Merci à Camhyoga d'avoir corrigé ce chapitre. Gros smacks aussi à tous mes reviewers, vos messages d'encouragements me font vraiment chaud au coeur. Pardon du temps qu'a mis ce chapitre à être écrit, mais la fin d'année de fac commence à se faire sentir. Bonne lecture !
Mafia Blue – Chapitre 36
Shura avait chaud. Il se trouvait au soleil, quelque part dans une étendue de sable brûlant. Sans doute dans un désert comme celui dans lequel Johan rêvait d'aller. Il ne savait pas trop comment il était arrivé là, mais il était au calme. Soudain, deux mains fraiches se promenèrent sur ses épaules, parcourant le galbe de ses muscles avec une lenteur désespérante. Il poussa un soupir de bien-être en sentant une bouche déposer de légers baisers sur son dos et sentit quelques mèches de cheveux frôler sa peau nue. Il se retourna d'un coup de rein et contempla Johan avec des yeux brillants de désir contenu… avant d'être brusquement secoué violemment.
« Shu', rentre chez toi pour pioncer. »
L'espagnol ouvrit les yeux et papillonna des paupières avant de se rendre compte qu'il était étalé de tout son long sur son bureau. Egidio le regardait avec un sourire en coin, mais il avait l'air tout aussi épuisé. Ils avaient passé la nuit à essayer de retrouver Kanon et les Juges dont ils connaissaient les visages, mais il devait déjà certainement être trop tard.
Shura s'étira en baillant et se frotta les yeux. Le soleil pointait à l'horizon et l'idée de son ami était tout sauf mauvaise. Mais avant, il devait régler quelque chose.
« Milo, tu sais si on a reçu les papiers d'identité que j'ai demandé ? demanda-t-il au grec.
-Dans le placard, répondit ce dernier en pianotant sur son ordinateur. Aldé, j'ai la liste des hôpitaux que tu avais demandée ! »
Le brésilien s'avança, une tasse à la main, tandis que Shura partait fouiller le fameux placard.
« Merci Milo, je vais m'en occuper ce matin, dit-il en saisissant la feuille que lui tendait son collègue.
-Tu es sûr que tu ne veux pas qu'on t'aide ? interrogea le jeune homme.
-Il n'y a que trois résultats, ça ira vite. Rentrez chez vous, les gars, vous avez votre journée, finit-il par déclarer.
-C'est pas de refus, bailla Egidio avec ostentation. Et toi ?
-Ma femme sera heureuse de s'occuper un peu de moi cet après-midi, sourit Aldébaran. Avec un peu de chance, j'arriverai même à la convaincre de préparer son gâteau aux figues et de le faire assez gros pour que je vous en ramène des parts.
-C'est de l'asservissement, ça, commenta Shura en trouvant ce qu'il cherchait.
-Non, ça s'appelle de la persuasion ! rétorqua le brésilien avec un éclat de rire.
-Bon, je vais rejoindre mon pieu, soupira l'italien en s'étirant. A demain tout le monde.
-Je t'accompagne jusqu'au parking, décida l'espagnol en repliant les documents dans sa poche. Bonne journée ! » salua-t-il leurs collègues.
Milo et Aldébaran leur firent un rapide signe de la main. Les deux amis sortirent du commissariat, rejoignant leurs voitures garées derrière les locaux de la police. Egidio finit par se tourner vers Shura et déclara :
« Bon, tu me dis ce qui va pas ? Parce que j'ai vraiment envie d'aller dormir, et je serai pas debout avant le milieu de l'après-midi, donc si t'as besoin de parler fais-le maintenant. »
L'espagnol éclata de rire, tandis que l'ex-tireur d'élite faisait la moue.
« Toujours aussi direct, on te changera jamais, se moqua-t-il.
-Ça vous manquerait, ricana l'italien. Alors, qu'est-ce qui t'arrive ? »
Shura renifla et secoua la tête, un peu indécis.
« Je crois que je suis amoureux.
-Ah ça, je le savais depuis longtemps ! pouffa Egidio. Je te rappelle que j'ai été journaliste, je sais voir les scoops quand il y en a, ajouta-t-il en voyant la mine interloquée de son ami. C'est qui, l'heureuse élue ? »
Il y eut un moment de flottement, pendant lequel ils s'arrêtèrent près des voitures.
« Je crois que j'ai dis une connerie, commenta l'italien. L'heureux élu, alors ?
-Ce serait plutôt ça, oui, opina Shura.
-Autant pour moi. C'est qui, alors ?
-Il s'appelle Johan, répondit l'espagnol après un instant d'hésitation. Je le connais depuis que j'ai été stagiaire.
-Punaise, t'as attendu tout ce temps ? ne put s'empêcher de s'étonner Egidio.
