Auteure : Tch0upi.

Titre : Under My Skin

Disclamer : Tous les petits personnages présents dans cette fanfiction appartiennent à Masashi Kishimoto.

Rating : T (Pour les possibles futurs lemons)

Couples : Naru/Sasu.


Under My Skin ~ Chapitre 37


On entendant les pépiements des oiseaux dehors, tandis que les rayons lumineux se frayaient un chemin jusqu'au visage pâle de Sasuke. Naruto marcha lentement, contourna le lit, laissa son regard dériver vers le berceau dans lequel dormait Yasuko. Mal à l'aise, et le cœur battant drôlement vite, il se pencha et jeta un coup d'œil au petit visage blanc de la fillette. Elle dormait à point fermé, tout comme son père. Naruto sourit tendrement, puis se tourna vers Sasuke, allant s'assoir sur le bord du lit en faisant attention de ne pas le réveiller.

Allongé sur celui-ci, il dormait, tout simplement. Son visage était doux, il semblait reposé, et même si son corps était encore très fragile, il prenait du mieux, et cette seule pensée aurait pu être suffisante pour que Naruto sente ses yeux se remplir d'eau. Alors qu'il le regardait, une profonde affection s'emparait de lui, et même un amour fleurissant, puissant… Il ne savait pas quand c'était devenu si fort, si dominant, mais il l'aimait soudainement si fort… Et malgré cela, il ne pouvait cesser de repenser à… cette nuit-là.

Comment avait-il pu lui faire du mal… Comment avait-il pu lui faire ça ? Sasuke semblait si innocent ainsi. Si inoffensif. Il n'avait pas mérité ça. Naruto savait que ressasser le passé et se reposer infiniment cette question n'allait pas effacer le mal ni changer le passé, mais elle rejouait sans cesse dans son esprit. Pourquoi ? Comment ? Et rien n'apaisait sa culpabilité. Rien.

Le blond soupira, et leva une main qu'il alla poser délicatement sur l'un des bras de Sasuke qui reposait sur le lit le long de son corps. Ses doigts frôlèrent la peau, il observa une chair-de-poule couvrir l'épiderme laiteux et Naruto leva les yeux.


Les ténèbres étaient tout autour. Un brouillard, tandis que les mains féroces et brutales de Naruto se refermèrent sur ses poignets, étirant à un point douloureux les muscles de ses bras - ou le souvenir qu'il en gardait. Pourquoi faire cela ? À ce stade, il ne pouvait plus l'arrêter ni rien changer…

Le jeune homme en larmes ferma les yeux, alors que le blond au-dessus de lui entamait un quinzième ou seizième aller retour dans son corps, son intimité meurtrie et martyrisée. Sa gorge irritée n'émettait plus que des sons étouffées et de petits bruits de lamentation, de toute façon, le bandeau sur sa bouche bloquait toute parole. Sasuke était las, brisé, et priait silencieusement que tout s'arrête. Qu'il tombe dans un coma. Qu'il meurt. Qu'il se réveille. Qu'il ouvre les yeux sur un matin clair et lumineux, doux et défait de toute douleur physique…

Les coups de boutoir en lui… Il ne pouvait plus le supporter. C'était l'enfer. Un enfer noir et douloureux.

Et il y était prisonnier, deux étaux enfermant ses poignets.


Sasuke sursauta durement lorsqu'il sentit la main se refermer doucement sur son bras, sortant ainsi de son sommeil léger. Sa réaction brusque éloigna Naruto qui retira sa main comme s'il s'y était brûlée. Le jeune Uchiha sembla perdu, déboussolé, aussi Naruto attendit quelques secondes, lui laissant le temps dont il avait besoin. Puis, à voix basse :

- Excuse-moi, dit-il, en osant reposer sa main où elle était, dans une caresse tendre et qu'il voulut rassurante. Je ne voulais pas te réveiller… Sasuke.

Le brun, essayant de ralentir sa respiration, releva la tête vers le blond, réalisant sa présence. Ils échangèrent un regard, Sasuke comprenant lentement que ce n'était qu'un cauchemar. Il baissa les yeux sur les longs doigts doux de Naruto qui caressaient sa peau. Il reposa la tête sur l'oreiller et, appréciant la lumière douce du matin, se laissa aller à la douceur de la caresse. Refermant les paupières quelques secondes, il tendit une main paresseuse et alla rencontrer les doigts du blond des siens, sans même savoir pourquoi il avait envie de faire ça.

Naruto regarda le petit manège avec une incrédulité et un cœur passant à la vitesse supérieure. Il se racla la gorge et chassa sa gêne avec une question toute simple:

- Comment te sens-tu ?

Il ne savait pas pourquoi, mais il sentait que Sasuke était troublé. Peut-être faisait-il un cauchemar avant qu'il ne se réveille en sautant ainsi ? Ou était-ce son toucher qui l'avait effrayé en le tirant brusquement du sommeil ?

Sasuke tourna la tête vers lui et ouvrit les yeux.

- Beaucoup mieux, répondit-il.

- C'est bien. Tu as besoin de quelque chose ?

Sasuke réfléchit un moment.

- Je voudrais bien boire quelque chose…

- Tout de suite.

Sasuke, incrédule, se redressa sur ses coudes tandis qu'il voyait Naruto se lever et se diriger vers le fond de la chambre où il y avait un évier et un petit comptoir. Précautionneusement, Naruto prit un verre et le remplit d'eau. Le jeune Uchiha le fixa de ses yeux sombres et son regard un peu dans les vapes, se sentant de nouveau de cette façon là… Tout drôle et bizarre. Pourquoi se sentait-il ainsi ? Naruto ne faisait que lui servir un verre d'eau… Mais il y avait un truc chez le blond… Sasuke le fixa intensément, sans même s'en rendre compte. Il y avait quelque chose de changé dans sa façon de le voir, ça c'était certain. Naruto était différent.

Et certainement beau. Ça, c'était la première chose. Mais il était aussi… si gentil… Plus qu'à la normale.

Il le fixait sans même le réaliser, si bien que Naruto, déjà revenu près de lui avec le verre d'eau en main, sourit bêtement et lâcha un petit rire, embarrassé.

- Hey, j'ai… un truc sur la tête ?

- Non, souffla Sasuke en prenant le breuvage.

Naruto se réinstalla près de lui et Sasuke but le contenu tout en reposant ses yeux sur Naruto - c'était plus fort que lui, décidément.

Naruto rougit doucement alors que de nouveau les yeux noirs se reposaient sur sa personne. Qu'est-ce qu'il avait, celui-là, à le fixer ainsi ? Il se sentait pourtant étrangement bien alors que Sasuke le regardait sans cesse… Il était magnifique, son regard était perçant, intense, et profond, et surtout enivrant, posé là, sur rien d'autre que sur lui.

Au bout d'un moment, il se sentit sourire. Peu importe dans quel monde Sasuke était plongé, il y était jusqu'au cou. Et c'en était presque mignon…

Il se pencha.

- Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda-t-il tout bas.

Sasuke sembla sortir de sa léthargie à ce moment-là. Le verre vide entre les mains, il continuait à le regarder tandis qu'il répondait, la voix basse également :

- Pourquoi ?

Étonné, Naruto répliqua aussitôt.

- Euh… Pourquoi ? fit-il dans un petit rire embarrassé.

- Pourquoi es-tu si… gentil, tout à coup… avec moi. Si… prévenant et… Enfin, tu… tu t'occupes de moi. Pourquoi ?

