Bonjour !
Je ne pensais pas écrire ce chapitre aussi vite, ça faisait longtemps ! Il marque le retour de personnages familiers, mais aussi le début de la fin : ça va pas mal s'accélérer à partir de maintenant héhé.
Bonne lectuuuure !


Chapitre 36 : Quatre bières et un toit

Percy et Sirius étaient assis dans le canapé du salon, côte à côte, sans se toucher ni même se regarder. Les yeux dans le vague, ils méditaient tous deux sur les récents événements. Sirius surprit Percy en prenant la parole sans crier gare.

- Tu m'as sauvé la vie.
- Oui.
- Et tu savais depuis longtemps que...
- Oui. Je le savais déjà en 1975.
- Ah. Quand même.

Un temps.

- Ça explique certaines choses, ajouta Sirius.
- Oui.

Percy essayait de faire le moins de bruit possible, trop expérimenté pour ne pas remarquer le tic qui agitait le coin des lèvres de son amant.

- Et donc... tu as modifié le passé dont tu te souviens.
- C'est ça.
- Tu avais dit que tu ne voulais jamais plus y toucher depuis la mort de Franck.
- En effet.

Sirius hocha pensivement la tête. Percy retint son souffle.

- MAIS TU ES COMPLÈTEMENT MALADE, MA PAROLE !
- Je sais, je ne sais pas ce qui m'a...
- « Pris » ? le coupa Sirius, sur le point de s'étouffer d'indignation. Tu ne... mais... on ne parle pas d'une simple bévue, là. On parle de ma MORT que tu as ÉVITÉE ! Sans aller jusqu'à questionner ton engagement moral plus que de discutable, est-ce que tu as une idée de ce que ça signifie ?

Percy acquiesça en appuyant son visage sur ses mains jointes.

- Je sais. C'est l'acte le plus crétin que j'ai jamais commis, et je pensais être un champion en la matière.

Il leva les yeux vers Sirius qui n'eut d'autre choix que celui de se calmer.

- Je te demande pardon. Je sais que ce que j'ai fait, c'est pire que tout. Tu vas de nouveau être enfermé, mais cette fois tu n'auras plus le droit de voir tes amis parce qu'ils doivent penser que tu es mort... je sais. Et c'est précisément pour cela que j'avais décidé de te laisser mourir.

Sirius voulut dire quelque chose, entretenir sa colère, renverser la table basse... mais seul un long soupir franchit ses lèvres. Il se rassit en secouant la tête, incapable de mesurer correctement ce que sa survie impliquait.

- Alors pourquoi... ?
- Je ne sais pas, assura Percy, tu dois me croire. J'étais venu pour te voir mourir.
- C'est agréable.

Percy baissa la tête en rougissant.

- Excuse-moi, ce n'était pas délicat. Je pensais que ça m'aiderait à accepter ta mort plus vite.
- J'avais compris.

Sirius émit un rire bref et nerveux. Le silence tomba encore une fois sur le petit appartement, et encore une fois, ce fut l'aîné qui le brisa.

- Je vais être infernal, tu en as conscience ? Il y aura des jours où je vais péter un câble.
- C'est normal.
- Et d'autres où je te dirai des choses horribles.
- J'encaisserai.
- Bien.

Sirius tourna la tête vers Percy. Il hésita une poignée de secondes avant de se lancer :

- Tu vas penser que je suis dingue, peut-être à juste titre, mais je suis le seul à avoir envie ou... ?

Percy se jeta sur sa bouche pour toute réponse. Sirius répondit à son baiser avec la même ferveur avant de reculer, le souffle légèrement court. Il fixa son vis-à-vis d'un air sévère.

- Je suis toujours énervé.
- Je sais.
- Mais ça ne change rien à ce que je ressens pour toi.
- Je sais, répéta Percy.

Sirius attrapa son visage en coupe pour l'embrasser une nouvelle fois et Percy agrippa ses poignets.

La situation n'aurait pas pu être plus démente, mais l'ancien professeur préférait arrêter de réfléchir pour le moment. Le Temps se manifesterait bien assez tôt – il n'oubliait jamais de venir réclamer ce que Percy lui devait.


Il s'avéra très vite que changer de ville s'imposait : personne ne devait savoir que Sirius était en vie, pas même Dumbledore. Le problème ne venait pas de Remus qui évitait de regarder Percy dans les yeux depuis la mort de son meilleur ami, ni de Severus qui faisait montre de compassion dans la plus grande pudeur. Non, la difficulté consistait à repousser Nil et ses tentatives d'investir l'appartement du plus jeune. Elle y parvint plus d'une fois, et les deux amants ne devaient le salut de leur secret qu'à la cape d'invisibilité.

