Pdv Adrien
J'avais du mal à dormir encore une fois. À vrai dire, je me mentais un peu à moi même puisque je n'avais même pas essayer de fermer un œil depuis que la nuit s'était couchée sur la ville. Le cœur battant et le corps en sueur, j'étais allé faire un tour dehors pour me rafraîchir les idées, me sentant de plus en plus oppressé dans mon appartement, où tout le paraissait écœurant. L'odeur du café était tellement intense que même en ouvrant les fenêtres des heures, elle résistait et s'était accrochée aux meubles et à mes habits. Et même moi, cette odeur avait finie par me dégoûté, ce qui était sûrement la chose la plus surprenante pouvant arriver. De plus, je ne pouvais pas faire un pas sans marcher sur des feuilles et des papiers officiels, ou bien mes recherches pour le travail. Je n'avais toujours pas eu le droit de remettre un pied au commissariat, ayant été mis en congés forcés pour une longue semaine encore, ce qui me semblait être une éternité à laquelle il allait être dur de faire face. Soupirant, passant une main sur mon visage transpirant, je prenait une grande bouffée d'air et la recrachait en formant un nuage de buée autour de moi, grelottant quelque peu. Je n'avais même pas prit la peine de mettre un manteau et je marchais dans la rue avec un jogging froissé et un simple tee shirt orné d'un quelconque logo de groupe de rock, le genre de haut que je mettais seulement le week-end, ou les rares jours où je me permettais de traîner à la maison. Les gens me regardaient avec des yeux ahuris, murmurant que j'étais fou de me balader ainsi avec une tenue aussi légère, mais moi je pensais le contraire. J'avais besoin de me refroidir un bon coup, et c'était le moyen le plus simple que j'avais trouvé; je n'avais pas le temps de prendre une douche froide, ni la motivation de me sécher ensuite. Et puis, je voulais vraiment sortir.
J'avais désespérément besoin de voir d'autres visages humain que le mien dans le miroir, ce visage fatigué où étaient accrochés deux yeux noirs bordés de cernes qui descendaient presque jusqu'au milieu de mes joues, me donnant l'air d'un zombie. Mais je ne voulais pas seulement regarder les faces qui défilaient devant moi, je cherchais désespérément la sienne. Je scrutais les alentours, avec un regard insistant en faisant un peu peur au passant, espérant croiser la fille que je cherchais, priant pour qu'elle apparaisse devant moi comme par magie. J'en avais besoin, j'avais besoin que tout ça se termine pour que je la sache en sécurité et que je puisse dormir calmement sans chaque nuit rêver de sa mort, ou de son corps que je trouvais derrière un arbre. Je ne voulais plus voir ça. Je souhaitais juste qu'elle s'en sorte.
Seulement, je me plongeais moi même dans le doute en me demandant si le plan que je lui avais expliqué n'était pas un simple suicide, et si je n'aurais pas mieux fait d'aller la chercher avec mes propres moyens malgré son refus clair et net. J'étais tellement stressé que je sentais mon cœur battre contre mes tempes, comme si ma tête allait exploser si je n'arrivais pas à me calmer rapidement.
Soudain, à quelques mètres devant moi, une jeune filles aux cheveux foncés, d'une taille assez petite fit son apparition. Elle était de dos et marchait rapidement dans la rue, enmitouflée dans un gros sweat, avançant seule entre les gens. Mon sang ne fit qu'un tour et je courais dans sa direction, bousculant ceux qui étaient sur mon passage de manière plutôt violente, ne me souciant pas de la réaction des gens; des insultes la plupart du temps. «Mon dieu mon dieu mon dieu» Je me répétais en me rapprochant de plus en plus de cette fille. Je tendais le bras, le cœur au bord de l'explosion, et lui saisissais l'épaule en la serrant entre mes doigts, lui faisant faire volte face.
-Rune mon dieu c'est m-... Moi... Je me trouvais coupé dans mon élan par deux grands yeux noisettes posés sur moi. Deux yeux incrustés sur un visage qui n'avait rien à voir avec celui que je cherchais, mais celui d'une adolescentes effrayé qui me regardait de haut en bas avec la bouche tremblante en se demandant pourquoi un pauvre fou l'arrêtait ainsi dans la rue en hurlant un prénom qui n'était sûrement pas le sien.
