Coucou tout le monde! Comment allez-vous? :D J'espère que vos vacances se passent bien :)

Surprise, je poste le chapitre plus tôt parce que demain je pars en Grèce (à la recherche des Chevaliers d'Athéna (si ça pouvait être des Ors, ça serait top)!) jusqu'au 30 *^* Autre bonne nouvelle (hormis la taille du chapitre), comme j'ai réussi tous mes examens je vais pouvoir passer toutes mes vacances à écrire *O*

Sur ce, je vous laisse avec ce chapitre (j'ai plein de choses à vous dire, vous trouverez ça en fin de chapitre) :D

Enjoy!


-En fait, (Inspiration pénible) je suis pas entièrement chinois. (Expiration sifflante) Mon grand-père était coréen et il (Nouvelle inspiration difficile) a participé à la conquête de Mandchoue ici, et il a tellement aimé la région qu'il (Courte expiration tremblante de fatigue) s'est installé et s'est marié avec ma grand-mère, qui elle était chinoise. (Dernière inspiration torturée) Et pour perpétrer la tradition de son pays, il a donné des noms coréens à ses enfants et petits-enfants. *

Yato tenta de reprendre sa respiration, le souffle court et sifflant, incapable pourtant de s'arrêter de parler malgré son épuisement manifeste. Ses joues étaient rougies par l'effort de la marche au rythme soutenu imposé par les deux ors, désireux de commencer l'entrainement avant leur arrivée au Sanctuaire, souhaitant surtout savoir si Yato méritait réellement sa place auprès d'eux. En vérité, ils étaient déjà près de leur point d'arrivée, de sorte qu'il était trop tard pour faire demi tour.

Mais même après autant de temps de marche, Yato continuait de peiner face à un effort physique trop violent et tirant en longueur. Dégel avait déjà pu évaluer qu'il se débrouillait mieux dans des exercices plus courts, même si l'effort était violent. Contrairement à lui, Mikhail commençait à faire preuve de véritables progrès question endurance. C'en était presque hallucinant, presque. Néanmoins, niveau caractère, aucune évolution n'était réellement notable… Quoique…

Quelques pas devant lui, la poitrine soulevée par une respiration légèrement saccadée (mais moins pénible que celle du nouveau venu), Mikhail leva les yeux au ciel et grogna:

-Mec, j'en ai rien à faire, tu te rends même pas compte à quel point.

Alors que Yato tentait de montrer son effroi grâce à quelques quintes de toux étouffées, Kardia (qui les écoutait distraitement) éclata de rire, ravi de la répartie du russe:

-Hahaha excellent gamin!

Dégel enfouit son visage dans une main, l'air sincèrement désespéré:

-Oh non, il devient comme toi…

Comme il s'y attendait, Kardia et Mikhail lui jetèrent un regard horriblement choqué et vexé, et ils grondèrent comme un seul homme en désignant l'autre d'un index dégouté:

-Quoi?! Moi, comme lui?!

Ils se toisèrent d'un regard noir pendant une longue seconde (Dégel avait tellement l'habitude qu'il n'intervint même pas) avant que Mikhail ne pouffe doucement et ne baisse les yeux le premier. Kardia sourit et fronça le nez, ébouriffant affectueusement les cheveux blancs du jeune garçon:

-Ca va, y'a pire comme comparaison.

Etrangement, depuis la soudaine crise de Kardia juste après son combat en Chine, Mikhail se montrait beaucoup plus complaisant envers son ainé, comme si, bien qu'il n'arrive pas à mettre un mot précis dessus, il avait compris que quelque chose mettait les jours du Scorpion en danger. Et bien qu'ils continuent de se chercher des noises, ils avaient toutefois ajouté à leurs petites joutes verbales une nuance plus… Rieuse.

Comme pour confirmer cela, Mikhail, qui préférait toujours s'adresser à Dégel en premier, leva les yeux vers lui, l'air toujours aussi admiratif:

-Dites, Monsieur Dégel, qui sera mon maître?

Le Verseau haussa légèrement les épaules:

-Je ne sais pas encore, il faudra en parler avec le Grand Pope qui verra quel rang t'attribuer et à quel maître te confier.

-Peu importe ce que le vieux va dire, je compte bien te mettre dans le même groupe que Liam, et tu t'entraineras avec lui quand je viendrai vous chercher. Puis Dégel s'occupera du reste, pas vrai, très cher?

Le ton de Kardia était tellement faussement mielleux que le Verseau leva les yeux au ciel: pendant un instant il avait craint que ce modèle de discrétion risquait de lui donner un surnom plus explicite:

-Si le Pope est d'accord, je t'aiderai à contrôler ton cosmos pour éviter qu'il… Te dépasse.

Un frisson secoua les épaules de Mikhail puis redescendit le long de son dos, et il passa les mains sur ses bras, le visage soudain livide:

-Comme l'autre fois…

Il ne gardait qu'un souvenir flou de ce qui s'était passé lorsque son au-… Cosmos s'était soudain embrasé, à ce moment en Russie. Il entendait vaguement les hurlements de souffrance et les pleurs de Sergeï, voyait pour seule couleur le rouge du sang qui giclait en véritables fontaines,… Seul lui restait ce sentiment terrible et oppressant de rage, de douleur et de peine qui le hantait encore aujourd'hui. Tellement fort, tellement vivant que son coeur avait manqué de céder face à tant de souffrance émotionnelle. Ca et puis le sourire fatigué de Filipa au moment de sa mort.

La seule chose dont il se souvenait parfaitement et dont il continuait de rêver la nuit avec une précision effrayante, c'était le regard terrifiant de Sergeï au moment où il pointait le fusil sur son front, le moment où la voix de son modèle le plus cher soufflait avec une horrible sensation de réalité:

-Tu ne m'es plus d'aucune utilité, sale monstre.

Il se réveillait chaque nuit au moment où la dernière balle heurtait son front, le laissant d'abord affronter les deux autres blessures au niveau de la poitrine et les dernières paroles de Sergeï:

-Si ton pouvoir ne peut pas me servir, autant qu'il ne serve à personne.

Le Russe frissonna brusquement et plaqua la main sur ses lèvres lorsqu'une violente nausée le fit revenir à la réalité. Les yeux exorbités et le front trempé de sueur, complètement aveuglé par le voile de souvenir qui lui emplissait les yeux, il n'entendit pas tout de suite la voix de Yato l'appeler et il sursauta lorsqu'il posa une main inquiète sur son épaule:

-Heu… Ca va pas?

Mikhail ferma les yeux et se força à inspirer profondément, à refouler ce souvenir loin, loin dans un creux de sa mémoire, à repousser la nausée qui l'envahissait petit à petit. Les épaules tremblantes, il souffla, la voix étouffée par la paume de sa main:

-Ca va… C'est rien…

Yato fronça les sourcils et se redressa avant d'ouvrir la bouche pour demander aux deux ors de s'arrêter un court instant, mais Mikhail lui agrippa la manche, l'air terrifié à l'idée que les deux hommes ne l'estiment pas digne de devenir un Chevalier, et donc d'accomplir sa vengeance:

-Non! Non, ne dis rien, je vais bien!

-Je vais juste leur demander de…

-Non, tais-toi, regarde, je vais déjà mieux.

Le garçon aux yeux verts se remit à marcher vivement, bien décidé à distancer à la fois Yato et cette peur qui ne le quitterait sûrement jamais. Hors de question d'avoir l'air faible, hors de question de risquer de ne pas pouvoir accomplir sa vengeance, la vengeance de Filipa. Il serra les poings et se força à lever la tête: rester calme, respirer et se reprendre avant de lancer nonchalamment:

-Ils étaient comment vos maitres à vous?

Dégel lui jeta un air à peine intrigué:

-Mon maître était un homme très noble, un père spirituel en plus d'être une personne exceptionnelle et un Chevalier puissant. Il m'a guidé sur la voie de la chevalerie mais aussi dans la vie, sans lui, je ne serais pas la personne que je suis aujourd'hui. Je lui dois tout. (Il réfléchit un court instant avant de souffler distraitement) Sans doute la meilleure rencontre de toute ma vie, maintenant que j'y pense…

-Hé!

