Lorsqu'elle arriva au niveau du PC de l'intervention, Alain l'accueillit, la dirigeant vers une salle déserte pour la briefer.
« J'aurais préféré que tu ne viennes pas, mais je te connais … » pesta-t-il en ayant bien conscience que rien n'aurait pu l'empêcher de venir.
« Où est André ? » coupa-t-elle.
Alain lui expliqua la situation. Un commando était rentré dans le tribunal et tentait d'obtenir la libération d'un prévenu qui y était présent pour une audience. Il prit une profonde inspiration puis lui donna l'information primordiale. « Oscar, ils sont là pour Borelli. »
La rage se lut sur son visage. « S'il touche à un seul de ses cheveux je ne réponds plus de rien ! Je reprends le commandement ! »
« Tu n'as pas reçu l'accord pour le faire ! » répliqua Alain, intraitable.
« L'accord ? Mais l'accord de qui d'abord hein ? Et puis quand bien même je me contrefous de qui donne ce foutu accord ! Mon mari est là-dedans avec un fou furieux Foutredieu ! »
« Mesurez vos paroles Oscar ! » tonna une voix derrière elle.
Elle dévisagea Alain, interdite. « Monsieur le ministre », salua-t-il avant de quitter la pièce, jugeant plus prudent de laisser les deux Jarjayes s'affronter.
Elle se reprit et se retourna, furieuse. « Je me répète, il est hors de question que je reste ici à ne rien faire tandis que mon mari est prisonnier d'un fou furieux ! »
« Vous êtes toujours convalescente, il est absolument hors de question que vous preniez part à cette intervention. Qui plus est vous êtes émotionnellement impliquée et ce critère seul vous vaut une interdiction formelle d'intervenir. »
« Mais je m'en fiche ! Personne ne pourra m'empêcher d'y aller ! » tempêta-t-elle hors d'elle.
« Oscar ne me forcez pas à prendre des mesures ! » menaça-t-il.
« Ah oui et vous allez faire quoi au juste ? » provoqua-t-elle outrée par ce qu'elle considérait comme une injustice monstrueuse.
« Si vous continuez comme ça il se pourrait que je vous mette aux arrêts pour commencer. »
La mettre aux … mais enfin … Elle écarquilla les yeux, dévisageant son père. « Oui, je vous le confirme, je me souviens. » dit-il simplement.
« Alors vous comprendrez d'autant plus qu'il m'est absolument impossible de rester ici et de ne rien faire. Ce malade doit être neutralisé une bonne fois pour toute. C'est d'André qu'il s'agit, vous savez combien il m'est cher ! »
« Ma chère fille, je bénis le ciel de nous avoir offert cette nouvelle chance, mais je me répète, je ne vous laisserai pas y aller, pour votre protection. Et si je dois ordonner à cet horripilant lieutenant de vous marquer à la culotte et de vous empêcher de bouger d'ici, je le ferai sans hésiter ! » menaça-t-il.
Oscar se garda bien de lui dire que cet horripilant lieutenant comme il le qualifiait suivrait plutôt ses ordres à elle que les siens mais elle s'abstint, c'était un avantage qu'il valait mieux garder secret. D'autant qu'à bien y réfléchir … vu les circonstances actuelles il serait capable de prendre le parti de son père en fait … autant ne pas provoquer inutilement.
Elle opta donc pour son plus profond silence et tourna le dos à son père, dans une attitude qu'elle voulait à la fois boudeuse et résignée. Mais ils ne perdaient rien pour attendre tous autant qu'ils étaient, à la moindre occasion, elle irait !
Elle assista de loin aux briefings des équipes, le RAID venait d'arriver et tentait d'entamer des négociations. Et d'un coup, quelqu'un la désigna du doigt et tout le monde se retourna vers elle. Ce malade exigeait qu'elle se rende pour libérer les otages. Foutu pervers !
Elle regarda son père qui lui signifia une fin de non-recevoir. Elle glissa son regard vers Alain qui eut exactement la même réponse que son père. Foutus mâles, fichus bonshommes !
