Salut tout le monde !
Nous voici de plein pied dans la deuxième partie. Les chapitres suivants reprendront ce schéma, que je vous laisse découvrir. Parce que je pars du principe que, par écrit, on a le temps de mieux réfléchir et de dire les bonnes choses.
Merci à vous toutes pour le chapitre précédent & merci à Garance pour sa relecture.
Je vous souhaite une bonne fin de dimanche,
prenez soin de vous.
Tiftouff.
=X=
Huit mois plus tard.
19 février 2010.
Point de vue d'Edward.
Je n'étais pas très sûr de ce qui m'avait amené à me poser dans cette immense bibliothèque du Conservatoire. Au tout début, un devoir à rendre sur nos motivations personnelles et le fait que dans la résidence, beaucoup d'étudiants en musique répétaient sur leurs propres instruments leurs prochaines auditions. Cette première année avait été éprouvante, mais je pensais bien m'en être sorti. Les auditions finales avaient lieu dans une semaine, et je savais que je maîtrisais mon morceau. Tanya et moi nous étions entraînés longuement ensemble et elle avait une oreille musicale incroyable. Je m'entendais bien avec elle, elle était gentille et ouverte. Très dynamique, tout en sachant rester à sa place.
Elle était seulement obsédée par le conservatoire, par sa réussite dans la section des pianistes. Et même si j'aimais, et connaissais ma chance d'être ici, je ne pouvais pas avoir une telle ambition. Si j'omettais ce détail, elle et moi nous entendions très bien, et j'avais trouvé une amie et une confidente. Je savais que je lui plaisais et pour être franc, elle me plaisait aussi. Certes, pas comme Bella avait pu me plaire. Non. Elle en était son exacte opposée. Blonde là où Bella était châtain. Grande, où Bella était de taille moyenne. Plantureuse, là où Bella avait juste ce qu'il fallait où il fallait.
En fait, je n'avais pas cessé durant plusieurs semaines de chercher des points communs entre Tanya et Bella. Je n'avais pas arrêté de chercher un tic, une façon de faire qui aurait été la même mais, sans rien trouver. J'avais eu mes parents au téléphone plusieurs fois, et surtout par webcam. Alice me donnait également souvent de ses nouvelles, tout comme Jasper et les copains. Ils avaient fait la surprise de venir me voir pour noël, afin de ne pas me laisser tout seul. J'avais été surpris, agréablement surpris, surtout par la présence de Rosalie. Emmett, lui, avait jugé « bon » de ne pas venir, de me « laisser tant que ça n'irait pas mieux ». Il y avait de fortes chances pour que ça n'aille jamais mieux vis-à-vis de lui. Mais je m'y faisais. J'avais eu un petit pincement au cœur, parce qu'il manquerait toujours mon frère et ma meilleure amie autour de la table.
Sans compter que je ratais le premier noël d'Evan... J'avais imaginé lui offrir des cadeaux, et je lui avais juste offert mes pensées ce jour-là. Il avait dû grandir...
Parce qu'il doit avoir un an aujourd'hui. Il doit marcher peut-être...
Je crois que c'était Evan qui m'avait amené ici, en fait. Dans cette bibliothèque, à déchirer deux feuilles de mon cahier de partition. Et surtout, à commencer cette lettre.
« Bella,
Voilà plusieurs minutes que je m'interroge sur le pourquoi du comment j'en arrive à écrire cette lettre. Je crois que c'est parce que je pensais à Evan. C'est son anniversaire aujourd'hui... il a un an... Que fait un bébé à cet âge-là ? Est-ce qu'il marche ? Et a-t-il dit son premier mot ?
Suis-je sûr de vouloir savoir tout ça ? C'est une question de plus.
Depuis mon départ, voilà huit mois, je me suis investi dans le conservatoire. Chaque jour, chaque heure n'a été dédié qu'à mon travail. L'Allemagne est un chouette pays, et depuis mon arrivée ici, je pars un week-end par mois dans une ville différente. Je joue aux touristes, et je maîtrise mieux la langue.
L'Europe est belle, ancienne et mystérieuse. Je me suis rendu en France, à deux reprises et aussi en Autriche. Je dois visiter Paris dans quinze jours, et Londres dans deux mois. Je suis sûr que cette région du monde te plairait. Mais je dois me faire une raison, tu n'es pas là.
