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Voilà, les vacances sont là et pour certains, c'est l'heure de se détendre. Mais pour d'autres, comme moi, c'est le grand boum du tourisme avec le surcroit de travail qu'il entraîne, les heures supplémentaires qu'il occasionne.
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Malgré ces aléas, je tente de trouver le temps de progresser dans cette histoire. Certains prochains chapitres sont finalisés mais d'autres ont à peine quelques idées jetées sur le papier (ou plutôt tapés sur le clavier).
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Il reste encore tant à écrire car les idées se bousculent et s'ajoutent à celles déjà pensées. C'est à ce jour ma plus longue fic, la plus difficile à écrire, elle m'a value bien des soucis jusqu'à présent et m'en donnera certainement encore.
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Mais je m'accroche, persiste et la mènerais à son terme. Vous pourrez un jour lire le mot 'fin', je ne promets pas de date car la vie réserve parfois des surprises bonnes ou mauvaises comme elle m'en a données quelques-unes depuis que j'ai commencé à écrire cette histoire.
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Dans ce chapitre, on retrouve un personnage aimé du public qui a quitté ce monde en début d'année. Je vous laisse découvrir de qui il s'agit en lisant ce qui suit.
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Sur ce, je vous laisse à votre lecture et attends vos coms.
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Chapitre 35 : Réaction
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Gibbs était fin prêt à prendre la route et il fit un dernier tour de la maison pour vérifier portes et fenêtres. Il prit le temps de se préparer un thermos de café pour n'avoir pas à s'arrêter sur la route pour trouver un hypothétique point de vente. Il sortit enfin, ferma la porte à clé, chose qu'il ne faisait jamais auparavant mais avait appris à faire depuis plusieurs mois.
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Il monta en voiture et bientôt prit une direction qu'il n'avait pas empruntée depuis des années. Il savait que le voyage lui prendrait au moins 4 heures et il se retrouva rapidement en train de songer à sa dernière conversation avec Tony. Il savait que le jeune homme devait spéculer sur la raison de leur rupture, se blâmant sans doute pour quelque chose qui n'était pas de son fait. Il avait eu beau l'assurer du contraire, Gibbs savait que l'italien rejetterait la faute sur lui-même.
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Il n'avait jamais été aussi peu sûr de lui depuis des années, en fait, depuis le jour où il avait fait sa demande en mariage à Shannon. Ce jour-là, il avait tremblé de tout son corps juste avant de poser la question fatidique qui allait changer le cours de sa vie d'une façon qu'il n'aurait jamais soupçonné. Non seulement, il devint mari et père, une expérience terrifiante, mais aussi veuf quelques années plus tard.
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Enfin, après plusieurs mariages soldés par des divorces, il avait fait une pause de quelques mois avant de s'apercevoir qu'il en pinçait pour son nouvel agent, qui plus est était un homme sexy en diable, charmant et charmeur, drôle, brave, intelligent mais le cachant (il s'était toujours demandé la raison de cette attitude). Bref, il était en total opposition avec ses précédentes conquêtes et il en fut quelque part soulagé.
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Il avait su, dès son adolescence, qu'il pouvait s'intéresser aussi bien aux filles qu'aux garçons mais avait accentué son hétérosexualité par peur de l'opinion de son père mais aussi de la communauté de sa ville natale. A cette époque, voir deux hommes sortir ensemble et s'aimer était un tabou qu'il fallait éviter de montrer dans des petites villes de province où l'antagonisme envers ce genre de relations était très élevé.
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C'était encore l'époque où le Ku Klux Klan sévissait régulièrement et tout ce qui était 'hors norme' selon la secte devait être immédiatement détruit. Il en allait de même pour les relations homosexuelles considérées par le clan comme anormal et abominable. Il se souvenait parfaitement de l'exécution atroce d'un jeune couple jugé sans preuves d'avoir des relations coupables. Il avait été marqué par le récit des 'anciens' qui avaient commenté l'affaire durant plusieurs jours en conseillant à la jeune génération de rester 'dans la norme'.
