Bonjour à tous !
Vu que je suis en vacances, je peux me permettre de passer un peu plus de temps sur cette fiction. Je vous livre donc un nouveau chapitre, en plus de celui de dimanche prochain, vu que j'ai quasiment terminé d'écrire cette troisième année.
Bref, merci à tous les lecteurs et revieweurs (néologisme immonde, te voilà) et bonne lecture.
Disclaimer : Harry Potter appartient à J.K. Rowling
Chapitre 37 : L'ombre du passé
Contrairement à ce que Harmonie espérait, il ne se passa rien de véritablement palpitant durant ce début du mois d'août.
Jusqu'au moment ou elle pouvait rejoindre son monde, elle observa minutieusement son escorte de l'ombre, mais fit comme si de rien n'était. Elle n'adressa aucun regard à ses suiveurs, pour qu'ils sous-estiment ses capacités. La surveillance qu'elle ressentait était assez gênante, mais elle en comprit l'utilité dès son arrivée dans son monde.
Lorsqu'elle entra au Chaudron Baveur, elle observa la foule agglutinée comme à son habitude, parmi les relents de fumée et les murmures. L'endroit semblait plus sale d'année en année, alors qu'elle regardait avec dédain la poussière accumulée de ce pub miteux. Si c'était ça la plus célèbre entrée du monde sorcier, cela manquait singulièrement de distinction.
Plusieurs personnes contrastaient cependant avec le ramassis de prolétaires. Deux types louches ne buvaient pas et semblaient surveiller quelque chose, malgré qu'ils veuillent se donner l'air innocent en lisant la Gazette du Sorcier, attablés à différents endroits du pub.
La brune se hâta de franchir cette foule, ne tenant pas à rester au milieu de ce bouge infâme, alors qu'elle grimaçait en voyant l'arrière cour pleine de poubelles abritant des rats et qui côtoyait l'entrée du Chemin de Traverse. Alors qu'elle approchait du mur, elle fut surprise lorsqu'une main se posa sur son épaule.
Avec un réflexe stupéfiant, elle pointa sa baguette magique sur le cou de son agresseur, avant de s'apercevoir qu'il souriait. Cependant, elle ne souriait pas le moindre du monde. Elle ne savait pas ce que lui voulait cet homme à la peau sombre et vêtu d'une robe bleutée et de baisserait pas sa garde.
- Beau réflexe, dit-il avec ravissement avant d'être gêné par le regard fixe et méfiant de la brune. Permettez-moi de me présenter. Je suis Kingsley Shacklebolt, Auror.
Pour prouver ses dires, il sortit une plaque noire ornée d'un écusson doré gravé aux armoiries du Ministère de la Magie. Face à ceci, la brune se détendit partiellement, continuant pourtant d'être aux aguets.
- J'aimerais que nous discutions, dit-il avec un ton calme, mais qui laissait entrevoir sa vigilance. J'ai pris l'initiative de vous louer une chambre au Chaudron Baveur et ...
- Acte totalement inutile, coupa t-elle de sa voix froide et hautaine, puisque je loge habituellement à l'Hôtel Majestic Magia.
Kingsley se sentit déstabilisé. Cette jeune fille aimait visiblement le luxe et il ne pouvait pas légalement la contraindre à résider au Chaudron Baveur. Ou alors, il lui faudrait plus d'une semaine pour obtenir tous les documents de la part de ses tuteurs et elle serait déjà partie pour Poudlard. S'il ne parvenait pas à la convaincre, il devrait revoir toute la stratégie de protection mise en place dans le pub.
L'Auror tenta de négocier, mais la brune le laissait parler sans même sembler prendre son avis en compte, tout en se dirigeant vers l'établissement de luxe. Elle traversa le Chemin de Traverse comme à son habitude, écoutant distraitement ses atermoiements. Tant qu'il s'obstinerait à ne pas fournir d'explications satisfaisantes, elle continuerait de l'ignorer.
