Lundi 15 janvier 1996

Chère Marie,

aujourd'hui, tout le monde a insisté pour que je reprenne les cours. Harry a réutilisé mon argument du début des vacances : plus longtemps je reste cloîtrée dans mon infirmerie, plus dur sera le retour. Il m'a promis que si ça devenait trop dur, il me raccompagnerait à l'infirmerie. Alors j'ai accepté.

Il avait raison : ça m'a fait du bien de sortir de mon lit d'hôpital. J'ai toujours une certaine culpabilité par rapport au fait que c'est à cause de moi, présente ici, que petite Manon et sa famille ont souffert. Je n'aurais pas fait ce voyage, petite Manon n'aurait rien vécu. Mais c'est une boucle sans fin : petite Manon n'aurait rien vécu, je n'aurai pas fait ce voyage. C'est le serpent qui se mord la queue.

A propos de serpent. Aujourd'hui, c'est lundi. Et donc, rattrapage de potions. J'ai demandé à Draco de me parler de cette première semaine en tant que mage. Côté pure magie, apparemment, tout se passe bien. Harry, Hermione et Neville lui ont montré beaucoup de choses vendredi, notamment sa forme Animagus. C'est un hibou des tempêtes. Ce hibou est énorme lui aussi : près d'un mètre de haut ! Il s'est métamorphosé dans la salle de classe pour me montrer. Il ressemble un peu à un grand-duc, avec ses aigrettes et ses plumes multicolores et tachetées. Mais il n'est pas majoritairement brun : il est plutôt gris sombre, avec du blond au bout des plumes. En effet, la couleur de son plumage rappelle un peu un soir de tempête. Et il a gardé ses yeux gris acier. Il a une belle envergure d'ailes (forcément, avec sa taille...), et ses serres et son bec ont l'air redoutables. Bref, ça a beau être un oiseau, c'est surtout un rapace, et il n'est pas moins bien armé que nous tous. Mais je dois reconnaître que c'est un très bel oiseau. Ils l'ont appelé Duke, et je trouve que ça lui va très bien.

Apparemment, sous sa forme animale, il n'a pas trop de mal avec les autres. Il a fait également un essai de vol, ce week-end, en extérieur. Il dit que c'est encore mieux que le balai, et vu l'enthousiasme et l'excitation qu'il avait en en parlant, je veux bien le croire. Donc j'avais raison : son élément est l'air. A nous cinq, nous couvrons tous les éléments primaires, et deux des moins connus, et sans doute plus tard, avec l'héritage de Merlin de Harry, tous les éléments tout court. Nous couvrons la magie de l'esprit, des émotions, des êtres vivants, la magie noire et la magie brute. Avec nos différents éléments, nous couvrons tout l'ensemble de la magie.

Neville est discret, encore un peu timide, mais avec un cœur énorme et une loyauté sans faille. Harry est le chevalier absolu, celui qui fonce pour défendre les opprimés et ses valeurs. Apparemment, cette contrainte de Dumbledore était inutile : cela fait bel et bien partie de son caractère. Hermione est la tête pensante, à chercher la connaissance et la sagesse. Draco est celui qui a eu l'éducation noble par excellence, et maîtrise parfaitement le verbe. C'est un politicien dans l'âme. Harry est un prédateur des combats, mais Draco est un prédateur des assemblées publiques.

Tiens, en écrivant ça, je me rends compte : ça fait de Neville un parfait Hufflepuff, Harry un Gryffindor, Hermione une Ravenclaw et Draco à sa place parmi les Slytherin. Et moi... J'ai l'impression d'être un mélange des quatre, sans être aussi extrême que chacun d'eux dans leurs caractéristiques. Faudra que je leur en parle.

Pendant le cours de rattrapage, nous avons aussi davantage parlé de sa petite sœur. Harry m'a raconté comment Draco m'avait fait parler de mon souvenir, comment il avait été doué pour adopter le bon ton de voix, le bon vocabulaire, et aussi, les petits surnoms. La petite sœur de Draco s'appelle donc Cassiopeia, comme je l'ai appris la semaine dernière. Cela vient de la constellation Cassiopée, dans son nom latin. Toute son aura s'illumine quand il parle d'elle. Tu oublies le Draco froid et maîtrisé. Cette petite fille est la prunelle de ses yeux, c'est évident. Forcément, avec Hogwarts, il ne la voit pas beaucoup grandir, mais il passe ses vacances avec elle.

