Bonjour,

Titre : Once Upon A Time...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic, UA

Résumé : « Raconte-moi une histoire. Une histoire remplie d'émotion, avec des moments d'amour parsemé de rêve. Je veux oublier que dans la réalité les contes de fées et les '' ils vécurent heureux '' n'existent pas. » Yaoi.

Bêta correctrice : pommedapi

Note 1 : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;). Un grand merci aussi à ma p'tite sœur qui ma aider à écrire le résumé et qui a aussi fait mon image de couverture. ^^

Note 2 : Merci à Taylor et Lawiki pour leurs commentaires.

Réponse au review :

Taylor : Coucou !

Quand on pense à Shanks on pense presque tout de suite à Mihawk. Enfin c'est mon cas en tout cas ! Dons ne t'inquiète pas tu auras aussi des nouvelles de Mihawk – tu auras d'ailleurs des surprises – un peu…

Sabo emménagera dans le prochain chapitre, mais tu verras que je ne m'attarde pas trop dessus, c'est un pov de Shanks et j'essaie de rester cohérente avec son caractère un peu léger. Je l'aurais sans doute plus développé si ça avait été celui de Sabo ou Ace. Faut dire que c'est important pour eux !

Cavendish est un personnage assez spécial, là en fond et c'est dur de comprendre réellement son rôle. Tu verras dans le pov de Shanks que le roux tient beaucoup à lui. Pour l'instant je n'ai pas prévu de faire de pov le concernant. Et si Cavendish déteste tout le monde dans le mannequinat – mais il respecte tout de même ses concurrents – il apprécie beaucoup Sabo.

Roger n'est pas au courant de ce déménagement, ni Sabo, ni Shanks n'ont pensés à le tenir au courant pensant que ça ne le regardait pas vraiment. Pas directement du moins car Sabo sait qu'il sera obligé de lui dire à un moment donné. Il donne cours à Luffy et avec ce qu'il se passe en ce moment il viendra forcément moins… Roger s'interrogera forcément donc dans tous les cas il sera obligé de lui dire. Mais plus tard, quand la situation si prêtera.

Hum…Je ne me rappelle plus de quelle discussion tu parles entre Roger et Hancock. Celle qu'ils ont eu pour accueillir Ace chez eux, ou une autre encore ?

Concernant Zoro tu auras un élément de réponse dans le prochain chapitre, mais tellement léger qu'il sera dur à voir peut-être. En tout cas le pauvre, je vais le faire souffrir un peu dans les chapitre à venir, ça va me permettre de laisser un peu X-Drake tranquille. Mais pas Sabo et Ace…faut pas abuser !

Merci pour ta fidélité, ça me fait toujours autant plaisir de lire tes commentaires.

Bonne lecture à tous !


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 33

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« Vous êtes maître de votre vie et qu'importe votre prison, vous en avez la clé »

Dalaï Lama

Shanks


Samedi 20 Mai 2017

-Merde…

La voix un peu pâteuse et l'esprit brumeux, je me réveille doucement. J'ai du mal à garder mes yeux ouverts : ils n'arrivent pas à se fixer sur un seul endroit et papillonne dans tous les sens. Très vite, je reconnais mon bureau dans le cabinet d'avocats qui appartient au groupe Gol D. Corporation et je décolle ma tête de la surface de bois.

-Sérieux, j'ai dormi là ?

J'esquisse un sourire avant d'essuyer la bave que j'ai au coin de la bouche. La nuque un peu raide, je me lève de la chaise où je me suis écroulé et joue des épaules puis m'étire quand je sens un léger tiraillement au niveau de mon épaule gauche qui se répand jusque dans mon bras. Ça fait quelques jours déjà que j'ai mal et dormir dans cette position n'a pas dû arranger les choses. Je devrais peut-être retourner voir un médecin ?

On verra, ce n'est pas vraiment ma priorité…

-Mince, pourquoi personne n'est venu me réveiller ?

Je soupire et commence à rassembler mes affaires. En récupérant mon portable, je vois qu'il est tout juste six heures du matin et que j'ai un appel manqué.

Yélénah.

C'est qui ça ?

Curieux, je décide de rappeler tout de suite mais je tombe directement sur la messagerie. Tant pis. Un peu fatigué, je me dépêche de quitter mon lieu de travail qui, a une heure aussi matinale, est bien entendu vide. Je crois que j'ai encore grand besoin de dormir et je pense avoir trouvé mon occupation de la journée : dormir jusqu'à demain.

Les rues de la ville sont pratiquement désertes. Seuls quelques fêtards s'y promènent, trébuchant sur les trottoirs. A moins qu'ils ne rentrent tout simplement chez eux après une grosse soirée. Ah, la jeunesse ! J'arrive rapidement jusqu'à ma voiture et m'y engouffre. Dès que je mets le contact, ma playlist se lance et je bouge la tête en un rythme inconnu mais plutôt entrainant. Est-ce que c'est une musique d'Ariana Grande, Nicky Minaj ou Katy Perry ?

Ariana Grande, c'est celle qui est toute en rondeurs et en formes ou c'est l'autre ? Je n'ai jamais été très calé en musique. A vrai dire, c'est Cavendish qui a choisi les chansons, la décoration de l'appartement et même le modèle de ma voiture. Ce genre de choses ne m'a jamais intéressé alors je l'ai juste laissé faire…

Après avoir effectué une légère marche arrière, je remets la première et sort finalement de ma place de parking, direction le nord de la ville. Chez moi. Mes yeux sont fixés sur la route et mon bras gauche est accoudé à la fenêtre ouverte. Je suis concentré sur ma conduite. J'ai l'impression que si je ne fais pas attention, je pourrais m'endormir d'une seconde à l'autre…

Je suis tellement concentré que j'ai un petit sursaut quand j'entends mon téléphone sonner. Sans réfléchir, j'appuie sur l'écran de ma voiture relié à mon téléphone pour prendre l'appel.

-Allô ?

-…

-C'est qui ?

Aucune réponse.

-Je n'aime pas parler tout seul. C'est qui ?

-Yélénah.

-Oh. Vous m'avez appelé un peu plus tôt, non ?

C'est bizarre, cette voix me dit quelque chose.

-Oui, je…

Un reniflement. Est-ce qu'elle pleure ? Je fronce les sourcils, me demandant bien ce qui se passe.

-Je ne sais p-pas si vous vous rappelez de moi… J'étais venue dans votre cabinet…

-Vous êtes la jeune femme qui était venue me demander des renseignements pour un divorce, c'est ça ? je demande, me souvenant soudainement de cette jeune femme, la quarantaine, avec un sourire charmant.

-Oui...

Un autre reniflement.

-Je suis désolée d'appeler aussi tôt…

-Non, c'est bon. Est-ce que vous allez bien ?

-Oui, je… C'es-est parce que je suis complètement perdue…

-Ne paniquez pas et dites-moi ce qui vous tracasse.

-J'ai finalement eu le courage de quitter mon mari… Je suis partie en début de semaine avec mes enfants…

-C'est une bonne chose, Yélénah. Avez-vous porté plainte comme je vous l'avais conseillé ?

-J'ai essayé mais au commissariat, ils n'ont pas voulu la prendre. Je ne comprends pas, je… Comment je vais faire si mon mari me retrouve ? Si je ne po-

-Calmez-vous.

J'arrive sur le parking en bas de chez moi et esquisse un sourire en voyant que j'ai le choix pour me garer.

-Retournez au commissariat et insistez. Ils n'ont pas le droit de refuser de prendre votre plainte. Peu importe qu'ils soient occupés ou quoi que ce soit d'autre, ils la prennent et se débrouillent avec. Ensuite, vous pourrez faire valoir le fait que vous n'êtes pas en sécurité et exiger une procédure d'éloignement.

J'arrête la musique que je n'avais pas pensé à couper plus tôt puis éteins le moteur de ma voiture.

-Tout ça vous aidera le temps que le divorce soit prononcé. Evitez de rester seule, soyez bien entourée. C'est autant pour votre sécurité que comme soutien moral. Si vous voulez, je peux même essayer de passer au commissariat histoire d'essayer de débloquer la situation.

-Vous feriez ça ?

J'entends de l'espoir dans sa voix et je me sens presque heureux de pouvoir lui remonter le moral.

-Bien entendu.

-Merci… !

Cette fois-ci, elle pleure pour de bon.

-J'étais perdue et… Merci...

-Ce n'est rien, séchez vos larmes. Je vais voir ce que je peux faire pour vous.

