Note de l'auteur : Attention, totale invention ici ! Il me fallait un livre tel que « l'évangile du diable » pour donner une piste à Holmes et le faire aller à la bibliothèque (il y aura des scènes d'anthologie dans cette bibliothèque ! Ou « comment mettre le foutoir dans une paisible bibliothèque»...).
Donc, tout ce que je raconte dans ce chapitre est sujet à caution, c'est pure invention !
Ma seule base, c'est un roman de Patrick Graham « l'évangile de Satan » dans lequel j'avais lu (il y a 4 ans) une autre définition pour l'acronyme «I.N.R.I ».
Faisant appel à mes souvenirs et avec l'aide du bouquin pour ne pas faire de faute dans la retranscription latine, j'ai repris l'idée générale pour ce chapitre, tout en l'assaisonnant d'autres détails. Je vous conseille le livre, je l'ai dévoré moi !
Par contre, pour les choses vraies, je vous renvoie en bas de la page avec mes notes d'auteur qui vous expliqueront où j'ai été pêcher mes informations (mais cela, vous en avez l'habitude).
Champagne ! Ceci est mon 200ème chapitre ! Il est plus court, pour la peine ! Les notes en bas de page sont assez longues. Mais il me fallait scinder ce chapitre du suivant où Holmes va découvrir... Mais non, je ne vous dirai rien !
Chapitre 200 : L'évangile du Diable
- Vous vous souvenez, j'avais expliqué à l'inspecteur qu'il ne trouverait pas le coupable avec les livres sur les pentagrammes et les cercles alchimique, car ils avaient été fac-similés à grande échelle.
- Oui, lui répondis-je.
- Le mot « Janus », j'y avais pensé en découvrant l'inscription « I.N.R.I » au mur. Pour moi, la seule définition possible de cet acronyme, dans un endroit pareil, était celle à laquelle je pensais. Surtout en parlant de ce personnage. Mais jamais je n'ai envisagé un seul instant que notre meurtrier connaisse « l'évangile du Diable » !
- Encore un livre interdit ? demanda Watson.
- Oui, et pas pour faire peur aux enfants ! En fait, on dit que cet évangile fut écrit avec du sang humain, sur de la peau humaine – des nouveaux-nés – dans une langue maléfique et qu'il n'était pas prudent de le lire à la tombée de la nuit – même le jour. Manuscrit rédigé de la main même de Satan, il est en fait son évangile et il raconte ce qu'il s'est passé le jour où le fils de Dieu est mort sur la croix. Ce jour là, le Christ a perdu la foi et, maudissant son Père, il s'est transformé en quelque chose d'autre : une bête hurlante de haine que les romains ont dû achever à coups de gourdins pour le faire taire ! Les apôtres, une fois la nuit venue, ont décloué le cadavre du Christ, l'ont emporté avec eux au fond d'une grotte et l'ont enterré dans un trou très profond... Le résumé de cet évangile, c'est « la négation de tout ». Le grand mensonge... D'après elle, le Christ n'est pas ressuscité, pas de vie après la mort, pas d'éternité... L'église a menti et les apôtres aussi, les premiers ! Dieu et le Diable existent, mais pas de Paradis. Et Jésus a blasphémé le nom de son Père en le maudissant. Dieu vous a abandonné et il se fiche pas mal de vous !
- Heu, fit Watson hésitant et ne sachant pas trop quoi dire. Vous êtes sérieux ?
- Moi ? Oui ! Je vous explique le texte qui fut traduit, en son temps, par des nonnes recluses dans les montagnes du Cervin, en Suisse. Il parait que le couvent de Notre-Dame du Cervin avait une petite particularité : il abritait une immense bibliothèque, composée uniquement de livres interdits par la chrétienté ! Des milliers d'ouvrages sataniques ! Bref, ce livre n'existe qu'en très peu d'exemplaire car la légende raconte que les copieurs furent, soit exécutés pour ne pas qu'ils puissent raconter ce qu'ils avaient lu et retranscrit, ou que certains sont devenus fous en le traduisant et se sont donnés la mort eux-mêmes ! Il n'existe donc que le véritable évangile original, et certaines copies, exécutées plus tard, dont certaines sont presque contemporaines.
- Et l'église catholique, elle a connaissance de cet évangile ? demanda Watson, interloqué.