Si elle est si peu connue de la plupart des élèves, et même de la littérature que j'ai pu lire, c'est parce que la famille Malfoy ne la montre pas beaucoup. Ils la protègent considérablement, tous les trois, chacun à leur manière. Lucius affiche publiquement une certaine distance avec sa fille, qui est considérée comme une charge par ce cercle de sorciers nobles conservateurs : elle va devoir se marier dans une autre famille en apportant une dot à la hauteur du prestige des Malfoy, tout en perdant le nom de Malfoy. Donc il ne parle pas beaucoup d'elle, parce que c'est normal pour un père de ne pas parler de sa fille, et aussi parce que ça permet aux autres familles d'oublier qu'il a une fille, et donc de la protéger des contrats de mariage plus ou moins forcés. Draco avait un contrat à l'âge de cinq ans, et pour l'instant, Lucius et Narcissa ont réussi à refuser les quelques contrats qui ont été proposés pour Cassiopeia.

En privé, cependant, c'est apparemment un père attentif et protecteur. Ce n'est pas le père jovial et chaleureux tel que pourrait l'être Mr Weasley, mais il aime ses deux enfants et le leur montre en les protégeant et en leur apprenant à se protéger. C'est lui qui a enseigné la magie à Draco, et même s'il répugne à faire de même avec sa fille, qu'il a envie de protéger un peu plus longtemps, il le fera : elle a atteint ses sept ans, l'âge où les enfants sorciers ont forcément une vie sociale, et ce serait étrange de ne pas voir du tout la petite Cassiopeia Malfoy se mêler aux autres enfants de son âge lors des différentes soirées mondaines ou garden parties. Comme avec Draco, Narcissa et Lucius se sont assurés qu'elle soit capable de tenir le rôle de la parfaite petite Malfoy, tout en lui enseignant des préceptes complètement inhabituels chez les sangs-purs : l'égalité des sangs, des créatures, le respect de toute vie... Cet enseignement s'est révélé d'autant plus important que Voldemort s'est imposé chez ses partisans les plus proches, au Manoir Malfoy. Narcissa cherche d'ailleurs désespérément une solution pour éloigner Cassiopeia de là, quitte à laisser le manoir entre les mains du mage noir.

De son côté, Draco a aussi tendance à protéger sa sœur de tout ce qui pourrait la blesser. Elle a été introduite à la bonne société magique britannique l'été dernier, et apparemment, les premières rencontres l'ont choquée. Ses parents et son frère l'ont fait grandir dans un cocon, et les premières confrontations avec le « vrai monde » ont été brutales. Draco ne s'est pas privé de rappeler à tous ces marmots que la jeune et apparemment fragile Cassi est une Malfoy et a un grand frère qui n'hésitera pas à leur enseigner le respect de plus puissant qu'eux à coup de sortilèges. L'introduction de Cassi s'est malheureusement déroulée quelques mois trop tard, car depuis juin dernier, les familles les plus proches de Voldemort ont été plus ou moins subtilement bannies des grandes rencontres mondaines, et pour conserver une vie sociale doivent se contenter de leur petit cercle.

Draco m'a aussi raconté qu'il avait expliqué la vérité sur son histoire aux autres mages, vendredi dernier, mais qu'il refusait que quiconque en dehors de nous cinq sache la vérité. Donc, officiellement, il a trahi son père, fidèle Deatheater, et cherche à protéger uniquement sa mère et sa sœur, même si en agissant ainsi, il remplit en réalité le vœu le plus cher de son père. Son père est déjà au courant, via Severus, et jouera le jeu : au delà des intérêts personnels des deux hommes, il y a la protection de leur famille, et notamment de Narcissa et de Cassiopeia, qui sont la raison de vivre de Lucius et Draco.