Le sourire sur le visage du blond s'évanouit comme la chaleur efface la givre sur une vitre. Les yeux plongés dans ceux du jeune brun, il se repassa les mots de celui-ci et tenta de contrôler les battements de son cœur. Comment, si soudainement, Sasuke lui faisait autant d'effet ? Il avait toujours été le même, mais là, il ne lui avait jamais apparu aussi magnifique. Et Naruto, déstabilisé, essaya de répondre sans trop laisser voir le tremblement de ses mains ni celui de sa voix…

Sasuke sentit son cœur se serrer lorsque le sourire de Naruto s'effaça graduellement sur son visage après sa question. Il resta là, à demi allongé, un verre d'eau déjà vide dans la main, incapable de détourner les yeux de ceux de Naruto.

Quand, enfin, il parla, Sasuke n'entendit plus que sa voix.

- Sasuke, j'ai passé vingt-quatre heures à croire dur comme fer que tu allais mourir. À croire que tu mourrais sans que j'aie pu…

Il baissa les yeux.

- Sans que j'aie pu me faire pardonner. Ou au moins essayer. Maintenant, poursuivit Naruto en remontant ses yeux sur Sasuke. Maintenant que tu vis, j'ai décidé… de consacrer le reste de ma vie à tenter de réparer le mal que je t'ai fait.

Naruto avait bien remarqué que le sujet le toucha. L'étincelle dans les yeux de Sasuke changea. L'émotion qui y brilla désormais, il ne put la déchiffrer totalement. Et c'était sûrement pour cette raison qu'il était emporté par lui, envoûté, qu'il avait envie de plonger en lui, dans son regard, dans son âme. Et par-dessus tout, il voulait, effectivement, réparer ces morceaux brisés qu'il avait d'ailleurs brisés lui-même.

- Tu n'as pas besoin de faire ça, souffla Sasuke en guise de réponse.

- J'en ai envie. Toi, tu n'as qu'à rester étendu là et prendre du mieux. Je m'occupe de tout. Je m'occupe de rendre ta vie agréable et géniale.

- Je n'ai pas besoin de quelqu'un à mes petits soins…

- Certain ?

Sasuke remarqua le petit rictus sur le coin de la bouche du blond qui, à l'instant, lui parut séductrice… Et même si cela lui était bizarre et lui paraissait si mal, il se sentit attiré. Oh oui, soudainement et brusquement attiré par le blond devant lui.

- Ok. J'aime bien t'avoir à mon service, c'est vrai.

Naruto pouffa.

- Commence tout de suite, continua le brun nonchalant en brandissant son verre vide. Va me le remplir.

Naruto ricana tout bas. Sasuke qui blaguait.

Sasuke était devenu le centre de son monde. Le rendre heureux et rendre sa vie parfaite était réellement devenu son objectif. C'était la seule façon qu'il avait trouvée de tenter de réparer ce qu'il avait démoli en mille miettes.

Il prit le verre entre les doigts fins et obéit. Il retourna jusqu'à l'évier et le remplit. Lorsqu'il revint, Sasuke le prit et le but en quelques longues gorgées, le tout sous son regard tendre. Sasuke n'avait lui non plus pas quitté ses yeux, alors qu'il buvait.

- Quoi ? lâcha-t-il après avoir posé le verre de nouveau vide.

- Rien.

- Arrête de me fixer.

- Haha ! Dit celui qui avait les yeux rivés sur moi tout à l'heure.

- …

- Je ne voulais pas t'énerver, avoua Naruto en retenant cependant durement un rire.

- Va remplir mon verre.

- À vos ordres, commandant ! rit le blond en faisant éclater les étoiles d'un sourire immense.

Naruto semblait vraiment joyeux. Les yeux bleus pétillaient de bonheur. Sasuke plongea de nouveau dans une contemplation exagérée et libre de son ami. Quand était-ce la dernière fois qu'il avait vu Naruto rire et être si candide ? Être lui-même ? Être le blond turbulent et plein de joie de vivre, celui qu'il avait toujours connu ?

Les derniers mois avaient été terribles et durs pour eux tous. Mais ce qui avait été le plus difficile, c'était d'avoir vu disparaître cette personnalité du blond… Elle avait, à ses yeux, disparue derrière celle de son violeur et la personnalité lumineuse et joyeuse de Naruto lui avait manqué profondément. Terriblement. Durant sa grossesse, Naruto avait été rempli de culpabilité pour ce qu'il lui avait fait. Puis son déni, sa colère quant au fait que Sasuke avait voulu poursuivre cette grossesse impossible et dangereuse… Non, depuis de longs mois, Sasuke ne l'avait pas vu sourire et être tout simplement heureux. Comme à l'instant.

Et c'était ce qu'il aimait chez le blond. Cette luminosité qui émanait du blond faisant disparaître le cauchemar, elle écartait les ténèbres. C'était ce dont il avait besoin.

Et c'était ça, ce petit truc différent chez lui, qu'il n'arrivait pas à trouver quelques minutes auparavant. Cette chose qui avait changée, qu'il voyait depuis son réveil, depuis son réveil de l'accouchement, mais qu'il n'avait pas su trouver. Et maintenant Naruto lui parlait, mais il n'écoutait rien. Il voyait ses lèvres remuer mais il ne pensait à rien d'autre qu'au Naruto rempli de gentillesse, de volonté, de force de caractère, ce blond courageux, protecteur, celui qui s'était toujours tenu debout pour les causes auxquelles il croyait, celui qui s'était battu pour le ramener à la maison, pour le sauver. Le vrai de vrai Naruto était de retour. Là, devant lui, avec ses sourires et sa lumière, sa lumière si forte et si belle, si envoûtante et si douce, si attrayante, une lumière qui ouvrait ses bras pour lui, rayonnant de mille feux. Son soleil… son soleil ambulant, qui éclipsait son cauchemar sombre et obscur.

- Sasuke ?

- Hmm ?

- Tu rêvasses ou quoi ? Tiens, dit-il en lui posant dans les mains le verre à nouveau rempli d'eau froide.

Sasuke baissa les yeux et marmonna quelque chose d'inaudible. Naruto le regarda en souriant tendrement, pendant encore un petit moment. Il ne savait pas comment l'exprimer mais il était si heureux que Sasuke soit là… En chair et en os devant lui. Vivant.

Alors que les deux adolescents étaient profondément dans leurs pensées, des bruits de pas qu'ils n'entendirent pas se rapprochèrent et bientôt, un petit coup résonna contre la porte. Sasuke leva son visage du verre d'eau et Naruto tourna la tête.

- Tu attendais quelqu'un ? demanda Naruto, un rictus néanmoins aux lèvres comme si, en réalité, il attendait quelqu'un.

Sasuke le fixa, incertain, avant de lentement écarquiller les yeux.

- Naruto, ne me dis pas que…

- Ouep ! Un peu de visite ne te fera pas de mal !

Il avait dit ça en bondissant sur sa chaise. Sasuke l'observa avec horreur se diriger joyeusement vers la porte. Quel défilé de villageois l'attendait derrière celle-ci ? Sasuke en eut presque la nausée. Il n'avait aucune envie de recevoir qui que ce soit ! Il était en convalescence, il n'avait envie de voir personne, et puis, qui venait donc lui rendre visite ? Sakura ? Kakashi ? Non, Naruto n'aurait pas ce petit sourire si c'était seulement leurs coéquipiers.

Son premier réflexe, alors que Naruto ouvrait la porte à Tsunade qui se tenait dans le couloir suivie de toute la joyeuse bande des neufs recrues de leur promotion, fut de, aussi rapidement que faire se pouvait, se lever du lit et se diriger faiblement vers le berceau de Yasuko. Il sentit un étirement au niveau de sa cicatrice et décida de faire une brève pause, puis, cumulant ses efforts, s'approcha, se pencha et récupéra sa fille, enveloppée dans son doudou rose. Un doux parfum s'éleva et Sasuke sourit en la serrant contre son torse.

