35- Le temps des discussions…
Comme toujours, je ne saurai jamais trop le dire, vos commentaires et reviews me touchent. Vos encouragements m'incitent à continuer. Vos idées, pistes, doutes m'amènent à développer mon intrigue, greffer des "mystères", des anniversaires, des rebondissements qui, à l'origine, n'étaient pas prévus... Alors merci à vous. De tout mon cœur et, croyez-moi, il est immense !
J'ai la tristesse de vous annoncer qu'une des fic du fandom "Candice Renoir" a été retirée. J'en suis profondément attristée, j'avais grand plaisir à la lire... Je sais que nombre des lecteurs ici présents partageront ma déception. C'est regrettable, dommage, triste... Je pense que le "faible retour" des lecteurs a une part de "responsabilité". C'est dur, pour un auteur, d'avoir l'impression de faire front à un mur de silence...
Merci à Nami pour son avis sur ce chapitre et les propositions d'amélioration. Je suis certaine de la différence que cela apporte à ces quelques pages.
Pour vos commentaires (vous voyez, encore, comme c'est important et pourquoi j'ai à cœur d'y répondre...), merci, encore une fois...
- Canardsac : désolée pour l'agonie... j'espère que tu es remise... la fin de chapitre devrait être moins violente cette semaine...!
- Nanoushka : en te re-relisant, je ris toujours autant... ! J'attends ton explication de l'AIPM et... Voila la suite, pour ta vive impatience... ;)
- Neko : toujours fidèle au poste, toi aussi... Hé non, pas assistante de vie... Mais tu le sais, maintenant... !
- Ju : Reuuuh ! Merci pour ton double comm'... Ravie que tu sois rassurée sur le "bon fond" de Nathan... Attia et Candice bah... euh.. tu vas le savoir ?! Surfruiiiiise !
- MarinaLuna : ah ah ! j'ai adoré ton comm' ! Moi aussi j'ai cette expression "c'est le drame...!". Pour Attia, tu vas le découvrir sans tarder... Quant aux sentiments... tout avance... doucement...
- Teddyursa : Ah, Nathan... drôle de personnage, hein ? J'essaie de le rendre "humain". Avec ses failles, ses faiblesses, sa force de caractère, son regard sur le monde qui ne peut qu'avoir changé... Clochette, ça m'est apparu comme une "évidence"... Blonde, facétieuse, jolie comme un cœur, qui fait tourner les autres en bourrique, magique comme toutes les fées et... dotée d'un sacré caractère...! Je te laisse donc découvrir la suite... ;)
- Loony : courage... courage... courage ! Tu touches au terme, c'est maintenant qu'il faut s'accrocher... Je te l'ai dit, si tu as besoin, n'hésite pas à me solliciter... je peux surement t'aider sur certains points (et mon ami Netter aussi ;) ) Remets toi vite de tes virus/crobes/bestioles méchantes... Hi hi, pour les rebondissements, j'y prends un plaisir fou, j'avoue.. mais c'est aussi mon retour face à vos commentaires, certaines idées de lecteurs, ou ce que ça a fait émerger chez moi... En tout cas, mille merci pour tous ces compliments !
- Alexandra : ah oui, surprise par la discussion ? tu t'attendais à quoi (*curieuse...*) ? Mon petit cerveau est cinglé je crois :D . Chapitre trop court, oh là là, mais ce que je n'entends pas ! Pourtant ça fait un paquet de "pages word" !
- Dona : merci pour ce comm, tous tes compliments et... le temps que tu prends pour les faire. Je sais combien tu es occupée, et pourtant... Tu viens reviewer... Oui, je trouvais dommage de prioriser l'enquête ou les sentiments, alors j'essaie d'équilibrer les deux, même si, selon les chapitres, l'un ou l'autre prend le dessus... Merci ! Bonne découverte de la discussion... j'espère qu'elle va te plaire ;)
- Jsiil : je suis toujours très impressionnée et admirative et ébahie (et.. plein d'autres mots qui ne viennent pas, là...)qu'on puisse "attaquer" ma fic, affronter les 34 chapitres, enchaîner les pages, tout ça presque "d'une traite" (en mode "même pas peur de la fic du korrigan !")... Merci pour t'être attaquée à "la bête", pour avoir pris le temps et la peine de laisser un commentaire, pour tes compliments extrêmement touchants... Je suis ravie que, de ton œil "extérieur", tu me fasses le retour que j'arrive encore à être "fidèle" à la série. Plus le temps passe et les chapitres glissent et plus, parfois, je me demande si je respecte toujours bien les personnages, l'esprit, etc...
Je suis reboostée à fond, merci mille fois à vous... Je vais continuer, ce soir, à mitonner la suite... !
Je vous embrasse bien fort, vous souhaite un agréable moment, affalé(e)s devant votre ordinateur, pelotonné(e)s sous la couette, faussement sérieux(/se) au boulot devant votre bureau, avachi(e) sur un siège dans les transports en commun... BONNE LECTURE, à très bientôt, et... comme toujours, au plaisir de vous lire ;)
Bizzh
K.