Les mots de l'homme à la peau sombre étaient inutiles, elle semblait même être de plus en plus agacée d'avoir été filée à son insu, comme si même hors de son monde, elle n'avait pas droit à une vie privée.
Fixée sur son idée, elle franchit les portes de l'hôtel de luxe, saluée par le portier. Elle approchait de la réception, lorsque l'Auror lâcha son dernier argument, faisant l'effet d'une bombe.
- Sirius Black s'est évadé d'Azkaban, sûrement pour vous rechercher et vous tuer.
- Détaillez, demanda t-elle avec froideur, le dardant de son regard de jade qui n'affichait pas la moindre expression de crainte ou de surprise.
- C'était un Mangemort, précisa l'Auror. Un des plus hauts placés et versé dans la connaissance des plus sombres secrets. Il a réussi à s'échapper d'Azkaban, une chose que l'on croyait impossible. C'est un fou, mais il est probablement persuadé que votre mort ramènerait Vous Savez Qui au pouvoir.
La brune regarda le plafond et le grand lustre, profondément pensive, avant de fixer l'Auror avec neutralité.
- Je n'ai pas peur de lui, dit-elle avec un regard si perçant qu'il sut qu'elle ne mentait pas et que cette audace n'était pas une bravade irréfléchie. Faites votre travail comme vous l'entendez, mais je ne me terrerais pas comme un rat.
Harmonie se retourna vers le sorcier à l'accueil et commanda une suite de luxe, sans même adresser un regard au sorcier en robe bleue chargé de la protéger. Elle n'avait pas peur d'un Mangemort et n'allait certainement pas changer ses habitudes pour ce type qui ne pouvait pas être pire que Voldemort.
Calmement, Harmonie monta dans sa suite de luxe, laissant le groom déposer ses valises. Elle se sentit satisfaite à revoir cette belle pièce surchargée de dorures et dans laquelle les murs étaient couverts de tableaux et de marbres précieux
La brune savait cependant qu'elle n'avait plus beaucoup de temps avant d'aller à Poudlard. Elle avait beaucoup de choses à faire et la surveillance gênante que les Aurors faisaient peser sur elle en raison du danger était plus que pénible.
Gringotts était une destination qui n'engendrait aucun soupçon, mais ce n'était pas le cas de l'Allée des Embrumes. Le lieu serait surveillé en raison de l'évasion de Black et Harmonie serait filée. Au premier acte illégal, elle risquerait gros.
Harmonie en avait conscience et elle avait besoin de passer sans être vue. Une idée germa dans son esprit, lui permettant éventuellement de résoudre un autre problème.
La brune vêtue de ses plus beaux vêtements, à savoir son ensemble blanc, assorti à ses longs gants de soie immaculée, profita des multiples services offerts par l'hôtel. Elle loua la cheminée qui offrait un accès immédiat à l'hôpital Sainte Mangouste pour les blessures magiques.
En temps normal, il y avait un certain temps d'attente et l'on ne donnait pas de soins non-urgents aux mineurs non accompagnés, mais l'argent et les faux documents soi-disant signés par ses tuteurs ouvrait toutes les portes, en particulier face à un guérisseur moins scrupuleux sur le règlement.
Harmonie rencontra le guérisseur Hippocrates Smethwick, l'un des prestigieux soigneurs de l'institution. Elle lui exposa rapidement son problème, à savoir sa mauvaise vue.
- Miss Potter, déclara calmement l'homme aux cheveux noirs et lissés en arrière, savez-vous que toute opération améliorant vos capacités visuelles vous interdira de jouer au Quidditch ou même à tout autre sport, comme les duels professionnels ? Une telle opération, même si elle est faisable, a cependant de nombreuses conséquences. Je vous suggèrerais d'étudier cette brochure.
La brune se saisit du document et le parcourut attentivement du regard. La liste des professions et des activités ludiques interdites n'était pas énorme et rien ne l'intéressait vraiment là-dedans. Après quelques minutes de réflexion, elle accepta l'opération.