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Son père lui avait instillé la peur de sa vie en lui détaillant les mutilations subis par les deux jeunes gens dans l'espoir de lui épargner un jour de se fourvoyer dans ce genre de relation. Gibbs sourit en songeant qu'à l'époque, il avait déjà connu sa première expérience homosexuelle et qu'il avait aimé même si sa préférence du moment était pour l'autre sexe. Il n'avait jamais regretté avoir épousé Shannon mais il avait respecté ses engagements envers elle et envers ses ex femmes.
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Il avait décidé de revenir vers son autre penchant en constatant ses échecs répétés avec les femmes, aucune ne supportait soit son métier, soit son mutisme, soit son refus de transformer la maison. Elles avaient toutes quelque chose à lui reprocher et au bout de quelque temps, il en était frustré. C'était la principale raison de la courte durée de ses trois derniers mariages et de ses relations épistolaires avec ses autres conquêtes.
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Après son dernier divorce, il avait souhaité faire un break et durant plusieurs mois, il avait été célibataire et préféré l'abstinence. Il avait rapidement jugé son nouvel agent comme un coureur de jupons si les nombreuses histoires qu'il racontait en étaient le témoin. Au grand jamais, il n'aurait soupçonné DiNozzo d'être 'à voiles et à vapeur' comme l'aurait si poétiquement décrit Ducky.
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Il fut surpris de constater qu'il avait presque terminé son voyage en découvrant le panneau qui lui indiquait le nom de la ville qu'il traversait. Ses pensées l'avaient occupé durant le trajet au point qu'il n'avait pas réalisé qu'il était presque à destination.
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Dam ! Même loin de moi, Tony arrivait encore à me préoccuper à tel point que je suis moins averti de son environnement ! songea-t-il dépité.
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Il termina le trajet en vidant son esprit et en étant plus attentif à son entourage. Il stoppa bientôt devant le magasin général de Stillwatter dont son père était le propriétaire. Il se gara le long du trottoir, coupa le moteur et prit quelques minutes pour observer les lieux avant de finalement se décider à quitter le véhicule. Il se dirigea ensuite vers la porte du magasin qu'il poussa. La sonnette fit entendre sa petite musique qui attira aussitôt son père.
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Jackson Gibbs sourit à la vue de son fils qu'il n'avait pas vu depuis bien longtemps. Gibbs prit le temps de détailler le vieil homme avant de s'avancer et de se tenir devant lui, ne sachant que faire. Ce fut son père qui prit l'initiative de combler les quelques pas qui les séparaient et le prit dans ses bras.
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« Bon de te revoir, fiston » dit-il en le serrant contre lui.
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Gibbs père sentit enfin les bras de son fils venir l'encercler et répondre à son étreinte.
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« Bon d'être de retour, Jack » répondit l'ancien marine.
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Après quelques secondes, Gibbs se détacha de son père et jeta un regard alentour, constatant les changements intervenus depuis sa dernière visite qui datait maintenant de plusieurs années. Oh, pas grand-chose en définitive, juste quelques petites touches de modernité et la présence de nouveaux produits sur les étagères. A part ça, tout était strictement le même que dans ses souvenirs.
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« Viens, le café t'attend » indiqua Jackson en l'invitant à le suivre.
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Gibbs fut surpris lorsque son père le devança et lui indiqua de s'asseoir à la table installée là depuis son départ. Il tira une chaise, s'assit et attendit patiemment la tasse de café promis. Malgré le thermos du voyage, il était déjà en manque ou sans doute était-ce une excuse pour expliquer son silence ou sa nervosité.
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Jack revint enfin avec deux grandes tasses dont il posa une devant son fils, il prit place à son tour à la table et entreprit de lancer la conversation afin de dissiper la gêne que les deux hommes ressentaient de se revoir après si longtemps.
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« Alors, fils, combien de temps restes-tu ici ? » demanda-t-il.
« SecNav nous a donné la semaine mais j'ignore encore si je prolongerais » avoua son fils, l'incertitude nettement perceptible dans sa voix.
« Ah, aucune importance, ta chambre est prête et tu sais que tu peux rester autant de temps que tu veux » rappela Jack en lui tapotant le bras.
