Dernier chapitre.
Charlotte Anderson-Hummel avait vingt-neuf ans. Elle était engagée dans une relation qu'elle pouvait qualifier de sérieuse l'échographie qu'elle gardait soigneusement rangée dans le troisième tiroir de son bureau était une bonne indication du sérieux de sa relation, aimait-elle penser. Elle travaillait depuis deux ans comme enseignante spécialisée pour les élèves les plus en difficultés dans une école peu favorisée de Chicago. Elle, qui avait rêvé quelques temps d'une brillante carrière universitaire comme professeure, était plus heureuse que jamais.
Charlotte Anderson-Hummel était en voiture. Elle rentrait chez elle. Chez ses parents, pour le weekend. Bien sûr que Chicago était désormais « chez elle », mais Lima avait toujours une place particulière dans son cœur et, elle le savait, ce serait toujours « chez elle ». Elle ne voulait absolument pas y retourner vivre, parce qu'après avoir vécu quatre ans à New-York, un an à Paris et cinq ans à Chicago, elle savait qu'elle aimait la vie des larges métropoles. Elle aimait le bruit de la ville, elle aimait les trottoirs bondés les jours ensoleillés. Elle aimait avoir la possibilité de faire les courses au milieu de la nuit.
Et depuis quelques mois, elle aimait aussi pouvoir voir son frère, tous les jours. Ce qu'elle n'avait pas pu faire pendant dix ans.
Son petit frère. Son bébé frère. Son petit Grant qui n'était plus si petit. Il était plus grand qu'elle, plus grand que leurs parents. Il avait grandi en trois mois. Quasiment vingt centimètres en un trimestre. Et forcément, il avait eu cette brillante idée de grandir lorsque Charlie était partie en France. En juin, elle avait laissé un Grant qui faisait sa taille pour revenir trois mois plus tard avec un Grant de plus d'un mètre quatre-vingt-cinq. C'était officiel, Grant n'était plus un enfant.
Grant Anderson-Hummel avait dix-huit ans. Presque dix-neuf rappelait-il à sa sœur, un peu trop régulièrement. Etrangement, il n'avait pas tant changé. Physiquement, il était juste une version adulte de l'enfant qu'il avait été. Il n'avait pas changé de coupe de cheveux, il n'avait pas eu de transformation physique violente et radicale. Il était juste une version agrandie de Grantosaure, comme lui disait souvent son Papi Burt. Mentalement, c'était la même chose. Il était toujours d'une humeur égale, il était toujours passionné d'histoire. Son obsession pour les dinosaures avait décru avec le temps. Même s'il appréciait de lire un bon ouvrage sur ce sujet de temps en temps.
Grant était actuellement sur le trottoir, un gros sac à dos à côté de lui. Sa sœur était en retard. Il avait beau aimer sa sœur plus que tout, il commençait à avoir vraiment froid dehors. Ils avaient rendez-vous à onze heures devant sa résidence universitaire. Il était onze heures et demi. Et sa sœur n'était toujours pas là. Son copain non plus d'ailleurs. Mais, c'était évident. Antoine était un phobique de la ponctualité. Et à force de le fréquenter, Charlie commençait à être pareil.
Grant sortit son téléphone de sa poche :
à Charlie Anderson, Antoine Rossi : dans deux minutes, je me tire et je pars à Lima à pied. Il fait froid !
de Antoine : J'arrive. Cesse de te plaindre. Révise.
de Grant : J'ai rien à réviser, Prof. J'ai RÉUSSI mes partiels !
de Antoine : Ah oui, qui t'as dit que tu avais réussi ? )
de Grant : Le prof le plus sympa de l'Univers. Un mec hyper cool. Il paraît que son beau-frère est encore plus cool en plus.
de Charlie : On arrête les congratulations inutiles ! Je pars.
de Charlie : et Antoine n'est pas le prof le plus sympa de l'Univers…
de Grant : on arrête d'envoyer des textos et on avance pour retrouver son petit frère.
« Anderson-Hummel, cria la voix de l'autre côté du trottoir.
- Monsieur Rossi, sourit Grant, quarante-deux minutes de retard, monsieur le professeur.
- Fais attention, Grant, je peux toujours modifier ta note. »
Grant avait aimé Antoine dès les premières secondes. Il était avec Charlie depuis un peu plus de six ans. Ils s'étaient rencontrés pendant que Charlie avait passé une année à Paris. Charlie lui avait raconté cent fois, comment elle et Antoine s'étaient rencontrés, mais ça n'avait jamais passionné Grant. Il savait que ça impliquait une soirée chez des amis communs, des heures à se balader dans le quatorzième arrondissement pour finir par un premier baiser sous la Tour Eiffel un dimanche pluvieux. Puis, il y avait Antoine qui obtenait un poste d'assistant de français à l'Université de Chicago, un poste qu'il demandait depuis trois ans. Alors, il était parti et trois semaines plus tard, Charlie le rejoignait. Depuis, ils vivaient heureux et amoureux comme au premier jour.
Grant ne l'avouerait jamais à sa sœur, mais il l'avait dit à son père, un soir alors qu'il jouait du piano ensemble, s'il avait choisi d'étudier à Chicago, c'était pour elle. Pour passer du temps avec sa sœur qui lui manquait tant.
« Papa, avait dit Grant alors qu'il venait d'entrer en terminale, l'année prochaine, je veux aller étudier à Chicago.
- Okay.
- Tu n'es pas déçu ?, demanda-t-il un peu étonné.
- Pourquoi je serai déçu ?
- Charlie est allée dans la même université que toi. Et, je ne sais pas, je me suis dit que tu devais en être super fier et que tu aimerais que je fasse pareil.
- Hé, Grant, coupa Blaine, en regardant son fils, quoi que tu fasses je serai super fier. Je veux juste que tu aimes ce que tu fais.
- Je veux étudier l'histoire, Papa. »
Blaine rit.
« Pourquoi tu ris ?