Le guérisseur soupira, ne pouvant pas refuser de soigner une personne lui en faisant la demande, surtout une avec une bourse aussi pleine. L'hôpital magique avait connu des temps meilleurs et un peu plus de fonds n'étaient pas à dédaigner.
Il conduisit la brune dans son cabinet, une salle aux murs blancs et décorée d'images représentant diverses pathologies, ainsi que des diplômes attestant sa réussite.
- Asseyez-vous ici, dit Hippocrates en lui désignant un fauteuil à bascule, placé à coté d'une table couverte d'instruments d'optique. De nombreuses loupes et des agrandisseurs se tenaient parfaitement classés et stérilisés, aux cotés d'objets dont la brune ignorait totalement la signification.
Le guérisseur s'assit en face d'elle, avant de fixer une loupe grossissante sur ses yeux et de sortir sa baguette.
- Bien, Miss Potter. Retirez vos lunettes et suivez la lueur au bout de ma baguette.
Il lui fit faire de nombreux exercices, comme suivre un point sans cligner des paupières, ou fixer une lueur colorée durant un temps qui lui sembla long. Au bout du compte, le docteur griffonna de nombreuses notes, avant de les envoyer au service des potions de l'établissement.
- Il est possible d'effectuer l'opération immédiatement. Cependant, vous resterez ici pour deux jours et je tiens impérativement à vous revoir avant votre départ pour Poudlard.
La brune accepta, avant de passer dans la salle d'opération. L'effet des potions immondes et des sorts minutieux se fit rapidement sentir et elle fit de son mieux pour ne pas s'évanouir, malgré l'anesthésiant. En vain.
Lorsqu'elle se réveilla, elle constata avec stupeur qu'elle ne voyait plus rien. La surprise se mua en inquiétude et elle paniqua immédiatement, lorsque la voix du guérisseur se fit entendre.
- Ne vous inquiétez pas, déclara t-il, vous portez un bandeau pour que vos yeux se remettent de l'opération. D'ici quelques heures, tout devrait être fini.
C'est incroyable, songea Harmonie, à quel point attendre sans rien faire peut être chiant. La seule chose qu'elle pouvait faire était de penser, se concentrant sur ses différentes lectures et sur ses projets pour l'année en cours.
Lorsque le guérisseur revint pour retirer le bandeau, elle plissa les yeux sous l'effet de la luminosité ambiante. Il fallut plusieurs minutes pour qu'elle s'habitue à l'éclat du soleil couchant et qu'elle remarque que sa vue était parfaite.
Elle eut du mal à se souvenir depuis combien de temps elle n'avait pas vu le monde de façon aussi claire. Elle porta la main sur son visage et écarquilla les yeux en ne sentant pas le poids familier de ses lunettes sur son nez.
Au final, Harmonie retourna dans son hôtel avec une paire de lunettes devenue inutile. Elle était très satisfaite de ces soins qui lui avaient rendue sa vision parfaite. Elle avait hâte de pouvoir retourner à Poudlard, puisqu'elle ne voulait pas se risquer à aller dans l'allée des Embrumes. Même avec une cape d'invisibilité, une perruque blonde et sans ses lunettes, elle n'était pas impossible à repérer. Harmonie était filée et si les aurors voyaient une personne de sa taille disparaître, elle risquait de trop attirer l'attention. Mieux valait qu'ils croient qu'elle était une gentille petite fille.
De toute façon, elle n'avait pas grand intérêt à aller dans cette allée pour le moment. La population locale était déjà inquiétante et Sirius Black avait prouvé qu'il pouvait tuer une personne sans même se soucier des témoins ou des dommages collatéraux, alors elle ne voulait pas lui donner la chance d'être surprise.
Heureusement pour elle, le tueur ne s'était pas manifesté de toute cette semaine. Même si elle n'avait pas cherché le danger, elle avait été prudente et avait utilisé la cheminée privée de l'hôtel pour ressortir directement sur le quai sécurisé de la voie 9 3/4, qui grouillait d'Aurors sur le pied de guerre.
