Chapitre 18


Shizuo tente de recoller peu à peu les morceaux avec son frère, et pour la première fois, cela a l'air de marcher. Un jour, alors qu'il travaille avec Tom, Shiki les arrête et lui parle quelques instants. En outre, il lui dit que le blond n'est pas fait pour Izaya, et cela semble lui avoir donné un coup au moral. Pourtant, a t-il abandonné pour autant... ?


Le coup arriva plus vite que prévu et Izaya ne fut pas assez rapide pour l'éviter, si bien qu'en quelques secondes, il fut au tapis avec l'arcade sourcilière ouverte.

– Mince, jura Vorona.

Une fois que les trente-six chandelles qui avaient obscurci son champ de vision eurent disparu, il cligna des yeux puis marmonna :

Mince ? C'est tout ce que tu trouves à dire après m'avoir presque asséné un coup fatal ? J'ai bien l'impression que je suis en train de contracter un traumatisme crânien.

Elle l'aida à se redresser, puis lui releva la tête afin d'inspecter de plus près sa blessure.

– Arrête de faire ta chochotte tu veux ?

Puis elle grimaça et Izaya ne put s'empêcher d'afficher son expression la plus dubitative.

– Bon, d'accord. Je suis désolée, je crois que j'y suis allée un peu trop fort. Et je vais peut-être devoir appeler un médecin pour qu'il te recouse.

Presque aussitôt, le brun sentit une sueur froide couler le long de son dos. Si sa mémoire était bonne – et elle l'était – le médecin que Vorona était le plus sensible d'appeler était...

– Je préfère pas, se dépêcha t-il de répondre. Ça va, je me sens mieux. Je vais faire un petit saut à la clinique en revenant, et on en parlera plus.

Il avait clairement pâli, et Vorona le regarda avec irritation.

– Vraiment parfois tu m'exaspères. Tu es capable de te foutre dans la merde jusqu'au cou simplement pour avoir le plaisir de poser tes questions, mais lorsqu'il faut simplement prendre soin de santé juste deux putain de minutes, là tu baisses les bras.

Le brun était complètement perdu et ne comprenait plus ce qui était en train de se passer. La jeune femme perdait les pédales.

– Mais Vorona je...

– Non ! Ça suffit maintenant ! Tu prends tes distances petit à petit, et même si Shiki-san ne le remarque pas parce qu'il est persuadé que jamais tu ne pourras te séparer de lui, moi je le vois. Tu as peut-être reprit un peu de poids et de muscles depuis la dernière fois, mais cela ne te rend pas invincible. Tu n'es pas invincible, Izaya.

Elle paraissait désormais si triste.

– Je le sais bien, commença t-il d'une voix douce.

Il savait bien que parler plus lentement rassurait les autres, même s'il n'avait jamais bien compris pourquoi.

– Mais tu sais, je ne veux simplement pas appeler de médecin car je sais pertinemment qui rempli ce rôle, et je ne veux pas le voir. De un, parce qu'il me fait peur, et de deux car la dernière fois que je me suis retrouvé en face de lui pour une simple entorse, je me suis réveillé un jour plus tard dans une salle d'opération, et je ne sais toujours pas ce qu'il m'a fait.

Non, décidément, le père de Shinra lui avait toujours foutu les jetons, et parfois il ne comprenait même pas pourquoi il était toujours ami avec lui alors que le châtain semblait prendre le même chemin.

– Oh, répondit Vorona, sans voix. Je vois. Peut-être que pour ça, tu as une bonne raison, mais pour le reste, tu devrais vraiment y repenser à deux fois.

Izaya soupira.

– Oui je sais, toi aussi tu penses que je devrais arrêter de chercher, mais je ne peux pas, tu vois ? J'ai l'impression que je ne pourrais pas passer à autre chose tant que la personne qui a fait ça ne sera pas morte.

Il serra les poings puis toucha distraitement son arcade. Il saignait toujours.

– Je ne fais pas ça pour venger mes parents, dit-il soudain. Je veux lui faire payer. Parce qu'en les butant eux, il a également détruit la vie de mes sœurs.

Pendant un instant, le brun crut voir Vorona frissonner sous son regard, alors il tenta de se radoucir un peu.

– Hum, est-ce que ça te dérangerait de... de m'accompagner à la clinique ?

Elle ne mit que quelques secondes à reformer son masque atone.

