Bonjour à tous ! J'espère que vous allez bien. Voici la suite, j'espère que ça va vous plaire ! N'hésitez pas à commenter si ça vous plait ou si ça ne vous plait pas ^^ Bonne lecture :)
Taraimperatrice : Merci beaucoup pour ta review ! Ahah tu me fais rire ^^ Je ne pense pas qu'il s'attendait à ça mais plutôt qu'elle soit moins froide... A voir si ça s'améliore dans les prochains chapitres ! Merci encore pour ta review ! Bisous
...à la chaleur
Un bruit de verre cassé bourdonne dans mes oreilles.
J'ouvre les yeux aussitôt : la pénombre m'entoure dorénavant. Les quelques minutes que j'avais décidé de m'octroyer se sont visiblement transformé en heures.
A l'alerte de ce son inattendu, mes réflexes se mettent en marche : ma main glisse sous mon jean pour trouver le pistolet attaché contre mon mollet.
Je me lève sans un bruit et me dirige vers la cuisine à l'autre bout de la pièce lorsque de nouveaux bruits de verre se font entendre.
Je me positionne sur le côté le long du mur, pour éviter d'être à découvert tout en guettant les sons quelques instants.
Puis je me décale rapidement par l'encadrement ouvert de la cuisine américaine, et pointe mon arme vers la silhouette qui se trouve devant moi, à quelques pas.
Cette silhouette se retourne sous le bruit de mes pas et c'est Amelia qui m'apparaît : les cheveux en bataille, la mine tirée, toujours vêtue de son jean et de son pull de la veille...ses yeux m'interpellent rapidement lorsque j'y reconnais comme un vide avec un voile de douleur au centre de ses pupilles.
- Désolé...murmuré-je en baissant mon arme, craignant de l'effrayer.
Mais elle ne réagit pas pendant que je place mon arme dans mon dos en la calant avec mon jean, à ma taille.
Elle baisse le regard et se retourne comme si je n'étais pas là...lorsque je perçois à nouveau des cliquetis de verre.
Je m'approche, intrigué, et la scène qui m'accueille m'affole : un verre est cassé au centre de l'évier...la main gauche d'Amelia est posée contre la paroi de céramique...mais sa main droite est nichée au milieu des débris et je remarque aussitôt un filet d'eau teinté de rouge ruisseler.
- Amelia, qu'est-ce que vous avez fait ? Demandé-je avec une voix plus aigue que d'habitude dévoilant mon inquiétude.
- J'ai voulu me servir un verre de lait...mais j'ai cassé ce verre, en voulant le rincer...
- Vous saignez ?
- Oui...et c'est troublant...presque agréable...c'est la première fois depuis des jours que j'ai l'impression d'être vivante, en sentant la vie battre en dehors de moi.
Ses propos sont prononcés de manière mécanique, comme si elle était en dehors du moment, de la scène, une impression dérangeante de détachement de sa part qui me met mal à l'aise.
Je distingue qu'un éclat de verre est logé dans la paume de sa main lorsqu'elle la retourne vers le plafond. Et j'observe stupéfait sa deuxième main appuyer sur l'éclat, augmentant l'écoulement du sang instantanément.
- Amelia...
Je m'approche un peu plus et me cale à ses côtés. J'élève ma main avec précaution et la place sur sa main gauche, en relâchant progressivement la pression.
- Non, laissez-moi...je me sens moins vide tout à coup...
- Vous n'avez pas à vous faire du mal pour ça...
- Je suis bonne à rien...même pas capable de rincer un verre...réduite à ressentir de la douleur pour marquer mon existence.
Je détache sa main gauche un peu plus fermement, tout en discernant la force qu'elle tentait de maintenir pour m'en empêcher.
Je retire aussitôt l'éclat de verre au sein de sa paume, et je constate avec un léger effroi le sang s'échapper plus librement.
Je m'empare d'un torchon à portée de main et l'enroule rapidement au creux de sa paume.
- Je cours à l'étage récupérer ma trousse de secours...vous attendez ici, sagement, pas de bêtises, ok ?
Elle évite mon regard mais je distingue ses yeux embués par les larmes.
- Amelia ?
Elle se contente d'acquiescer de la tête sans me regarder : je sors de la pièce en courant, rejoignant l'étage à toute vitesse pour la laisser seule le moins longtemps possible, car je n'étais pas du tout rassuré après ce que j'avais vu.
Je rentre dans la salle de bain, ouvre le tiroir sous le lavabo comme en pilote automatique et y récupère la trousse de secours.
Je redescends en grandes enjambées, et retrouve la cuisine et...Amelia exactement dans la même position.