- Ça ne peut plus durer, vociféra Sirius en chassant le tissu merveilleux de ses épaules. C'est la dernièrement fois que je passe trois heures là-dessous !

Percy, adossé contre la porte d'entrée que Nil venait de franchir, ne put qu'acquiescer. L'auror était beaucoup trop inquiète à son sujet, et beaucoup trop prompte à débarquer chez lui pour cuisiner en s'adressant à lui avec légèreté. Percy était ému que la Sorcière cherche à le soutenir malgré la peine immense qu'elle ressentait, néanmoins Sirius partageait difficilement son avis, réduit dans le meilleur des cas à attendre dans la chambre que Nil s'en aille. Se terrer dans sa propre maison ne l'enchantait guère, mais apercevoir son amie sans pouvoir lui parler, c'était pire que tout.

Ils déménagèrent quelques semaines plus tard dans une petite maison à l'écart de Londres, grâce aux économies du Weasley peu dépensier. Ce jour-là, Percy entendit le rire de son compagnon pour la première fois depuis longtemps.

Comme Sirius l'avait prédit, leur couple connut des jours difficiles, mais Percy ravalait sa fierté et acceptait sans ciller la colère de son amant. À vrai dire, il la jugeait légitime dans la plupart des cas. Sirius ne dépassa qu'une seule fois les bornes. Ce soir-là, Percy se contenta de quitter la maison sans mot dire, le cœur lourd et le visage fermé. Une fois dehors, il donna un grand coup de pied dans la boîte aux lettres. La douleur le ramena à la raison et l'empêcha de renouveler l'expérience avec les poubelles – il ne tenait pas particulièrement à attirer l'attention du voisinage plus que nécessaire. Il était pratiquement vingt-deux heures, mais la nuit commençait seulement à étendre ses bras au-dessus des maisons. L'air était frais, chose que Percy accueillait avec plaisir après la chaleur de la journée. Une promenade lui ferait du bien. Il rentra ses mains dans ses poches, puis se mit en marche.

La situation de Sirius le préoccupait. À part le sale caractère et les sautes d'humeur, Percy parvenait à le contenir, mais combien de temps encore l'animagus se contenterait-il de rester chez lui ? Le fonctionnaire redoutait plus que tout le début de la guerre, trop certain de la réaction de Sirius quand il apprendrait la mort de personnes qu'il connaissait.

Percy regrettait sincèrement d'imposer cette vie à son amant, sans pour autant parvenir à s'empêcher de ressentir un plaisir égoïste à l'avoir à ses côtés. Leurs amours représentaient un paradoxe. Percy volait le temps, et il le savait. Comment avait-il pu se résoudre à commettre un acte aussi insensé ? Lui qui avait toujours été discipliné et pétri de principes, il se montrait bien inconscient, comme à chaque fois qu'il s'agissait de Sirius.

Ses pas le ramenaient chez lui. À présent, il était suffisamment calme pour faire face à l'amertume de son cher et tendre, prendre le temps de le réconforter et lui parler gentiment. Oui, Percy était prêt à affronter à l'homme qu'il aimait, ainsi qu'il s'y était engagé en lui sauvant la vie.

Toutefois, il n'était pas prêt à voir les deux quarantenaires roux et identiques qui l'attendaient sur le paillasson.

« Presque identiques » aurait été plus juste. Percy n'avait jamais eu de mal à les différencier et l'erreur n'était plus permise depuis qu'il manquait une oreille à George. Mis à part cela, les jumeaux avaient vieilli de la même manière : les mêmes rides, la même raréfaction des cheveux au niveau des tempes, le même sourire teinté de malice.

- Merde alors, lâcha Percy.

Et ce sourire éternel s'élargit.

- Je t'avais dit qu'il serait content de nous voir, glissa Fred à son jumeau, sans pourtant quitter Percy des yeux.

Le plus jeune se sentit revenir des années en arrière, dans le bureau de Dumbledore, quand Fred et George l'avaient rejoint malgré eux à l'époque des Maraudeurs. La scène qui se jouait à présent ressemblait à s'y méprendre à la précédente, mais George fit quelque chose qui ne lui avait pas traversé l'esprit à l'époque. Il s'avança vers son jeune frère pour le serrer dans ses bras.

