Bonjour tout le monde !
Vous ne rêvez pas, je suis bien de retour. Après bien quatre mois d'absence, je ré-apprivoise ce site et l'écriture, je dois avouer que ça fait du bien. Merci aux nouveaux ajouts en favoris, aux nouveaux followers. Merci particulièrement à Ginny Lily, Mimi70 et HayaDesdemona You're the best.
Ce chapitre a été long à écrire. Ce ne sera certainement pas le plus réussi, je m'en excuse par avance, mais c'est une remise en selle comme une autre. La fin de l'année approche pour nos héros, et moi-même j'ai du mal à l'écrire. Le prochain chapitre marquera la fin de la deuxième partie.
Chapitre 15. « Je t'aurais épousée, si tu me l'avais demandé. »
jeudi 7 mai, bibliothèque de Poudlard.
Silence religieux. Rien ne bougeait dans l'obscure bibliothèque, c'était à peine si la quiétude des lieux était troublée par le bruissement des livres studieusement feuilletés. Chacun s'était plongé avec ferveur dans les antiques parchemins - leurs examens commenceraient moins d'une dizaine de jours plus tard. La tension était encore montée d'un cran avec l'arrivée du mois de mai. Les potions anti-stress circulaient avec fébrilité, et des petits malins promettaient des miracles à grand coups de philtres de concentration distribués sous la cape à chaque coin de couloir. Les visages étaient pâles, les traits tirés. Les Serdaigles semblaient faire un concours aux yeux les plus cernés, et même les Maraudeurs avaient fini par se traîner jusqu'à la vénérable bibliothèque sous l'impulsion d'une préfète-en-chef de plus en plus autoritaire. Brutalement, la fin de l'année s'amenait dans les conversations. Les pelouses bruissaient des projets estivaux, on parlait voyage, découverte, farniente et vie post-Poudlard. Mais pour l'instant, ils avaient leurs ASPICS à passer - et réussir.
Heather ferma douloureusement les yeux sur son parchemin dont les mots finement calligraphiés commençaient à se faire flous. Rien n'était plus difficile à réviser que les guerres des gobelins. En face d'elle, Owein grommelait entre ses dents qu'il n'avait rien à faire des propriétés de la giroflée exposée à la lumière d'une lune décroissante. Quant à Rogue, il dodelinait de la tête au dessus d'un auguste grimoire de métamorphose. Il était grand temps que cette période de révision cesse, songea la jeune fille en laissant échapper un fort peu discret soupir, qui lui attira les regards courroucés d'une tablée voisine. Au diable les Serdaigles et leur amour immodéré des études, elle avait envie d'action ! Mais pour une fois, même Owein ne semblait pas prêt à abandonner ses ouvrages pour une virée nocturne. D'une écriture élégamment négligée, il prenait en note les informations nécessaires à la bonne réussite de la théorie des potions, qui serait leur première épreuve. L'orgueilleux Préfet-en-chef avait assuré qu'il triompherait des ASPICS, et s'en donnait les moyens. Se balançant sur sa chaise, Heather songea qu'il était tard, et que les filles avaient déjà dû regagner leur dortoir. Lily leur avait mis en place un programme de révision très strict, qui leur laissait le loisir de faire des vraies nuits – histoire de ne pas rivaliser de cernes avec les Serdaigles, qui portaient sous leurs yeux la couleur de leur studieuse Maison.