Je me replace à ses côtés et la tourne vers le plan de travail derrière elle, tout en posant la trousse de premiers soins dessus. Elle ne résiste pas et se laisse aller comme si j'avais une poupée devant moi. Je la sentais vacillante sur ses jambes : je décide de la saisir alors par la taille et de l'asseoir sur le plan de travail, décalant légèrement la trousse de soins.
Elle place aussitôt sa main blessée contre ses cuisses et je m'en empare délicatement alors qu'elle se retrouve presque à ma hauteur, ainsi surélevée.
Je défais avec prudence le torchon que j'avais noué dans la précipitation.
- Appuyez légèrement, pendant que je prépare ce qu'il faut, ok ?
Elle évite toujours mon regard, mais je suis agréablement surpris en la voyant suivre effectivement mon indication.
Je sors ainsi de la trousse de soins le désinfectant, quelques morceaux de coton et un gros pansement.
J'imbibe le coton et approche ma main d'Amelia.
Elle repère mon geste et retire le torchon de sa paume : je distingue ainsi précisément sa blessure pour la première fois et la vision me soulage instantanément. La coupure est plus superficielle que je ne pensais. Je nettoie cependant consciencieusement la plaie tout en observant Amelia : mais aucune réaction ne se dessine sur son visage.
Pas de gêne. Pas de crispation. Et pourtant, la douleur était forcément là, mais imperceptible, invisible sur ses traits.
Une fois la plaie désinfectée, je m'empare du pansement et le colle délicatement au creux de sa paume, en appuyant légèrement pour qu'il adhère parfaitement.
- Ça va ?
Un silence m'accueille.
Amelia maintient son regard baissé, fixé sur sa paume de main et ce pansement que je viens de lui apposer. Refusant toujours de me regarder, de me parler, de me faire un signe.
J'étais épuisé par ce mur qu'elle me renvoie, par cette barrière qui m'empêche de l'atteindre.
Et un sentiment désagréable m'envahit : un puissant sentiment d'impuissance devant cette peine, ce soupçon de désespoir et d'abattement que je lis sur son visage.
J'avais besoin de la faire réagir, de l'entendre, de voir ces pupilles briller devant moi...une réaction dont j'ai besoin pour me rassurer qu'elle est bien toujours là, derrière ce masque...
- J'ai oublié le remède le plus important...soufflé-je hésitant.
Je fais alors glisser mes doigts contre le dos de sa main, alors qu'elle tient sa paume retournée vers le ciel.
Je serre légèrement sa main et l'élève doucement vers moi.
Sa tête reste baissée mais à mesure que j'approche sa main de moi, je distingue son visage se lever progressivement et son regard m'apparaître finalement : un regard où je lis avec plaisir de la surprise...
Un regard que je redécouvre enfin, que je peux contempler à nouveau.
Il brille devant moi, humidifié par des larmes qui semblent prisonnières au sein de ses pupilles.
Alors que je place sa main à quelques millimètres de mon visage, ses lèvres s'entrouvrent et je m'attends presque à ce qu'elle me dise quelque chose.
Aucun son ne s'échappe cependant d'elle pendant qu'elle me scrute fixement.
Mais ce début de réaction bien que silencieux est le signal que j'attendais pour oser ce geste que j'avais initié.
Pour me donner ce supplément d'audace dont j'ai besoin à cet instant précis.
Je porte ainsi tout doucement sa paume vers mon visage, presque au ralenti, pour me laisser le temps de faire machine arrière si besoin.
Mais son image me porte et me convainc que je dois faire un pas vers elle et établir une nouvelle connexion entre nous...plus personnelle, plus intime.
Je baisse légèrement ma tête sans la quitter des yeux.
Je finis par déposer mes lèvres au sein de sa main, à quelques millimètres de son pansement, et laisse ma bouche s'y inscrire quelques secondes.
Sa peau est chaude sous mes lèvres, une chaleur qui me réconforte presque : une preuve qu'elle a toujours ce souffle de vie qui l'anime...qui peut reprendre le dessus et vaincre la souffrance et le désarroi.
Mes yeux sont connectés aux siens et un magnifique spectacle s'opère à cet instant : la naissance d'une lueur au sein de ces deux prunelles bleues qui se transforme furtivement en étincelle, comme une renaissance...une démonstration fascinante que la Amelia qui m'a troublé au premier regard se dévoile à cet instant devant moi...
Mais cette apparition n'est que furtive et elle s'évapore au bout de quelques secondes.
Cet épisode me remplit cependant d'une motivation sans limites pour la faire renaître petit à petit.
Chaque jour, chaque minute.
Et dès les toutes prochaines secondes.
- Vous voulez manger quelque chose ? Ou prendre une tisane peut être ?
- Non...j'ai...
- Oui, dites-moi.
- Je n'arrive pas à dormir Owen...et j'ai froid...