S'écria Kardia en fronçant dangereusement les sourcils (malgré le fait qu'il sache que le sujet Crest était encore sensible pour son compagnon, il n'avait pas pu s'en empêcher) et Dégel soupira:

-Une des meilleures rencontres de ma vie, ça te va comme ça?

-Mouais, c'est mieux, mais je te retiens!

Peu concerné par leur échange, Mikhail se tourna vers le Scorpion:

-Et vous? Il était comment votre maître?

Kardia fit une légère moue et porta la main à son menton, comme s'il réfléchissait à quels mots choisir:

-Bon, mon maître à moi avait pas cinq cent ans mais il était…

-Quoi?!

-Ouais le maître de Dégel avait cinq cent ans.

Mikhail écarquilla des yeux ébahis et se tourna de nouveau vers Dégel:

-Mais comment c'est possible?!

-En fait c'est plus simple qu'il n'y parait: la Déesse Athéna de son époque lui a fait don de son sang et donc de la Misopetha Menos, ce qui veut dire que ton coeur ne bat plus que…

-Bon! (S'exclama Kardia en claquant dans ses mains) C'est pas que je veux paraitre égoïste, mais est-ce qu'on peut recentrer la conversation sur moi? Merci!

Dégel ne réagit même pas, complètement épuisé par le comportement terriblement enfantin du Scorpion:

-Je t'en prie…

-Merci bien! Donc, je disais avant d'être grossièrement interrompu…

-Regardez qui parle.

Se moqua gentiment le Français en plissant les yeux. Kardia le foudroya du regard avant de reprendre, sans le quitter des yeux:

-Que mon maître avait un énorme complexe d'infériorité et de manque de confiance en soi qui le faisait se rabattre sur moi. Pas méchant hein, juste irritable et super exigeant.

Malgré lui, Dégel tendait l'oreille: Kardia n'avait encore jamais parlé de son maître, et les rares fois où lui-même l'avait vu ne lui avait pas permis de se faire une idée de la personnalité du Scorpion de l'époque. Il n'aurait jamais cru qu'un homme de son physique (en effet, Sargas était presque aussi grand qu'Aldébaran, pourvu de larges épaules sur lesquelles tombaient de fines mèches de cheveux blancs, d'un teint hâlé et de deux yeux verts masqués par des sourcils si souvent froncés) ait souffert d'un quelconque complexe, encore moins d'infériorité! Lui qui semblait si sûr de lui, c'était le comble.

-Qu'est-ce qui l'a poussé à se sentir si peu confiant en ses propres capacités?

Kardia haussa les épaules:

-D'après ce que j'ai compris, il a perdu le combat qui devait lui faire gagner l'armure du Scorpion, et c'est Zaphiri, ouais je crois que c'était un nom de pierre précieuse, qui l'a emporté en le battant. Du coup il s'est retrouvé Chevalier d'Argent parce qu'il était moins fort que l'autre. Sauf qu'il en a gardé un sentiment d'infériorité et d'insécurité un peu trop fort: il était plutôt sûr de son coup, alors je te raconte pas comme il est tombé de haut quand c'est Zaphiri qui l'a battu!

Dégel fronça légèrement les sourcils:

-Zaphiri… Ce n'est pas lui le Chevalier qui a trahi le Sanctuaire en essayant de réveiller Poseidon?

-Lui-même, mais mon maître a entendu par Lugonis, tu sais, le maître d'Albafitruc…

-Albafica, arrête de faire comme si tu ne le savais pas.

-On s'en fout de son nom, on le voit jamais de toute façon! En pour Zaphiri, apparemment il voulait faire ça pour protéger la Terre.

-En quoi est-ce que réveiller le Dieu des mers était un moyen de nous protéger?

-Apparemment, il avait les boules parce qu'Athéna était toujours pas réincarnée et du coup il commençait à douter. Bref, quand il est mort, vu qu'il avait trahi, le titre est revenu à mon maître. C'était un second choix quoi, et il l'a plutôt mal vécu et s'est toujours dit qu'il était pas doué. Et comme il voulait compenser, il m'en a fait baver un max ce salopard!

Mikhail poussa un sifflement:

-Il était si terrible que ça?

-Bof, il était pas méchant, juste super exigeant quoi.

Répondit simplement Kardia en gesticulant pour attraper une pomme et croquer dedans, comme pour signifier que la discussion était close. Dégel allait intervenir lorsqu'une voix les fit s'arrêter brusquement (sauf Yato, qui bouscula donc légèrement Mikhail):

-Halte!

Les deux ors trouvèrent rapidement la source de la voix: un soldat du Sanctuaire détaché dans cette zone, pourtant assez reculée, se dressait sur un rocher à leur gauche, la lance en main et les sourcils froncés:

-Qu'est-ce que vous faites là? Cette zone est interdite aux civils.

Dégel leva une main ouverte devant le visage de Kardia pour l'empêcher de dire tout haut le fond de sa pensée (elle venait d'effleurer son esprit et ne jugeait pas bon de laisser le garde l'entendre) et répondit:

-Dégel du Verseau et Kardia du Scorpion, nous revenons d'une mission en Russie et en Chine et nous rentrons aux Sanctuaire par la voie terrestre.

En effet, comme vous vous en doutez sans doute, Kardia avait fait des pieds et des mains pour éviter de reprendre cette, je cite, « saloperie de putain de bateau de merde! » pour rentrer. Et puisque, au vu de leur trajectoire, la voie terrestre était même la plus efficace, Dégel avait accepté.

Le garde plissa les yeux, remarqua un reflet doré derrière les tissus qui enveloppaient les boites dans leurs dos, pâlit et se mit en garde:

-Pardonnez-moi, seigneurs, je ne vous avais pas reconnus! Je ne savais pas que vous deviez rentrer si tôt et… (Il hésita) accompagnés.

Kardia haussa les épaules en croquant dans sa pomme:

-Ouais, ça nous arrive de plus en plus souvent.

Le soldat poussa un petit « ah d'accord » contemplatif avant de désigner le chemin du bras:

-Rien ne vous empêche de passer alors, un simple conseil, évitez de longer les baraquements de trop près: cette zone sert de quarantaine, ça serait dommage de choper une maladie.

-Nous nous en souviendrons, merci.

Dégel remercia le soldat et se remit en route, suivi par les deux garçons et accompagné par Kardia:

-Tu vois pourquoi je préfère qu'on prend le bateau.

-Roh exagère pas, ça change rien.

-A moins que chaque garde de cette zone ne nous arrête à chaque fois qu'on en croisera un.

Kardia haussa les épaules et jeta le trognon (déjà?) de la pomme par dessus son épaule, poussant Yato à faire un bond sur le côté pour l'éviter:

-Au pire on a qu'à mettre nos armures: ça leur fera vite comprendre qui on est et que donc, y'a pas de problèmes.

Dégel lui jeta un regard surpris avant d'esquisser un sourire:

-Mais c'est que tu dirais presque des choses intelligentes, ma parole.

-Toujours aussi drôle Dégel, tu m'épaterais presque.

Grinça Kardia en le foudroyant du regard. Le Verseau haussa un sourcil et ajusta ses lunettes sur son nez:

-Blague dans le coin, on devrait mettre nos armures, tu as raison.

-Comme toujours.

Se vanta le Scorpion en rejetant une mèche de cheveux en arrière dans un mouvement théâtral exagéré. Dégel leva les yeux au ciel, épuisé:

-Je ne vais même pas relever cette malhonnêteté intellectuelle de ta part.

-T'es frustré parce que j'ai encore raison? Allez, avoue.

Kardia le gratifia d'un coup de coude moqueur et Dégel se décala d'un pas, soudain très sérieux:

-Certes, comme la fois où t'es dit que le mieux pour ne pas m'inquiéter, c'était de ne pas me dire que tu étais malade.

