Voilà, mes très cher(e)s lecteurs/rices, Résistance touche à sa fin. Voilà un dernier chapitre, très long car je n'ai pas voulu couper cette fois ci, mais j'espère que vous apprécierez.
Ça fait bizarre de mettre un point final à cette histoire, j'ai un petit pincement au cœur, c'était véritablement une belle aventure depuis le mois de Juin, et je ne vous remercierai jamais assez pour vos adorables reviews et vos encouragements. Merci aussi aux lecteurs anonymes qui font grimper mes stats et donc mon moral !
Je reviendrai sans doute avec des OS, peut être publiées ici à la suite, pour ne pas que mon « bébé » descende aux oubliettes des fan fictions !
Charlie, Ginny, Kate, Amandine, mille merci pour vos reviews et mille merci d'avoir suivi ma fiction ! Ca vaut aussi pour Justine, Light of Soul, Mélancholy, Chapou, Cora, Appolline, Chupa, Gatt, bref à tous ceux qui ont gentiment pris le temps de me laisser des reviews !
Et merci à deux personnes qui se reconnaitront, qui me lisent fidèlement sans m'envoyer bouler dès que je leur envoie un sms pour annoncer une suite ! Merci à vous, vos avis sont vraiment importants pour moi !
J'avais commencé cette fiction pour dérouiller mon écriture et c'est devenu un véritable bonheur de partager tout ça avec vous tous !
Bref, je vous souhaite une bonne lecture et je vous dis à bientôt ! N'hésitez pas à laisser des reviews s'il vous plait, pour cette dernière !
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Ron tremblait. De tous ses membres. Sa respiration était saccadée, douloureuse. Il ne se rappelait pas avoir été en si mauvaise posture… Enfin, si, une fois… Ce jour maudit où Hermione était entre les mains de Bellatrix Lestrange alors qu'Harry et lui-même étaient réduits à l'impuissance… Il avait cru qu'il allait perdre la raison en entendant les cris d'Hermione… Puis Dobby était arrivé…
Mais Dobby n'était plus là pour les sortir de ce mauvais pas… Il avait la nausée, il voyait Drago, qui était toujours debout, immobile, face à Hermione. La jeune femme s'était laissée glisser au sol, comme si ses jambes n'avaient plus la force de la maintenir debout. Toute couleur avait déserté son visage, elle fixait Malefoy avec une horreur sans nom. Il voulait se précipiter vers elle, s'assurer qu'elle était entière, l'éloigner à tout jamais de ce lieu maudit où le pire semblait arriver à chaque fois…
Harry grogna et ses yeux s'ouvrirent lentement. Il était groggy et il mit du temps à réaliser où il était. Lorsque ce fut le cas, ses yeux s'écarquillèrent, il voulut se redresser, mais il était attaché à un autel dont la pierre froide lui glaçait le dos. Il regarda autour de lui, et il lui sembla que son cœur tombait dans un trou sans fond. Il vit Ginny, à genoux dans un coin, qui le regardait, terrifiée. Son estomac se retourna, il allait se réveiller, ce devait être un cauchemar, un simple cauchemar… A côté d'elle, il reconnut Narcissa Malefoy, qui semblait au bord du malaise. Puis il aperçut Drago, qui semblait regarder dans le vide, il reconnut aussitôt les effets de l'imperium. Il reconnut Hermione, à terre, figée, débraillée, les cheveux en bataille et l'air apeurée comme jamais. Il tourna sa tête de l'autre côté, et vit Ron, à genoux, le visage tuméfié, recouvert de sang séché, les joues striées de larmes, tremblant si fort qu'un mini séisme semblait se produire juste sous ses pieds.
Il avait reconnu le lieu, le Manoir des Malefoy, ce maudit chandelier juste au-dessus de lui, cette pièce froide et infestée de Mangemorts. Se pouvait-il qu'après avoir survécu à des années d'épreuves et de danger, ils ne survivent pas à cette ultime menace ? Il ne pouvait pas le concevoir, il venait à peine de goûter à un semblant de normalité, il avait choisi le métier d'Auror pour s'assurer qu'aucun autre destin ne soit brisé…
L'Héritier sortit une dague de sa ceinture et s'approcha de l'autel. Harry déglutit mais ne laissa rien paraître, des années à être en danger immédiat lui avaient appris à ne pas montrer sa peur à ses ennemis… Mais il entendit Ginny pousser un cri de douleur qui le traversa comme une lame de couteau. Pourquoi elle ? Que faisait-elle là ? Ça avait toujours été Ron, Hermione et lui, il avait toujours eu la satisfaction de la voir saine et sauve, pourquoi cela devait-il changer ? Il vit l'Héritier penché au-dessus de lui, il promena sa dague sur le bras nu d'Harry et celui-ci frissonna au contact de la lame glacée.
_C'est gentil de m'aider, Potter ! Vous m'avez tous cru mort ! Pensiez-vous que j'allais me laisser attraper si facilement ? Vous êtes si dupes ! Et votre naïveté sera votre tombeau ! Ne t'inquiètes pas Potter, j'ai juste besoin d'un peu de ton sang, je te garde comme cadeau de bienvenue pour Lord Voldemort, il sera sans doute ravi de pouvoir te tuer de ses propres mains une fois qu'il sera de retour !
_Ecou… Ecoutez, vous m'avez alors laissez les partir…
L'Héritier sourit et planta son regard d'acier dans celui d'Harry. Il s'éloigna et s'approcha de Ginny, qui retint son souffle et demeura immobile alors que l'Héritier se penchait vers elle, saisissait une mèche de cheveux et la reniflait avec délectation. La jeune femme s'écarta mais garda le menton relevé, la tête haute, sans trahir sa peur. Harry sentit son cœur se glacer et la colère tordre son estomac. Ron serrait les poings, mâchoire serrée, son regard allant de sa sœur à Hermione.
_J'admets que tu as bon goût Potter, une sang pure, dommage que ce soit une traitre à son sang comme ton fidèle compagnon !
Puis il s'approcha d'Hermione et la saisit par les cheveux sans ménagement pour la relever.
_En revanche, une Sang de Bourbe comme amie, quelle déception !
_Laissez là ! Lâchez là ! hurlèrent d'une même voix Ron, Ginny et Harry.
A peine l'avait-il saisie qu'Hermione sembla sortir de l'état second dans lequel la peur l'avait plongée. Malgré ses larmes, elle soutint le regard de l'Héritier.
_Je vous plains… Vous avez comme père un monstre et il a fait de vous un monstre, vous n'avez jamais rien représenté à ses yeux, il ne vous aimait pas, vous n'étiez là que pour servir ses desseins… Il se débarrasserait sans doute de vous s'il revenait…
Hermione savait qu'elle allait le pousser à bout, mais elle devait gagner du temps, quelques précieuses minutes qui pourraient permettre aux Aurors d'arriver avant qu'il ne soit trop tard. Elle savait que l'Héritier serait furieux, Voldemort ne supportait pas qu'on puisse lui faire de l'ombre, il considérait sa personne comme supérieur à tout, même à la mort, alors s'il devait revenir, son fils ne lui serait plus utile et ne serait plus qu'une gêne…
L'Héritier poussa un cri de rage et la jeta au sol. Ron se mit à se débattre de nouveau, mais un Mangemort le frappa dans le dos et Ron s'effondra, son visage heurtant violemment le sol.
_RON ! s'écria Hermione d'une voix plus aigüe que la normale.
Ron se redressa, il voulait répondre, la rassurer, lui demander de se taire, mais il avait la bouche pleine de sang. Il cracha et releva vaillamment la tête. Ginny était livide, et Hermione pleurait sans retenue.
L'Héritier se dirigea à grands pas vers Harry. Il claqua des doigts et un Mangemort s'approcha en tenant un petit bocal. Il saisit la main d'Harry et passa la lame avec profondeur sur la paume, laissant un flot de sang s'échapper pour atterrir directement dans le bocal. Ron grogna en se débattant, Hermione laissa échapper un cri d'horreur.