- Grantosaure, bien sûr que tu veux étudier l'histoire…
- Et je veux aller à Chicago. Parce que Charlie habite là-bas, je serai pas tout seul comme ça.
- Hé, Chaton, pleure pas, dit Blaine en enlaçant son fils. Pourquoi tu pleures, Grant ?
- Je ne sais pas vraiment, c'est juste que je n'ai pas envie de partir. J'ai envie de rester ici pour toujours avec toi et Papou. Et j'ai peur de pas réussir et de tout foirer.
- Oh, Grant… Tu sais que si tu veux tu peux rester pour toujours ici. Rien ne t'oblige à grandir. »
Grant rit. Puis, il essuya ses larmes.
« C'est ton rêve, ça. Que je te dise que je deviens Benjamin Button et que je redevienne petit et que je sois complétement dépendant de toi et de Papou.
- Tu dis ça comme si c'était une mauvaise chose, Grant…
- Est-ce que tu penses que Charlie voudrait bien que j'habite chez eux ?
- J'en doute, Chaton, dit Blaine avec un sourire. Si tu as peur de partir, Charlie ne pensait qu'à ça. Elle a commencé à me parler de New-York quand elle est entrée en 4ème.
- Tu sais, je me dis parfois que si j'ai peur de l'inconnu, si j'ai peur de partir tout ça, c'est parce que j'ai été abandonné. Genre, j'aurais besoin d'heures de psychothérapie pour comprendre que je peux enfin être aimé et que je mérite l'amour qu'on me porte.
- C'est ça, ou c'est juste que t'es rien qu'un gamin pourri gâté. »
Père et fils explosèrent du même rire. Lorsque Grant était arrivé au collège, une infirmière avait décidé que Grant était malheureux et il lui avait imposé des heures de psychothérapie en compagnie du psychologue scolaire qui avait trouvé que Grant allait parfaitement bien. Alors, ils s'étaient tous retrouvés dans le bureau du principal, Grant, Blaine, Kurt, l'infirmière, le psychologue et ils avaient écouté l'infirmière expliquer que Grant ne pensait pas mériter l'amour qu'on lui portait et qu'il n'arrivait pas à aimer. De retour à la maison, ils avaient tous ri. Et Grant, du haut de ses onze ans, avait ironisé et s'était servi de cette excuse dès que quelque chose clochait dans sa vie.
« Elle fout quoi ta femme, là…, demanda Grant à Antoine.
- Ce n'est pas ma femme.
- Elle fout quoi ta meuf ?, demanda à nouveau Grant, gagnant un regard assassin de Antoine.
- Ne parle pas comme ça de ta sœur, Grant… »
Grant souffla en regardant Antoine.
« Faut te supporter, toi », dit Grant avec un grand sourire.
Antoine lui donna une tape derrière la tête.
Antoine avait obtenu un poste définitif dans le département des langues romanes de l'Université. Ce n'était pas un poste de professeur, mais d'assistant de professeur. Il donnait les cours que les vrais profs ne voulaient pas donner. En particulier les cours de français pour les débutants. Et c'était ce qui avait poussé Grant à choisir le français comme langue obligatoire. Les premiers cours avaient été un peu étrange autant pour Antoine que pour Grant, mais sept mois plus tard, tous les deux semblaient s'être habitués à cette nouvelle dynamique dans leur amitié. Parce que c'était bien ce qui les liaient, tous les deux. Bien sûr, il y avait Charlie, mais lorsque Antoine avait rencontré le fameux Grant, de neuf ans son cadet, le courant était immédiatement passé. Ils s'étaient trouvé un nombre incalculable de points communs, de passions communes. Souvent Antoine se demandait si ce n'était pas la raison pour laquelle Blaine et Kurt l'aimaient, grâce à Grant.
Lorsque Grant avait annoncé qu'il voulait venir étudier à Chicago lors d'un repas où toute la famille était réunie, Antoine lui avait immédiatement proposé de venir habiter chez eux. Charlie avait ri, avant de mettre son veto.
« Grant, tu sais que je t'aime de tout mon cœur, mais ça ne va pas être possible. Tu pourras venir aussi souvent que ça te chante, mais tu auras besoin de ton indépendance. Et, j'ai besoin de mon indépendance. J'ai besoin de savoir que chez moi, c'est chez moi. Et surtout, j'ai besoin de pouvoir parler à Antoine sans que tu sois là. Je vous aime tous les deux, mais ensemble vous êtes imbuvables. J'en peux plus de vos discussions sur… Papou, c'était quoi ce matin ?
- Qui est le plus fort entre The Flash et Arrow…
- The Flash, dit Grant en souriant.
- Arrow », répliqua au même moment Antoine.
La discussion s'était vite conclue. Blaine et Kurt étaient convaincus que Grant devait commencer à prendre son indépendance, aussi mal que cette décision les rendait.
« Tu as vu le dernier épisode ?, demanda Antoine.
- Celui d'hier ?
- Ouep.
- Non, j'étais invité à dîner », dit Grant avec un grand sourire, alors qu'une voiture klaxonnait.
Les deux hommes regardaient dans la direction de la voiture, pour voir Charlie au volant. Ils traversèrent la rue et alors que Grant jetait son sac dans le coffre, deux bras l'encerclèrent.
« Mon Grantosaure, dit-elle en enfouissant son nez froid dans le cou chaud de son frère.
- Charlie, répondit Grant en lui embrassant le dessus de la tête.
- Tu m'as manquée. Pourquoi tu n'es pas venu dîner lundi ?
- Je suis allé au ciné…
- Avec qui ?
- La personne avec qui il est allé dîner hier soir ?, demanda Antoine alors que le frère et la sœur s'installaient dans la voiture.
- Ouh, dit Charlie comme un enfant le ferait, Grant voit quelqu'un.
- Grant est amoureux », dit sur le même ton Antoine.
Grant sourit, mais ne dit rien.