- Je n'arrivais pas à trouver sa trace. Je pensais qu'en mettant la main sur la grande, je pourrais trouver la petite après. Mais elle est morte avant que je puisse la loger. C'est pour ça que je vous ai suivis à Valence…
Ce fut un véritable coup de poignard en plein cœur. Dans son esprit, une véritable explosion nucléaire venait de se produire. Ce type les avait suivis. Ils avaient mis Anaëll en danger. Elle était peut-être morte au moment où ils parlaient… Et elle n'avait rien vu. Elle devait reprendre contenance. Avoir l'air neutre. Elle inspira calmement, cherchant à maîtriser les battements effrénés de son cœur autant que le tremblement discret de ses mains. A côté, Antoine était tout aussi silencieux. Il posa le dossier sur la table. L'instant d'après, son genou venait l'effleurer, comme une douce caresse. Aussi délicate et tendre que s'il lui avait pris la main… Pour lui dire qu'il était là… Un soutien précieux. Une poignée de secondes hors du temps, loin de cette affaire… Elle reprit :
- Et ?
- Et quoi ? Je vous ai suivis jusqu'à leur commissariat, à Valence…
Dumas s'écartait déjà… Oh, elle comprenait bien… derrière eux, au-delà de la vitre sans tain, Meddhi et Chrystelle assistaient certainement à l'interrogatoire. Maintenir le contact plus longtemps risquait de faire découvrir leur… leur quoi, d'ailleurs ?! La discussion avec le psychologue lui revenait en mémoire…
- La gamine est morte.
Retour brutal à la réalité. Les mots étaient plus violents qu'une gifle…
- Co… Comment… ? Souffla-t-elle.
- Je vous l'ai dit. Je vous ai suivis.
- Et… ?
Elle tentait de contrôler sa voix. Eviter qu'elle ne tremble ou vibre sous le coup de l'émotion. Limiter le nombre de mots. Etre précise, impersonnelle. Ecouter l'homme.
- Je l'ai bien vu…
Silencieuse, elle hocha la tête, l'invitant à continuer.
- Si elle avait été vivante, vous y seriez allés. Je vous aurais suivis et…
Comme si son cerveau avait fait « reset ». Plus aucune pensée ne parvenait à se former dans son esprit… Candice inspira profondément et se força à réfléchir. Elle devait absolument retrouver son calme. Formaliser tout ce que la phrase pouvait induire. Romuald Puech les avait suivis. Il ne les avais pas vus partir rejoindre Anaëll… à moins qu'il ne prêche le faux pour savoir le vrai… ? Et il venait de dire qu'il ne l'avait pas tuée… mais s'il l'avait trouvée à cause d'eux, il l'aurait fait…
- Je suis resté devant le commissariat de Valence, tout le temps où vous y étiez, reprit l'homme. Si vous étiez allé voir la fille vous seriez sortis, nous sommes d'accord ?
Candice hocha la tête, silencieuse. Que faire de plus ? Elle devait prendre le temps de s'assurer la sécurité de la jeune Léoni.
- Et vous auriez pris une voiture. Elles sont garées sur le parking, devant le bâtiment. Il y en avait une et elle n'a pas bougé.
Ok, j'ai compris… La chance nous a souri… Un miracle que les choses se soient déroulées ainsi… Les pensées de Renoir fusaient, à la vitesse de la lumière. Antoine avait-il saisit la situation ? Avait-il compris que la sœur de Mélinda était, au moins temporairement, hors de danger ? Elle vint prendre le dossier, resté près d'elle, sur la table. Ce faisant, elle se tourna légèrement vers son collègue, frôlant à son tour son genou. Avec un plaisir dissimulé… Elle regarda brièvement le malfrat puis fit semblant de s'intéresser aux documents qu'elle tenait. Dumas ne bougeait pas…
- Vous n'êtes pas sortis, sauf pour repartir à la gare, continua l'homme. En fin d'après-midi. Ca ne veut dire qu'une chose : la gamine est déjà morte… Vous voyez Commandant Renoir, moi aussi je suis observateur. Et je sais analyser les informations, déduire des choses… !
Une ultime fois, elle pressa son genou contre la jambe de son second et frôla lentement son bras, provoquant un déferlement de frissons dans son corps, depuis les reins jusqu'à la racine des cheveux. Sa peau s'électrisait… Elle se contraignit à s'écarter d'Antoine puis, enfin, s'octroya le droit de se détendre. Relâcher ses épaules… Imaginer les bienfaits d'un massage… Les mains d'Antoine sur elle… Non, non, non ! Pense plutôt au spa, Candice… sinon tu vas perdre le fil de l'interrogatoire ! Comme pour la troubler encore davantage, son capitaine se passait la main sur la nuque. Ses muscles roulaient sous le tissu de sa manche… Spectacle bien attrayant… Elle se détourna, cherchant à s'accrocher à cette discussion avec le malfrat. Qu'avait-il dit, déjà ?!
- Effectivement, Monsieur Puech, je vois cela…
- C'est pas plus mal, après tout…
- Pardon ?
Que pouvait vouloir dire l'homme ? Que sous-entendait-il par cette petite phrase, lâchée d'une voix à peine audible ?
- La gamine… c'est pas plus mal qu'elle soit morte… Elle a perdu ses parents, au moins elle n'aura pas eu à affronter le décès de sa sœur. Et puis moi… ça évite de… enfin…
Dans ses yeux, une lueur d'humanité. De compréhension. De tristesse, peut-être aussi… Au moins cet entretien se clôturait sur une note… positive. Anaëll était vivante. Et Romuald Puech était doué d'une conscience… Elle le salua d'un simple signe de la tête puis se leva et quitta la salle d'interrogatoire. L'échange l'avait tourneboulée. Elle mit une seconde pour réaliser qu'une personne l'attendait, devant la porte. Antoine, qui la suivait, la heurta, ne s'attendant vraisemblablement pas à ce qu'elle reste plantée au milieu du couloir. Yasmine Attia. La situation était… atypique. Dans son dos, elle percevait la chaleur du corps d'Antoine qui l'aimantait tandis que face à elle se tenait la commissaire à l'attitude polaire. Qu'est-ce que j'ai fait… ? Merde, elle a dû entendre que Puech nous a suivis. On a mis en danger une mineure qui était sous le programme de protection des témoins… Cela expliquait sa réaction. Tout en elle criait la colère : ses lèvres serrées, l'air revêche, les yeux noirs aux pupilles rétrécies… sa voix, glaciale.