_Non ! Ne lui faites pas de mal ! Ne lui faites pas de mal ! hurla Ginny en essayant de se lever.
Harry commençait à se sentir étourdi. Il sentait le sang affluer vers sa main, comme s'il cherchait à s'échapper complétement de son corps par cette simple entaille. Il vit à peine un Mangemort gifler Ginny pour la réduire au silence. En revanche, le cri d'Hermione lui vrilla les tympans.
_Laissez là ! Elle est enceinte, laissez là !
Ces mots eurent l'effet d'une douche froide sur Harry. Enceinte… Ginny était enceinte ? Il allait être père ? Il allait être père… L'horreur de la situation sembla prendre des proportions qui le submergèrent d'un flot de sentiments incontrôlables, oscillant entre la rage, le désespoir, la tristesse… Ils étaient à la merci du fils de Voldemort…
_Félicitations Potter, ricana l'Héritier, quel dommage que je doive me débarrasser d'eux !
Harry ne pouvait pas bouger, toujours entravé par les liens magiques qui le maintenaient sur la table, mais si sa plaie continuait à déverser son sang, il était déterminé à vivre. Il allait être père… Il vit Ginny, la joue virant déjà au bleu, le regarder, les larmes aux yeux. Ron semblait abasourdi et sa colère semblait avoir redoublé. Mais il ne pouvait rien faire, la situation était désespérée et il sentait l'espoir s'amenuiser. Il faudrait un miracle pour sortir de là vivant… Ils étaient désarmés, attachés, en sous nombre… Ils avaient traversé la guerre vivant et ils allaient mourir une fois la paix revenue ? L'ironie de la situation lui laissait un goût amer dans la bouche.
Hermione était muette, elle voyait ses amis prisonniers, elle priait de toutes ses forces pour que son patronus prévienne Kingsley à temps, elle ne voulait pas mourir, elle venait de retrouver ses parents, elle allait se marier, elle voulait devenir Mrs Weasley, elle voulait devenir mère un jour, elle avait tant de choses à accomplir au sein du Ministère... Elle leva les yeux vers Drago, toujours immobile. La jeune femme s'efforça de demeurer impassible, mais quelque chose avait changé dans le regard de Malefoy. Il n'était plus vide, il ne semblait plus absent mais au contraire, attentif à ce qui se passait, pourtant ses yeux demeuraient immobiles et lui ne bougeait pas. La jeune femme ne savait pas quoi penser. Allait-il les aider ? Ou cherchait-il simplement à sauver sa propre vie ?
L'Héritier se redressa, triomphant, en brandissant un petit bocal dans lequel se trouvait une bonne quantité de sang. Il éclata de rire et Hermione fut prise de nausées à la vue du liquide. Harry avait refermé le poing, dans l'espoir de stopper le saignement.
L'Héritier prit alors la dague et entailla sa propre main pour ensuite laisser couler son propre sang par-dessus celui d'Harry.
_Bientôt, tu seras ressuscité, tu auras alors ta revanche… s'exclama-t-il en riant de plus belle.
_Si vous avez lu mes notes, vous savez que ce que vous tentez est impossible à réaliser ! lança Hermione, le cœur tambourinant à ses oreilles.
Ron l'implora du regard, elle devait se taire, ne pas provoquer les Mangemorts.
_C'est parce que tu raisonnes comme la Sang de Bourbe que tu es ! Si tu avais un esprit aussi élevé que les Sang-Purs, tu saurais qu'étant le fils du Seigneur des Ténèbres, nous partageons le même sang pur !
_C'est absurde, répliqua Hermione, et vous le savez, de plus, Voldemort n'était pas un Sang-Pur…
Un silence choqué se fit, toute couleur avait déserté le visage de Ron, plusieurs Mangemorts sortirent leur baguette, les yeux affolés de Ron allaient d'eux à la jeune femme. Un Mangemort s'apprêta à la gifler.
_Non ! Ne la touchez pas ! cria Ron.
Mais l'Héritier leva une main, arrêtant le geste de son fidèle.
_Laisses… Nous reprendrons là où nous en étions Sang de Bourbe, et tu reprendras la place qui est la tienne, puis nous en finirons avec toi, lentement, pour te laisser le temps d'apprécier la douleur, pour laisser le temps à ton traître de rouquin de devenir fou !
Ron avait une furieuse envie de hurler et de pleurer. Sans aucun doute, il deviendrait fou s'il voyait à nouveau Hermione soumise au doloris…
Hermione déglutit avec peine. L'Héritier sourit, satisfait de lire la peur dans le regard de la jeune femme, et se tourna vers Harry.
Il pointa sa baguette sur l'autel de pierre qui soutenait Harry. La table se mit à glisser sur le sol dans un fracas assourdissant. Puis une petite colonne coiffée d'une vasque surgit du sol, faisant trembler la pièce et tinter le cristal du chandelier. La colonne semblait sculptée dans la pierre, Hermione aperçut des symboles qui se rapprochaient de l'elfe antique, et la vasque était d'un noir de jais. Ignorant le sang qui coulait toujours de sa plaie, l'Héritier versa une partie du bocal dans la vasque. Un Mangemort s'avança vers lui, tenant le livre noir, et Hermione sentit son cœur s'emballer. Le rituel de résurrection demandait une magie des plus obscures et des plus puissantes, et elle était tétanisée de peur à l'idée d'y assister. Le rituel demandait des restes de la personne à ressusciter, mais personne n'avait jamais essayé avec le sang d'un héritier. Tout ce qu'Hermione savait, c'était que le résultat risquait d'être dévastateur et incontrôlable. Le conte des Reliques de la Mort en témoignait, chercher à lutter contre la mort n'apportait que la désolation aux personnes tentées. Elle craignait que dans sa folie, l'Héritier ne crée une créature hybride destructrice, à mi-chemin entre un Inferi et Voldemort.
Elle ignorait comment l'Héritier avait pu traduire l'ensemble du rituel. Un Mangemort traça à l'aide de sa baguette un pentagramme autour de la colonne. L'Héritier pointa sa baguette sur la vasque et soudain, le sang qu'elle contenait s'embrasa. De hautes flammes vertes s'élevèrent vers le plafond… Le silence qui régnait dans la pièce était surréaliste. Plus personne n'osait bouger, chacun retenait son souffle, même Narcissa Malefoy avait cessé de gémir… L'Héritier se mit à psalmodier des paroles dans une langue qu'Hermione identifia comme étant celle dans laquelle était écrit le livre Noir…
Harry, Ron et elle échangèrent des regards paniqués. Rien ne semblait pouvoir arrêter l'Héritier, si Voldemort revenait, son premier geste serait de les tuer, en commençant par Harry. Et si une toute autre créature naissait du rituel, leur situation ne serait pas plus enviable. Hermione réfléchissait à toute vitesse, essayant de trouver un moyen de tout arrêter, Harry scannait du regard tout ce qu'il pouvait apercevoir, Ron essayait à nouveau d'atteindre a baguette glissée dans la jambe de son pantalon, discrètement cette fois-ci.
Un bruit de pas résonna soudain à l'extérieur de la pièce, interrompant la litanie de l'Héritier, et un Mangemort surgit, essoufflé, affolé.
_Les…Les Aurors ! Ils nous ont trouvés ! Ils sont là !
Comme pour confirmer ses dires, une détonation retentit soudain à l'extérieur, et le chandelier se balança dangereusement, tintant de nouveau. Hermione vit que certains Mangemorts essayaient de transplaner mais elle comprit à leur expression choquée qu'ils se heurtaient à une résistance. Kingsley avait pris soin d'empêcher quiconque de transplaner hors du château.
Une colère froide se peignit sur le visage de l'Héritier. Il n'avait pas le temps d'accomplir le rituel dans l'immédiat, alors il rangea le bocal dans son long manteau et se saisit du livre noir pour le glisser dans sa poche. Il se dirigea vers Hermione d'un pas décidé et l'attrapa par le bras, l'obligeant à se mettre debout.
_Lâches là ! hurla Ron, les yeux exorbités.