Depuis que sa sœur était amoureuse, elle voulait absolument que Grant soit amoureux. Au départ, la pression avait été minime. Il avait treize ans, et c'était normal que personne ne l'intéresse. Puis, il était entré au lycée. Et ses meilleurs amis avaient commencé à sortir avec des filles. Mais pas Grant.
Et George, son cousin un peu trop sérieux pour son bien, avait commencé à sortir avec une fille plutôt chouette. Et si le dernier de la famille, George, était en âge d'être impliqué dans une relation, alors Grant pouvait aussi l'être. Et la pression avait commencé à être familiale. D'abord, Alice, sa cousine, lui avait proposé de lui présenter quelques unes de ses copines. Puis, Rachel et Cooper lui avaient demandé s'il ne préférerait pas qu'Alice lui présente plutôt quelques uns de ses copains. Enfin, Charlie revenait sans cesse à la charge.
Il savait par George que des paris couraient sur son dos. Sur le genre de la personne qu'il présenterait à ses parents pour la première fois, sur l'âge qu'il aurait quand il annoncerait qu'il avait quelqu'un dans sa vie. George lui avait même dit que Cooper avait voulu parier sur la date à laquelle il perdrait sa virginité. Et, George, dans sa grande intelligence et sa légendaire repartie avait répondu « il l'aurait perdu depuis deux siècles que tu ne serais même pas au courant ».
George était son meilleur ami. George et Grant avaient deux ans d'écart, mais lorsque George était entré à l'école élémentaire avec un an d'avance, les deux cousins avaient commencé à passer toutes leurs récrés ensemble et à rapidement se confier tout ce qui allait ou n'allait pas dans leurs vies.
Il allait le revoir ce weekend. Ils ne s'étaient pas vus depuis Noël, trois longs mois. George était occupé à avoir de parfaites notes pour entrer à Yale, et Grant était occupé à travailler pour obtenir les notes correctes qu'il avait. George voulait devenir médecin. Son désir le plus grand était de pouvoir éradiquer une maladie de la planète et d'obtenir le prix Nobel de médecine. Mais, il l'avait dit mainte fois à Grant, s'il était médecin dans un hôpital et qu'il soignait au moins une personne par jour, il serait parfaitement heureux.
« Tu es sorti avec qui ?, demanda Charlie.
- Quelqu'un, répondit son frère.
- C'est qui ?
- Quelqu'un de très chouette.
- Pourquoi tu ne veux pas me le dire, à moi, ta sœur qui t'aime plus que tout sur la planète, qui est cette personne ? »
Le téléphone de Grant sonna au moment où il allait répondre à Charlie. Depuis le siège avant, Charlie regarda son frère répondre.
« Hé, dit-il dans le combiné, on parlait justement de toi… Ma sœur et son mec… Oui, le prof de français… Ouais, je suis plus sûr, mais je crois que c'est ça… Mais, va prendre le livre dans ma chambre, il est sur mon bureau… Si tu veux, oui, rit-il. Non, il n'est pas là. Ouais, à mardi… Pareil… (Grant rit à nouveau, et Charlie le vit rougir) J'aimerai te dire que tu me manques aussi, mais ma sœur écoute absolument toute cette conversation et c'est dérangeant. (nouveaux rires, et Charlie entendit l'interlocuteur rire aussi, sans pouvoir savoir si c'était un rire masculin ou féminin) Et, au fait, je n'ai pas eu le temps de te le dire, mais j'ai passé une très bonne soirée hier soir et … tu sais quoi, je t'envoie des messages ce weekend… Ma sœur et son copain… Je te jure, pire que tes parents… Je t'aime aussi. Bye. »
Charlie fixait son petit frère, sans rien dire.
« Antoine, chuchota Grant, elle me fait peur. Elle me fixe sans rien dire. »
Charlie lui lança un dernier regard et se concentra sur son téléphone.
Charlie claqua la portière de la voiture, et entra en courant dans la maison de son enfance.
« Grant, tu sais que c'est pas super cool, dit Antoine.
- Attends, ça fait trois ans qu'elle me bassine, je peux bien profiter un peu, non ?
- Dis lui juste son prénom.
- Non. Apparemment, c'est le seul truc qui l'intéresse. Est-ce que Grant est amoureux d'une fille ou d'un garçon ? C'est frustrant, tu pourrais penser que les gens veulent savoir si je suis heureux, si la personne avait qui je suis me rend heureux, mais non, ils veulent juste savoir son sexe. C'est dingue, non ?
- Allez, on va rejoindre Charlie qui doit être en train de raconter à tout le monde que tu es méchant. »
Charlie était entrée rapidement dans la maison à la recherche de ses parents.
« Papou, dit-elle en trouvant Kurt dans la cuisine, est-ce que tu sais que Grant dit 'je t'aime' au téléphone à quelqu'un ?
- Il me le dit à moi, dit Kurt. Il le dit aussi à ton père. Donc, oui, je sais qu'il le dit.
- Vous vous êtes donnés le mot ou quoi ? Il a dit 'je t'aime' à la personne dont il est amoureux. Parce que, oui, Grant est amoureux !
- Ah, ça, je sais…
- Quoi ?, dit Charlie choquée, tu sais. Et pas moi ?
- Charlie, dit Blaine en entrant dans la cuisine, ça va ?, finit-il en embrassant le front de sa fille.
- Tu savais que Grant était amoureux ?
- Oui, bien sûr.
- Donc, je suis la seule à ne pas savoir ?
- Mais non, dit Grant en arrivant. Personne ne sait, sauf Papa et Papou et George. Et Antoine. Tu n'es pas un bouc émissaire, Charlie.
- Pourquoi ils savent et pas moi ?
- Parce qu'ils ne m'ont jamais cassé les pieds pour savoir, un, si j'étais amoureux, si je voulais sortir avec quelqu'un et, deux, parce qu'ils ne m'ont jamais posé la question.
- Quelle question ?, demanda Charlie.