– J'en serais très honorée, lui répondit-elle en hochant la tête.

Mais elle ne semblait pas avoir abandonné.


Izaya balança la tête en arrière avant de soupirer de bien-être. L'eau chaude créa une brume opaque qui se répandit dans la salle de bain, et il se baissa afin d'attraper son shampoing ainsi que son gel douche. Doucement, il commença à se frotter la tête, reniflant avec satisfaction la bonne odeur de la noix de coco. Il passa ensuite ses mains sur sa peau, frissonnant de nouveau lorsque l'eau presque brûlante coula le long de son torse, puis se savonna avec un peu plus d'ardeur.

Izaya.

Une voix chaude et douce susurra son prénom à son oreille et il ferma les yeux. Le brun avait l'impression de sentir quelqu'un avec lui, sous la douche, et il finit par sentir une certaine chaleur prendre place au bas de son ventre.

Izaya.

Il voulait à nouveau sentir cette douceur, cette excitation qui l'avait envahi lors de ces deux nuits qu'il avait passé en compagnie de son blond.

Izaya, oui.

Il gémit doucement en sentant l'eau chaude toucher cette partie si sensible de son anatomie, puis, avec une hésitation qui démontrait la rareté de l'action, glissa ses mains le long de son corps pour aller attraper son sexe. Depuis combien de temps n'avait-il pas fait ça ? D'ordinaire, ce n'était pas vraiment sa libido qui guidait ses choix, et il demeurait parfaitement capable de ne rien faire pendant plusieurs semaines ou plus sans ressentir le moindre manque ou la moindre envie. Souvent, cette dernière apparaissait seulement au moment de l'action, et ne le dérangeait pas avant.

Il s'appuya contre la paroi de sa douche et tenta de penser à quelque chose de stimulant.

Une bouche brûlante se posa sur son bas-ventre et toutes pensées cohérentes quittèrent définitivement son esprit.

Sa main accéléra le mouvement d'elle-même et son Shizu-chan s'imposa à ses pensées. Ses lèvres, son corps – si étonnement musclé –, ses yeux de miel, et son sourire lorsque le blond le contemplait en croyant qu'Izaya ne regardait pas. Et surtout, sa façon de changer complètement de comportement lorsque les choses commençaient à s'échauffer, de devenir si sauvage et gourmand, de lui faire comprendre que sur le moment, la seule chose qui lui importait était de le faire jouir dans la minute, ou bien alors de prendre son temps afin de le voir gémir et gesticuler sous lui.

Il soupira et lâcha un nouveau gémissement un peu plus fort que les autres.

Le brun perdit toutes notions du temps pendant un moment, ne pouvant se concentrer sur autre chose que sur toutes les sensations qu'il lui faisait ressentir, sentant, ressentant les longs doigts de son amant s'agiter en lui avec sensualité, se tordant sur les draps sans aucun contrôle, le souffle court et les larmes au bord des yeux.

Il appuya sa tête contre la paroi et se libéra sans aucun contrôle, se crispant une dernière fois avant de reprendre ses esprits. Les joues rouges, il se rinça une dernière fois puis coupa l'eau et sortit de la cabine. Il se frictionna avec une serviette, enfila un caleçon, puis sortit de la pièce et frissonna une nouvelle fois devant le changement de température.

En passant devant la télévision, la voix habituelle du présentateur attira son attention.

Nous nous attendons donc à de grands orages sur toute la capital et ses environs durant la nuit, et –

Izaya grogna et s'assit sur son lit. Cette nuit ? Que devait-il faire ? Il avait bien essayé de s'en sortir seul, mais l'expérience avait été un fiasco complet et il n'était pas vraiment paré à retenter le coup. La dernière fois, il avait...

Il se mordit la lèvre, hésitant, puis se leva pour aller s'habiller. Une fois son sac prêt, il sortit de son appartement pour se rendre 'Chez Finnegan'.

Il ne pouvait pas retourner au bar.

Alors il ne lui restait plus qu'une chose à faire.


Izaya [07H14] : Salut Shizu-chan ! Tu travailles ce soir ?

Shizu-chan [07H15] : Bonjour. Non je ne travaille pas, pourquoi ?

Izaya [07H15] : Et bien j'aimerais beaucoup que tu passes chez moi. On pourrait regarder un film ensemble ou quelque chose comme ça ?