-J-Je suis désolée monsieur mais vous devez vous tromper de personne, elle dit doucement en enlevant ma main de son épaule, un sourie gêné aux lèvres. Est ce que vous allez bien ? Elle froncait les sourcils en voyant mon visage se décomposer en une fraction de seconde, déçu par cet échec ridicule.
-Je... Ne vous inquiétez pas, je lui souriais en frottant ma nuque de manière nerveuse, je suis juste fatigué et vous ressemblez à une personne que je cherchais depuis un moment...
-Votre copine? La jeune fille esquissait un sourire malice, s'imaginant sûrement l'une de ces scènes de retrouvailles que celles de sont âge admirent devant des films à l'eau de rose. Vraiment rien à voir avec mon histoire actuelle.
-Haha non, je riait doucement en mettant les mains dans mes poches, disons que c'est une connaissance. En tout cas désolé de vous avoir effrayé, passez une bonne soirée, prenez soin de vous. Je saluais poliment cette adolescente inconnue en me retournant pour rentrer chez moi, en ayant assez de marcher. Je m'éloignais de quelques mètres avant de l'entendre m'appeler, mais je ne me retournais pas pour autant, désirant juste rentrer.
-J'espère que vous allez trouver cette connaissance, elle disait avec une voix mélangeant encouragement et gentillesse, formant un message chaleureux qui me fit sourire, et allez dormir, je pense que vous en avez besoin.
Oui, moi aussi je pensais que j'en avais grandement besoin. Ou alors je prenais un café? Non, il faut sérieusement que j'arrête avec ça...
Pdv Rune
Je courais encore depuis une vingtaine de minutes environ. Je disais bien, environ, car en réalité je n'en savais absolument rien. Je n'avais pas la notion du temps à ce moment là et à vrai dire je m'en contre fichait de savoir combien de temps j'allais encore devoir galoper à travers les arbres en pleurant toutes les larmes de mon corps. Je me moquais de tout à présent, la seule chose qui m'importait c'était la liberté qui m'était offerte à une distance inconnu devant moi. Une liberté que j'avais mérité, je me répétais en reniflant bruyamment, essayant les larmes chaudes qui me coulaient sur les joues avec le revers de mon avant bras. J'allais l'avoir, cette liberté, et cela même s'il fallait que je m'épuise pendant des heures. Pourtant, j'avais mal je ne pouvais pas le nier. Mon corps entier semblait en feu et mes poumons allaient explosé d'une seconde à l'autre, chose que je tentais d'éviter en prenant les inspirations les plus grandes que je pouvais, quitte à ralentir le rythme pendant une seconde ou deux. Mais mes poumons et mon torse tremblant ça n'était que le cadet de mes soucis, car mes jambes, elles, c'était une toute autre histoire. Mes mollets et cuisses étaient tellement contractés que je pouvais sentir douloureusement mon sang pulser dans mes veines et chacune de mes cellules bouillir comme de l'eau qu'on mettait sur le gaz en attendant des heures pour que l'ébullition soit la plus forte possible. Ici, c'était l'ébullition la plus douloureuse possible. Ma cheville quant à elle me faisait de plus en plus mal à chaque pas, s'écrasant et se tordant un peu plus à chaque fois que mon pied touchait, ou même frôlait le sol. J'avais l'étrange impression de ne courir que sur une jambe, comme une espèce de flamant rose. Je riait à cette pensée, trouvant ma comparaison un peu stupide et mal trouvée pour le moment. Et pourtant, je trouvais que c'était le bon moment pour faire de l'humour, même s'il devait être aussi mauvais que celui de Vincent. C'est vrai qu'il avait un sens de l'humour assez pitoyable...