- Tu sais, la question…, insistant Grant. Est-ce que le petit Grantosaure aime les garçons ou les filles…
- Ah, cette question…
- Ouais, cette question, conclut Grant alors qu'il allait embrasser ses parents.
- Tu vois, Blaine, trois minutes qu'ils sont là et je me souviens très bien pourquoi je les préfère loin », dit Kurt alors qu'il serrait sa fille contre lui.
Ils s'installèrent autour de la vieille de la cuisine, le bord était poli par les nombreux bras qui s'étaient posés sur elle. Comme à chaque fois que les enfants rentraient, Kurt posait mille et une questions. Jusqu'à ce que Blaine l'interrompe en lui disant de laisser les enfants tranquilles.
« Kurt, tu vois bien qu'il mange correctement…
- Blaine, je…
- Kurt, coupa Blaine en posant sa main sur le bras de Kurt, c'est bon ?
- Oui, dit Kurt déçu en faisant rire ses enfants.
- Très bien. Quand est-ce que George arrive ?, demanda Blaine en regardant Grant. Et me dit pas que tu ne sais pas, parce que tu es là depuis une heure, que George a fini les cours il y a vingt minutes… »
Comme un signe du hasard, trois coups retentirent sur la lourde porte d'entrée avant que des pas se fassent entendre dans l'entrée. Grant se leva rapidement de sa chaise et tandis son cousin pénétrait dans la cuisine, il lui sauta dans les bras comme il faisait toujours. Si Grant était grand, George avait hérité de la stature de son père et était encore plus grand. Et, George avait pris l'habitude de supporter les singeries de son cousin. Et le fait que Grant lui sautait dans les bras et qu'il devait le porter comme un bébé faisait partie des choses que George avait pris l'habitude de faire pour son meilleur ami, lors de leurs retrouvailles.
« Oh tu m'as manqué George ! Il faut que tu viennes étudier à Chicago l'année prochaine, on pourrait habiter ensemble et on se manquerait plus !
- Ouais, on fera ça, dit George en posant son cousin au sol. Quoi de neuf ?
- Rien.
- Parents ?
- Du tonnerre.
- Sœur ?
- Toujours Charlie.
- Études ?
- Ça roule.
- Ton colloc' ?
- Toujours sympa.
- Ta copine ?
- George…
- Oh désolé Grant, j'avais oublié qu'il ne fallait pas le dire à Charlie. Charlie, écoute-moi bien, Grant ne veut pas que tu te mêles de sa vie sentimentale. Il est très heureux avec Poppy, c'est une fille charmante de dix-neuf ans. Elle est très belle, oui, je l'ai rencontrée. Elle est merveilleuse, ils sont très heureux ensemble. D'autres questions ?
- Bah, euh, non, répondit Charlie qui avait l'habitude des remarques parfois sèches de son jeune cousin.
- Donc, Poppy ?
- Tout roule.
- Ses partiels ?
- Tranquille, elle attend les résultats.
- Elle a finalement coupé ses cheveux ou pas ?
- Oui, ricana Grant. Comment tu sais qu'elle voulait se faire couper les cheveux ?
- Elle me l'a dit. Tu te souviens quand on était au téléphone et qu'elle est arrivée, du coup, tu me l'as passée.
- Exact… Tes parents ?
- Bien.
- Ta sœur ?
- Toujours Alice…
- Études ?
- Comme convenues.
- Copine ?
- Tendu. Je t'en parlerai sans la présence des oreilles indiscrètes.
- Hé, fit Charlie.
- Je ne parlais pas de toi, mais oui, aussi », dit George avec un sourire.
Burt Hummel avait toujours aimé la routine. Et depuis cinq ans, sa routine était d'être la retraite. La vraie. Il avait vendu son garage et ne pouvait plus y aller sans excuse, juste comme ça. Alors, il avait dû tout réapprendre.
Il se levait à huit heures, prenait son petit déjeuner en lisant le journal puis faisait les mots croisés. Ensuite, il allait dans la salle de bain et en ressortait propre et habillé. Puis, il s'ennuyait. C'était sa vie désormais, il s'ennuyait. Alors, il attendait avec impatience l'heure de la sortie des classes pour aller « traîner » chez Kurt. Bien sûr qu'il ne s'ennuyait pas, il avait Carole, il avait aussi Kate, la mère de Blaine. Mais, comment pouvait-il occuper ses journées sans rien à réparer, sans nouvelles personnes à rencontrer. Il avait tenté de s'inscrire à des clubs, mais il était trop jeune pour ce genre d'activité. C'était pour cela qu'il passait ses lundis et mardis avec Blaine, qu'il passait ses mercredis après-midis avec ses petits-enfants. Mais cette année, il ne restait que George, et George aimait prendre le temps de faire ses devoirs, et de réviser, et de prendre de l'avance sur ses nombreux programmes de révisions divers et variés.
Alors, lorsqu'il avait appris que ce vendredi soir, il y avait Charlie, et Grant, et Antoine, il avait sauté de joie. Et sa journée était passée dans une lenteur terrible. Il regardait les minutes passer à la vitesse d'une année. Et lorsque l'horloge de la cuisine avait sonné quatre heures, Carole lui avait dit d'y aller, parce qu'elle ne pouvait plus le supportait.
Il n'empêche qu'au moment où il était entré dans sa voiture, Carole avait claqué la porte derrière elle et lui avait lancé un cinglant « ils me manquent aussi » et Burt l'avait embrassée.
« Installez-vous tous, j'ai une grande nouvelle », annonça Cooper alors qu'il venait d'entrer dans le salon.
Cooper avait été le dernier à arriver. Blaine et Kurt auraient été incapables d'expliquer pourquoi et depuis quand leur maison était devenue le point de ralliement de leurs familles. Mais, au fil des années, ça l'était devenu. C'était chez eux qu'on fêtait les bonnes nouvelles, les heureux évènements. C'était chez eux aussi, qu'ils fêtaient les choses moins drôles voire les évènements vraiment tristes.