- Depuis le temps ! s'esclaffa Guillaume. Dès sa composition, quasi. C'est un perpétuel chassé-croisé entre elle et les possesseurs de l'évangile maudit. Le but étant, pour l'église, de rassembler les quelques exemplaires « originaux », qui ne sont que des copies faites par des moines, et de posséder le véritable évangile. Les copies aussi, ils les voudraient, mais il est plus facile de les classer en « ramassis de mensonges » et l'affaire est close ! C'est pour cela que les copies sont moins en danger que l' « original » de l'époque. De plus, il y a des petites différences entre l'original et les copies... Il faudrait rassembler toutes les copies et les examiner de près...
- Que veut dire « Janus » et « I.N.R.I », l'interrompis-je avant d'avoir tout le curriculum de ce livre.
- Hem, toussota-t-il, vous avez raison, je me laisse aller... « Ianus Nazarenus Rex Infernorum ». Ce qu'il convient de traduire par « Celui-ci est Ianus, le Roi des enfers ». C'est le titulus pour les disciples du reniement. Ianus est donc le nom du Christ, qui, d'après ce livre, est en Enfer ! Au fil du temps, le Ianus de l'évangile original est devenu « Janus » dans les copies, le dieu romain au deux visages (1) ! Le Iesus divin d'un côté et le Ianus diabolique de l'autre...
- Magnifique ! s'exclama Lestrade.
Devant nos regards étonnés, il précisa :
- Si peu de gens possèdent ce livre, la liste des coupables sera courte ! Vous avez les noms des personnes qui possèdent ce genre d'écrits ?
Pour toute réponse, Guillaume lui tendit ses bras :
- Moi, je possède l'édition originale, dans son coffret d'origine en plus – pourvu de fines pointes imbibées d'arsenic pour le protéger. Evangile présent dans ma famille depuis des lustres. Je vous conseille aussi d'arrêter les robes écarlates du Vatican et leur chef, ils en possèdent une copie fidèle dans leur bibliothèque interdite ! Mais sans le coffret...
- J'espère que vous avez un bon alibi, alors ! fit Lestrade en riant jaune.
- Mon cher inspecteur, je vous conseille d'aller faire un tour à la bibliothèque de Londres. Ils en ont une copie, la plus récente, faite sur du parchemin, et du vrai ! Mon grand-père leur a fourni une reproduction du texte, expurgée des détails les plus sordides. Je sais que le livre est conservé en Enfer...
- Là, vous vous moquez de moi !
- Lestrade, fis-je, dans une bibliothèque, l'Enfer, c'est une section où se trouvent regroupé les ouvrages licencieux, érotiques, diaboliques et autres livres qui ne peuvent pas se trouver dans toutes les mains ! Dont tous les manuscrits interdits par la chrétienté. (2)
Guillaume poursuivit l'explication après moi :
- Au départ, il s'agissait d'une pièce dans laquelle on enfermait des livres, manuscrits, documents ou des objets érotiques qui étaient interdits au grand public. On parle de cette section, pour la première fois, dans les grands monastères, lorsque la religion catholique était toute puissante et que certains ouvrages hérétiques, rassemblés par les moines, devaient être soustrait des yeux du peuple. Et vous avez de la chance, à la grande bibliothèque, pour consulter ce genre d'ouvrage, il faut avoir soit le titre de docteur, de professeur ou justifier leur consultation... Bref, n'importe qui ne peut les consulter, et c'est mieux ainsi ! De plus, personne ne peut emporter les livres hors de la salle prévue à cet effet, et il faut signer le registre de lecture. Sans oublier de fournir une preuve de votre identité !
- Celui qui l'a consulté est inscrit dans le livre, alors ? demanda Watson.
- Oui, lui confirma Guillaume. Parce que je ne pense pas qu'il connaisse les personnes qui possèdent ce genre de livres hérétiques... Et lorsqu'on le possède, on ne le fait pas lire à n'importe qui ! Mes propres collègues n'y auront jamais accès, d'ailleurs, ils ne savent même pas que je le possède puisque mon grand-père s'est bien gardé de noter son nom en couverture de la copie.