Je ne voyage pas seul. J'ai rencontré Tanya, ma voisine de palier. Nous vivons dans la même résidence, entourés par des élèves du conservatoire. Elle fait du piano elle aussi, et a de l'or au bout des doigts. Elle a dédié sa vie au piano, et est extrêmement douée. Elle représente le conservatoire à chaque sortie officielle, et m'apprend beaucoup. Nous répétons ensemble la plupart du temps.
J'ai hésité à te parler de Tanya, parce que je ne sais pas ce que je ressens pour elle, et je ne sais plus ce que je ressens pour toi. En fait, je ne sais pas vraiment pourquoi je t'ai écrit cette lettre, parce qu'il se peut très bien qu'elle reste enfouie au fond de mon sac de cours, ou bien dans la poubelle. Je ne sais pas si c'est bien de le faire, mais je me suis dit que nous n'avions pas tout mis au clair.
Et je dois reconnaître que, parfois, tu me manques. Ton absence est parfois dissimulée par la présence de Tanya, ou les cours mais ce n'est que temporaire parce que je sais que quand j'éteins la lumière le soir, quand Berlin s'endort sous le ciel plein d'étoiles, il n'y a que toi dans ma tête. Que toi à qui je pense. Pourtant, je ne veux plus ces images. Je les refoule, je les nie. Je m'endors avec mon mp3 sur les oreilles, pour ne pas entendre ce silence dans ma tête qui est forcément comblé par nos souvenirs ensemble. Et quand ce n'est pas toi, je pense à Evan et la blessure est encore plus grande. Plus jamais je ne serai son père. Je crois que c'est ce qui me fait le plus mal. De me dire que je serai toujours « l'oncle », quoi que je fasse, où que je sois. N'importe comment se présentera la vie pour moi, je serai toujours tonton Edward.
Est-ce que tu lui parles de moi ?
Comme si ça avait de l'importance. Il ne me connaîtra jamais, alors que je l'ai élevé pendant des semaines entières... A l'aimer comme s'il était mon fils...
Je devrais me laisser aller, lâcher prise. C'est Alice qui me l'a conseillé. Peut-être devrais-je aller plus loin avec Tanya. Reprendre un chemin normal. Peut-être vas-tu me détester pour t'écrire tout ça, et surtout te l'envoyer. Je ne sais pas pourquoi, mais je sais que je dois le faire. Même si une part de moi pensera toujours à toi. Comme tu le sais déjà.
Edward »
Je reposais mon stylo, mes doigts douloureux. Il m'avait fallu quelques brouillons, avant de trouver les bons mots et je n'étais pas certain, en fait, de me trouver mieux après avoir écrit ces quelques phrases. Peut-être même me sentirais-je plus mal encore, parce qu'elle allait les recevoir, les lire et avoir mal. Est-ce que je veux vraiment lui faire du mal ? Suis-je à ce point, un monstre ?
Une main douce se posait sur mon épaule et la pressait. Je me tournais, et apercevais Tanya qui me souriait. Elle s'asseyait près de moi.
- A qui tu écris ? Demanda-t-elle.
- Hum... A Bella...
Je lui avais parlé de Bella, mais dans les grandes lignes. J'avais omis le passage sur le bébé, et nos mensonges.
Tanya fronçait les sourcils.
- Pourquoi ai-je l'impression que ça te fait du mal ?
Je soupirais.
- Parce que ça a été difficile... probablement...
Elle me souriait, gênée.
- Si tu as besoin d'en parler, un jour...
Je pliais la lettre, et la rangeais dans mon sac à dos avant de me lever. Tanya me suivait, alors que nous retournions à la résidence. J'ouvrais la porte de mon appartement.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Un sirop ?
- Ouais, j'ai ça...
Elle s'installait dans le canapé, comme elle en avait l'habitude. Je nous versais deux verres de menthe, et prenais place à ses côtés. Elle buvait quelques gorgées, avant de reposer son verre sur la table basse devant nous.
- Alors ?
- Alors, quoi ?
- J'ai l'impression que tu ne m'as pas tout dit au sujet de cette Bella...
Je ne voulais plus de mensonges, c'était une chose certaine. Je voulais des relations de confiance. Quelque chose dans laquelle je pouvais nager, sans avoir peur de me noyer.
