Blaise Zabini ?
Réponse de Draco Malefoy : Oui.
Question de l'Auror Prius : Te considères-tu comme le tueur du Cartel ?
Réponse de Draco Malefoy : Oui.
Question de l'Auror Peak : Es-tu responsable de la mort du chef des Aurors Ronald Weasley ?
Réponse de Draco Malefoy : Oui.
Pris d'un accès de colère, Neville déchira les pages de l'interrogatoire avant de les jeter sur le bureau d'Adelme Prius.
- Tu te fatigues pour rien Londubat. Tu sais comme moi que ce sont des parchemins magiques. Ils vont se reconstituer d'eux-mêmes.
Et de fait, les morceaux de papier se recollèrent entre eux pour former une page intacte.
- Comment as-tu pu te prêter à cette parodie de justice ?
- J'ai fait ce qu'on m'a demandé de faire, se défendit Prius.
- C'EST INDIGNE DE TOI ! C'EST IGNOBLE !
Comme Adelme ne répondait pas, Neville poursuivit.
- Tu as été l'apprenti de Maugrey, le coéquipier de Shacklebolt… Jamais ils n'auraient laissé faire une chose pareille !
- Je ne te permets pas de me juger Londubat !
- Eh bien je le fais quand même ! Tu sais très bien que tout ça n'est qu'un ramassis de conneries ! Malefoy est…
- Malefoy est coupable ! coupa Prius.
- Oui… oui, tu as raison ! Il est coupable. Coupable d'être un Proscrit, d'être le fils d'un Mangemort, d'avoir reçu la Marque dans le seul but de punir son père ! Voilà de quoi il est coupable !
- Il a tué Dawlish.
Neville eut un petit rire méprisant.
- Pourquoi parles-tu seulement de Dawlish ? Pourquoi pas de Ron ou du fait qu'il était soi-disant le tueur du Cartel ?
Adelme ne répondit pas.
- PARCE QUE TU SAIS QUE C'EST FAUX ! TU LUI AS SOUTIRE DES AVEUX !
- CA SUFFIT NEVILLE ! TU AS VOULU VOIR LE COMPTE-RENDU, C'EST CHOSE FAITE ! MAINTENANT SORS DE CE BUREAU !
- Pourquoi tu fais ça ? Tu as toujours été un modèle pour nous tous, quelqu'un de droit et d'honnête. Alors pourquoi ?
- Je t'ai dit de sortir…
- C'est Robards, c'est ça ? Il t'a promis quoi ? Le poste de chef des Aurors ? Tu aurais pu l'avoir après la mort de Dawlish mais tu as laissé Ron le prendre… Alors quoi ? De l'argent ?
- Tais-toi Londubat, tu ne sais rien du tout. Maintenant, pour la dernière fois, tire-toi. Ou bien ça va mal se passer.
En disant cela, Prius avait sorti sa baguette. Neville secoua la tête en soupirant et se dirigea vers la porte. Mais avant de sortir de la pièce, il se tourna vers son collègue une dernière fois.
- Adelme… Regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu cautionnes tout ça... Dis-moi que tu es convaincu de faire quelque chose de juste.
Adelme n'eut pas le courage de lever les yeux vers Neville et resta parfaitement silencieux.
O°O°O°O°O°O°O
Ministère de la Magie, Département de la Justice Magique, aile ouest.
Harry suivait docilement le gardien qui était venu l'extraire de sa cellule pour l'emmener vers la salle d'interrogatoire. Quelques minutes auparavant, Seamus s'était précipité dans les cachots, hors d'haleine et terriblement énervé. Avant qu'Harry n'ait pu l'interroger sur ce qui se passait, il avait murmuré d'un ton pressant :
- L'interrogatoire est truqué Harry ! Ne leur fais pas confiance, ils mentent ! Ne réponds à aucune question ! Ne réponds à aucune question !
Et il avait disparu comme il était venu.
Harry soupira. Seamus en avait de bonnes… Et s'il était soumis au Véritasérum ? Comment ferait-il pour garder le silence ? Bien sûr, il ferait un effort pour résister mais y parviendrait-il ?
Le gardien l'introduisit dans une petite pièce aveugle au milieu de laquelle se trouvaient une table et quatre chaises. Il s'assit sur l'une d'elle, attendant patiemment l'arrivée des Aurors. De temps à autre, il jetait un coup d'œil vers le miroir sans tain qui ornait le mur du fond.
Après plusieurs minutes d'attente, deux personnes entrèrent dans la pièce et prirent place en face de lui. Le premier était un homme au visage sévère, dont les traits semblaient taillés à la serpe. Ses yeux étaient bruns, petits et très enfoncés. L'autre homme semblait plus jovial avec ses cheveux poivre et sel, sa barbe bien taillée et ses yeux rieurs. Par contre, il semblait littéralement épuisé.