Résignée, elle referma son ouvrage et laissa ses pensées vagabonder, les yeux dans le vague. Quiconque l'aurait vue alors n'aurait aperçu qu'une élève lambda hautement préoccupée par les examens à venir. Pourtant les sujets qui obsédaient la Gryffondor étaient bien plus sombres. Le temps passait beaucoup trop vite. Plus Selwin la complimentait sur ses progrès étonnants, plus elle se sentait emprisonnée dans un rôle des plus troubles. Elle n'avait pas imaginé que sa tâche d'agent double la ferait vaciller à ce point. Elle mentait tellement qu'il lui était difficile, certains matins, de savoir qui elle était réellement. Prises dans leurs révisions, Alice et Lily ne se rendaient pas compte du combat permanent que menait leur amie, et contre toute attente, c'est en Remus qu'elle avait pu trouver une oreille attentive. Mieux que quiconque, le lycanthrope comprenait ce que signifiait cette impression constante de devoir faire cohabiter deux personnalités antagoniste au sein d'un même corps, et la jeune fille lui en était infiniment reconnaissante. Distraitement, les yeux mordorés de la russe se posèrent sur Regulus, qui par soutien, passait autant de temps à la bibliothèque que ses aînés. Les sourcils froncés, une main sur le front, il paraissait plus sérieux que jamais. La ressemblance avec Sirius était frappante, et Heather ne put retenir une grimace. La réaction outrancière du Gryffondor, quelques semaines plus tôt, la hantait toujours. Bien naïvement, elle avait cru qu'en devenant agent de l'Ordre du Phénix, ses relations avec le Maraudeur s'apaiseraient. Cette confrontation avait pourtant prouvé l'inverse, et la méfiance instinctive, la haine viscérale que lui vouait l'aîné des Black la blessaient beaucoup plus qu'elle ne voulait bien l'admettre. Elle se souvenait, des mises en garde de sa professeure. « Lorsque votre trahison éclatera au grand jour, beaucoup n'y croiront pas, vous serez honnie. » Elle le savait pourtant, elle s'y était préparée. Mais soudainement, l'idée d'être à jamais enfermée dans ce rôle un peu trouble, de vivre en permanence sur la frontière ténue entre le bien et le mal, cette idée l'effrayait. Le comportement de Sirius était l'exemple même de ce qu'elle aurait à subir toute sa vie. Méfiance, crainte, rancune, colère. Aucune gratitude, alors que c'est sa vie qu'elle mettait en jeu sur le grand échiquier de cette guerre à peine déclarée. Un frisson la parcourut brutalement, et même Owein releva la tête pour lui lancer un regard interrogateur où perçait une pointe d'inquiétude. Mais déjà son trouble disparaissait, et son habituel masque d'ironie éclatante d'orgueil reprenait le dessus. Leurs doigts s'entrelacèrent, et les lèvres de la Gryffondor murmurèrent une proposition qui fit lever les yeux au ciel de Rogue et frissonner de plaisir le Préfet-en-chef. Au diable les révisions !
vendredi 8 mai 1978, bureau du directeur.
La nuit était tombée depuis longtemps, et Morphée s'était faite reine des dortoirs. Partout, la noirceur du sommeil était tombée sur les yeux fatigués des élèves. Plus un bruit ne troublait les solennels murs de pierres sombres. Poudlard s'était endormi paisiblement. Pourtant, l'obscure torpeur s'était arrêtée à la porte de Dumbledore - le directeur n'avait pas coutume de passer des soirées inactives. Assis derrière son élégant bureau, il observait avec bienveillance les deux femmes qui lui faisaient face. Erynia Selwin avait son air sévère qu'il lui connaissait depuis toujours, dureté que trahissait pourtant un pétillement presque enfantin dans ses yeux d'un bleu perçant. Mordillant avec distraction une bouchée de pâte d'amande, la redoutée professeure de Défense contre les forces du mal retrouvait une certaine humanité. Albus Dumbledore avait toujours admiré la vaillance d'Erynia, et ce depuis qu'elle avait franchi les portes du château, une quinzaine d'années auparavant. Le directeur n'avait jamais oublié. L'air farouche de cette gamine perdue et maigre, livide et maladive, son regard acéré. La petite Erynia n'avait pas eu une enfance facile, et de cette enfance volée elle avait tirée une force remarquable, ainsi qu'une carapace difficile à percer. Meilleure élève de sa promotion, elle n'attirait pourtant guère la sympathie de ses professeurs, tant elle était froide et calculatrice. Major à l'examen des Aurors, plus jeune Langue-de-plomb de l'histoire, spécialisée dans l'art difficile des manipulations de mémoire, Erynia Selwin excellait partout. Le directeur se servit un verre de brandy et sourit, en pensant que la jeune femme incarnait sans doute à elle toute seule l'entièreté des qualités recherchées par chacune des Maisons du château. Une bien belle Poufsouffle, sans aucune doute ! En face de la jeune professeure, Augusta Londubat était plongée dans un compte rendu finement calligraphié. Des portraits souriant se mouvaient sur chaque page.
- C'est du beau travail, Erynia.