Il était hors de question que le cauchemar se poursuive, il était hors de question qu'il disparaisse de nouveau, il était hors de question qu'il fasse du mal à Hermione.
A cet instant, plusieurs Mangemorts arrivèrent en courant, poursuivis par les Aurors qui ne tardèrent pas à envahir la pièce. Drago sembla alors reprendre vie. Profitant du chaos soudain, il surprit un Mangemort en abattant son poing sur son visage, puis en s'emparant de sa baguette alors qu'il s'effondrait au sol. Drago fit volte-face et pointa sa baguette sur Harry, puis sur Ron.
_Vincere !
Aussitôt, les liens les entravant disparurent et Ron se saisit immédiatement de la baguette qu'il avait ravi à un Mangemort. Il aperçut l'Héritier, tirant Hermione derrière lui, et talonné par deux Mangemorts. La jeune femme essayait de se dégager sans relâche, mais sans baguette, elle était impuissante… Harry avait bondit et avait réussi à désarmer un Mangemort. Il se précipita vers Ginny pour la libérer. Kingsley lança une baguette à la jeune femme et tous les trois se jetèrent dans le combat.
_Hermione ! Hermione ! cria Ron en essayant de se frayer un passage.
Harry le vit partir à la poursuite de l'Héritier, il attrapa la main de Ginny en l'entrainant derrière lui et il emboita le pas à Ron, bousculant et esquivant les sorts. Ginny stupéfixa un Mangemort et en désarma trois, avant qu'ils ne se retrouvent hors de la pièce, devant des marches qui semblaient mener au sommet d'une des tours du manoir. Harry se tourna vers Ginny, la prit par les épaules et l'embrassa furieusement. La jeune femme, à bout de souffle, demeura muette. Jusqu'à ce qu'Harry prenne la parole.
_Ginny, tu dois m'attendre ici, à l'abri, d'accord ?
_Quoi ? Non ! Je viens avec toi ! protesta Ginny, les joues rouges, ses yeux lançant des éclairs.
_Ginny… Notre enfant… Penses à notre enfant…
Il avait le regard qui brillait étrangement, et il posa tendrement une main sur le ventre encore plat de la jeune femme. Il planta son regard dans celui de Ginny, et ils eurent une de leur conversation silencieuse, une de celle où leurs regards suffisaient à exprimer ce qu'ils ressentaient, une de celle où les mots étaient superflus. Ginny déglutit, émue, et hocha faiblement la tête. Harry l'embrassa une nouvelle fois et se lança à la poursuite de Ron.
Il grimpa les marches deux par deux, et lorsqu'il arriva au sommet de la tour, la scène qui se déroulait sous ses yeux le glaça d'effroi. Ron avait réussi à maîtriser les Mangemorts, qui gisaient, inconscients, sur le sol. En revanche, adossé aux créneaux, l'Héritier ceinturait Hermione et la menaçait de sa baguette. Ron, tremblant, avait baissé son bras.
_Lâches cette baguette Weasley si tu ne veux pas qu'il arrive quelque chose à ta précieuse Sang de Bourbe… Tiens, Potter, quelle agréable surprise… Le Trio d'Or réuni, quelle émotion… Lâches ta baguette…
Hermione, muette, avait les larmes aux yeux. Son regard dans celui de Ron, elle osait à peine respirer, terrifiée à l'idée que cette baguette lui inflige ce qu'elle lui avait déjà infligée quelques mois auparavant.
_Lâches la, répliqua Ron, tu ne peux pas t'enfuir, tu ne peux pas nous échapper… Laisse la…
_Très bien… répondit L'Héritier d'une voix soudainement calme.
Avec un rictus, l'Héritier poussa Hermione devant lui, sous les regards médusés de Ron et d'Harry. La jeune femme trébucha et tomba à terre. Elle se releva en titubant, mais avant qu'ils n'aient le temps de réagir, l'Héritier pointa de nouveau sa baguette sur la jeune femme.
_Levicorpus !
En une fraction de seconde, Hermione eut l'impression que la gravité n'avait plus d'effet sur elle. Elle sentit ses pieds se décoller du sol et son corps se mettre à flotter. Elle tendit les mains vers Ron, le regard affolé, et Ron voulut se précipiter vers elle, mais l'Héritier la fit alors léviter entre les deux créneaux et Hermione poussa un hurlement lorsqu'elle se retrouva suspendue au-dessus du vide. Le sol était si loin en dessous d'elle qu'il lui apparaissait brumeux.
_NOOOON ! rugit Ron en esquissant un geste vers la jeune femme.
_A ta place, je ne bougerais pas Weasley, on ne sait jamais, un faux mouvement et je pourrais la faire tomber par mégarde… MAINTENANT VOS BAGUETTES ! hurla-t-il.
Il était brutalement passé du calme à la démence. Ron et Harry laissèrent tomber leurs baguettes au sol d'un même geste. Ron, désemparé, ne quittait pas le visage terrifié d'Hermione. Harry sentait la peur suinter de chacun de ses pores…
L'Héritier recula entre deux créneaux et jeta un coup d'œil par-dessus le petit muret qui lui arrivait à la taille.
_Je me demande le bruit que ferait son immonde corps de Sang de Bourbe en s'écrasant dans les rochers en bas… ricana-t-il.
Ron poussa un cri de rage.
_Libères la ! Tu n'as aucune chance de t'échapper, tu ne peux pas transplaner !
_Vous allez faire en sorte que je puisse transplaner si vous ne voulez pas que la Sang de Bourbe ne finisse brisée !
Il fit mine d'abaisser sa baguette et Hermione poussa un cri de terreur en essayant de se raccrocher au vide. Sans sa baguette, elle s'écraserait au sol sans le moindre doute.
_Non ! s'écrièrent Ron et Harry d'une seule voix.
L'Héritier éclata de rire, Kingsley surgit alors de l'escalier et stoppa net quand il vit ce qui se passait.
_Relâchez Miss Granger, dit-il d'une voix dont le calme contrastait avec la peur panique que ressentaient les deux jeunes Aurors.
_Laissez-moi transplaner, répliqua l'Héritier sans se départir de son sourire ironique.
_Vous êtes fini, vous n'avez plus aucune chance de nous échapper… répondit fermement Kingsley.
La voix profonde et assurée de Kingsley eut l'air de déstabiliser l'Héritier pendant une fraction de seconde. Pendant un instant, Ron et Harry crurent le voir hésiter. Mais plusieurs Aurors surgirent alors derrière Kingsley, et ils firent tous face à l'Héritier, baguettes brandies.
_Rendez-vous, et aucun mal ne vous sera fait, lança Kingsley.
_Posez tous vos baguettes ou elle finira écrasée !
Ron avait l'impression que son cœur allait sortir de sa poitrine, voir Hermione suspendue ainsi au-dessus du vide le rendait fou, il ne savait pas comment il tenait encore debout, tous ses sens étaient anesthésiés par une peur glaciale qui lui écarquillait les yeux, qui tendait son corps tout entier, il n'avait que trop expérimenté cette peur pour savoir que c'était elle qui était à l'origine de cette douleur lancinante qui courait dans ses veines.
Il voulait se jeter à genoux, supplier Kingsley et ses collègues d'accéder à la demande de l'Héritier, plus rien ne comptait désormais. La jeune femme ne le quittait pas du regard. Lorsqu'il vit ses yeux s'embuer, il eut si mal qu'il faillit crier…
L'Héritier fit de nouveau bouger sa baguette, et Hermione, terrifiée, ne put que gémir.
_Ron…
Entendre sa voix, sa précieuse voix, dire son prénom avec autant de peur, d'appel à l'aide, transperça le cœur de Ron et il sentit les larmes rouler sur ses joues.
_Laissez-la, je vous en supplie…
L'Héritier eut un rire dément pour seule réponse.
_C'est fini… fit Kinglsey en avançant d'un pas vers l'Héritier.
Celui-ci monta alors entre les deux créneaux et éclata de rire.
_Relâchez la ! s'écria Harry.
