-Rem, chui crevée, je n'ai pas envie là…

-Soit donc un peu coopérative, je fais ça pour toi. Sinon demain, oubli ça, tu n'arriveras même pas à tenir debout.

Je continuai à rechigner tandis que Remus s'appliquait à guérir la moindre petite blessure que j'avais. Il avait guéri les blessures mineures d'un « Episkey » et bandé les plus sérieuses. Mon mal de tête lancinant c'était évaporé avec une potion de l'armoire à pharmacie et après quelques tests de réflexes totalement inutiles quant à moi, vu à quel point ils avaient été mis à l'épreuve lors de la partie de tague, mon ami avait sorti un pot de baume pour les bleus. Comme j'avais refusé de le faire moi-même, disant que c'était ridicule, il avait fini par me menacer de l'appliquer lui-même de force. C'était pourquoi je me retrouvai attachée à l'armoire à pharmacie, assise sur le comptoir de la salle de bain du dortoir des garçons alors que Remus en infirmier totalement dévoué et minutieux m'arrachait un mélange de cris et de rires.

-Putain! Arrête, je vais mourir de rire, sa chatouille! Aïe!

-Alors, arrête de bouger, parce que sinon c'est sûr que je te fais mal.

-Mais je ne peux pas sa chatouille trop!

-Arrête au moins de protester alors!

-Non jamais! C'est de la torture.

-Bon comme je n'ai pas le choix.

Remus approcha à moins de quelques centimètres de mon visage et je me tue instantanément. Au fond de ses yeux, la même flamme brûlante que l'autre soir dansait en m'interdisant d'ajouter quoi que ce soit. Soudain, les mains de Remus sur ma peau se firent moins professionnelle, plus aventureuse et je dû m'efforcer de contrôler ma respiration qui s'affolait. Son regard rivé au mien, son souffle sur mes lèvres à peine à quelques millimètres de moi…

-J'ai fini, ces mots me firent l'effet d'une douche glacée et mon sourire s'effaça. Tu vois quand tu y mets du tien ça va mieux non? Remus avait tout de même plutôt du mal à reprendre ses esprits et ce petit instant de gloire personnelle ranima mon sourire.

-Alors tu me détaches quand cher tortionnaire? À moins que tu aies l'intention de me laisser ici pour profiter de moi, demandai-je pour pousser mon ami dans son malaise.

Les liens disparurent instantanément, mais Remus finit par se redonner contenance et nous retournâmes devant le foyer pour discuter avec nos amis.

Pdv : Remus

J'étais incapable de me concentrer sur le bout de parchemin requérant mon attention qui était posé sur la table en face de moi. Les cheveux dorés et soyeux qui prenaient vie au moindre mouvement de la jeune étudiante en face de moi étaient bien plus captivants que ce foutu parchemin couvert de questions incompréhensibles de potions.

À quoi sert un bézoard?

Aucune idée…

Quelle est l'utilité des pétales de roses dans l'amortentia?

Sentir vachement bon… Comme Jennifer… Exactement pareil comme Jennifer...

Quelles sont les propriétés de la cannelle?

Sa peau goûte la cannelle…

Identifier les usages d'une fleur de votre choix.

La rose d'argent est aussi belle qu'inapprochable. Fragile, elle peut se briser d'un rien et c'est pourquoi l'on doit éviter de s'en approcher… Elle a un regard magnifique et…

-Hum! Un toussotement de Slughorn interrompit le silence de la pièce. Je doute fort monsieur Lupin, qu'une fleur puisse avoir un regard magnifique, qu'elle soit argentée ou non. Je ne vous pensais pas si bête, surtout depuis les récents changements de place. Effacez-moi tout de suite ces stupidités et donnez-moi au moins quelques réponses convenables que je puisse vous corriger comme il se doit.

Toute la classe avait désormais les yeux rivés sur moi et au sourire démoniaque de mes amis, je doutai fort qu'ils n'aient pas fait de rapprochement entre mon babillage débile et le véritable sens de la métaphore. Jennifer finit par se retourner et asséna d'un ton sec au professeur.

-Sans vous offensez monsieur, mais il existe quelque part au Canada un type de fleur doté magiquement de parole et de vie. Elles ont un visage et peuvent même danser si on le leur demande gentiment. Un auteur moldu en a fait la découverte un jour et il a publié un conte à ce sujet.

-Vraiment, répliqua le professeur assuré que la jeune femme lui mentait. Alors, dites-moi donc quel est le titre d'un tel ouvrage.