- Monsieur Potter, je suis l'Auror Andrew Peak, dit l'homme au visage sévère. Voici mon collègue Adelme Prius. Nous allons vous interroger sur votre participation aux activités de l'organisation criminelle dénommée le Cartel, dirigée par Blaise Zabini.
Harry fronça les sourcils. Peak avait posé devant lui une pile de parchemins et ce qui ressemblait à une plume à papote, bien que moins criarde que celle que possédait Rita Skeeter. Nulle trace par contre de fioles de potion.
Voyant qu'Harry ne protestait pas, Peak reprit la parole.
- Avant toute chose, vous devez savoir que Draco Malefoy a été interrogé sous Véritasérum. Il a reconnu les meurtres de John Dawlish et de Ron Weasley, ainsi que le fait qu'il était le tueur du Cartel.
- QUOI ?
Harry n'avait pu s'en empêcher. C'était insensé. Qu'il ait reconnu le meurtre de Dawlish, c'était normal puisqu'il l'avait effectivement commis. Mais Ron ? Il n'était en rien responsable de la mort de Ron ! Et il n'était pas l'exécuteur du Cartel !
Ils mentent.
Les paroles de Seamus lui revinrent à l'esprit.
- Pourquoi me dites-vous ça ? demanda-t-il, suspicieux.
- Tout simplement parce que le Proscrit Terrence Higgs vous a impliqué en tant que tueur du Cartel et nous souhaitions vous faire savoir que vous avez été innocenté, dit Peak.
Tant de mansuétude ne leur ressemblait pas. Il y avait strangulot sous roche.
- Donc, reprit-il patiemment, vous allez être interrogé exclusivement sur l'organisation de Zabini. Savoir qui en faisait partie, avec qui il travaillait… des choses comme ça.
- Malefoy ne vous a pas déjà tout dit ?
- Si mais nous souhaitons entendre votre version.
Ne réponds à aucune question !
- Et si je ne veux pas répondre ?
- Monsieur Potter, intervint alors Adelme Prius. Vous pouvez parfaitement user de votre droit au silence. Sachez cependant que si vous parlez, il y a de fortes chances que vous puissiez comparaître libre à votre procès. Si vous refusez de parler, alors nous serons contraints de vous ramener en cellule où vous resterez jusqu'au jour du procès. Vous comprenez ?
- Je ne suis pas complètement idiot. Mais je n'ai rien à vous dire.
Les deux Aurors se jetèrent un regard en coin.
- Bien, c'est votre droit, dit Peak. Ceci dit, avant de vous ramener en cellule, nous souhaiterions que vous preniez connaissance de… ceci.
Il tendit un parchemin à Harry.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Un extrait de l'audition du Proscrit Draco Malefoy.
- En quoi ça m'intéresse ?
- Lisez-le, c'est tout, énonça Peak qui commençait à perdre patience.
Ils mentent.
Harry se pencha en soupirant et commença à lire le document.
- Comment êtes-vous entré en contact avec Harry Potter ?
- Un soir. A l'Oblivion, la boîte de nuit qu'il dirige.
- Pourquoi y êtes-vous allé ?
- Le Ministère m'avait demandé de me rapprocher de Zabini. Plutôt que d'aller directement vers lui, j'ai préféré qu'il apprenne que j'étais de retour en ville. Un bon moyen pour ça était de me faire voir dans ses night-clubs.
- Pourquoi avoir choisi l'Oblivion ?
- C'était un hasard.
- Entamer une relation sentimentale avec Harry Potter faisait partie du plan du Ministère ?
- Non. C'était mon initiative.
- Pourquoi ?
- Pour rendre Blaise Zabini jaloux.
- Et ça a fonctionné ?
- Parfaitement. Le soir même de mes retrouvailles avec Blaise, je partageais à nouveau son lit.
- Potter le savait-il ?
- Non. Cet idiot pense que je suis amoureux de lui.
- Et ce n'est pas le cas ?
- Non. Le seul que j'ai jamais aimé, c'était Zabini. Potter n'est rien pour moi.
Harry déglutit péniblement en fermant les yeux.
- Je vous rappelle que Draco Malefoy était sous Véritasérum, dit Peak comme Harry restait silencieux.
- Pourquoi me montrez-vous cela ? demanda-t-il, d'une voix blanche.
- Simplement pour que vous réfléchissiez à votre intérêt Monsieur Potter. Contrairement à… certains, le Ministère a toujours été de votre côté, dit Prius.
Harry expira lentement puis releva la tête.
- Ramenez-moi à ma cellule. Je n'ai rien à dire.
Adelme Prius appela le gardien pour qu'il emmené le prisonnier.
- Réfléchissez-bien Monsieur Potter, répéta Prius.
O°O°O°O°O°O°O
Derrière la glace sans tain, Robards fixait la salle d'interrogatoire, désormais vide.
- Il y a cru ? demanda-t-il à Andrew Peak qui l'avait rejoint dans la petite pièce annexe.
- Je pense bien que oui.