_C'est comme si c'était fait Potter !
Le visage d'Hermione se décomposa et Ron se précipita en avant.
_NON !
_Liberacorpus ! lança l'Héritier.
Ron eut l'impression que son cœur venait de lui être arraché. Hermione tomba dans le vide avec un hurlement.
_NON ! hurlèrent Ron et Harry en se précipitant vers les créneaux, talonné par Kingsley.
_Aresto Momentum ! tenta Kingsley, en vain, elle était hors de portée.
_Noooon !
Instantanément, plusieurs Aurors lancèrent un sortilège de stupefixion à l'Héritier. L'onde de choc fut telle qu'il bascula en arrière, une expression de surprise sur son visage mutilé. Ses bras moulinèrent dans les airs et il tomba dans le vide avec un cri.
_Noooooooooooon ! Hermione ! hurla au même moment Ron en regardant, impuissant et horrifié, la jeune femme foncer vers le sol.
Un bras sortit soudain d'une fenêtre en contrebas et tendit sa baguette vers la jeune femme, qui arrêta brutalement de tomber, et sembla de nouveau flotter dans les airs. Lentement, la personne la fit léviter et passer par la fenêtre où elle disparut.
Le cœur battant, Ron se précipita dans l'escalier. Harry ramassa leurs baguettes et s'empressa de le suivre. Ron volait littéralement dans les marches, il les descendait quatre par quatre, indifférent à tout, indifférent aux Aurors qui l'avaient précédé pour aller retrouver le corps de l'Héritier, il courut jusqu'à la salle principale du Manoir.
Les Aurors avaient eu le dessus, et les Mangemorts qui n'étaient pas inconscients étaient conduits en dehors de la pièce. La vasque était brisée au sol, plusieurs corps gisaient ça et là, et les blessés étaient évacués.
_Ron ! Harry !
Ginny se trouvait près de la fenêtre, elle soutenait Hermione qui était à genoux au sol, et auprès d'elles se trouvait Drago. Ron se précipita vers elles, et, les mains tremblantes, il serra Hermione dans ses bras. Il ne pouvait pas parler, il avait la gorge nouée, pendant quelques secondes d'agonie qui lui avaient semblaient une éternité, il avait cru l'avoir perdue, il avait cru qu'il allait la voir s'écraser sur les rochers sans pouvoir agir. Hermione tremblait mais elle parvint à articuler faiblement.
_Ron…Je…Je vais bien…
Ron secoua la tête et resserra son étreinte sans un mot. Il fallut de longues minutes avant qu'il ne retrouve sa voix. Il regarda sa jeune sœur, qu'Harry tenait étroitement serrée contre lui.
_Merci… parvint-il à dire, la voix étranglée.
Ginny eut l'air surprise.
_Merci de quoi ? Ce n'est pas moi qui ai sauvé Hermione, c'est Drago…
Ron avait totalement occulté la présence de Malefoy. Celui-ci se tenait à quelques pas d'eux, l'air de ne pas savoir où était sa place dans sa propre maison. Il regardait les Aurors évacuer les prisonniers avec un air complément perdu.
_Malefoy ! lança Ron.
Drago sursauta et regarda Ron avec suspicion. Ron déglutit. La scène qui avait failli se produire sous ses yeux lui revint, et même si Drago était alors soumis à l'Imperium, il avait une furieuse envie de le frapper. Mais Drago avait sauvé Hermione, il détestait l'admettre, mais il lui serait redevable à vie…
_Merci, dit finalement Ron.
Drago sembla surpris, puis il hocha simplement la tête. Harry tendit une main vers lui. Drago hésita, puis vint la serrer, le regard fuyant.
_Merci, répéta Harry.
_De rien, n'en faisons pas tout un plat, on est quitte, marmonna Drago en haussant les épaules.
Hermione voulut le remercier mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Elle éprouvait une telle répulsion à son égard, elle avait été terrifiée à l'idée qu'il la touche, même si ce n'était pas vraiment « lui ». Un silence gêné s'installa. Bien qu'ils soient désormais adultes et liés malgré eux par un combat qui s'était finalement avéré commun, des années d'animosité ne pouvaient pas disparaître par enchantement.
_Je… Je vais voir mes parents… grommela Drago avant de s'empresser de sortir de la salle sans les regarder.
Narcissa Malefoy s'était empressée d'aller libérer son époux des cachots dans lesquels l'Héritier l'avait fait enfermer. Hermione ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la peine pour Drago, lui aussi avait énormément perdu pendant la guerre, après tout il n'avait pas choisi sa famille…
Elle frissonna malgré elle en regardant de nouveau cette salle. La familiarité des lieux lui conférait un sentiment étrange, comme si elle était retournée presque six ans en arrière. Elle était presque surprise de ne pas apercevoir le visage dément de Bellatrix Lestrange…
Ron l'embrassa sur le front puis se leva, un air résolu sur le visage. Hermione le regarda avec surprise.
_Je reviens, dit-il simplement.
Harry et lui échangèrent un regard entendu, Harry lui tendit sa baguette, et ils sortirent pour rejoindre les Aurors à l'extérieur du Manoir. Kingsley les vit arriver de loin. Il dit quelques mots aux Aurors qui s'éloignèrent. Ils n'étaient pas encore à son niveau lorsqu'ils virent le corps étendu sur le sol. Quand ils furent près de Kingsley, ils virent alors entièrement l'Héritier, les yeux encore ouverts, les membres formant des angles étranges, la tête ensanglantée. Ron sentit les forces quitter ses jambes en même temps que l'angoisse et l'adrénaline le quittaient brusquement. Le soulagement était tel qu'il en avait le vertige. Il se laissa tomber à genoux et prit une profonde aspiration, la tête baissée. Harry posa une main sur son épaule.
_C'est fini mon vieux, vraiment fini… dit-il d'une voix étrangement enrouée.
Ron acquiesça. Il lui faudrait du temps avant de reprendre une vie normale, avant de ne plus avoir cette peur sourde de perdre Hermione… Il regarderait toujours par-dessus son épaule, ne serait-ce que parce qu'il était Auror, mais il avait déjà tant perdu, et il avait failli tout perdre… Il essuya furtivement ses yeux et se releva. Ron se détourna de l'Héritier, puis il lança un regard un Harry et sourit.
_Alors je vais être tonton, c'est ça ?
Harry rougit et hocha lentement la tête. Ron lui donna une accolade.
_Félicitations Harry, je suis vraiment heureux pour vous !
_Vraiment ? demanda Harry en haussant un sourcil.
Ron hocha la tête, l'air surpris et offensé.
_Evidemment ! Pourquoi est-ce que je ne le serai pas ?
_Heu… Et bien… Je pensais que l'idée que ta sœur et moi nous… Enfin, tu vois, que nous… Tu comprends ?
Ron eut une grimace de dégoût tandis que ses oreilles se teintaient de rouge vif.
_Stop stop stop ! N'en dis pas plus s'il te plait !
Kingsley, qui était resté en retrait, vint vers eux.
_Potter, Weasley, nous allons vous faire évacuer vers Sainte Mangouste…
_Ce n'est pas nécessaire ! répondit Ron.
Harry et Kingsley le regardèrent avec la même expression.
_Ron… Tu dois aller à Sainte Mangouste, et crois-moi, si tu voyais ton état, tu penserais pareil! répliqua Harry.
_Nous allons évacuer tout le monde et condamner le Manoir le temps de l'enquête…
_Mais où vont aller les Malefoy ? demanda Ron.
Harry le regarda avec tant de surprise que Ron s'empourpra et haussa les épaules.
_Etant donné leurs statuts d'otages dans le cas présent, le Ministère leur fournira un logement en attendant de leur rendre leur bien… expliqua Kingsley avant de s'occuper du corps de l'Héritier en faisant apparaître un drap pour le recouvrir entièrement et le faire léviter jusqu'au point d'évacuation.