Les épreuves avaient fait de la mère de Frank une femme sèche, raide, en vigilance constante. Son visage prématurément ridé gardait les stigmates des batailles qu'elle avait eues à mener, et il semblait qu'elle n'avait jamais plus été capable de parler gentiment depuis son entrée au Bureau des Aurors. Habillée entièrement de noir, ses cheveux de jais retenus en une stricte tresse dans son dos, elle était une femme sans beauté, mais au charisme effrayant. On la disait sans pitié envers ceux qu'elle traquaient, et sans indulgence envers elle-même. A son métier, elle avait sacrifié sa vie de famille et de femme, et Merlin sait pourtant qu'elle était une personne extraordinaire.
Erynia Selwin eut un hochement de tête et reprit la pile de dossiers qu'avait fini de feuilleter sa collègue. Elle venait de leur présenter ses conclusions concernant ses élèves « officieux ». Pour la plupart, ils formeraient à la fois la relève des Aurors et de l'Ordre du Phénix. Le directeur se leva, et jeta un regard par la fenêtre. Dehors, le parc s'était paisiblement endormi. Une nuit de printemps somme toute très ordinaire. Sa voix était pourtant grave, presque soucieuse, lorsqu'il se retourna vers les deux femmes.
- Quand pensez-vous pouvoir intégrer vos élèves à l'Ordre ? Je crains que le temps nous soit compté.
La professeure de défense sentit les regards de ses aînés se faire très lourds, mais prit la parole avec son assurance habituelle.
- Les Gryffondors sont prêts. Hormis Pettigrow, ils sont tous aptes à être initiés. Sans compter qu'ils postulent pour la plupart tous à l'examen d'Auror, ils seront des combattants efficaces, et des informateurs précieux. Concernant Sally-Anne, l'initiation se fera en même temps. Sa rupture avec sa famille est presque consommée du fait de sa relation avec un non Sang-Pur. Pour sa propre sécurité, je crois important qu'elle rejoigne rapidement les rangs de l'Ordre. Je prévois la cérémonie dès la fin du mois de juin.
- Pourquoi ne voulez-vous pas de Pettigrow au sein de l'Ordre ? demanda Dumbledore en fixant la professeure avec insistance. Peter m'a toujours semblé être un bien brave garçon.
- Ce gosse est trop perdu pour être capable de réellement choisir un camp. Si ça ne tenait qu'à moi, il ne serait au courant de rien ! Mais ses amis ne peuvent rien lui cacher, et cela ne me plaît pas. Sans être doué de mauvaises intentions, je le pense trop vulnérable pour s'engager de la sorte dans cette lutte. Il nous mettrait tous en danger.
Augusta Londubat acquiesça en silence. Elle avait bien connu les Pettigrow, fut un temps. Un temps de cris, de larmes, de bouteilles brisées et d'insomnies pour le petit Peter. Mais l'Auror n'était pas du genre à verser dans le sentimentalisme. Ce dont ils avaient besoin, c'était de soldats. D'hommes et de femmes, même terriblement jeunes, prêts à se battre pour une cause sans faiblir ni faillir. Et ça, Pettigrow n'en serait clairement pas capable. Elle se tourna donc vers Erynia avec un sourire carnassier.
- Et qu'en est-il de la future épouse Malfoy ?
La professeure de Défense ne put retenir un sourire de fierté.
- Elle s'en sort mieux que je m'y attendais. Les préparatifs du mariage sont parfaitement lancés, sa future belle-famille l'a déjà adoptée, et selon Lucius, ces enfants de salauds de Mangemorts chuchotent déjà son prénom jusqu'aux oreilles de leur prétendu Lord.
L'Auror eut un hochement de tête appréciateur.
- Et concernant ses capacités de défense ?
- Son occlumencie est parfaite. Je ne doute pas ne plus rien avoir à lui enseigner d'ici quelques semaines. La légilimencie vient doucement, et son aptitude à manipuler la mémoire est très honorable, du moins suffisante pour la mission qu'elle s'est vue assignée. Quant à ses capacités en défense, je pense qu'elle a toutes les cartes en mains pour réussir parfaitement le rôle qu'on lui a assigné.