- De toutes façons, nous le saurons bien assez tôt.
- Quand aura lieu le procès de Malefoy ?
- Ce soir. A 20 heures.
O°O°O°O°O°O°O
De retour dans sa cellule, Harry se mit à réfléchir à toute allure sur ce qui venait de se passer. Pourquoi lui avoir montré ce soi-disant extrait de l'interrogatoire de Draco ?
C'était un faux, Harry en était sûr. Si, comme Peak l'affirmait, Draco avait parlé sous l'emprise du Véritasérum, à la question de savoir pourquoi il avait entamé une relation sentimentale avec lui, Draco aurait été contraint de parler de sa baguette.
S'il y avait bien une chose dont Harry était parfaitement conscient, c'est que Draco s'était rapproché de lui dans le seul but de récupérer sa baguette. Les sentiments étaient venus après.
Plus il y réfléchissait, plus il trouvait cette mise en scène grotesque et incompréhensible.
Epuisé, Harry finit par s'allonger sur sa couchette et fermer les yeux pour soulager le mal de tête qui le tenaillait. Peut-être s'était-il endormi car il sursauta en entendant des pas dans le couloir qui menait à la cellule. Sans doute Neville ou Seamus qui venaient aux nouvelles.
- Bonsoir Harry.
Il fixa avec des yeux ronds la personne qui se tenait devant les barreaux. Il était le dernier visiteur qu'il s'attendait à voir ici.
- Dean ? Mais… que fais-tu ici ? dit Harry en se levant pour aller vers lui.
- Je pense qu'il est temps que nous parlions, dit-il en sortant sa baguette de sa robe.
Il commença à tracer dans l'air toute une série de mouvements compliqués.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Harry.
- Je fais en sorte que cette conversation reste privée.
Quand il eut terminé, il regarda Harry d'un air grave.
- Harry, je ne vais pas tourner autour du chaudron. Dans une heure, Draco Malefoy sera jugé… et condamné.
- Comment ça dans une heure ? Mais quelle heure est-il ?
- 19 heures.
- Quoi ? Mais… une audience si tard le soir ? Ce n'est pas normal…
- Pour le cas de Malefoy, le Ministère a rétabli le Tribunal Spécial. Celui-ci est en mesure de siéger jour et nuit selon les besoins de la cause.
- Comment sais-tu cela ?
- On m'a demandé de rester disponible toute la soirée parce que je serai amené à authentifier le jugement et la condamnation qui en résultera.
- La condamnation, souffla Harry.
- Oui. Tu n'es pas naïf au point de croire que Malefoy aurait droit à un vrai procès, si ? Il va être condamné Harry. Et au vu de ce qui est retenu contre lui, il encourt la peine de mort.
Harry sentit ses jambes le trahir. Il eut juste le temps de reculer avant de tomber lourdement assis sur sa couchette.
- Non… non, c'est impossible. Draco… Draco était espion dans le Cartel pour le Ministère… il les a aidé… ils ne peuvent pas lui tourner le dos de la sorte…
- Non seulement ils peuvent mais ils le font. Le Ministère, Robards en particulier, n'a aucun état d'âme concernant les Proscrits.
- Seamus et Neville t'ont parlé de ce qu'on a découvert ?
- Oui, admit Dean. J'ai vu la salle en question cet après-midi.
- Tu étais au courant ? C'est pour ça que…
- Non, coupa-t-il. Je ne savais rien de tout ça. Je protège leurs secrets depuis près de 10 ans maintenant et je sais beaucoup de choses mais ça… non.
- Dean, dit Harry en se relevant. Il faut faire quelque chose, supplia-t-il. On ne peut pas laisser Draco être condamné et…
Il ne parvenait pas à prononcer le mot « exécuté ».
- Si on dévoile toute cette machination, Arthur Weasley sera obligé de faire marche-arrière ! Il annulera le procès ! reprit-il avec véhémence.
- Harry, on n'a aucun moyen de mettre Arthur Weasley au courant sans que Robards le sache. Il a des espions partout. On sera réduit au silence avant même d'avoir eu le temps de parler.
- ET QUOI ? ON LAISSE TOUT COMME CA ? ON NE FAIT RIEN ?
Dean soupira et se pinça l'arête du nez.
- J'y ai longuement réfléchi après le départ de F… de Seamus. On peut faire quelque chose. Ça te sauvera toi mais pas Malefoy.
- Mais pourquoi ? insista Harry.
- Parce que ce que j'ai en tête ne pourra être mis en œuvre que lors de ton procès à toi. Et il n'interviendra qu'après l'exécution de…
- COMMENT PEUX-TU AFFIRMER QUE DRACO VA MOURIR ? TU N'EN SAIS RIEN !