- Renoir, je veux vous voir. Tout de suite.
…
Dans le bureau de la commissaire, l'ambiance était aussi polaire qu'électrique. Candice ne parvenait pas à s'expliquer pourquoi sa supérieure réagissait aussi violemment… et tout particulièrement envers elle. Elle avait l'impression désagréable que, quoi qu'elle fasse, Attia le réprouvait. Comme si elle lui en voulait personnellement… Mais non, c'est ridicule, se dit-elle en s'asseyant face à sa supérieure qui s'était installée dans le fauteuil. La brune se tenait très droite, raide, et fixait la commandant de son regard noir.
- Vous pouvez m'expliquer, Renoir ?
Le ton était sec. Cassant.
- De… ?
- Ce qui s'est passé est inacceptable ! En êtes-vous consciente ?! La voix d'Attia, difficilement contenue, éclata dans la pièce.
- Je suis confuse, Madame le commissaire… Commença Candice, souhaitant apaiser la colère de sa supérieure hiérarchique.
La tension qui régnait était anormale. La plus petite étincelle risquait de mettre le feu aux poudres et ça… la chef de groupe voulait à tout prix l'éviter. La situation était assez compliquée, inutile de surajouter des tracas…
- Ce n'est pas professionnel, Renoir ! Cingla Attia en se levant pour faire quelques pas de long en large.
Elle était comme un lion en cage. Visiblement irritée, soucieuse, comme en attestait la présence de fines rides entre ses sourcils. La situation d'Anaëll Léoni était effectivement préoccupante. Candice se devait de rassurer Attia au sujet des révélations du malfrat… et de l'absence de conséquence !
- Nous avons agi avec la plus grande discrétion, comme l'exige la procédure, se justifia la commandant.
- Quoi ?! Rugit son interlocutrice.
Elle avait brutalement pivoté et lui faisait désormais face, livide.
- Nous… Chrystelle nous a réservé les billets de train, au dernier moment. Aucune communication autour du déplacement… Nous avons suivi le protocole pour prévenir les confrères de Valence…
- Mais… de quoi vous parlez, Renoir ?!
La colère avait disparu de sa voix. Elle paraissait incrédule. Dépassée. Dans un silence teinté d'incompréhension, elle la dévisageait. Visiblement, elles ne parlaient pas du tout de la même chose… Et Candice commençait sincèrement à s'inquiéter. La situation n'était pas normale. Attia s'était mise, quelques instants plus tôt, dans un véritable état de rage. Ce n'était pas la première fois… Comme si quelque chose la hantait et explosait, à intervalles régulières. Toujours contre elle. Mais impossible de mettre le doigt sur la cause originelle de ce… conflit. Ok, alors… déjà, on va s'occuper du moment présent…
- D'Anaëll Léoni… Le programme de protection des témoins…
- Hein ?!
Vu stupéfaite, la brune l'avait appelée pour autre chose. Mais si ce n'est pas ça… qu'est-ce qu'elle me reproche ?! La commissaire était immobile, de l'autre côté du bureau, les bras ballant… Attendant la suite de cette histoire dont elle ne savait rien…
- Romuald Puech… Il nous a suivi… à Valence… Expliqua la commandant qui devinait aisément combien la conversation était périlleuse.
- QUOI ?!
Et merde…
- Il vient de nous le dire… Malgré toutes nos précautions, à tous les niveaux et par tous les membres… Il nous a suivi jusqu'au commissar…
- Vous avez ENCORE provoqué un cataclysme ?! … Il faut que j'appelle Valence pour lancer l'extraction de cette gamine ?! La coupa la brune, portant la main à son front pour masser un début de migraine avant de taper sur la table, visiblement excédée.
- Non, non, non ! S'empressa Candice. Certes il nous a suivi mais… La jeune fille est hors de danger.
- Comment ça ? Expliquez-moi tout de suite.
- Romulad Puech nous a suivi jusqu'à Valence, malgré toutes nos précautions… d'usage… Et il est resté attendre devant le commissariat. Sauf que nous ne sommes pas sortis par l'entrée principale et il ne nous a pas vus.
- Et alors, interrogea Attia avec impatience, tout en s'appuyant des deux bras sur le plateau du bureau.
- Il en a déduit que nous n'avions pas quitté le bâtiment… et donc qu'Anaëll Léoni était décédée… Il a prévenu Kyprianos de la situation… enfin, de ce qu'il en avait compris, résuma Renoir, évitant sciemment de rentrer dans les détails de l'histoire.
Inutile d'envenimer la situation…
- Aucun risque ?
- Non, aucun… La jeune fille est à l'abri pour quelques temps… Je vais avertir moi-même mon confrère valentinois.
- …
- … de Valence, se reprit Candice, devinant l'irritation de sa supérieure.