«La douleur c'est dans la tête» Me répétait toujours ma mère quand j'étais petite. Phrase que je n'avais jamais vraiment écouté, ne la comprenant absolument pas, la trouvant même idiote puisque c'était au genou qu'on avait mal quand on tombait, pas au cerveau. Mais aujourd'hui c'était différent et cette morale prenait tout son sens. Quand j'essayais d'ignorer la douleur qui envahissait mon corps, pensant à une chose qui n'avait rien à voir, le mal semblait s'apaiser quelque peu, il était toujours là puisque je le sentais, mais l'intensité était beaucoup moins forte. Cette petite découverte me donnait assez de courage pour me dire qu'à un moment où à un autre, je n'allais plus avoir mal du tout. La douleur je l'avais assez connu pendant ces longues semaines à être partagée entre souffrance mentale et physique, me sentant tiraillée entee l'idée attirante de mettre fin à mes jours, et celle de trouver n'importe quel moyen pour m'échapper. Des semaines où... Des semaines ? Je pensais ça depuis longtemps mais combien de temps exactement j'étais restée coincée loin de chez moi? Le temps passait lentement pour moi, mais s'il était passé plus vite que ce que je ne croyais? La simple idée d'avoir été portée disparue pendant plusieurs mois me faisait subitement peur, et ma joie intense se transformait peu à peu en inquiétude étouffante. Et si les gens me posaient trop de questions? Et si on m'accusait réellement du meurtre de Vincent et Alessa, me faisant passée pour une meurtrière? Chose qu'au fond, en y réfléchissant bien, était une vérité pur et dur, fondée sur des fais plus que réels et récents. J'avais tué un homme, j'avais vraiment appuyé sur la détente d'une arme en direction de quelqu'un, faisant disparaître une vie de la surface de la Terre de la manière la plus ignoble qui était. J'avais commit l'acte le plus affreux qui puisse exister et désormais, ma plus grande frayeur était que quelqu'un l'apprenne. Si je ne pouvais plus être vue comme une victime, choquée par un traumatisme d'enlèvement et de violence, mais qu'à ce sinistre portait se rajoutait celui d'une meurtrière, qu'est ce que les gens allaient en penser? À près tout, ça n'était plus une personne humaine, quelqu'un qui disait être persécuté après avoir tuer quelqu'un d'autre. Tout ça dans ma tête n'avait plus aucun sens. Durant cette période d'éloignement de mon ancienne vie, j'avais tout perdu. Je me rendais rapide compte qu'en plus d'avoir perdu des choses futiles, comme mon travail et un appartement rempli de bordel, j'avais également égaré ma propre identité. Continuant alors de courir en gardant les yeux rivés devant moi, quoi qu'étant un peu perdus dans le vide, je sentais mon cœur se resserrer sur lui même, me faisait mal à la poitrine. Je laissait sortir un gémissement plaintif et étouffé du fond de ma gorge, impossible de parler. Impossible... Alors que j'avais envie de hurler aussi fort que je le pouvais que je n'avais rien demandé à personne, et que quitte à me faire violer par Vincent, à garder ce job de serveuse toute ma vie et être dans un éternel questionnement concernant mes amis d'enfance, je préférerais retourner en arrière pour tout effacer. Hurler un bon coup ce que je pensais au lieu de laisser mes craintes et ma haine se morfondre en moi, jusqu'à me faire pourrir de l'intérieur. C'est vraiment ce dont j'avais besoin maintenant. Simplement crier un bon coup avant d'exploser de rire en regardant un coup en arrière pour voir une dernière fois cette forêt et ses branches qui m'avaient attaché dans son antre pendant trop de temps. Je rêvais de ce moment depuis trop longtemps et l'atteindre encore me faisait comme un lourd poids sur le cœur, comme s'il n'allait jamais arriver. Mais si Toby m'a aidé en me disant que la sortie était dans cette direction, je devais avoir confiance en lui et avancer. «Ironique d'avoir confiance en l'une des premières personnes qui voulaient ma mort...» Je soupirais avec un peu de désespoir, et de retenu pour garder l'oxygène qui penait à aller dans mes poumons. C'était étrange mais j'avais plus confiance en un jeune meurtrier et un policier rencontré par internet qu'en moi même, presque ridicule d'ailleurs.
