Et c'est parti pour le chapitre 36 !


« Cher Harry,

Je te remercie pour tes nombreuses lettres, et je m'excuse de te répondre si tardivement. Permets-moi de te répéter une nouvelle fois que tu t'inquiètes vraisemblablement pour rien. Depuis maintenant un mois, les cours ont repris et je peux t'assurer qu'Albus et Scorpius sont fidèles à eux-mêmes. Albus participe même un peu plus souvent en cours, comparé à ces dernières années, et il a fait des progrès en Métamorphose. J'ai noté que Scorpius Malefoy l'aidait souvent, mais je doute sincèrement que cette attitude cache une sombre envie de manipuler ton fils… Je rejoins donc l'avis des autres et me permets, à mon tour, de te dire que Scorpius est loin d'être une mauvaise fréquentation, encore moins une menace.

Si je puis te donner un conseil : peut-être devrais-tu apprendre à connaître le meilleur ami d'Albus, au lieu de lui chercher des défauts, ne crois-tu pas ? Je suis en outre persuadée que cette démarche t'aiderait à améliorer ta relation houleuse avec Albus.

Au fait, je suppose que Ginny t'en a déjà parlé, mais le 26 octobre une sortie Pré-au-Lard a été programmée. Je compte me rendre au « Trois Balais » pour retrouver Viktor qui ne s'entraîne pas ce week end là, exceptionnellement. Ginny et Ron vont surement nous rejoindre également. Si tu n'as pas trop de travail au Ministère, ce jour-là, viens donc nous rejoindre ! Je serais très heureuse de te voir un peu !

Prend bien soin de toi et de ta famille !

Hermione. »

Harry replia la lettre d'Hermione et croisa les mains sous son menton, pensif, en regardant sa tasse de café en train de refroidir sur la table de la cuisine. Au bout d'un moment, il retira ses lunettes rondes et se frotta les yeux tout en se laissant aller contre le dossier de sa chaise. Le Survivant se sentait dans une impasse : tous ses amis maintenaient qu'il devait arrêter de se focaliser sur Scorpius et plus les jours passaient, plus il commençait à se ranger à leurs avis, même si cela signifiait qu'il n'avait donc aucune piste sur « l'ombre noire » qui poursuivait son fils. Harry continuait à la voir, lors de ses cauchemars, la présence de Voldemort devenait de plus en plus pressante et Albus était toujours en danger. Il avait bien essayé d'écrire à son fils, mais ce dernier n'avait pas pris la peine de lui répondre. Heureusement, il parvenait tout de même à avoir quelques nouvelles par James, Lily et même Ginny qui n'avait aucun problème de son côté avec leurs trois enfants. Il remit ses lunettes sur son nez, termina son café presque froid et se leva de table.

Les alliés des Forces du Mal étaient toujours en mouvement, mais son équipe et lui-même n'arrivaient pas à en savoir davantage. Ils supposaient que quelqu'un était en train de les réunir, mais impossible pour le moment d'identifier la personne et de savoir où elle projetait de leur donner rendez-vous. Qui que soit le responsable de ces mouvements, il était extrêmement prudent et Harry n'aimait pas beaucoup ça. Ils avaient déjà prévu de renforcer les sécurités à Poudlard, au cas où, même si l'école de sorcellerie ne semblaient pas être une cible. Le même genre de consignes avaient été mises en place également au Ministère.

Le Survivant abandonna sa tasse dans l'évier et attrapa une orange posée dans le panier de fruits. Il commença à l'éplucher, le front barré d'un pli soucieux. Le Retourneur de Temps était également toujours introuvable… Heureusement, ils avaient su faire en sorte que les journaux ne sachent pas quel objet précisément avait été volé, il était inutile d'alerter et de paniquer la population ! Il fallait qu'il parle à Nott. Ce dernier avait très bien pu construire le Retourneur de Temps par plaisir et curiosité, mais il n'était pas impossible qu'il en ait aussi reçu l'ordre de quelqu'un. Le Survivant porta un quartier d'orange à ses lèvres, en continuant à réfléchir. Amos Diggory voulait sauver Cédric, et il avait entendu parler de l'artefact, il était aussi suspect… Toutefois, le vieil homme avait un solide alibi : non seulement il n'avait pas reçu la visite des deux adolescents, témoignages à l'appui du personnel de la Maison pour les Vieux Sorciers, mais ces mêmes personnes affirmaient également qu'Amos n'avait, bien entendu, jamais quitté les lieux. Et puis, un fauteuil roulant en plein Ministère… il aurait été repéré tout de suite.

Soudain décidé, son orange entamée dans la main, Harry sortit de la cuisine et attrapa sa cape sur le porte-manteau dans le hall. Il devait voir Percy et lui demander à voir Nott pour l'interroger encore, ils ne pouvaient plus continuer à attendre que les ennuis leur tombent dessus. Non, il allait même en premier lieu annoncer qu'il voulait l'autorisation d'emmener une Légilimens avec lui, et pourquoi pas un peu de Veritaserum ? Percy le Ministre n'aimait pas beaucoup ces méthodes qui consistaient à forcer un homme à parler, mais Harry estimait qu'il n'était plus temps de faire dans la délicatesse. Plus ils tardaient, plus quelque chose se préparait dans l'ombre…