« Je sais et je te remercie » répliqua son fils. « Je pourrais également aider au magasin si tu veux. »
« Je préfèrerais que tu le fasses uniquement lorsque mon aide n'est pas là, elle n'apprécierait sans doute pas » gloussa le vieil homme. « Elle est peut être jeune mais elle a un foutu caractère et n'aimera pas se savoir supplanter même si c'est par le fils de la maison. »
« Ok, je tacherais d'éviter de t'aider lorsqu'elle sera là » concéda Gibbs. « Qui est-ce au fait ? Une étudiante ? »
« Non, c'est une jeune divorcée qui s'est installée ici il y a quelques mois, elle cherchait une occupation durant quelques heures par jour pour compléter ses revenus et lorsque son gamin est à l'école » expliqua le père. « Je suis persuadé que vous vous entendrez très bien tous les deux. »
« Jack, ne joue pas les entremetteurs, s'il te plait, ce n'est vraiment pas le moment » affirma Jethro d'un ton ferme qui surprit Jack.
« Hum, chagrin d'amour, fiston ? » voulut savoir le vieil homme. « Pas que je sois curieux, juste éviter de faire une gaffe. »
« On peut dire ça, en effet » nota Gibbs sans s'étendre sur le sujet.
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Songer à Tony était trop douloureux pour l'instant, il voulait oublier pour quelques jours tout ce qui avait trait à sa rupture et à l'abandon de ce qui aurait pu être entre eux. Il parlerait sans doute du jeune homme mais pas maintenant, il avait besoin de réfléchir à ce qu'il voulait faire et tout dépendrait de ce que le SecNav allait décider au sujet de Shepard. Il espérait que Tony avait adressé le dossier promis et que les infos qu'il contiendrait seraient suffisamment détaillées et compromettantes pour entrainer une suspension suivie, il le souhaitait de tout cœur, d'une enquête approfondie sur ses activités depuis sa nomination.
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« Bien, je vais rejoindre la maison, ranger mes affaires et préparer le diner si tu as quelque chose de comestible au réfrigérateur » indiqua ensuite Gibbs.
« Fais donc ça, je ne vais plus être long, nous sommes dimanche et je ferme dans peu de temps » lui répondit Jack.
« J'ignorais que tu ouvrais aussi le jour du Seigneur ! » s'étonna son fils.
« Le grand magasin de Benton a pris feu il y a quelques semaines et les assurances n'ont pas encore versé les indemnités, ce qui fait qu'il est fermé pour l'instant. J'ai offert de rester ouvert tous les jours jusqu'à sa réouverture pour faciliter la vie de mes concitoyens » expliqua le père.
« Toujours aussi serviable » sourit Jethro.
« Comme toi, en tant qu'agent fédéral, tu sers ton pays en protégeant ses habitants » nota Jack. « Nous ne sommes pas si différents que ça, en définitive, fiston, nous sommes tous deux au service du peuple. »
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Jethro le fixa quelques secondes avant de secouer la tête tandis qu'un mince sourire étirait ses lèvres. Jackson le remarqua et sourit intérieurement, son but avait été atteint, il avait distrait son fils avec succès.
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Gibbs se leva enfin et salua son père d'un geste avant de sortir, il reprit la voiture et s'en fut vers la maison paternelle. Au fur et à mesure qu'il se rapprochait, des souvenirs remontaient à son esprit, de bons mais aussi de mauvais, le pire étant la mort de sa mère lorsqu'il avait 14 ans. Bientôt, il franchit le seuil de la demeure et il respira profondément retrouvant les odeurs familières de son enfance.
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Il monta à l'étage et poussa la porte de sa chambre d'adolescent et fut surpris de constater qu'elle était dans le même état que lorsqu'il était parti pour s'engager dans les Marines à 18 ans. Les quelques objets qui décoraient la pièce à l'époque étaient toujours là, les quelques récompenses pour les victoires au football, un poster de son équipe, un modèle réduit d'avion et de bateau. Il sourit, un peu de son adolescence était éparpillée ici et là sur la commode ou aux murs. Jack avait conservé le refuge de son fils en l'état durant toutes ces années.
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Lorsque la famille Gibbs était venue ici en visite, la chambre restait inoccupée dans la mesure où le couchage était un lit simple et ne pouvait donc accueillir le couple et Kelly était encore un bébé. Après le décès tragique de ses filles, la rupture entre père et fils avait entraîné la fin des visites et aucun des deux hommes n'avait cherché à renouer les liens rompus par une simple erreur d'appréciation de la part de Jack, erreur qu'il avait payée durant des années.