Percy sentit un poids qu'il ignorait quitter sa poitrine.

- Vous… vous étiez... tout ce temps ?
- Et si on te racontait tout ça autour d'une bière ? proposa George en reculant légèrement.

Le fonctionnaire hocha rapidement la tête, essuya ses yeux et réajusta ses lunettes, avant de les précéder à l'intérieur de la maison. Pacman se faufila entre leurs jambes pour faire un tour dans le jardin ; visiblement, elle n'avait pas été la seule à entendre le bruit des clés dans la serrure de la porte, ainsi qu'en témoigna l'arrivée d'un animagus occupé à se sécher les cheveux.

- Très bien, j'admets que j'ai été très con, je te présente mes excuses, alors pas la peine de… !

Sirius s'interrompit à la vue des trois Weasley. Dans d'autres circonstances, Fred et George auraient brisé le silence en commentant avec humour la présence de l'héritier Black dans la maison de leur frère, à plus forte raison qu'il ne portait qu'une serviette autour de la taille. Les jumeaux ne parvinrent qu'à se tourner vers Percy en haussant les sourcils, les yeux un peu écarquillés.

- Il se peut que j'aie également une ou deux explications à fournir, admit Percy.
- Non, tu crois ? gloussa Fred.


Sirius s'était habillé, Fred et George s'étaient installés à la cuisine et Percy avait servi quatre bières. Le Maraudeur but une longue gorgée de la sienne pour se remettre les idées en place. Percy posa sa main sur sa cuisse pour le tranquilliser, ce qui lui valut un sourire incertain mais reconnaissant.

- Bon, attaqua Sirius, vous commencez ou on s'y colle ?
- J'imagine que vous en aurez pour moins longtemps, alors à vous l'honneur, dit Fred.

L'expression leur tira un petit rire. Percy sentit Sirius se décontracter. Il se lança.

- Vous l'avez sans doute deviné, mais les effets de l'Indicible ont pris fin pour moi au début du printemps 1977.

Les jumeaux acquiescèrent.

- J'ai recommencé ma vie pratiquement du début. J'ai grandi, puis j'ai récupéré tous mes souvenirs lors de mon entrée à Poudlard. À partir de là, Dumbledore et moi avons fait en sorte que les événements que nous connaissions se déroulent exactement comme dans mon souvenir.

Fred et George jetèrent un coup d'œil à Sirius.

- Avec une légère marge d'erreur, railla le concerné.
- J'ai fait quelque chose d'horrible, avoua Percy.

Son amant prit sa main dans la sienne et entrelaça leurs doigts. Il se sentit le courage de continuer.

- Tu te souviens que tu m'as laissé la cape d'invisibilité avant votre départ pour le Pays de Galles ?
- Bien sûr, opina George. Fred m'en veut encore.

L'intéressé se mit à opiner vigoureusement.

- Eh bien… je m'en suis servi pour assister à la mort de Sirius, en juin.
- C'est original, concéda Fred.
- Vous vous étiez revus ? s'enquit George.
- Oui, soupira Percy. Ça aussi, c'était une idée absurde, mais j'ai revu Sirius. Je lui ai dit qui j'étais, l'année dernière, et depuis on…

Il se sentit stupidement rougir, incapable de trouver une manière convenable de terminer sa phrase.

- On a repris les choses où on les avait laissées, intervint Sirius avec un demi-sourire.

Fred et George hochèrent la tête, l'air de ne pas y toucher. Percy leur en fut reconnaissant.

- En juin, comme je le disais, j'ai utilisé la cape d'invisibilité pour me rendre aux Départements des Mystères, et j'ai sauvé Sirius sans que personne ne s'en rende compte. Il se cache depuis.
- Personne ne le sait ?
- Pas même Dumbledore ? s'étonna Fred.

Percy haussa les épaules.

- Difficile de savoir ce qu'il ignore, mais je ne lui ai rien dit. Et s'il l'a deviné, il ne me l'a pas fait savoir.

Les jumeaux méditèrent en silence ces dernières informations, l'air perplexe. George brisa finalement le silence :

- J'espère que vous avez un peu de temps devant vous, parce que ça va prendre un moment.

Pour toute réponse, Sirius se leva, se dirigea vers le réfrigérateur et revint avec quatre nouvelles bières fraîches.