Je pensais alors à Adrien, me demandant comment il allait maintenant, s'il pensait à moi où s'il était stressé à l'idée d'avoir échoué. Ça allait lui faire une surprise de taille d'apprendre que j'étais vivante, il avait tant travailler pour ça. Il m'avait beaucoup décris ses heures de travail, à quel point il mettait toute son énergie dans ses recherches en y passant des heures. Mais en fin de compte il s'était peu décris lui même, et je n'avais aucune idée d'à quoi il pouvait ressembler, m'empêchant de l'imaginer, ayant simplement une idée floue de son caractère et son tempérament.
Après tout, je ne connaissais qu'un prénom, un nom et un métier. J'avais déjà imaginer des hypothèses plus tordues les unes que les autres, pensant qu'Adrien pouvait être un collègue ou un lointain ami de Vincent, mais j'avais rapidement écarté ces idées de ma tête, n'étant plus à l'heure des craintes. Je lui avais fait confiance jusque là, et ça allait continuer. Pas question de me remettre en doutes, sachant que je n'allais pas mentalement le supporter si je retombais à nouveau dans une dépression sévère.
Je pensais tellement que je ne concentrais même plus sur où je mettais les pieds, et j'avais dû rentrer dans au moins trois troncs d'arbre en une petite dizaine de minutes, ce qui me rajoutait des bleus sur la peau. Encore une de ces tâches colorées qui contrastaient avec ma peau beaucoup trop blanche. «Ça ne fait qu'une marque de plus, rien qui puisse m'inquièter de toute manière» Je pensais en me rassurant, sachant bien que ml' corps était déjà assez abîmé pour que de simples petits bleus puisse faire peur à quelqu'un. Le seul problème, c'est que ça faisait mal. Même si la douleur principale venait de ma cheville, sachant que mes pieds n'arrangeaient pas grand chose à mon cas. Sous la plante de mes pieds, je pouvais sentir des substances visqueuses et terreuses qui me donnaient envie de vomir, des bouts de bois qui me déchiraient un peu plus la peau et soudain une espèce de gravier.
Je m'arrêtais brusquement en froncant les sourcils, tapotant le sol avec le bout des orteils, tâtant cette nouvelle surface que je redécouvrais. Je baissais les yeux en tremblant avant de m'écrouler par terre, le lâchant enfin. Je laissant enfin sortir ce cri qui me bouffait les entrailles, et il était plus fort que ce que j'avais imaginer avant. Il m'avait déchiré la gorge et ressemblait à un mélange de joie et de tristesse, partagée entre la douleur de mon corps et le bonheur de sentir du goudron sous mes doigts.
Du vrai goudron, une vraie route avec de véritable lignes blanches qui le traversaient, loins d'être un rêve. Je pouvais enfin sentir cette surface rapeuse contre mes paumes qui semblaient s'enfoncer dans le sol tant je m'encrais dedans, ayant presque envie de me coucher par terre pour finir de pleurer tranquillement. J'avais enfin atteint le bout de cette forêt de malheur, et je me trouvais sur une vieille route perdue entre ces sombres bois et une longue clairière qui s'entendait sur deux dizaines de mètres. «Je ne suis pas au bout en fait...» Je constatais en voyant que la route passait seulement au milieu de la forêt, mais que la fin était sûrement à plusieurs kilomètres devant moi. Mais au diable cette course, j'étais maintenant sur une route et cela ne pouvait signifier qu'une seule chose: au bout, il doit y avoir une ville. J'esquissais un sourire perdu, avant de me remettre sur pied en regardant dans les deux directions qui s'offraient à moi, choisissant l'une des deux au hasard. De toute manière, j'arriverai bien quel part.