Je souris. Nous avions une piste qui venait de se matérialiser devant nous. L'assassin serait-il si bête ? Ou n'avait-il pas pensé que nous aurions le propriétaire de l'évangile maudit avec nous pour l'enquête ? La deuxième hypothèse me semblait la meilleure, il avait tablé sur la présence de Scotland Yard et pas sur celle d'un professeur d'université érudit...
- De la peau humaine, ricana Watson lorsqu'il se repensa à ce que Guillaume nous avait raconté sur l'évangile. Ils ont le don de nous faire croire n'importe quoi ! Si ça se trouve, on l'a écrit il y a peu, cet évangile.
- Cher docteur, ce livre, je l'ai étudié et analysé ! lui répliqua assez vertement le professeur. Ce que mes ancêtres ne savaient pas faire, je l'ai fait ! Sachez que l'on trouve déjà des traces de ce manuscrit original en 452, lorsque les Huns menaçaient Rome. Il paraîtrait que c'est Attila lui-même qui donna un chargement de livre – pillés dans les monastères de l'Asie Mineure – au pape Léon le Grand. Ce dernier lui échangea douze chariots d'or contre la paix. Les traces sont écrites en plus ! (3) On le voit resurgir assez souvent cet évangile... Mais je peux vous jurer que la première couverture, celle d'origine, est bel et bien de la peau humaine ! Le microscope est formel ! Elle fut recouverte par d'autres peaux, notamment celle de bouc noir, mais l'originale est humaine ! On a prélevé de la peau d'un être humain et un peaussier en a fait une couverture ! Pour les pages, c'est bien de la peau de fœtus que l'on a utilisé, mais de veau (4). Peau d'une grande qualité et exclusivement réservées à des manuscrits de valeur. L'encre n'est pas constituée de sang, juste une encre rouge. Et cet évangile fut propriété de l'église jusqu'en 1348. Ensuite, la grande peste (5) commença et on en perdit la trace. Il a fini par atterrir dans ma famille, après de longues recherches et une lutte sans merci avec les sbires du Vatican.
- Oh, fit Watson un peu ébranlé par ces révélations. Désolé... Je pensais que...
- Si j'avais le temps, je vous conterais toute l'histoire, docteur. Plus tard, quand votre enquête sera finie...
- Il me semble que nous en avons terminé pour nos cadavres, non ? demanda Lestrade.
- Oui, fis-je songeur. Il faudrait que votre policier revienne assez vite avec les renseignements. Surtout l'identité du propriétaire !
Je restai un moment pensif : il me faudrait aller à la bibliothèque pour aller consulter le livre des emprunts des livres interdits... Demain, j'avais du pain sur la planche !
- Donc, énonça Lestrade, si je vous suis bien, notre criminel est une sorte d'érudit qui a de l'instruction et qui fréquente les bibliothèques ! Il a étudié les différents sujets avant de les mettre à mort... Il a délibérément étudié certaines matières...
- à moins qu'il ne soit tombé dedans, quand il était petit, proposa Guillaume. (6)
- Que voulez-vous dire par là ? demanda Lestrade qui n'avait pas compris.
- Un peu comme moi qui suis tombé dans l'égyptologie quand j'étais petit. Mon père en était féru, comme le sien avant ! Et moi, j'ai été nourri avec les pharaons, les dieux, les pyramides, les obélisques... Sans oublier l'Histoire en général, puisque mon père en parlait à longueur de journée avec ses collègues. Moi, j'écoutais. Donc, je n'ai pas eu besoin de l'étudier, je connaissais déjà tout cela ! J'étais incollable sur le sujet. Tombé dans la « marmite de l'Histoire » dès mon plus jeune âge !
- Non, fit Lestrade catégorique, il a potassé certain sujets et pas d'autres ! Ou alors, il les connaissait déjà depuis longtemps. Qu'en pensez-vous Holmes ?
- Il mesure la même taille que Watson, est mince, ne fume pas ou s'en est abstenu dans l'entrepôt. A des connaissances et c'est un esprit cultivé et supérieur. Malheureusement, il a mis son érudition à contribution pour des meurtres...
