Cet O.S a été écrit dans le cadre de la cinquantième Nuit du FoF (1thème = 1heure= 1 texte) en réponse au thème « talisman »
Son : Everybody hurts de R.E.M
Bonne lecture !
OS 36 : Au nom de nos souvenirs
« Partir, c'est mourir un peu,
C'est mourir à ce qu'on aime :
On laisse un peu de soi-même.
En toute heure et dans tout lieu »
Edmond Haraucourt
Une main sur la poignée, elle l'abaissa doucement et ouvrit la porte sans un bruit. Dans la maison, tout était silencieux : on n'entendait ni les marches craquer, ni le réfrigérateur s'essouffler, ni même le clapotis de l'aquarium du salon. Dehors, la nuit s'était installée et les quelques lampadaires qui illuminaient la rue ne suffisaient pas à éclairer correctement la chaussée.
Prenant une courte inspiration, elle franchit le pas de la porte et se retrouva seule sur le perron d'une maison qui lui semblait inconnue. Près d'une poubelle de quartier, quelques cartons amassés témoignaient de l'emménagement récent du couple Granger. Un couple d'âge mur, tous deux dentistes, un couple sans enfants qui venait d'acheter le dernier pavillon d'une banlieue résidentielle perdue entre deux grandes villes écossaises aux noms imprononçables.
C'était pour sa discrétion qu'Hermione avait choisi la nouvelle maison de ses parents. Identique à une vingtaine d'autres, perdue au milieu d'une masse de moldus. Personne ne viendrait chercher les parents de l'Indésirable numéro 3 ici. En fait, aucun mangemort digne de ce nom n'accepterait de se retrouver si proche de tant de moldus à la fois.
La jeune fille effleura sa poitrine, là où le sort de Dolohov l'avait touchée en cinquième année. Cette fine cicatrice lui rappelait qu'elle avait fait ce qu'il fallait. Pour protéger ses parents d'un monde qui leur était inconnu, il lui fallait les éloigner mais ils n'auraient jamais accepté de ne plus avoir de ses nouvelles, de devoir vivre comme s'ils n'avaient jamais eu d'enfants… Alors, elle avait la seule chose à faire : leur faire oublier.
Les cadres pleins de ses photos d'enfants, elle les avait vidé et rempli avec de ses deux parents. Les albums avaient disparus, les reportages aussi. Ses cartons d'enfants n'avaient pas survécu au déménagement, ses jouets feraient le bonheur de pauvres âmes et les colliers de nouilles et autres artisanats enfantins avaient été dissimulés sous une lame de parquet… juste au cas où… Au cas où la guerre finirait bien, au cas où elle aurait raté la potion et qu'ils se souvenaient d'elle, au cas où elle survivait à la guerre…
Alors qu'elle s'éloignait de la maison, il lui semblait trainer le poids de deux lourds boulets accrochés à ses chevilles et qui la retenait en arrière. Elle aurait voulu faire demi-tour et retourner embrasser ses parents encore une fois. Pour s'excuser de les abandonner, pour leur souhaiter bonne chance, pour les voir une dernière. Il lui sembla soudain qu'elle avait oublié de prendre des photos d'eux. Peut-être avait-elle oublié un album dans un tiroir ? Ou une photo dans un recoin ? Les excuses pour faire demi-tour affluaient mais aucune ne trouvait pitié aux yeux de la jeune fille. Elle avait fait l'inventaire des albums, elle avait enlevé les photos des portefeuilles de ses parents… Son cœur restait en arrière mais son cerveau bravait les mètres qui la séparaient de l'abri de jardin dans lequel elle allait transplaner pour retrouver le Terrier.
Les Weasley et leur chaleur l'attendaient. Ron et son sourire de gamin, et sa tache sur le nez. Et bientôt, ils iraient chercher Harry et ses cheveux en bataille, et ses lunettes tordues… Elle s'accrochait à ses images familières comme à un talisman qui tandis que sa vue se brouillait lui permettait de continuer.
Le souffle court, les cheveux moites de sueur lui collant au front, elle posa une main tremblante sur la poignée froide de la porte de l'abri. Quelques secondes et ce serait fini. Elle entra et referma le battant derrière elle. Il n'y avait plus de temps pour l'hésitation, une simple pensée et elle serait partie.
Hermione ferma les yeux et se concentra sur l'image bienfaitrice du Terrier. Ce fut comme si la Terre se retournait, comme si l'on débouchait une bouteille pleine de gaz et que la planète en jaillissait tel un bouchon de liège… POC…
L'odeur du ragoût de Madame Weasley la saisit au nez alors qu'elle atterrissait devant la porte de la maison. Ses jambes lâchèrent et elle tomba au sol, en larmes. La porte claqua contre le mur alors que trois personnes sortaient de la maison, alertés par le bruit d'un transplanage.
« Quel est mon quotient émotionnel ? demanda une voix rauque
-Celui d'une petite cuillère… » Répondit-elle dans un sanglot.
Soudain, il y eut les bras maladroits de Ron autour d'elle, la main légère de Ginny sur son épaule et la chaleur du regard de Molly. Puis le silence. C'était fini.
J'espère que ça vous a plu :)
Len