C'était chez eux qu'on fêtait les anniversaires, qu'on fêtait les diplômes de fin d'années.
C'était aussi chez eux qu'ils s'étaient réunis pour célébrer la vie de Victor Anderson après son enterrement. Et c'était chez eux que Kate avait complétement lâché prise pendant une semaine entière avant de se ressaisir, de changer de coupe de cheveux et de dire qu'elle allait passer à autre chose. Ce qui avait rendu Blaine fou.
Six ans plus tard, après avoir vendu la maison de Californie et hésitait souvent à vendre la grande maison de Lima. Mais, elle ne pouvait s'y résoudre. Elle était trop grande pour elle. Mais c'était dans cette maison qu'elle avait toute sa vie, tous ses souvenirs et c'était dans cette maison qu'elle pouvait encore sentir la présence de son mari.
Mais, étonnement, elle avait pris l'habitude de rejoindre Burt chez son fils, le soir. Ils se retrouvaient, et ils discutaient. Parfois ni Kurt, ni Blaine n'étaient à la maison. Parfois, ils étaient là et ils discutaient ensemble. Et si tout le monde était à Lima, ils se retrouvaient chez Blaine et Kurt sans se le dire. Juste parce que c'était chez Blaine et chez Kurt, et que cela semblait naturel de s'y rassembler.
« Parfait, j'ai votre attention.
- Tu as toujours eu toute notre attention », dit Kate avec un sourire.
Cooper soupira et continua :
« Je vais me marier.
- Pardon ?, demanda Charlie. Mais Coop', tu as soixante ans ?
- Oui et ?
- T'es vieux !
- Merci Charlie, sourit Cooper. C'est toujours agréable.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, Coop', commença à s'excuser Charlie. C'est simplement, pourquoi est-ce que tu veux te marier, alors que vous êtes ensemble depuis longtemps et tout ?
- Parce que je suis vieux. Si Ella va sur ses quarante ans, je ne suis plus aussi pimpant et, je me dois de penser à elle si jamais il m'arrive malheur. Donc, voilà, nous allons nous marier cet été. Ce sera entre nous. Ce ne sera pas une méga grosse soirée hollywoodienne, désolés, mais c'est qu'on veut. Et, j'aimerais savoir si, toi Maman, tu voudrais bien m'accompagner jusqu'à l'autel ? Et si, tu voulais bien être mon témoin, Bébé B ? »
Les « oui » furent dits dans une confusion de câlins, de bises échangées rapidement et de félicitations lancées à la volée.
« Vous savez que mon dernier mariage c'était celui de Blaine et de Kurt… Je pensais que le prochain serait celui de Charlie, dit Finn avec un sourire à l'intention de sa nièce.
- Tu peux courir, dit Antoine avec un sourire, elle m'a dit « non » deux fois…
- Pourquoi ?, demanda Rachel.
- Je ne crois pas en l'institution du mariage. Je pense que je n'ai pas besoin d'un bout de papier pour faire savoir à Antoine que je l'aime et le monde n'a pas besoin de le savoir.
- C'est pour ça que tu es ma préférée Charlie, dit George. Tu es une anticonformiste complétement mainstream.
- C'est pas avec ces idées que je vais pouvoir assister à un mariage, dit Grant. Je n'ai jamais été à un mariage de toute ma vie !
- Celui de tes parents !, contra Rachel, un peu sèchement.
- Monsieur n'a pas de souvenir du mariage. Il n'a aucun souvenir avant ses sept ans, expliqua Blaine.
- Tu n'as vraiment aucun souvenir du mariage ?, demanda Kate.
- Absolument aucun, dit tristement Grant.
- Rien du tout ?, réenchérit Carole.
- Je me souviens de m'endormir dans les bras de quelqu'un et de manger du gâteau.
- Oh mon Dieu, le gâteau ! Vous vous souvenez de la tonne de gâteau que Grant avait ingurgité ? »
L'évocation de ce souvenir fit rire l'assemblée.
« Et le lendemain, Papa et Papou cuvaient une monumentale gueule de bois et Grant avait une indigestion de folie, ajouta Charlie en riant.
- Monumentale comment ?, demanda Antoine, surpris du comportement de ses quasiment beaux-parents.
- Tu te souviens de Grant au Nouvel An ?, demanda Charlie.
- Ouep, dirent George et Antoine, la pointe de moquerie à peine masquée.
- Donc, Grant au Nouvel An multiplié par un million.
- Oh, la vache, dit George. Donc, il était une fois, vous étiez des gens cools, dit-il en regardant ses oncles, qui regardaient avec inquiétude leur fils, avec un grand sourire.
- Nous étions les plus cools, George, crois le ou pas, mais j'ai tout appris à ta mère, fit Blaine.
- Blaine, je t'ai tout appris, fit Rachel, si tu vois ce que je veux dire.
- On voit très bien ce que tu veux dire, Rachel, coupa Kurt, en pensant au baiser échangé entre Rachel et Blaine qui avait permis à son amoureux de se confirmer qu'il était gay à cent pourcent.
- Attendez un peu, fit Grant. Tous les deux, vous avez… argh, dégueu…
- Oh mon Dieu, dit en même temps George, vous avez vraiment… je vais vomir.
- Non, coupa rapidement Finn. Juste embrasser. (soupirs de soulagement) Comme des dingues, mais que des baisers.
- Deux baisers magnifiques, dit Blaine avec un grand sourire. »
Blaine posa sa tête sur l'épaule de Kurt. Et Kurt embrassa le front de Blaine. Kurt sentait son mari contre lui, et il semblait bien. Il semblait détendu. Il l'était surement, parce qu'ils étaient heureux tous. Et Kurt savait que Blaine appréciait ces moments, en famille, où l'on se charriait, où l'on discutait, où l'on se donnait des nouvelles, où parfois on se disputait. Toujours de manière bienveillante, et toujours avec de l'amour.