Le Grec fronça dangereusement les sourcils, toute trace de sourire envolée de son visage:

-C'est petit ça, et c'est dégueulasse de parler de ce moment-là: je me suis excusé, merde. Et en plus tu sais que je déteste parler ça.

-Ne pas en parler ne fait pas disparaitre le problème.

-Tu veux qu'on en parle? Ok, on va en parler alors! (S'écria soudain Kardia) Tu savais qu'il me restait plus ou moins trois ou quatre ans à vivre? Et encore, c'est pas comme si chaque crise m'enlevait un ou deux mois! Et puis qui sait, il suffirait d'une bête fois où tu serais pas là à temps et je pourrais même carrément mourir prématurément! C'est génial, hein? Ca vaut carrément la peine d'en parler et de se faire bêtement du mal, pas vrai, Dégel?!

-Arrête.

-Pourquoi ça? C'est pas toi qui avait envie qu'on en parle? Allons, tu sais bien que même si on en parle pas ça changera rien au fait que je vais clamser, non?

Malgré la présence des enfants, malgré son calme glacial, Dégel ne put empêcher son bras de se redresser vivement, comme pour le faire taire, le faire arrêter de parler de ça avec autant de cruauté. La main de Kardia agrippa son poignet à quelques centimètres de sa joue, les yeux devenus deux fentes rougeoyantes et cruelles, tellement effrayants que le Verseau sentit son coeur se serrer:

-Tu vois pourquoi j'ai pas envie d'en parler? Plutôt que de me pourrir le peu de temps qu'il me reste en parlant de cette saloperie, je préfère la laisser de côté tant qu'elle me tue pas à petit feu. Je préfère la reléguer au second plan pour profiter de ce que j'ai maintenant plutôt que de penser du matin au soir à cette merde.

-Pourquoi tu ne dis pas tout de suite ça alors? Pourquoi est-ce que tu dois tout de suite exagérer?

-Parce qu'en même temps je t'apprends une leçon: ne parle plus jamais comme ça de ma maladie, vu?

Dégel serra les mâchoires et hocha la tête, les sourcils froncés et la gorge serrée:

-Je te déteste quand tu es comme ça.

Une lueur de surprise nuança le bleu des yeux de Kardia avant qu'un sourire mauvais n'étire ses lèvres:

-Quand je suis comment?

-Quand tu es si cruel.

Le ton de Dégel s'était fait dur, irrévocable, tellement sérieux qu'il y eut une longue seconde de silence glacé entre eux, rompu par une voix timide:

-Heu… Est-ce que tout va bien?

Sans quitter Kardia des yeux, Dégel articula:

-Tout va bien. Juste une petite mise au point.

-Ouais. Rien de bien grave.

Avec une lenteur calculée, il lâcha le bras de son frère d'armes, sans le quitter des yeux. Mal à l'aise, les deux garçons se jetèrent un regard intrigué avant que Mikhail ne s'écrie soudain:

-Bon, donc c'est par là le Sanctuaire? On va partir en éclaireurs, pas vrai Yato?!

-Hein? Ha heu oui, bien sûr!

Manifestement ravi d'être tiré de cette situation, le garçon ne demanda pas son reste et s'en fut à la suite de Mikhail, laissant une distance raisonnable entre eux et les deux Ors. Kardia inspira profondément puis soupira longuement:

-Je t'ai pas fait mal?

-Parce que ça te préoccupe vraiment?

-Ok, écoute je suis désolé de m'emporter comme ça mais (Kardia grimaça, comme si les mots peinaient à sortir) ça me fout en rogne de parler de « ça ». Et comme t'arrêtes pas d'insister sur ce sujet, ça me rend dingue.

-Est-ce que c'est une raison pour me faire ça?

-Oh ça va j'ai pas serré fort non plus.

-Je ne parlais pas de mon bras, sombre idiot, je parlais de ce que tu as osé dire juste avant.

Kardia sentit son sang ne faire qu'un tour mais il se força à rester calme, à écouter pour une fois que Dégel osait enfin parler de ce qu'il ressentait:

-Je pensais pas à mal.

-A d'autres, tu savais parfaitement que ça me blesserait d'entendre ce genre d'horreurs, et tu le fais encore et encore.

-Comme toi avec ma maladie, comme ça on est quittes.

Dégel serra les poings:

-On n'est pas quittes du tout: je fais ce genre de remarques pour t'aider, même si j'avoue que j'ai tendance à être un peu… Maladroit parfois.

Kardia esquissa un sourire:

-Parfois?

-Bon d'accord, souvent. Mais tu sais à quel point c'est difficile pour moi d'exprimer ce que je ressens, ce qui se passe là.

Tout en parlant, il désigna brièvement sa poitrine de la main, comme s'il estimait ne pas avoir été assez précis:

-Ce que je veux dire, c'est que même si je déteste qu'on en parle, surtout quand tu en parles comme ça, il ne faut pas pour autant la nier.

Il sembla chercher ses mots, avec tant de difficultés que Kardia souffla pour l'aider:

-Qu'est-ce que t'as ressenti?

Dégel fit la grimace:

-De la douleur, de la peine… Peut-être de la peur aussi, je ne sais pas. En tout cas, c'est détestable, et je refuse que tu parles encore une fois comme ça.

Le Grec esquissa un sourire presque qualifiable d'attendri et posa un doigt sur le front de Dégel:

-Tu penses trop avec ça, seigneur Dégel… (Sa main descendit se poser sur la poitrine de son frère d'armes) Pas assez avec ça.

Un léger frisson remonta dans son dos, et Dégel masqua son émotion avec un haussement de sourcils et un demi sourire:

-Tu peux parler, monsieur l'impulsif.

Kardia haussa les épaules:

-Hé, j'en peux rien, ça fait partie de mon personnage.

Puis, sans attendre, comme pour l'empêcher de reculer ou de fuir, il referma les bras sur son compagnon et le serra contre lui de toutes ses forces, le visage enfoui dans ses cheveux:

-Désolé.

D'abord surpris et légèrement inquiet du fait de la proximité relative des enfants, Dégel poussa un soupir et posa maladroitement, timidement ses mains dans le dos de Kardia:

-Moi aussi.

-Ca va aller, d'accord?

Il hocha la tête et ferma les yeux, appréciant simplement l'étreinte rassurante dont il avait étrangement besoin. Bizarrement, alors qu'il n'avait jamais vraiment apprécié les grandes démonstrations d'affection, il avait l'impression de ne jamais pouvoir se passer de celle-là. Pourtant, il se dégagea doucement et détourna légèrement:

-Allons-y, le Pope attend un rapport.

-Ouais, et vu ce qui s'est passé on ferait mieux de faire vite.

Une fois les armures enfilées (quoique légèrement endommagées), plus aucun garde ne les arrêta et ils aperçurent bientôt les fameux baraquements à éviter. Kardia inspira profondément l'air de la mer toute proche (mais assez loin toutefois pour ne pas le rendre malade) et ferma les yeux un court instant pour apprécier la chaleur tant aimée de son pays.

Perdu dans son petit bonheur, il ne remarqua pas une maison plus proche et l'homme d'âge mur qui se tenait à la fenêtre. Homme qui porta une main tremblante à ses lunettes: la cape flottant fièrement au vent, l'armure brillante reflétant la lumière du soleil, un air rayonnant sur le visage, ce Chevalier était radieux, symbolisait la force et la vie même. C'était impossible et pourtant…

-Cosimo?

Non, ce garçon était bien trop jeune pour être Cosimo, celui que Helena lui avait préféré tant d'années auparavant. Trop jeune, trop lumineux,… Et aux yeux trop bleus… L'homme murmura un « impossible » silencieux et ôta ses lunettes, la voix tremblante d'émotion:

Kardia?