Mais avant même que je fasse un kilomètres à pied, j'entendis un bruit lourd derrière moi, comme rapide. Comme... Une voiture ? Je me retournais et vis bien deux phares allumés à fond braqués dans ma direction. C'était bien une voiture, je ne savais pas ce que c'était précisément; ne sachant pas reconnaître les marques de voitures; mais elle était clairement en train de ralentir plus elle s'approchait de moi. Tant mieux pour moi, car j'étais prête à me jeter dessous pour qu'elle s'arrête. J'avais la gorge serrées, les yeux plantés sur la carrosserie de ce véhicule à l'arrêt, figé à cinq mètres de moi. J'osais faire un pas timide, puis un deuxième, avant qu'une personne ne sorte en vitesse en foncant dans ma direction, les bras tendus. Il avait bien vu que je tombais en avant un peu plus à chaque pas que je faisais, et m'avait rattrapé de justesse en me serrant assez fort pour que mon corps be s'écrase pas sur le béton craquelé de la route.
-Hey mademoiselle ! Criait une voix inconnue, un net ton d'inquiétude coincé dans la gorge, mademoiselle tout va bien ?! Le jeune homme, oui... C'était une voix de garçon, ne prit pas le temps d'écouter ma réponse qu'il m'avait déjà emmenée dans sa voiture.
Deux autres personnes étaient sorties peu après lui, de ce que je pouvais voir c'était une fille et un deuxième jeune homme, d'une vingtaine d'années. Tout allait tellement vite pour moi, et j'avais la tête qui tournais. En quelques secondes, je me retrouvais couchée sur la banquette arrière du véhicule, la nuque posée sur les cuisses de la jeune fille qui avait enlevé sa veste pour me la poser sur les épaules.
-Vous allez bien ? Le garçon répétait en me regardant avec des grands yeux bleus, presque sur le point de pleurer. À vrai dire, les trois avait l'air dévastés de trouver une personne dans mon état sur le bord de la route, ce que je pouvais parfaitement comprendre, ça n'était pas tout les jours que ça arrivait.
Restant couchée, je levais la main comme pour dire «Oui oui...» avant d'enfin ouvrir la bouche, difficilement, mais je l'ouvrais.
-Longue... Très longue histoire... Ça avait l'air de les rassurer un peu, aussi grâce au ton assez chaleureux que j'avais employé. Je ne m'en croyais plus capable, mais j'avais vraiment dis quelque chose de chaud pour aider des gens. Je veux juste...
Je n'avais même pas le temps de finir ma phrase que tout redevint noir autour de moi, le silence ayant regagné son trône.
Je me réveillais un moment après, étant tombée d'une bloc dans un lourd sommeil. J'avais la gorge sèche et les yeux humides comme la pluie, sentant agréablement que chacun de mes muscles était parfaitement décontracté. C'était bizarre de ressentir à nouveau cela mais, loin de cracher dessus, j'en profitais du mieux que je pouvais. J'avais doucement ouvert les yeux, pour tomber nez à nez avec deux grands iris verts plongés dans les miens. Je sursautais un peu, provoquant la même réaction à la jeune fille qui m'avait prêté sa veste lorsque j'étais rentrée dans la voiture. Ses mèches brunes rousses tombaient sur son visage, mais je pouvais tout de même apercevoir le sourire qui se dessinait dessus, et je sentis juste après une main se poser sur mon front, une main fraîche qui me faisait frissonner.
-Vous avez de la fièvre... Il ça falloir vous soigner d'urgence, elle me chuchotait doucement, enlevant sa main.
-Elle est réveillée ? Demandait une troisième voix, celle du deuxième garçon qui accompagnait les deux autre personnes. Je tournais les yeux vers lui, penchant mollement la tête pour voir une garçon blond clair avec des yeux bruns qui me regardaient avec étonnement. Mettant toute l'énergie que j'avais dans ce geste, je me redressais en m'asseyant normalement sur les siège de la voiture, gardant la veste molletonnée sur mes épaules.
-Oui je suis réveillée. Je me frottais le visage, sentant sous mes doigts que la terre qui me recouvrait avant disparu. J'apercu du coin de l'œil une serviette couverte de t'être posée par terre. J'avais rarement vu des gens aider quelqu'un avec autant de volonté. O-Où sommes nous ? Je demandais en regardant par la fenêtre.
-À quelques minutes de la grande ville du coin, c'est la ville la plus proche. Dis la jeune fille en gardant un sourie inquiet aux lèvres.