Le train noir aux essieux rouge qui devait l'emporter vers l'école qu'elle considérait comme son foyer était toujours présent, soufflant lentement quelques volutes de fumée en attendant le départ
Harmonie leva sa valise, la chargeant dans son compartiment qu'elle occupait déjà l'an dernier. Comme à son habitude, elle s'était installée tôt, alors que les wagons étaient quasiment vides. Elle savait que cette quiétude ne durerait pas et que dans moins de deux heures, ce calme serait remplacé par les braillements de multiples primates surexcités.
Malheureusement, son esprit génial ne lui permettait même pas d'espérer pouvoir se détendre, puisqu'elle était déjà agacée de la gêne future. Elle avait à peine commencé à se calmer pour lire paisiblement son livre, que la porte s'ouvrit violemment sur Ron Weasley. Celui-ci semblait furieux, mais bien plus que d'habitude.
Harmonie soupira, avant de terminer son paragraphe, de faire lentement glisser son marque-page pour fermer son livre et de daigner lever les yeux vers son interlocuteur.
- Que veux-tu ? dit-elle d'un ton froid.
- Ne me parles pas ainsi, Potter, grogna t-il. Ne prends pas tes airs de grande dame.
- Je crois que tu n'as pas compris, siffla t-elle avec une arrogance venimeuse. Je suis une grande dame, car je vaux bien plus que toute une vulgaire foule de traîne-misère !
Weasley devint plus sombre, se retenant de l'attaquer car elle avait sa baguette à portée de main.
- As-tu quelque chose d'utile à me dire ? dit-elle en reprenant sa lecture là ou elle l'avait interrompue. Sinon, tu gicles.
Ron allait répliquer quelque chose de mesquin, lorsque ses deux frères arrivèrent et désamorcèrent la tension. Malgré leur coté plaisantin, eux aussi avaient l'air méfiants. Ils semblaient vouloir quelque chose.
- Harmonie, demanda abruptement Fred, qu'as-tu fait à Ginny ?
La brune sursauta, extrêmement surprise. Elle mima l'étonnement à la perfection.
- De quoi parles-tu ? demanda t-elle en ayant visiblement l'air inquiète. Il s'est passé quelque chose cet été ?
- Vois-tu, poursuivit l'autre jumeau, elle semblait troublée. Chaque soir, elle semblait se dissimuler, comme si elle gardait un secret. Elle semblait moins souriante pendant les vacances, mais en même temps plus sûre d'elle.
Harmonie haussa les sourcils, affichant un air à la fois incrédule et inquisiteur, comme si elle ne comprenait pas ce qu'il voulait dire. Elle endormit leur méfiance, alors qu'elle semblait chercher une explication rationelle.
- Tu sais, mentit-elle effrontément, je ne suis pas spécialiste en relations humaines, mais je pense que c'est le contrecoup de son aventure dans la Chambre des Secrets. Elle intériorise le fait qu'elle a failli y passer, qu'elle à peur d'être rejetée par les siens ou par moi même et en plus, elle essaye de devenir forte sans trop changer par égard pour vous.
Les trois roux se regardèrent, haussant les épaules ensemble, avant d'échanger des regards cachant quelque chose. Finalement, ils eurent l'air satisfaits de cette réponse et ils décidèrent de laisser la brune seule. Cependant, avant qu'ils ne referment la porte, la voix froide de la brune claqua.
- Attendez, dit-elle d'une voix neutre, plus semblable à un ordre qu'à une demande. Quand vous la rejoindrez, dites-lui qu'elle a toujours une invitation de ma part.
- Pourquoi devrions-nous obéir ? demanda pompeusement Ron.
- Je le saurais si tu ne le fais pas. C'est tout, conclut-elle en fermant la porte au nez du rouquin stupéfait par cette outrecuidance. L'air ahuri du plus jeune, qui se reflétait sur la porte cirée, fit sourire les deux autres.