- Nous avons évité une catastrophe, Renoir. Je ne vous félicite pas… Heureusement que le pire a été évité…
La chef de groupe jugea préférable de rester silencieuse. Effectivement, si la chance n'avait pas été de la partie, Anaëll serait morte. Par leur faute… Comme sa sœur. Ils l'auraient livrée sur un plateau d'argent à l'homme de main du Grec. Et Kyprianos n'aurait eu aucun scrupule à la faire exécuter. Un frisson de peur rétrospective la parcourut… N'y pense pas, tout va bien… La petite est en sécurité…
- Maintenant, Renoir, je voudrais que nous abordions l'autre sujet. Celui pour lequel je vous ai convoquée, lança Attia d'une voix dure.
Elle qui avait baissé la tête pendant les explications de Candice, releva le menton en prenant la parole. Croisant son regard, Candice remarqua cette étrange lueur de colère dans ses yeux. Comme… de la rancune ? Mais pourquoi la commissaire lui en voudrait ? Et… que lui reprochait-elle, puisqu'il ne s'agissait pas du « souci » de Valence ? Il n'y avait pas de logique… Et pourtant, son instinct lui soufflait qu'elle ne se trompait pas.
- …
- Renoir, je crois que vous n'avez pas compris ce que je vous reproche… Murmura la brune d'une voix anormalement grave et lente, comme si elle tentait de se contrôler… Comme si elle s'empêchait de hurler, pensa Candice, stupéfaite.
- …
- Vous flirtez avec un membre de votre équipe ! Un de vos subordonnés !
La déclaration claqua dans le silence du bureau, doublée d'un nouveau coup sur la table. Candice était estomaquée et ne savait pas quoi répondre, se demandant bien d'où venait l'accusation… Qu'est-ce qu'Attia avait bien pu « surprendre » ?! Ils n'avaient pas coupé tous les micros, dans le fourgon ? Impossible... Chrystelle, Meddhi ou Nathan nous aurait fait la réflexion…
- Je… Non…
- Je vous ai vus, Renoir ! Vous vous rendez compte ?! Je vous ai vus ! En pleine salle d'interrogatoire !
Attia s'était redressée et secouait la tête, ponctuant chaque phrase de mouvements compulsifs des mains… Elle était, visiblement, très énervée…
- Euh…
Mais… de quoi elle parle ?! La commandant avait l'atroce sensation de se trouver en pleine mer, sans savoir dans quelle direction nager, ni quel était le véritable danger… tout en sachant qu'elle devait se mettre au plus vite en sécurité… Oh merde, réalisa-t-elle soudain. Elle nous a vus… sous la table… ! Elle se sentit blêmir.
- Non… Ce… ce n'est pas ce que vous croyez…
Que risquaient-ils ? Elle ne s'était jamais questionnée sur leur droit à se fréquenter au sein de la brigade… parce qu'elle ne pensait pas avoir la moindre chance avec Antoine. Pourtant sa relation avec David n'avait posé aucun problème…
- Pas ce que je crois ?! Renoir, vous faites du pied à votre second en plein interrogatoire ! Vous réalisez ? Ce n'est pas professionnel !
Attia reprit appui sur son bureau. Comme pour dissimuler le tremblement de ses doigts… Candice était effarée… Que répondre à cela ? Elle se passa les mains sur le visage, tentant de reprendre pied.
- Ok… Non, je ne fais pas du pied à mon second. Je devais lui faire comprendre la situation. Le fait qu'Anaëll était hors de danger… Et être sure qu'il n'intervienne pas, au risque que Puech devine qu'il avait fait erreur et… que Kyprianos ne charge un nouvel homme de main de la trouver et la tuer.
- Et pour cela… vous lui… caressez le genou ?! Insinua la brune en se penchant au-dessus de la table, se rapprochant de Candice.
- Je… Mais non ! Je l'ai… poussé du genou ! Protesta la blonde, essayant de justifier les contacts appuyés qui s'étaient produits avec son second.
- Si c'est ce que vous dites, Renoir, cela peut être considéré comme du harcèlement sexuel… Un contact assez… intime… imposé… à un subordonné, de surcroit… à un moment où il lui était difficile de vous repousser…
Sous le timbre policé et calme, la menace affleurait. Attia la dominait, toujours appuyée sur son bureau. Elle reprit :
- Mais si ce n'est pas ça… cela signifie que vous flirtez avec un de vos collègues. Un membre de l'équipe que vous dirigez… C'est une faute grave… Un manque de professionnalisme…
Les yeux de la commissaire lançaient des éclairs… Et la discussion, cette fois, dépassait largement la simple mise en garde. Candice le sentait. Elle était jaugée… par une femme redoutable. En colère. Qui n'attendait qu'un seul faux pas de sa part… sans qu'elle parvienne à comprendre pourquoi elles en étaient arrivées là… Quelque chose avait dû se produire… Il y avait toujours eu des tensions entre elles deux, mais pas à ce point ! Baissant la tête, elle remarqua les mains de sa supérieure, crispées sur la table. Ses articulations étaient livides…
- Je comprends bien… Souffla-t-elle, préférant jouer la soumission et l'apaisement.
- Je l'espère Renoir… Il serait dommage que vous écopiez d'un blâme… Lâcha Attia avec dédain, se redressant.
- Il n'y a rien entre mon capitaine et moi, déclara Candice avec un pincement au cœur. Mais j'ignorais que les relations… intimes… étaient interdites.
- Celles avec un supérieur hiérarchique. C'est une règle propre au commissariat de Sète. Cela nous évite d'être confrontés à un problème récurrent : la notion d'abus de pouvoir. Et le harcèlement sexuel.
La brune la toisait. Candice remarqua la discrète crispation de ses mâchoires, tandis qu'elle parlait…
- Vous pouvez disposer.