- Un rôle plus important que jamais, ajouta sombrement le directeur. Le Ministère gère de plus en plus mal cette histoire, refusant d'admettre qu'il y a un homme derrière tout ça. Le jour où Voldemort se dévoilera au Ministre, le Royaume-Uni sorcier va vaciller. Sans Heather, nous ne pourrons rien faire contre ça.
lundi 18 mai 1978, bibliothèque, Poudlard.
Le temps filait, le mois de mai s'enfuyait sous leurs doigts. La dernière ligne droite s'étendait à leurs pieds, et le souffle court, ils ne pouvaient qu'espérer tenir la distance. Les visages étaient anxieux, les mines, pessimistes. Tous n'avaient qu'une hâte en finir, enfin ! Chacun a un jour senti cet étrange sentiment lui étreindre le cœur, cet affrontement bizarre entre la peur d'un mauvais moment à passer, et le fou désir que cela se termine. Ainsi en était pour tous les septièmes années de Poudlard, qui planchaient depuis des mois sur leurs révisions d'ASPICS, jusqu'à en oublier tout ce qu'il se passait à l'extérieur. Relevant le nez de son parchemin, Remus Lupin poussa un discret soupir. Même l'élève studieux qu'il était commençait à fatiguer. Pourtant, il s'était rarement senti aussi bien. Autour de lui, ses amis n'avaient pas lâché leurs ouvrages du regard. Son cœur se gonfla de plaisir à ce mot. Des amis. Des frères et sœurs qui savaient tout de lui, et l'aimaient tout de même. Il esquissa un sourire alors que ses yeux se posaient sur Frank. Il détailla un instant le visage rond et jovial de son camarade, un visage qui ne perdait que rarement ce doux sourire, parfois moqueur, toujours bienveillant. Pourtant, il avait fallu du temps au fils d'Augusta Londubat pour accepter pleinement la lycanthropie de son ami. Craintes et préjugés bien compréhensibles que Remus avait patiemment appris à apaiser au fil de nombreuses discussions souvent fébriles. La veille au soir, Frank lui avait posé des questions douloureusement personnelles, mais nécessaires. Jamais Remus ne s'était ouvert aussi sincèrement à quelqu'un des circonstances de la morsure, des sentiments terribles qu'amenait la pleine lune. Mais cette franchise avait payé, et Frank avait su dépasser ses craintes pour mieux les faire disparaître. Jamais Remus ne s'était senti aussi pleinement sincère envers lui-même et les gens qu'il aimait. Nul besoin de mentir ou de faire semblant, plus jamais. Un sourire béat éclairait son visage, alors qu'il laissait ses yeux passer de visages en visages. Lily mordillait sa plume avec inquiétude, James zieutait par dessus son épaule pour mieux lire ses fiches de révisions, Alice parcourait fébrilement l'index de son manuel d'enchantements niveau 7, Peter et Frank débattaient le plus discrètement possible d'un détails de botanique, Heather somnolait sur son bureau, et Sirius paraissait absorbé dans son cours de métamorphose. Comme s'il avait besoin de réviser sa métamorphose, se murmura le lycanthrope. Le beau visage de l'aîné des Black était pourtant tout aussi soucieux que celui de ses camarades. Remus le soupçonnait pourtant de ne pas prêter grande attention aux examens tout proches. Bien des questions se posaient pour Sirius, et ses nuits se faisaient de plus en plus agités. En apparence pourtant, le Maraudeur ne laissait rien paraître, ayant même appris à rester indifférent à la présence d'Heather, ne lui prêtant pas plus d'intérêt qu'à un meuble. James ne lui avait pas laissé le choix, et même Remus avait su se montrer intransigeant Heather faisait partie du groupe, et en aucun cas ils ne se rangeraient aux arguments spécieux de Sirius quant à une hypothétique trahison de la russe. Le lycanthrope soupira. Il n'oublierait jamais, la lueur de rage haineuse qui avait brillé dans les yeux de Sirius ce soir-là. « Le jour où cette vipère se retournera contre nous, ne venez pas pleurer – je vous aurais prévenus. »
lundi 25 mai, aux portes de la Grande Salle.