« Kurt, tu fais quoi ?, demanda Blaine en entrant dans la chambre, lorsque la maison commençait à s'endormir.
- Je regarde notre album de mariage. J'ai l'impression qu'on est mariés depuis une vie.
- Ouais…, dit Blaine en s'installant à côté de lui. Treize ans… Ça passe…
- Tu te souviens ? », interrogea Kurt en montrant une photo.
Ils étaient sur la piste de danse, ils avaient prévu un petit numéro. La danse commençait normalement, Blaine et Kurt dansaient sur une traditionnelle valse, puis Kurt dansait sur Single Lady avec Charlie, puis c'était au tour de Blaine et de Grant de se déhancher sur Don't stop me now, ensuite ils reprenaient tous ensemble sur la chanson préférée de Grant (un remix horrible de Head Shoulder and Knees and Toes).
- C'était terrible, on était au top à ce moment-là.
- J'ai adoré me marier avec toi, dit Kurt. C'était vraiment… je sais pas… vraiment bien.
- Vraiment bien, comme tu dis, répéta Blaine en embrassant Kurt. Oh, regarde cette photo ! »
Leurs anciens camarades des Warblers et des New Directions leur avaient faits la surprise de leur préparer un spectacle d'une dizaine de minutes et, en les voyant, Blaine se demanda pourquoi ils n'avaient pas fait ça plus souvent, de réunir les chorales.
« Tu te souviens comment Wes et Rachel se sont lancés dans leur battle pour être le chanteur principal ?
- Oh, c'était hilarant. Et Cooper qui avait écrit des discours avec Charlie et Grant. Je crois que je n'ai jamais autant pleuré que lorsque je les ai entendus dire qu'ils étaient fiers de nous, dit Kurt le cœur au bord des lèvres.
- Oh, mon Kurt, dit Blaine en lui passant le bras autant des épaules. Tu sais ce qui a été mon moment préféré de cette journée ?
- Non, dit doucement Kurt.
- Quand tu m'as regardé droit dans les yeux et que tu m'as dit « oui, je le veux ». Et, j'ai l'impression que tu m'as fixé des heures et que tu as dit ces mots avec tant de douceur et d'amour et je ne sais pas, quand je les ai entendus, j'ai réalisé que c'était vrai. Que, oui, tu me voulais pour toujours, dit Blaine en s'essuyant les yeux.
- Et voilà, tu pleures encore, dit Kurt avec un gentil sourire. Je me souviens de tes larmes. Et j'ai cru que tu avais des doutes, que tu pleurais de désespoir. Et tu m'as regardé avec tes grands yeux et tu as souri et –
- Et tu t'es mis à pleurer.
- Je ne t'ai jamais autant aimé qu'à ce moment. C'était fantastique. Parce que je venais de dire devant tout le monde que je voulais être avec toi pour toujours. Toi, tu pleurais, je ne savais pas pourquoi. Et je me suis mis à pleurer. Et on était là, comme deux idiots.
- Et là, on se tombe dans les bras et tu m'embrasses à me faire perdre la tête.
- Jusqu' à ce que Charlie nous coupe dans notre élan romantique.
- Et, on me demande de dire que je veux être avoir toi pour toujours, finit Blaine. Comme si je pouvais hésiter et dire « non ».
- Tu veux savoir mon meilleur souvenir ?
- Vas y, dit Blaine en s'allongeant sur le lit.
- Ça ne s'est pas passé le jour du mariage, mais c'est lié.
- Okay, dit Blaine avec un sourire.
- Le jour où Charlie m'a montrée sa carte d'identité « Charlotte Constance Anderson-Hummel ». Et qu'elle a changé l'étiquette sur la boîte aux lettres. Et, je sais pas j'ai compris qu'on était vraiment « la famille Anderson-Hummel ».
- Dis, Kurt ?
- Oui ?
- Tu penses que Charlie va changer de nom de famille quand elle va se marier avec Antoine ?
- Il faut déjà qu'elle se marie mon Blaine, pour changer de nom.
- Tu penses qu'elle va se marier ?
- Je ne sais pas. C'est Charlie et Antoine, tu sais. Plus rien ne me surprend. »
Ils continuèrent de discuter alors que Kurt entrait dans le lit et que Blaine se colla à lui. Et lorsqu'ils étaient trop fatigués pour discuter, ils profitaient de la proximité de l'être aimé et de la chaleur qu'il apportait au corps et au cœur.
Charlie était allongée dans sa chambre d'enfance. Rien n'avait vraiment changé. Le papier peint était resté le même, les étagères étaient pleines de ses livres d'enfants et sur une chaise, ses peluches préférées étaient toujours posées. Elle se demandait souvent pourquoi Kurt n'avait pas redécoré. Mais, elle se doutait bien de la raison. Elle se tourna et embrassa Antoine, son Antoine, qui soupira dans son sommeil et se tourna. Puis, ne trouvant pas le sommeil, elle regarda l'heure sur son radio-réveil qui avait été son pire ennemi pendant un temps. Il était quatre heures du matin, elle était couchée depuis deux heures, mais elle n'arrivait pas à dormir.
Elle se leva doucement, et comme elle l'avait fait des centaines de fois, elle alla gratter contre le mur de la chambre de Grant. Elle grattait à l'endroit précis où Grant avait sa tête de l'autre côté du mur. Quelques secondes plus tard, Grant ouvrit la porte de la chambre de sa sœur et d'un signe de tête, elle le suivit dans la cuisine.
Elle ne savait plus trop comment ils avaient commencé à se retrouver dans la cuisine au milieu de la nuit. Elle aimait penser que c'était une sorte d'hommage à ses parents, qui ne le faisait plus depuis que Grand-Père Anderson n'était plus.