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Gibbs sortit enfin de ses pensées et s'installa tranquillement avant de redescendre s'occuper de leur repas. Il avait appris, au fil du temps, à cuisiner sans doute moins bien que son père mais il se débrouillait avec des recettes simples. Il avait été obligé d'apprendre surtout lorsqu'il s'était retrouvé seul après la mort de Shannon et Kelly. Au début, il avait préféré se faire livrer mais s'était vite lassé de manger toujours la même chose.
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Il avait finalement suivi le conseil reçu de l'épouse d'un de ses compagnons d'armes, il avait acquis un livre de cuisine et avait entrepris de réaliser des recettes simples mais diverses. Il avait réappris ainsi le goût des aliments et de la cuisine familiale. Il avait aussi trouvé par la suite le livre de recettes de Shannon mais il n'avait jamais tenté de l'utiliser, certains termes lui étaient totalement inconnus et incompréhensibles et les recettes lui semblaient par trop complexes à réaliser pour ses goûts simples. Il avait donc rangé le livre sans l'exploiter.
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Il farfouilla dans les placards et le réfrigérateur et trouva de quoi composer un menu simple mais suffisant pour Jack et lui. Il ricana intérieurement, après toutes ses années, il ne parvenait pas à appeler son père autrement que par son prénom. Il ignorait à ce jour s'il saurait l'appeler autrement, s'il arriverait à lui dire 'papa'. Le nom ne venait pas spontanément à ses lèvres lorsqu'il pensait à son paternel. Il secoua la tête, il verrait le moment venu ou si Jack soulevait le sujet.
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Il s'attela à éplucher les légumes tout en se remémorant les instants passés à cette même occupation avec Tony jusque après leurs retrouvailles. Il avait été surpris de voir que l'italien savait se débrouiller dans une cuisine et en même temps, il avait des origines qui l'associaient à l'idée que toute personne se faisait des italiens, de gros mangeurs de cuisine bien nourrissante et de grands parleurs.
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Il secoua à nouveau la tête, il avait bien du mal à ne pas penser à l'italien, il avait choisi de mettre un terme à leur relation mais il savait qu'il lui faudrait pas mal de temps pour faire une croix dessus et penser un peu moins à lui. Depuis sa visite au ranch, il n'avait cessé de revivre les jours passés avec le jeune homme, il avait été si… heureux, bien plus que depuis la mort de Shannon et Kelly.
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Tony avait comblé un vide affectif mais à la différence de ses ex, il aimait le jeune homme d'un amour comparable à celui qu'il avait connu avec sa première femme au début de leur relation. Le temps passé loin de sa famille avait émoussé cet amour, il devait bien le reconnaitre, il avait vécu bien moins de temps avec Shannon dû à ses déploiements qu'il n'en avait vécu avec Tony. Leur relation avait également duré bien plus qu'aucun de ses autres mariages ou ses conquêtes épistolaires.
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Il était certain que Tony et lui avaient passé plus de temps ensemble durant et hors travail que bien des couples actuels dits modernes où chaque partenaire avait ses propres activités. Non pas que l'un ou l'autre ne soit pas en mesure de s'occuper seul au contraire, Tony avait des occupations différentes des siennes et chacun arrivait à concilier leur temps libre différent. L'italien passait deux à trois fois par semaine après le travail simplement à regarder Gibbs se relaxer en travaillant le bois.
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Durant ces soirées, Tony restait silencieux sauf si un sujet particulier avait besoin d'être discuté ou simplement évacué. Gibbs écoutait, commentait parfois ou restait muet. Qu'importe son choix, Tony restait assis sur une marche de l'escalier durant une heure ou plus avant de se lever, souhaiter bonne nuit à l'ancien marine et quitter la maison sans façon. Quelquefois, Gibbs avait eu envie de l'inviter à rester pour la nuit et à utiliser la chambre d'ami mais finalement, jamais l'invitation ne passa ses lèvres. Pour quelle raison, il l'ignorait.
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Même durant s convalescence après avoir été infecté par l'Y-Pestis, il n'avait pas offert à l'italien de venir se remettre chez lui. Tony avait regagné son appartement solitaire sans rien demander et surtout, sans qu'aucun de ses coéquipiers ne songe à lui rendre visite. Même Abby n'avait pas pris le temps de passer le voir et après la tragédie qui avait suivi, la mort de Kate en l'occurrence, Tony avait été présent pour l'équipe, les soutenant sans que quiconque ne lui rende la pareille. Ils avaient toujours compté sur lui sans que lui ne puisse compter sur eux.