- Je le sais Harry, répondit calmement le Langue-de-Plomb. C'est mon boulot de connaître tous leurs sordides petits secrets… bien que certains m'aient quand même échappé, ajouta-t-il plus bas. Ça fait des semaines que ça se prépare… Malefoy a signé son arrêt de mort quand il a accepté la proposition du Ministère de reprendre l'infiltration. L'opération contre Zabini était exactement ce que Robards attendait pour le coincer.
- Et moi là-dedans ?
- Toi ? Le Ministère espère te récupérer. Robards va évincer Arthur Weasley et se présenter à sa place. Avec ton soutien.
- QUOI ? éructa Harry. IL PEUT CREVER ! JAMAIS JE NE LE SOUTIENDRAI ! JAMAIS !
- Si Harry, tu le feras.
Harry regarda Dean comme s'il était devenu fou.
- Dean, dit-il d'un ton glacial, tu ne parles pas sérieusement…
- Si. Et je vais t'expliquer pourquoi.
O°O°O°O°O°O°O
Ministère de la Magie, salle d'audience du Magenmagot.
POV Draco
A l'infirmerie, on m'a donné une potion calmante et une autre qui stabilise le système nerveux car c'est l'un des effets de l'abus de véritasérum : à trop fortes doses, la potion crée de véritables courts-circuits dans le système nerveux. Ceux-ci se produisent de manière totalement aléatoire et anarchique. En ce qui me concerne, j'avais perdu l'usage de mes jambes et de la parole.
Fort heureusement des soins m'ont été apportés suffisamment vite pour que je ne conserve aucune séquelle.
Heureusement ou pas. Car alors qu'on m'emmène vers la salle d'audience du Magenmagot, je me dis que finalement, il aurait peut-être mieux valu que je sois transformé en légume, histoire de ne pas avoir à subir cette parodie de procès.
Un dicton moldu dit « jamais deux sans trois ». Sans doute est-ce vrai. Pour la troisième fois de ma vie, je me retrouve, menotté, dans une petite pièce de quelques mètres carrés à peine, face à la petite porte en bois par laquelle les détenus sont amenés dans la salle. Je sais déjà que la porte s'ouvrira sur un tunnel grillagé qui mène vers une cage en fer munie de piques tournées vers l'intérieur et disposées sur les barreaux à intervalles réguliers.
Alors que je patiente, je repense à cette « sortie éducative » que mon précepteur avait organisée quand j'avais dix ans. Avec Blaise, nous étions allés visiter la Tour de Londres. J'avais été étonné que mon père cautionne une activité tellement moldue mais je compris rapidement pourquoi.
Nous avions commencé par admirer les Joyaux de la Couronne, parmi lesquels le célèbre Kho-I-Nor, un diamant gris de 106 carats dont la légende veut qu'il porte malheur aux hommes qui le détiennent. Ce que les moldus ne savent pas, c'est que Nâdir Châh, le fondateur de la dynastie perse des Afsharides et possesseur du Ko-I-Nor, était un puissant sorcier. Lorsqu'il se fit dérober le précieux diamant en 1730, lors du sac de la ville de Dehli, il maudit chaque homme qui l'aurait à l'avenir entre les mains. Cette malédiction put se vérifier au cours de l'histoire : jamais une pierre précieuse n'aura eu de plus sanglant destin, par la seule volonté d'un sorcier.
Ensuite, mon précepteur nous avait emmenés dans la salle des tortures afin de nous montrer ce dont les moldus étaient capables quand il s'agissait de faire parler les récalcitrants. Avec effroi mais un certain plaisir morbide, nous avions écouté ses récits sur l'Inquisition et la chasse aux sorcières qui en avait découlé.
Vingt ans plus tard, alors que la porte devant moi s'ouvre enfin et que je m'avance dans le petit tunnel de fer, je me dis que les sorciers et les moldus sont finalement à égalité dans l'art de faire souffrir leurs semblables.
En m'installant tant bien que mal à l'intérieur de la cage, je me dis aussi que la salle circulaire est toujours aussi impressionnante, malgré le fait qu'elle soit complètement vide, excepté la présence de mes deux gardiens, des trois juges au sommet d'une très haute estrade et du greffier, assis derrière un petit bureau à droite.
Au centre, je reconnais celle qui va présider l'audience. Il s'agit de Cho Chang. Je me souviens qu'à Poudlard, elle sortait avec ce bellâtre de Diggory avant qu'il ne se fasse tuer et qu'elle se tourne vers Harry.
Je reconnais également les deux juges assesseurs, une femme et un homme d'une cinquantaine d'années. Ils étaient déjà présents au procès de mes parents. Nul doute qu'ils ont un avis tranché sur la question de ma culpabilité.
La situation ne serait pas si grave, j'en rirais. Et je prendrais les paris sur le temps que cette comédie va durer. Pas plus d'une heure, à mon avis.
- ACCUSE, LEVEZ-VOUS ! crie Chang.
J'obéis et je me redresse en essayant de ne pas m'écorcher sur les piques.