Aller à la potence, en rang par deux. Les visages étaient blêmes. Alice serrait la main de Frank à lui en briser les phalanges. Lily tortillait une mèche de cheveux autour de son index. James et Sirius gardaient leur désinvolte impassibilité, Remus étouffait un bâillement las. Heather était la dernière de la file, un peu en retrait. Elle ressassait ses sombres rêves de la nuit, des songes où dansaient les terribles visages des Malfoy, des Nott et des Black dans un terrifiant ballet masqué où toute vérité n'était qu'un habile mensonge, un écran de fumée. Il y avait des matins où la jeune espionne ne savait plus que croire. Les doutes la tourmentaient plus que le manque de sommeil, et le sourire d'Owein lui-même ne suffisait plus à la dérider. Parfois, elle regrettait amèrement son engagement impulsif au sein de l'Ordre du Phénix. Tout aurait été plus simple, si elle avait été l'héritière obéissante qu'on attendait qu'elle soit – mais il était trop tard pour faire machine arrière, et une Proskoff assumait toujours ses choix, fussent-ils les pires.
Une frêle silhouette apparue soudain au détour des escaliers. Heather fronça les sourcils, elle aurait reconnu entre mille l'attitude décidée de la jeune Callaghan, celle-là même qui lui avait sauvé la mise lors de son incursion dans l'infirmerie, et dont la sœur avait été assassinée par Bellatrix Black et les Mangemorts sur les rives du Lough Allen. Deirdre n'avait qu'une douzaine d'années, et possédait pourtant un aplomb impressionnant. Elle semblait peu se soucier de sa tenue négligée, qui aurait sans doute fait bondir son directeur de maison, et ses longs cheveux bruns paraissaient avoir essuyé une tempête. Fort heureusement pour elle, le professeur Flitwick n'était pas là pour le lui faire remarquer. Sans accorder la moindre importance aux regards curieux voire hostiles de ses aînés, elle vint se planter avec assurance devant la russe qui lui offrit un regard interrogateur avant de la suivre à quelques mètres de là. Deirdre Callaghan fut rapide et concise, alors que les élèves commençaient à entrer dans la Grande Salle transformée en salle d'examen.
- Tu n'as pas oublié que tu m'en dois une, Proskoff ?
Heather hocha brièvement la tête, craignant le service qu'allait lui demander la gamine.
- Je voudrais que tu me rendes un service, et que tu n'épouses pas Malfoy. Parce que je t'aimais bien, et que si tu le fais, tu deviendras complice des assassins de ma sœur.
Les yeux clairs de la Serdaigle brillaient d'une détermination sans faille, et Heaher ne put répliquer. Qu'aurait-elle pu lui dire ? La deuxième année devait ignorer sa mission, pour sa propre sécurité, et cela l'attristait. Elle aurait voulu la rassurer, lui dire que les assassins d'Harriet paieraient pour leurs méfaits. Mais elle ne put que retenir sa respiration et baisser les yeux. Callaghan eut un rictus amer, désabusé, avant de tourner brusquement les talons. Avec rage, elle jeta quelques mots par dessus son épaule et disparut dans l'ombre du couloir.
- Bonne chance tout de même pour tes ASPICS. Nous ne nous reverrons pas. Ou ce sera sur un champ de bataille.
Le cœur serré, la mine sombre, Heather pénétra dans la Grande Salle où l'attendait sa copie de théorie des potions. Et son envie de vomir n'avait rien à voir avec le stress de l'examen.
dimanche 31 mai, terrain de Quidditch.
« Faites que ce match demeure dans les mémoire. »
Potter avait été clair. La défaite n'était pas une option. Le soleil éclatait de chaleur dans un ciel infini de printemps – rien que pour eux. Ils avaient laissé les examens derrière eux, prêts à regarder vers l'avenir. Aujourd'hui était leur grand jour, leur victoire, leur final. Le rideau tomberait bientôt sur leur pièce en sept actes – mais ils occupaient encore la scène. La coupe serait Gryffondor ou ne serait pas. Dans les gradins, tout Poudlard hurlait, sifflait, acclamait ou huait les deux équipes qui surgissaient sur le terrain comme des boulets de canon, se fendant de figures compliquées pour prouver leurs talents respectifs. Au micro, Alice était déchaînée. Vert et rouge s'affrontaient une ultime fois.