Je me mis à tout lui raconter. De ma longue amitié avec Bella, jusqu'à la naissance imprévue d'Evan. Du mensonge que j'ai raconté pour l'aider à se remettre, à la découverte de la paternité de mon frère.
- Tu ne m'avais jamais parlé de ton frère... murmura-t-elle simplement, d'une voix douce et compréhensive.
- Je n'ai plus de frère depuis ce jour-là. Et je n'en aurais plus jamais...
- Il ne faut jamais dire « jamais »...
Je ne voulais pas de ces phrases toutes faites, parce que les théories ne s'appliquent jamais en pratique. Jamais.
- Je ne pourrais pas lui pardonner ça...
- Et lui pardonner à elle ?
- J'en sais rien...
Sa main se posait sur ma cuisse.
- Va de l'avant, oublie...
- J'aimerais oublier...
- Tu dois reprendre ta vie en mains...
Ouais. Reprendre ma vie en main.
- Si tu as une solution pour ça, je suis preneur...
Alors, doucement, alors que ses yeux plongeaient dans les miens, les choses se firent naturellement. Sans que je ne prévoie quoi que ce soit, je me perdais dans son regard bleu azur, et dans l'envie du moment. Cette envie de reprendre ma vie en main, d'aller de l'avant. De ne pas végéter sur le passé. Ses lèvres frôlèrent les miennes, doucement, lentement, tendrement. Et lorsque je sentais sa bouche contre la mienne pleinement, je fermais mes paupières. Le toucher était discret, apaisant. Rassurant, en fait. Sa paume se posait contre ma nuque, pour nous rapprocher. Ce baiser était finalement la continuité de notre rencontre. Nous avions beaucoup partagé de choses, de nombreux voyages et elle m'avait appris l'allemand. Nous nous étions ouvert l'un à l'autre progressivement et elle était la seule à qui j'avais raconté la vérité.
La seule à savoir qu'effectivement, j'ai eu un frère. La seule à savoir à quel point ne plus avoir Bella et Evan était une souffrance de chaque minute.
Tanya se reculait, rompant l'étreinte qui m'emmenait un peu plus loin de Bella à chaque seconde.
- Je vais t'aider...
Elle me souriait, de ce sourire léger et insouciant. Ne plus penser à elle... à l'arrière. Aller de l'avant. Nos lèvres se rejoignaient à nouveau.
..::..
Point de vue de Bella. 4 mars 2010.
Je n'avais pas voulu y croire, quand j'avais reconnu l'écriture sur l'enveloppe, et l'adresse. Berlin. Berlin. Edward... Charlie me l'avait tendue, la main tremblante et les yeux inquiets.
- Je ne savais pas si je devais te la donner ou la jeter...
Je l'avais simplement prise, et posée sur le bureau dans ma chambre. Et puis, Evan avait eu besoin d'être changé, de manger, de jouer. Je devais avancer, et il était ma priorité. J'étais partie avec lui faire le tour des boutiques pour l'habiller. Il avait encore grandi, et ses chaussures achetées il y a un mois à peine étaient déjà trop petites. Emmett m'avait déjà alerté qu'il lui prenait du seize mois pour l'habiller chez lui, et mes vêtements étaient simplement du un an. J'avais profité de ma journée de repos pour le faire, en sa compagnie. Il était bonne pâte, et se prêtait à toute sorte d'essayages, souriant aux anges. Et maintenant qu'il commençait à marcher, il lui fallait de bonnes chaussures pour bien tenir son petit pied.
Il a été très précoce pour la marche, à dix mois il s'est élancé entre son grand-père et moi.
Je m'asseyais sur le fauteuil dans le salon, la lettre d'Edward à la main. J'avais eu du mal à l'ouvrir, ne sachant pas si je le voulais vraiment ou si je devais le laisser. Laisser derrière moi cette période de ma vie, et surtout laisser Edward qui avait certainement besoin d'être seul.
Mais s'il m'a écrit, c'est qu'il en ressentait le besoin, certainement. Et je ne devais pas le décevoir.
Alors, j'ai tout lu, et relu. La lettre était désormais froissée, à force de m'avoir suivie partout. La première lecture m'a laissé un choc incroyable, et à la deuxième, j'ai eu du mal à retenir mes larmes. Mais il a le droit de refaire sa vie, et je ne peux que me réjouir pour lui.