- Sasuke ? s'écria Naruto. Qu'est-ce que tu fabriques ? Tu devrais rester au lit !

Il se retourna et jeta un regard au blond. Ses yeux noirs suivirent sa silhouette pour tomber sur Tsunade. Et un par un il les numérisa, il prit connaissance de leur présence. Sakura était là, à côté d'Ino qui souriait un peu trop. Hinata Hyuga, près de Kiba, Shikamaru, le garçon Akimichi, celui du clan Aburame, même Lee, Neji et Tenten étaient présents. Il se sentait trembler, étant l'objet d'attention de tous ces gens dont il se souvenait, ou peu. De soudains flash back de l'époque de l'Examen Chunin lui revinrent. Il les avait tous croisés dans la forêt de la mort, puis dans les duels, même s'il n'avait jamais porté attention à chacun d'eux. Et pourtant ils étaient là, dans sa chambre d'hôpital, et avaient leurs yeux rivés sur lui.

Ou plutôt… sur le petit paquet rose qu'il avait dans les bras. Il se rendit compte également qu'il était peut-être un peu trop sur ses gardes. Il se détendit un peu et renvoya le regard du blond qui semblait se demander si tout allait bien. Après tout… et Sasuke s'en rendit compte avec une petite rougeur s'étendant sur ses joues… il était debout derrière le lit, tenant dans ses bras sa petite comme une louve devant un troupeau de lionnes s'apprêtant à l'attaquer.

Il retourna d'un pas lent sur son lit, s'y réinstallant, non sans lâcher Yasuko qui dormait toujours si bien dans ses bras. Il osa ensuite un nouveau coup d'œil vers tout ce beau petit monde. Que faisaient-ils tous ici ? Pourquoi s'intéressaient-ils à savoir comment il allait ?

Ils le faisaient sans doute pour Naruto…

- Oh Sasuke-kun, c'est elle ? s'exclama Ino la première.

Elle s'avança d'un pas rapide vers lui et, bien que surpris et légèrement nerveux, Sasuke la laissa s'approcher et tenter d'apercevoir le bébé.

Et puis… d'où étaient-ils tous au courant ?

Malgré tout, Sasuke abaissa doucement ses bras pour dévoiler son trésor. Ino se pencha et sourit largement.

- Wow ! Qu'est-ce qu'elle est belle, Sasuke-kun ! Comment… Comment elle s'appelle ? lui demanda-t-elle, timidement.

Sasuke regarda Yasuko avec tendresse et, dans un murmure, il répondit.

- Yasuko.

- Je peux ? lança Kiba en faisant un grand pas vers lui.

Le brun contourna le lit et se planta aux côtés du jeune Uchiha afin d'avoir une meilleure vue de la petite. Sasuke le suivit des yeux, surpris. Le visage de Kiba s'éclaircit lorsqu'il vit la prénommée Yasuko et il sourit, pas de l'un de ces sourires carnassiers que Sasuke détestait, mais un sourire innocent et simplement heureux. Soudainement, sans qu'il n'ait le temps d'éprouver de la peur ou de la nervosité, tous se trouvèrent autour de son lit, voulant voir la petite. Et si Sasuke s'était auparavant senti fâché qu'ils ne soient là que parce qu'il avait maintenant une fille et que ce phénomène seul les intéressaient tous, il était plutôt fier et heureux qu'ils puissent voir à quel point elle était parfaite, belle et qu'elle était à lui. À lui seul.

Parmi tout ce monde qui parlait et qui jacassait sur la beauté du bébé, Sasuke croisa le regard du blond qui était un peu derrière. Sasuke le regarda, un peu triste qu'il soit tout seul derrière, mais Naruto lui envoya un sourire chaleureux qui lui réchauffa le cœur sans même qu'il ne se soit rendu compte qu'il y avait froid. À ce moment-là il ne souhaita rien de plus que de pouvoir écarter chacun d'eux pour que Naruto soit celui à l'entourer ainsi, lui et Yasuko.

- En tout cas, Uchiha ! s'exclama l'Inuzuka.

Quelques têtes se levèrent vers lui, en entendant sa voix. Même Yasuko parut l'entendre, émergeant de son sommeil et ouvrant ses yeux sur Sasuke. Celui-ci sourit à sa fille, un petit sourire presque invisible, mais qui sembla hypnotiser Yasuko, puis releva à son tour le menton vers Kiba.

Une fois l'attention sur lui, Kiba serra les lèvres, un moment, demeurant silencieux avant d'avouer finalement :

- Félicitations, mon gars. Elle est… très belle.

Sakura regarda Sasuke, ainsi que tout le reste de leurs amis, pressés de voir sa réaction. Le jeune Uchiha paraissait impassible, silencieux et inexpressif. Si on ne le connaissait pas, l'on pourrait penser qu'il n'avait rien écouté de ce qu'on venait de lui dire et qu'il s'en fichait même. Il était juste ébahi, abasourdi, surpris à un point tel qu'il préférait garder son visage intact, parce qu'il ne savait pas quelle émotion afficher.

Après un long moment, il baissa la tête et caressa d'un doigt le haut du visage de Yasuko qui émit un petit bruit très aiguë.

- Ouais, eh bien tâche de te tenir loin d'elle, pervers.

- EEEEEEH ? Mais c'est quoi le rapport ?

Un éclat de rire général retentit dans la chambre. Kiba faisait la grimace pendant que Naruto roulait des yeux en étouffant un rire.

- Vraiment pas juste, Uchiha ! bougonna-t-il.

- Quoi ? fit l'Uchiha en question, nonchalamment. C'est vrai. Quiconque la touche sera liquidé sur place par mes bons soins. Mieux vaut que ce soit clair tout de suite. Et c'est vrai que tu es pervers.

- PFFFF.

Sakura souriait, heureuse. Cette petite visite allait mieux qu'elle ne l'aurait cru. Sasuke pouvait sembler méprisant - il ne l'était pas. Ses paroles étaient vraies, certes, il se moquait gentiment de Kiba. Elle pouvait voir le début d'amitié entre eux, alors que leurs liens étaient corsés auparavant. Et elle était heureuse de constater que la méfiance de tous envers Sasuke s'était d'une certaine façon levée. Sasuke n'avait pas eu la vie facile. Et son retour au village ne l'avait pas non plus été, avec Naruto qui…

Il méritait un peu de tendresse et de calme pour une fois. Il méritait qu'on cesse de le traiter comme un étranger, un traître, alors qu'il avait lui-même été trahi et brisé, plus que quiconque ne pourrait l'imaginer. Pas même elle.

Ino se pencha et, délicatement, posa sa main sur le crâne blond de Yasuko. Sasuke, surpris, n'eut pas le temps d'émettre un geste de recul. La jeune fille caressa doucement la tête de sa fille et déclara :

- Non, Sasuke-kun. Quiconque la touche sera liquidé sur place par nos bons soins.

Elle se pencha et posa un baiser sur le front de la petite qui fit encore ces petits couinements adorables. Elle semblait heureuse et Ino ricana en se redressant.

- Je peux l'embrasser moi aussi ? Elle est trop mignonne, quoi ! demanda Tenten.

- Si elle y a droit, moi aussi ! revendiqua Lee.

- Je veux mon tour, dans ce cas ! s'enquit Chôji.

Sasuke aperçut Shikamaru lever les yeux au ciel et laisser échapper un petit rire. Même le garçon calme du clan Aburame semblait sourire.