Shizu-chan [07H20] : Je... ne pense pas que ça soit une bonne idée.

Izaya [07H20] : Pourquoi ?

Shizu-chan [07H20] : Je... je ne sais pas vraiment. Tu ne t'es jamais dit que c'était peut-être mal ?

Izaya [07H21] : On avait bien dit qu'on reprenait tout, non ? Ou alors je me suis juste fait des idées ?

Shizu-chan [07H22] : Et bien oui c'est ce qu'on avait dit, mais... peut-être que finalement...

Izaya [07H23] : Shizu-chan, je ne comprends pas. Tu avais l'air d'accord, alors pourquoi d'un coup tu as l'air de changer d'avis ? Il s'est passé quelque chose ?

Shizu-chan [07H24] : Non ! Il ne s'est rien passé du tout ! C'est juste que... tu es sûr que c'est ce que tu veux ?

Izaya [07H25] : Si ce n'était pas ce que je voulais, Shizu-chan, j'aurais mis fin à tout ça bien plus tôt. Alors je te le redemande : je veux te voir ce soir et passer un peu de temps avec toi, est-ce que c'est mal ?

Shizu-chan [07H27] : D'accord.

Shizu-chan [07H27] : Oui tu as raison.

Shizu-chan [07H27] : Je suis désolé.

Shizu-chan [07H28] : J'ai aussi envie de te voir, vraiment (tellement que ça me fait peur, en fait) mais pendant un moment j'ai pensé que ce n'était peut-être pas la meilleure chose à faire... Mais c'est bon maintenant.

Shizu-chan [07H28] : J'ai oublié l'adresse de ton appartement, tu peux me la redonner, s'il-te-plaît ?


Izaya ne ressortit de la salle de bain qu'une fois récuré des pieds à la tête. Il se mit même un peu de parfum – sans même savoir pourquoi car il n'en mettait habituellement jamais, et n'avait obtenu celui-ci que parce que Mairu l'avait gagné à une compétition de judo – puis se coiffa avec la plus grande attention. Lorsqu'il commença à sortir de la laque, il se regarda dans le miroir quelques secondes avant de se mettre une baffe. Non mais qu'est-ce qu'il foutait, là ? Ce n'était que son blond, et comme lui avait dit Shinra, il l'avait déjà vu dans l'état le plus pitoyable qui soit c'est-à-dire complètement bourré. Il lui avait même fait l'amour, c'était dire. Alors pourquoi se sentait-il à présent obligé de se montrer sous son meilleur jour ? Peut-être que l'hésitation de Shizuo l'avait effrayé bien plus qu'il ne l'aurait cru : et s'il décidait que finalement, le brun n'en valait pas le coup ? Que c'était beaucoup d'effort pour pas grand chose ? Car en vérité, Izaya trouvait qu'il n'avait pour lui que son physique – il avait mauvais caractère, était un vrai grand-frère poule, et se sentait obligé de se distraire dès qu'il y avait un pauvre éclair dans le ciel : concrètement, il était pourri jusqu'à la moelle sans même parler de son implication avec la pègre.

Soupirant, il secoua ses cheveux pour leur redonner leur apparence normal, puis quitta définitivement la salle de bain. Il loucha sur l'horloge du salon puis attrapa son téléphone portable et son casque. Il lui restait du temps avant l'arrivée du blond – qu'il avait convenu pour 18h30 – si bien qu'il décida de profiter de ce qu'il avait découvert quelques jours plus tôt.

Dans son précédent appartement, il avait réussi à crocheter la serrure de la porte du couloir qui menait au toit, et adorait s'y rendre pour profiter d'un peu d'espace loin du monde. Ici, il avait remarqué que l'escalier de secours se trouvait sous sa fenêtre – ce qui dans un sens n'était pas vraiment une bonne chose car avec un peu de jugeote n'importe qui pourrait entrer chez lui par là – et qu'il pouvait donc avoir un accès direct au toit.