Il se précipita vivement à la porte, leva une main en porte voix avant d'appeler et de… Il se mordit la lèvre et se tut, son bras retombant le long de son corps, des larmes émues et soulagées dans ses yeux fatigués. Il murmura:

-Je suis si fier de toi… Et si heureux que tu ailles bien…

Il sourit et retint bravement son appel, terriblement soulagé de voir que son protégé allait bien (depuis sa fuite, il avait fini par croire qu'il était peut-être mort) et que, mieux encore, il était devenu un Chevalier d'Athéna. Et pas n'importe quel rang, un Chevalier d'Or qui plus était. Heureux comme s'il s'agissait de son propre fils, le médecin souffla:

-Continue comme ça, mon grand.

Comme s'il l'avait entendu, Kardia s'arrêta soudain et se retourna vers lui. Il y eut un long moment de silence, comme s'il se souvenait l'avoir vu quelque part sans arriver à le reconnaitre. Puis, l'homme lui adressa un timide signe de la main, et le Scorpion se raidit: il l'avait reconnu. C'était le médecin qui l'avait retrouvé dans la rue et l'avait soigné. Celui qui s'était comporté comme un père envers lui.
Zacharias.

Ils restèrent immobile un instant avant que Kardia ne sourie et ne lève un pouce victorieux en souriant. Meilleure preuve que tout allait bien. Remerciement silencieux.

Zacharias leva un poing d'encouragements et imita son signe. Puis, après un dernier échange de sourire (reconnaissants et émus), le Scorpion se détourna, sans un regard en arrière.

Dégel jeta un coup d'oeil vers les baraquements, intrigué:

-Qu'est-ce qu'il y avait?

Etrangement calme, comme nostalgique, Kardia souriait:

-Rien. Juste de vieux souvenirs.

$s$s$s$

Comme il l'avait fait pour Liam, Kardia tint absolument à ce que les garçons découvrent le Sanctuaire d'en haut. Et comme Liam, tous deux tombèrent à genoux, les joues trempées de larmes d'émotion, lorsque le soleil engloba la haute statue de la Déesse de la Guerre. Eux seuls savaient ce qu'ils voyaient par delà cette image (peut-être le visage épanoui d'une soeur adoptive enfin en paix, ou bien celui d'une mère partie trop vite?), la puissance de la vague d'amour et de paix qui les submergeait soudain.

Malgré lui, Dégel ne put s'empêcher de penser que cette idée était bonne. Quel meilleur test de fidélité que celui-ci, présenter les futurs Chevaliers au cosmos de leur Déesse et observer leur réaction. Comme quoi, quand il le voulait, Kardia pouvait vraiment avoir de bonnes initiatives. Comme s'il l'avait entendu (ce qui était sans doute le cas), le Grec lui adressa un clin d'oeil.

Arrivés au pied du Sanctuaire, ils confièrent Yato à un garde envoyé par le Pope lui-même afin qu'il rejoigne immédiatement le groupe de novices qui venait d'être formé. L'air légèrement inquiet, le garçon leur jeta un coup d'oeil et, quand Mikhail lui adressa un signe de tête entendu, il sembla rassuré et suivit le garde sans faire d'histoire. La boule au ventre malgré son air fier et hautain, le Russe demanda distraitement:

-Et moi? Je ne vais pas dans un groupe aussi?

-Il semblerait que le Pope veuille te rencontrer personnellement.

Répondit laconiquement Dégel en haussant les épaules et en gravissant les escaliers qui les mèneraient au treizième temple. Mikhail déglutit, inspira profondément avant de souffler et de suivre les deux Ors, ménageant ses forces en prévision d'une escalade qui promettait d'être à la fois longue et éreintante. Et si ce fameux Pope refusait de l'accepter au Sanctuaire? Et si son cosmos s'était affaibli à cause de ce qui s'était passé en Russie? Comment pourrait-il se venger? Comment allait-il pouvoir retrouver ce Klaus et lui faire payer tout ce que Filipa avait subi?

Le coeur battant, Mikhail cessa bien vite de s'inquiéter, abasourdi par l'architecture du lieu: chaque temple semblait avoir son « identité » propre, si bien que le premier était complètement différent du deuxième. A l'entrée de chacun, un homme en armure dorée semblait en garder l'accès. Mais dès qu'ils reconnaissaient leurs confrères, ils s'écartaient ou, au contraire, s'avançaient pour les saluer. Le premier gardien semblait étonnamment jeune, comme s'il était à peine plus âgé que lui, le second était un véritable géant,… Etrangement, il n'y avait pas de troisième, comme si personne ne surveillait ce temple. Il hésita à en demander la cause mais il comprit vaguement que ce devait être un sujet sensible au vu du soudain silence de Kardia et Dégel.

Arrivés au quatrième, un homme aux courts cheveux en bataille attendait aux côtés d'un jeune garçon aux cheveux rouges mi-longs, un sourire à la fois moqueur et rassuré sur les lèvres:

-Vous aura fallu le temps bande de salopards: je vous préviens, je compte bien être payé à l'heure pour mon service rendu!

-Va te faire voir, Mani', je suis sûr que t'as pas dû le surveiller tant que ça!

Répondit Kardia avec un large sourire avant de gratifier son frère d'arme d'une accolade amicale:

-Je le savais que j'aurais dû te faire signer un contrat avant que tu te barres.

-Ouais bah t'as manqué ta seule occasion de t'enrichir, tant pis pour toi.

Resté légèrement en retrait (moins friand de ce genre de contact que son confrère), Dégel adressa un signe de tête à Manigoldo. Puis, le jeune garçon aux yeux ambrés s'avança d'un pas, l'air ravi:

-Bon retour chez vous, seigneur Kardia, seigneur Dégel.

-Content de te revoir, Liam.

Répondit simplement Dégel avec un léger sourire, alors que Kardia lui ébouriffait affectueusement les cheveux. Mikhail fronça légèrement les sourcils: non mais, c'était qui lui? D'où est-ce qu'ils le connaissaient? Un apprenti? Le fils d'un ami? Un servant? Et pour qui il se prenait enfin?! Comment ça se faisait qu'il avait droit à un sourie de Dégel alors qu'il parvenait à peine à s'attirer un regard?!

-Mikhail, voici Liam: tu t'entraineras avec lui à partir de demain.

Ah, c'était donc lui l'autre apprenti avec qui il devrait coopérer. Le Russe s'empêcha de grimacer: il n'était pas venu ici pour se faire des amis (à vrai dire, il n'en avait jamais eu), des poids morts: il voulait devenir puissant, vite.

Comme il se contentait d'un vague et maladroit « Bonjour » en grec et d'un hochement de la tête, Liam cligna des yeux et fronça légèrement les sourcils, sans dire un mot, créant momentanément un silence embarrassant qui lui parut durer mille ans. Puis, Mikhail ressenti comme un pincement au coeur et soudain, une sorte d'étincelle émanant du garçon lui fit écarquiller les yeux. Une étrange lueur dorée venait de l'éblouir pendant un court instant, lui laissant entrapercevoir un jeune homme aux longs cheveux rouges sourire franchement à son voisin, légèrement plus petit, aux courts cheveux blancs et au sourire moqueur. Mais la courte vision prit fin avant même qu'il ne le réalise, le laissant abasourdi et le coeur battant.

Avant qu'il n'ait pu dire quoi que ce soit, Liam esquissa un large sourire franc et lui tendit la main:

-Bonjour Mikhail, bienvenue chez toi.

Sans qu'il comprenne comment c'était possible, il su quel était le sens des paroles du jeune garçon en face de lui et il se sentit… Comment dire cela? Etrangement soulagé? Comme si une vague de chaleur avait englobé son coeur inquiet. Alors, après une courte seconde, Mikhail serra la main que Liam lui tendait, avec une franchise sincère:

-Merci.

Tout compte fait, avoir un ami ne pouvait pas faire de mal. D'autant plus qu'il s'agissait du premier.

$s$s$s$

-Je ne parviens pas à le croire… (Murmura le Pope, abasourdi) Vous dites que ce Spectre rassemble des enfants possédant un cosmos et essaye d'en faire des… « Spectres artificiels » à la suite d'un entrainement intensif?