- Vous êtes bien Draco Lucius Malefoy, né le 5 juin 1980 à Mildenhall, sorcier de sang-pur, fils de Lucius Abraxas Malefoy et Narcissa Cassiopée Malefoy, née Black ?
- Oui.
- Vous avez été déclaré Proscrit par jugement du 7 mars 1999. Les Lois de Proscription vous sont donc pleinement applicables et justifient la compétence de ce Tribunal Spécial pour juger des crimes qui vous sont reprochés.
Elle fait une pause avant de prendre un parchemin.
- Vous êtes accusé d'avoir, avec préméditation, porté des coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort de John Dawlish, Chef des Aurors auprès de ce Ministère. Il vous est également reproché d'avoir participé, comme auteur, coauteur ou complice, au meurtre de l'Auror Ronald Weasley, Chef des Aurors ad interim. Enfin, vous êtes accusé d'avoir participé à une organisation criminelle connue sous le nom de Cartel, dirigée par le Proscrit Blaise Zabini et au nom de laquelle vous avez commis de multiples meurtres.
S'ensuit alors un long compte-rendu des faits dans lequel elle insiste sur les détails les plus sordides. Je ferme les yeux en espérant ne plus l'entendre. Elle a une petite voix de gamine pleurnicharde qui m'irrite au plus haut point.
- Vous avez reconnu sous véritasérum être l'auteur des crimes qui vous sont reprochés. Maintenez-vous vos déclarations ?
Je sursaute légèrement en prenant conscience qu'elle s'adresse de nouveau à moi.
- Répondez ! Maintenez-vous vos déclarations ?
Il me vient à l'esprit de dire non. Que je ne suis pas le meurtrier de Ron ni l'exécuteur du Cartel. Mais je pense à Harry. Je suis déjà foutu à cause de l'assassinat de Dawlish… Avouer être le tueur du Cartel ne changera rien à ma situation mais permettra d'innocenter Harry une fois pour toute. Quant à Ron… tout ce qui compte c'est qu'Harry, Seamus et Neville me sachent innocent. Alors autant leur dire ce qu'ils ont envie d'entendre.
- Oui. Je maintiens toutes mes déclarations.
- Bien, le Magenmagot va délibérer.
Les trois juges et le greffier se lèvent et quittent la Salle par une porte latérale.
Pour moi l'attente commence. Une attente qui, je le sais, ne sera pas longue. En effet, cinq minutes plus tard, la porte se rouvre et le Tribunal se réinstalle.
- Accusé levez-vous.
Elle n'avait pas besoin de le dire, j'étais déjà debout.
- Après en avoir délibéré et avoir examiné les preuves qui lui étaient soumises, ce Tribunal déclare le Proscrit Draco Malefoy, coupable de l'assassinat du Chef des Aurors John Dawlish et de participation au meurtre du Chef des Aurors ad interim Ronald Weasley. Le Tribunal le déclare également coupable d'avoir participé, organisé ou commandité les assassinats commis par l'organisation criminelle nommée le Cartel depuis février 2001, date à laquelle il a rejoint ladite organisation.
Les deux assesseurs me scrutent avec un rictus mauvais. Ils savent que le meilleur reste à venir.
- En raison de l'absence de remords ou de regrets exprimés lors de l'enquête ou lors de cette audience, en raison du fait que le prévenu a démontré à plusieurs reprises sa dangerosité et son manque total de sens moral et en raison de l'extrême gravité de ces faits, gravement attentatoires à l'ordre public sorcier compte tenu de ce que deux des victimes étaient de haut fonctionnaires de ce Ministère, le Tribunal Spécial estime devoir prononcer la sanction maximale prévue par les Lois de Proscription, les seules applicables en l'espèce.
Cho Chang pose son parchemin et daigne enfin me regarder dans les yeux.
- Draco Malefoy, vous êtes condamné à la peine de mort, par injection létale. En vertu de l'article 25 des Lois de Proscription, cette condamnation n'est susceptible d'aucun recours. La peine sera exécutée dans trois jours, soit le mardi 29 juin 2010, à midi précisément. En attendant, vous serez transféré à la prison d'Azkaban demain matin. L'audience est levée.
Tout cela a pris exactement 33 minutes.
O°O°O°O°O°O°O
La grille de sa cellule s'était à peine refermée sur lui que Draco entendit des pas précipités dans le couloir.
- Vous n'êtes pas autorisés à voir le détenu, dit le gardien.
- Nous sommes Aurors, dit Seamus. Je ne vois pas ce qui nous l'interdit. D'autant plus que le détenu n'est plus au secret.
- Heu… je…
- Laissez-nous, dit Neville d'un ton qui ne souffrait aucune réplique.
Les deux Aurors furent surpris d'entendre un petit rire.
- Sacré Londubat ! Dire qu'à Poudlard, tu bafouillais lamentablement en essayant de disparaître sous terre à chaque fois que Rogue t'interrogeait…
- Les temps ont changé, commenta simplement Neville.