En échange, les autres lui ont parlé de la lettre de James, succinctement. Draco a été apparemment surpris de découvrir que ses parents avaient été suffisamment amis avec les Potter pour faire la promesse d'enseigner à Harry la magie noire, alors que c'est un savoir précieusement gardé dans la famille. Mais à présent, Draco est quasiment au même point que nous sur les choses. Hermione lui a même donné un livre de communication.

Je suis donc libérée du serment, Draco me fait confiance pour ne pas le trahir, et j'ai promis de tenir compte de la petite histoire qu'il a racontée en cherchant une solution. Solution qui m'est venue lorsque je rentrais au dortoir, après le cours de Potions. Du coup, au lieu d'aller directement chez les Gryffindors, je me suis rendue chez Remus, où je savais que je retrouverais Sirius. En chemin, j'ai retrouvé Harry, qui m'avait vue dévier de ma route sur sa carte, et voulait savoir ce que je faisais.

Non, il ne pense pas que je suis incapable de faire quoi que ce soit toute seule, mais il avait peur que ça ait un lien avec ce qui s'est passé mardi dernier, comme par exemple une volonté de ma part de m'isoler pour craquer, et il préférait s'en assurer.

D'ailleurs, une fois chez Remus, il m'a complètement laissé le contrôle de la conversation.

« Quels ont été tes rapports avec Narcissa Black ? » j'ai demandé à Sirius sans préambule.

Sirius a hésité, en fronçant les sourcils, puis a répondu :

« Je m'entendais plutôt bien avec ma cousine, avant qu'elle épouse Lucius. Elle et Andromeda étaient mes cousines préférées. Narcissa a toujours été un peu plus princesse et vie de cour que Dromeda, mais c'était une jeune fille charmante, intelligente et ouverte d'esprit. Puis Dromeda s'est enfuie avec Ted Tonks, et leurs parents, pour rattraper cette insulte, ont forcé Cissy à épouser Lucius. Il avait déjà des vues sur elle à Hogwarts, mais elle l'avait toujours rejeté. Et... J'ai l'impression que son mariage l'a éteinte.

–Et si je te dis que ce n'est pas le cas ?

–Pardon ?

–Si je te dis que la Narcissa que tu connaissais existe toujours, mais qu'elle a su se faire discrète afin de ne pas provoquer le courroux de son mari et de son cercle social plutôt dangereux ?

–Qu'est-ce qui te dit que c'est le cas ?

–Ses deux enfants. J'ai fait parler Draco sur sa petite sœur, ce soir. Et de toute évidence, le Draco que je connais depuis qu'il me donne ces cours de rattrapage, celui que vous avez tous découvert la semaine dernière, n'est pas le résultat d'une rébellion contre son père, mais celui d'une éducation conjointe entre sa mère et son parrain. Snape s'est servi de ses excellents rapports avec Lucius pour avoir ouvertement son mot à dire dans l'éducation de Draco, et Narcissa s'est servie de deux outils beaucoup plus subtils mais non moins efficaces : l'amour qu'un petit garçon porte forcément à sa mère, puis celui qu'il porte à sa petite sœur. S'il est comme ça avec Cassiopeia, je n'ose même pas imaginer ce qu'il sera avec sa propre fille. Je plains son potentiel beau-frère et son futur gendre. C'est un vrai dragon.

–À ce point ? a souri Harry.

–Ginny se plaint d'avoir six frères, mais Cassiopeia va se plaindre d'en avoir un seul. Il vaut bien les six Weasley mâles réunis. Cette petite est la prunelle de ses yeux. Si on offre à Draco la protection de Cassiopeia et de leur mère, on a son allégeance sans aucune autre condition. Mais s'il a l'impression qu'il vaut mieux pour lui jouer le jeu des Deatheaters si ça peut sauver la vie de sa sœur et de sa mère, il le fera, même s'il doit briser le serment qu'il a fait la semaine dernière et y perdre la vie. C'est grâce à elles deux qu'il a une morale et une éthique, mais c'est aussi pour elles qu'il remettra tout ça en question si besoin. »

Je montais ce mélodrame au fur et à mesure, mais même en ré-écrivant maintenant mes paroles, je n'ai pas l'impression d'être particulièrement éloignée de la vérité.