-Ca plus une sorte de lavage de cerveau qui en fait de bons petits soldats obéissants et meurtriers.

Précisa Kardia en grommelant. Dégel hocha la tête et ajouta:

-C'est comme si leur esprit était complètement absent: la jeune fille que nous avons… Qui était en Russie n'obéissait qu'aux ordres de cet homme et ne semblait pas reconnaitre son frère, pas plus que ses limites d'ailleurs. Même mortellement blessée, elle continuait d'attaquer sans relâche tant que son supérieur le lui ordonnait.

Assise sur un trône toujours trop grand pour elle, Sasha jeta un regard choqué au vieil homme à sa droite. Sage poussa un soupir horrifié, et Dégel constata une nouvelle fois à quel point le Pope semblait vieilli depuis leur départ. De larges cernes s'étiraient sous ses yeux, comme s'il ne parvenait pas à se remettre de la trahison et de la mort d'Aspros, lui qui avait toujours eu une confiance quasi aveugle en ses Chevaliers.

-Il faut envoyer quelqu'un au Danemark au plus vite dans ce cas…

Commença la jeune fille, dont les cheveux avaient maintenant poussé jusqu'à ses épaules. Le Pope hocha la tête:

-Mais nous ne pouvons pas envoyer n'importe qui n'importe quand: commençons par envoyer des Chevalier d'Argent en reconnaissance pour localiser ce Spectre et en faire un compte-rendu précis. S'il a des habilités spéciales, il faudra envoyer des Chevaliers capables à lui faire face.

-Et ça va prendre combien de temps avant qu'on agisse?

Dégel se tourna vers Mikhail avec des gros yeux, le réprimant silencieusement et l'incitant à se taire. Mais le garçon regardait le Pope droit dans les yeux, l'air déterminé. Mal à l'aise, Sasha se tournait vers Sage puis vers Kardia et Dégel, hésitant sur la manière de répondre sans le blesser. Le Pope leva la main alors qu'elle ouvrait la bouche, et elle lui en fut reconnaissante:

-Au plus tôt, peut-être dans un an, un an et demi.

-Un an?! (S'écria Mikhail en se levant d'un bond) Mais on ne peut pas attendre un an, c'est beaucoup trop! Il y a encore des enfants qui doivent être là-bas, ils sont en danger! Il faut agir maintenant!

Kardia agrippa le Russe par le col et le força à s'agenouiller de nouveau en grondant un « ça suffit » sec. Sage fronça les sourcils:

-Si nous pouvions nous permettre d'agir tout de suite, sache que nous le ferions. (Intervint Sasha en se redressant timidement sur son trône) Mais la Guerre Sainte approche et je ne peux pas me permettre d'envoyer mes Chevaliers à la mort sans savoir précisément qui est cet homme.

-Plus vous attendez plus il créera de Spectres! (Il désigna Kardia et Dégel du bras) Envoyez-les eux, ils sont super forts!

-Bien, et si ce Spectre s'avère être entouré d'autres extrêmement puissants? (Répondit le Pope) Non seulement il restera en vie mais en plus nous perdrons deux valeureux Chevaliers.

-Je comprends ton envie d'agir, mais si nous voulons être certains de vaincre cet homme, nous devons être patient, bien que cela me coûte autant qu'à toi.

Soupira Sasha en baissant légèrement la tête. Mikhail se mordit la lèvre jusqu'au sang et courba l'échine, les joues rouges de colère: protecteurs de la paix, mon oeil! Il n'aurait jamais l'opportunité de tuer ce salopard de Spectre s'ils attendaient d'avoir assez d'informations! Ce vieux était simplement couillon, il avait peur d'agir! Et sa fameuse « Déesse de la Guerre » ne valait pas mieux! Mais il serra les poings et n'en dit pas plus.

Comme pour signifier que le sujet était clos, Sage frappa une fois dans ses mains et une servante apparut pour escorter Mikhail vers les bains et ses « appartements ». Et comme le Russe passait près de lui, il posa une main apaisante sur son épaule:

-Ne t'en fais pas, mon garçon: nous ferons au plus vite afin que plus personne ne souffre.

Mikhail lui jeta un regard brûlant et se dégagea doucement:

-Des gens sont déjà en train de souffrir et de mourir. Alors j'espère que ce « vite » veut dire moins d'un an.

-Je ne peux hélas pas te le promettre.

-Tout comme je ne peux pas vous promettre que je resterai en place en sachant que des enfants sont en train de mourir.

-Mikhail, ça suffit!

Le garçon sursauta et se retourna: Dégel s'était levé et avait élevé la voix, chose tellement rare qu'elle n'était pas arrivée une seule fois lors de leur trajet. Tellement rare qu'il se calma instantanément, honteux et gêné de s'être comporté ainsi devant le Verseau, et baissa la tête:

-Pardon…

-Ne t'en fais pas, tu es tout pardonné.

Sasha se leva pour s'approcher de lui, son lourd sceptre dans la main et l'autre posée sur l'épaule du jeune garçon:

-Je sais ce que c'est que cette frustration de l'attente quand on voudrait agir. Cette impression d'être inutile… (Elle délaissa l'épaule de Mikhail pour effleurer distraitement un discret bracelet de fleur à son poignet) Mais il faut prôner la prudence pour éviter plus de souffrances encore.

Etonnamment, le ton paisible et légèrement tremblant de cette jeune fille l'apaisa et le calma instantanément. Il hocha la tête et suivit la servante, la tête basse et les poings serrés.

Dégel poussa un soupir las:

-Mes excuses, Athéna, Grand Pope. Il n'est pas aussi insolent d'habitude.

-C'est vrai, d'habitude il l'est plus encore!

Le Verseau roula des yeux exaspérés, choqués et accusateurs (si si, tout ça en même temps) vers son frère d'armes qui riait sous cape, ravi de sa petite intervention. Et évidemment, comme à chaque fois que le Grec faisait ses pitreries, Sasha rit doucement malgré elle et, sans lâcher son sceptre, trottina vers eux pour se jeter dans les bras de Kardia (manquant d'ailleurs de l'assommer au passage):

-Je suis si heureuse que vous n'ayez rien!

-Rien, rien, j'ai quand même l'omoplate et le pif dans un sale état.

-Ha?

-Comment ça, « ha? »?! T'as pas vu que mon magnifique visage était déformé?!

Le ton faussement offusqué de Kardia provoqua un nouvel éclat de rire cristallin chez Sasha qui secoua la tête:

-Tu exagères tout le temps.

-Nan, demande à Dégel, je suis pire encore.

-Pour une fois qu'il l'admet…

Soupira Dégel en retenant un sourire légèrement amusé: autant Kardia pouvait rendre une bonne ambiance morbide en quelques secondes, autant il pouvait détendre l'atmosphère en quelques mots bien placés. Talent ou défaut, cela dépendait du contexte. Sage se tourna vers lui, laissant Sasha et Kardia parler un instant: la petite Déesse avait déjà fait énormément de progrès, il pouvait bien lui laisser quelques moments de répit:

-Ce garçon a clairement du potentiel. Tu m'as dit que son cosmos était comme bloqué avant que vous ne le trouviez?

-C'est ça, et il ne s'est plus clairement manifesté depuis… Ce qui m'a valu quelques doutes sur le chemin du retour, je l'avoue.

-Ne doute pas: vous avez très bien fait de le ramener. Je sens que vous saurez en faire un bon Chevalier.

-Nous?

-Bien sûr. Après tout, il a déjà rencontré Liam et semble bien s'entendre avec lui, non? Et puis, c'est vous qui l'avez ramené et il a le potentiel nécéssaire, autant vous le laisser.

Le Pope esquissa un sourire malicieux et Dégel abdiqua avant même d'essayer de résister:

-Bien, nous nous en occuperons.

-Je n'en doutais pas un seul instant: ce garçon est plus proche de toi que tu ne le penses.

-J'en doute: il a un caractère plus proche de celui de Kardia, ils n'arrêtent pas de se chamailler.