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Il s'était souvent demandé quelle était la raison qui le faisait rester dans l'équipe sans trouver de réponse. Ce ne fut que lorsque lui-même osa faire le premier pas qu'il comprit que Tony devait ressentir la même chose pour lui et que son amour l'avait aidé à supporter l'attitude outrageuse de ses coéquipiers à son égard. Rien d'autre n'aurait pu le persuader de s'accrocher tant bien que mal tandis que l'équipe le raillait, le narguait, le ridiculisait et lui manquait de respect. Mais tôt ou tard, quelque chose brisait la meilleure résolution et Tony avait atteint la sienne lorsque son patron l'avait accusé de traîtrise sans preuve. La goutte d'eau qui fit déborder le vase et envoya l'italien au loin à la vitesse de l'éclair.
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Il soupira et réalisa que ses pensées ne l'avaient pas trop perturbé puisqu'il avait terminé le repas sans trop de souci. Il mit le couvert et attendit que son père le rejoigne avant de poser les plats sur la table. Bientôt, le son caractéristique des pas de son père résonna dans l'entrée et l'homme apparut quelques secondes plus tard. Il alla se laver les mains et tira sa chaise, s'assit et contempla le menu.
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« Eh bien, fiston, tu as fait des progrès en cuisine, on dirait » dit-il d'un air amusé. « Tout ça m'a l'air bien délicieux. Aurais-tu enfin pris des cours de cuisine ? »
« Non, juste un livre de recettes et quelques ratages » bougonna son fils en se servant.
« Rien de tel que d'être célibataire pour se mettre à cuisiner, n'est-ce pas ! »
« Sans doute ou avoir des épouses qui ne savent pas cuisiner pour vous obliger à vous mettre au fourneau » répliqua Gibbs en souriant.
« Ca aussi » gloussa gentiment Jack.
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Les deux hommes firent honneur au repas et Jack félicita son fils pour le menu avant de l'aider à débarrasser la table et faire la vaisselle. Puis tous deux prirent le café que Gibbs avait préparé et allèrent s'installer dans le salon. Jack observa son fils quelques instants et nota la tension qui l'habitait. Il allait devoir obliger son fils à parler, un exercice qui, il le savait, ne serait pas facile mais il se devait, en tant que père, de l'aider comme il le pouvait.
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« Alors, me diras-tu quelle est la raison de ta soudaine visite après toutes ces années ? » se décida-t-il enfin à demander. « Non pas que je ne sois pas heureux de t'avoir à nouveau ici, bien au contraire mais j'imagine qu'un évènement bien précis t'a ramené dans ta ville natale et auprès de ton vieux père. »
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Leroy le fixa quelques instants avant de soupirer et de débattre intérieurement pour décider s'il allait révéler toute la vérité à Jack. Une partie serait sans doute préférable pour désamorcer la curiosité de son père et lui éviter un interrogatoire en bonne et due forme comme Jack savait les faire. Il utilisait certaines techniques apprises de son paternel durant ses propres interrogatoires après tout.
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« Quelques problèmes au boulot, Jack » finit-il par avouer. « Je ne veux pas t'ennuyer avec ça. »
« Si c'est ce qui t'a conduit ici, c'est ok mais j'imagine que les traits tirés et la tristesse dans tes yeux ne viennent pas de là » remarqua le vieil homme.
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Il vit sans surprise son fils se raidir avant de se détendre et de soupirer.
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« Pas seulement, en effet » répondit Leroy. « Autre chose, quelque chose de personnel, est arrivé et je n'ai pas encore eu le temps de me pencher sur le sujet » éluda-t-il du mieux qu'il put.
« Hum, une rupture est toujours un sujet douloureux » observa Jack, l'air de rien.
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Le père attendit que son fils réagisse à son commentaire, prêt à être incendié pour se mêler de ce qui ne le regardait pas. Pourtant, ce fut simplement l'air surpris de Leroy et les sourcils levés d'étonnement qui accueillirent sa réflexion.