Et encore une fois, la lire me faisait me sentir aussi mal, mais j'étais presque heureuse, parce qu'il se sentait suffisamment mieux pour me l'envoyer. Pour avoir un contact avec moi alors que j'ai eu un silence total pendant plus de huit mois. Les seules nouvelles provenaient de ses parents lorsqu'ils gardaient Evan, et elles étaient timides, sans doute pour respecter la volonté de mon meilleur ami. Et je voulais qu'il ne soit pas déçu d'avoir envoyé ce courrier. Je voulais qu'il se sente bien pour le faire aussi souvent qu'il le souhaiterait.
J'attrapais une feuille blanche, et mon stylo noir.
« Edward,
Je ne vais pas te dire que je n'ai pas été surprise de recevoir ton courrier. Charlie a hésité à me la donner, et j'ai hésité à la lire. Comme tu as sans doute hésité à l'écrire. Difficile retour en arrière, n'est-ce pas ?
Huit mois sans un mot, sans une nouvelle et sans que l'on ne s'y attende, une page et demie pour résumer toute cette longue période silencieuse. Certainement pas facile à rédiger, comme je l'imagine... Ta vie semble avoir pris un joli tournant, et je suis très fière que tu sois dans ce conservatoire prestigieux. Je me suis baladée sur leur site internet officiel, à plusieurs reprises depuis ton départ. Quand je vois cet immense bâtiment ancien, classé au patrimoine mondial, je suis soufflée. Tu as raison, je crois que l'Europe me plairait. Je t'envie de faire tous ces voyages, tu as dû voir des choses fantastiques.
Je t'imagine souvent aller dans cet endroit, t'installer derrière un piano à queue noir laqué et te mettre à jouer pendant des heures, le visage impassible. J'essaie de visualiser ton appartement, même si j'avoue avoir été chez tes parents et avoir vu les photos qu'Alice a faite pour noël ! Tu as l'air bien installé, et l'endroit doit être lumineux. Es-tu en pleine ville ou un peu excentré ? Je voudrais connaître chaque détail, mais je respecterais ce que tu voudras bien me donner... Si tu veux bien m'écrire à nouveau...
Evan a effectivement fêté ses un an. Il a tellement grandi, et ne s'arrête pas. J'ai presque peur quand je rentre dans sa chambre le matin, de ne plus le trouver comme la veille. Un jour il s'endort avec sa maman contre lui et le lendemain, il refuse de fermer l'oeil tant que je suis dans la chambre avec lui. « Il devient grand » me répètent sans cesse Charlie et Renée. Pourtant, il n'a qu'un an... Déjà, un an. J'ai l'impression qu'il s'est écoulé une éternité depuis son arrivée. On a vécu tellement de choses, mais je ne regrette pas d'avoir insisté pour continuer à l'avoir près de moi. Aujourd'hui, je n'imagine plus une seconde sans lui et chaque séparation est un déchirement. Je voudrais parfois être une petite coccinelle pour voir ce qu'il fait de ses journées chez sa nounou ou chez mon père ou le sien...
Il dit « mama » maintenant, et j'ai cru m'évanouir quand il l'a dit pour la première fois. Il babille, et je trouve ça adorable. Il s'asseoit et joue avec de la dinette. Je crois qu'il aime manger, la nourriture c'est sa passion. Si je cuisine et que je ne le prends pas dans mes bras pour lui montrer, il pique des crises phénoménales !
Mais je le sais épanoui et je sais que je te le dois, en partie. Tu as été son père pendant des semaines comme tu le soulignes, et tu le seras toujours. Même s'il ne s'en rappelle pas, et ne s'en rappellera pas, je sais qu'il est devenu ce petit bonhomme grâce à toi. Où serais-je aujourd'hui si tu n'avais pas été là pour faire ce sacrifice pour nous ? Je te dois ma vie de mère, Evan te doit d'avoir une maman en bonne santé et heureuse de l'être. Tu auras toujours ta place parmi nous, et oui. Oui, je lui parle de toi souvent.
Tu sais, j'ai encore une photo de nous deux accrochée dans sa chambre, au-dessus de son lit. Charlie a essayé de me dire de l'enlever, de la garder pour moi dans un cahier mais j'ai du mal à le faire. Ce serait comme te reléguer au fond d'un vieux tiroir, et tu as été, tu es trop important pour moi pour que je puisse le faire. Parfois, le soir, je regarde ce cliché avec lui et lui explique que c'est sa maman et son « tonton Edward ». J'aimerais qu'il te connaisse, mais c'est sans doute trop tôt. Trop prématuré.