-De vrais enfants.

-Je ne vous le fais pas dire.

-Mais nous les apprécions comme ça, pas vrai?

-Avons-nous seulement le choix?

Ils échangèrent un regard amusé avant que Dégel ne redevienne vite plus sérieux:

-Grand Pope, à propos d'Aspros…

Immédiatement, le visage de Sage se liquéfia et son sourire se figea en une grimace douloureuse. Il resta silencieux une longue seconde, s'humecta les lèvres, hésita, puis finit par baisser la tête en poussant un soupir tremblant:

-Nous… N'avons pas eu le choix… Aspros était perdu depuis longtemps, trop longtemps… Si j'avais eu le courage d'intervenir plus tôt, nous aurions peut-être pu le sauver… Il (Il ferma les yeux, comme sous le poids de souvenirs horribles) Il s'en est pris à son propre frère et était prêt à le sacrifier pour sa propre ambition.

-Deuteros? Comment va-t-il? Ca a dû être très dur pour lui, d'autant plus que le titre de Gémeaux lui revient de droit.

Sage lui jeta un regard légèrement honteux, si bien que Dégel sut immédiatement que quelque chose n'allait pas:

-Il va bien, n'est-ce pas?

-Il est parti.

Estomaqué, Dégel accusa le coup, les yeux écarquillés:

-Parti?

-Il a quitté le Sanctuaire avec l'armure des Gémeaux le lendemain de la… (Il hésita) Mort de son frère.

Le Verseau passa la main sur le bas de son visage, mesurant l'horreur de ce départ et de ce constat. Comment allaient-ils pouvoir constituer une armée soudée et forte si même les Ors commençaient à déserter leur propre rang? Si Deuteros était parti, ça voulait dire qu'il n'y avait plus de Chevalier d'or pour protéger le troisième temple. Ce qui les réduisait au nombre, certes encore correct, de dix puisque le temple du Lion était toujours vide. Si Hadès décidait d'attaquer maintenant, seraient-ils capables de protéger correctement leur Déesse qui n'était encore qu'une enfant?

Comme s'il avait lu dans ses pensées, le Grand Pope posa une main rassurante sur son épaule:

-Ne t'en fais pas pour nos effectifs: d'ici quelques mois, au plus tard dans un an, Regulus pourra porter l'armure de son père et accéder au titre de Chevalier d'or du Lion.

Dégel écarquilla les yeux:

-Déjà? Mais il n'a commencé son entraînement que l'année passée, non?

-Il a un cosmos bien plus développé que le mien ne le sera sans doute jamais, son talent est incroyable, je n'ai jamais rien vu de pareil.

Répondit le Pope, clairement impressionné par le talent naturel du jeune garçon si plein de vie qui ne tarderait donc plus à rejoindre leurs rangs. Mais malgré lui, Dégel restait fixé sur le départ inattendu de Deuteros: comment avait-il pu les laisser sans un regard en arrière? Ils avaient besoin de lui plus que jamais alors pourquoi?

-Savez-vous où il se trouve?

-Deuteros? D'après lui, il s'est rendu sur l'île de Kanon.

Le Verseau retint un soupir soulagé: cette île volcanique n'était pas très éloignée du Sanctuaire, s'ils avaient besoin de lui, ils pourraient toujours envoyer quelqu'un le chercher assez vite. Si toutefois il acceptait de leur venir en aide…

Ils quittèrent le treizième temple une bonne dizaine de minutes plus tard, laissant derrière eux une Sasha ravie et rassurée, et un Grand Pope soulagé de revoir ses Chevaliers au « complet » et saufs. Kardia s'étira jusqu'à ce que son épaule craque bruyamment:

-Bon, c'est pas tout ça mais faut apporter nos armures à Shion pour qu'il nous les répare vite fait.

-Si tu n'y vois pas d'inconvénients, je préfèrerais m'en occuper demain: je ne sais pas toi mais ce voyage m'a épuisé et j'ai sérieusement besoin de dormir.

Kardia lui jeta un regard offusqué:

-Quoi? Dormir tout de suite, là maintenant?

-Là, maintenant, tout de suite.

-Mais tu m'avais promis qu'en rentrant on pourrait s'amuser un peu!

Dégel poussa un soupir et s'arrêta (après tout, il était arrivé au onzième temple et ne comptais pas en bouger avant le lendemain matin):

-Est-ce que tu serais assez compréhensif pour qu'on reporte ça à demain?

Le regard blasé de son frère d'armes lui fit bien vite comprendre que la réponse à sa supplique était non. Il passa une main lasse dans ses cheveux:

-Sérieusement?

-Très sérieusement.

-Oh bon sang, tu as patienté tout ce temps, tu attendras bien demain, non?

-Nan.

Il esquissa un sourire mauvais et passa un bras dans le bas du dos de Dégel pour le rapprocher de lui, juste assez pour qu'il puisse lui susurrer à l'oreille:

-Mais t'en fais pas: si tu es si crevé que ça, t'as qu'à me laisser faire. Je m'occuperai de tout.

Dégel posa sa main en rempart entre son visage et celui de Kardia:

-Non merci, ça me tente encore moins.

-Tu devrais être un peu plus - pardonne l'expression - « ouvert » dans ce domaine-là tu sais.

-Je ne te suis pas bien. (Répondit Dégel en fronçant les sourcils et les pommettes légèrement rouges) Si c'était une métaphore de ton cru je ne l'apprécie pas du tout.

Kardia lui jeta un coup d'oeil amusé:

-Tu comprends mal, mais tu vois que t'es plus branché nuit de folie que nuit de sommeil.

-Bref, explique-toi.

-On dirait que t'as peur, tu veux toujours avoir le contrôle de tout et dès que quelque chose ne va pas comme tu veux, tu paniques.

-C'est faux.

-Menteur va, c'est tout à fait vrai et tu le sais parfaitement: avoue au moins que tu détestes perdre le contrôle des choses.

Dégel fit la moue et baissa la tête: non mais, hors de question d'avouer une chose qui était fausse. Ce n'était pas qu'il voulait contrôler les choses voyons, il voulait juste faire au mieux, ça n'avait rien à voir! Il suivait juste une ligne de comportements qui lui permettrait d'être le plus efficace et organisé possible, rien à voir avec… Pile comme il réalisait que, peut-être, la perte de contrôle l'angoissait légèrement, il secoua la main, comme pour chasser cette idée:

-Tu divagues, je ne suis pas comme ça.

Kardia leva les yeux au ciel:

-T'en fais des tonnes alors que tu viens de penser que j'avais raison.

Jugeant inutile de répondre et de s'enfoncer d'avantage dans des excuses inutiles, Dégel haussa les épaules:

-Je n'ai pas besoin de me justifier.

-Nan, mais tu devrais être un peu plus ouvert au changement.

-Je déteste le changement.

-Ca je le sais figure-toi. Mais tu sais que ça peut vraiment te faire du bien au fond? S'engluer dans la routines c'est épuisant, je suis sûr que même l'autre enragé du sixième te dira la même chose.

-J'en doute.

-Bref, de toute façon, c'est moi qui ai raison, donc on s'en fout de lui.

-Je ne vois pas en quoi la nuit que tu veux m'infliger peut m'ou-… (Il chercha un mot plus approprié) Me faire découvrir les bienfaits du changement.

Kardia sourit franchement, comprenant que, petit à petit, Dégel tombait les armes. C'était presque dans la poche:

-Perte de contrôle totale: tu ne fais rien et tu me laisses m'occuper de tout.

-Hors de question.

-T'as si peu confiance en moi? Ca te fait si peur que ça?

-Je n'ai pas peur.

-Parce qu'il n'y a aucune raison d'avoir peur.

L'orange de la victoire teinta les yeux si clairs de Kardia quand il souffla en se rapprochant doucement:

-Alors t'as rien à perdre en acceptant.

Leurs lèvres se trouvèrent, un peu maladroitement au début, puis, comme si elles se reconnaissaient, les gestes, devenus habituels, devinrent plus assurés. Malgré lui, Kardia ne put empêcher un petit rire mental:

-C'est presque trop facile.

