Lightning poussa la porte de son appartement avec l'impression qu'elle n'y avait pas mit les pieds depuis des jours. Elle referma doucement derrière elle, avant de s'appuyer contre le mur. Les lumières étaient éteintes, et le silence oppressant. Serah n'était pas là. La constatation brisa ses derniers espoirs. Elle se redressa, et se dirigea tout de même vers la chambre de sa cadette. Comme elle s'y attendait, personne. Claire appuya sur l'interrupteur, et balaya la pièce du regard.
L'endroit avait le même aspect que la dernière fois qu'elle l'avais vu, quelques heures plus tôt. Pourtant, la blonde avait l'impression que tout était différent.
En soupirant, elle alla s'asseoir sur le lit soigneusement fait de la jeune femme, et laissa glisser ses doigts sur la couverture. La boule qu'elle avait dans la gorge depuis qu'elle avait quitté le Lindblum sembla grossir encore, et elle sentit ses yeux la piquer. Elle ferma les paupières avec force, s'interdisant de pleurer, et respira profondément. Sa main serra compulsivement le tissu de la couette.
Finalement, une unique larme lui échappa et coula sur sa peau. Claire la chassa d'un geste et posa son regard brillant sur les photos que sa soeur avait accroché au dessus de sa table de chevet. Elle reconnu vaguement quelques amis qu'elle avait déjà vu, et son propre visage qui apparaissait à plusieurs reprises. Sur les images, elle ne souriait pas. Cette réalisation lui serra de nouveau le coeur, sans qu'elle ne sache pourquoi. Aucune représentation de leurs parents. Elle détourna les yeux, et croisa un regard vert familier.
Doucement, elle saisi le cadre entre ses mains. C'était la photo la plus récente. A l'arrière plan, on y voyait Fang et elle même assises sur le canapé, la brune tendait une main devant elle les doigts en V, tendis que l'autre était posée sur le bras de Claire. A leurs pieds, Vanille et Serah tiraient joyeusement la langue à l'objectif. Une pizza à moitié entamée trônaient fièrement devant elles. C'était la première fois qu'elle s'étaient réunies ici, après leur interminable journée shopping.
Lightning sentit un frisson la parcourir, et dû se faire violence pour ne pas jeter l'objet contre le mur. Avec raideur, elle reposa l'image sur la table, et sortit. Comme si ils s'étaient soudain mis à la brûler, elle arracha plus que n'enleva ses vêtements, et les fourra dans un sac poubelle. Elle ne le supportait plus. Ainsi dévêtue, elle défit ses cheveux, et marcha vivement jusqu'à la salle de bain. Se glissant sous la douche, elle tenta de faire abstraction de tous les sentiments et les pensées contradictoires qui l'emplissaient.
Les longues minutes qu'elle avait passée dehors dans sa tenue qui la couvrait à peine l'avait frigorifiée. Elle fit donc couler sur sa peau une eau tiède qui lui sembla brûlante. Se réchauffant petit à petit, elle soupira. Elle ne voulait plus qu'une chose, cesser de penser.
Elle pencha la tête en arrière, entre ouvrant les lèvres. Le bruit de l'eau battant dans ses oreilles lui fit du bien. Lightning augmenta lentement la température, et se laissa envahir par le sentiment d'épuisement qu'elle connaissait si bien. Une sensation qui ne la quittait pas depuis des années. Elle secoua la tête, et se concentra sur sa respiration. Elle était usée.
Combien de temps passa elle ainsi ? Aucune idée. Finalement vidée, elle sortit, et se sécha énergiquement. Elle saisi ensuite son téléphone, qu'elle avait miraculeusement gardé avec elle pendant la soirée, et le déverrouilla. Elle fronça les sourcils en voyant qu'elle avait un message. De Fang bien sûr. Elle hésita une fraction de secondes, se mordit les lèvres, et l'ouvrit. "Serah est chez Snow." Rien de plus, rien de moins. Elle relit ces quelques mots plusieurs fois, avant de reposer lentement l'appareil. La douleur était réapparue dans sa poitrine. Claire s'appuya contre le carrelage du mur et se prenant la tête entre les mains.
Un bref sentiment de gratitude envers la brune apparu, et se mêla au tourbillon d'émotions qu'elle ressentait déjà pour elle.
Une vague de colère à l'encontre du petit ami de sa soeur la traversa, et elle serra les dents. Cet idiot prétentieux qu'elle n'avait pourtant jamais rencontré, elle le détestait déjà. Mais étrangement, elle se sentait plus triste que furieuse. Non, elle se sentait seule. Et pour une fois, cette solitude ne lui était pas agréable.
Claire regarda sa montre. Il était moins de minuit, et elle n'avait pas envie de dormir. Elle quitta la salle d'eau, et entra dans son espace personnel. Elle posa la serviette qu'elle avait gardée autour d'elle sur le bord de son matelas, et enfila rapidement un t shirt et un boxer noir.
Enfin, elle s'assit sur son lit, et appuya sa nuque contre le papier peint blanc. La jeune femme posa les yeux sur les murs vierges de sa chambre. Ce n'était pas à elle. Cette pièce, cet appartement même, ce n'était pas chez elle. Un lieu de passage peut être. Rien d'autre. Mais en y réfléchissant bien, elle n'avait pas de "chez elle". Sa chambre ne contenait rien d'important. Uniquement les reliques d'un passé qu'elle voulait oublier, mais qu'elle traînait pourtant derrière elle. Instinctivement, ses yeux se posèrent sur l'armoire. Là, rangées dans un carton qu'elle n'avait pas ouvert depuis des années, se trouvait la robe de mariée de sa mère, et les robes de demoiselles d'honneur que Serah et elle avait portées ce jour là.
Elle ne se souvenait de rien.
Ce n'était rien de plus qu'un souvenir inventé par des photos et des vêtements. Pourquoi gardait elle tout ça ?
En arrivant à Nautilus, elle avait espéré un nouveau départ, une nouvelle vie. Elle s'apercevait maintenant qu'elle n'avait fait que répéter un schéma qu'elle connaissait bien. Espoir, puis déception. Le refrain de son existence. Claire vivait dans le passé. Elle avait du grandir vite, n'était pas passé par le cap de l'adolescence; à peine par celui de l'enfance.
L'armure qu'elle s'était forgée pour se protéger menaçait à présent de s'écrouler sur elle et l'étouffer. Mais comment s'en débarrasser ? Comment avancer ? Elle n'avait jamais connu autre chose. Elle même ne savait pas ce qui se cachait derrière cette carapace. L'enfant et l'adolescente fragiles et pleines de doutes qu'elle n'avait pas été l'effrayait. Et pourtant.
C'est celui qui vit dans le présent qui est fort se souvint elle. Oui, mais son présent se composait de nouveaux combats qu'elle ne se sentait pas prête à livrer. les images de Serah et Fang s'imposèrent. Tout comme se détresse à cet instant.