Ginny arriva seulement quelques minutes plus tard, les yeux baissés. Elle entra humblement, virant à l'écarlate devant la brune dont le visage affichait un sourire étrange.
- Bonjour Madame, chuchota Ginny avec déférence, s'inclinant légèrement.
- Bien, sourit Harmonie. Au moins, tu n'as pas oublié la façon dont tu dois t'adresser à moi en privé. Maintenant, viens te mettre à ma gauche.
- Oui Madame, répondit la jeune rousse.
Harmonie fronça ses sourcils en voyant la robe usée que Ginny portait. Elle allait devoir changer ça.
De quelques gestes de sa baguette d'aubépine, elle répara les accrocs et rendit la tenue de Ginny plus présentable.
- J'aime m'entourer de personnes intéressantes, chuchota t-elle aux oreilles de la rousse, et une belle chose comme toi est d'agréable compagnie. De plus, tu es loin d'être une faible sorcière. Parvenir à se défaire de l'emprise de Voldemort n'est vraiment pas donné à tout le monde. Tu seras un atout pour moi, lorsque viendra le temps ...
- Le temps de quoi ? demanda t-elle bêtement, interrompant Harmonie dans sa planification.
Harmonie fronça les sourcils. Non seulement la rousse avait oublié de l'appeler Madame, mais elle tentait de découvrir les fils qu'elle tissait dans l'ombre.
- Cela, ça ne te concernes pas, trancha la brune avec l'amabilité d'une lame de rasoir. Maintenant, assieds toi et sois une bonne fille.
Il fallut encore attendre une bonne heure pour que tout le groupe de la Confrérie soit réuni. Le train partit quelques minutes après, tandis que les sept élèves attendaient avec impatience leur arrivée en Ecosse.
La conversation du groupe s'orienta immédiatement autour du sujet qui faisait les gros titres de la presse.
- Vous êtes au courant pour Black ? demanda Susan Bones avec un ton excité. Il aurait été vu par un moldu près de Balloch. C'est pas si loin d'ici.
- Apparemment, ajouta Harmonie avec un ton calme qui semblait indiquer qu'elle n'en avait strictement rien à faire, il me cherche pour me tuer. J'ai eu des Aurors aux basques pendant tout l'été. C'était limite s'ils n'essayaient pas de me mater sous la douche.
- Pour voir quoi ? ricana légèrement Blaise en lui donnant un coup de coude amical. Une planche à pain osseuse avec une crinière qui ne ressemble à rien ?
La brune lui lança un regard assassin, avec des yeux si plissés qu'ils avaient l'air de triangles luisant d'un vert malveillant. Elle savait qu'elle était moche et que son corps n'avait pas beaucoup d'attraits, mais le savoir et l'entendre étaient deux choses très différentes.
- On se passera de tes commentaires, métèque, cracha t-elle, visiblement vexée, avant de s'enfoncer dans le cuir de la banquette.
Blaise ne réagit même pas à l'insulte bien choisie. Il déglutit lorsqu'il vit cette expression, si semblable à celle qu'elle arborait deux jours avant le tragique décès de Gemma Farley. Il venait de commettre une belle bourde, la brune n'était pas seulement vexée, elle était blessée. C'est là qu'il prit conscience qu'il ne connaissait que peu de choses d'elle. Il ne savait rien sur ce qu'elle ressentait, sur ce qu'elle voulait ou ce qu'elle espérait. Il n'avait pas compris qu'elle était terriblement jalouse d'eux tous.
Personne n'avait pris mesure de la haine et de la souffrance qui croissait jour après jour dans l'âme de la brune amère.
Blaise Zabini savait qu'il avait été trop loin, qu'il aurait du se taire sur ce coup. Il lui avait fait mal et il espérait vraiment que cela n'entraînerait pas de représailles. Il était même prêt à faire l'impasse sur le terme raciste dont elle l'avait affublé, si cela lui épargnait une action punitive.