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« Je suis sans doute un vieil homme mais je sais encore reconnaitre les effets d'un amour perdu, fiston » rit doucement Jack. « Ce n'est pas la première fois que tu es confronté à cette mésaventure et ta réaction est restée celle que tu avais étant adolescent. Rien n'a changé de ce point de vue. »
« Oui, je viens de rompre et ce fut une décision douloureuse à prendre parce que cette relation était ce qui m'était arrivé de meilleur depuis la disparition de Shannon » expliqua Leroy, d'une voix triste. « Je n'ai pas ressenti quelque chose d'aussi fort durant mes autres mariages. »
« Pour quelles raisons les as-tu épousées dans ce cas, Leroy ? » voulut savoir Jack, perdu par ces confidences soudaines.
« Je cherchais à remplacer Shannon, tout simplement » révéla Gibbs. « C'est la raison qui me poussait vers elles et le fait qu'elles soient toutes rousses me confortait dans l'illusion d'avoir retrouvé mon amour perdu. »
« Et ce n'est pas le cas avec cette femme ? »
« Non, pas du tout. C'est même tout à l'opposé » dit Leroy sans expliciter plus.
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Gibbs ricana intérieurement. Si Jack savait à quel point cette déclaration était tout ce qu'il y avait de plus vraie, il en serait certainement étonné et certainement horrifié. L'homme était peut être plus moderne que bien des personnes de sa génération mais avoir un fils homosexuel – ou du moins bisexuel - n'était sans doute pas quelque chose à quoi Jack pouvait s'attendre de la part de son ex marine de fils.
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« Et les problèmes professionnels ? » s'enquit Jack après quelques minutes de silence.
« Ah ! La directrice a décrété, il y a quelques semaines, qu'elle serait désormais celle qui nous assignerait nos enquêtes. Elle nous a envoyés aux quatre coins du pays sans arrêt depuis deux mois sans véritable repos. L'équipe est exténuée et elle voulait encore nous balader vers la côte ouest. Il a fallu que j'en avise le Secrétaire de la Marine pour qu'elle soit obligée de lâcher du lest. Ses actions vont être passées au peigne fin pour diverses irrégularités et usage des ressources de l'agence à des fins personnelles, quelque chose que sa position lui permettait de faire sans véritable contrôle. Elle a abusé de sa position et a tenté de forcer mon ancien bras droit à accepter une mission sous couverture dangereuse et sans renfort possible en le menaçant de le virer s'il refusait. »
« Waouh ! » fit Jack. « Une sacrée bonne femme qui ne veut pas laisser les hommes la dominer sans doute. »
« Un peu de ça, en effet » agréa son fils. « Mais ce n'est pas tout. Un de mes agents, placé dans l'équipe par la directrice en tant qu'agent de liaison avec le Mossad, l'agence israélienne, est loin d'être nette également. Elle a contribué à faire virer mon second par des manigances plus que douteuses. Elles sont toutes les deux en passe d'être interrogées par les Affaires Internes si, comme je l'espère, mon ex second a transmis le dossier qu'il dit détenir sur elles au SecNav. Leur avenir est plutôt incertain au sein de l'agence et ce ne serait pas un mal. Mettre une femme ambitieuse à sa tête et qui plus est avec un agenda bien précis en vue était plus que hasardeux. J'imagine que le directeur adjoint Vance sera le prochain à occuper le fauteuil directorial. Espérons qu'il n'aura pas de projet de vengeance à son actif. »
« Tu pourrais songer à prendre ta retraite si les choses tournent mal, non ? » déclara Jack.
« Oui, je pourrais mais pour faire quoi. Je travaille à l'agence depuis si longtemps que je ne saurais pas quoi faire d'autre. »
« Allons, fiston, tu as toujours eu des mains en or pour travailler le bois » objecta Gibbs père. « Je suis certain que tu pourrais trouver quelque chose dans cette branche, ne serait-ce que d'apprendre à des jeunes, transmettre ton savoir à de nouvelles générations. »
« Hum, une idée à creuser si j'en arrive à songer à quitter mon métier » approuva Leroy sans même songer à protester ou contredire son père.