Soudain, il se stoppa puis lança un coup d'œil aux cahiers qui se trouvaient sur son bureau. S'il ne voulait pas que Shizuo le prenne pour fou, il devait les cacher là où le blond n'irait décidément pas les trouver. Il ne réfléchit que quelques secondes, puis s'en empara avant de les scotcher de nouveau sous son bureau. Il les avait toujours mis là, et jusqu'à maintenant il n'avait jamais eu de problème – même s'il les déplaçait sous l'évier, coincé entre les canalisations, lorsque ses sœurs venaient car même si elle n'en avait pas l'air, Kururi excellait dans l'art de fouiller tous les recoins de son appartement –. Donc, dans le cas présent, son bureau ferait bien suffisamment l'affaire, car il doutait sérieusement que le blond soit assez sans gène pour mettre son nez là où il ne devrait pas.

Une fois satisfait, il enjamba sa fenêtre – bien emmitouflé sous deux couches de pulls et un manteau – puis monta les escaliers en métal – qui semblèrent lui arracher le bout des doigts tant ils étaient glacés – et grimaça en arrivant sur le toit. Un vent plus fort qu'il ne l'aurait cru soufflait au-dessus de Tokyo, et la nuit commençait déjà à tomber, obscurcissant le ciel de la même façon que les nuages pleins de pluie qui s'avançaient vers Ikebukuro. Izaya déglutit, puis secoua la tête. S'il s'en tenait à ce qu'il voyait, l'orage ne devait pas être là avant une bonne heure, au bas mot. Il avait le temps.

S'avançant vers le rebord, il enjamba la barrière de sécurité, regarda en contre bas sans même sourciller, puis s'assit les pieds dans le vide le regard levé vers le ciel. Il remonta son casque sur ses oreilles, puis lança sa playlist spéciale ''toit'' en fermant les yeux.

Durant quelques instants, il eut l'impression d'être seul. Seul au monde, seul chez lui, dans sa vie, à son travail. Le monde avait pris fin et il était devenu le seul humain de la planète Terre.

And I've lost who I am, and I can't understand...

Doucement, il plongea la main dans la poche ventrale de son sweat-shirt pour en ressortir un paquet de cigarette entamé ainsi qu'un briquet noir qu'il avait piqué à l'un des gardes du corps de Shiki la dernière fois qu'ils l'avaient raccompagné chez lui. Quelques secondes durant, il fixa le papier blanc immaculé, puis alluma la flamme pour le regarder brûler.

Izaya avait pris cette mauvaise habitude quelques années plus tôt, lorsqu'il avait commencé à vivre seul après avoir passé des années dans l'appartement de Shiki. Ce dernier aimait fumer le soir en travaillant à son bureau, et le brun avait fini par s'accoutumer au fait de squatter le grand fauteuil qui se trouvait là. Au final, l'odeur de ces cigarettes avait le don de le calmer, et il aimait bien en fumer une de temps à autre, lorsqu'il se trouvait dans un endroit calme et un petit peu en hauteur.

There's a light, there's a sun taking all these shattered ones...

Un éclair éclata au loin, mais Izaya n'entendit pas le tonnerre qui suivit car la musique masquait tout le reste. Au fond de lui, une voix commença à fredonner.

Quelques semaines auparavant, tu tuais quelqu'un. Maintenant, tu attends ton rencard comme un gamin excité.

Cet homme avait-il une famille ? Peut-être avait-il également connu ça ? Shiki lui avait dit qu'il avait fait ce qu'il fallait et que dans le fond cela ne posait de problème à personne car il avait agi en légitime défense. Parfois, le brun s'imaginait ce que les hommes de Shiki avait bien pu faire du corps. Il savait bien que personne n'allait le chercher, car les russes ne tenteront jamais d'engager une guerre complète avec eux pour la simple raison qu'un de leur homme s'était fait tuer en mission. C'était à leurs risques et périls, et ils le savaient avant. Pourtant, parfois, la sensation du sang poisseux sur sa peau demeurait encore bel et bien présente, si bien qu'il devait immédiatement boire un grand verre d'eau afin que la nausée passe.

Tu es complètement timbré mon pauvre, et ça ne risque pas de s'arranger un jour. Et en plus, maintenant tu es un putain de meurtrier.

Son téléphone vibra et Izaya rouvrit les yeux.

Shizu-chan [18H34] : Je suis là. Il y a un digicode.

Izaya haussa un sourcil et sentit un sourire étirer ses lèvres. Son blond était tellement guindé par messages que cela ne manquait jamais de le faire rire. Il retira son casque et se releva, attrapa la barrière lorsqu'il commença à basculer en arrière. Le vent souffla un peu plus fort et la sensation de vide derrière son dos fut grisante.