Comme tous les matins, à l'heure du petit déjeuner, les hiboux et chouettes entrèrent à tire d'ailes dans la Grande Salle pour livrer le courrier. Une lettre tomba sous le nez d'Albus, pile sur le manche de sa petite cuillère plantée dans son bol presque vide, lui envoyant de ce fait quelques gouttes encore tièdes de chocolat chaud sur le nez. S'essuyant le visage avec sa serviette, il attrapa l'enveloppe avec un sourire ravi. C'était Delphini ! Les deux jeunes gens s'écrivaient souvent depuis le rendez-vous du Saule Cogneur. Bien entendu, ils évitaient soigneusement de parler par écrit de tout ce qui concernait le Retourneur de Temps et des modifications qui avaient été apportées. Albus lui parlait des cours, de son agacement envers Harry, son père, qui lui envoyait trop de courrier à son goût en le mettant sans cesse en garde, de sa hâte de la revoir et de Scorpius dont l'humeur était en dents de scie ces derniers temps. En échange, la jeune femme lui donnait quelques conseils pour mieux s'en sortir dans ses devoirs, lui parlait un tout petit peu de la santé d'Amos qui s'aggravait et de son travail à la maison des Vieux Sorciers. Il n'était également pas rare qu'elle joigne à ses lettres un petit cadeau comme un paquet de bonbons pour Scorpius, ou des petites babioles rigolotes qu'elle trouvait en faisant ses courses et qui pourraient amuser Albus. Ce dernier alignait d'ailleurs tous les présents sur sa table de nuit, laissant ainsi se côtoyer un autocollant animé du Ministre de la Magie en train de se cogner à une porte, avec un Niffleur en peluche qui n'avait plus de patte droite – Ratibus était passé par là - ou encore une plume blanche qui avait tendance à devenir toute noire si elle s'estimait négligée… Autant de petits cadeaux que Scorpius regardait de loin disant qu'il n'allait bientôt plus avoir de place pour sa lampe de chevet, même si Albus avait déjà eu l'occasion de remarquer que son Niffleur amputé était parfois déplacé, soupçonnant son ami de lui chiper en cachette. L'adolescent s'empressa de prendre connaissance de la lettre tout en croquant dans une biscotte beurrée. Scorpius le regarda se mettre des miettes sur sa robe de sorcier, avant de baisser les yeux sur le hibou grand-duc qui tiraillait sur sa manche avec insistance. Surpris en reconnaissant le hibou de son père, Scorpius remarqua qu'il portait un paquet qui lui était destiné et s'empressa de le libérer de son fardeau.

- Merci pour la livraison, sourit-il en lui donnant un morceau de pomme accompagné d'une caresse sur la tête.

L'animal lui mordilla affectueusement le doigt, avant de repartir.

- Delphi aimerait qu'on se revoie bientôt, chuchota Albus en se penchant vers lui. C'est vrai qu'on a eu le temps de se reposer et de prendre nos marques…

Le ton de sa voix était hésitant, il craignait toujours la réaction que pouvait avoir son ami à chaque fois que le sujet des Voyages Temporels étaient abordés de près ou de loin.

- Elle peut venir un weekend end, si elle veut, comme la dernière fois, répondit Scorpius en déballant son paquet.

Soulagé de ne pas se heurter à un mur, Albus hocha la tête :

- Ok ! Je lui écrirai ce soir pour le lui dire !

L'adolescent replia le parchemin et regarda son ami déballer le livre qu'il venait de recevoir :

- C'est quoi ?

- Aucune idée, mon père me l'a envoyé sans prévenir.

Curieux, Albus se rapprocha pour observer l'ouvrage neuf à la couverture marron clair qui rappelait le bois. Le titre semblait gravé comme dans un tronc d'arbre, en lettres plus claires. Baguettes magiques : de la graine au choix du sorcier.

Scorpius cligna des yeux, ébahi :

- D'où il sort ça ? J'ai pourtant cherché des livres sur le sujet, mais je n'ai trouvé que celui qui est disponible à la bibliothèque !

- Regarde l'auteur !

L'adolescent blond suivit les conseils de son ami et effleura le nom inscrit sur la couverture : Léliana Ollivander.

- Elle est de la famille du fabricant de baguettes magiques ? demanda Albus.

- Oui, elle a repris la boutique il y a deux ans, répondit à mi-voix Scorpius. C'est sa petite-fille.

- Tu en sais, des choses.

Scorpius se mordilla les lèvres, avant de répondre dans un souffle :

- C'est… c'était la meilleure amie de ma mère.

Il ouvrit à la première page et trouva un parchemin plié en deux à l'intérieur, contenant un mot de son père :

« Scorpius,

Au moment où tu as commencé à me parler de ton intérêt sur l'étude générale des baguettes magiques, Léliana était justement en train de terminer l'écriture de ce livre. Comme toi, elle estimait qu'il était temps de remettre certains éléments au goût du jour et que nous avions besoin d'un nouveau grimoire sur ce vaste sujet… Sa sortie est officiellement prévue pour le mois de décembre, mais elle a accepté de t'offrir un exemplaire en avant-première. Tu peux la contacter si tu souhaites lui poser des questions ou approfondir davantage tes connaissances, elle sera très heureuse d'avoir de tes nouvelles.

Prends bien soin de toi.

Drago. »

- Sympa comme cadeau, commenta Albus qui avait lu le courrier par-dessus l'épaule de son ami et dont le sourire allait presque jusqu'aux oreilles.

Scorpius acquiesça en faisant tourner les pages, humant l'odeur du papier verglacé et neuf, ainsi que l'encre. Albus se pencha et ramassa son sac :

- Allez, viens. On a cours de Sortilèges maintenant, tu liras pendant la pause de midi.

L'adolescent blond le suivit hors de la Grande Salle, le livre serré contre lui et conscient que ce cadeau lui faisait assez plaisir pour occulter le fait que Delphini Diggory allait à nouveau mettre le désordre dans leurs vies prochainement.


Et je vous retrouve demain :)