La voix qui me répond est presque celle d'une petite fille, peu sûre d'elle et terrifiée par ce qui l'entoure. Comme si sa carapace se fissurait enfin, et que sa froideur disparaissait pour laisser apparaître ce qu'elle ressentait vraiment au plus profond d'elle-même.
- Venez dans le salon...
Je la fais glisser du plan de travail et la conduis d'une main dans le dos.
Je lui fais signe en direction du canapé, mais je la sens hésitante.
- Asseyez-vous...je vais faire du feu...
Elle finit par s'exécuter après quelques instants d'immobilité.
Je récupère quelques bûches posées près de la cheminée, une découverte inattendue vu la saison, mais Rosie avait visiblement pensé à tout.
Je les installe au milieu du foyer et démarre avec prudence le feu.
Une fois que les flammes dansent librement, je me recule pour me retourner vers Amelia que je découvre calée au fond du canapé.
Je récupère le plaid, posé sur le rebord du canapé et le place doucement sur ses épaules tout en l'incitant à s'allonger.
Elle se penche en suivant mon mouvement mais continue à me fixer avec des yeux qui me renvoient une intensité frappante...comme si elle me demandait silencieusement quelque chose.
Je replace proprement le plaid contre elle, pour qu'il recouvre tout son corps et le cale sous ses jambes jusqu'à ses épaules.
Son visage est plus détendu que précédemment et je sentais que le sommeil pouvait la gagner d'une minute à l'autre alors que je la perçois s'enrouler un peu plus sous la couverture.
Ma présence ne me paraissait plus nécessaire.
Je longe ainsi doucement le canapé pour lui laisser ce moment de repos et m'éclipser dans ma chambre.
Mais un contact m'arrête.
Une main qui trouve la mienne alors que je passais devant elle. Et qui me retient fermement.
- Reste...
Un filet de voix faible, à peine murmuré.
Mais ce qui me surprend le plus, c'est le mot qu'elle prononce...la forme qu'elle emploie.
- ...j'ai peur de fermer les yeux...je revois toujours les mêmes images...
Je l'observe et j'ai presque l'impression d'avoir imaginé ce premier mot.
Un mot qui m'aurait prouvé que ses barrières seraient tombées, qu'elle me laisserait l'aider à reprendre le dessus et redevenir elle-même.
- Owen…ça me hante...j'ai l'impression de perdre la tête...
Mon prénom qui s'échappe ainsi de ses lèvres comme une plainte, un appel à l'aide qui me bouleverse complètement et je serre un peu plus sa main dans la mienne.
- S'il te plaît...reste juste quelques minutes...
Ces derniers mots sont la plus belle surprise de ma soirée.
Je n'avais rien imaginé.
Elle m'accordait spontanément ce qu'elle avait refusé quelques heures plus tôt, se dévoilant dans toute sa fragilité. Acceptant ce lien différent que j'avais tenté de créer entre nous.
J'acquiesce de la tête et rapproche le fauteuil derrière moi du canapé.
Je m'assois ainsi face à elle, tout en tenant toujours sa main.
- Je reste...jusqu'à ce que tu t'endormes...
Elle me sourit faiblement, mais cette ébauche de sourire suffit à me contenter alors que je vois ses paupières se fermer. Son visage semble se détendre rapidement alors que des filets de lumière dansent sur ses traits, par contraste avec le feu qui crépite derrière moi, dans la cheminée.
Je reste ainsi face à elle, attentif à sa respiration, jusqu'à déceler un rythme différent s'installer, plus profond, plus régulier.
Le sommeil semble enfin avoir pu la gagner et apaiser son tourment pour quelques heures.
J'hésite à m'éclipser.
Quelque chose me retient encore.
Ce lien qui nous lie à cet instant, toujours aussi fort et solide qu'au moment où elle a fermé ses paupières.
La chaleur de sa main vibre en effet toujours au sein de la mienne et je ne perçois que maintenant qu'un mouvement inconscient m'a gagné : un doux va et vient de mon pouce contre sa peau...je ne sais depuis combien de temps mon doigt bouge ainsi contre sa petite main dans la mienne...comme pour la bercer et la mener en douceur vers ce sommeil qu'elle attend.
Un contact que ni moi, ni elle ne souhaitions visiblement briser...comme pour se rassurer mutuellement que l'autre est bien là.
Je finis par rester quelques minutes supplémentaires à ses côtés.
Répondant à sa demande...un premier aveu qu'elle avait besoin de moi.
Et ma volonté était décuplée : j'allais tout faire pour lui prouver qu'elle pouvait compter sur moi.
Que même si je ne pouvais pas revenir en arrière et éviter le drame qui nous accable si durement, je pouvais lui rendre les jours à venir plus agréables et plus légers.
Pour remplacer la froideur par un cocon de chaleur.