Tandis que Grant s'installait devant la cuisinière pour préparer des gaufres, Charlie préparait les traditionnels chocolats chauds avec trois guimauves dans chaque. Puis, elle regarda son frère. Elle était souvent étonnée de le voir … adulte. Il était toujours son petit Grant, mais là, il était torse nu et elle voyait bien qu'il n'avait plus un corps de petit garçon. Elle l'avait écouté discuté pendant le repas et cela l'avait aussi frappé. Il pouvait suivre des conversations d'adulte, il avait un avis sur des sujets qui n'étaient pas pour les enfants. Il avait même une opinion sur les prochaines élections, ce que Charlie n'avait pas.
Grant tendit l'assiette à sa sœur installée sur le plan de travail, assise en tailleur.
« Un truc a changé chez toi, commença Grant. Je ne sais pas quoi, mais un truc a changé. Tu n'es plus pareille depuis genre, un mois. Et ça m'a marqué tout à l'heure, lorsque Cooper parlait.
- Ouais ?
- Ouais, je sais pas. Tu n'es plus pareille. Tu es… j'en sais rien. T'es moins… T'es plus adulte, je crois.
- J'ai vingt-neuf ans, Grant. Je suis adulte.
- Je sais, mais, tu sais ce que je veux dire. Avant tu m'aurais arraché pour avoir des infos sur Poppy et là, quand je lui ai téléphonée, tu m'as juste regardé et tu as souri. Et surtout, ta relation avec Antoine a changé. Vous êtes moins à vous titiller tout le temps. Il est plus prévenant, je trouve. Tu l'écoutes plus, tu cherches moins à avoir raison pour tout, dit-il avec un sourire. J'aime bien la nouvelle Charlie. »
Charlie regarda son frère, ébahie.
« J'aime bien que le nouveau Grant aussi. Le Grant adulte, le Grant qui parle de politique et tout. C'est marrant. »
Ils mangèrent en silence. En se souriant, en regardant les photos sur le mur des bons moments.
Dans leur chambre, Kurt et Blaine se regardèrent en souriant. Ils s'étaient réveillés lorsque Grant avait ouvert la porte grinçante de la chambre de Charlie. Ils les avaient écoutés descendre et ils se doutaient qu'ils faisaient comme ils avaient fait, eux, tant de fois.
« On y va ?, demanda Kurt.
- C'est parti », répondit Blaine en enfilant un gilet par dessus son pyjama.
« Charlie, dit Grant, est-ce que vous allez vous marier avec Antoine ?
- Pourquoi ?
- Pour savoir.
- Savoir quoi ?, demanda Charlie.
- Tu vois, je suis ton frère, alors forcément, je serai ton témoin. Ça coule de source.
- Ça coule de source, répéta Charlie avec un sourire.
- Mais, je joue un rôle hyper important dans la vie d'Antoine et il est fils unique et du coup, je mérite aussi d'être son témoin. C'est évident que vous allez devoir vous battre pour moi.
- Évidemment, dit Charlie en embrassant son frère.
- Hé, comment va la marmaille ?, demanda Blaine en s'installant sur le plan de travail avec ses enfants.
- Tu vois, Blaine, j'allais leur demander de s'asseoir comme des gens bien élevés autour de la table, et toi tu t'installes sur le plan de travail. Tu n'as plus vingt ans, Blaine.
- Ni trente, d'ailleurs, ajouta Charlie.
- Ni même quarante, termina Grant.
- Très bien, descendez tous les deux du plan de travail et écoutez votre père, dit Blaine en les chassant de la paillasse, et vous payerez pour votre impertinence. Tous les deux.
- Grant, trois, deux, un… dit Charlie, d'un ton mainte fois entendu.
- Kurt, aide moi… Ils font leurs yeux de chiens battus et… Okay, c'est bon. Vous avez gagné, venez me faire un câlin. »
Grant se plongea dans l'ouverture des bras de son père. Et tandis que Grant et Blaine étaient plongés dans un océan d'amour et de compliments, Charlie s'installa à côté de Kurt. Et ils regardèrent les deux autres hommes de leurs vies s'enlacer.
« J'ai un truc à te dire », dit d'un coup Charlie.
Alors, Grant et Blaine vinrent s'installer à la table aux places qu'ils avaient toujours considérées comme les leurs durant les repas qu'ils avaient partagés, à quatre.
« Je voulais te le dire, Grant, il y a un moment, mais ensuite, je me suis dit que je voulais que vous le sachez tous les trois en même temps. Et… Vous savez que je vous aime pour toujours ?
- Charlie, tu me fais peur, dit Blaine.
- C'est pas grave, mon Papa. Tu vas même être content. Enfin, je crois.
- Putain Charlie, tu es enceinte !, cria Grant.
- Les gros mots, Grant, dit Kurt.
- C'est ça, hein ? C'est pour ça que tu as changé et que… C'est ça ? »
Alors, Charlie secoua doucement la tête de haut en bas et Kurt l'enlaça. Et Grant lui embrassait les joues. Et d'un coup, Kurt s'était mis à parler de tas de choses étranges, de rendez-vous médicaux, de layettes, de décorations, de prénoms. Mais, Charlie regardait son père qui ne réagissait pas. Et lorsqu'elle vit une larme solitaire courir le long de sa joue, elle lui prit la main.
« Papa ?
- Mmh ?
- Tu… tu ne dis rien ?
- Je ne sais pas quoi dire, ma Charlotte. Je suis ému. Vraiment. Je suis tellement content pour toi, pour Antoine, pour moi. Viens là, dit-il en lui faisait signe de venir vers lui. Mon bébé va avoir un bébé !, s'écria-t-il soudain. Et je me souviens quand tu es né, tu étais si rose et si petite et maintenant, tu n'es plus aussi rose et plus aussi petite.
- La voilà, la bébé Charlie, dit Grant en montrant une photo de Blaine et Charlie.
- Tu sais, sur cette photo, tu n'avais pas encore une heure. Et regarde comme tu es … vieille maintenant. Toute maman. Oh mon Bébé.
- Moi aussi, j'ai un truc à vous dire, dit Grant alors que l'émotion était un peu retombée.
- Grant, si tu m'annonces que tu vas avoir un enfant, je te tue !, dit Kurt.