Le geste vers la porte était sec, pourtant… les doigts de la commissaire tremblaient légèrement. La blonde la salua et quitta le bureau, troublée et perplexe.
…
- Tu es de retour ? Ca va ?
La question de Chrystelle la fit sursauter. Sa jeune lieutenant se tenait tout près de Dumas. Sur son visage, le doux mélange d'inquiétude et de compassion lui fit chaud au cœur. Ils formaient une bonne équipe. Unie. Solide… Elle se composa un sourire rassurant :
- Oui, oui. Vous en êtes où ? Vous avez pu rédiger le PV ?
- C'est fait, Antoine allait justement faire signer à Puech.
Sur ces mots, Da Sylva fourra un papier entre les mains du capitaine et retourna auprès de Meddhi, dans l'open-space.
- Qu'est-ce qu'elle te voulait, Attia, murmura doucement Antoine tandis qu'elle se rapprochait.
Que répondre à cela… ? Une nouvelle fois, elle se dit qu'ils avaient besoin de parler. De se retrouver, seuls. Aborder le sujet de leur relation… Et ce qu'elle venait d'apprendre…
La porte de l'ascenseur s'ouvrit avec son habituel chuintement.
- Ah, vous êtes encore là ! Parfait… j'avais peur de ne trouver personne…
Candice fut surprise d'entendre son collègue et ami… Habituellement, il quittait rapidement le poste, le vendredi soir. Surtout depuis que son épouse était enceinte…
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Antoine d'une voix légèrement inquiète.
- Vous avez obtenu des aveux de Puech ?
- Oui. Mon équipe vient de finir le PV et Antoine s'apprêtait à le faire signer…
- Très bien… Allez-y. Moi, j'ai eu l'équipe qui suit Kyprianos depuis la mort des parents Léoni. Ils veulent nous voir. Répondit Nathan.
- … Quoi ?
Qu'est-ce que cela signifiait ?! Leurs confrères s'offusquaient-ils de leur dernière intervention, la tentative ratée d'interpeller le Grec ? Candice se sentait comme vidée de ses forces, épuisée parce cette journée aussi interminable qu'éreintante émotionnellement. Elle posa la main sur le mur, cherchant un peu de stabilité au milieu du chaos de leur enquête… et de sa vie. Une fraction de seconde plus tard, une main la saisissait par le coude. Et le parfum d'Antoine l'enveloppa.
- Ca va ? Souffla-t-il à son oreille.
- Je… euh… Oui. Oui, pas de souci, Antoine. Merci…
Comment se passer de lui ? Etait-elle seulement encore capable de le repousser ? Non… Et elle n'en avait aucune envie. Il n'était cependant pas raisonnable qu'ils restent si proches, surtout après la « conversation » qu'elle venait d'avoir avec Attia. Se libérant à regret, elle passa doucement la main sur son bras. Cette chaste caresse servait tout autant à rassurer Antoine… qu'à profiter de sa chaleur, du contact délectable de ses muscles tendus sous le tissu de son pull gris…
- Tu m'explique ? Demanda-t-elle doucement à son confrère.
- Oui. Mais dans ton bureau. Finissez avec Puech…
Dumas n'avait pas attendu la suite et, les aveux de l'homme entre les mains, il se dirigeait vers a salle d'interrogatoire. Un discret cliquetis l'alerta. Tous les sens en éveil, elle jeta un coup d'œil circulaire dans le couloir. Une porte était entr'ouverte… Celle du bureau d'Attia. Et une ombre se devinait dans l'interstice… La commissaire les observait, se croyant invisible… Heureusement qu'elle n'a pas ouvert la porte plus tôt, elle nous aurait vus… Et la proximité d'Antoine ne lui aurait certainement pas plu !
Renoir quittait déjà le couloir, ne souhaitant pas s'appesantir plus longtemps. Elle rejoignit son équipe tandis que le collègue de la PAF entrait dans son bureau. Mettant à profit le temps dont ils disposaient, la brigade fit le point sur l'enquête, les dernières avancées… Et prépara le programme du début de semaine afin de reprendre au plus vite, le lundi matin. Candice venait de raccrocher le téléphone lorsque ses collègues débarquèrent. Le commissariat de Valence était désormais informé du drame qui avait bien manqué de se produire… Les confrères s'engageaient à garder un œil attentif sur Anaëll, au cas où Romuald Puech aurait tenté un coup de bluff…
…
- Comme je vous l'ai dit, j'ai eu les collègues en charge du dossier Kyprianos, commença Nathan, une fois que la porte fut fermée. Ils le traquent depuis un moment… et suivent l'enquête Léoni. C'est cette équipe qui est à l'origine de la mise sous protection des deux filles…
- Pourquoi ils t'ont appelé ? Interrogea Antoine, nonchalamment appuyé contre un mur.
- Ils ont cherché à contacter Candice, qui ne répondait pas… Puis Attia… pareil… Du coup, c'est moi qu'ils ont cherché à joindre, vu que nous sommes de la même brigade… Et je transmets le message.
- Qui est… ?
Candice avait lâché ces mots, cette question qui la rongeait depuis l'annonce, dans le couloir. Qu'est-ce que leurs confrères nantais pouvaient bien leur vouloir ?!
- Ils suivaient votre enquête, depuis que le nom de Kyprianos a fait surface… Cet après-midi, ils ont vu les premiers rapports de la planque. Ca fait des années qu'ils essaient de coffrer le Grec. Visiblement… ils ont été assez… impressionnés… que, sans avoir toutes leurs info, vous l'ayez manqué de si peu !