Elle n'avait pas dit son dernier mot, foi de Jarjayes ! Elle avisa l'équipement des unités d'intervention et tranquillement, sans que personne ne la vit, mit une tenue de côté. Le lourd gilet pare-balle la protégerait, le casque n'était pas à négliger d'ailleurs. Elle avait son arme de service et un chargeur d'avance. Sa décision était prise et elle était irrévocable. Rien ni personne ne l'empêcherait d'y aller.
Elle se fit alors encore plus attentive aux briefings, regardant les plans du tribunal et constatant que Borelli se trouvait dans l'un des bureaux qu'André occupait régulièrement lorsqu'il se préparait à plaider. Une rage sans fin la prit à nouveau. Mais qu'attendaient-ils pour intervenir ? On ne négociait pas avec un malade pareil ! Un manipulateur en chef ! Si ça se trouve il était déjà en train de faire du mal à André juste pour le plaisir de lui faire mal à elle !
Elle se fit donc discrète, puis quitta la pièce afin de se préparer. Elle était décidée à infiltrer l'intervention puis une fois à l'intérieur du bâtiment, elle ferait cavalier seule. Elle savait où aller.
Elle eut une finalement une pensée pour l'enfant qu'elle portait. Etait-elle inconsciente ? Elle réalisa qu'elle avait posé la main sur son ventre sans même s'en rendre compte. Elle étudia la tenue de protection. Seigneur quel choix cornélien. Devait-elle rester ici comme l'avait ordonné son père, et à une moindre mesure Alain ? Ainsi son enfant serait protégé. Ou devait-elle au contraire foncer, et aider à libérer l'homme de sa vie, le père de son enfant à naître, avec les risques encourus ? Un si petit être risquait-il sa vie si elle mettait en danger la sienne ?
Elle réfléchit encore quelques instants, ne sachant quelle décision prendre. Puis un mouvement acheva de la convaincre, l'assaut avait été décidé suite à des coups de feu entendus dans le tribunal. Seigneur Dieu, André !
Absolument déterminée désormais, elle attendit que l'unité d'assaut se forme, prête de son côté. Son enfant serait protégé par l'armature qu'elle portait. Pour l'instant son père était en danger.
Une fois l'unité en approche, elle s'avança le plus rapidement possible afin de les rejoindre et ayant bien pris soin de camoufler sa longue chevelure blonde. Lorsqu'ils pénétrèrent dans le tribunal, ils essuyèrent quelques coups de feu. Elle eut tôt fait de se glisser derrière un comptoir, se désolidarisant de fait du groupe d'attaque. Constatant qu'elle n'avait pas été repérée, elle courut vers un escalier de service menant vers les bureaux réservés aux avocats.
Elle longea le long couloir avec son épaisse moquette qui bien heureusement étouffait le bruit de ses pas. Elle se rapprochait du bureau dans lequel elle était déjà venue plusieurs fois retrouver André. Elle entendit des voix et son estomac se retourna lorsqu'elle les reconnu ce malade était en train de menacer André.
« Alors alors bel avocat, que fait notre jolie blonde sur son cheval blanc hein ? Peut-être qu'elle ne tient pas tant à vous qu'on aurait pu le croire uhm ? Peut-être que si je vous tirais une balle, uhm disons dans la jambe, ça la ferait peut-être venir plus vite ? »
Oscar sentit son sang ne faire qu'un tour et laissa l'adrénaline prendre le dessus. D'un coup de pied, elle défonça la porte et le mit en joue.
« Léaaaa mais la fête est désormais complète ! » dit Borelli, au comble de la joie.
Elle regarda André rapidement, ne constatant aucune blessure visible. Elle voulut lui faire signe de s'éloigner avant que Borelli ne s'approche trop de lui mais réalisa qu'il était menotté à une chaise.