-Pour sûr, je vous le passerai si vous le souhaitez. Ce conte est celui d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.

Lily étouffa un rire et Slughorn furieux d'avoir été remis à sa place nous ordonna de reprendre l'examen en silence.

J'en étais où déjà… Ah oui! La rose d'argent est décorée d'une jolie corolle dorée qui chatoie à chacun de ses pas. Lorsqu'elle danse, les effets peuvent être très dommageables pour la santé mentale des lycanthropes…

Après avoir remis ma copie où les quelques gaffes d'égarement cérébral avaient été corrigées à Slughorn je m'en fus rejoindre mes amis.

-Comme ça les fleurs ont des regards magnifiques me titilla Alice.

-Non pas les fleurs, ma chérie la corrigea Sirius, SA fleur. Le ptit loup est bien plus possessif que ça voyons!

-Moi je pense qu'elle est chanceuse cette fleur, elle doit être particulièrement joli pour que tu lui accordes ton attention. La voix chantante de Jennifer me retint d'étamper mon poing sur le visage d'aristocrate baveux de Sirius. Cependant, sa remarque sonnait presque imperceptiblement comme un reproche.

-Mieux vaut apprécier les jolies choses que s'attarder aux horreurs, répondis-je dans le but de la complimenter.

-Bah alors, tu m'excuseras si je pars. Mieux vaut que tu ne t'attardes pas trop, n'est-ce pas? Jennifer partit à grandes enjambées. Elle était clairement furieuse.

-CRÉTIN! hurlèrent simultanément Lily et Alice dans le corridor.

-Qu'est-ce que… demandais-je complètement perdu.

-Elle à tout compris de travers espèce de débile! s'écria Alice.

-Mais je n'ai pas fait exprès! Qu'est-ce que j'ai dit de mal? m'écriai-je à mon tour exaspéré.

-Lily m'expliqua alors posément. Toi tu as voulu dire que tu l'appréciais et qu'elle était jolie. Elle ce qu'elle a compris c'est que tu devais passer à quelqu'un d'autre de plus joli et qu'elle n'était qu'une horreur!

-Mais comment! C'était clair non?

-Ben moi je ne suis vraiment plus là, Sirius interrompit l'altercation qui commençait à grimper d'un ton. En fait, je suis carrément perdu… y'avais une jolie horreur à laquelle Remus devait s'attarder?

-Non Patmol. J'ai juste foiré, encore et comme toujours, terminai-je tristement. Jennifer allait m'éviter soigneusement pour le reste de la journée, c'était certain.

Au moins, t'arrives toujours à te racheter à ses yeux… et à te faire pardonner…

La petite voix de la raison dans ma tête me levait le cœur. C'était tellement égoïste de ma part.

Le lendemain matin, Jennifer allait sûrement trouver une magnifique fleur sur sa table de chevet avec l'inscription « Pour la seule plus jolie que moi » d'écrite sur un parchemin enroulé autour.

S'il le fallait, je pense que je ferais n'importe quoi pour elle…

À mon réveil le matin suivant, je fus plutôt étonné de voir une Jennifer tout endormie au pied de mon lit. Elle tenait un bout de parchemin dans ses mains et ma curiosité l'emportant sur tout le reste je m'en emparai. Mon amie avait reproduit avec une exactitude fulgurante la rose que je lui avais offerte ainsi que mon mot d'excuse.

Elle avait compris et c'était sa manière à elle de venir s'excuser. Probablement qu'elle n'avait pas envisagé de s'endormir sur mon lit, préférant me laisser la feuille sans un mot, mais que le sommeil l'avait rattrapée contre son gré. Je l'attirai à moi et rabattit les couvertures sur nous avant de retourner au pays des songes. À mon deuxième réveil, j'aperçut la porte du dortoir se refermer et la silhouette de Jennifer s'éloigner.

La journée passa à toute vitesse en compagnie de mes amis, tout était revenu pour le mieux, tout était revenu à la base, au pacte que j'avais fait avec Jennifer.

Pour la garder près de moi et qu'elle continu de me sourire, je ne devais pas m'enfuir, je ne devais pas la rejeter, je ne devais pas avoir peur de l'approcher, ni d'agir comme un ami avec elle. Mais je devais surtout ne pas oublier à quel point je pouvais facilement déraper, aller trop loin et me bloquer à cause du loup et là tout s'effondrerait.