Après encore quelques remerciements, je finis par raccrocher. Je note alors sur mon portable qu'il faut que je m'occupe de cette histoire.

Je sors de ma voiture et monte enfin vers mon loft. Il est à peine 7h. C'est donc sans surprise que je constate que toutes les lumières sont éteintes et qu'il n'y a pas âme qui vive. Cavendish doit certainement encore roupiller. C'est d'ailleurs ce que je vais faire aussi.

xXx

Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi mais je sais déjà que le peu de sommeil que j'ai eu n'a pas été suffisant : je suis encore fatigué. J'ouvre difficilement les yeux lorsque j'entends un bruit semblable à celui qui m'a réveillé un peu plus tôt. Je me redresse et soupire. Pourquoi faire autant de bruit un samedi matin ?

Si je prête l'oreille, je peux même capter des bribes de conversation. Cavendish a invité du monde ?

Sceptique mais curieux, je finis par me lever. Tout en me grattant le ventre, je marche lentement jusqu'à la source de tout ce remue-ménage. Le séjour.

-Oh ! Ace, Sabo ! je rigole, soudain de très bonne humeur. Hé, qu'est-ce que vous faites là ?

Les deux lycéens sont assis sur le canapé alors que Cavendish s'active dans la cuisine pour leur préparer un café.

-Sabo emménage aujourd'hui, me rappelle mon colocataire. Je suis sûr que tu as oublié…

-Ah oui, c'est vrai !

Je souris et me concentre sur le blond.

-Alors tu sautes vraiment le pas ?

-Oui. C'est vraiment gentil de votre part de m'accepter ici. Je ne vous dérangerai pas et je payerai sans faute tous les mois ma part de loyer. Et puis je suis doué pour les tâches ménagères.

-Tant mieux parce que je suis nul à ça !

-Ça, j'avais déjà remarqué, se plaint Cavendish.

Il pose les tasses sur un plateau et fait le service après l'avoir déposé sur la table basse. Il peut être adorable quand il le veut : il m'a préparé une tasse. Content de pouvoir avoir mon café du matin, je m'empresse de me poser aux côtés du mannequin de l'autre côté de la table basse et attaque mon breuvage encore fumant. Assis juste en face de moi, Ace n'arrête pas de jeter des coups d'œil à l'appartement. Je suis sûr qu'il n'est pas trop tranquille avec le fait de laisser son copain vivre ici.

-Avec ton père, tu t'es arrangé ? Parce que tu sais, vu que t'es pas émancipé, ça va être compliqué pour toi de vivre vraiment ici, je fais remarquer à Sabo.

-Oui, je sais mais vraiment, je ne préfère pas le mettre au courant. Dans un peu moins d'un an, j'aurais 18 ans alors je vais bien réussir à supporter cette situation jusque-là…

Il soupire puis se tourne légèrement vers Ace comme s'il cherchait du soutien.

-Je ne vous causerai pas d'ennuis, c'est promis, fait-il à notre attention.

-Oh, t'inquiète, je m'en fais pas pour ça.

Je rigole - un peu fort - histoire de lui faire comprendre qu'il n'y a vraiment pas de problème de ce côté-là. Il est tout de suite plus à l'aise. Cavendish, en bon hôte, lui demande ensuite ce qu'il pense de la chambre qui lui a été attribuée : il a passé une bonne partie de la semaine à aménager cette pièce pour le blond.

Je ne pensais jamais dire ça un jour mais mon colocataire semble s'être réellement pris d'affection pour le petit étudiant. Je pense qu'au-delà d'une simple affection amicale, il apprécie un peu la façon d'être du blond. Cavendish est un Noble et il me semble que c'est aussi le cas de Sabo. Peut-être que vivre avec quelqu'un de la même condition que lui l'enthousiasme ? Parfois, je suis bien loin de ses considérations et je ne comprends pas sa manière d'agir. Sans doute une question d'éducation.

Pour ma part, le fait que Sabo vienne vivre ici ne me dérange pas. C'est un bon gars alors je n'ai aucun problème avec ça. Même l'optique de voir un jour débarquer son père ici ne me fait ni chaud ni froid. D'ailleurs, je doute que ça arrive. On ne connait Sabo que depuis cette année seulement et s'il est certain que son père cherchera auprès de ses amis et connaissances du lycée, il ne pensera jamais à chercher du côté d'un des employés de son rival et d'un top model qui commence à monter à l'international. C'est en partie pour cette raison que Sabo a demandé à venir vivre ici.

Intelligent, le petit.

Satisfait, je bois une longue gorgée de mon café et fixe la cicatrice du blond. Du coin de l'œil, je remarque alors Ace qui me dévisage. Je n'arrive pas à savoir s'il veut me dire quelque chose ou si c'est juste sa manière à lui de me dire de regarder ailleurs. Je ne sais jamais avec lui. En tout cas, sa cicatrice est assez impressionnante. Je pense que Cavendish a été mis dans la confidence par l'intéressé lui-même parce qu'il ne fait aucun commentaire. Ils ont dû en parler pendant que je dormais encore.

-Bah qu'est-ce qu'il y a, Ace ?

Je rigole un peu quand je vois qu'il me fixe toujours avec la même intensité.

-J'ai l'impression que tu vas me bouffer !

-Non, pardon, fait-il simplement.

Je hausse les épaules.

-Je sais pas si Roger t'en a déjà parlé mais j'ai des nouvelles du mec qui vous a pris à partie et qui t'a poignardé, lui dis-je.

-Hum… Ouais il m'en a parlé.

Sabo jette un coup d'œil à Ace. Apparemment, lui n'était pas au courant.

-Et quelles sont les nouvelles ? demande-t-il, plus qu'intéressé.

-Plutôt bonnes, je dirais.

-Je vais me faire un masque de beauté le temps que vous discutiez de vos affaires, lance alors Cavendish, se sentant peu concerné.

-OK, je réponds avant de reporter mon attention sur le couple. En fait, deux scénarios s'offrent à nous si on va jusqu'au procès : soit il plaide coupable - et vu toutes les preuves contre lui, c'est ce que je lui conseillerais – et tout se passe comme c'est censé se passer. A partir de là, c'est au juge de voir s'il décide de se montrer clément ou sévère pour donner l'exemple. Ou alors…

-Ou alors ? me presse Sabo, légèrement penché en avant.

Ace quant à lui ne donne pas vraiment l'impression de vouloir connaitre les tenants et aboutissants de cette histoire.

-Ou alors il plaide non coupable et là, ça va être long. Il peut faire des recours et ce genre de choses. Il peut aussi décider de plaider coupable seulement pour agression avec arme blanche mais pas pour agression homophobe. Il y a aussi l'arrangement à l'amiable on lui demande de plaider coupable et de notre côté, on s'engage à ne pas demander une peine trop lourde. Enfin bref, je verrais ça avec ton père, Ace.

-Est-ce que je devrais témoigner? Je peux le faire si besoin, ce n'est pas un problème pour moi, me fait savoir Sabo.

Je prends note de l'information et hoche la tête. Mon café terminé, je décide de finir également celui de mon ami.

-Il y a quelque chose qui ne te convient pas là-dedans, Ace ? je fais nonchalamment.

Ce dernier secoue la tête.

-Personnellement, je préférerais un arrangement. Je ne suis pas très chaud pour qu'il fasse de la détention ou quoi que ce soit d'autre dans le même genre. A vrai dire, je préférerais une peine réfléchie et aménagée de sorte à ce que je sois sûr qu'il ait vraiment compris ses erreurs et que plus jamais il ne recommencera.

-Je vois ce que tu veux dire, Ace. Je ne suis pas un fervent adepte de l'emprisonnement non plus et je pense qu'il y a des problèmes qui méritent d'autres solutions mais parfois, c'est nécessaire, argumente le blond.

-C'est juste un délinquant de bas étages ! Je suis sûr que s'il va en centre pénitencier pour mineurs, quand il en ressortira, il va se mettre à faire des choses beaucoup plus graves que traiter des gens de « tarlouze » ! réplique son copain.

-En réalité, ce sont des centres éducatifs, dis-je, l'air de rien.

Personne ne m'écoute.

-Je vais faire comme si je n'avais rien entendu, s'agace Sabo.

-Ecoute-toi parler, Sabo, soupire Ace à son tour.

Sabo se lève ensuite brutalement, clairement contrarié.

-Je vais voir si Cavendish n'a pas besoin d'aide pour tenir ses cheveux.