Je n'aurais de cesse de te répéter à quel point j'aurais aimé que les choses soient différentes entre nous. Que, peut-être, nous aurions dû ouvrir les yeux plus tôt sur nous deux, tomber amoureux et cette erreur que j'ai faite il y a plus d'un an, j'aurais dû la faire avec toi dans le meilleur des cas. Tu aurais pu être le père parfait pour Evan, et tout aurait été plus simple. Peut-être serions-nous tous les trois en Allemagne. Mais les choses ne se sont pas passées comme ça.
Je continue de me dire que les responsabilités sont partagées entre Emmett et moi. J'ai bu, comme jamais je n'avais bu, à cette soirée et je n'aurais pas dû. J'aurais dû continuer à être la timide Bella bien sérieuse. J'aurais dû écouter mon père qui m'avait demandé de ne pas abuser de la boisson, même si je dormais sur place. A la place, j'ai joué à ce que je n'étais pas, j'ai bu. Tu sais, je me rappelle d'une chose que je ne t'ai jamais dite mais ce soir-là, j'espérais qu'avec l'alcool, je pourrais me lâcher et venir vers toi. Pas comme d'habitude. Danser, me trouver belle pour que tu me trouves belle à ton tour et peut-être...
Emmett n'a pas géré son rôle de surveillant. Il était missionné par tes parents pour que tout se passe bien et j'ignore encore pourquoi c'est tombé sur lui. Pourquoi j'ai monté les escaliers en tenant sa main, pourquoi c'était lui et pas toi. Je ne le comprendrai jamais, il n'y a pas d'explications. C'est ainsi que les choses se sont passées. Mais je n'aurais jamais assez d'une vie pour t'exprimer mon plus profond regret et la façon dont je ne peux plus me regarder dans un miroir.
Ma plus grande punition est de savoir que je t'ai blessé pour toujours. Rien que ça, c'est suffisant pour avoir mal. Jamais aucune nouvelle ne sera assez sérieuse pour surpasser cette sensation. Je suis fatiguée de vivre avec cette pensée, mais c'est bien fait pour moi. Et je sais qu'Emmett regrette. Tous les regrets du monde ne répareront jamais rien.
Je te demande, malgré tout, pardon.
Je tente de reprendre une vie normale. Je travaille depuis six mois dans une bibliothèque en semaine, et je fais quelques ménages chez des personnes âgées pour gagner un petit supplément. Charlie ne pouvait définitivement pas nous élever financièrement Evan et moi, alors je l'aide comme je peux. Pour le petit, son père me verse une pension alimentaire qui aide, surtout quand il faut changer la taille des bodys tous les mois comme en ce moment ! Peut-être devrais-je prendre une taille supplémentaire au-dessus. Ça m'éviterait des frais conséquents !
Je suis contente de voir que ça semble aller pour toi, même si je n'aime pas lire que tu as encore du mal à avancer. Alice a raison, tu dois te lancer. Je veux le meilleur pour toi, même si je n'imaginais pas la présence de la Tanya dont tu me parles à tes côtés.
Je suis heureuse que tu ai trouvé quelqu'un semble-t-il. Elle doit être très gentille et douce. Elle est chanceuse de t'avoir, j'espère qu'elle connaît son bonheur. Parle-moi d'elle ! »
- Mama !
Mon fils s'avançait vers moi de sa démarche chaloupée, les jambes légèrement écartées à cause de sa couche. Il me tendait sa fourchette en plastique et l'assiette de sa dinette, et ouvrait grand la bouche en me regardant.
- Tu veux que Maman joue avec toi ?
Pour toute réponse, il ouvrit davantage encore la bouche, me faisant sourire. Lorsque je l'imitais, il se mit à rire, ses yeux pétillants et le regard malicieux. J'attrapais la fourchette et mimais de manger, et il riait encore plus, faisant semblant de prendre de la nourriture dans l'assiette pour me la tendre. J'embrassais son front.
- Attends, Maman finit quelque chose et je suis toute à toi !
Je signais la lettre sans la relire, parce que je savais très bien que si je le faisais, je n'aurais pas le courage de l'envoyer.
Et encore moins le courage d'accepter de lui demander qu'il me parle de cette femme...