Il savait que Draco n'avait pas perdu cette habitude de faire du sarcasme pour masquer sa détresse.
- Alors ? demanda Seamus.
- Alors… le monde sorcier sera bientôt débarrassé de l'encombrante présence du dernier des Malefoy, dit Draco en allant s'asseoir sur sa couchette et en ramassant ses jambes contre lui.
Seamus et Neville restèrent silencieux. Ils s'en doutaient. Mais l'entendre dire de la bouche même de Malefoy et avec autant de désinvolture leur fit terriblement mal.
- Draco… commença Neville.
- Non, ne dites rien. C'est mieux comme ça. Je n'aurais pas survécu à Azkaban de toute façon. C'est mieux pour moi. Pour Harry. Pour tout le monde.
- Comment peux-tu dire ça ? s'énerva Seamus. Pourquoi tu baisses les bras, ça ne te ressemble pas !
Draco ricana amèrement.
- Que sais-tu de moi Finnigan ? Rien si ce n'est ce que je veux bien montrer. Les Malefoy ne sont ni des rebelles, ni des battants… Ils louvoient, ils manipulent, ils ourdissent les complots mais ils n'attaquent jamais de front, ou en tout cas pas sans être certains de gagner. Toujours être du côté du plus fort, toujours avoir trois coups d'avance… Le problème, c'est qu'en l'occurrence, le plus fort est contre moi et que je n'ai plus de coups à jouer. Alors pour moi, c'est échec et mat.
- C'est n'importe quoi ! C'est…
Seamus s'interrompit quand il sentit la main de son collègue sur son bras.
- Il se peut qu'Harry soit libéré en attendant son procès, dit Neville. Il pourra peut-être demander l'autorisation de te voir ?
- Non, surtout pas, répondit Draco presque violemment. Je… Si je le vois, je… je vais craquer. Je… Non. Dites-lui que vous m'avez vu et que je suis devenu un légume à cause de l'abus de véritasérum. Que… que je suis déjà parti en quelque sorte… Dites-lui…
Sa voix se brisa et il pressa sa main sur ses yeux pour empêcher les larmes de couler.
- Dites-lui que je ne suis plus là… que je ne me rendrai compte de rien le moment venu… ça l'aidera, dit-il en reprenant contenance.
- On lui dira, c'est promis, dit Neville. Tu… tu as besoin de quelque chose ?
- Non… juste… juste… vous avez des nouvelles des autres ? Greg, Théo, Abby ? Ils sont en sécurité ?
- Oui, confirma Seamus. J'ai eu l'occasion de passer les voir hier soir et ils vont bien. Greg… Greg et Théo ont…
Seamus fit une pause le temps de faire descendre la boule qu'il avait dans la gorge.
- Ils avaient préparé tout un plan d'action pour te sortir de là, toi et Harry. Tu auras dû voir ça… un vrai remake de la Grande Evasion !
- Je suppose que c'est une référence moldue puisque ça ne m'évoque rien…
- Le meilleur film d'évasion de tous les temps, indiqua Seamus avec un maigre sourire.
- Je les reconnais bien là, dit Draco. Ce sont les meilleurs amis qu'un homme puisse rêver d'avoir. Avec vous deux… mais je nierai toujours avoir dit ça !
Neville émit un son qui était à mi-chemin entre le rire et le sanglot.
- Tu sais… leur idée n'était pas débile… avec Seamus, on en a parlé… on pourrait…
- Non, dit Draco fermement. Ça ruinerait les chances de Harry de s'en sortir. Après tout ce par quoi il est passé, il mérite bien mieux qu'une vie de fugitif…
- Une vie sans toi sera encore pire pour lui…
- J'ai dit non. C'était beaucoup trop risqué.
- Si Zabini y est parvenu, nous…
- Ça ne fonctionnerait pas, vous le savez aussi bien que moi ! s'énerva Draco. Qu'est-ce que vous allez faire ? Brandir des fusils mitrailleurs ? Tirer sur tout ce qui bouge ? Bletchey et Montague étaient des tueurs, des criminels ! Ils n'avaient rien à perdre ! Vous si !
Les deux Aurors restèrent silencieux.
- Ecoutez, reprit Draco plus doucement. Vous voulez m'aider et je vous remercie pour ça… mais ça ne sert à rien. J'ai accepté ce qui m'arrive. Je l'ai accepté le jour où j'ai tué ma première victime. Ça ne pouvait pas se terminer autrement…
Seamus voulut répondre quelque chose mais il s'abstint.
- Si vous le voulez bien, dit alors Draco, j'aimerais être seul et essayer de me reposer un peu. Je doute que j'y parvienne quand je serai à Azkaban.
- Bien sûr, dit Seamus. Ben… heu… je…
Il se dandinait d'un pied sur l'autre, incapable de savoir quoi dire. A bientôt ? Adieu ? Salut ? Finalement, c'est Neville qui parla.