-C'est là bas que j'habitais. Je dis sèchement en laissant mes yeux dans le vide. Ça, j'arrivais bien à m'en souvenir, c'était le nom de la ville où j'habitais, où je travaillais et où j'avais une vie normale.
-V-Vraiment ? Vous voulez allez là-bas alors ? Elle me demandait avec soulagement. Il serait plus sérieux de vous conduire à l'hôpital et-
-Passez moi un téléphone avec internet. Je demandais en lui coupant la parole, tendant une main tremblante. Sans plus poser de questions, le conducteur me donnait maladroitement son IPhone, que je peinais à allumer à cause du tremblement de mes doigts. J'arrivais tout de même à taper «Adrien Retson» dans la barre de recherche d'internet et un tas d'information déroulaient devant mes yeux. Je cherchais une adresse, rien qu'une petite adresse.
Les trois jeunes, ne sachant pas comment réagir devant moi, ne faisaient que me regarder avec un air impuissant. Ils devaient me prendre pour une folle après tout. Comment j'aurais réagi moi, si je avais trouvé une personne blessée sur le bord de la route et qu'elle se mettait à agir aussi étrangement que moi ? Je ne sais pas comment j'aurais fais à vrai dire, sûrement comme eux, à me lancer des regards pleins d'interrogation et de pitié. Justement il y avait quelque chose que je trouvais étrange, puisqu'ils me regardaient beaucoup sans poser de questions, alors qu'Adrien m'avait dit que mon portrait était partout dans la ville et que je passais, avant plus maintenant, à la télé souvent. Continuant de faire mes recherches difficiles, les sourcils froncés, je leur posais plusieurs questions auxquelles ils me répondaient sans problème, sans que cela les gênes. Ils étaient trois meilleurs amis partis quelques jours en vacances loin de leur ville, et la ville était sur le trajet de leur retour. Je souriais doucement quand j'entendais les mots «meilleurs amis», car ça me faisait plaisir de voir qu'à leur âge ils étaient aussi complice. Avoir une discussion normale était presque irréel pour moi, et pourtant c'était bien ce qu'il se passait. Je parlais vraiment à des gens normaux de choses normales comme si rien ne s'était passé, sauf que mon corps trahisait cette affirmation, car mes blessures ne collaient pas avec le décors. Blessures dont ils n'osaient pas parler évidemment, y jetant juste des coups d'œil timides sans pour autant placer un mot dessus. Je comprenais pourquoi ils voulaient m'emmener à l'hôpital mais je n'avais pas le temps. Je n'avais vraiment plus de temps à perdre désormais...
Au bout de cinq minutes de recherches, une adresse qui me semblait être la bonne apparue sous mes yeux. C'était bien dans ma ville et elle indiquait un immeuble au centre ville, facile d'accès en voiture. Un sourire soulagé et plein d'espoir aux lèvres, je lui rendait le téléphone en demandant au conducteur, qui s'appelait Maxime si j'avais bien compris, de me conduire là-bas le plus vite possible. Il me dit qu'il ni avait aucun problème et après une énième tentative à me demander si je devais aller à l'hôpital, qui échoua évidemment, il alluma son GPS pour prendre la bonne direction. Les remerciements encore une fois, je refermais les yeux pour effacer un peu plus de la fatigue qui se lisait sur mon visage pâle.
Pdv Adrien
J'avais enfin réussi à dormir un peu, mais ça n'avait pas duré bien longtemps puisque une demi heure à peine après avoir fermer les yeux, je les avais brusquement ouvert en sursaut. Un autre cauchemar évidemment. J'avais l'habitude maintenant... Tournant la tête de chaque côté, je regardais mon salon assombri, m'étant endormi une nouvelle fois sur mon canapé. La pièce était dans un bazar monstre et il y faisait tellement chaud que je sentais mes mains moins glisser sur le cuire du canapé quand j'essayais de me redresser. Mes muscles étaient lourds et endoloris, manque de sommeil sûrement, mais je n'avais aucune difficulté à me mettre debout pour autant. Ma tête était étourdie et je dû me tenir à mon meuble de cuisine, dans laquelle je m'étais glissé en traînant les pieds, pour ne pas tomber sur le parquet de la pièce. Me servant un grand cette d'eau et le buvant d'une traite, je vérifiais mon PC posé sur la table pour voir si j'avais un message; je disais mon PC, mais ça n'était pas le mien évidemment...; chose stupide puisque Rune ne pouvait pas m'en envoyer si elle avait réussi à sortir de ce manoir. Chose qui me rassurait à moitié, car si je n'avais pas de nouvelles, c'était qu'elle ne devait plus avoir l'ordinateur, et donc qu'elle avait bien prit la fuite. J'étais assez fier de moi sur le le coup, j'avais réussi à calmer ma panique en relativisant assez clairement, chose qui était devenu difficile pour moi depuis un moment.
