Chapitre 35 : En leur mémoire.
Je ne sais pas trop comment je suis revenu au quartier général. Je ne sais pas comment j'ai fait pour marcher jusqu'à ma chambre. La tristesse m'écrase. Je me sens tiré dans un abîme sans fond par une ancre qui est si lourde que j'en suis prisonnière. Je m'affale sur mon lit. J'attrape ma poupée et me laisse aller dans ma peine. Je pleure pour faire sortir cet insupportable poids dans mon ventre qui prend toute la place et m'empêche de respirer. Je revois leurs visages. Et à la seule pensée que tout est fini pour Myrline et Socrate, que je ne les reverrai plus jamais, me fait souffrir davantage.
Mon père entre dans ma chambre. Il prend dans ses bras et me berce doucement. Je sais qu'il fait de son mieux, mais Myrline le faisait bien mieux que lui. À cette pensée, je pleure plus fort, Je veux Myrline, je veux qu'elle vienne me consoler, jouer dans mes cheveux pour me rassurer, comme elle le faisait si bien.
- C'était un couple exemplaire. Je suis heureux de les avoir eus dans nos vies. Sans eux, tu ne serais jamais devenue la magnifique jeune femme que tu es. Je leur dois beaucoup et j'ai moi aussi beaucoup de peine qu'ils soient partis. Pleure autant que tu le voudras, ma princesse. Garder tout ça à l'intérieur n'est pas bon du tout. Je t'aime. Je suis sûr que tu ne les oublieras jamais et moi non plus. Garde les meilleurs moments, c'est tout ce qui importe.
Il me berce encore un moment, puis il quitte la chambre en me croyant endormie. J'aimerais dormir, mais je n'y arrive pas. Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est et je n'ai pas vraiment envie de le savoir.
Je reste là à fixer le plafond, sans attendre rien d'autre que ce vide infini tout autour de moi. Je me sens épuisée, je n'ai envie de rien faire, de ne rien pensée. On frappe, malheureusement à la porte, me sortant ainsi de ma torpeur. Fred ouvre la porte discrètement, puis me voyant réveillé, il entre avec un bol rempli de soupe bien chaude.
- M'man t'a préparé une soupe de légumes. Tu en veux ?
Je lui fais signe que oui. Il s'assoit sur mon lit et me donne à manger comme si j'étais un petit bébé. L'action me fait sourire.
- Ha, voilà ce que je voulais voir. Aller mange, tu vas aller mieux après.
J'avale la cuillère de soupe. C'est chaud et réconfortant. Rapidement, Fred me donne le bol pour que je puisse manger par moi-même.
- C'est bon. Merci, dis-je
- C'est ma mère qu'il faut remercier. Elle a fait cette soupe juste pour toi. Elle fait toujours ça quand l'un de nous est malade, m'explique-t-il.
- Elle n'est plus fâchée contre moi, alors ?
- Exactement comme George l'a dit, confirme-t-il. Crois-moi, on l'a fait fâcher tellement de fois qu'on est capable d'évaluer les différents degrés de sa colère.
Je lui souris. Sa présence me fait vraiment du bien.
- Je m'excuse pour tantôt, dis-je.
- Tu étais en panique. Je fais dans le comique, alors je ne savais pas comment réagir en te voyant dans cette détresse. C'est plus le domaine de ta poupée, je crois, dit-il en la prenant dans ses mains.
Il l'observe un moment puis son visage devient triste.
- Je suis désolée pour ta mère et ton père. Je sais qu'ils ne l'étaient pas vraiment, mais tu les considérais comme tels, n'est-ce pas ? me demande-t-il.
J'acquiesce alors que les larmes embues à nouveau mes yeux.
- À bien te regarder, je crois que tu as leur teint de peau. Un peu en tout cas.
Je souris. Je sais que ce qu'il a dit n'a pas de sens et c'est justement ce qui me fait sourire.
- Quelle heure est-il ? demandé-je
- Il est vingt heures. Ah, en fait tu as du courrier. Ton père m'a fait promettre de ne pas te donner la lettre si tu étais toujours en pleure, dit-il en fouillant dans la poche arrière. Mais j'ai l'impression que tu vas mieux. Ce n'est pas la grande forme, mais c'est un début.
- C'est parce que tu es là, avoué-je en prenant la lettre.
- Alors, je reste ici, avec toi, pour toujours.
Je suis touchée de ce qu'il vient de dire. J'aimerais vraiment qu'il reste avec moi pour toujours, mais est-ce que ce sera possible…
L'écriture de la lettre est fine et distinguée. J'en comprends immédiatement qui en est l'auteur.
« Ma très chère Hélène.
Il y a bientôt dix-sept ans, je connaissais le miracle d'être mère pour la toute première fois. Ce bonheur fut mêlé d'une incommensurable douleur. J'aurais tant aimé de garder à mes côtés et te voir grandir. Nos retrouvailles sont une joie inespérée. Une seconde chance pour nous deux de pouvoir renouer le contact qui a dû être brisé. Je n'ai eu de cesse de penser à toi depuis ce jour. Je tiens à rattraper le temps perdu. Je veux tout connaître de toi. Je veux te donner la chance que je n'ai pu t'offrir il y a dix-sept ans. Tu dois surement te poser des milliers de questions et je suis prête à y répondre. Il y a tant à te dire et il nous faudra du temps. Commençons donc par un souper, demain, au manoir vers dix-sept heures.