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En fait, il y avait un moment qu'il songeait à faire autre chose que bâtir un bateau dans le sous-sol de sa cave. Le plaisir de le faire sans avoir son second perché sur une marche de l'escalier à le regarder n'avait plus la même saveur depuis son départ. Non pas que Tony passait tout son temps libre avec lui mais les soirs où il s'invitait étaient précieux aux yeux de Gibbs. Il attendait parfois son agent avec trépidation même s'il lui était difficile de le reconnaître, il lui arrivait de devenir nerveux à l'idée d'entendre l'italien descendre les marches et s'installer pour quelques heures à son emplacement attitré.
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Il n'avait jamais permis à aucun autre agent de venir ainsi à l'improviste chez lui et rien que ce fait attestait de l'intérêt qu'il portait à l'italien. Certes, Abby, McGee ou David avaient, à un moment donné ou un autre, franchi le seuil de sa porte pour venir discuter un point en particulier avec lui. Cependant, il n'avait jamais encouragé aucun d'eux à abuser de ce privilège qu'il réservait sans conteste à Tony. Chaque fois qu'il entendait le pas de son agent au-dessus de sa tête, il savait que cette nuit-là, il gagnerait sa chambre et s'endormirait quelques heures sans souci.
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Ce n'était pas parce que la conversation de Tony le rendait somnolent, surtout lorsque le jeune homme restait silencieux, mais parce qu'il avait eu la satisfaction - et le plaisir - de passer quelques heures avec lui sans personne pour les embêter ou les interrompre. Pas besoin de se parler pour se sentir à l'aise avec l'autre, chacun savait parfois se satisfaire uniquement de la présence de l'autre. Les deux hommes pouvaient communiquer sans prononcer une seule parole, un avantage qui faisait grincer des dents à McGee et David parce qu'ils ne comprenaient pas les conversations silencieuses de leurs collègues.
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Gibbs se leva soudain et porta sa tasse dans l'évier de la cuisine avant de revenir saluer son père.
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« Je vais monter me coucher, Jack, j'ai quelques nuits de sommeil à rattraper » déclara-t-il avant que son père ne s'étonne. « Bonne nuit. »
« Bonne nuit, fiston » répondit Jack simplement. « Veux-tu que je te réveille demain matin ? »
« Pas la peine, je serais sans doute debout à mon heure habituelle. »
« Pas nécessaire de te lever aux aurores, fils » protesta gentiment Jack. « Profite de ces quelques jours pour te reposer et retrouver ton énergie. Si j'ai besoin de toi, je sais où te trouver. »
« Sûr, Jack » dit Leroy en souriant légèrement à la plaisanterie.
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Sur ces derniers mots, il gagna sa chambre d'adolescent qu'il avait trouvé inchangée. Jack n'avait fait aucune modification, simplement entretenu la pièce pour être toujours prête à recevoir son fils. Gibbs secoua la tête, l'entêtement de son père avait parfois du bon, il parvenait ainsi à obtenir ce qu'il souhaitait sans s'engager dans des palabres inutiles. Il lui suffisait de s'obstiner suffisamment longtemps pour avoir gain de cause.
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Il se déshabilla, passa dans la salle de bains avant de venir s'étendre dans son lit d'adolescent. Il utilisa quelques techniques de relaxation pour se détendre et se préparer au sommeil. Il ignorait si le fait d'avoir discuté un peu avec son père l'avait soulagé mais il se sentait moins déprimé même si sa rupture avec Tony était trop vivace pour la passer sous silence.
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Il se promit de réfléchir à la situation lorsqu'il aurait des nouvelles du SecNav et surtout sur sa décision au sujet de Shepard. Tout dépendrait de ce que l'homme allait infliger comme sanction à sa patronne pour avoir non seulement transgresser les protocoles et règles de l'agence mais aussi et surtout pour son attitude envers Tony. Peut être envisagerait-il sérieusement de prendre sa retraite s'il trouvait un centre d'intérêt suffisamment puissant pour le pousser vers la sortie.
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Sur cette décision, il s'enfonça sous les couvertures et sombra bientôt dans le sommeil, un léger sourire aux lèvres.
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Au prochain chapitre, nous retrouverons Tony. Que va-t-il faire ? Se morfondre seul ou agir et se battre ?
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Vous le saurez en continuant à lire cette fic.
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A bientôt et bonnes vacances à toutes celles qui ont la chance de pouvoir goûter aux joies du farniente.
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Chtimigirl