- Que ton voyage vers l'Ouest soit paisible, en attendant de nous revoir, dit-il simplement.
Draco releva la tête. Rares étaient les sorciers qui faisaient encore référence aux croyances celtiques. Beaucoup les avaient abandonnées ou bien avaient adhéré aux croyances chrétiennes importées par les sorciers sang-mêlé ou nés-moldus. Mais Neville Londubat était un sang-pur, comme lui. Un des vingt-huit sacrés. Il avait été élevé dans la tradition et la religion druidique. Les Celtes croyaient en l'immortalité de l'âme, raison pour laquelle ils ne mourraient pas mais allaient vers l'Ouest, là où le soleil se couche, en attendant que leur âme revienne sous une autre forme.
Draco hocha la tête et sourit en guise de remerciement.
- Pouvez-vous me promettre quelque chose ? demanda-t-il juste avant que les Aurors ne partent.
- Tout ce que tu veux, dit vivement Seamus.
- Si… si Harry devait trop souffrir de mon… absence, faite en sorte qu'il m'oublie.
- Quoi ? s'offusqua Neville. Tu veux que…
- Je veux seulement que vous lui donniez la chance d'être heureux. Promettez-le-moi.
- D'accord, dit finalement Seamus. Je te le promets.
- Merci, souffla Draco en fermant les yeux.
L'espace d'un instant, le soulagement et la plénitude se lurent sur son visage.
O°O°O°O°O°O°O
Ministère de la Magie, Département de la Justice Magique, aile ouest.
- Par Merlin, Dean ! Ce que tu proposes est complètement fou !
- Oui, ça l'est. Mais c'est la seule solution.
Harry s'éloigna des barreaux derrière lesquels Dean se trouvait toujours debout. Il enfouit ses mains dans sa tignasse, complètement déboussolé.
- C'est impossible… ça ne fonctionnera jamais, murmura-t-il.
Dean ne répondit rien, parfaitement conscient des limites et des dangers du plan démentiel qu'il venait d'exposer à Harry.
- Et puis comment peux-tu me demander ça ? Comment veux-tu que j'accepte de sacrifier Draco ! De le trahir en faisant croire à Robards que sa grotesque mise en scène a fonctionné !
- Harry, vas-tu comprendre à la fin que le sort de Draco est scellé ? C'est fini pour lui ! Fini !
- ARRETE DE REPETER CA ! ARRETE ! cria-t-il en se tenant la tête à deux mains et en s'éloignant dans le coin opposé de la cellule.
Puis faisant volte-face, il revint devant Dean en trois enjambées.
- Ok… Ok mais faisons-le directement ! Demain ! Comme ça on pourra sauver Draco, dit-il comme s'il n'avait pas entendu ce que le Langue-de-Plomb venait de lui dire.
Dean ferma les yeux et expira lentement.
- Ton procès ne pourra avoir lieu que dans huit jours parce que ce sera un procès soumis aux règles normales de procédure et que c'est le délai minimum pour convoquer l'assemblée plénière du Magenmagot, expliqua-t-il patiemment.
Harry s'adossa au mur et se laissa glisser le long jusqu'à finir assis, la tête sur les genoux.
- Je refuse de sacrifier Draco pour me sauver.
- Il n'est pas seulement question de toi ! Il est question de Ron qui lui aussi s'est battu pour faire tomber le Ministère. Il est question de toute la population sorcière qui vit dans le mensonge et la manipulation. Il n'y a pas de meilleure tribune que ton procès pour tout dévoiler !
- Et si ça ne fonctionne pas…
- Au moins nous aurons essayé quelque chose ! Merde Harry ! J'essaye de te dire qu'on peut faire en sorte que tout ça ne soit pas survenu pour rien !
Harry allait répondre quand il vit Dean tourner la tête en direction de l'entrée des cachots. Neville et Seamus venaient d'arriver.
Vu la mine sombre qu'ils arboraient tous les deux, les nouvelles n'étaient pas bonnes.
- Harry, dit Seamus sans vraiment prêter attention à la présence de Dean. Il n'y a pas de bonne façon de t'annoncer ça. Draco a été condamné… à la peine capitale. Il sera exécuté mardi à midi.
- Non, souffla Harry… c'est un cauchemar… c'est un cauchemar…
Il resserra ses bras autour de ses genoux et se mit à pleurer à chaudes larmes.
- Harry ! le pressa Dean. C'est pas le moment de flancher ! Tu dois te décider !
Il resta encore de longues secondes sans rien dire, avant de relever lentement la tête.
- Ok, dit-il. Explique la situation à Seamus et Neville, tu auras besoin d'eux. Mais avant, Neville, dit-il en regardant l'Auror, va prévenir Peak ou Prius que je suis prêt à parler. Mais pas à eux. A Robards.
- Mais…
- Fais-le. S'il te plaît.
Neville partit sans plus poser de questions. Seamus et Dean restèrent là à fixer Harry qui avait soudainement une lueur déterminée dans le regard.