- Allez-y.
- Comme vous pouvez le voir maintenant qu'on est là, les effets de l'Indicible n'ont pas pris fin pour nous, commença George.
- Je suis vraiment désolé, murmura Percy en enfouissant son visage entre ses mains.
- Perce, calme-toi.
- C'est de ma faute, la lumière du jour, elle a transformé la potion quand j'ai…

Se penchant au-dessus de la table, Fred le coupa avec une petite tape sur le haut du crâne. Percy sursauta et croisa le regard de ses frères.

- Merci, Fred.
- A ton service, George.
- Perce, je te jure que tu ne dois pas t'en vouloir. On n'a pas à se plaindre de nos vies.
- Vraiment pas.

Percy fut forcé d'admettre que leur sourire sonnait vrai.

- On a ouvert un nouveau commerce qui a très bien marché, puis Dumbledore nous a contactés pour…

George lui donna un coup de coude, mais Fred s'était déjà rendu compte à l'expression interloquée de ses vis-à-vis qu'il avait trop parlé.

- Dumbledore ? répéta Percy. Il savait...
- Il nous a dit de ne pas te contacter, précisa George d'une petite voix.
- En fait, il nous a donné son feu vert tout à l'heure, alors on n'a pas traîné.

Percy ne répondit pas. Les sourcils froncés, il contemplait sa bière avec une hargne qui trahissait ses pensées. La colère montait en lui à l'idée que Dumbledore lui avait caché la présence de ses frères, à lui qui se sentait si seul depuis qu'il avait quitté les Maraudeurs, lui avait supporté tant de pertes, lui qui aurait eu tellement besoin de Fred et George quand il avait été obligé de couper les ponts avec sa famille.

Peu d'hommes chérissent leur famille autant que Perceval Weasley. Dumbledore le savait. Il le savait, mais il l'avait privé de ses frères, sans doute en prévision d'un plan sordide qui ne regardait que lui.

Dans la petite cuisine, Fred et George échangèrent une œillade inquiète, sans trop savoir comment réagir. Sirius prit les devants d'un ton dégagé.

- C'est une alliance que tu portes, Fred ?

Percy releva les yeux vers son frère. Fred eut un sourire lointain en faisant tourner distraitement la bague à son annulaire.

- Effectivement. Je voulais vous en parler.

C'est alors que Percy la vit, cette sérénité sur ses traits. Fred dégageait une aura particulière, différente, et Percy comprit qu'il n'était pas seulement marié.

- Elle s'appelle Deryn. Elle travaille comme chasseuse de Mages noirs au Pays de Galles, ce qui est un peu l'équivalent de nos aurors. On s'est rencontrés parce qu'elle enquêtait sur George et moi.
- Elle est très forte, renchérit George.
- Oui, elle a vite compris qu'on venait d'une autre époque. Mais entre temps, on est devenus amis. Elle a accepté de garder le secret, à condition qu'on se tienne à carreaux. Je lui ai proposé qu'on se voit plus souvent pour qu'elle puisse garder un œil sur moi, et de fil en aiguille... je l'ai épousée.
- Félicitations, lança Sirius en levant sa bouteille.
- Merci.
- C'est formidable, ajouta Percy, sincèrement ému. Est-ce qu'on peut la rencontrer ?
- Ça lui plairait beaucoup, mais ces temps-ci sa présence est indispensable au travail.

Fred sortit une photographie de sa poche et la tendit à Percy. Se doutant de ce dont il s'agissait, il s'en saisit avec une grande solennité empreinte de fébrilité.

- Et elle, c'est Verity, dit Fred simplement.

Percy était subjugué. Sur le cliché, une Sorcière à peine plus jeune que lui était assise dans l'herbe. Elle avait des taches de rousseur, ses cheveux blonds étaient coupés courts et le T-shirt qu'elle portait indiquait son intérêt pour les Bizarr' Sisters. Verity était plongée dans la lecture d'un grimoire de Potions au moment où la photographie avait été prise, et l'irruption du photographe fut accueillie par une grimace plutôt inventive, suivie d'un éclat de rire qui rendit sa ressemblance avec Fred d'autant plus frappante. Percy se formula qu'il l'adorait déjà.

Il regarda la scène se répéter quatre fois avant de rendre la photographie à son frère.

- Elle est magnifique.

Percy jugeait qu'il avait versé suffisamment de larmes pour une vie entière. Pourtant, il ne put empêcher ses yeux de se remplir de joie, à l'idée qu'il avait la plus jolie nièce du monde.