Note de l'auteur :
(1) Dans la mythologie romaine, Janus est un dieu à une tête, mais deux visages opposés, gardien des passages et des croisements, divinité du changement, de la transition, auquel le mois de janvier est consacré.
http: / fr. wikipedia. org / wiki / Janus
(1) Janus est une divinité romaine qui préside aux commencements et aux passages. Dieu de premier rang dans la hiérarchie romaine (diuum deus), il a le privilège d'être invoqué avant toutes les autres divinités. En tant que dieu introducteur il est avec Portunus un « dieu des portes » qui préside à l'ouverture de l'année et à la saison de la guerre (les portes de son temple étaient fermées quand Rome était en paix).
http: / fr. wikipedia. org / wiki / Janus_%28 mythologie%29
(2) Dans une bibliothèque, l'enfer est une section réservée regroupant les ouvrages jugés licencieux.
http: / fr. wikipedia. org / wiki / Enfer_%28 biblioth%C3%A8que%29
(3) Rétablissons la vérité historique : l'action politique de Léon Ier n'est pas négligeable. L'épisode le plus célèbre est la rencontre avec Attila en 452 à Mantoue où le pape persuade le conquérant de faire demi-tour. Il est vrai que l'intervention de l'empereur Marcien sur les arrières des Huns n'est sans doute pas étrangère au retrait d'Attila, plus sans doute que le pouvoir de persuasion du pape. En 455 il lui est impossible d'empêcher le deuxième pillage de Rome par Genséric et ses Vandales. Tout au plus parvient-il à négocier que la ville ne soit pas incendiée et qu'il n'y ait ni meurtres, ni viols, ni violences.
http: / fr. wikipedia. org / wiki/L%C3%A9on_Ier_%28 pape%29
(4) Parchemins : les peaux animales (de chèvre, de mouton, de veau, de porc ou d'agneau) sont dégraissées et écharnées pour ne conserver que le derme.
Par la suite elles sont trempées dans un bain de chaux, raclées à l'aide d'un couteau pour ôter facilement les poils et les restes de chair et enfin amincies, polies et blanchies avec une pierre ponce et de la poudre de craie.
Une fois la préparation achevée, on peut distinguer une différence de couleur et de texture entre le "côté poil" (appelé également "côté fleur") et le côté chair. Cette préparation permet ainsi l'écriture sur les deux faces de la peau. Selon l'animal, la qualité du parchemin varie (épaisseur, souplesse, grain, texture, couleur…).
Les parchemins en peau de veau mort-né, d'une structure très fine, sont appelés vélins. Ils diffèrent des parchemins par leur aspect demi transparent. Ils sont fabriqués à partir de très jeunes veaux, les plus beaux et les plus recherchés provenant en général du fœtus.
Certains parchemins en peau d'être humain auraient été fabriqués, mais cela reste à démontrer.
Le parchemin est un support complexe à fabriquer, cher, mais extrêmement durable. Si les papiers habituels jaunissent en quelques années, on trouve aux archives nationales quantité de parchemins encore parfaitement blancs, et dont l'encre est parfaitement noire. Aussi, il offre l'avantage d'être plus résistant et permet le pliage. Il fut le seul support des copistes européens au Moyen Âge jusqu'à ce que le papier apparaisse et le supplante. À la fin du XIVe siècle, il est utilisé essentiellement pour la réalisation de documents précieux, d'imprimés de luxe ou encore pour réaliser des reliures.
Support onéreux, on évitait de le gaspiller. Aussi, on réparait les peaux abîmées avec du fil et on réutilisait les vieux parchemins après que l'écriture en avait été grattée : on les appelle les palimpsestes. (Cela vous rappellera Holmes qui étudie un palimpseste dans une de ses aventures Canonique, intitulée « le pince-nez en or »).
http: / fr. wikipedia. org / wiki / Parchemin
(5) La peste noire est une pandémie de peste bubonique, causée par la bactérie Yersinia pestis, qui a touché la population européenne entre 1348 et 1352. Elle n'est ni la première ni la dernière épidémie de ce type, mais elle est la seule à porter ce nom. Par contre, elle est la première épidémie de l'histoire à avoir été bien décrite par les chroniqueurs contemporains.
http: / fr. wikipedia. org / wiki / Peste_noire
(6) Toute ressemblance avec une célèbre bande dessinée bien connue d'Uderzo et de Goscinny, qui parle d'irréductibles gaulois et de potion magique serait purement fortuite !
- Non, Obélix ! Pas toi ! Tu es tombé dans la marmite de potion lorsque tu étais petit...