Le vent lui fouettait le visage, le soleil lui brûlait la peau, alors qu'Heather achevait avec brio son pas de deux avec Turner. Les deux filles de l'équipe virevoltaient avec confiance et élégance, tout était dans le prestige, la classe, la folie. James paradait une dizaine de mètres au dessus d'eux, chef de meute, général déjà victorieux. Cooper, Duncan et McConnor éclataient d'arrogance dans leurs saltos compliqués. Les Griffons étalaient leurs talents de vols, et les Serpentards relevaient le défi. Ce n'était rien de plus que de l'esbroufe, de la morgue. Aucune équipe ne gagnerait de points à prouver sa maîtrise de vol ou ses talents de voltigeur. Mais l'image de ses danseurs du ciel resteraient gravée dans les mémoires. Sous les cris de la foule, les joueurs prouvaient leur valeur. Puis Mme Bibine siffla, et les Souaffles s'échappèrent de leurs coffres. Tout pouvait commencer maintenant.
Heather s'éleva dans les airs, éclatante d'assurance. Déjà Potter et Duncan menaient le jeu, et les Turner malmenaient avec éclat la défense vipérine. Le vent lui emmêlait les cheveux, le soleil la forçait à plisser les yeux. Ils n'avaient pas droit à l'erreur. Mais Heather souriait, fière au milieu du ciel. Rien n'existait plus que le Vif à trouver, l'ivresse des hauteurs. Le Quidditch était un sport de mégalomanes – à califourchon sur leurs morceaux de bois, les joueurs se prenaient pour des dieux Olympiens. Et les cris ne faiblissaient pas, Alice décrivait avec fébrilité et enthousiasme le duel serré qui se déroulait sous leurs yeux brillants. Rosier était un admirable gardien de but, Sally-Anne une poursuiveuse talentueuse. Cooper frôlait la catastrophe à chaque Souaffle arrêté – bien qu'il ne les arrêtât pas tous. Heather ne lâchait pas des yeux Julian McNair, le sachant redoutablement rapide. Et quelques dizaines de mètres en dessous, les sifflets de la foule ne faiblissaient pas.
« POTTER MARQUE, GRYFFONDOR REPREND LA TÊTE ! »
Le professeur McGonagall s'était levée avec une joie furieuse, une ola s'improvisa chez les supporters Rouges & Or. Tout était une tempête de sons et de couleurs chatoyantes, dans ce ballet rapide et brutal, cet affrontement décisif.
« PAR MERLIN ! UN COGNARD MANQUE DE PEU COOPER, QUI SE RÉTABLIT IN EXTREMIS, MAIS LAISSE AUX SERPENTARDS MARQUER DEUX BUTS CONSÉCUTIFS ! »
Turner renvoya la balle à l'envoyeur, et c'est Rosier qui chancela sur son balai. Duncan égalisa avec facilité. Le temps filait, le soleil était de plus en plus haut dans le ciel. Les buts s'enchaînaient, les Turner jouaient de la batte avec une redoutable précision, face à la brutalité des Serpentards. Le trio infernal des Gryffondors menaient une défense acharnée face à une Sally-Anne terriblement rapide. Ils n'avaient jamais aussi bien joué, et dans les gradins, même les Poufsouffe hurlaient à s'en briser la voix. Heather désespérait de voir jamais arriver le Vif. Et puis Julian McNair fit une terrible embardée, alors qu'un Cognard sifflait à l'oreille de l'attrapeuse rouge & or. Dernière ligne droite.
« MCNAIR SEMBLE AVOIR VU LE VIF ! PROSKOFF SE LANCE A SA POURSUITE, ELLE NE PEUT LE LAISSER L'ATTRAPER, POTTER LA CRUCIFIERAIT! »
Le score était trop serré. Le Vif serait la victoire éclatante de l'un ou l'autre camp. McNair était terriblement rapide, fondant en piqué vers la loge des professeurs.
- TURNER, A VOUS ! hurla la voix de Potter au milieu du brouhaha.
Les jumeaux redoublèrent leurs efforts pour ralentir la progression du Serpentard, et le match sembla se figer pour mieux assister à l'ultime duel entre les deux attrapeurs. Heather jouait de toutes les possibilités de son Foudroyant pour rattraper son adversaire. Indolent, le Vif flottait au dessus d'un Dumbledore tout sourire. Si elle voulait gagner, la collision était inévitable. Heather raffermit la prise sur le manche de son balai. Dix mètres. Huit. Six. Quatre. Elle tendit la main, résolue. McNair ne comprit jamais comment il fut éjecté de son balai pour atterrir sur les genoux d'un professeur Rogue des plus agacé par l'incompétence de ses joueurs. Heather ferma les yeux. Ses doigts se refermèrent sur la petite balle dorée. Se prépara au choc.