Une inspiration, puis il enjamba de nouveau cette dernière pour se rendre sur le côté gauche du toit. En se penchant en avant, il put presque aussitôt apercevoir une touffe de cheveux blonde en contre-bas et il sourit de nouveau.

– Shizu-chan ! hurla t-il.

Sa rue était déserte, si bien que son cri passa complètement inaperçu.

Lentement, il vit Shizuo relever la tête et se figer, le corps tendu. Izaya était trop loin pour apercevoir son expression, mais tout à coup il tâta son manteau avec hâte puis attrapa son téléphone.

– Qu'est-ce qu'il –

Son téléphone vibra à nouveau, plusieurs fois.

– Allô, Shizu-chan ? Bouge pas je –

Éloigne-toi du bord ! Tout de suite !

Sa voix avait été comme un grondement, si bien qu'Izaya recula d'un pas avant même d'en avoir conscience. Panique. Peur.

– Shizu-chan ? Ça va ? Tu as l'air un peu –

Éloigne-toi plus.

– Je descends, de toute façon. Attends-moi quelques instants, tu veux ? Et souffle un coup, tu m'as l'air un peu tendu.

Raccrochant avant même d'entendre sa réponse, Izaya se recula de quelques pas supplémentaires puis posa une main sur son cœur. Il battait à cent à l'heure et le brun avait l'impression que sa cage thoracique allait exploser. Sa voix avait semblé tellement affolé que cette dernière avait retourné quelque chose au creux de son estomac. Quelque chose qui ressemblait vaguement à de la culpabilité mélangée à une sorte de plaisir mal placé – de la peur et le l'inquiétude, il se préoccupait de lui ! –.

Se reprenant, il secoua la tête, commença à redescendre les escaliers en grimaçant – il aurait dû prendre des gants – puis repassa par sa fenêtre en sentant ses joues rouges brûler devant la chaleur de la pièce. Il attrapa ses clés avant de claquer la porte derrière lui, descendant les marches quatre à quatre en sifflotant. Arrivé dans le hall, il se précipita vers la grande porte d'entrée et l'ouvrit, sentant un léger sourire heureux prendre place sur ses lèvres.

– Pardon pour l'attente, il fait froid dehors alors entre vite et –

Il eut tout juste le temps d'apercevoir les cheveux blonds de Shizuo avant de sentir des mains enserrer ses épaules avec force. Le brun ouvrit grand les yeux et rencontra un regard empli de peur.

– Qu'est-ce que tu faisais penché là-haut ? demanda t-il d'une voix sourde.

Izaya déglutit. Pourquoi avait-il l'impression que son blond avait mal interprété les choses ? Mais avant même qu'il ne puisse commencer à répondre, il l'interrompit :

– Tu sais ce qui se passerait si tu basculais, n'est-ce pas ? Cet immeuble compte au moins cinq étages et...

Il ne parut pas pouvoir finir sa phrase.

– Shizu-chan, commença doucement Izaya en posa l'une de ses mains sur celle de ce dernier. Je monte souvent là haut, et je t'assure que je ne risquais rien. Je ne sais pas ce que tu vas t'imaginer, mais je ne fais pas ça pour attenter à mes jours, d'accord ?

Soudain, il se souvint de ce qu'il avait remarqué en analysant quelque peu son frère, et comprit ce que le blond avait cru voir. Son frère a essayé de se suicider. Et il pensait me voir faire la même chose.

– Tout va bien, Shizu-chan.

Il se redressa sur la pointe des pieds, observant avec délice la surprise se peindre sur le visage de son blond. Avec une infime douceur, il déposa un baiser à côté de ses lèvres – un parfum enivrant parvenant jusqu'à ses narines – et sentit immédiatement la poigne qui lui tenait les épaules se desserrer quelque peu. Sa respiration s'emballa à son oreille et Izaya dut très sérieusement retenir son sourire satisfait. Il peut bien dire ce qu'il veut, au moins je suis sûr que je lui fais de l'effet.

Lorsque leurs yeux se croisèrent de nouveau, ce fut le blond qui baissa le regard, les joues rouges.

Tiens, ça m'avait manqué ça.

– Je... je suis désolé de m'être emporté comme ça. Je crois que j'ai surréagi.

Izaya ricana.

– Tu crois ?