-C'est pas évident, grommela Shura. Il n'a jamais été vraiment accessible et puis… Et puis je ne fais visiblement pas partie de ce dont il a besoin, alors…
-Alors ça te mine le moral, mais tu ne vas rien lui dire parce que tu n'as pas envie de le perdre en lui avouant ce que tu ressens pour lui, compléta l'italien.
-C'est à peu près ça, oui, avoua son ami avec une moue amusée.
-Dire que je pensais que les homos avaient moins de problèmes que les hétéros pour se comprendre, soupira Egidio. Apparemment c'est le même bazar.
-Pas tout à fait, le corrigea Shura. Quand on aime quelqu'un du même sexe que le sien, ça amène toujours plus de complications que lorsqu'on est hétéro.
-Le premier qui te fait une remarque, je le défonce, grinça l'ex soldat.
-C'est gentil de me remonter le moral à ta façon…
-Et donc, conclusion de tout ça ?
-Conclusion, je lui donne ses papiers d'identité et j'aviserai, répondit Shura.
-Tu as fais un deal avec lui ? s'étonna Egidio.
-Johan est mon informateur.
-Aphrodite ?
-Lui-même. »
L'italien resta coi un long moment, avant de lâcher :
« Ben tu te fais pas chier… Aldé est au courant ? J'imagine que non… Et ton Johan, là, il crèche chez toi ? »
Voyant que Shura acquiesçait, Egidio fronça les sourcils et grogna :
« Tu as un don pour te foutre dans des emmerdes, toi… Heureusement qu'on a mis à mal Hadès et par la même occasion un peu tous les réseaux pas nets d'Athènes, sinon on te retrouvait écartelé à la porte de ta casa (1)! Et tu attendais quoi pour nous prévenir qu'on risquait de pas te revoir, hein ? Qu'on ait reçu un faire part de décès ? »
L'espagnol encaissa les remontrances d'Egidio sans broncher. Après tout, il n'avait pas tort. Il avait joué en solo sur ce coup et ça aurait pu très mal tourner, aussi bien pour lui que pour Johan.
« Désolé, souffla-t-il quand l'italien eut fini. Avec lui, je ne réfléchis pas…
-J'ai cru comprendre, maugréa Egidio. Il en vaut la peine ? finit-il par demander.
-Oh que oui. »
Egidio pinça les lèvres, moyennement convaincu, avant de pousser un soupir.
« Je suis pas spécialiste des histoires d'amours à longue durée, hein, donc m'en veux pas si je t'aide pas sur ce coup-là.
-J'espère pour toi que ça viendra, fit doucement Shura.
-Je ne suis pas spécialement pressé de me refaire larguer, grommela l'ancien soldat.
-Tu es irrécupérable, se moqua l'espagnol avec un petit sourire.
-Et c'est pas près de changer, ricana Egidio. Bon, je vais aller me coucher. Je pense pas t'être d'une quelconque utilité, maintenant.
-Merci de m'avoir écouté, ajouta Shura.
-Bah, c'est normal entre amis. Disons que c'est en contrepartie de l'annuaire, d'accord ? Allez, à demain ! »
L'espagnol regarda son collègue s'éloigner vers sa voiture et quitter le parking avec un salut de la main. Une fois seul, il s'installa dans son propre véhicule mais se contenta de fermer les yeux et de s'appuyer sur le volant. ¿ Que tengo que hacer… ? (2)
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Aldébaran passa le sas de l'hôpital avec un gigantesque soupir. Il était midi passées et il avait déjà visité les deux premiers établissements de la liste, sans succès. Il avait même eu droit à une scène de ménage qui avait failli dégénérer, mais la menace d'une nuit au poste avait dissuadé le couple de se jeter des seringues à la figure dans un lieu public.
Il se dirigea vers l'accueil, l'estomac commençant à signaler son mécontentement.
« Excusez-moi, inspecteur Constelação, police d'Athènes, déclama-t-il à la standardiste en montrant son badge. Un collègue à moi a téléphoné pour savoir si vous aviez un patient blessé par balle arrivé dans la journée d'hier.
-Effectivement, il est en chambre 165. C'est au second couloir sur votre droite. D'après les comptes rendus, il n'est pas encore réveillé de son opération, ajouta la jeune femme. Je ne pense pas que vous pourrez l'interroger.
-Merci » la salua Aldébaran sans relever la dernière phrase.
Il se dirigea dans le couloir, regardant attentivement les numéros des chambres. Enfin arrivé devant le bon chiffre, il ouvrit la porte et entra. La pièce était dans la pénombre, les rideaux occultants des fenêtres étant partiellement tirés. Dans le lit se trouvait Kagaho.
Aldébaran s'en approcha en silence. Les traits de l'égyptien étaient tirés, Egidio ne l'avait pas raté. Le brésilien jeta un coup d'œil aux résultats accrochés au montant du lit : pas d'organe vital touché, muscle déchiré et nerfs quasiment indemnes. Un miracle, en somme, connaissant la précision de l'italien.