Je souris, amusé par l'excuse du blond, mais essaie de le cacher quand Sabo passe devant moi. J'ai regardé l'échange sans rien dire, très intéressé de voir la manière dont ils interagissent ensemble, et je ne suis pas déçu : un couple d'ados dans toute sa splendeur.

-On reparlera de tout ça une prochaine fois, je conclus, et Ace a l'air ravi par l'idée.

Je me lève et débarrasses les tasses sur la table basse pour les mettre dans le lave-vaisselle.

Lundi 22 Mai 2017

J'essaie de ne pas rire mais c'est vraiment difficile. A chaque fois que je viens ici, je suis toujours plus ou moins agréablement surpris mais aujourd'hui, voir le visage fermé – peut-être même constipé – de Smoker vaut vraiment le détour. Je sais qu'il ne m'aime pas. Je dirais même qu'il me déteste et qu'il ne rêve que d'une seule chose, me foutre derrière les barreaux. Je me demande bien pourquoi. Je n'ai rien fait de mal après tout…

Sans doute que ma tête ne lui revient pas. Pourtant, j'ai un visage assez avenant !

-Qu'est-ce tu veux ? Encore nous casser les pieds ?

A moins que ce ne soit juste le fait que je sois avocat ? A tous les coups, il pense que mon unique but est de saboter son travail ! Bof… Ca pourrait tout aussi bien être tout et n'importe quoi, ça ne m'étonnerait pas. C'est amusant alors peu importe.

Mais toute cette histoire ne fait rire que moi visiblement. Smoker a la main posée sur son holster, prêt à dégainer. Tant de méfiance ! Les autres policiers présents dans le commissariat font semblant de travailler, de ne pas me voir, mais je sais que toute leur attention est portée sur moi. J'ai l'air d'être populaire même si c'est dans le mauvais sens du terme.

-Bonjour, Smoker. Comment vas-tu ?

Un sourire lumineux collé au visage, je lui tends la main. Bien entendu, elle reste suspendue dans le vide alors je la baisse et la glisse dans la poche arrière de mon pantalon. Voilà comment on est remercié quand on est poli et bienveillant !

-M'oblige pas à me répéter, le roux. Qu'est-ce que tu veux ?! aboie-t-il, à moitié sur les nerfs.

-Hum… J'étais venu pour essayer de régler un petit problème. Tu peux peut-être m'aider ?

Aucune réponse. Il se contente juste de croiser les bras sur son torse. Au moins ne se tient-il plus prêt à dégainer son arme.

-Dis toujours.

-Une jeune femme est venue pour porter plainte il y a quelques jours. Enfin, elle a essayé parce que vous avez refusé de prendre sa plainte.

-Ah ouais ? lance-t-il, peu intéressé. Et en quoi ça te concerne ?

-En pas grand-chose, c'est vrai. Mais là n'est pas la question. Tu sais aussi bien que moi que vous êtes obligés de prendre sa plainte, surtout quand ça concerne quelque chose d'aussi grave qu'une femme battue.

Smoker tique et lance un regard à l'un de ses collègues assis un peu plus loin dans un bureau ouvert. Peut-être est-ce lui qui est chargé de cette tâche.

-Elle est censée revenir bientôt alors je compte sur vous cette fois.

-Ne prends pas trop la grosse tête, Shanks, et dépêche-toi de déguerpir d'ici. On est surbooké en ce moment, on n'a pas de temps à perdre.

-Toujours aussi aimable.

Pourtant, comme Smoker n'a pas trop l'air d'humeur à plaisanter, je ne m'attarde pas. J'ai fait ce pourquoi j'étais venu et il est déjà dix heures. Il est plus que temps que je me présente au cabinet pour traiter mes dossiers.

C'est donc sans demander mon reste que je quitte le commissariat. Je monte dans ma voiture, direction le travail. Il faudra juste que je pense à envoyer un message à Yélénah pour lui dire que j'ai arrangé les choses et qu'elle peut aller porter plainte sans crainte. Et puis quoi d'autre encore… ? Ah oui, il faut que je vois avec Roger notre stratégie pour le procès du petit délinquant qui s'en est pris à Ace et à Sabo. Et puis il va aussi falloir que je rende une visite à mon petit Marco !

Je souris, heureux à cette idée. Je vais encore pouvoir l'embêter ! Après, je n'oublie pas que si je vais le voir, c'est d'abord pour obtenir des renseignements sur Barbe Noire. J'irais peut-être demain. Je ne pense pas avoir l'énergie pour ça ce soir et je crois que je suis invité à une fête de toute façon.

Ambiance de folie et alcool en vue ! Une soirée comme je les aime !

A mi-chemin du cabinet, je décide soudain de m'arrêter en plein centre-ville pour aller dans un petit supermarché. Il vaut mieux que j'achète ce dont j'ai besoin pour ce soir dès maintenant et je les garderai au frais dans mon mini bar. Il est très peu probable que je trouve le temps de faire ça plus tard, ou même que j'y pense, et je sais d'avance que si je me pointe à la fête les mains dans les poches, je vais me faire charrier.

Décidé, je m'arrête sur une place de parking, saisis mon portefeuille que je glisse dans la poche avant de mon pantalon, prends mon portable et descends. Je suis déjà venu quelquefois dans ce magasin. Leurs prix sont intéressants et s'il n'y a pas énormément de choix, les produits sont de qualité. J'entre et salue le magasinier occupé à renseigner un client. Je ne perds pas de temps – je n'oublie pas que je suis pressé et que ça fait presque une demi-heure que je devrais être à mon bureau – et me dirige rapidement vers le rayon qui m'intéresse.

Je choisis quelques bouteilles au hasard : il faut de tout dans la vie ! Je me dirige ensuite rapidement vers la caisse mais je m'immobilise subitement en repérant une silhouette devant le rayon de fruits. Curieux, je m'approche.

C'est bien ce que je pensais !

Je m'approche encore jusqu'à me poster à côté d'elle. Essayant d'être le plus discret possible, je lui jette un petit coup d'œil.

La personne à côté de moi est un homme. Aussi grand que moi, dans la fin de la trentaine ou début de la quarantaine. Il a les cheveux d'un brun assez prononcé. Son visage est harmonieux, plaisant. Son corps semble être athlétique mais le plus troublant reste ses yeux.

Eden, le démon angélique.

Roger m'a déjà parlé de lui mais aujourd'hui, c'est la première fois que je le vois. Il a quitté les troupes de Barbe Blanche un peu avant que je ne rejoigne Roger. Il a été pendant un temps sous les ordres de Marshall D. Teach. Il est aussi celui qui a formé Marco. Pour toutes ces raisons, mon patron m'a dit de me méfier de lui, de me tenir éloigné. Mais à le voir ce matin faire ses courses, il n'a pas franchement l'air dangereux. Pas au point de garder ses distances en tout cas. L'occasion est trop belle.

-Bonjour, dis-je, bien décidé à instaurer le dialogue.

Eden tourne la tête et me fixe, un peu perdu.

-Bonjour, répond-il après quelques secondes.

On se regarde pendant un instant sans rien ajouter d'autre. Ni lui ni moi ne semblons gênés par ce moment qui a pourtant tout d'embarrassant.

-Je m'appelle Shanks, je suis avocat. Je ne travaille pas loin d'ailleurs.

Je fouille dans mes poches et en sors mon portefeuille pour lui tendre ma carte de visite.

-Euh, merci.

Il lit soigneusement le papier avant de le ranger. Il continue ensuite de me fixer, attendant que je dise autre chose.

-Belle journée, non ?

Il acquiesce, méfiant.

-Est-ce que tu es libre pour aller boire un verre ?

A ces mots, il écarquille les yeux puis je réalise ce que je viens de dire et mets à rire. Il secoue alors la tête, amusé.

- Quelle approche ! Tu me veux quoi en fait ? me demande-t-il. J'espère sincèrement que tu n'es pas en train d'essayer de me draguer parce que t'es un peu hors catégorie, sache-le !

Je souris, loin d'être froissé. Mon air un peu débraillé et négligé plait généralement aux filles mais pas à Eden apparemment. Après, ce n'est pas grave puisque plaire à ce mec n'est pas ma priorité.

-T'es un peu jeune, Shanks, ajoute-t-il comme pour ne pas me vexer.

-Hum. Merci de ménager mon égo mais en réalité, si je te demande un peu de ton temps, c'est pour parler de Marshall D. Teach.