Harry et Ron se regardèrent. Quand Voldemort avait été vaincu à l'issue de la bataille de Poudlard, il y avait eu tout d'abord le soulagement, la joie, mais ces deux sentiments avaient été brefs. Le chagrin, la colère, l'inquiétude avaient rapidement repris leurs droits. Entre l'enterrement des victimes, de Fred, les Mangemorts qu'il restait à traquer, ils n'avaient pas eu le sentiment de réellement tourner la page. Ils avaient presque toujours connu la peur, la menace, l'état de vigilance constante était devenu une normalité. Mais désormais, devant le corps sans vie de l'Héritier, ils avaient pour la première fois le sentiment de tourner la page. Devant eux se trouvait une nouvelle page à écrire, une page blanche où tout était nouveau et inconnu. C'était à la fois terrifiant et enivrant. Arriveraient-ils à vivre sans ce qu'ils avaient toujours connu ? A se construire un avenir qui ne serait plus en pointillé ? Ron se passa une main dans les cheveux.
_C'est vraiment fini…murmura-t-il comme pour se convaincre lui-même.
Il tourna les talons et se dirigea avec Harry vers l'intérieur du Manoir. Hermione l'attendait.
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Hermione regarda autour d'elle. Sa chambre n'avait pas changé. Les murs bleus pales, les livres parfaitement alignés, les meubles d'un blanc éclatant, un drapeau aux couleurs de Gryffondor accroché au-dessus de sa tête de lit. Elle s'assit sur son lit et croisa ses jambes en fixant les bandes rouge et or du drapeau. Tant de chemin avait été parcouru depuis le jour où, alors qu'elle rentrait chez elle l'été après sa première année à Poudlard, elle avait couru dans sa chambre pour accrocher ce drapeau, affichant fièrement les couleurs de sa maison, de ce qui était devenu un foyer pour elle, là où elle ne se sentait plus étrange, toujours un peu différente malgré elle, mais ni déplacée ni malvenue. Dans le monde des sorciers, elle avait enfin trouvé sa place, et elle savait que malgré leur fierté, ses parents en avaient éprouvé du chagrin. Comme si désormais, ils appartenaient à deux mondes différents. Mais elle était une sorcière, c'était ce qu'elle était, et si elle n'aspirait désormais qu'à une vie paisible et monotone, elle ne regrettait rien de ces années. Elle avait souffert, frôlé la mort, mais elle avait aussi vécu les plus beaux moments de sa vie, elle avait trouvé un frère et elle avait trouvé l'amour… L'amour de sa vie qu'elle allait épouser le lendemain. Un frisson d'excitation la parcourut. Ron et elle avaient opté pour une cérémonie entièrement sorcière, Hermione avait très peu de famille, dont elle n'était pas très proche, ils l'avaient toujours trouvée étrange, et ses cousins l'avaient toujours snobée. Ses parents seraient donc les seuls Moldus présents.
Cela faisait six mois que l'Héritier était mort, six mois qu'ils revivaient enfin. Harry avait succédé à la tête du département des Aurors, et avait entrepris de remanier l'ensemble du bureau, avec l'aide de Ron. Kingsley, en tant que Ministre de la Magie, avait proposé une promotion à la jeune femme. Le poste d'assistante du Ministre, un poste extrêmement important. Mais Hermione avait décliné l'offre, son devoir, elle le sentait, était de défendre les êtres magiques, ce qui lui avait valu les railleries de Ron et Harry, jusqu'à ce qu'elle leur rappelle l'histoire de Dobby. Elle devait lutter contre les injustices qu'ils subissaient, ils étaient différents, pas inférieurs… Peut-être cela venait-il de son enfance dans une école Moldue, où les enfants se montraient souvent méchants avec elle, parce qu'elle était différente, parce qu'elle était démesurément intelligente et que des phénomènes étranges semblaient se produire à chaque fois qu'elle ressentait une vive émotion.
Quelqu'un toqua à la porte et la tête de sa mère apparut dans l'entrebâillement.
_Chérie, je te dérange ?
Hermione sourit à sa mère et secoua la tête. Celle-ci entra et vint s'asseoir auprès d'elle.
_Comment te sens-tu ?
Hermione se mordilla la lèvre en cherchant sa réponse. Comment se sentait-elle ? Nerveuse ? Impatiente ?
_Je crois que je ne réalise pas, finit-elle par répondre.
Sa mère rit doucement et l'embrassa sur la tempe.
_C'est pourtant bien réel ma chérie !
_Je vais épouser Ronald Weasley, je n'arrive pas à y croire… poursuivit Hermione en regardant le drapeau des Gryffondor. Je veux dire… Moi, la Miss-Je-Sais-Tout de service, celle que personne ne remarquait, je vais épouser Ronald Weasley ! Je veux dire, il est…
_Beau garçon ? proposa Mrs Granger.
Hermione rougit et eut un petit rire.
_Oui, et le pire, c'est qu'il ne le réalise pas, il ne se rend même pas compte d'à quel point il est…
Elle, Hermione Granger, se trouvait à court de mots. Elle n'était pas habituée à ça, et se sentit inquiète à l'idée d'avoir la même panne de vocabulaire pendant l'échange des vœux. Sa mère sembla se rendre compte que le mutisme d'Hermione n'avait rien de naturel.
_Tout se passera bien Hermione…
_Et s'il changeait d'avis ? S'il se rendait compte qu'il peut avoir d'autres filles, plus drôles, plus jolies… gémit Hermione en se cachant le visage dans ses mains.
Mrs Granger caressa tendrement le dos de sa fille, et Hermione sentit ses muscles se détendre. Quand elle était enfant, sa mère avait l'habitude de lui caresser doucement le dos au moment où elle allait au lit, et elle avait toujours adoré ce rituel.
_Tu es une jeune femme magnifique et brillante, et Ron t'aime, c'est évident, ça fait des années que c'est évident, vous êtes faits l'un pour l'autre, vous l'avez toujours été et c'est une chance ma chérie, c'est rare de vivre une telle histoire…
Hermione poussa un profond soupir et releva la tête.
_Si seulement papa pouvait partager ton point de vue…
Mrs Granger soupira elle aussi. Hermione ressemblait énormément à sa mère, plus le temps passait plus elle en avait conscience.
_Il le partage… Dans une certaine mesure… Il n'a pas de problème avec Ron, pas personnellement du moins, disons qu'il a du mal à admettre que ce soit Ron qui ait pris soin de toi…tout ce temps…
Hermione nota le léger tremblement dans la voix de sa mère. De nouveau, la culpabilité s'abattit sur elle sans la moindre pitié.
_Je suis désolée maman…
Mrs Granger sourit tristement.
_Tu t'es déjà excusée mon ange… Tu n'avais pas le choix… C'est juste étrange… De ressentir le manque de ses années, d'avoir ce sentiment de vide, sans se souvenir l'avoir ressenti pendant les années en question… C'est étrange comme sentiment…
Elles restèrent un instant silencieuses. Puis Mrs Granger se leva.
_Il est temps de nous coucher ! Une belle et longue journée nous attend demain, et ton père ronfle déjà, je l'entends d'ici !
Hermione s'étira puis se glissa sous ses draps. Mrs Granger ne put s'empêcher de la border.
_Maman, protesta Hermione, je peux le faire !
_Pas ce soir, ce soir tu es encore ma petite fille, mon bébé, ma toute petite… réliqua Mrs Granger, les yeux baignés de larmes.
Hermione sourit et se laissa faire. Sa mère l'embrassa sur le front.
_Bonne nuit mon cœur, je t'aime…
La jeune femme, elle aussi, sentit ses yeux s'emplir de larmes.
_Moi aussi, souffla-t-elle.
Mrs Granger éteignit la lumière et referma la porte derrière elle.