Ils restèrent près d'une demi-heure auprès de Sasuke et de sa fille, à discuter. Sasuke sembla ne pas être prêt à faire circuler son petit trésor de mains en mains, et personne ne le brusqua, ne l'obligea à s'en défaire. Mais tous eurent le droit de s'approcher pour poser un petit bisou sur le front de la demoiselle qui en fut ravie. Elle s'endormit que beaucoup plus tard, quelques minutes seulement avant que vint le moment pour tous de s'en aller.

- Je pense que Sasuke a besoin de se reposer, annonça Tsunade.

Une fois tous sortis, Sasuke demeura quelques instants sous le choc. Le regard un peu rêveur posé sur un point invisible flottant dans l'air. Naruto ferma la porte et revint lentement vers lui, souriant tendrement.

- Ça va ? demanda-t-il en prenant place.

- Oui…

- Désolé, marmonna le blond en se frottant la nuque. Je sais que tu n'aime pas vraiment avoir tant de monde…

- Non. C'est bon. J'ai passé un bon moment.

- Vraiment ? s'étonna Naruto.

- Oui, avoua Sasuke tout bas, baissant la tête pour aller contempler Yasuko qui dormait au creux de ses bras et qu'il se mit à bercer lentement.

- Eh bien, elle, en tout cas, elle a adoré ! Elle a été le centre d'attention et elle a bien aimé je pense.

La seule réponse fut un sourire plus grand sur le visage de Sasuke. Naruto l'observa en sentant son cœur gonfler un peu plus de bonheur. Il ne sut quoi dire. Aucun mot ne semblait assez beau pour briser ce silence étrange qui était si agréable.

- Naruto… Elle me rend si… heureux, souffla-t-il alors.

Naruto releva les yeux, qu'il avait inconsciemment baissé, dans ses pensées. Sasuke était assis sur le lit, étendu contre l'oreiller. Yasuko dans ses bras. Son visage tourné et baissé dans sa contemplation du poupon lové contre lui. Dieu, Sasuke était si… Il le rendait lui si heureux. Tous les deux. Tous les deux le rendaient heureux. Et il ne savait même pas pourquoi. Était-ce parce qu'il était passé à deux doigts de perdre son meilleur ami ? Non. Sasuke était devenu plus important que ça avant même qu'il ne passe près de la mort. C'était juste… Maintenant qu'il était là, vivant, et avec cette petite fille… Il émanait de leur présence une espèce de poudre magique qu'il respirait et qui le rendait heureux tout simplement. Il s'agissait sûrement d'un truc comme ça…

- Je ne sais pas si c'est encore mon état… qui se stabilise… Ce qui m'arrive, je l'ignore…

Naruto reposa ses yeux sur Sasuke en entendant les sanglots dans sa voix. La panique l'envahit avant de voir qu'il pleurait de joie. L'émotion intenable, sans doute. Il était magnifique. Les larmes coulaient sur son visage. Il n'essayait même plus de les cacher.

- Je la regarde et tout le mal qui m'a été fait, la souffrance que j'ai vécu, et… et mes démons disparaissent comme s'ils n'avaient jamais existés. Ils n'ont plus d'importance. Plus de pouvoirs sur moi… Tout ça grâce à elle…

- Tu es si beau…

Ça lui avait échappé. Naruto se figea, réalisant qu'il l'avait dit tout haut. Sasuke leva la tête vers lui et écarquilla ses yeux remplis d'eau. Ses mains tremblaient autour du petit corps de Yasuko.

- …Quoi ? murmura-t-il d'une petite voix tremblante, presque vulnérable.

Naruto ne résista plus. Il se leva de sa chaise et s'approcha. Il se pencha, glissa une main sur la joue de Sasuke et l'embrassa délicatement sur le front, s'attardant ensuite, y posant le sien. Son cœur allait exploser tant il battait fort. C'était insupportable, quand était-il devenu si dingue de lui ? Il pouvait entendre le souffle tremblant de Sasuke. De sa main toujours posée sur sa joue, il essuya les larmes, puis se retira et enleva doucement le bébé qui dormait.

- Je vais la déposer, d'accord ? chuchota-t-il.

Sasuke acquiesça, observant le blond prendre sa fille. Leur fille. Il la déposa dans son berceau, alors que lui tentait de se remettre de ses émotions.

Lorsque Naruto se retourna, la porte s'ouvrit de nouveau. Tsunade était revenue, avec Sakura, Kakashi et une autre personne que Sasuke reconnut aussitôt. Et aussitôt qu'il le vit, un grand sourire s'afficha sur son visage pâle.

- Sas'ke, salut !

Il se redressa sur son lit, grimaçant dans son précipice, un mouvement brusque ayant déclenché une douleur dans sa plaie fraîchement cicatrisée. Naruto le regarda avec inquiétude se mettre sur ses pieds. Il était encore trop faible pour être si agité et si pressé. Mais Sasuke était encore aussi têtu qu'auparavant et surtout très doué dans l'art de n'obéir qu'à ses propres règles.

Aussi, rien ne put l'empêcher de se jeter dans les bras de Suigetsu, avec la force que lui permettait son corps en pleine convalescence.

- Hey mon pote, s'exclama Suigetsu en enlaçant son ami affectueusement.

- Où étais-tu ? souffla le jeune Uchiha.

- Pas très loin… Sas' je suis vraiment heureux que tu ailles bien… que tu sois vivant, enchaîna-t-il ensuite. Tu es ma seule famille dorénavant, tu le sais, non ?

Sasuke s'écarta. Suigetsu lui sourit bêtement en se grattant le haut du crâne. Il sourit à son tour.

- Ouais, je sais. Hey tu… Je voudrais te demander quelque chose…

- Bien sûr, Sas'. Qu'y a-t-il ?

Sous les regards curieux de Naruto, Tsunade, Kakashi et Sakura, Sasuke prit le poignet de son ami et le traîna, d'une lenteur misérable, vers le berceau de sa petite fille.

- Tout d'abord… Je te présente Yasuko. Ma… fille.

Le jeune Hôzuki sourit tendrement en la voyant.

- Elle te ressemble beaucoup.

- Elle est blonde… fit-il remarquer, confus.

- C'est pas grave ! C'est qu'un détail. Regarde, elle a ton visage, Sasu !

- Ça, c'est vrai, approuva Naruto.

Sasuke demeura muet, fixant sa fille, silencieusement content de l'entendre. Un léger rougissement couvrit ses joues alors qu'il souriait sans s'en rendre compte.

- Donc, tu voulais me demander quoi ?

Sasuke attendit un instant avant de se retourner vers son ami.

- Je voudrais que tu sois son parrain.

Si on pouvait dire que la nouvelle surprit chacune des personnes présentes, autant Naruto que Sakura, Tsunade et Kakashi, il fut impossible de connaître la réaction de Suigetsu. Il était juste figé, fixant Sasuke comme si le temps s'était arrêté, comme si on l'avait congelé au moment présent. De longues secondes lui furent nécessaires pour qu'il reprenne ses esprits et écarquille les yeux, comprenant le sens des paroles prononcées par Sasuke, celles-ci ayant finalement atteint son cerveau…

- Q-Quoi ? M-Moi ?

- Je n'ai personne d'autre, avoua Sasuke. Sakura sera la marraine… Tsunade la grand-mère, et Kakashi son grand-père… Il y a que toi… Et puis je veux que ce soit toi.

Sakura se sentit rougir et ouvrit grand les yeux à son tour, tournant la tête pour regarder Tsunade et Kakashi. Ceux-ci venaient d'apprendre leur titre à l'instant également. La médic-nin se sentit sourire malgré elle, touchée plus qu'elle n'aurait préféré l'admettre, et Kakashi fut tout simplement heureux. Heureux que Sasuke accepte finalement ces gens autour de lui… ces gens qui étaient sa famille. L'arrivée de cette petite avait changé tant de choses en lui. Sa naissance avait été la renaissance de Sasuke.