Alors que jusqu'à présent son visage était souriant et avenant, il se ferme automatiquement à l'entente du nom honnis de ce traitre. Il se détourne et reprend son activité de tout à l'heure avant que je ne l'aborde, c'est-à-dire choisir des fruits.

On dirait que je suis allé trop vite. Il va falloir que je revoie ma méthode d'approche...

-Pardon, on dirait que j'ai été un peu abrupt…

-Pourquoi cet homme t'intéresse-t-il ?

-Pour les mêmes raisons qu'il intéresse la police et Barbe Blanche. Roger le veut hors d'état de nuire et c'est aussi mon cas. Le laisser agir librement est beaucoup trop dangereux.

-Et pourquoi m'en parler à moi ? Je n'ai plus rien à voir avec Barbe Blanche.

Il chuchote comme s'il avait peur d'être entendu.

-Je sais.

Il fronce les sourcils et se retourne vers moi. Ses yeux semblent si expressifs. Aborder ce sujet a l'air douloureux pour lui.

-Alors ? Pour-

-Parce que tu as bossé avec lui. Longtemps. Tu sais comment il est, comment il pense et fonctionne, j'affirme en le fixant.

-Barbe Noire est tordu, répond-il avec un sourire sans joie. Personne ne peut vraiment savoir à quoi il pense.

-C'est vrai, j'admets en soupirant. Mais tu peux au moins essayer.

-Je ne vois pas pourquoi je ferai ça pour toi.

Il esquisse un sourire provocateur pour contrer mon audace.

-Pour aucune raison particulière mais si tu ne veux pas que je te harcèle quotidiennement…

Je laisse ma phrase en suspend un petit moment pour qu'il s'imagine ce dont je suis capable puis reprends.

-Marco bénéficie de ce traitement de faveur de ma part et il a l'air au bout du rouleau, je déclare tranquillement. Le pauvre manque cruellement de sommeil…

-Ne l'embête pas trop. Il est très occupé et a d'autres choses à penser que de traiter avec un jeune homme impudent, réplique Eden.

Il soupire ensuite et s'adosse légèrement contre un étalage de pommes.

-Je vais être un peu plus loquace avec toi mais seulement parce que je pense à mon petit protégé...

Il passe une main dans ses cheveux, les désordonnant quelque peu. Son regard se perd au loin. Ses souvenirs remontent doucement à la surface.

-Barbe Noire est prêt à tout pour s'approprier ce qu'il cherche. Tuer n'est pas un problème pour lui, il l'a déjà fait et il recommencera si besoin. Il a tendance à convoiter ce qu'ont les autres, notamment leur pouvoir. Il rêve de s'approprier la place de Barbe Blanche dans le monde. Il possède une ambition et une volonté très fortes.

-J'ai vu ça. Avec toutes ses actions, il s'est déjà mis la plupart des « Empereurs » à dos.

Je souffle, embêté.

-Si cela lui permet de réaliser ses objectifs, peu lui importe, me répond Eden le plus simplement du monde. Barbe Noire croit fermement à la destinée des individus. Il pense qu'on ne peut pas changer ce qui est déjà prévu pour soi.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? je l'interroge en fronçant les sourcils.

-Qu'il pense certainement qu'il est dans ce monde pour une raison particulière, qu'il a une mission à accomplir. Peut-être même se croit-il promis à un grand destin. C'est quelque chose à laquelle j'ai moi-même beaucoup pensé lors de mon départ de ce milieu...

-Quoi donc ?

-Peut-être que Barbe Noire cherche à détruire le système des empereurs, la hiérarchie des pouvoirs mis en place. Qui sait, sans doute veut-il même s'attaquer aux Tenruybito et à leurs terres sacrées ?

-Tu plaisantes, j'espère !

Je n'arrive pas à y croire. Les sourcils à nouveau froncés, je fixe Eden, cherchant le moindre signe sur son visage qui m'indiquerait que tout cela est faux.

-Ce sont juste des suppositions de ma part, me rappelle-t-il alors. Mais c'est un homme très sûr de lui et qui ne renonce jamais. Il est aussi très calculateur. Il sait que tout le monde le traque. Il a pour sûr plusieurs coups d'avance sur ses adversaires. Il est prudent et refusera toujours de se battre contre un ennemi trop fort. Voilà tout ce que je peux te dire sur lui.

-Tu es un fin observateur, dis-je, impressionné par toutes ces informations.

Il ne me répond pas, se demandant probablement ce qui se cache sous cette remarque.

-Merci. Je tacherai d'en faire bon usage, je conclus en m'éloignant.

xXx

-Bonsoir. Tu as passé une bonne journée ?

J'ai à peine fait un pas dans le loft que la voix chaleureuse de Sabo m'accueille.

-Hé ! Ouais, ça va !

-Ce n'était pas trop dur à ton travail ?

-Comme d'habitude. Je viens juste de voir Roger et on a discuté de l'affaire concernant Ace.

Sabo est assis par terre, ses cahiers et son ordinateur inondant la table basse. A ces mots cependant, il lève légèrement le menton et fronce les sourcils. Je lui laisse quelques secondes le temps qu'il rassemble ses idées et se fasse ses petites réflexions tandis que je me dirige vers la cuisine pour me servir un verre d'eau. Je regarde aussi plus ou moins distraitement mes messages et mails : rien d'intéressant.

-Tu penses qu'Ace a raison de ne pas vouloir réclamer une peine lourde pour son agresseur ? me demande-t-il soudainement.

-Euh… Je sais pas, dis-je sans vraiment y penser.

Je n'ai pas envie de me retrouver mêlé à leur dispute en prenant partie pour l'un ou l'autre…

-Tu as de l'expérience dans ce domaine, ce n'est sûrement pas la première fois que tu traites ce genre d'affaires, insiste Sabo.

-C'est vrai.

Je pose mon verre vide à côté de l'évier et viens m'installer près de mon nouveau colocataire.

-Tu veux savoir si ne pas demander une peine lourde va servir à quelque chose ? Participer à une forme de repentir et faire réaliser à la personne qui vous a attaqué à quel point l'acte qu'il a commis était dangereux et grave ? je devine.

-Oui… Ace pense que la prison n'aide pas les gens, que c'est plus une forme de punition. Sur le principe, je suis d'accord avec lui…

-Mais… ?

-Mais Ace n'a pas vu le visage de cet homme après qu'il l'ait poignardé, soupire Sabo. Aider des personnes qui veulent s'en sortir est une bonne chose mais je doute que cet homme le souhaite. Je ne suis même pas certain qu'il regrette réellement son geste… J'ai plus l'impression qu'il a peur des conséquences.

-Je vois ce que tu veux dire.

Je n'ajoute rien de plus et observe le blond qui, un peu abattu, soupire à nouveau. Se prendre la tête avec ce genre de choses ne sert strictement à rien alors je passe à autre chose. On verra bien le moment venu.

-Cavendish n'est pas là ? je demande.

-Si, il est dans sa chambre. Il se repose.

-OK.

Je laisse Sabo à ses révisions et vais dans ma propre chambre prendre quelques affaires. Au final, j'ai quand même pu rentrer chez moi mais dans tous les cas, je ne vais pas rester longtemps. J'ai une soirée qui m'attend et ce soir, j'ai bien envie de me vider la tête. J'ai parlé à Roger de ma rencontre avec l'un des anciens hommes de Teach et de ce que celui-ci m'a dit. Roger a été tout de suite très inquiet mais avant de faire quoi que ce soit, il préfère que je vérifie d'abord ces thèses auprès de Marco.

A aucun moment Roger ne m'a parlé de Mihawk et comme il ne l'a pas fait, je n'ai pas non plus abordé le sujet. Je sais pourtant qu'il échange avec le kendoka, qu'il a régulièrement de ses nouvelles. La dernière lettre du brun trônait d'ailleurs sur la table quand je suis arrivé chez lui. Mon patron avait dû oublier de la ranger. Tout ça m'a rappelé ce qu'il s'est passé entre nous et à cette promesse qui n'en est pas vraiment une, au fait qu'il va peut-être revenir à Dawn. Je n'ai pas eu de nouvelle de lui depuis et je me demande sérieusement ce qu'il va faire. Ce qu'il attend de moi. Ou même s'il y pense réellement. Ce n'était peut-être qu'une nuit parmi tant d'autres pour lui...

On ne s'est rien promis après tout. Je n'ai pourtant pas eu de relation après ce qu'il s'est passé entre nous. Je n'en ai pas eu le temps. Mais je ne sais pas vraiment si j'en aurais eu envie si l'occasion s'était présentée de toute façon. La seule chose que je sais, c'est que j'ai envie de le voir.