- Et… ils ont appelé… pour ça ?!
Elle avait l'impression de ne plus rien comprendre… La journée avait été trop longue, trop dense… Un grand huit émotionnel qui la laissait épuisée, incapable de se projeter. Elle ne rêvait plus que de s'effondrer dans le canapé, les doigts pris dans la fourrure de Fun, et s'endormir…
- Non, enfin pas tout à fait. Déjà, ils voulaient te féliciter… Ensuite… Ils veulent vous rencontrer… Faire le point avec la BSU. J'ai cru comprendre qu'ils avaient une piste, mais ils ont besoin de voir certaines choses en direct… Labot, leur commandant, ne m'en a pas dit plus.
- Ok, soupira Candice. Quand peuvent-ils venir ? Ou on les rejoint ?
- Ils ont réservé leur train. L'équipe débarque mardi à 15h, à Montpellier. Réunion de 16h à 18h…
- Avec un peu de chance, on aura bien avancé lundi… Fit Chrystelle, résumant ainsi tout haute ce que chacun pensait…
- Et ils partageront leurs informations, compléta Meddhi.
…
Elle commençait à récupérer… Finalement, même si de prime abord, elle avait trouvé frustrant de ne pouvoir continuer cette enquête, elle réalisait combien ce week-end de repos était nécessaire. La veille au soir, elle s'était endormie comme une souche, épuisée par ces dernières semaines et la journée éreintante du vendredi.
Quelques minutes auparavant, elle avait reçu un message… Un simple sms d'Antoine lui proposant une petite marche sur la plage… Après s'être étiré longuement, elle avait prévenu ses enfants qu'elle partait se balader au bord de l'eau. S'aérer, avait-elle prétexté… Son second était déjà là. Assis sur le sable, face à la mer. Le soleil caressait son visage, s'accrochant à ses lèvres, au coin de ses yeux. Prisonnier de ses cheveux courts et de sa barbe de deux jours, où elle rêvait de glisser ses doigts… Sans doute l'entendit-il car il se retourna. Silencieux. Et se leva pour venir à sa rencontre. Il l'enlaça, l'embrassant tendrement sur la tempe. Candice n'avait aucune envie de quitter l'antre de ses bras pourtant… pourtant rien n'était simple. Rien n'était clair, dans son esprit.
- Arrête de penser… C'est le week-end. Il fait beau… Profitons… Souffla Antoine en l'entrainant par la main.
Sans ressentir le besoin de parler, ils déambulèrent, avançant dans le sable. La plage était à eux… Aucun badaud ne s'y promenait. Rien… Que le silence, le léger ressac de la méditerranée, le cri des mouettes et, parfois, le vent qui sifflait, se prenant dans les herbes hautes des dunes… Et eux. La chaleur de leurs mains liées. Le frôlement de leurs bras, à chaque pas. Candice savourait l'instant… Même le vent se faisait taquin, venant parfois se prendre dans ses boucles, soulevant ça et là de discrets nuages de poussière. Quand ils décidèrent de faire demi-tour et revenir vers la demeure des Renoir, le bras d'Antoine vint se poser autour de ses épaules. Toujours sans un mot… De temps à autre, elle le devinait occupé à jouer avec une de ses mèches, l'enroulant autour de ses doigts… Elle faisait semblant de ne pas s'en apercevoir. Le portail apparaissait déjà, comme un signal. La fin d'une parenthèse enchantée…
- Attends, mumura Antoine. Pas tout de suite…
- Quoi ?
- … Suis-moi !
Il l'attira à sa suite, s'aventurant dans les dunes qui bordaient la plage de sable blanc, évitant les plantes épineuses…
- Où tu vas ? Antoine !
- Chut… suis-moi !
Elle avait l'impression qu'ils étaient deux enfants, inconscients, sans contrainte, se faufilant dans le labyrinthe de dunes pour y trouver une cabane ou un trésor dissimulé au cœur d'une histoire connue d'eux seuls. Candice se prenait au jeu, suivant son second, confiante. Bientôt, il s'immobilisa. A droite, on devinait la haie de son terrain. La plage était encore visible à quelques dizaines de mètres de là… Plus loin, sur la gauche, elle devinait les vieux murs éboulés de l'ancien hôpital, couverts de végétation.
- Candice… Tu m'as demandé quelque chose… Hier…
Dont elle ne se souvenait pas du tout… Mais qui, visiblement, troublait le jeune homme… Il paraissait hésiter. D'un sourire, elle l'encouragea à continuer.
- Tu m'as demandé un dessin…
- ... Oui… Tu en as amené un ?!
Elle n'en revenait pas ! Antoine accédait à sa demande… et bien plus vite qu'elle ne l'aurait jamais imaginé…
- Viens.
Antoine lui tendit une main qu'elle s'empressa de saisir. C'est à ce moment-là qu'elle réalisa que son compagnon ne tenait rien… Mais où était donc ce dessin ? Ils gravirent la pente douce de la dune, glissant dans le sable fin. Dumas l'aida à franchir les derniers pas. Devant eux, les dunes s'étalaient, couvertes d'une végétation sombre, robuste, acclimatée à l'aridité de ce terrain. Enfin, Candice baissa les yeux.