J'attends avec impatience ta confirmation.
Ta mère qui t'aime.
Narcissa. »
Je soupir. Je n'ai pas envie d'aller là-bas. Pas en ce moment, mais j'entends déjà Socrate dans ma tête. Il me dit de continuer ma mission et de faire tout ce je peux pour aider dans cette guerre. Il m'a toujours poussé pour que je réalise le meilleur de moi-même. Je sais que maintenant, je dois le faire seule. Je suis triste, mais je réussis à trouver le courage qu'il me faut à travers lui.
Je prends alors un parchemin, de l'encre et ma plume dans le tiroir de ma table de chevet et je réponds à ma mère que j'ai très hâte de la revoir et que je serai présente demain pour le souper.
- C'était une lettre qui venait de qui ? me demande Fred.
- Ma mère. Elle veut que j'aille souper avec elle demain soir, répondé-je en roulant le papier-parchemin.
- Et ce soupir, c'est parce que tu ne veux pas y aller, c'est ça ? Et tu iras quand même ? analyse-t-il.
J'acquiesce.
- Pourquoi ? Il n'y a rien qui t'y oblige.
- J'ai pris cette mission. J'ai donné ma parole. Myrline et Socrate mon appris l'honneur d'une parole donnée et si je renonce ce serait les renier, répondé-je
Ma réponse ne lui plaît guère, mais malheureusement c'est la seule que j'ai. Je lui tends la main et il la prend. Je m'agenouille près de lui et je passe mes bras autour de son cou. Je dépose un long baiser sur sa tête avant de me lever pour aller poster mon parchemin.
En entrant dans la cuisine, je suis surprise d'y trouver autant de monde. Plusieurs membres de l'Ordre sont présents, certains sont debout d'autres assis et ils se retournent tous lorsque j'ouvre la porte. Puis Maugrey qui semble présider la soirée reprend la parole.
- Tout va bien. Donc Arthur tu disais que selon toi, il y a des chances qu'on soit intercepté en passant par The Mall.
- Le plus sûr serait d'utiliser les trains souterrains des moldus. Les métros, dit M. Weasley d'un ton savant.
- Mais les métros sont fermés à cette heure-là, le contredit Tonks.
J'écoute leur conversation d'une oreille en me dirigeant vers Éole. J'attache la lettre sur sa patte et lui dit où aller. Il me donne un coup affectueux avec sa tête et il prend son envol. Je sursaute en me retournant. Mme Weasley m'a suivi et elle est juste derrière moi.
- Merci, chuchoté-je en lui donnant le bol de soupe vide.
Elle ne me dit pas un mot. Ses yeux sont remplis d'une compassion presque palpable. Elle me prend dans ses bras et me caresse doucement les cheveux. Son étreinte est expérimentée. C'est celui d'une vraie maman et il me fait monter les larmes aux yeux en m'apportant un grand réconfort en même temps. Lorsqu'elle me relâche, j'essuie mes yeux et elle me sourit tendrement.
- Qu'est-ce qu'ils font ? demandé-je à voix basse en lui pointant les membres de l'Ordre.
- Ils essaient de trouver une façon d'aller chercher Harry pour le ramener ici. C'est très compliqué parce qu'il ne faut pas que le ministère le sache, ni les Mangemorts. Cela révèlerait notre position et Harry pourrait être blessé. C'est surtout la trace qui est encore sur lui qui nous donne tant de fil à retorde, m'explique-t-elle.
Je n'ai pas la force de rester et les écouter, alors je remonte à ma chambre.
J'ai à peine mis le pied sur le palier de ma chambre que Fred ouvre la porte de la sienne.
- Alors, qu'est-ce qu'ils fabriquent en bas ? me demande-t-il
Je ne réponds pas tout de suite. J'entre plutôt dans sa chambre et referme bien la porte derrière moi. George est assis dans son lit entouré de papiers parchemin.
- Ils essaient de trouver un moyen d'amener Harry ici, dis-je en allant m'asseoir dans le lit de Fred.
- Mais ce n'est pas si compliqué d'habitude. George et moi l'avons déjà fait avec la voiture volante de papa, dit Fred.
- Ce l'est cette fois-ci parce qu'il faut l'amener ici sans révéler notre emplacement, expliqué-je en m'allongeant dans le lit.
- C'est sûr que ça complique les choses, commente George.
Je suis si fatiguée, mes yeux ferment tout seul. Fred prend place à côté de moi et me borde.
- Hélène, m'interpelle George en passant sa tête au-dessus du lit de son jumeau. On a vraiment besoin de toi demain, alors interdit de faire comme aujourd'hui.
Il a un grand sourire, il plaisante, mais j'entends son message derrière. Il en a marre lui aussi qu'il me tombe des tuiles sans arrêt en ce moment.
- Oui promis, à demain, dis-je les yeux fermés.
Je ne sais pas si l'un d'eux me dit autre chose. Si oui, je n'en ai nullement conscience. Je m'endors, épuisée par les émotions.