- Verity, murmura-t-il, ce nom me dit quelque chose…
- Elle veut emménager à Londres et se faire engager à la boutique de farces et attrapes, annonça Fred avec un sourire crispé.
- Votre boutique ?

Le Weasley était estomaqué. La jeune fille qui travaillait pour Fred et George chez Farces pour Sorciers facétieux, avait-elle toujours été la fille de Fred, désireuse de côtoyer son père et son oncle d'une autre époque ? Le pouvoir de l'Indicible ne cesserait jamais de le surprendre.

- Et de ce qu'on en sait, elle va y arriver, ajouta George.

Ce n'était pas drôle. C'était même plutôt inconscient, comme démarche. De surcroît, Percy s'en voulait toujours un peu d'avoir privé Fred et George de leur époque originelle. Mais c'était plus fort qu'eux : ils se mirent à rire.

De ricanements nerveux, leur amusement incongru dégénéra en une véritable crise de fou-rire qui s'éternisa, et qui reprenait de plus belle à chaque fois qu'elle était sur le point de s'atténuer.


Il se faisait tard. À présent, Sirius se trouvait dans le garage avec Fred qui désirait en apprendre davantage sur le phénomène de la motocyclette ensorcelée du Maraudeur, et Percy faisait la vaisselle. George, qui s'était vu refusé son aide, le regardait faire. Un sourire serein planait sur son visage. Peut-être était-ce la joie de revoir son frère, peut-être était-ce l'alcool.

- Je ne sais pas si j'arriverai à me faire à l'idée que vous n'êtes plus mes petits frères, déclara Percy. J'ai passé trop de temps à vous surveiller.
- Physiquement, tu es plus jeune, mais intellectuellement, tu dois avoir quelque chose comme…
- Quarante-trois ans et quelques mois.

George attendit un peu avant de poser sa question.

- Tu y penses souvent ?
- Il y a des jours où je suis... irrité par mon corps. Enfin, je ne suis pas à plaindre. Sirius connaît le problème inverse ; à Azkaban, il a vieilli sans grandir.
- Vous êtes mignons, tous les deux.

Percy s'empourpra.

- Excuse-moi, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise, assura George en riant doucement. Mais je le pense vraiment. Vous avez de la chance.

Percy le dévisagea, au moins aussi curieux qu'il était gêné d'entretenir ce genre de conversion pour le moins intime avec son « grand petit frère ».

- Et toi, tu fréquentes quelqu'un ?

George secoua la tête, toujours avec cet air résigné qu'il arborait depuis le début de la soirée.

- Non. J'ai jamais été doué.
- Il t'arrive de repenser à Angelina ? demanda Percy sans détour.
- Angelina, murmura George comme si l'évocation seule de ce prénom le projetait des années en arrière. Tu t'en doutais ?
- Un jour, Fred m'a demandé de lui donner une retenue pour que vous soyez seuls à Pré-au-Lard.

Un sourire triste étira les lèvres du plus âgé.

- Honnêtement, c'était mal barré à Poudlard, et c'est devenu un peu glauque maintenant que j'ai l'âge d'être son père.

Percy toussota.

- Oh, tu sais, la différence d'âge, c'est peu de choses. Non, vraiment, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Enfin, ce n'est que mon point de vue.

George éclata de rire et se mit à bredouiller des excuses gênées, tandis que Percy faisait mine de se vexer en nettoyant la table. Sirius et Fred n'eurent droit à aucune explication.


Fred et George partirent à l'aube, sur une dernière étreinte et la promesse de revenir les voir avec Verity. Percy avait essayé de dire quelque chose, mais comme toujours, sa gorge serrée refusa de laisser franchir les mots que son cœur formulait.

- On sait, lui dit Fred devant sa détresse.
- Nous aussi, petit frère.

Percy et Sirius les avaient regardés s'en aller, puis avaient décidé de s'asseoir sur le perron pour regarder le soleil se lever. Le plus jeune était fatigué, mais il n'en avait cure. Il était heureux et des années d'insomnies l'avaient entraîné à rester éveillé, même si sa seule envie consistait à se blottir contre Sirius sous la couette.

- 'Val ?
- Oui ?
- Tu es bien avec moi ?
- Bien sûr.
- Même si j'ai un caractère de merde ?
- Tu n'as pas un…
- Contente-toi de répondre, s'il te plaît.

Sirius le fixait avec détermination, si bien que Percy dut obtempérer malgré sa circonspection.