- Deux poids, deux mesures, je vois… Mais, non, ce n'est pas ça. L'année prochaine, avec des copains, on prendra notre propre appartement.
- Avec qui ?, demanda Charlie.
- Évidemment, avec Alex, commença-t-il en faisant référence à son colocataire actuel, il y aura aussi Paul, Zach. Et Poppy ?
- Poppy, comme ta copine Poppy ?
- Ouais, comme ma copine Poppy. Vous en pensez quoi ? Papa ? Papou ?
- J'en pense que si vous continuez à voler, comme ça de vos propres ailes, vous n'aurez plus du tout besoin de nous, et ça m'attriste, dit Blaine.
- C'est parfait, Grant. Tu fais bien. On sera invité, Papa et moi ?
- Évidemment. D'ailleurs, est-ce qu'ils pourraient venir pendant les vacances ? Pas forcément tous, mais, peut-être juste une ? », dit Grant avec un grand sourire charmeur.
Blaine regardait le mur des bons moments en écoutant les chuchotements de ses enfants dans les escaliers qui retournaient se coucher. Il regardait la photo centrale, celle que Kurt avait accroché presque vingt ans plus tôt, c'était une des seules qui n'avait jamais bougé. Camille, Charlie et lui, à Central Park, joues contre joues. Et à côté, une photo de Grant et Charlie, lorsque Grant avait quelques jours. Les photos des anniversaires, les bougies qui s'accumulaient sur les gâteaux, les visages qui étaient souriant.
Les paysages de vacances, les photos avec les cousins, avec les amis.
« Ca va Blaine ?, demanda Kurt en posant sa tête sur l'épaule de son mari.
- Ouais, je crois. Je ne sais pas. Je suis en train de me dire que d'ici quelques temps, on aura de nouveaux des photos de bébés sur ce mur, et… Tu vois, je me dis que c'est plus nous qui faisons les bons moments, mais ce sera à nous de prendre les photos. »
Blaine se tut un instant. Kurt remarqua les larmes dans ses yeux.
« On a bien réussi, je trouve. C'était pas facile, mais on a bien réussi.
- On a bien réussi, répéta Kurt avec un sourire.
- Je veux dire, on a bien réussi avec Charlie.
- Plutôt bien, sourit Kurt.
- Tu vois, elle est bien dans sa vie, elle aime ce qu'elle fait. Elle attend un bébé, Kurt. Un bébé. Mon bébé qui va avoir un bébé. Pff, je… je sais pas, si je vais réussir à assimiler ça. Je vais être Papi, Kurt. J'ai cinquante ans, et je vais être Papi.
- Si Charlie avait suivi vos traces, tu aurais été Papi il y a six ans…
- Oh Dieu, Kurt. Ce que j'ai infligé à mes parents. Est-ce que tu peux imaginer avec un petit-enfant de six ans ?
- Pas du tout… Grant avait six ans, il y a six ans.
- N'importe quoi, rit Blaine. Il est bien, Grant. Je me suis fait du souci, mais, il est bien. Il a l'air heureux, il semble être vraiment bien dans sa vie. J'ai pensé qu'il serait tous les soirs en larmes à nous dire qu'on lui manquait tellement que sa vie était impossible, mais regarde-le. On le laisse partir en septembre, et on est en avril et bim, il va nous présenter une fille, il a des amis… Et voilà, qu'il va habiter avec eux, ils devront gérer un budget et tout… Comme des adultes.
- Je me dis qu'on a réussi en temps que parents, dit doucement Kurt.
- Je me suis souvent demandé si je voulais des enfants, si j'allais réussir. Et Charlie est arrivée par surprise et maintenant, je me dis que je suis fait pour ça. Je suis fier de mes petits.
- Tu devrais leur dire, un jour ?, se moqua gentiment Kurt.
- Et je suis fier de toi, Kurt. C'était pas gagné, mais finalement, on l'a fait.
- Ouep, on l'a fait, Blaine. On a eu de sacrés beaux lingots, et une tonne de petite monnaie.
- Oh, comme je t'aime toi, dit Blaine avec un sourire.
- On va dormir ?, demanda doucement Kurt.
- J'arrive. »
Et tandis qu'il éteignait les lumières et faisait un rapide ménage de la cuisine, Blaine regardait le mur des bons moments et se surprit à imaginer les nouvelles photos qui allaient bientôt remplacer les photos qui commençaient à perdre de leurs couleurs.
Il imaginait Charlie et Antoine, un nouveau né dans les bras, il imaginait des photos de Grant et des nouvelles additions à la famille, des photos de lui et Charlie poussant une poussette, des photos de mariages, de remises de diplômes, des photos de nouveaux membres à la famille, des petits enfants qui couraient dans le jardin, de Grant et Charlie avec sur leurs genoux des petits qui leur ressemblaient.
Il s'imaginait aussi les rires, les chaises hautes qu'on poussait le long des murs quand on voulait faire de la place, les chambres des enfants qui redeviendraient des nurseries. Il imaginait les fêtes de fins d'année, les coups de téléphone pour chacune des premières fois des petits.
La vie serait belle.
Et beaucoup plus tard, alors que toute sa famille s'était réunie pour fêter ses soixante-dix ans, il s'arrêta devant le mur de bons moments et regarda la nouvelle photo que Grant avait fait encadrer pour lui et qu'ils avaient accroché au mur, plus tôt dans la journée. Et il se congratula d'avoir eu raison dix-huit plus tôt. Sa vie avait été belle.
Voilà, c'était le dernier chapitre.
Merci d'avoir tenu le coup et d'avoir attendu les chapitres même quand l'attente était très longue.
Bises à toi, cher lecteur. Et merci d'avoir laissé un message, ou simplement d'avoir lu cette histoire. :)
(j'avais en tête un truc déchirant et plein d'émotion, mais il me reste 4% de batterie. Ah plus que 3 !)
Bises,
Y.