Il exagérait bien sûr, ce n'était pas aussi facile que ça: chaque conversation de ce genre était un combat jamais gagné d'avance, toujours plus compliqué à remporter.

Rien n'était gagné d'avance. Et c'était ce qui rendait cette relation si agréable: Dégel ne lui appartenait pas encore entièrement, il devait continuer de se battre pour l'avoir complètement. Tellement mieux qu'une simple relation simple et rosée, tellement plus excitante, tellement plus prenante et motivante. Tellement plus enivrante.

Kardia approfondit le baiser et Dégel, quoique mitigé au début, plus par orgueil que pour satisfaire son compagnon, céda, choisit d'affronter la perte de contrôle qui lui déplaisait tant. Il trouva difficilement la poignée de ses appartements et grommela:

-Tu peux vraiment être casse-pieds quand tu veux.

-Ouais je sais, mais t'adore ça.

Lever les yeux mentalement, une chose qui était devenue naturelle à force de longs échanges et joutes mentaux. Kardia pouffa:

-T'exagères.

-A peine.

Le lit semblait à la fois trop loin et trop près: trop loin pour les sensations qui s'éveillaient vivement dans son corps, mais bien trop près pour le coin de son esprit qui résistait encore. Mais quand son dos heurta le matelas glacial (arrachant un « putain mais même ton lit il est caillant! » très raffiné à Kardia), bizarrement, son coeur s'emballa sous le coup d'une légère angoisse:

-Attends.

Chaque contact, chaque caresse causait autant du plaisir que de la culpabilité croissante. Comment oublier qu'il avait passé une nuit avec Séraphina? Comment mettre de côté chaque sentiment ressenti cette nuit-là alors qu'il risquait à chaque instant de se mettre à nu devant l'esprit attentif de Kardia? Il ne pouvait pas risquer d'être découvert, il ne pouvait…

-Je n'attends pas: tu respires, tu te détends et tu me laisses faire. (Il grimaça) Non sérieux mec, t'es tendu comme la corde d'un arc: cool quoi, je vais pas te faire de mal non plus.

-Ce n'est pas ça, laisse-moi juste deux secondes le temps que je…

-Fuie encore? Hors de question, je sais pas pourquoi t'es stressé comme ça d'un coup, ça va aller voyons, c'est pas comme si c'était la première fois. (Kardia haussa les sourcils, interloqué) Qu'est-ce qui va pas?

-Rien… Rien c'est juste que ça va trop vite.

Le Grec esquissa un sourire attendri et caressa tendrement la joue de Dégel:

-Je vais pas te faire de mal tu sais.

Le Verseau inspira, la poitrine soulevée par une respiration trop rapide à son goût:

-Je sais…

-Alors respire et laisse-moi faire.

Incapable de répondre ou même de parler, Dégel hocha lentement la tête, bien décidé à en finir au plus vite: moins il luttait, plus vite ce serait fini et Kardia le laisserait tranquille. Il avait besoin d'être seul, certainement pas de ça, de ce qui ne lui rappelait que de mauvais souvenirs et de la culpabilité.

Les lèvres contre les siennes glissèrent le long de sa gorge, lui arrachant un soupir à la fois surpris et ravi. Il porta une main à ses lèvres, honteux de ne pas pouvoir plus se contrôler que ça. Bon sang, il était le Chevalier du Verseau, le maître des glaces aux émotions imperceptibles! Il ne parvenait pas à croire qu'il se comportait ainsi, comme une véritable gamine. Il restait un homme, il avait sa fierté, et le fait de ne pas pouvoir retenir ses émotions aussi bien qu'il le voulait l'énervait et le rendait honteux à la fois.

Il ne put s'empêcher de frissonner quand la peau si brulante de Kardia rencontra la sienne: comment pouvait-il être aussi lumineux alors que son corps à lui était si froid? Un semblant de glapissement lui échappa malgré lui et il se mordit la lèvre en se détournant: était-il vraiment si faible qu'il ne pouvait pas s'empêcher de montrer ce qu'il ressentait? A moins que ce ne soit un jeu pour le Scorpion qui pouvait le faire réagir en quelques simples mouvements?

-Tu penses trop bon sang, ça m'exaspère! (Soupira Kardia, puis il sourit d'un air amusé) Mais tu me flattes en pensant des trucs pareils.

-Ce n'était pas mon intention.

Le Scorpion haussa les épaules:

-Trop tard, c'est chose faite!

Il sembla sur le point de reprendre là où il s'était arrêté, mais il se figea et le fixa longuement, les sourcils froncés. Et étrangement, Dégel en devint presque impatient: bon, qu'est-ce qu'il attendait? Pourquoi est-ce qu'il le faisait attendre d'un coup? Il n'allait tout de même pas arrêter là, si? Non, pas maintenant qu'ils étaient en si bon chemin, autant aller jusqu'au bout maintenant qu'ils y étaient. Après de longues secondes, il osa murmurer, les joues rouges:

-Qu'est-ce qu'il y a?

-Nan, toi qu'est-qu'il y a?

-Rien.

-Putain ça commence à me les casser sévère là! (S'énerva soudain Kardia en se redressant vivement) Ecoute, je vais te laisser le choix: soit tu me dis ce qui va pas et on passe enfin aux choses sérieuses, soit tu dis rien mais tu fais comme si tout allait bien, soit tu veux rien dire ni faire d'efforts et on arrête là, ok?!

Dégel se redressa sur les coudes, le souffle court et la chemise ouverte, interloqué:

-Quoi?

-C'est pourtant clair nan?! Alors dis-moi ce que tu choisis que je sache clairement à quoi m'attendre, merde à la fin!

Les sourcils froncés et les yeux brillants, Kardia semblait vraiment enragé, à bout de nerfs. Dégel balbutia quelques syllabes, manifestement perdu:

-Je… Je ne comprends pas.

-Alors il est grand temps que t'arrêtes de te considérer comme le type le plus intelligent de la terre mon pauvre, y'a rien de plus simple que ça!

Dégel tressaillit, un étrange sentiment d'angoisse lui nouant le coeur: il avait l'horrible oppression qu'à force de lutter, de jouer au plus fort et au plus malin, Kardia avait fini par se lasser… Qu'il risquait de le perdre. A cette simple pensée, son sang ne fit qu'un tour: impossible, hors de question, il l'aimait et vice versa, il n'allait pas…

-Ok tu sais quoi, j'en ai marre.

Kardia se leva et attrapa la veste qu'il avait laissé tomber sur le sol de la chambre, s'éloignant vers la sortir d'un pas décidé. Dégel sentit son coeur se serrer dans sa poitrine: il avait le sentiment que s'il le laissait passer cette porte, il le perdrait à jamais. Il se redressa maladroitement:

-Attends, qu'est-ce que tu fais?

-Je rentre chez moi: j'ai eu ma dose de starlette pour un bon moment.

Dégel pâlit:

-Comment ça?

Il se détestait d'être ainsi, complètement dépendant d'un autre, incapable d'imaginer vivre sans la lumière et la chaleur que dégageait Kardia. Mais même si sa fierté lui ordonnait de le laisser partir sans essayer de le retenir, ce fut, pour une fois, son coeur qui l'emporta:

-Attends.

-Non, j'en ai marre d'attendre: peut-être qu'il y a quelqu'un au village qui me laissera enfin prendre du bon temps.

Dégel écarquilla les yeux, horrifié à la fois par autant d'égoïsme et par la simple idée que Kardia puisse le laisser derrière lui avec autant de simplicité et de facilité. Il eut l'impression que le Grec venait de le gifler, voire même pire, comme il comprenait petit à petit qu'il ne le méritait pas. Qu'il ne mériterait jamais quelqu'un d'aussi lumineux que Kardia et qu'il avait laissé passer sa chance.

-Tu ne peux pas…

-Ha non? (Il lui jeta un regard mauvais) Et pourquoi ça?