La fête de victoire des Gryffondors commença à l'infirmerie, où une Heather commotionnée eut bien du mal à se remémorer les heures précédentes, et même la redoutée professeure de métamorphose s'autorisa un pas de danse avec le capitaine victorieux, dont les cheveux n'avaient jamais été tant en bataille.
« ET GRYFFONDOR L'EMPORTE ! GRYFFONDOR GAGNE LE TOURNOI DE QUIDDITCH ! POTTER PEUT PARTIR AVEC LES HONNEURS, JAMAIS PERSONNE N'OUBLIERA CE MATCH, NICK-QUASI-SANS-TÊTE EN PARLERA POUR LES DIX PROCHAINES DECENNIES A CHAQUE ELEVE QUI FRANCHIRA CES PORTES ! GLOIRE A POTTER, GLOIRE A PROSKOFF, DUNCAN, COOPER, MCCONNOR ET LES TURNER ! LE LION DE GRYFFONDOR PEUT RUGIR FIÈREMENT SUR POUDLARD CE SOIR ! »
vendredi 5 juin 1978, parc de Poudlard
La nuit tomberait bientôt. L'air fraîchissait, le parc avait la douceâtre saveur de la fin. Les arbres balançaient doucement dans le vent du soir, les éclats de voix jaillissaient dans le lointain, depuis la Grande salle et les tours du château. Le parc était vide, écrin de velours pour pierres précieuses. Décor de théâtre pour tragédie.
Heather aurait voulu crier, pleurer, se battre. Elle ne pouvait que se taire, incapable de détacher le regard du visage grave qui lui faisait face. Merlin, qu'il était beau ! Owein avait les traits tirés par le manque de sommeil, un rictus de tristesse mal dissimulée sur les lèvres. Son cœur se serra, douloureusement. Étau de glace pour figer le temps et les larmes. Ils ne pleureraient pas. Personne ne devrait savoir combien ça faisait mal, personne – jamais. Il avait les cheveux en bataille, déjà éclaircis par le soleil de printemps. Les yeux plus brillants que jamais, mais le masque se fendillait, la représentation était terminée. Rideau.
- Alors, ça va se finir comme ça ?
La voix d'Heather n'était qu'un souffle rauque, feulement de détresse animale. Owein aurait voulu la serrer contre lui, ne jamais la lâcher. Ne plus jamais la laisser partir. Mais il ne pouvait pas. Mieux valait couper court, trancher net. Ne pas laisser la plaie s'infecter, suppurer. Ne pas se pourrir, ne pas se haïr.
- Tu ne nous as pas laissé le choix, Heather.
Elle savait. Venus brillait, la première étoile dans un ciel de printemps. La lune montait dans un ciel immense – la lumière de la lune fait tomber les masques, met à nue la vérité des choses. Il avait raison, comme souvent. C'était elle, et elle seule. Bourreau et victime. Offerte en sacrifice à un idéal dont elle ne pouvait lui parler, l'entraînant avec elle dans sa chute. Elle avait décidé, programmé. Les contes de fées ne peuvent durer éternellement. Un tel amour ne pouvait lutter contre la réalité. Rendre les armes, baisser les bras. Accepter la défaite, la sale défaite au goût de gris, les ravages de la guerre sur la peau. Qu'il aurait été doux de mourir là, maintenant, contre toi, ta peau, ma peau nos odeurs nos chaleurs, qu'il aurait été beau de ne faire qu'un enfin pour toujours, loin du monde, loin de l'horreur, du devoir, de l'honneur. Mais je t'aime pourtant, Dieu comme je t'aime, et comme le monde sera moche, loin de toi. Elle n'avait pas besoin des mots, il lisait en elle comme dans un livre, l'épopée de leur amour dans ses yeux à elle, ses yeux brillant de larmes inavouées, sa moue d'enfant blessée et ses mains crispées, jointures blanchies. Étoile ternie.