Hermione l'entendit s'éloigner, puis le silence se fit dans la maison. Elle fixa un instant son plafond et se demanda ce que faisait Ron en ce moment même. C'était étrange d'être ici alors que tous étaient au Terrier, qui était en pleine effervescence. Mrs Weasley avait tenu à ce qu'Hermione passe sa dernière nuit de jeune fille chez ses parents, au grand désespoir des jeunes fiancés. Mais Hermione devait reconnaitre qu'elle savourait le calme de chez elle. Le Terrier était envahi par tous les Weasley, par une partie des invités, par une Ginny enceinte et hormonalement perturbée, par des Elfes de Maison qu'Hermione avait invités mais qui s'étaient précipité en cuisine à peine arrivés, dans toute la maison, ça cuisait, ça cousait, ça nettoyait, ça riait, ça rangeait, ça criait_ George et Lee avaient tenté d'ensorceler la tonnelle qui devait abriter la réception pour qu'elle se monte elle-même, sauf que la tonnelle s'était mise à ruer comme un cheval affolé et il avait fallu pas moins de six sorciers pour la maîtriser et lui rendre sa nature première. Ron était devenu livide et avait repris son souffle une fois la tonnelle en place. Il avait le même air paniqué que lorsqu'il s'apprêtait à jouer son premier match de Quidditch mais cette fois-ci, Hermione avait été incapable de le rassurer, elle-même n'en menait pas large.
Elle se blottit dans son lit et respira l'odeur de la lessive que sa mère utilisait et qui était pour elle chargée de souvenirs. Elle allait épouser Ron, son Ron maladroit, drôle, ronchon, généreux, colérique, aimant, possessif, protecteur, jaloux, loyal…
Ses paupières se firent lourdes, elle commença à sombrer lorsqu'un bruit la fit sursauter. Elle se figea et tendit l'oreille. Quelque chose heurta son volet et de manière instinctive, elle se saisit de sa baguette et glissa sans un bruit hors de son lit pour aller vers la fenêtre, qu'elle ouvrit lentement, le cœur battant. Une brise fraîche la fit frissonner.
_Hermione c'est moi ! chuchota furieusement une voix qu'elle aurait reconnu entre mille.
Elle s'empressa d'ouvrir les volets et se retrouva, médusée, face à Ron, qui volait sur un balai au niveau de sa fenêtre.
_Que fais-tu là ? souffla la jeune femme, stupéfaite.
_Je peux entrer ? répondit Ron avec un air penaud.
Hermione s'écarta et Ron entra maladroitement pour atterrir de manière un peu brutale sur le plancher.
_Chut ! le réprimanda Hermione en refermant la fenêtre.
_Désolé, marmonna Ron en se relevant.
Ils se retrouvèrent face à face dans la pénombre de la chambre. Hermione avait le cœur qui battait toujours aussi vite, mais plus pour les mêmes raisons.
_Salut, fit Ron avec un petit sourire en coin.
Hermione ne put s'empêcher de lui rendre son sourire tout en sentant son visage s'empourprer.
_Salut, répliqua la jeune femme. Que fais-tu ici ? Tu aurais pu être vu ! Et est-ce qu'ils savent que tu es ici ? Nous ne sommes pas censés nous voir avant demain devant l'autel !
Ron émit un claquement de langue outré.
_J'ai utilisé un sort de dissimulation, je suis Auror, je sais comment passer inaperçu ! Je ne pouvais pas transplaner pour ne pas effrayer tes parents !
Hermione se demanda si ce n'était pas plutôt la peur de voir son père surgir dans la chambre en entendant le bruit caractéristique du transplanage.
Ron prit une expression qu'elle ne connaissait que trop bien, et malgré l'obscurité partielle, elle pouvait deviner qu'il rougissait.
_Harry m'a couvert… Tu me manquais… murmura-t-il.
Hermione sentit comme une envolée de papillons virevolter à tire d'ailes dans son estomac.
_Tu me manques aussi, mais nous nous marions demain, nous devons nous reposer…
_Je sais… Mais je n'arrivais pas à dormir, j'étais….inquiet…
_Inquiet ? répéta Hermione avec surprise.
Ron regarda ses chaussures avec embarras.
_Je n'ai pas l'habitude que tu dormes loin de moi, ici n'importe qui pourrait vous attaquer, tu serais seule pour vous défendre…
Hermione soupira et franchit la distance qui les séparait pour le serrer dans ses bras.
_Ron, c'est fini tout ça… Tu ne peux pas continuer à vivre comme si le pire allait constamment arriver…
Ron ricana.
_Je n'aurais jamais cru qu'un jour ce soit toi qui me dise quelque chose comme ça !
Hermione lui mit une tape sur le bras, mais elle souriait.
_Je ne plaisante pas, poursuivit Ron en la regardant avec sérieux…
La jeune femme l'entraina vers son lit, ils s'assirent et elle alluma sa lampe de chevet. Ron sembla un instant distrait par la lampe, il pensait sans doute à son père qui serait ravi d'en avoir une à étudier. Il semblait à la fois sérieux et gêné.
_Ron ?
_Je ne veux pas te perdre… Je n'arriverai pas à dormir si je ne suis pas avec toi… confessa le jeune homme en évitant son regard, le sommet de ses oreilles virant à l'écarlate.
Hermione lui prit la main.
_Tu es nerveux ? Pour demain ?
Il la regarda avec surprise, puis avec honte, avant de hocher la tête et d'ajouter précipitamment.
_Je suis désolé, je n'ai pas peur de me marier avec toi, Merlin sait si j'ai attendu ce jour ! Je suis juste stressé je suppose, je… je… et si je gâchais tout ? Je te fais toujours pleurer ! Et si je te rendais malheureuse ? Et si tu finissais par en avoir marre de moi ? Je veux dire, regarde, je t'énerve souvent ! Tu pourrais trouver quelqu'un qui ne t'énerve pas, comme ce Connor je sais pas quoi super parfait du service de Lutte contre le Détournement des objets Moldus ! Et si la cérémonie se passait mal ? Tu sais à quel point je suis une catastrophe quand je suis nerveux ! Et si je te marchais sur les pieds pendant qu'on danse ?
_Ron…
_Et tu es sûre que tu veux des enfants avec moi ? Je veux dire, il y a de bonnes chances pour qu'ils soient roux, et qu'ils soient recouverts de ces foutus taches de rousseur !
_Ron !
_Et s'ils héritaient de mon sale caractère ? Et si vous finissiez par tous me détester ?
_RON !
Le jeune homme s'arrêta, à bout de souffle et regarda Hermione avec un air effrayé. La jeune femme soupira en secouant la tête. Puis elle le regarda avec tendresse.
_ Ron, tu ne me rendras pas malheureuse, et si je devais en avoir marre de toi, ça ferait longtemps que ce serait arrivé, mais ce n'est pas le cas, parce que je t'aime, parce que Connor je ne sais pas quoi n'est absolument pas parfait, il n'est pas toi ! Et si tu me marches sur les pieds, je survivrai, et j'aime tes cheveux roux, et j'aime tes taches de rousseur et je veux que nos enfants te ressemblent !
_Tu es dingue, c'est officiel, marmonna Ron, ce qui lui valut une nouvelle tape.
_Ron, je suis nerveuse moi aussi, c'est normal, je suppose, j'ai lu quelques livres sur les mariages…
Ron eut un sourire amusé qu'Hermione ignora.
_ ...ils parlent de la nervosité, mais je ne sais pas jusqu'à quel degré c'est considéré comme normal, mais bon, c'est la première fois que je me marie !
_Et la dernière ! répliqua Ron.
_Chut, parles moins fort !
Ron rougit et regarda la porte de la chambre comme si elle était sur le point de lui exploser à la figure.
_Ron, demain c'est supposé être le plus beau jour de notre vie…
_Mais à part ça, aucune pression ! ironisa Ron.
Ils rirent ensemble, veillant à ne pas faire de bruit.
_Tu n'as pas changé d'avis ? demanda timidement Ron.
Hermione l'embrassa tendrement.
_Je ne changerai jamais d'avis…
_Tu pourrais trouver mieux…
_Toi aussi ! répliqua Hermione en détournant le regard. Ron haussa les sourcils.
_Comment ça ? finit-il par demander.
_Ron, depuis la cinquième année à Poudlard, tu as une bande de groupie qui n'attend qu'un geste de ta part pour se jeter sur toi ! Et ça a continué quand tu es devenu Auror !