Suigetsu semblait profondément bouleversé. Plutôt que de se mettre à sourire et à rougir comme Sakura, il avait plutôt une tête d'enterrement. Ses yeux s'humidifièrent malgré lui et il leva ses mains pour s'essuyer aussitôt. Sasuke fronça les sourcils en le voyant faire.

- Tu… Ça va ?

Mais Sasuke ne put dire quoique ce soit de plus. Il se retrouva enserré entre les bras de Suigetsu qui le serra si fort, comme si ses bras étaient des étaux.

- Sasuke ! pleura le jeune homme en enfouissant son visage contre son épaule. Tu n'imagine même pas ce que tu viens de me demander !

- Sui…

L'ex-membre de Taka recula non sans lâcher l'Uchiha, le tenant par les épaules.

- Tu… Tu viens de… de me donner une famille… Tu… es sûr que tu… que tu veux que ce soit moi, hein ? Sûr ? fit-il en reniflant.

Sasuke ne put s'en empêcher : il se mit à sourire de toutes ses dents. Une vision assez rare pour tout ceux présents.

- Bien sûr que oui.

Suigetsu poussa un rire, se retournant pour se pencher sur le berceau.

- Attends que tu grandisses un peu petite ! s'écria-t-il en s'essuyant les joues. Oh, toi et moi on va faire les cents coups !

- Attention, gamin, ce sera difficile de duper grand-maman, déclara Tsunade en s'approchant, sourire aux lèvres et bras croisés sur sa poitrine.

- Vous inquiétez pas, je suis un professionnel, ajouta aussitôt Suigetsu.

Sasuke roula des yeux tout en s'appuyant sur le lit, épuisé, mais soulagé. Naruto s'approcha et voulut l'aider à se réinstaller sur le matelas, mais Tsunade l'arrêta.

- Ce sera inutile, Naruto. Nous allons sortir.

- Sortir ? s'étonna Sasuke. Je croyais qu'il fallait que je me repose…

- Tu étais en état de sortir de l'hôpital bien avant aujourd'hui, avoua Kakashi en s'approchant.

- Quoi ? fit Sasuke.

- C'est juste qu'on te préparait un petit quelque chose, expliqua Tsunade. Un truc dont il fallait te tenir éloigné. Pour mieux garder la surprise.

Sasuke fronça les sourcils. Il regarda Suigetsu qui souriait malicieusement : il était au courant. Un coup d'œil vers Sakura lui confirma que celle-ci était également dans le coup. Kakashi l'était sans doute aussi. Et Naruto ?

Il leva les yeux vers le jeune homme près de lui. Le blond observait le vide, le regard un peu mystérieux. Il lui fut impossible de savoir pour sa part.

- Est-ce qu'on va… loin ? demanda Sasuke après un petit silence.

- On te ramène à la maison, Sasuke, répondit Tsunade d'une voix chaleureuse.

- Je t'aiderai à marcher, lui dit Naruto tout bas près de lui. Et te porterai si tu es fatigué.

Rentrer à la maison…

L'idée était si… douce.


Il n'y avait rien de mieux que de rentrer chez soi. Ce qui était étrange et plutôt amusant aujourd'hui, songeait Sasuke, c'était que jamais une fois dans sa vie depuis la mort de ses parents, il n'avait eut particulièrement cette joie de rentrer chez lui, ni cette chaleureuse et réconfortante idée d'un foyer. Il n'y avait jamais personne qui l'attendait. Personne à qui parler le soir autour d'un petit goûté, personne avec qui rire et avec qui échanger des histoires avant d'aller dormir. Personne pour le prendre dans ses bras quand la solitude se faisait trop douloureuse. Personne pour lui souhaiter la bienvenue et lui dire que le repas était presque prêt…

Sasuke pensait à ça avec plus de recul que jamais, alors qu'il marchait, portant son bébé dans ses bras et suivant Naruto qui était non loin devant lui. Aujourd'hui, l'idée de rentrer chez lui aurait dû être toute aussi insupportable que toutes ces nombreuses fois - parce qu'il n'avait toujours personne pour être près de lui le temps qu'il s'endorme, toujours personne pour lui préparer à manger, ni personne pour lui souhaiter bonne nuit ou bon matin. Mais il n'arrivait tout simplement pas à avoir de sombres pensées. Il était heureux. Il ne s'était jamais senti aussi paisible, aussi léger. Il était conscient d'avoir perdu beaucoup de poids avec la venue de sa fille, enfin sortie de son corps, et de ses muscles qui avaient pratiquement fondus à cause de son état de santé qui avait chuté pendant sa grossesse et à cause également de la perte énorme de chakra que cette même grossesse avait occasionné, mais ce n'était pas ce même genre de sensation. Il se sentait léger… dans le sens où tous les ténèbres qui l'habitaient, toute la souffrance et la haine dans son cœur étaient, de façon puissante et incessante, éclipsées par le doux petit visage de cette enfant qu'il tenait contre lui.

C'était tout simplement inexplicable. Lui-même n'était pas encore certain de comprendre comment fonctionnait cette espèce de magie noire… celle d'être un père. Un parent. Est-ce que ses parents l'avaient aimé aussi fort comme lui aimait si fort sa fille ?

Sasuke releva la tête lorsque Naruto, devant lui, s'arrêta. Le blond se tourna vers lui et Sasuke ne vit que son sourire alors qu'il déclarait :

- Bienvenu chez toi, Sasuke.

Et là, il la vit, tandis que Tsunade, Kakashi, Sakura et Suigetsu s'écartaient à leur tour de sa vue.

Comment avait-il pu se rendre compte qu'ils ne marchaient tous pas dans la bonne direction ? Ce n'était pas son appartement, ça. Pas du tout.

Devant lui se dressait une petite maison et, incrédule, Sasuke regarda tout autour de lui pour en être certain. Il se trouvait dans un quartier résidentiel, en banlieue de Konoha. Quelques maisons, peu nombreuses, étaient visibles à gauche et à droite, mais séparées par quelques mètres les unes des autres. La beauté du paysage lui sembla irréelle. Il n'avait jamais vu ce coin de Konoha. Tout était calme. Paisible. Le ciel bleu couvrait ces maisonnées et une vie heureuse semblait s'y dérouler. Des cerisiers en fleurs. Des oiseaux qui s'amusaient grandement là-haut dans les arbres - c'était sûrement la saison des amours pour qu'ils semblent si bruyants. L'après-midi faisait rayonner une lumière divine sur… sa nouvelle demeure.

Il était si ébahi qu'il ne pipa mot durant de si longues minutes, que Tsunade s'avança vers lui.

- Tu sais, c'est chez toi. Tu peux entrer. Voici ta clé.

Sasuke fronça brusquement les sourcils en voyant le petit bidule se balancer de gauche à droite, suspendue par les doigts de la médic-nin. Il releva la tête vers elle.

- C'est quoi cette plaisanterie ?

- Ce n'est pas une plaisanterie, Sasuke, expliqua Sakura. On s'est dit que ton appartement… renfermait peut-être des souvenirs à oublier. Et puis, vous auriez été un peu à l'étroit, toi et Yasuko-chan.

- Mais… une maison… balbutia le jeune homme.

- C'est ce qu'on fabriquait pendant la dernière semaine. Tu n'avais pas vraiment besoin d'une si longue convalescence à l'hôpital. Mais pendant ce temps, nous étions en train de tout mettre en ordre pour que tu sois prêt à t'y installer le plus tôt.