Il s'éloigna de quelques centimètres, sentant presque immédiatement la chaleur du corps du blond le quitter. Il tenta de faire abstraction du sentiment de vide qui l'emplit alors.

– Viens.

Nouveau sourire, puis Shizuo le suivit sans broncher, entrant dans l'ascenseur à sa suite les mains dans les poches. Le vent de l'extérieur avait rendu son nez et ses oreilles rouges écrevisses, et Izaya ne pouvait s'empêcher de lui jeter des coups d'œil discrets. Bon dieu qu'il était chou !

En arrivant devant la porte de son appartement, Izaya se sentit soudain nerveux.

Tout à coup, le fait que cela devait être la première fois qu'il invitait quelqu'un chez lui s'imposa à ses pensées et le fit se figer. Seules ses sœurs étaient déjà – souvent même – rentrées à ce point dans son intimité, là où il pouvait se laisser aller et – avant qu'il ne manque de se faire assassiner dans son lit – là où il se sentait enfin en sécurité. Donc, laisser le blond pénétrer ainsi chez lui lui parut tout à coup bien plus intime que tout ce qu'il aurait pu faire.

Un courant électrique le parcourut de part en part tandis qu'Izaya s'écartait pour laisser passer le blond.

– Tu n'habitais pas là, avant, non ?

L'espace d'un instant, le brun se demanda comment il pouvait bien savoir ça.

– La dernière fois, je t'ai raccompagné chez toi, et ce n'était pas vraiment dans ce coin là.

Ah, oui. C'est vrai. Sans vraiment savoir pourquoi, cela le rassura. Puis il se remémora leurs aurevoirs et se mit à rougir.

– Oui... j'ai dû déménager, il y a quelques semaines. Mon ancien appartement a été inondé et les travaux étaient bien trop longs et allaient faire grimper le loyer.

– Oh, je vois.

Son excuse n'avait pas vraiment fonctionné avec ses sœurs, et il avait bien l'impression que Shizuo ne le croyait pas plus que cela non plus. Quand était-il devenu si piètre menteur ? Avant, il aurait pu faire croire n'importe quoi à n'importe qui. Maintenant, apparemment, il ne pouvait même plus baratiner un être aussi naïf que le blond – d'après ce qu'il avait remarqué en l'analysant quelques instants –. Peut-être était-ce aussi dû au fait que dans le fond, il ne désirait pas tant lui mentir. Même dubitatifs, ses yeux le regardaient toujours avec un air attentionné, comme s'il pouvait lui raconter tout ce qu'il voulait tant qu'il restait. Comment réagirait-il s'il lui racontait toute la vérité ? Son histoire ? Sa vie ? Ses traumatismes, ses peurs, et ses envies ? Tout cela le terrifiait.

– Comment est-ce que tu es monté là-haut ? demanda t-il soudainement en regardant autour de lui avec un air satisfait difficilement contenu.

En le voyant faire, le brun sentit à son tour ses joues brûler doucement.

– Tu veux voir ?

S'il restait enfermé avec lui dans cette petite pièce, il n'allait pas tenir longtemps avant de lui sauter dessus. C'était lui ou il commençait à faire chaud là dedans ?

Le blond se retourna vers lui, les sourcils haussés, puis laissa un petit sourire mutin fleurir sur ses lèvres. Oh putain de merde, pensa Izaya.De l'air, vite.

Essayant tout de même de paraître détendu, il passa devant lui rapidement puis alla ouvrir sa fenêtre.

– Qu'est-ce que tu fais ?

Il sourit.

– Tu penses accéder au toit en volant ? Il faut bien passer quelque part.

– Et tu comptes escalader toute la façade de l'immeuble depuis ta fenêtre... ?

Le brun pouffa avant de lever les yeux au ciel. Décidément, il avait le don de l'amuser.

– Allez viens par ici.

Puis il disparut par l'embrasure, se laissant ballotter par les vents.


– Et, hum, tu viens souvent ici ?

Shizuo regardait autour de lui avec l'air d'un enfant curieux, comme si c'était la première fois qu'il faisait quelque chose comme ça. Le vent soufflait de plus en plus plus fort, et les gros nuages noirs emplis de pluie parvenaient presque juste au-dessus de leurs têtes.

– Et bien, oui, de temps à autre. C'est calme.

Il hocha la tête.

– C'est vrai qu'on entend presque plus les voitures. Ni la musique ou les voix. Par contre il fait vraiment froid.