Ron semblait abasourdi et Hermione leva les yeux au ciel, exaspérée.
_Oh pour l'amour du ciel, Ron, ne me dis pas que tu n'as jamais remarqué ces filles qui te suivaient à la trace en cinquième et sixième année !
_Mais elles suivaient Harry ! répliqua Ron
Hermione secoua la tête. Ce qu'il pouvait être aveugle pour ce genre de choses !
_Certaines oui, mais pas la totalité !
Ron haussa les épaules.
_Aucune d'elles ne t'arrivent à la cheville !
Hermione rougit et sourit timidement.
_C'est gentil, Ron, mais je ne suis pas aussi jolie qu'elles, je n'ai pas de beaux cheveux, je…
_Tes cheveux sont parfaits ! Tu es magnifique, tu es belle, tu as le plus beau des sourires, tu es brillante…
Il se pencha vers elle et l'embrassa longuement.
_Et je pourrais passer ma vie à t'embrasser…
Hermione s'écarta.
_Tu pourras… à partir de demain ! Tu dois rentrer !
Le visage de Ron s'affaissa.
_Je pourrais rester ? suggéra-t-il.
_Non ! Est-ce que tu imagines la scène si mon père te surprenait ?
Ron pâlit à cette idée. Il imaginait parfaitement la scène. Avec un soupir résigné, il se leva et se dirigea vers la fenêtre en s'emparant de son balai au passage. Hermione vint vers lui et l'embrassa.
_On se voit demain… Tâches d'être à l'heure !
Ron lui fit une grimace et se jucha sur son balai pour ensuite passer à l'extérieur.
_S'il se passe quoi que ce soit, tu transplanes immédiatement, d'accord ?
_Ron !
_Promet moi !
_Ron, enfin, il y a mes parents !
_Tu peux transplaner avec eux, tu y arriveras, tu es la sorcière la plus douée de notre génération, non ?
Hermione soupira en levant les yeux au ciel.
_Promet moi ! répéta Ron, sinon je passe la nuit ici !
Hermione rougit et grommela.
_Bien, c'est promis !
_Tu ne veux pas de moi à ce point ?
_Ron !
_Ça va, ça va, j'y vais, je plaisantais !
Il vola quelques instants devant la fenêtre, puis avec un air résigné s'éloigna pour vite disparaitre dans l'obscurité de la nuit.
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Hermione regarda la jeune femme qui lui faisait face. Elle semblait plus grande et élancée, ses cheveux étaient soyeux et rassemblés en un ravissant chignon magnifiquement travaillé, souligné par un diadème discret. Elle portait une robe qui était finement travaillée dans de la dentelle, simple, épurée… Hermione avait peine à croire qu'il s'agissait de son propre reflet. Elle hésita puis tourna sur elle-même devant les regards brillants de larmes de sa mère, de Mrs Weasley, et de Ginny. Luna applaudit avec un sourire ravi.
_Tu es superbe Hermione !
_Ron risque d'avoir besoin de soins médicaux ! assura Ginny.
Mrs Granger et Mrs Weasley étaient muettes. Elles finirent par étreindre Hermione en fondant en larmes l'une et l'autre.
_Attention, la robe ! La robe ! s'écria Ginny en les écartant.
Ginny arborait un ventre incroyablement proéminant quand on savait qu'elle n'était qu'à six mois de grossesse. Aussi, Mrs Weasley et Mrs Granger n'osèrent pas protester.
_Nous devons descendre, annonça Mrs Weasley, la voix chevrotante. Oh, mon Ronnie va se marier !
Elle fondit de nouveau en larmes et Luna l'accompagna hors de la chambre. Mrs Granger tendit son bouquet de fleurs à Hermione, qui sourit faiblement.
_Ma chérie, tu es… Tu es si belle, si parfaite, je t'aime tellement !
_Je t'aime aussi maman…
Elles s'étreignirent à nouveau et Ginny soupira. Puis Mrs Granger sortit à son tour. Hermione se tourna de nouveau vers son reflet. Son regard dans le miroir croisa celui de Ginny.
_Tu es renversante Hermione ! Je suis tellement heureuse que nous devenions officiellement sœurs !
Hermione acquiesça, émue. Quelqu'un toqua et Ginny alla ouvrir. Harry passa la tête et ses yeux s'écarquillèrent quand il vit Hermione.
_Waouh, Hermione, tu es incroyable ! Ron m'envoyait voir si tu allais bien, je crois qu'il voulait surtout vérifier que tu ne t'étais pas enfuie !
_Quel idiot, lança Ginny, tu as le temps de fuir Hermione si tu veux !
La jeune femme rit en secouant la tête. Ginny rit à son tour et sortit de la pièce. Harry referma la porte derrière elle.
_Comment te sens-tu ? demanda-t-il à Hermione en se tournant vers elle.
Hermione se mit à triturer son bouquet de fleurs.
_Terriblement nerveuse !
_Crois-moi, tu as l'air bien plus détendue que Ron !
Le cœur de la jeune femme sembla faire un triple salto dans sa poitrine.
_Il tient le coup ? demanda-t-elle d'une petite voix.
_Pour l'instant oui, mais je ne suis pas sûr que ça dure quand il va te voir ! Et je crois qu'il a un peu peur qu'un certain Viktor Krum ne surgisse au beau milieu de la cérémonie !
Hermione leva les yeux au ciel.
_Non mais franchement !
_ Je l'ai laissé avec ses frères pour une discussion que je n'ai pas vraiment envie d'entendre !
Hermione s'empourpra et ouvrit des yeux ronds.
_Je suis vraiment heureux pour vous deux… dit Harry au bout d'un moment.
_Merci Harry…
Hermione refréna une urgente envie de pleurer, mais Ginny le lui avait interdit, pour ne pas ruiner son maquillage.
_C'est étrange, tu ne trouves pas, d'être là, de nous marier, d'avoir des enfants… Ca fait tellement…
_Adultes ? suggéra Harry avec un sourire.
Hermione approuva de la tête.
_Je me sens adulte bien sûr, mais c'est comme si nous basculions dans une nouvelle ère, c'est étrange comme sentiment…
_Je sais, je ressens constamment la même chose depuis que l'Héritier est mort… Comme si ma vie avait soudain ralenti… Et j'aime ça…
_Moi aussi… Je n'aurais jamais cru que je me marierais avec Ron…
_Moi non plus, vous étiez tellement bornés à essayer de cacher vos sentiments que je commençais à désespérer pendant toutes ces années ! s'exclama Harry en levant le bras vers le plafond dans un geste théâtral qui arracha un petit rire à Hermione.
Puis il ajouta plus sérieusement.
_Je voudrais que tu saches que… Que Ron et toi êtes ma famille, vous êtes les meilleurs amis qu'on puisse avoir, vous m'avez toujours suivi, peu importait le danger ou vos doutes, vous avez toujours été loyaux, et je suis vraiment heureux de vous avoir dans ma vie, je ne l'imagine pas sans vous… Si je suis ici aujourd'hui, c'est grâce à vous… Merci d'avoir été là, j'aimerais effacer toutes les épreuves que vous avez dû traverser à cause de moi, mais je ne peux pas, tout ce que je peux faire, c'est vous dire merci, te dire merci, et te dire que je t'aime, tu es la sœur dont j'ai toujours rêvé…
Hermione éclata en sanglots. Au diable le maquillage, elle se jeta dans les bras d'Harry et le serra contre elle de toutes ses forces.
_Oh Harry, nous t'aimons aussi de tout notre cœur ! Et je, nous, je pense pouvoir parler au nom de Ron, nous ne regrettons rien, et nous serons toujours là pour toi, peu importe le danger, peu importe le pourquoi !
Harry finit par s'écarter en essayant maladroitement d'aplatir ses cheveux rebelles en évitant de croiser son regard. Ses yeux brillaient de larmes contenues derrière ses lunettes. Ginny entra de nouveau dans la chambre et eut l'air horrifiée.