Je me demande si c'est son cas aussi…

Mercredi 24 Mai 2017

-Alors ?

-Je ne sais pas.

-Mais tu penses que ça pourrait être ça ou pas ?

Encore un peu fatigué, je me masse les tempes tout en m'affalant plus encore sur mon fauteuil, le téléphone coincé entre ma tête et mon épaule. Je n'avais pas prévu de rester si longtemps hier mais comme ça faisait longtemps que je n'avais pas vu certains de mes amis… J'ai un peu poussé.

-Toi aussi tu l'as côtoyé pendant un moment, Marco. Tu connais au moins un minimum le personnage !

-Si je devais me prononcer, je dirais qu'il y a de fortes chances pour qu'Eden ait raison.

-Hum… Tu sais que ça n'arrange pas nos affaires ça ?

Je soupire et ferme les yeux, accusant le coup. Une grimace m'échappe quand je sens ma cicatrice à l'œil me lancer. Décidément, ce Teach est vraiment maudit. De l'autre côté du téléphone, Marco aussi est silencieux, pensant certainement à son ancien camarade.

-Vous ne l'avez toujours pas retrouvé ? je demande en fixant la porte de mon bureau d'un œil vide.

-Non. On a cherché longtemps du côté de Baterilla sans vraiment avoir de succès. On sait qu'il y est resté un moment. On s'est demandé pourquoi et en creusant un peu, on a découvert que c'est parce qu'il avait une copine là-bas.

Sans pouvoir m'en empêcher, j'éclate de rire. La nouvelle est tellement surprenante que je ne vois pas trop comment je pourrais réagir autrement.

-Wow ! On parle de Teach, là ! Est-ce que, sans déconner, quelqu'un de censé accepterait de sortir avec un homme comme lui ?!

-Eh bien, aussi surprenant que ce soit, oui.

Je secoue la tête et esquisse un sourire. Décidément, cette nouvelle a du mal à faire son chemin jusqu'à mon cerveau.

-Elle s'appelle Makino, reprend Marco qui fait peu cas de ma surprise. Aujourd'hui, ils ne sont plus ensemble mais on a quand même tenu à l'interroger un peu. Ce qu'elle nous a dit n'est pas très beau mais venant de Teach, ce n'est pas étonnant. Enfin, bref. Il n'est plus à Baterilla en ce moment et est apparemment retourné vivre pleinement auprès de sa femme.

-De quoi ?!

Je fronce les sourcils et me rassois correctement. Est-ce que j'ai bien entendu ?

-Tu as bien entendu, fait-il et je me demande s'il n'a pas à un moment ou à un autre lu dans mes pensées.

-Il avait une double vie en plus… Et on sait qui est cette femme et où elle habite ?

-Je pense que tu connais déjà la réponse.

C'est sûr que s'il le savait, il ne serait pas là en train de gentiment me parler. Cette histoire… J'aimerais bien en être le plus rapidement possible débarrassé. On ne sait pas vraiment ce que cherche à faire Barbe Noire ni ce qu'il fait en ce moment. Il pourrait très bien se dorer la pilule quelque part dans South Blue qu'on n'en saurait rien ! Pourtant, à cause de sa dangerosité, on est obligé de garder un œil sur lui. Il faut qu'on soit en mesure de se protéger et de prévoir un minimum ses actions.

-Très bien, je te remercie de me tenir au courant. C'est gentil à toi.

-Ce n'est pas vraiment comme si j'avais le choix, commente-t-il.

Je rigole. Énerver et contrarier Marco a toujours été un passe-temps fort agréable pour moi.

-Ne dis pas ça comme ça, on pourrait croire que tu ne le fais pas de bon cœur !

Je commence à ranger d'une main mes affaires. Il va être temps pour moi de rentrer.

-Et puis, je te signale que malgré ce qu'on avait dit, on vous laisse vous charger de Teach ! Après tout, c'était l'un des vôtres. Il n'y a rien de mal à vouloir se tenir informés.

Aucune réponse ne me parvient à part un soupir de désespoir. Une fois encore, je n'ai pas marqué de points auprès de mon cher blond. D'ailleurs, il raccroche sans plus tarder. Tant pis !

Un grand sourire aux lèvres, je me lève et quitte enfin mon bureau. Je salue gaiement mes autres collègues et accueille avec bonheur la brise légère de ce début de soirée. Aujourd'hui, je suis venu à pied. Je vais donc pouvoir profiter un peu de l'air frais et de l'ambiance printanière de la ville à cette heure de la journée. Marcher a aussi quelque chose de bon : ça me fera en quelque sorte mon petit sport de la semaine. Je ne bouge plus trop depuis quelques temps.

Avant, j'avais l'habitude de transpirer en compagnie de Mihawk. Transpirer dans le bon sens du terme, c'est-à-dire avec la pratique du sport. Il ne m'a fait transpirer d'une autre manière que bien plus tard ! Mais je dois reconnaitre qu'après la première fois où on a couché ensemble, on n'a plus jamais pratiqué de sport dans le sens conventionnel du terme. Mihawk mettait sans doute déjà de la distance entre nous car il savait que ça n'allait pas pouvoir se faire. Pas comme il l'aurait souhaité en tout cas.

Mihawk…

Il faut vraiment que j'arrête de penser à lui, rien de bon ne pourra en sortir. Je ne veux pas retomber dans mes vieux travers. Cavendish ne me le pardonnerait pas.

Je soupire et décide finalement d'aller voir Luffy. Sa bonhomie me fera du bien. J'ai besoin de me changer les idées…

xXx

Je ne sais pas trop ce que je ressens. Sans doute de la colère et de la frustration. Je ne suis pas sûr. Je suis rarement en colère car peu de choses me mettent dans un état de nerfs similaire à vrai dire.

Mais ce que j'ai devant les yeux est loin de me plaire.

Je suis passé à proximité de la résidence des Vinsmoke pour me rendre chez Roger et tomber sur un des fils de cette famille n'a rien eu d'étonnant. Ce qui l'a été, c'est d'en voir un accompagné du brun ténébreux qui me sert de rival et ami.

J'ai tellement été surpris par la scène que je n'ai pas trouvé mieux que de me cacher derrière l'un des nombreux arbres qui bordent la propriété. Ils sont loin et je n'entends pas ce qu'ils se disent ni s'ils se parlent réellement. Je ne comprends plus rien. Quand Mihawk est-il rentré ? Pourquoi ne m'a-t-il pas prévenu ? Tant d'interrogations se bousculent dans ma tête et je ne suis même pas sûr d'avoir un jour de réponses. Je ne sais pas… Je pensais que les choses s'étaient arrangées entre Mihawk et moi mais quand je le vois là, j'ai l'impression de m'être lourdement trompé.

De plus, je n'ai pas le souvenir que Mihawk ait un jour fréquenté la famille Vinsmoke. Peut-être les connait-il seulement de nom et de réputation ? Ou du moins, c'est ce que je pensais. J'ai l'impression de ne plus rien savoir quand je le vois en compagnie de ce genre de type. Que pense-t-il faire en discutant avec un des membres de la famille Vinsmoke ?

Je me demande s'il me répondrait si je lui posais la question ?

J'esquisse un sourire, sachant déjà que le kendoka m'enverrait très certainement sur les roses. Réalisant finalement que mon attitude laisse quand même un peu à désirer, je sors de derrière mon arbre et marche presque tranquillement vers les deux hommes. Ils me remarquent tout de suite et se séparent avant que je n'arrive à leur hauteur. Le fils Vinsmoke part dans une direction opposée alors que Mihawk reste immobile.

-Je n'ai rien interrompu au moins ? je lance, une fois que je lui fais face.

-Non.

Mihawk soupire et un silence s'installe entre nous. Je ne sais pas vraiment quoi dire ou plutôt, il y a tellement de choses que j'aimerais lui dire sans savoir par quoi commencer… Mihawk ne compte pas me faciliter la tâche car sans plus attendre, il prend le chemin de la résidence de Roger. Comme je compte m'y rendre aussi, je le suis, ma colère soudain envolée.

-J'étais sûr que t'allais revenir, je savais juste pas quand. T'aurais pu me tenir au courant, non ? je lance de façon assez nonchalante pour cacher les doutes et les questionnements qui m'habitaient un peu plus tôt.

-Tu m'attendais ?