Détournant le regard de l'écran, je tombais sur une photo de Rune que j'avais récupéré au commissariat pour m'en servir pour interroger les gens quand je le pouvais. Elle avait l'air calme sur cette photo, et j'espérais pouvoir la voir comme ça un jour. C'était important pour moi, de savoir le bonheur des personnes que l'on aidait, et ça l'était encore plus Rune. Je prenais son histoire comme une affaire personnelle et ça n'avais plus rien de professionnel, ce que je ne devrais jamais faire en temps normal.
-Rien à foutre des ordres maintenant... Je riais ironiquement en plaquant mes cheveux en arrière, fallait me laisser bosser comme je le voulais au lieu de me cloîtres chez moi ! D'humeur à insulter toute mon équipe de travail, je prenais un autre verre d'eau, mais cette fois ci je me le versais sur la tête pour me refroidir les idées. J'en avait grandement besoin, même s'il fallait maintenant que je nettoie le sol.
Soudain, dans le silence de la nuit, des coups timides se firent entendre dans mon entrée. Froncant les sourcils en me demandant qui pouvait frapper chez moi à cette heure là, je trottais jusqu'à ma porte et, tournant la clé, je l'ouvrais. Devant moi, deux jeunes garçons d'une vingtaine d'années qui me regardaient dans les yeux, l'air vraiment désolés de sonner à une heure pareille. Je leur aurait bien dit que je ne dormais pas, mais c'était plutôt eux qui avaient apparemment quelque chose à me dire.
-Excusez nous de vous déranger à cette heure monsieur... Dit l'un des deux en se frottant nerveusement la nuque, on a une amie à vous avec nous et elle insistait pour vous voit alors on est venu ici.
Ils s'écartèrent du chemin pour me donner vu sur une jeune fille qui en tenait une autre pat les épaules, une autre fille au corps meurtri qui me regardait le visage trempé de larmes qui coulaient jusqu'à un sourire déformé et tremblant. Pendant que je restais figé, immobile devant mon entrée avec la gorge serrée, elle s'avancait en laissant sortir quatre petits mots qui me faisait tomber en larmes à mon tour, laissant sortir la frustration que je n'avais pas réussi à montrer jusqu'ici.
-On se voit enfin. Elle avait simplement dit.
Tout est fini maintenant. Mes bras s'ouvraient, soutenant le corps qui se jetais doucement contre moi. On tremblait tous les deux, tombés au sol, nos jambes tremblantes n'arrivant plus à soutenir notre poids. Sous mes doigts, je pouvais sentir les cicatrices et blessures ouvertes qui se succédaient, formant des dizaines de bosses et creux sur ses bras. Je ne la lâchais plus, pris d'un coup de panique en voyant que son état était pire que je ne pouvais visualiser.
-Ça va aller maintenant. Je murmurais à mi-mots, je te promet que tout va bien se passer.
Elle était enfin là, devant moi, à pleurer dans mes bras en faisant tellement de bruit que les voisins se réveillaient tour à tour en poussant des cris énervés. Qu'ils aillent se faire voir, j'ai plus important à gérer. Je posais délicatement mes mains sur les joues de Rune qui fondait en pleurs et remontais son visage pourbla regarder dans les yeux, prononçant juste ces mots avant qu'elle ne tombe, sûrement d'un mélange de fatigue, de soulagement et de bonheur.
-Je t'avais dit que tu devais avoir confiance en toi.