Des séries de lignes se croisaient sur le sol, dessinant un palmier dont le feuillage se confondait avec les ficoïdes et autres plantes rases. Le tronc se prolongeait jusqu'en bas de la dune et, plus loin, elle devinait le vol de quelques oiseaux, et la mer, faite de sable à l'aspect bouchardé… Au milieu, appuyée contre l'arbre, une silhouette de femme aux cheveux bouclés, ondoyant dans une brise que l'on imaginait sans mal… Le dessin d'Antoine…
- C'est magnifique… Murmura-t-elle, ébahie.
- …
- Mais tu ne t'en tireras pas comme ça ! Tu l'as fait exprès ! Je voulais voir un de ceux que tu caches dans cette pochette, Antoine !
En protestant, elle lui frappa doucement le bras. Elle devinait son appréhension à lui montrer ses œuvres. Il avait probablement honte de ce passe-temps. Comme si cela ne correspondait à ce qu'un homme, un policier, pouvait faire de son temps libre… Ces maudites normes sociales ! Elle n'en avait que faire… Au contraire, elle y voyait la sensibilité de son second. Une forme d'expression au-delà des mots… Comment lui faire comprendre l'intérêt qu'elle portait à ce qu'il faisait ? La valeur de sa confiance ?
- Antoine…
- Je n'ai jamais montré ce que je fais… Pas depuis mon prof de dessin, il y a… longtemps. Confia Dumas, le regard perdu à l'horizon.
- Montre-moi, s'il te plait… Ceci est… magnifique… J'aimerais découvrir ce que tu fais… sur papier… Fais-moi confiance…
Il baissa enfin les yeux vers elle. Ses prunelles vertes semblaient la sonder… peser le pour et le contre… jauger ce qu'il devait décider…
- Ok… Soupira-t-il, résigné.
Ravie, elle se hissa sur la pointe des pieds et l'embrassa sur la joue. Antoine lui ouvrait la porte sur une partie secrète de sa personnalité. Le mystère de sa vie en-dehors du poste de police… La sensibilité à fleur de peau qu'elle devinait parfois au travers des mots, des gestes ou des regards.
- Merci… Attends, le retint-elle alors qu'il commençait à descendre. Je prends une photo… Tu es capable de l'effacer quand j'aurais le dos tourné !
Dans son dos, Antoine riait de bon cœur. Sortant son téléphone, elle songea qu'il n'avait rien répliqué… Avait-elle raison ? Il prévoyait de détruire le dessin une fois qu'elle serait rentrée chez elle ? Peu importe… Maintenant, quoi qu'il fasse, le dessin est enregistré !
Le jeune homme l'aida à descendre de la dune glissante, l'attendant en bas, les bras ouverts. Il l'enlaça tendrement, protecteur. Candice se lova contre son torse avec l'impression d'être à sa place, enfin… Et pourtant, d'après Attia, ils n'en n'avaient pas le droit. Un soupir lui échappa rien n'était simple…
- Candice…
Antoine murmura son prénom tout bas. Lentement, il remonta la main le long de son visage pour saisir une boucle blonde. Il prit le temps de l'enrouler autour de ses doigts avant de la glisser derrière son oreille puis caresser la ligne de sa mâchoire. Enfin, il se décida. Se pencha vers elle. L'embrassa… Elle savoura chaque fraction de seconde, la caresse de ses lèvres, le baiser tendre et sensuel, le frisson de leurs corps enlacés, l'étreinte puissante, le soupir de plaisir, inconscient, de son compagnon…
- M'man… M'man !
La voix d'Emma, toute proche, les fit sursauter. Ils s'écartèrent et Candice ne put s'empêcher de soupirer.
- Et merde…
- On n'a pas de chance… Toujours interrompus…
Elle nicha son visage au creux de l'épaule de son second, y étouffant un rire nerveux et désolé. Une nouvelle fois, elle sentit entourée, enveloppée dans un cocon de chaleur et de douceur.
- Tu devrais y aller, ta fille te cherche…
- Ca ne va pas ?!
- …
- Si elle me voit débarquer, maintenant, des dunes, elle va se douter qu'il y a quelque chose… et va venir fouiner !
Elle s'éloigna, trainant son second, pour se dissimuler derrière un monticule de sable.
- M'man, t'es là ? Non, P'pa, elle répond pas…
Antoine revint à la charge et l'enlaça avant de lui frôler la joue de sa barbe naissante et venir susurrer son prénom. Le contact autant que sa voix, grave et sensuelle, douce, lui arrachèrent des vagues de frissons. Elle s'abandonna contre lui, les yeux clos…
- Nan, j'sais pas… elle est partie se balader… Ouais, j'essaie sur son portable… Disait Emma.
- Merde, merde, merde ! Lâcha Renoir en cherchant son téléphone pour le mettre sur silencieux.
Elle y parvint in extremis, sous l'œil amusé de son adjoint… Lorsque son écran s'alluma, signalant un appel de la jeune fille, les deux policiers échangèrent un regard complice avant d'étouffer un magistral fou-rire. Le front sur l'épaule de son charmant second, elle tentait d'être la plus discrète possible pour éviter d'attirer l'attention de son ainée… Si jamais l'adolescente les découvrait, la situation serait extrêmement délicate à expliquer… !
…
Quand elle remarqua l'hésitation de son brigadier, le lundi matin, Candice modifia légèrement l'organisation de ce début de semaine. Laissant Antoine et Chrystelle partir interroger les riverains susceptibles d'avoir vu l'utilisateur de la cabine téléphonique, elle prit la route avec Meddhi. Tous deux se rendirent au siège de la société de transport. Le directeur les y attendait. Il avait fait copier sur DVD les vidéos de surveillance réclamées le vendredi soir… La commandant nota immédiatement que chaque disque avait identifié. On pouvait y lire la date et le créneau horaire d'enregistrement ainsi que la ligne de bus…
- Comment tu te sens, Meddhi ? Demanda la blonde, sur le trajet du retour.