O°O°O°O°O°O°O
Ministère de la Magie, salle d'interrogatoire de l'aile ouest.
- Monsieur Potter, dit Robards avec obséquiosité, vous êtes donc décidé à parler.
- Oui mais à certaines conditions.
- Oh… seriez-vous en train de… négocier avec moi ?
- Non. C'est à prendre ou à laisser.
- Je vois, dit le Vice-Ministre avec raideur. Eh bien, je suppose que je peux vous écouter. Mais il n'est pas certain que j'accepte vos desiderata.
Harry haussa les épaules comme s'il s'en moquait. Il était pourtant loin de ressentir la nonchalance qu'il affichait devant Robards. Il ferma les yeux un instant pour retrouver son calme et bien se rappeler des consignes de Dean Thomas.
- Je veux un procès public, en séance plénière et en présence du Ministre Weasley.
- Quoi ? pouffa Robards. Mais voyons, les faits qui vous sont reprochés ne demandent pas un tel déploiement…
- Les faits peut-être pas mais mon honneur oui. Je veux que le Ministre et toute la Communauté sorcière entendent ma version des faits et voient les preuves dont je dispose.
- Les preuves ? Et quelles sont-elles ?
- Deux souvenirs. Je demande qu'ils soient extraits et authentifiés par un Langue-de-Plomb et montrés par projection de pensine pendant le procès.
Robards haussa un sourcil.
- De quels souvenirs s'agit-il ? En quoi concernent-ils la communauté sorcière ?
- Si je suis resté si longtemps dans le Cartel, c'est parce que j'y étais contraint. Blaise Zabini me donnait une drogue moldue mais magiquement modifiée.
- Comment cela ?
- Elle était imbibée d'une potion, agissant comme une sorte d'Imperium liquide.
- Quoi ? s'étouffa presque le Vice-Ministre. Vous voulez dire que… par Merlin… tout ce temps, vous étiez sous Imperium ?
- Oui, dit Harry en cachant un sourire de satisfaction. Vous comprenez pourquoi je souhaite que les sorciers soient au courant ? Je veux laver mon honneur, je veux que la population sorcière sache que je n'étais pas là de mon plein gré… Je… je sais que j'ai commis une erreur en m'enfuyant en 1999 mais vous comprenez… j'étais jeune, un peu déboussolé… Si… si Zabini ne m'avait pas retenu de force, il y a longtemps que j'aurais rejoint les miens… Vous me comprenez, n'est-ce pas ? répéta-t-il en levant vers Robards des yeux innocents.
- Bien sûr ! Evidemment ! s'exclama-t-il.
Il était surexcité. Avec une nouvelle pareille, la communauté sorcière allait accueillir le Survivant à bras ouverts, tel le fils prodigue. Son élection était dans la poche.
- Et l'autre souvenir ?
- Il s'agit de ma collaboration avec les Aurors. Je veux pouvoir démontrer que je voulais aider le Ministère à faire tomber Zabini.
- Parfait ! Absolument parfait ! Je pense que vous avez raison ! Un procès public d'envergure s'impose. Et vous pourrez compter sur mon soutien !
Ben voyons, se dit Harry.
- Bien. Je pense que nous en avons terminé. Je vais demander à Adelme Prius de recueillir votre audition et je…
- En fait, ce n'est pas tout.
Nouveau haussement de sourcil étonné.
- Je veux assister à l'exécution de Draco Malefoy.
- Pardon ?
Si la mâchoire du Vice-Ministre n'était pas aussi fermement accrochée, elle serait tombée au sol.
- Vous m'avez entendu.
- Puis-je… vous demander pourquoi ?
- Allons, Monsieur le Vice-Ministre, ne jouez pas à ça… Vous savez très bien que vos Aurors m'ont montré une partie de l'interrogatoire de Malefoy. Comment croyez-vous que j'allais prendre la chose ?
Le ton de Harry était doucereux, voire passablement inquiétant.
- Hm… oui. Le fait est que mes Aurors ont agi à ma demande. J'avais à cœur de vous démontrer qu'il y a certaines personnes à qui il est toujours dommageable de faire confiance…
- Eh bien, sachez que votre manœuvre a porté ses fruits : si je veux assister à son exécution, c'est pour lui rire au nez quand il crèvera !
Robards eu un mouvement de recul face à l'agressivité de Potter. Subitement, il se souvint qu'il avait devant lui le vainqueur de Voldemort.
- Bien. Je pense que vos revendications sont légitimes. Je vous les accorde.
- Je veux un écrit.
- Heu… d'accord. Un parchemin sera établi en ce sens. Vous serez libéré demain matin, sitôt qu'un Langue-de-Plomb sera venu extraire vos souvenirs.
Robards se leva et quitta la pièce. Harry expira longuement. Il pensa à Draco et le pria en pensées de lui pardonner ses propos. Il n'avait pas le choix.
A suivre...