Son regard cherche le mien et le trouve très vite. On ne fait plus attention à rien, à notre environnement. On s'arrête, comme hypnotisé l'un par l'autre. Mihawk et moi n'avons jamais réellement eu besoin de nous parler pour nous comprendre. Parler était davantage pour confirmer, être sûr…

-Et toi, tu me cherchais ?

Un fin sourire se dessine sur le visage si harmonieux de mon rival.

-Je n'ai pas besoin de te chercher, me répond-il avant de reprendre sa marche.

Je le suis et me rapproche volontairement de lui.

-Et pourquoi ça ? dis-je, amusé.

-Peut-être parce que c'est toujours toi qui vient à moi.

Cette fois-ci, je rigole franchement. Il a toujours autant de répartie mais le pire, c'est qu'il a raison.

Tu me mènes vraiment à la baguette, Mihawk. Tu es pourtant amoureux de moi mais c'est moi qui te cours après. Les rôles n'ont-ils pas été un peu inversés ?

D'humeur joyeuse, je décide de le taquiner en passant mon bras droit autour de sa taille. Je me reçois aussitôt un regard froid qui semble me demander ce que je fais. J'ignore cet avertissement muet et décide de le questionner sur ce que j'ai vu un peu plus tôt.

-Je ne savais pas que tu fréquentais la famille Vinsmoke.

-Je ne les fréquente pas, répond-il, de nouveau désintéressé par ma personne.

-Tu n'espères pas que je te crois alors que je t'ai vu discuter avec l'un d'eux ?

Je pense que mon ton était un peu sec et je me demande s'il l'a remarqué. Faites qu'il n'insiste pas là-dessus si c'est le cas…

-Je ne fréquente pas cette famille.

-Ils ont la réputation d'être des assassins professionnels plutôt performants. En plus, maintenant que le père est entré dans le gou-

-C'est lui, me coupe-t-il brusquement.

-De quoi ?

-L'homme fiancé avec qui je suis sorti. C'était Niji.

Je me fige, choqué par la nouvelle. Sans m'en rendre compte, je resserre ma prise sur sa taille et le ramène contre moi, le forçant à s'arrêter lui aussi. Je le fixe, les sourcils froncés. J'ai l'impression que Mihawk est juste en train de se payer ma tête.

-Eh bien… Je n'aurais jamais parié là-dessus, j'admets après quelques secondes.

Comme pour se moquer de moi, le kendoka esquisse un sourire avant de me tirer jusqu'à lui.

-Il y a énormément de choses sur lesquelles je n'aurais pas parié moi non plus. Ce qui s'est passé entre nous la dernière fois en est une, me confie-t-il soudain, et je suis surpris qu'il fasse référence à ce qu'il s'est passé à Baterilla.

-A ta place, je ne la ramènerais pas trop à ce sujet-là.

Il hausse son sourcil gauche. A priori, il ne voit pas où je veux en venir et pour une raison qui m'échappe, je suis à la fois amusé et vexé. Ne pensant plus à ce Niji, je reprends ma marche, accompagné de Mihawk.

-J'ai eu mal au cul et dans le bas du dos pendant au moins trois jours ! je l'informe alors en lui donnant un léger coup d'épaule.

-Oh, dit-il dans une indifférence totale.

-Tu pourrais être plus compatissant ! C'est à cause de toi que j'ai dû subir ces désagréments. T'as de la chance que ça ait valu le coup !

-Tu m'en vois ravi.

Il sourit et je sais qu'il se moque encore de moi mais ce n'est pas grave.

C'est si bon de le retrouver.

Jeudi 25 Mai 2017

J'ai toujours été intrigué par l'aptitude de Cavendish à dormir si profondément qu'aucun bruit ne peut venir troubler son sommeil. Puisque pour une fois on était tous les deux au loft plus ou moins tôt, on a eu envie de se regarder un film. Tranquillement assis sur le canapé, les lumières éteintes et les rideaux tirés, on suivait presque passionnément l'intrigue.

On… C'est ce que je pensais. A la moitié du film, mon colocataire s'était déjà effondré sur mon épaule. A présent, je suis en train de m'amuser à lui pincer le nez et il bouge un peu, embêté par l'absence d'air puis se rendort immédiatement une fois que je l'ai lâché. Je me plais aussi à pincer légèrement ses joues. J'en profite car c'est le genre de choses que Cavendish ne me laisse jamais faire. A tous les coups, il dirait quelque chose comme « tu détruis ma beauté ! ». Il me fait bien rire avec ça d'ailleurs !

A l'entendre parler à longueur de journée, on pourrait croire que Cavendish est une personne imbue de lui-même avec une confiance à toute épreuve. Si les gens savaient à quel point c'est faux…

C'est quelque chose qui m'a surpris moi aussi quand je l'ai remarqué. C'est un truc auquel je ne m'attendais pas. En fait, cette surcharge de « confiance » n'est là que pour masquer le fait que Cavendish a une piètre opinion de lui. La seule chose pour laquelle il pense exceller et même être parfait, c'est son physique. Il mise beaucoup dessus et sur sa musculature qu'il a dû développer pour son travail. Vraiment, une personnalité très complexe. Il semble pourtant s'en satisfaire.

-Hé. Est-ce que tu dors vraiment ?

Aucune réponse. Je m'y attendais un peu. Il est bien gentil mais il commence à me faire mal à l'épaule à être appuyé sur moi comme ça. Est-ce que je devrais tout simplement bouger brusquement et le réveiller ainsi ? Si je le fais, il y a de grandes chances pour qu'il soit de mauvaise humeur mais c'est si tentant… Je souris rien qu'en l'imaginant perdre les pédales. Bon, j'exagère un peu. Il lui en faudra certainement davantage…

-Cavendish… Réveille-toi ! je crie alors dans ses oreilles avant de précipitamment m'éloigner de lui.

Son visage se crispe et sa tête dodeline légèrement avant de tomber brusquement vers l'avant comme si son corps avait été balancé avec violence lors d'un accident de voiture. Je rigole franchement au moment où il ouvre les yeux et je vois tout de suite la colère monter. Il n'aime pas qu'on se moque de lui on dirait ! Il ouvre la bouche, prêt à m'engueuler, avant de s'interrompre quand la porte du loft s'ouvre avec fracas, claquant contre le mur de l'entrée. Sabo fait son entrée et ses yeux baissés m'indiquent aussitôt qu'il y a quelque chose qui ne va pas.

-Je suis désolé, je ne voulais pas faire autant de bruit…

Il n'ajoute rien de plus et monte en haut, certainement dans la chambre qu'on lui a attribuée.

-Ça n'a pas l'air d'aller. Je devrais peut-être monter le voir ? se demande le blond.

-Hum… Pourquoi on ne lui proposerait carrément pas de sortir ? S'il a le moral dans les chaussettes, ça lui fera certainement du bien.

-Tu crois ?

Bizarrement, Cavendish n'a pas l'air convaincu.

-Mais oui, t'inquiète ! Un petit verre, ça met toujours de bonne humeur !

xXx

Mon idée a finalement été adoptée. Au départ, Sabo n'était pas trop emballé, préférant travailler ses cours, mais Cavendish a su être persuasif. Et puis c'est pas une soirée sans réviser qui va lui faire tout rater ! Il a l'air d'en avoir dans la caboche donc pas de soucis !

-Tu n'avais pas l'air très bien tout à l'heure.

On vient à peine de s'asseoir que Cavendish ouvre déjà les hostilités. Enfin, c'est comme ça que je nomme ce début de discussion mais mon ami appellerait plutôt cela une conversation intéressée. Ou quelque chose qui y ressemble.

Sabo a l'air d'être un peu pris au dépourvu. Il prend tout de même le temps d'enlever sa veste et de bien se poser sur sa chaise. Il se gratte ensuite la tête – sûrement gêné – et fuit le regard du blond.

Autour de nous, les discussions vont bon train et l'ambiance joyeuse et libre est assez amusante. L'embeli est un bar où j'ai l'habitude de me rendre. J'y ai également rencontré quelques charmantes conquêtes. Le bar est chaleureux et toujours bruyant. La déco qui ressemble plus à un grand bric-à-brac est sympathique et rend l'endroit unique.

Une belle découverte que j'ai faite lors de mes jours sombres où j'ai erré, perdu que j'étais. Des questions plein la tête, j'avais poussé la porte sans vraiment m'attendre à grand-chose. C'était juste le seul bar encore ouvert dans mes moyens. Je venais juste de coucher avec Mihawk et je me sentais horriblement coupable.