C'était ce que je tentais d'expliquer à James et à Lily alors que nous étions tous les trois seuls dans la salle commune. Ils étaient venus me retrouver pour « discuter », mais j'avais vite saisi que le véritable but de leur visite était plutôt de me convaincre de me laisser aller et de sauter sur Jennifer pendant qu'il était encore temps.

-Remus arrête de dire des conneries! Comment est-ce que tu veux réussir à toujours être aussi près d'elle sans jamais dépasser la limite. Tu vas te planter mon vieux et là tu seras encore plus mal que maintenant, s'exclama James.

-Ça c'est si Jennifer ne te saute pas dessus en premier, compléta Lily.

-Écoutez, pour l'instant c'est comme ça et c'est tout. Je n'y changerai rien. Ce n'est pas que je ne veux pas, au contraire, j'aimerais tellement lui avouer. Sauf que je ne peux pas, expliquai-je sombrement.

-Mais pourquoi, s'écria Lily hors d'elle.¸

-Parce que je suis un loup-garou, putain de merde! Je suis une bête sauvage complètement incontrôlable qui pourrait blesser n'importe qui, hurlai-je. Je lui ai déjà trop fait de mal et rien n'y changera je ne me le pardonnerai jamais.

Ce fut seulement à ce moment-là que je remarquai les regards de mes amis dirigés vers un point derrière moi. Sous une quelconque intervention de l'intrus, James hocha la tête et entraina la rousse avec lui.

-Alors comme ça petit loup, tu refuses d'être avec moi simplement parce que tu es toi? La voix de Jennifer résonna comme une gifle dans mon esprit bien qu'elle ait prononcé doucement ses mots.

Elle sait…

-Crois-tu que je serais jalouse de la Lune? Peut-être un peu, bien sûr, mais je ne pense pas vraiment. Dans le fond, elle te fait bien plus de mal que tu ne pourrais jamais m'en faire. C'est un dur prix à payer pour quelqu'un qui ne le mérite pas…

Non, je ne peux pas…

-J'ai envie d'être avec toi Remus, bien plus que tu ne le penses, et si ce n'était que de moi nous n'en serions pas là. Cependant, petit loup moi aussi j'ai des secrets et comme tu le sais c'est lourd à porter.

-Jenn…

Ses mains glissèrent de sur mes épaules pour descendre sur mon torse, tandis qu'elle accotait son menton sur ma tête. Un frisson me traversa de part en part et je l'obligeai à me lâcher. Elle finit donc par venir s'asseoir à côté de moi, résignée à attendre mes explications.

-L'autre fois à la cabane hurlante c'était moi Jenn. Je suis un monstre et je t'ai fait du mal tu ne comprends donc pas? J'aurais pu te tuer et je n'aurai même pas été capable de m'en empêcher. Je pourrai tuer n'importe qui Jenn, même ma propre famille. Toi encore plus que quiconque, car tu m'attires comme un aimant.

-Re'm, je sais pour l'accident à la cabane. Le directeur m'a tout expliqué. Cependant, je n'en ai pas gardé la moindre trace, je ne suis pas condamné par ta faute.

-Si.

-Si je l'étais, ce ne serait même pas de ton ressort. Quand tu es le loup, tu n'es plus toi-même. Tu ne tueras personne, ni moi ni ta famille et sûrement pas tes amis, Remus, car tu n'es pas le loup.

-Jennifer, le loup c'est moi et personne d'autre.

-Mais es-tu présent quand il est là? Peux-tu arriver à le contrôler, à le dominer? Non. Personne ne le peut Remus.

-Si je le voulais, je pourrai te casser le poignet sans problème, là simplement en serrant un peu trop ta main. Tu voudrais m'assassiner que tu n'y arriverais pas tellement j'ai une ouïe développée et je peux te confirmer par leur simple odeur constamment mélangée que Lucius est plus proche de Severus que personne n'oserait l'imaginer. Pigé? Même en étant moi je garde du loup.

-Ce qui selon moi n'est pas totalement un inconvénient selon moi. Tu es assez fort pour me soulever si je me fais mal, et beaucoup plus doux dans tes gestes.

-Je…

-Si tu entends si bien, tu sauras si quelqu'un aurait besoin d'aide sur de bonnes distances. Tu pourrais utiliser ce don pour travailler comme secouriste et si un jour t'avais des enfants, tu n'aurais même pas besoin d'alarmes! Tu les entendrais quand ils pleureraient.