- Et on voulait te faire la surprise ! ajouta Sakura après les explications de Kakashi.

Sasuke aperçut alors Naruto qui lui souriait doucement. Sans savoir pourquoi, il sentit son cœur rater un battement. Il était presque aussi rayonnant que le paysage.

- Alors Sasu ? Tu comptes prendre racine là ? se moqua gentiment Suigetsu.

- Si tu veux savoir, continua Kakashi en s'approchant de son jeune élève. Cette maison appartenait à mon père.

Sasuke tourna vivement la tête vers lui. Sous son masque, son senseï esquissa un sourire tendre.

- Bien sûr, il me l'a légué. Mais je suis un ninja occupé, tu sais, je préfère vivre plus près du centre du village. Et puis, cette maison pour moi tout seul est bien trop grande. Je sais que tu y seras bien.

- Mais… Kakashi… marmonna Sasuke. Elle est toute aussi grande pour moi, et pour Yasuko. Nous ne sommes que deux… et elle ne prend pas beaucoup de place…

- Sasuke, s'esclaffa gentiment Sakura. Elle va grandir…

- Et elle aura un tas d'amis, ajouta Tsunade. Il lui faut de l'espace pour grandir et pour s'amuser.

Naruto observait Sasuke avec un regard tendre. Il ne savait pas pourquoi, mais son air avait changé, lorsque Sakura avait dit que sa fille grandirait. C'était comme si, soudainement, il s'était perdu, quelque part. Venait-il de réaliser qu'il avait un enfant, un enfant qui grandirait et qu'il devrait élever ? C'était sûrement une réalité qui mettrait du temps à se concrétiser à ses yeux. Sasuke était aveuglé uniquement par l'amour incommensurable qu'elle avait apporté dans son cœur, et Naruto pouvait le voir. Facilement. Ses bras la serraient avec maladresse, il semblait trembler aussi, un peu. Il était si… Naruto ne savait pas ce qu'il donnerait pour avoir le droit d'aller vers lui et de l'envelopper dans ses bras à lui. Lui offrir un peu de chaleur et d'amour…

- J'étais ici.

Sasuke se tourna vers Suigetsu, qui se grattait nerveusement le haut de la tête.

- Depuis ton accouchement et un peu avant. C'était… mon idée de te trouver un endroit rien qu'à toi. Ensuite Kakashi-senseï a proposé la maison de son père. Je ne voulais pas croire une seconde à la possibilité de ta mort, je refusais de m'y plier. Alors j'étais ici et je remettais tout en place. Sakura m'a aidée, même si elle avait du mal à ne pas penser à toi. Kakashi-senseï aussi et Tsunade-sama. Mais elle, par contre, elle devait toujours nous laisser pour aller s'occuper de toi.

- Personne n'a autant travailler que lui, continua Sakura. Nous, avant ton accouchement, du moins, étions trop déprimés et trop inquiets pour toi pour faire quoique ce soit. Mais Suigetsu semblait… possédé par… je l'ignore. Il était comme en transe. Il refusait de cesser d'y croire, alors que nous… nous étions sur le point de lâcher prise et se faire à l'idée de… d'un deuil. Et j'en suis vraiment désolée. C'est juste que, poursuivit Sakura en devenant soudainement émotive. Sasuke-kun, j'ai eu vraiment… vraiment peur de te perdre.

En entendant sa voix monter dans les aiguës, Sasuke baissa les yeux et essaya de se battre contre les émotions qui l'étranglèrent de l'intérieur. Non. Il n'allait pas pleurer pour une deuxième fois aujourd'hui, quand même. Juste une fois, c'était bien suffisant. Mais alors même qu'il relevait la tête pour répondre il ne savait quoi à sa coéquipière, qui, il le décida à l'instant, n'était plus aussi lourde qu'il l'avait longuement pensé, Sakura se jetait à son cou, faisant attention à ne pas écraser Yasuko entre eux.

L'étreinte fut bref mais étrangement agréable. Sasuke n'eut pas l'envie de la repousser ou quoique ce soit. Il fut simplement heureux et… flatté, en quelque sorte, de découvrir à quel point l'éventualité de sa mort faisait souffrir les gens.

- Allez, Sasuke-kun ! Entre à l'intérieur ! s'exclama Sakura en reculant et en essuyant ses joues. Passe-la-moi, fit-elle en glissant ses mains sur le corps de Yasuko. Je vais la tenir pendant que tu visites ta nouvelle maison !

Sasuke hésita avant de laisser Sakura récupérer son bébé. La jeune fille de l'équipe sept la prit contre elle et Sasuke laissa son regard sur elle de longues secondes, avant de lever une main pour prendre la clé que Tsunade lui tendait toujours.

Sa nouvelle maison…


Ce n'était pas un château. C'était une petite maison avec ce qu'il fallait, trop grande, en effet, pour une seule personne, mais assez petite dans l'ensemble, et Sasuke y serait très bien avec sa fille. Elle pourrait grandir et elle aurait l'espace suffisant pour jouer et courir comme un petit ange les ailes déployées, s'épanouir autant qu'elle le pouvait. Naruto ne savait pas pourquoi il avait eu ces belles images dans la tête alors que Kakashi faisait visiter leur petite troupe, quelques heures auparavant. Il s'était surpris à imaginer la petite blonde courant et riant aux éclats. Une enfant, quoi de plus normale, et Sasuke rirait avec elle. Ils seraient heureux. Un doux sourire absent avait plané sur son visage tout au long de cette visite.

Ensuite, Sasuke avait dû s'assoir, épuisé. Ils étaient redescendus au salon et le jeune homme s'était installé sur le canapé, ne réalisant pas l'ampleur de ce que cela signifiait, ne réalisant pas qu'il était dans son nouveau chez lui. Il avait réclamé sa fille et Tsunade, celle qui l'avait prise des bras de Sakura plus tôt, l'avait gentiment redéposé dans ses bras. Kakashi lui avait rappelé que ses choses étaient déjà là, rangées dans quelques boîtes posées dans sa chambre, mais Sasuke était dépassé par les événements, et fatigué pour couronner le tout.

Naruto sourit vaguement en reposant son regard sur lui : le jeune homme s'était endormi sur le canapé, le nouveau-né installé à ses côtés et niché contre son torse, un bras mollement enroulé autour. Il s'était endormi alors que la conversation allait toujours de bon train, et c'était ce qui avait décidé tout ce beau monde qu'il était peut-être temps de partir. Tsunade avait quitté en emportant Sakura et Suigetsu, et Kakashi était resté quelques minutes supplémentaires, question de s'assurer qu'ils n'avaient oublié aucun détail dans la maisonnée. Et Naruto était là, assis au bord de la fenêtre, un coussin dans les bras, gardant un œil sur l'endormi et le bébé. Sasuke et sa fille. Leur fille. Tous deux si vulnérables ainsi.

Que faisait-il là ? Avait-il simplement le droit de se trouver là ? Malgré le temps qui passait et qui continuait de s'écouler comme s'il ne dérangeait personne, lui ne cessait de se rappeler de ce qu'il avait fait. Il avait commis un acte irréparable… et pourtant, ils en étaient là aujourd'hui. Sasuke, après être passé à deux cheveux de la mort, et ce à cause de lui, était là, étendu sur le canapé avec sa fille dans les bras. Et cette petite fille… c'était un bébé humain normal, vivante, avec tous ses membres… Une petite fille en pleine santé et qui respirait, qui vivait, qui était là avec eux.