« Je t'aime », m'avait-il dit.

J'avais juste eu l'impression d'être un grand connard et toute estime de moi avait quitté mon corps, ce qui ne m'était jamais arrivé auparavant. Au final, je n'avais trouvé aucune réponse dans leur alcool bon marché mais j'avais au moins tilté sur le fait que ce n'était pas dans ce genre d'endroit que je trouverais une quelconque solution à mes problèmes.

J'y étais revenu quelquefois… Et puis, je m'y suis habitué et cet endroit fait presque partie de mon quotidien désormais.

C'est la première fois que j'y emmène Cavendish et s'il a eu l'air rebuté par la décoration au début, la mine maussade de Sabo a vite attiré son attention et capter tout son intérêt. Mon colocataire a toujours été quelqu'un d'assez gentil même s'il est quelque peu maladroit dans ses mots. Il a un grand cœur et s'il n'était pas aussi narcissique, il pourrait presque être parfait. D'ailleurs, je pourrais être jaloux de l'intérêt qu'il porte à Sabo. Il est plutôt sympa avec le blond alors qu'il passe son temps à me crier dessus et à me dire de ranger derrière moi ! La vie est mal faite des fois !

-Fais-le boire au moins un peu si tu veux qu'il parle, dis-je quand je vois que mes deux colocataires se regardent toujours dans le blanc des yeux.

Je lève la main et appelle rapidement un serveur.

-Je n'aime pas trop l'alcool, répond Sabo, un peu mal à l'aise.

-Et puis il n'a pas l'âge.

Le mannequin soupire et jette un regard peu rassuré à l'endroit.

-L'hygiène ne me réconforte pas vraiment non plus

Au même moment, le serveur arrive et esquisse un sourire gêné face aux propos du blond.

-Je vais prendre votre alcool le plus fort, dis-je avec un grand sourire.

-Doucement, Shanks, tu conduis après.

Je balaye son argument d'un geste de la main.

-Vous servez des jus de pomme ici ? s'enquiert Sabo.

D'abord un peu surpris, le serveur finit tout de même par acquiescer.

-Je vais prendre ça alors.

-Un jus de goyave. Bio, souffle Cavendish d'un ton détaché.

-Je suis désolé… Nous n'en avons pas et je…, se met à bégayer le pauvre garçon troublé par la beauté de son client quand celui-ci daigne enfin le regarder.

-Il te fait marcher ! Il va prendre du jus de pomme comme le petit. Petit joueur, va ! je lance à l'adresse de Cavendish alors que le serveur souffle de soulagement.

Il note nos commandes et s'empresse de disparaitre.

Sabo me jette de petits coups d'œil un peu gênés qu'il tente de masquer avec un sourire poli. Comme on se côtoie depuis peu, on ne se connait pas tant que ça et il ne doit pas trop savoir comment agir avec nous. Ah, la jeunesse ! Si timide et mesurée ! Elle est aussi parfois plus folle, détachée et quelque peu dévergondée…

Sans que je m'y attende, je reçois un rapide coup de pied sous la table. Je grogne à peine et lance un regard un peu perdu à Cavendish. Il est évident pour moi qu'il ne peut s'agir que de lui. Pourtant, il m'ignore et je me dis qu'il n'avait rien à me dire et qu'il a fait ça seulement pour se venger pour d'obscures raisons. Toujours aussi amusant dans ses réactions…

Quelques secondes plus tard, nos commandes arrivent et je me décide enfin à reprendre la parole.

-Tu n'avais pas l'air très content tout à l'heure. Au début, je me suis dit que te faire boire te remonterait naturellement le moral mais vu que tu vas boire du jus de pomme, on dirait qu'on va devoir parler sobre. N'est-ce pas, Cavendish ?

-Pourquoi j'ai l'impression qu'à t'entendre, c'est un vrai calvaire ?

Il hausse un sourcil à mon intention et pris un peu au dépourvu, je rigole bêtement.

-C'est plus simple d'oublier tous ses problèmes autour d'un bon vieux verre !

Je souris avant de me recentrer sur Sabo.

-T'as eu des problèmes avec ton père ?

-Non, lâche-t-il doucement, l'esprit un peu ailleurs. Vraiment pas, reprend-il avec plus de conviction. Depuis mon départ, il n'a demandé après moi qu'une seule fois et Stelly lui a répondu que je dormais. Il s'est contenté de cette réponse et n'a pas cherché plus loin…

Il soupire.

-Je vous assure que ça va, pas besoin de vous en faire. C'est quand même gentil à vous de vous inquiéter pour moi, s'émeut-il ensuite, touché par cet instant de confidence.

-Tu es sûr ? insiste Cavendish alors que je bois une longue gorgée de mon alcool.

Sabo acquiesce et tout comme moi, entame sa boisson.

-J'échange plus ou moins régulièrement avec mon petit frère. Le plus important pour moi, c'est de garder quand même un contact avec lui. Je ne veux pas qu'il ait l'impression que je l'abandonne. Mais je reste tout de même prudent, je sais qu'il est encore très loyal à notre père.

-Il t'a demandé où tu étais ? je l'interroge.

-Oui.

Petit à petit au cours de la discussion, Sabo se décrispe. Au final, on insiste peu sur ses préoccupations. C'est normal certaines fois de vouloir garder des pensées pour soi. Sans vraiment plus se prendre la tête, on profite de l'ambiance détendue de l'endroit même si Cavendish continue pendant un long moment de se plaindre. Il n'est jamais content de toute façon ! Et puis, c'est si marrant de le voir écœuré pour un rien ! Un peu plus en confiance, Sabo finit même par prendre un cocktail alcoolisé avant notre départ. Un verre que je termine pour lui mais peu importe.

Alors qu'on est sur le chemin du retour, j'ai les yeux plongés sur le paysage qui défile lentement, Cavendish ayant pris le volant. Je me sentais de conduire mais monsieur n'a pas voulu. Je n'ai pas l'habitude d'être passager, préférant largement conduire mais je dois avouer que c'est reposant quelquefois. Je me sens presque bien. J'aime ce genre de soirée où je ne suis pas obligé de penser à tout un tas de choses barbantes. Mon travail me plait et j'aime bosser pour Roger. Me lever après des soirées mouvementées est par contre toujours compliqué mais ça… On va dire que c'est de ma faute !

-On n'est toujours pas arrivé ? Accélère un peu ! Je comprends maintenant pourquoi je ne te laisse jamais conduire ! je me moque de Cavendish et me penche légèrement vers lui pour regarder le compteur.

-Laisse-moi tranquille. Ma conduite est irréprochable, contrairement à la tienne.

-Je pense que Cavendish conduit très bien, m'assure Sabo, assis juste derrière moi.

-Tu vois ! se vante le mannequin en s'arrêtant au feu orange.

Je râle intérieurement.

-Toi, tu conduis comme si tu étais poursuivi ou alors comme si tu participais à une course automobile ! m'accuse-t-il avec ce que je devine être un soupçon de jugement.

-T'exagères pas un peu ?

-Qui sait ?

La tête en appui sur la fenêtre côté passager, je ne dis plus rien tout le long du reste du trajet. J'écoute simplement mes deux colocataires se raconter quelques histoires. Je ne suis pas vraiment leur conversation. Bizarrement très fatigué, je rigole juste quand ils le font. C'est sympa en quelque sorte.

xXx

Assis sur mon lit, je me passe un peu de pommade sur mon bras. C'est quelque chose que je fais très peu habituellement mais comme j'ai assez mal en ce moment… Je devrais sans doute retourner voir un médecin mais je ne sais pas si j'en ai envie. J'ai juste l'impression que c'est un moyen de me prendre un peu plus la tête. Je n'ai pas envie d'entendre des mauvaises nouvelles concernant mon ancienne blessure.

Quand j'ai reçu ce coup de couteau, j'ai eu tellement mal que j'ai cru que j'allais y passer. Mais j'ai tenu bon. Je devais au moins tenir pour Luffy qui était là à cause de mon passé sulfureux. J'avais simplement joué avec les mauvaises personnes quelques années auparavant et pour moi, cette histoire était déjà terminée depuis longtemps.

Pas pour eux.

Au final, ça c'est plus ou moins bien fini. J'ai gardé l'usage de mon bras grâce à une opération et à de la rééducation. Un nerf a été endommagé. Le travail que j'ai dû faire a été long et éprouvant…

Rien d'étonnant à ce que j'ai encore mal quelquefois.

-Ah… Cette crème pue en plus...