-Jenn, c'est stupide…

-Quant aux odeurs, ça t'aidera à m'apprendre à cuisiner une bonne fois pour toutes et si j'étais toi, j'en profiterais vachement pendant les cours.

-Hein?

-Tu sens bon Remus.

-Quoi?

-Oh laisse tomber.

Le calme retomba dans la pièce. À cette heure-ci, tout le monde se préparait à aller dormir et la salle commune était entièrement vide.

-Tu n'as aucun problème avec ma condition? Ça ne t'affecte en rien? Tu n'as pas peur de moi?

-Non, Remus je n'ai pas peur de toi. Il y a des choses bien plus horribles dans la vie, dans la mienne en particulier.

-Comment ça?

-Je t'ai dit que j'avais des secrets moi aussi et il se trouve que ça en fait partie.

-Tu connais le mien, alors pourquoi ne pas me le révéler? C'est toujours moins lourd à porter à deux que seule.

-Non, tu en sais déjà trop. J'ai déjà trop sur la conscience le fait de vous mettre en danger en permanence pour risquer ainsi de te placer dans une situation bien pire.

-Pourquoi est-ce que tu nous mettrais en danger Jenn?

-Parce qu'Il me veut et qu'Il n'hésitera pas à se servir de vous pour m'atteindre. Le simple fait que je vous connaisse vous place dans une situation précaire.

-Encore Lui. J'en peux plus de ce foutu Il Jenn! Si tu veux parvenir à surmonter ta peur, tu dois pouvoir la nommer.

-La peur. Le mal. La souffrance. L'horreur. Je peux le nommer Remus, Il est tout ça.

Mon amie s'était recroquevillée sur elle-même et cachait son visage dans ses bras. Je m'approchai et la prit doucement dans mes bras. Elle releva la tête et je replaçai une mèche qui tombait sur sa joue.

-Tu ne me diras pas ce qu'Il t'a fait n'est-ce pas? Demandai-je même si c'était une évidence.

-S'il n'est plus, tu sauras tout.

-Sache que peu importe le danger, je serai toujours là Jennifer d'accord?

Elle hocha la tête.

-Je te laisserai le temps que tu voudras Jenn, mais tu ne pourras pas supporter ce secret indéfiniment. En attendant, j'ai besoin d'être avec toi.

-Je ne peux pas Remus. C'est trop dangereux pour toi.

-Pas plus que je ne le suis pour toi.

-Non, c'est faux, tu n'es pas dangereux.

-Alors, laisse-moi être avec toi, la suppliai-je.

Non… Je ne dois pas… souffla-t-elle.

Le cœur battant, je laissai courir ma main sur sa peau et resserrai mon étreinte.

-Jenn, je ne peux pas passer outre.

-Je sais. Moi non plus.

Ses lèvres vinrent s'écraser sur les miennes en un baiser ravageur et ses mains s'agrippèrent à moi comme si sa vie en dépendait. Le feu qui m'avait parcouru l'autre fois revient en force, alors que mon cœur tambourinait dans ma poitrine. Je lui répondais comme un naufragé en manque d'air, cherchant à combler l'immense vide dans mon cœur. Mais alors que mes mains trituraient le haut de ses jeans dans son dos, elle stoppa tout.

Je lui lançai un regard interrogateur, bien décidé à la laisser aller à son rythme, mais déterminé à comprendre le pourquoi du comment. Je n'avais rien fait du tout, c'était bien moins pire que la fois dans mon dortoir!

-J'instaure de nouvelles règles, déclara-t-elle. Je veux passer plus de temps avec toi. Je veux pouvoir profiter de ça… elle m'embrassa doucement, mais je n'autorise absolument rien qui n'aille trop loin.

-Définis loin, d'accord? Parce que, avec l'autre jour, ça porte à confusion là…

-Je ne veux pas d'attache, si je m'en vais définitivement tu te soumets à un oubliette pour ta propre sécurité et il ne se passe rien en bas de ma ceinture.

-Ta ceinture?

-La tienne c'est à toi de voir, me dit-elle avant de redéposer ses lèvres taquines sur les miennes.

-Il doit être grave cet homme pour obliger de telles mesures, dis-je en haletant après qu'elle m'eut enfin libéré.

-Je ne devrais même pas…

-Non, arrête d'y penser, sinon je démissionne dis-je avant de la pousser sur le divan et l'embrasser encore et encore… jusqu'à ce qu'elle oubli et qu'il ne reste plus que moi.