« Ah juste au moment où l'on allait commencer à s'amuser, vous êtes pile à l'heure très chère ! »
« Je vous signale que j'ai une arme braquée sur vous. » admonesta-t-elle, impassible.
« Oh Léa chérie, vous m'aimez trop pour me faire du mal n'est-ce pas. De nous deux c'est moi le sadique, pas vous. Vous jouez les dames fortes mais au fond de vous, vous êtes toujours une petite fille, toute fragile ! »
Elle tira un coup, qui lui frôla l'épaule, histoire de bien lui faire comprendre qui menait vraiment le jeu cette fois. Mais également, pour lui faire comprendre qu'elle n'hésiterait pas une seconde s'il osait se rapprocher d'André.
Borelli était soudainement bien moins assuré.
« Quel effet ça fait d'être sur le point de mourir ? » lui demanda-t-elle, la voix toujours aussi assurée.
André la regardait, dépassé par la situation. Comment pouvait-elle envisager ne serait-ce qu'une minute de le tuer de sang-froid ? Et puis il se souvint, de l'immense rage qui l'avait lui-même submergé lorsqu'il avait retrouvé sa femme aux prises avec ce monstre. Dans un tel état, elle était parfaitement capable de le faire.
« Non, mais non, pas vous Léa chérie, vous êtes bien incapable de faire ça. Mais je vous reconnais un merveilleux talent d'actrice, pendant quelques secondes j'ai failli vous croire. Vous êtes bien trop droite pour faire ça. » dit Borelli en retrouvant le sourire.
« Vous voulez parier ? » provoqua Oscar.
Borelli se tourna vers André. « On va bien s'amuser tous les trois. » et il sortit un couteau de sa poche, s'avançant vers l'avocat.
Oscar n'hésita pas une seconde et elle tira. Visant l'épaule du bras qui tenait le couteau afin de le neutraliser. Borelli hurla de douleur, lâchant de fait le couteau. Mais Oscar blêmit lorsqu'elle le vit glisser son autre main dans une poche et en sortir un pistolet. Elle tira une nouvelle fois et Borelli s'effondra par terre.
« Tout le monde à terre ! Maintenant ! » ordonna une voix dans son dos.
Elle posa son arme et se mit à genoux, les mains sur la tête. Après tout elle s'était infiltrée, et ils n'avaient aucune idée de sa présence, ce n'était qu'une procédure standard. Un agent s'approcha d'elle et prit son arme, gardant une main sur l'une de ses épaules afin de l'obliger à rester à genoux. Il tendit son arme à l'un de ses collègues puis lui demanda d'ôter son casque et de s'identifier, ordre auquel elle obtempéra immédiatement.
Au même moment, André levait la main qui n'était pas menottée en signe d'impuissance. L'un des agents du groupe s'approcha de lui et fouilla dans un premier temps ses poches afin de s'assurer qu'il n'était pas armé, puis réussi à le libérer des menottes qui le gardait prisonnier de la chaise. Lui aussi fut sommé de s'identifier et il put sortir une pièce d'identité et les informa qu'il était le mari de la commissaire présente elle-aussi dans la salle.
Un dernier groupe s'était approché de Borelli, effondré dans une mare de sang. La dernière balle d'Oscar s'était fichée dans son cœur, le tuant instantanément. Le décès fut constaté et une équipe médicale fut appelé afin d'évacuer le corps. La police criminelle arriva pour faire les constatations d'usage et Oscar et André furent enfin autorisés à s'approcher l'un de l'autre. Ils se serrèrent l'un contre l'autre, soulagés d'être en vie et enfin débarrassés de ce dangereux malade. Oscar répondit aux questions de bonne grâce, accepta sans problème qu'on prenne ses empreintes et raconta sa version des faits. Tout cela n'était qu'une formalité tant il était évident qu'elle avait agi en légitime défense, sauvant son époux qui était menacé par un dangereux criminel.
Enfin, on les reconduisit vers le PC de sécurité d'où était parti le commando, et d'où les opérations étaient managées.