Je referme le pot et le balance quelque part sur mon lit. Au même moment, la porte de ma chambre s'ouvre. Je ne suis même pas étonné de voir Cavendish sur le pas de la porte. Il fixe pendant quelques secondes la pommade sur mon lit puis entre totalement et prend soin de fermer la porte derrière lui.

-Tu as encore mal ?

-Pas vraiment.

J'ai l'impression qu'il ne me croit pas mais peu importe.

-Tu voulais me dire un truc ? je lui demande tout en enlevant mon haut.

Il fait assez bon la nuit alors je vais juste dormir en bas de jogging ce soir.

-Tu as laissé ton portable dans le salon, je te le ramenais juste.

Il me le tend et par habitude, je le déverrouille et remarque que j'ai un appel manqué.

-Depuis quand tu as repris contact avec lui ? me demande-t-il alors.

-Tu as fouillé dans mon portable ?

Il se raidit et j'ai ma réponse. Depuis que j'ai repris contact avec Mihawk, je ne l'ai appelé que deux fois. Ce n'est pas beaucoup mais je ne suis pas sûr qu'on ait besoin de plus.

-J'ai hésité à répondre, me dit-il.

-T'as bien fait de t'abstenir. Je ne suis pas sûr que monsieur grognon aurait apprécié…

-Est-ce que ça veut dire que je vais devoir partir ? Et Sabo ? Il vient juste d'arriver…

Il me fixe, un peu perdu. Je comprends alors où il veut en venir.

-Personne ne s'en va. Pour être honnête, Mihawk et moi, je ne sais pas ce qu'on est alors de là à parler d'emménager ensemble, tu vas un peu loin !

Je rigole rien qu'en pensant à l'idée.

-Comment ça tu ne sais pas ce que vous êtes ? m'interroge-t-il, ne comprenant vraiment plus rien à cette histoire.

Je secoue la tête et me lève. Je m'étire un peu et fais semblant de réfléchir.

-On est juste lui et moi et c'est déjà pas mal comme ça.

Pas besoin de plus pour être heureux. Juste « comme ça », c'est plutôt bien…

J'ai du mal à analyser la réaction de Cavendish. Quand je le regarde, je n'ai pas franchement l'impression que ce que je lui dis l'enchante. Cela me rappelle de douloureux souvenirs.

-Ce n'est pas comme avant, je lui précise alors.

Mon colocataire soupire de dédain. Il se laisse lourdement tomber sur mon lit et prend la crème sur mon lit.

-Je vais t'en mettre un peu.

J'acquiesce et me mets dos à lui. Quelques secondes plus tard, je sens l'odeur nauséabonde de la crème et les doigts chauds de Cavendish toucher mon épiderme.

-Je te préviens, Shanks, je ne supporterai pas que ça recommence.

Il soupire et je me crispe légèrement.

-Je partirai. Je n'aurai pas la force de te soutenir une seconde fois. Il n'y a pas qu'à toi que cette situation a fait beaucoup de mal…

-Je sais.

Sa main fait des gestes circulaires au niveau de mon épaule.

-Je t'ai jamais remercié de ce que tu as fait pour moi, je remarque alors.

Il appuie soudainement très fort sur ma peau, me faisant geindre de douleur.

-Mais tu as raison ! réalise-t-il.Et tu sais quoi ? Il me faudra plus que des remerciements ! Au moins un mois de restaurant et une décapotable !

J'esquisse un petit sourire et Cavendish reprend son massage en remettant une couche de crème, plus détendu à son tour. Je suis heureux de l'avoir encore auprès de moi malgré ce qu'il s'est passé à cette époque. On se connaissait à peine et rien ne l'obligeait à m'aider. Pourtant, il l'a fait.

Je venais juste de coucher avec Mihawk et j'étais totalement perdu. J'avais l'impression d'avoir franchi une ligne et d'avoir fait quelque chose d'horrible. Je n'arrivais pas à me regarder dans un miroir, je me dégoutais.

« Je t'aime »

J'en avais fait des cauchemars pendant des jours voire des semaines. Jouer avec les sentiments des autres, ce n'est pas quelque chose qui me ressemble, c'est pourquoi je m'en étais autant voulu après coup. La honte m'avait empêchée de me montrer devant lui. La honte et les questionnements. J'avais eu l'impression qu'après ce qu'il s'était passé entre nous, notre relation ne serait plus jamais comme avant. Je l'ai évité un bon moment comme un lâche. Encore quelque chose qui ne me ressemblait pas.

Et puis, Mihawk est parti et j'ai commencé à dégringoler. Ça a commencé par de la beuverie. Ca commence toujours comme ça avec moi. Je bois tout le temps : quand je suis joyeux, quand j'ai soif… Ou quand j'ai un coup au moral. Avec le temps, la bouteille est devenue ma meilleure compagne.

Après cette ivresse, il y a eu mon mutisme et mes changements d'humeur. J'essayais de comprendre mais je n'y arrivais pas. Je me posais toujours plus de questions mais sans réponse. J'en étais toujours au même point. Complètement perdu, je me mettais en colère bien malgré moi.

Mihawk avait dit m'aimer, on avait vécu quelque chose d'incroyable et j'avais bien senti qu'il avait été sincère. Ses gestes, ses baisers… Son regard. Non, il n'avait pas menti. Mihawk ne s'embarrassait jamais de mentir.

Alors pourquoi ? Pourquoi ce coup au cœur lorsque j'avais appris qu'il fréquentait un homme marié, même si à présent je sais que la vérité était biaisée ? Je m'étais étrangement senti trahi.

Cavendish avait été témoin de ma confusion. J'avais été souvent d'une humeur exécrable. Je ne me reconnaissais pas. J'avais l'impression d'être une autre personne.

Cavendish a été génial avec moi. Il m'a aidé à remonter la pente alors que lui-même n'en était pas à un moment facile de sa vie. M'aider était aussi peut-être un moyen de fuir ses propres problèmes, je n'en ai jamais rien su.

Grâce à lui et en me noyant dans le travail, je me suis progressivement éloigné de la bouteille avant qu'elle ne me consume entièrement. J'ai trouvé un équilibre précaire. J'ai tout rangé dans un coin de ma tête et j'ai prétendu que rien n'était arrivé avec l'intensité dont je me rappelais. C'est tout ce que j'avais trouvé mais en réalité, l'absence de Mihawk m'avait changé. Ce qu'il s'était passé entre nous m'avait changé.

Maintenant que j'ai dû recul, je me dis que peut-être, déjà à ce moment-là, j'éprouvais quelque chose pour Mihawk. Pas forcément de l'amour mais un truc assez fort pour me briser le cœur à l'annonce de son départ et de sa fuite en tout cas.

-Les choses ont changé, Cavendish.

J'attrape sa main droite et me tourne légèrement vers lui.

-Cette fois, j'ai ouvert les yeux. Alors peu importe ce qui peut arriver, j'y suis préparé.

Je lui souris et il fait la moue avant de me donner une petite tape sur la tête.

-Arrête ça, on dirait une stupide scène de bromance.

J'éclate de rire, le cœur un peu plus léger, et je crois même que mon colocataire m'imite comme il me semble percevoir son rire cristallin.

Ça fait du bien.


Dans le prochain chapitre :

Je suis dans ma salle de bain, je sors tout juste de la douche. Une simple serviette accrochée autour de la taille, je fixe mon reflet dans le miroir. Mes cheveux bruns encore mouillés sont à moitié plaqués sur mon front et quelques gouttes tombent lentement sur mon visage, allant même s'écraser au sol quelques fois.

J'essaie de respirer lentement, de prendre mon temps et de ne pas brusquer les choses. Tout va bien se passer.

Je repense à ma liste alors que mes yeux se baissent sur le lavabo.


Et voilà, j'espère que le pov de Shanks vous aura plu. En plus en retrouve Mihawk et on avance dans l'histoire, un peu. Mais bon c'est déjà pas mal. On apprend également à connaitre un peu plus Cavendish à travers Shanks qui dans l'histoire est encore celui qui le connait le mieux.

En retrouve notre petit couple dans le prochain chapitre avec un Ace qui décide de s'attaquer à sa fameuse liste, il aimerait bien avancer un peu le pauvre.

Je vous dit au Mercredi 13 Décembre 2017. Puisque j'ai pratiquement terminer d'écrire ce tome je me permets de poster plus régulièrement. Du coup je vais passer à un chapitre par semaine, le mercredi.

A bientôt ;)