« Qui êtes vous ? Qu'est-ce que vous faites ici ? »
Aldébaran se retourna, surpris, et avisa les trois personnes qui venaient d'entrer. Un homme, une femme et un adolescent.
« Inspecteur Constelação, police d'Athènes, répondit-il en montrant à nouveau son badge. Vous êtes la famille de Kagaho ? »
La femme lui jeta un regard suspect, tandis que son conjoint acquiesçait et répondait :
« Ses parents adoptifs. Vous êtes venu pour mener une enquête sur ce qui est arrivé ? »
Aldébaran resta un instant surpris, avant de se reprendre : évidemment, ils ne savaient rien des activités de leur fils. Le contraire l'aurait étonné. Et le garçon, le frère de Kagaho, ne leur avait-il rien dit ? Que répondre alors, sans avoir préalablement interrogé l'égyptien ?
« Petrus, je crois que Sui a besoin de repos, fit soudainement la femme. Pourquoi vous ne rentreriez pas tous les deux à la maison ? Je vous préviendrai s'il y a la moindre nouvelle. »
Ledit Petrus fit la moue, avant de finalement serrer sa femme contre lui et de prendre la main de l'adolescent dans la sienne. Ils sortirent de la chambre sans dire un mot, les laissant seuls.
La grecque s'avança jusqu'au lit et saisit tendrement la main de Kagaho, avant de déclarer subitement :
« Vous savez, n'est-ce pas ? »
Le brésilien hocha la tête, nier ne servait à rien et il n'aimait pas mentir inutilement. Il tendit une chaise à la mère adoptive du jeune homme et s'installa à côté d'elle, attendant qu'elle se décide à reprendre la parole.
« Qu'est-ce que vous allez lui faire ?
-Tout dépendra de ce qu'il me dira, lorsqu'il sera réveillé. Comment se fait-il que vous soyez au courant ? Je pensais qu'il aurait gardé cette information pour lui.
-Ce n'est pas Kagaho, mais quelqu'un d'autre, répondit-elle.
-Qui ? Ecoutez, les Juges sont loin à présent, je ne pense pas qu'on puisse les rattraper de sitôt s'ils sont aussi malins qu'ils l'ont toujours été.
-Les Juges ? » répéta la grecque sans comprendre.
Aldébaran se serait giflé. Visiblement, la fatigue lui faisait commettre des erreurs.
« Avez-vous entendu parler d'Hadès ? finit-il par soupirer.
-La mafia grecque ? Oui, c'est dans tous les journaux. »
Elle s'interrompit, yeux écarquillés, avant de balbutier :
« Ne me dites pas que…
-Je suis désolé, ajouta le brésilien, sincère. Que savez-vous à leur propos ?
-Peu de choses, vraiment, répondit-elle, la voix tremblante. Eaque a fait attention de ne rien me dire qui aurait pu permettre de les retrouver…
-Eaque ? »
La grecque hocha la tête, sous le choc. Elle serra un peu plus la main de son fils et reprit :
« C'est le nom de celui qui l'a amené à l'hôpital et qui nous a ramené Sui. Sans lui, j'aurai perdu mes deux garçons…
-Vous savez quel était le rôle de Kagaho ?
-Je l'imagine relativement bien, oui, soupira-t-elle.
-Et vous n'en voulez pas à ce… Eaque ? demanda Aldébaran, plutôt surpris.
-Si, bien sûr. Mais Kagaho l'aime, et j'aime mon fils. Que voulez-vous que je fasse contre ça ? Et puis, malgré tout, j'ai de la peine pour Eaque. Alors je ne peux pas le haïr, c'est au-dessus de moi. Suis-je une mauvaise mère, inspecteur ? interrogea-t-elle soudain. Ne pas détester celui à cause de qui tout ceci est arrivé, cela fait-il de moi quelqu'un de mauvais ? »
Aldébaran resta silencieux quelques instants, observant attentivement la grecque, puis Kagaho.
« Je ne pense pas, non. Je trouve au contraire que c'est courageux d'avoir de la compassion pour ceux qui ont fait du mal à vos enfants. Mais quant à savoir si c'est la réaction qu'il faut avoir, je ne sais pas quoi vous dire. Je l'ignore, en réalité. Je ne peux pas vous juger pour faire preuve d'humanité, en tout cas.
-Merci » soupira-t-elle.
Aldébaran lui sourit. Soudain, un froissement de drap reporta leur attention sur Kagaho. Le jeune homme papillonna des paupières et murmura :
« Anna… ? »
(1) Casa = maison en espagnol. C'est voulu de ma part qu'Egidio n'utilise pas le mot en italien.
(2) Que dois-je faire ? (si mon espagnol n'est pas trop rouillé, et rien n'est moins sûr…)