Un silence a suivi mes paroles, puis Sirius et Remus ont échangé un regard. Remus a soupiré :

« Il faut introduire le jeune Malfoy à l'Ordre, et les convaincre de faire protéger sa famille. Tu crois qu'on pourra les héberger à Grimmauld Place ?

–Si quelqu'un apprend à l'un de ces mages comment changer un Fidelius pour que j'en sois le Gardien, oui. Si Malfoy Junior est le fils de sa mère, alors je leur fais confiance, » a répondu Sirius.

J'avoue que j'ai été extrêmement soulagée en apprenant ça. Sur un plan personnel, j'aime bien Draco, et j'ai envie qu'il fasse les bons choix et surtout, qu'on lui en laisse la possibilité. Sur un plan plus large, un des cinq mages se tournant contre les quatre autres, ce n'est pas une bonne chose.

« Qui dirige l'Ordre en l'absence de Dumbledore ? a demandé Harry.

–Minerva, a répondu Remus, mais ça ne lui plaît pas. Vous avez raison, elle fera sans doute une excellente directrice d'école, mais elle n'a ni le caractère, ni l'envie, de diriger une organisation secrète paramilitaire.

–Est-ce qu'on pourrait convoquer une réunion pour régler ce problème, leur expliquer la situation concernant Dumbledore, et donc Harry, et leur présenter Draco, en leur expliquant le serment qu'il a fait la semaine dernière, et le fait qu'on veut protéger sa famille ? j'ai demandé d'une traite.

–Voilà un ordre du jour chargé, a ri Remus. Mais oui, c'est possible. On va convoquer cette réunion à Hogwarts pour que vous puissiez y assister sans enfreindre le règlement. Je vais en parler à Minerva.

–Merci. »

Nous avons continué à discuter un peu, plus légèrement, puis Harry et moi sommes retournés à nos dortoirs. Une bonne journée donc. Je suis occupée, et ça m'évite de trop penser. Avec le temps, je vais y arriver. En tout cas, ce soir, j'ai suffisamment de volonté pour faire le point avec mon Occlumencie et refouler le souvenir dans les tréfonds de mon paysage mental, où il ne viendra pas perturber mon sommeil. C'est déjà une bonne chose. Avec le temps, ta Manon habituelle sera de retour !

Bisous ma belle.


Notes de l'auteur :

Cassiopeia n'est pas de moi. Je ne sais pas qui l'a inventée, mais on retrouve son existence dans plusieurs fics. C'est un peu moins fréquent que "Evan, le frère jumeau de Harry et Survivant officiel", mais c'est un cliché. Et ça me permet de donner une dimension très familiale aux Malfoys, donc ma foi, je suis assez contente de faire une fic sur les clichés ;).

Et comme vous le voyez, le chapitre est en ligne beaucoup plus tôt que d'habitude : je suis en vacances ! :) J'en profite pour avancer sur la deuxième partie, et faire plein de petites choses que je n'ai pas le temps de faire quand je travaille :)

Réponse aux guest reviews :

Artena : Contente que cette histoire continue à te plaire ! Le feuilleton Dumbledore est loin d'être terminé ;) On va dire que c'est le fil rouge de cette première partie, alors n'allons pas trop vite en besogne ;)
Dans la première version de Pottermore, j'étais à Slytherin, ce qui me convient bien sur plusieurs plans : mon indépendance et mon individualisme, mon habitude d'observer avant d'agir, et un certain sens de "ma survie passe avant celle des autres" (je ne me fais aucune illusion sur l'existence d'une fibre héroïque quelque part chez moi ;) ). Dans la deuxième version de Pottermore, je suis à Ravenclaw, ce qui me convient sur le côté intellectuel et créatif (oui, les Ravenclaws sont la maison des créatifs excentriques, à se demander pourquoi Luna se fait harceler...).
Les deux maisons partagent un humour caustique et placent les capacités intellectuelles et émotionnelles avant les capacités physiques et l'instinct, et toutes les deux sont plus froides que les chaleureuses Gryffindor et Hufflepuff, ce qui me va plutôt bien, faut reconnaître...
Disons que je suis une Slythclaw :)

À lundi prochain !

MAJ le 05/11/2017