Au même moment, Harmonie songeait à l'étrange douleur en elle même. Cela faisait mal et elle comprit ce que devait ressentir ceux qu'elle injuriait et qu'elle blessait profondément. La vérité pouvait faire mal lorsqu'on ne voulait pas la voir en face.
Mais au final, qu'est-ce qu'elle en avait à faire de ces imbéciles ? songea t-elle en se ressaisissant. Depuis quand se souciait-elle de l'opinion des autres ?
Blaise lui avait craché la réalité au visage, mais elle en était la première responsable. Elle négligeait son apparence depuis très longtemps, excepté pour ses cheveux. Pourquoi devrait-elle être triste ou en colère pour quelque chose dont elle se foutait totalement ?
L'ambiance sombre qui régnait n'était même pas arrangée par le climat ambiant. La pluie battait les vitres et le tonnerre grondait, roulant comme un tambour qui amplifiait la sensation de malaise en elle même.
La puissance des éclairs, qui zébraient brièvement le ciel semblait répondre à sa colère, en un écho de ses émotions. Elle savait aussi que malgré toute sa puissance, l'orage était dominé par la pluie glaciale, comme si les larmes qu'elle refusait de verser avaient pris le pas sur sa colérique fougue.
Soudainement, le train ralentit, avant de s'immobiliser. Blaise regarda par la fenêtre, mais il ne distingua que des collines noires, ne se détachant même pas du ciel sans lune et noir d'orage.
Un souffle froid les fit tous frissonner, alors que l'air semblait geler. Un halo de buée était visible autour de leurs bouches, tandis que tous refermaient leurs capes et qu'ils se rapprochaient les uns des autres pour conserver leur chaleur.
D'un geste, la brune verrouilla la porte, en un geste défensif dérisoire, car quelques secondes plus tard, quelqu'un d'autre ouvrait la porte.
Derrière la porte du compartiment, une haute silhouette se dressait, dissimulée sous une cape en loques, respirant faiblement en poussant un râle rauque. La créature tira la porte, laissant apparaître une main noirâtre et putréfiée, dont l'aspect rappela à Harmonie la vue de son propre bras droit, pendant que le venin du basilic la pourrissait de l'intérieur.
La créature ouvrit la porte, scrutant le compartiment avec attention. Son râle glaçant les terrifiait tous. Neville gémissait, Malefoy claquait des dents, Ginny pleurait et Harmonie devenait livide.
Alors que ses doigts se crispaient sur le cuir de la banquette défraîchie, elle se sentait flotter, comme enveloppée dans une masse de coton. Elle avait l'impression de flotter et de s'éloigner. Au loin, comme si une brume perturbait la propagation du son, elle entendit un cri féminin. Puis, elle entendit une voix suraiguë qu'elle ne connaissait que trop bien.
- Ecartes-toi, idiote ! Avada Kedavra !
Elle serra les poings, se mordant la lèvre pour rester éveillée et ne pas revoir son visage, mais sa volonté faiblissait, jusqu'au moment ou un éclat argenté frappa la créature encagoulée de plein fouet, la repoussant loin d'eux.
" Contrairement à ce que ces idiots croient, les Détraqueurs ne sont pas immortels. Ils se nourrissent de la joie, de l'espoir et de la moindre once de bonheur. Sans âmes, ils en volent pour espérer devenir ce qu'ils ne sont pas. On peut limiter leur nombre en les privant de leur nourriture, mais ils risquent de se séparer et d'être plus difficiles à gérer. Il y a un moyen d'anéantir ces choses. Contrairement au Patronus, un concentré de ce dont ils se repaissent et qu'ils craignent en même temps, les Détraqueurs ne supportent pas certaines émotions. Or, il y en a une qui surpasse la douleur, la souffrance et le désespoir. C'est mon arme la plus puissante, celle qui annihile tout dans un torrent de flammes brûlantes : la haine."
Harmonie Potter à Blaise Zabini, 3 février 1997.