Naruto inspira profondément, quand il sentit l'émotion se faire pressante sur sa poitrine. Il se leva et marcha jusqu'au canapé. Il s'accroupit devant le jeune homme et jeta un coup d'œil à son visage paisible. Sans pouvoir résister, le blond tendit une main tendre et glissa des doigts délicatement sur la joue de Sasuke. Puis, son regard fut attiré comme un aimant puissant sur Yasuko. La petite venait de faire un petit bruit, s'agitant dans ses vêtements. Naruto regarda ses petites pattes remuer, ses petites menottes s'ouvrir et se fermer, et finalement, sous le regard fasciné de Naruto, elle ouvrit les yeux. Le blond se pencha pour tenter de les apercevoir.

Ils étaient sombres, quelque part entre noir et bleu très foncé. Mais elle était âgée de quelques jours seulement, il était trop tôt pour déterminer sa véritable couleur.

- On va laisser ton papa dormir, d'accord ? murmura-t-il.

Avec mille précautions, il posa ses grandes mains de chaque côté du bambin et, sans réveiller le papa en question, il tira la petite vers lui, l'extirpant des bras de Sasuke. Elle se laissa faire sans protester, sans crier, comme si elle savait qu'elle était en train de passer des bras de son père à ceux de… de son autre père. Comme si c'était normal pour elle.

Naruto se redressa, souriant en sentant la chaleur et le poids léger du bébé contre lui. Quelle douce sensation… Sans qu'il ne comprenne pour quelle raison, son cœur s'était mis à battre très vite. Elle était si petite. À chaque fois, il n'en revenait pas. Il s'assura qu'elle était bien installée au creux de son bras et entreprit le chemin jusqu'à la chambre de Sasuke, où Kakashi avait jugé bon d'installer le berceau de Yasuko, pour le moment. Quand elle serait un peu plus âgée, elle aurait sa propre chambre, pour l'instant, personne ici n'avait besoin d'explication quant au fait que Sasuke préférerait l'avoir le plus près possible.

Naruto la posa dans son propre petit lit et la contempla longuement alors qu'elle, bien réveillée, le fixait. Elle était trop jeune pour vraiment comprendre ce qu'elle fixait, mais elle avait les yeux rivés sur lui, et Naruto, lui, souriait. Ce petit truc, cette petite bestiole, cette toute petite créature si mignonne… Sasuke l'avait portée. En lui. Elle était le fruit de ses entrailles. Et elle venait de lui aussi, un peu. C'était ça que Sasuke avait aimé et protégé plus que tout. Quand il avait sa main posée sur son ventre et que Naruto ne comprenait pas pourquoi. Quand exactement Sasuke avait-il su qu'il était enceinte d'elle ? Lors de leur escapade en nature… Était-il au courant ? Cette manie de se protéger, de caresser son ventre… Et dans le restaurant… Naruto s'en souvenait très bien…

« - Tu pensais à quoi là ? Tu grimaçais aussi, lui fit remarquer Naruto.

- À rien.

- Et toi, tu veux des enfants ? Enfin, tu vas sûrement en avoir. Avec Sakura, tu sais, cette histoire avec le Conseil qui veut vous unir.

- Je n'aurai pas d'enfants avec Sakura, claqua Sasuke.

- Tu n'auras pas vraiment le choix, tu sais, Sas'.

- Si, j'ai le choix.

- Et pourquoi ça ?

- Parce que...»

Il avait dit quelque chose à ce moment-là. Naruto s'en rappelait. Il avait terminé sa phrase, mais la dame était revenue avec leurs plats. Et il n'avait pas porté attention à ce qu'il avait dit. Mais en fouillant sa mémoire, Naruto retrouva cette parcelle manquante, celle qu'il avait entendue mais qu'il n'avait pas considéré…

« Parce que j'en aurai bien avant qu'ils ne me forcent à le faire avec Sakura. »

C'était ce qu'il avait dit.

Il était au courant.

Et il avait voulu lui avouer.

Naruto ferma les yeux lorsque Yasuko s'endormit tranquillement, comme un petit ange. Il ferma les yeux et se passa une main sur le visage et dans les cheveux. Malgré qu'il l'ait violé, Sasuke avait voulu protégé au péril de sa propre vie cette enfant qui était de lui, son bourreau… Une enfant qui était le résultat d'une nuit d'horreur et de souffrance…

Et puis qu'est-ce que Sasuke avait eu l'intention de faire au juste ? À cet instant, il avait déjà fuit Konoha. Pensait-il vivre dans la nature, accoucher en plein boisé avec personne pour le garder en vie ? Il était perdu, souffrant, brisé, abandonné. Par ses bons soins.

Naruto se pencha, deux mains sur les bords du berceau, et embrassa sa fille sur le front. Il les protégerait. Tous les deux. Au péril de sa propre vie. Ce serait à son tour maintenant. Il jouerait le rôle qui lui revenait. Et rien ne ferait de mal à Sasuke, à Yasuko, à ces deux personnes qui lui étaient désormais indispensables. Sasuke était si important pour lui. Et un seul regard sur cette petite fille et il en était déjà fou.

En redescendant, Naruto avait le cœur qui battait la chamade et les sens en délire. Il revint au salon au moment où Sasuke émergeait à son tour. Naruto retint sa respiration, surpris, ne sachant s'il devait s'en aller, ou s'assoir face à lui et… et quoi ? Quoi lui dire ? Quoi faire ? Il ne savait pas quoi dire. Il ne savait pas quoi faire. Il savait seulement qu'il l'aimait.

Il s'approcha.

Sasuke se redressa, perdu, les cheveux en bataille et l'air encore plus épuisé qu'avant son somme. Il fixa le canapé sous lui longtemps avant de regarder tout autour, paniqué. Naruto s'avança et s'assit à ses côtés, le surprenant par la même occasion, attrapant aussitôt ses poignets alors qu'il sursautait en se retournant vers lui.

- Je suis allée la mettre au lit, murmura-t-il doucement.

Sasuke s'accrocha à son regard et assimila lentement ses paroles, se détendant aussitôt qu'il sut que Yasuko n'avait pas simplement disparue comme ça.

- Elle va bien, elle s'est rendormie aussitôt, expliqua le blond, pressentant les questions muettes de Sasuke.

Le jeune brun acquiesça, baissant la tête. Naruto lâcha ses poignets.

- Je… Je pensais y aller. Te laisser te reposer un peu.

Naruto se leva et se dirigea à pas feutrés vers le hall d'entrée. Sasuke s'était tout de suite levé après lui et sa voix stoppa le blond qui se retourna, à mi-chemin.

- Naruto, reste !

Naruto fut surpris de ce mot qui avait échappé au brun, si vivement, si soudainement.

- Tu as l'air vraiment épuisé, Sasuke. Tu devrais te reposer.

- Je me sens bien. S'il te plaît, ne me laisse pas.

Naruto hésita. En réalité, Sasuke avait l'air plutôt effrayé. Et il savait exactement de quoi : retrouver une solitude oubliée, certainement. Il connaissait ça. Il sourit et retira sa veste.

- OK. Je reste alors, marmonna-t-il, gêné.

Sasuke sourit soudainement, le temps d'une brève seconde, ce qui fit rater un battement au cœur du blond. Puis, il se détourna et disparut vers la cuisine. Naruto s'avança et laissa tomber sa veste sur le canapé. Il essaya de voir ce que fabriquait le brun mais ne put rien voir. Il entendit l'eau couler, puis plus rien, ce qui le décida à aller le rejoindre.

Il le retrouva en train de mettre de l'eau à bouillir. Naruto l'observa quelques secondes, au pied de l'entrée de la cuisine, avant de soupirer tout bas.

- Sasuke, qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il.

- Tu es mon invité… je ne fais que te servir à boire.

- Tu n'as pas besoin de me servir quoique ce soit pour que je reste.