-Hé bien, parce que… Parce que…

Oh bon sang, pourquoi est-ce que c'est si difficile à expliquer!

Le coeur de Dégel s'emballait sous le coup de la panique, comme s'il essayait de retenir une large poignée de sable fuyant dans sa main. Chaque grain qui lui échappait c'était comme laisser Kardia s'éloigner un peu plus de lui à chaque seconde:

-Tu… On n'a pas fini et …

-Détrompe-toi, moi j'ai fini. Va falloir te démerder tout seul comme un grand pour la suite.

Rétorqua-t-il sèchement en désignant la bosse qui déformait honteusement le pantalon du Verseau d'un mouvement dédaigneux de la tête. Rougissant violemment, Dégel résista à l'envie de masquer sa gêne sachant pertinemment que ce ne serait qu'un argument supplémentaire pour faire partir Kardia:

-Qu'est-ce qui te prend d'un coup? Je ne te comprends pas, explique-moi.

-J'en ai ras-le-bol de devoir tout le temps tout t'expliquer: si t'es pas capable de trouver tout seul, alors tant pis pour toi. Moi j'en ai fait assez.

Comme il posait la main sur la porte, Dégel se leva d'un bond, le coeur au bord des lèvres:

-Reste! Reste, s'il te plait!

Comme il lui tournait le dos, Kardia ne dut même pas se faire violence pour s'empêcher d'esquisser un sourire triomphant: parfait, c'était tout bonnement parfait. Il n'avait même pas eu à demander des supplications pour les avoir, et elles sonnaient comme une douce mélodie à ses oreilles. Il dut contenir sa satisfaction quand il répondit, toujours sur le même ton agressif:

-Pourquoi je devrais rester?

Le souffle court, Dégel hésita avant de se lancer. Après tout, qu'avait-il de plus à perdre que Kardia? Rien, même sa fierté il l'abandonnait le temps de récupérer ce dont il avait le plus besoin:

-Parce que je ne veux pas que tu ailles voir quelqu'un d'autre que moi.

-C'est tout? Juste de l'égoïsme pur? Tu m'impressionnes.

Dégel déglutit difficilement:

-Je veux que tu restes parce que je refuse de te laisser à quelqu'un d'autre.

-Quoi d'autre?

-Parce que… Parce que j'ai… Peur que tu me laisses.

Le sourire de Kardia s'élargit et il dut se mordre la joue pour s'empêcher de ricaner et pour retrouver un visage sombre. Il se retourna lentement après avoir poussé un soupir:

-Convaincs-moi.

-Qu-…?

-Convaincs-moi de ne pas passer cette porte. Avec tes talents ça devrait pas être trop difficile, nan?

Le Verseau baissa les yeux et chercha ses mots en chipotant vivement aux pans de sa chemise:

-Si tu restes… (Il se tut un instant, rechignant clairement à céder aussi vite) j'avouerai peut-être que tu avais raison, que je n'aime pas perdre le contrôle des choses.

-C'est pas avec un « peut-être » que tu vas me garder ici, tu le sais ça?

La poignée tourna dans sa main et Dégel se tendit:

-Non attends! Tu pourras (Sa voix diminua d'un coup, jusqu'à devenir un soupir imperceptible) faire ce que tu veux de moi…

-Quoi?

Kardia lâcha la poignée et fit un pas en avant, cette terrible lueur orangée dans les yeux. Dégel détourna le regard, le visage ayant viré au rouge cramoisi:

-Ne me fais pas le répéter.

-Je pense pas que tu sois en mesure de me donner des ordres, seigneur Dégel.

Le Scorpion se pencha légèrement en avant, juste ce qu'il fallait pour qu'il se saisissent lentement du menton de Dégel pour le forer à se tourner vers lui:

-Regarde-moi, et répète ce que tu viens de dire.

Long silence, trois secondes tout au plus. Juste le temps que Dégel ne refoule sa fierté et sa gène pour un court instant. Un maigre sacrifice pour un plus grand bien:

-Si tu restes… Tu pourras faire ce que tu veux de moi.

Le visage de Kardia se transforma en une fraction de seconde: un large sourire ravi étira ses lèvres et ses pupilles s'agrandirent soudain comme il susurrait d'une voix ravie:

-Ca me va.

Il plaqua brutalement, presque sauvagement, ses lèvres sur les siennes dans un baiser d'une rare violence, plus une signature de contrat, de propriété, qu'une marque d'affection. Et quand il y mit fin, il plissa les yeux et passa une langue gourmande sur ses lèvres:

-Tu vois quand tu veux.

Pantelant, Dégel se trouva incapable de répondre, trop soulagé d'avoir convaincu Kardia de rester avec lui, trop heureux de ne pas avoir eu à avouer qu'il était terrifié à l'idée de se retrouver de nouveau seul. Trop ravi de ne pas avoir à admettre sa jalousie et sa peur maladive. Il referma les bras sur le dos du Grec et le serra contre lui:

-Ne me fais jamais ça.

Le léger silence (pourtant incroyablement lourd) de Kardia resserra le noeud qui nouait son estomac, puis le Scorpion passa une main rassurante dans ses cheveux et souffla:

-Comme si c'était possible.

Il enfouit son visage dans sa gorge et l'embrassa de nouveau, y apposant sa marque, son sceau. Et quand Dégel se trouva de nouveau allongé sur le lit, la peau s'enflammant à chaque caresse, les lèvres scellées par celles de Kardia, toutes ses peurs s'évanouirent.

Derrière leur baiser, le Scorpion esquissa un sourire terrible:

-Presque trop facile.

Mais un peu de challenge ne pouvait que leur faire du bien à tous les deux. Quoique, vu l'état dans lequel se trouvait Dégel (il n'avait jamais ressenti autant d'angoisse de sa part), il ferait mieux d'y aller un peu moins fort la prochaine fois…

Quoique… **

Il agrippa les poignets de Dégel et les releva au dessus de sa tête pour les maintenant immobiles, puis il sourit:

-Bon, où est-ce qu'on en était encore?


* Mea Culpa, j'ai toujours cru que Yato et sa fratrie étaient chinois, mais vérifications faites, voilà qu'ils sont coréens! :O Puisque j'avais déjà publié le chapitre disant qu'ils devaient se rendre en Chine, j'ai donc inventé une petite backstory pas piquée des hannetons (j'adore cette expression) :'D J'espère que vous me pardonnerez ;-;

** Mais quel sadique au secours! Vous n'imaginez pas à quel point cette scène a été difficile à écrire: ce genre de chantage (et de pression mentale), c'est vraiment tout ce que je hais O_O Ca plus toute cette tension liée à leurs erreurs respectives, c'est caliente mes amis!

J'avais envie de reparler un peu du médecin qui s'est occupé de Kardia pour mieux assurer le contraste avec un personnage du chapitre suivant (suspense!) (je l'aime bien ce pauvre garçon). Autre chose, concernant Sargas (un autre de mes Oc donc) je l'avais inventé vu que le précédent Scorpion n'avait jamais été mentionné dans le manga ni dans les Chronicles. Mais voilà qu'apparait dans un des derniers tomes ledit Scorpion de l'époque de Lugonis, Zaphiri! Heureusement, l'histoire garde un peu de logique mais je vous avoue avoir eu un petit stress en voyant apparaitre ce personnage de Zaphiri dans le manga XD J'espère que ça ne choque pas trop :') (En parlant des Oc, je me suis amusée à leur attribuer des seiyuus/doubleurs, je trouvais ça comique d'imaginer quelle voix leur irait)

Enfin, dernière information concernant mes Ocs, vous avez été nombreux à me demander un OS sur Samaël et Orion, les deux Spectres que Kardia et Dégel ont affronté à Paris. Et je vous annonce donc que cet OS est en bonne voie, il prend simplement plus d'ampleur que je ne le pensais! J'ai déjà 29 pages et ce n'est pas encore fini ;3

Voilà voilà! J'espère que ça vous a plu! Au mois prochain! :D