_Hermione ! Je t'avais interdit de pleurer ! Oh regardes, c'est un véritable gâchis ! Harry Potter, qu'est-ce que tu as fait ?
Harry sembla pris de court et regarda sa femme avec un air apeuré. Celle-ci, poings sur les hanches le fusillait du regard.
_Quoi ? Je n'ai rien….
_Sors de cette pièce immédiatement ! A moins que tu ne souhaites enfiler une robe et devenir demoiselle d'honneur !
Harry s'empressa de bredouiller des excuses pour il ne savait pas vraiment quoi et quitta la pièce. Hermione s'empêcha de rire tandis que Ginny réparait les « dégâts » en marmonnant.
Mr Granger profita de la sortie d'Harry pour entrer dans la pièce. Il regarda un instant sa fille, bouche bée, puis sourit, ému. Ginny attrapa son propre bouquet et sortit en adressant un clin d'œil à son amie.
_La cérémonie va commencer, annonça Mr Granger, la voix étrangement rauque.
Il y eut un silence embarrassé.
_Papa, je…
_Hermione, je…
Ils se regardèrent, interloqués, et éclatèrent de rire.
_Vas-y papa, toi d'abord…
_Je… Et bien je voulais te dire que… Que je suis fier de toi, et heureux pour toi… Ce Ron a l'air de t'aimer… Tu mérites un homme qui t'aime autant… Je… Je suis désolé si je n'ai pas toujours donné l'impression d'être heureux pour toi…
_Oh, papa ! Je t'aime !
Elle se blottit dans ses bras.
_Je suis désolée papa, pour tout ça…
Ils savaient tous les deux ce que « tout ça » signifiait.
_Je sais mon ange… Tu n'avais pas le choix, et tu as pris une décision qui demandait énormément de courage… Tu les suivrais jusqu'au bout du monde, n'est-ce pas ? Harry et Ron ?
_Probablement, répondit Hermione en s'écartant. Je les aime, Harry est comme mon frère et Ron, et bien Ron est l'homme de ma vie.
Mr Granger grimaça et soupira avec un air un peu triste, puis il finit par sourire à nouveau.
_Ma petite fille se marie… Il a intérêt de prendre soin de toi !
_Papa ! Il prend déjà soin de moi, comme il l'a toujours fait ! protesta Hermione.
_Oui, enfin, pas vraiment « toujours »…
_Papa, nous étions des adolescents… Ron est la personne la plus gentille et la plus loyale et la plus courageuse que je connaisse !
_Il était à deux doigts du malaise quand je l'ai croisé, fit remarquer Mr Granger en haussant les sourcils.
Hermione ne put s'empêcher de rire.
_Je crois que nous devons y aller, dit enfin Mr Granger en proposant son bras à Hermione.
Le cœur de la jeune femme se mit à battre furieusement dans sa poitrine. Tremblante, elle passa son bras sous celui de son père et se laissa guider au rez de chaussé du Terrier. Elle avait soudain l'impression de flotter dans une espèce de brume qui étouffait lumières et sons. Elle eut vaguement conscience de sortir de la maison et c'est lorsqu'elle fut face à l'allée menant à l'hôtel qu'elle sortit de son état second. Elle était émerveillée. Tous les arbres du jardin étaient en fleur, et pour un mois de mars, la journée était relativement clémente. L'allée était parsemée de pétales de fleurs blanches qu'avaient lancées Victoire et Teddy. Ginny et Luna, vêtues des mêmes robes d'un joli chocolat, étaient debout du même côté et souriaient, radieuses. Et Ron était là, devant l'autel. Hermione ne pensait pas que son cœur était capable de battre si vite. Il était terriblement séduisant dans son costume, il avait tenu à porter ce que portent les mariés Moldus, en hommage aux origines de la jeune femme, et celle-ci ne regrettait absolument pas ce choix. A ses côtés se trouvaient Harry et George. La mélodie s'éleva et Hermione avança au bras de son père. Elle ne pouvait quitter Ron du regard et elle s'agrippait au bras de son père comme à une bouée, terrifiée à l'idée de trébucher. Ron avait de nouveau la bouche ouverte et les yeux écarquillés. Il était devenu rouge et elle vit Harry lui donner un discret coup de coude.
Elle entendit sa mère et Mrs Weasley renifler, elle aperçut Hagrid sortir son énorme mouchoir de sa poche, elle vit Harry qui souriait de toutes ses dents aux côtés de Ron, et Ron, les yeux brillants, les oreilles si rouge qu'on pouvait sans doute les voir depuis un balai, et un sourire si heureux placardé sur les lèvres qu'Hermione eut la sensation que son cœur menait sa propre danse.
Lorsqu'ils arrivèrent au niveau de Ron, Mr Granger plaça sa main dans celle du jeune homme.
_Aimez la…
_Toujours, répondit simplement Ron.
Mr Granger alla s'asseoir et Ron et Hermione se tournèrent vers le sorcier qui allait les marier.
_Tu es…waou, tellement belle, je ne sais pas s'il existe un mot, c'est toi la spécialiste !
Hermione se mordit la lèvre pour ne pas rire.
_Nous sommes réunis ce jour pour célébrer l'union de ce sorcier et de cette sorcière par les liens magiques du mariage…De cette baguette, leur amour sera scellé, les unissant à jamais… Mais auparavant, conformément aux souhaits des mariés, nous allons procéder à l'échange des vœux et des alliances, ainsi que le veut la tradition Moldue…
Victoire s'avança en portant un petit coussin sur lequel étaient posées deux alliances. Ron en saisit une et saisit la main d'Hermione.
_Hermione… Tu es ma meilleure amie, mon âme sœur, la femme de ma vie, tu fais partie de moi, je t'aime plus que tout au monde, je souhaite plus que tout passer le reste de ma vie à tes côtés, et par cette alliance, je te prends pour femme…
Il glissa l'anneau au doigt d'Hermione, qui sentit une boule d'émotion tenter d'obstruer sa gorge. Elle déglutit et saisit l'autre alliance puis la main de Ron.
_Ron, tu es mon meilleur ami, mon cœur et mon âme sont entre tes mains, pour toujours et depuis toujours, tu es une partie de moi, je t'aime tellement, plus que je ne saurais le dire… Par cette alliance, je te prends pour époux…
Elle glissa à son tour l'anneau autour du doigt de Ron. Ils gardèrent leurs mains enlacées.
_Ronald Bilius Weasley, souhaitez-vous prendre Hermione Jean Granger comme épouse légitime, afin de l'aimer et de la chérir, dans la maladie comme dans la santé, dans le bonheur comme dans l'adversité ?
_Oui…
Sa voix était étranglée, jamais Hermione ne l'avait vu si ému, elle sentait sa main qui tremblait légèrement dans la sienne.
_Hermione Jean Granger, souhaitez-vous prendre Ronald Bilius Weasley comme époux légitime, afin de l'aimer et de le chérir, dans la maladie comme dans la santé, dans le bonheur comme dans l'adversité ?
Elle plongea son regard dans le sien. Elle revit ce garçonnet de onze ans avec une tâche sur le nez, puis cet adolescent grognon et trop grand, devenu adulte bien trop vite, bien trop brutalement, cet homme qui donnerait sa vie pour elle, son amour pour lui était aussi démesuré qu'unique…
_Oui…
_Par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare donc mari et femme !
Il leva sa baguette et une pluie d'étoiles argentées en jaillit, tournoyant autour d'eux. Ron et Hermione ne se quittaient pas du regard. Ils étaient mariés. Après des années à refouler leurs sentiments, après une guerre qui avait failli les emporter avec leur secret, après avoir affronté le descendant de Voldemort, après avoir failli mourir à maintes reprises, ils étaient enfin mariés. Officiellement mari et femme. L'un et l'autre n'auraient jamais cru voir ce jour arriver, l'un et l'autre n'auraient jamais cru pouvoir être aimé en retour de l'autre, et pourtant… Ron se pencha vers elle et l'embrassa. La jeune femme noua ses bras autour de sa nuque et lui rendit son baiser.
Une nouvelle vie pouvait commencer…