- Ca va. Merci.
- Ce n'est pas la commandant qui te pose cette question, soupira Candice en regardant par la fenêtre avant de reprendre. Ton agression, dans l'appartement d'Etienne Morin, a été… violente… Tu es resté longtemps seul avec Bérard. On ne s'en remet pas comme ça…
- Ca va, je te dis, répéta Badou.
- Tu continues à voir le psy ?
- …
- Oh, ce n'est pas une honte ! Je continue à le voir, depuis… Confia-t-elle.
- … C'est vrai ?
- Oui. Cette histoire nous a tous… touchés… C'est normal d'avoir besoin d'aide… D'une personne extérieure…
Le brigadier ne répondit pas et le trajet s'acheva, rythmé par la voix chaude d'Adèle dont l'album tournait en boucle dans la voiture de Candice. A la brigade, le jeune policier enregistra les DVD. La chef de groupe s'apprêtait à repartir lorsqu'il l'interpella.
- Candice ?
- Oui, se retourna-t-elle avant d'approcher du bureau.
- Je… Merci de m'avoir parlé… tout à l'heure… De me faire confiance…
- On est une équipe, Meddhi… Une famille…
C'était un policier compétent, efficace, honnête… mais tellement jeune, songea-t-elle. Il a besoin d'être rassuré…
- Tu sais… Je continue à le voir… le psy…
- Et tu as raison… Il faut continuer, tant qu'on en a besoin…
Elle avait précautionneusement choisi ses mots, restant neutre volontairement pour qu'il la perçoive aussi concernée que lui… Qu'il ne se sente pas stigmatisé…
- J'ai encore… peur… de me retrouver devant un suspect armé… De ne pas pouvoir réagir…
- Je comprends… Si tu savais comme je regrette que tu aies eu à vivre ça… Pourquoi je n'ai pas refusé que tu ailles seul, là-bas ? Regretta-t-elle, lui pressant l'épaule dans un geste maternel.
- Ce n'est pas de ta faute, Candice.
- Si… Je suis le commandant de cette brigade. La sécurité de mon équipe, c'est ma responsabilité…
- Et celle d'Attia, c'était de nous maintenir en effectif… Celle d'Antoine, c'était de ne pas nous planter du jour au lendemain… La mienne, c'était de ne pas insister, parce que tu avais refusé, termina Meddhi dans un murmure.
Elle contourna la table et attira sa jeune recrue contre lui. Assis, il s'était laissé aller, la tête contre elle. Renoir eut l'impression de consoler un de ses fils, lorsqu'ils jouaient aux petits hommes mais que, sous les apparences, elle sentait poindre l'émotion…
- Ca va aller…
- Je ne se sais pas, souffla Badou en se redressant, les yeux humides. Je… J'ai peur de ne plus être capable…
- Mais non !
- Candice, je… je ne suis pas sûr de pouvoir utiliser encore mon arme… De ne pas rester… tétanisé… au milieu d'une intervention… Je… j'ai peur de vous mettre en danger… De ne plus être capable de faire mon boulot… !
Même si sa voix était calme, la commandant devinait le contrôle extrême qu'il s'imposait. Pour ne pas craquer. Ne pas pleurer… Pourtant, malgré tout, ses doigts tremblaient sur le clavier.
- C'est un mauvais moment, Meddhi. Laisse-toi le temps et ne te mets pas la pression. Il n'y en a pas, à mon niveau. Tu travailles bien, j'ai confiance en toi. On s'organise autrement, regarde… C'est toi qui gère les vidéos de surveillance… Antoine et Chrystelle font le tour des riverains… et moi je vais aller voir au collège…
- Merci…
- Non, Meddhi. C'est normal. Tu as besoin de temps, ça ne fait pas de toi un mauvais flic. Seulement un homme sensé. Qui a été confronté à une situation angoissante. Dangereuse. Sois patient, les choses avancent à leur rythme…
…
Devant le collège, attendant qu'on lui ouvre, elle repensait à cette discussion. Elle tournait en boucle dans son esprit… C'était rassurant que son brigadier se soit confié à elle… Il n'était pas sorti d'affaire. Le syndrome de stress post-traumatique, qu'elle avait bien pressenti quelques semaines auparavant, mettrait du temps à se résorber. Mais, au moins, elle savait à quoi s'en tenir. Si seulement Antoine avait fait pareil, s'il m'avait parlé, à l'époque…
Le CPE arrivait, mettant un terme à ces pensées qui se bousculaient depuis le départ de la brigade.
- Commandant Renoir, BSU de Sète.
L'homme la conduisit jusqu'à son bureau, traversant la cour, parcourant les couloirs du collège jusqu'au bâtiment administratif. Il prit le temps de vérifier la liste des élèves qui quittaient l'établissement par le portillon, à l'arrière. En attendant qu'ils arrivent, il confia à Candice que leur interphone disposait d'une mémoire… Tout appel était enregistré et conservé une semaine. A sa demande, la secrétaire consulta son ordinateur.
- Je suis désolée, Madame… Entre 17h 30 et 19h, l'interphone n'a été activé que par vous…
Candice était déçue… Et le fut plus encore après avoir discuté avec les adolescents : personne n'avait rien remarqué… Nul n'avait entendu sonner la cabine téléphonique… Pourvu que Chrystelle et Antoine aient plus de chance que moi !