- Oui, même si ce n'est pas tous les jours facile, je me sens bien avec toi.

Le Maraudeur sembla rassuré. Il posa sa main sur la joue de son amant. Ce dernier ferma les yeux pour mieux savourer sa caresse et celle du soleil sur sa peau.

- Épouse-moi.

Percy rouvrit subitement les yeux et tomba sur le regard interrogateur de l'aîné.

- Je te demande pardon ?

Il le remarquait seulement, mais Sirius montrait tous les signes de l'état d'intense fébrilité : ses mains étaient parcourues de tremblements, son visage rougissait et sa voix chevrotait. Il pensa niaisement que son Gryffondor téméraire n'avait jamais été aussi beau qu'en cet instant.

- J'aurais voulu te demander ça dans d'autres circonstances, mais il n'y aura jamais d'occasion parfaite. Si tu veux de moi quand tu me vois sous mon pire jour, je me dis qu'il y a une chance pour que tu veuilles de moi jusqu'à la fin. Moi, je sais que je t'aimerai toujours, quoi qu'il arrive. Et j'aimerais que dans les moments où tout fout le camp, tu penses au fait que tu es la personne la plus importante pour moi.

Sirius retira une des bagues qu'il portait à la main. Il s'agissait d'une chevalière marquée de ses initiales.

- Quand la guerre sera finie, je t'offrirai une autre bague et on se mariera, si c'est ce que tu veux.

Percy secoua la tête, la gorge nouée et le visage inondé de larmes.

- Cette bague est parfaite, articula-t-il d'une petite voix. Tout est parfait.

Sirius sourit timidement. Il passa la bague trop grande à son annulaire avec une certaine déférence, avant de l'ajuster d'un coup de baguette. Percy enroula ses bras autour de sa nuque et se lova contre lui, tremblant et radieux.

- Je t'aime. Je veux me marier avec toi.

L'étreinte de Sirius lui coupa le souffle quelques secondes.


Dumbledore avait toujours une longueur d'avance. Il savait toujours plus ou moins ce qui l'attendait, pour des raisons connues de lui seul. Il avait une parfaite maîtrise de sa vie et – il n'en n'était pas fier – de celles des autres, dans une moindre mesure. Aussi, il ne fut pas spécialement surpris quand il reçut une lettre courte et sèche de la part du jeune Perceval, dans la perspective de fixer un rendez-vous.

Il ne fut pas tellement plus surpris de le voir débarquer dans son bureau avec un quart d'heure d'avance. Il soutint calmement son regard inamical.

- Asseyez-vous, je vous en prie.
- Non merci.

Si Percy lui avait dit d'aller au diable, il l'aurait fait exactement sur le même ton.

- Une dragée ?
- Pas de ça. Pas aujourd'hui, proféra le jeune homme.

Dumbledore se composa un masque neutre et attendit.

- Pourquoi ? demanda Percy.
- Il va falloir être plus précis.
- Vous savez très bien de quoi je veux parler.

Percy n'était pas du genre à s'énerver facilement, préférant signifier son mécontentement en observant un silence farouche ou en jetant une critique bien sentie. Ce jour-là, ses traits étaient déformés par la colère.

- Pourquoi avez-vous interdit à Fred et George de me contacter ? Ils ont vécu presque vingt ans à l'écart de Londres, de leur famille, de leur amis...
- Chaque chose en son temps.

Percy crut que ses oreilles lui jouaient un tour, mais le vieux Sorcier paraissait sûr de lui.

- Je croyais qu'on devait se faire confiance !
- Moi aussi, répliqua Dumbledore avec un regard lourd de sens.

L'animagus accusa le coup sans broncher. Ils se jaugeaient, immobiles et obstinés, deux faces d'une même pièce. Leurs actes planaient entre eux et la culpabilité tissait une chaîne qui les reliait. Percy fut celui qui la brisa en tournant les talons. Dumbledore voulut dire quelque chose, mais comme cela lui était si souvent arrivé, il s'en trouva incapable. Percy claqua la porte derrière lui.

Ça, Dumbledore ne l'avait pas anticipé.


C'est tout pour aujourd'hui ! :) N'hésitez pas à me poser vos questions si tout n'est pas clair, j'y répondrai très volontiers. Le prochain chapitre devrait s'intituler "L'intervention de Nil Youngblood" mais on va pas se mentir, une fois sur deux le titre change au dernier moment... A bientôt !