- OK, alors je le fais pour moi dans ce cas, murmura le jeune homme sans se retourner.

Naruto sourit et s'avança jusqu'à lui. Il lui prit doucement le poignet et lui fit cesser ses gestes. Sasuke le regarda, entre surpris et irrité.

- Laisse ça, je vais m'en occuper. Je suis chargé de rendre ta vie agréable et géniale, tu te souviens ? s'exclama-t-il avec un sourire brillant.

Sasuke laissa retomber ses bras et s'écarta quelque peu. Ses sourcils se froncèrent tandis que Naruto s'occupait de préparer le thé. Le blond se mettait au travail comme s'il s'agissait d'une corvée, mais pourtant il était de bonne humeur et prêtait à son travail un soin et une méticulosité exemplaire.

« Maintenant que tu vis, j'ai décidé… de consacrer le reste de ma vie à tenter de réparer le mal que je t'ai fait. »

- Arrête.

Naruto tourna la tête, les sourcils froncés comme s'il n'avait pas bien compris.

- Quoi ?

- Arrête ça.

L'éclat sérieux et troublé dans les yeux noirs de son vis-à-vis obligea Naruto à lâcher ce qu'il avait en mains et à s'écarter légèrement du comptoir.

- Sasuke, je… ne comprends pas, est-ce que j'ai fait quelque cho…

- À l'hôpital, tu as dit… l'interrompit-il alors. Tu as dit que tu voulais réparer le mal que tu m'as fait, en… en jouant les serviteurs. En tâchant de rendre ma vie agréable. C'est bien, mais… Naruto, sois honnête. Qu'est-ce que tu vois quand tu me regardes ? La victime ? La victime brisée et souffrante ?

Naruto fut tellement sidéré par les paroles que Sasuke venait de prononcer qu'il ne sut absolument pas quoi répondre. Sa surprise le cloua sur place et lui scella les lèvres si bien que Sasuke poursuivit, baissant la tête et prenant un ton plus doux.

- Écoute, je… Ça va. Je vais très bien. Il faut que tu arrêtes de me voir comme si je suis blessé ou comme si j'ai mal quelque part… Si tu le fais je pourrai véritablement aller de l'avant et oublier. Tant que tu me traiteras ainsi je me rappellerai de… cet état dans lequel j'étais et dans lequel je ne suis plus. Je vais vraiment bien, Naruto. Je te l'assure. Physiquement, psychologiquement. Je… j'y repense de temps en temps, c'est normal, mais ce ne sont que des souvenirs. Mettons cette misérable nuit dans le passé là où elle appartient, tu veux bien ?

Sasuke sourit malgré lui, tandis qu'il continuait son discours.

- Ça peut te paraître vraiment absurde, vraiment fou, mais… Sans ce que tu m'as fait ce soir-là, elle ne serait pas là dans ma vie aujourd'hui. C'est tordu mais c'est la réalité. Et dans un sens je suis tellement reconnaissant… Ça a été le pire cauchemar de ma vie, et en même temps, la plus belle chose qui ait pu m'arriver. Je suis peut-être enfoncé très profondément dans la folie et la démence quand je dis ça, mais… C'est grâce à toi Naruto, et merci. Sans hésiter une seule seconde, j'endurerais à nouveau cette souffrance pour la protéger ou pour empêcher qu'elle ne me soit enlevée, parce que ce n'est rien à côté de l'idée de la perdre et…

Il fallut à Sasuke quelques secondes de délai pour comprendre qu'il avait été interrompu par les lèvres de Naruto, posées sur les siennes avec envie. Naruto glissa une main sur son visage, descendant lentement vers sa nuque afin de le rapprocher encore plus. À ce contact, des sensations de picotement se firent ressentir, sur sa nuque, sur sa colonne vertébrale, dans son estomac. Ses jambes lui parurent molles tandis que Naruto l'embrassait tendrement, lentement. Il ne se rappelait que très peu des deux dernières fois, alors qu'il était sur son lit de mort, son état quasi-comateux avait rendu flou ses souvenirs. Mais il se souvenait que la moiteur et la chaleur de Naruto ne l'avaient pas dégoûté et repoussé. Il avait trouvé agréable, très agréable le baiser du blond.

Et celui-ci n'échappait pas à la règle. Naruto était très doux. Il n'avait que sa main sur sa nuque qui le touchait. Son corps restait à distance raisonnable et il ne faisait rien pour l'effrayer ou pour le brusquer, et c'était… frustrant. Son cœur battait la chamade. Des flash de cette nuit-là clignotaient dans sa tête comme un rappel imminent de ce qui s'était une fois passé mais Sasuke l'ignorait royalement. Il n'avait plus peur.

- Sasuke… souffla Naruto en écartant que légèrement la bouche. Je regrette… tellement…

- Pas moi, répliqua le brun.

- Pas d'avoir engendré cette magnifique petite fille… Ça, jamais. Mais je regrette le mal que j'ai pu te faire. Cela aurait pu être différent. Cela aurait pu se faire dans l'amour…

Le brun frissonna agréablement au mot, mais quelque chose continuait de le titiller et c'était agaçant.

Il leva une main qu'il posa sur celle du blond et recula juste assez pour pouvoir croiser les yeux bleus devant lui. Son regard se fit si intense et si sérieux que Naruto ravala sa salive.

- Quoi… ? chuchota-t-il tendrement.

- Naruto, je ne veux pas que tu sois à mon service, ni que tu prennes soin de moi pour soit disant réparer le mal que tu m'as fait et rendre ma vie plus agréable et géniale. Je ne veux pas. Pas si tu le fais uniquement pour soulager ta culpabilité.

Naruto se pencha et sa main revint se poser sur la joue gauche de Sasuke.

- Tant mieux parce que je ne le fais pas pour ça, dit-il dans un murmure, un rictus amusé au coin de la bouche.

Leurs lèvres se frôlèrent. Sasuke ferma les yeux, profondément envoûté.

- Je le fais parce que j'en ai envie, Sasuke. Juste parce que j'en ai envie.

« Pas d'avoir engendré cette magnifique petite fille. » Ce furent les seuls mots qui surent séduire le jeune brun. Sasuke, encore une fois, se laissa émerveiller par le baiser de Naruto. Celui-ci se fit plus doux encore, mais cette fois-ci, Sasuke y participa. Timidement d'abord, il remua ses lèvres contre celles du blond, puis avec plus d'assurance, et bientôt, ce qui envoya sa raison et tous ses cauchemars au placard, il sentit la langue de Naruto toucher la sienne.

Il sentit à peine ses mains se faire emprisonner par celles de Naruto. Il entendait à peine les bruits extérieurs, les bruits alentours. Naruto l'embrassait et c'était tout ce qu'il entendait, sentait, voyait.

Naruto était le plus heureux des hommes, mais il savait qu'il devait y aller en douceur. Mais ce n'était pas facile. Aussi soudainement qu'il était tombé amoureux de Sasuke, aussi violemment que l'amour qu'il portait désormais pour sa fille s'était installé en lui, le désir, un désir foudroyant et intense, s'accrocha à lui, à sa peau, à son corps, allant jusqu'à démanger ses mains. Il embrassait Sasuke avec toute la force de ses sentiments diversifiés. Oui, il y avait de la culpabilité. Du remord. De la tristesse. Mais il y avait de l'amour, de l'affection profonde, de la joie, du bonheur…

Il ne réalisa pas qu'il avait posé ses mains sur les hanches de Sasuke.

En fait, il ne s'en rendit compte que lorsque celles de Sasuke se plaquèrent brusquement sur les siennes et que la magie du baiser se brisa comme se brise un morceau de vitre qui tombe au sol.


À SUIVRE...