Et il se souvenait, le redoutable héritier Rhys-Meyer, il se souvenait de la brûlure de cette première rencontre, de leur combat d'ego, au corps à corps, de son odeur, du goût du premier baiser, de ses failles, de ses cicatrices qu'il avait embrassées une à une pour mieux les soigner, de ses cauchemars d'enfant et de la chaleur de ses lèvres. Il n'oublierait pas, les tango, la fièvre de la Salle sur demande, des éclats de rire, des promesses faites aux étoiles, d'Andromède enchaînée à son rocher – du destin inéluctable. Il gardait en lui ce désir fou, cette passion ardente qui lui valait les moqueries, il s'en fichait, il l'aimait, il l'aimait comme personne avant comme personne après. Il avait été les rois du monde, Zeus et Héra au sommet de l'Olympe, ils avaient été la superbe du ciel, la grâce sans nom de la nuit, l'infini du temps. Ils avaient été une flamme indicible, l'éphémère perfection. Et elle s'en allait.
Décidée, crucifiée sur l'autel de sa fierté. Heather se déchirait pour mieux le perdre, se jeter au gouffre d'un mariage non désiré. Comme si tout ça n'avait pas existé, rien de plus qu'un décor en papier mâché, la pièce finissait, les acteurs se démaquillaient. Rien de plus qu'un écran de fumée.
Et Owein parlait, ne pouvait cesser de lui dire combien il l'avait aimée. Aux pieds du mur, il souriait tristement, acceptait la défaite. Grise et poussiéreuse sur le bûcher de leur histoire-brasier, leur passion achevait de se disperser au vent des regrets. Finis. Et elle était belle, désespérément belle, à mourir pour elle. Ses cheveux auburns étaient des flammes dans le soleil couchant, ses tâches de rousseur, son nez busqué, sa moue terrifiée, et ses yeux. Prunelles mordorées où il s'était laissé emprisonner si souvent. Quelques mois, quelques semaines. Des photos passées et des souvenirs ternis. Des nuits blanches déjà grises, une Salle sur demande qui ne s'ouvrirait plus jamais pour eux, un Noël unique comme un rêve de coton, une famille effleurée, restée à l'état de rêve, des étoiles inaccessibles et l'envie de fuir qu'ils n'avaient jamais concrétisés.
J'y ai presque cru, à nos amours déchues. À ta peau, ton odeur, ta saveur, la couleur de tes rêves mêlés aux miens, au son de ton rire pour déchirer la nuit. J'y ai cru, à cette fuite éperdue contre toi. Je t'aurais épousée, tu sais. Mais c'est fini, alors, cours, va, jette-toi dans les bras de Malfoy et de l'horreur de l'obscur. Perds-toi dans les méandres de tes propres ténèbres. Tu seras belle à ton mariage, tu seras royale. Moi je t'aurais aimée même boueuse, crasseuse, démunie, plus bas que terre. Si tu avais voulu, je t'aurais emmenée loin de tout ça, je t'aurais sauvée de ton propre gouffre pour goûter au bonheur à l'autre bout de la terre. Je t'aurais sauvée comme tu m'as sauvé, le jour où je t'ai rencontrée. Tu as fait de moi quelqu'un de meilleur, et je te dois plus que les mots ne peuvent le dire.
La fin se dessinait sous leurs amours consumées. Rien de plus qu'une histoire à destruction programmée. Ils n'avaient été qu'une chimère, une brume de bonheur, un mirage chancelant. Fini. La silhouette d'Owein Rhys-Meyer disparaissait lentement dans la silencieuse fin de jour, les arbres sifflaient une sombre mélopée et Heather pleurait.
Tadaaam. Voilà, Owein et Heather c'est fini. Il fallait bien que ça arrive. J'ai eu un mal fou à écrire cette scène - comment faire se séparer deux personnes qui s'aiment autant ? Mais c'est fait. Qu'est-ce que ça vous a fait d'apprendre que Selwin était une Poufsouffle ? L'allusion était fugace, mais je suis sûre que vous l'aviez imaginée Serpentard ou Gryffondor ahah :D J'espère que je m'en suis pas trop mal tiré avec le match de Quidditch, c'est tellement pas ma tasse de thé ! Le prochain chapitre sera un chapitre d'adieu à Poudlard, préparez vos mouchoirs.
Plein d'amour pour vous,
Courage à ceux & celles qui sont encore en examens/concours/oraux, l'été arrive bientôt !
Gracieusement vôtre,
Hélène.