Et effectivement, sur certains rebords on pouvait encore apercevoir des restes de neige blanche.

Ils se trouvaient au centre du toit, debout côte à côte, à quelques centimètres à peine. Izaya prit son courage à deux mains.

– Qu'est-ce qu'il s'est passé tout à l'heure, Shizu-chan ? demanda t-il avec hésitation.

Même s'il en avait une vague idée, il voulait que le blond lui parle. Si lui n'était pas encore prêt à lui raconter toute son histoire, il voulait tout de même qu'ils échangent un peu de leurs vécus, qu'ils se parlent. Et dans le meilleur des cas, Izaya préférait de loin que ce soit son Shizu-chan qui commence.

Le regard de ce dernier se fit légèrement incertain.

– Je...

Il se racla la gorge.

– Oh, et puis merde, grogna t-il. Tu as vu mon frère, n'est-ce pas ? Il est...il est malade. Depuis quelque temps maintenant. On a vécu quelque chose... de pas facile, disons, et j'ai très mal géré la chose. Résultat, c'est lui qui a trinqué. Et puis, alors que les choses s'envenimaient sans que je puisse y faire grand chose, il a –

Il s'arrêta brusquement. Quelques longues secondes passèrent, qui parurent au brun comme des minutes.

– Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça, mais il a tenté de se suicider. C'est mon... c'est mon petit frère, et je crois que ça m'a affecté plus que je ne l'aurais cru... c'est.. c'était –

– Shizu-chan, calme toi.

Une larme avait coulé sur sa joue, et Izaya sentit presque immédiatement sa poitrine se serrer sous le poids de la culpabilité. Il n'aurait pas du lui poser la question. Voir un homme comme lui pleurer lui donna aussitôt envie de le serrer dans ses bras pour les dix prochaines années, jusqu'à ce que toute tristesse l'ait quitté à jamais.

– Je suis désolé, j'aurais pas dû demander. Et je ne voulais pas te faire peur non plus.

Il se rapprocha quelque peu puis recueillit sa larme du bout de pouce.

– C'est la seule famille qui me reste, chuchota t-il. Et pendant un instant, j'ai vraiment cru que toi aussi tu étais sur le point de –

Le brun l'interrompit en faisant disparaître les derniers centimètres qui les séparaient. Sa bouche se pressa sur la sienne avec une avidité nouvelle, sentant instantanément une enivrante chaleur venir chatouiller le bas de son ventre. Cette sensation lui avait tant manqué ! L'impression grisante de décoller du sol, d'être traité comme la septième merveille du monde, de sentir toute cette bienveillante et à la fois cette dureté que son blond transmettait par le biais de leurs lèvres. Sous ses doigts, il pouvait sentir le corps ferme de son amant se détendre petit à petit, leur différence de taille et de poids si imposante, puis ce dernier passa ses bras autour de sa taille et le rapprocha encore plus de lui.

Les mains puissantes du blond agrippèrent sa taille avec force et brutalité, puis remontèrent le long de sa colonne vertébrale, le faisant doucement gémir contre sa bouche. Cette infime douceur le faisait littéralement fondre, et lorsqu'il sentit l'une des grandes mains de son blond se perdre dans ses cheveux, il perdit tout contrôle et s'appuya encore davantage contre le corps de son amant, fondant contre lui.

Izaya frissonna des pieds à la tête avant de se perdre encore davantage dans leur baiser, ses yeux fermés lui permettant de profiter encore plus de toutes les sensations que sa langue – si chaude, brûlante et taquine – lui faisait ressentir. Elles dansaient ensemble, au rythme de leurs respirations de plus en plus erratiques, et tout à coup le brun sentit ses genoux trembler.

Quand ils se séparèrent enfin, leurs yeux s'accrochèrent immédiatement et ils restèrent immobiles quelques instants.

– Tu sais quoi ? commença Izaya, le souffle court.

Le regard de son blond était encore une fois si doux qu'il n'avait qu'une envie : se jeter à nouveau sur lui. Pourquoi le regardait-il toujours comme s'il valait tout l'or du monde?

– Quoi ? lui répondit-il, et le brun fut heureux de constater que sa voix était rauque.

– J'ai envie de danser.

Presque immédiatement, il regretta quelque peu son audace. Était-ce légèrement trop ? Sa demande était au même niveau que le gel dans les cheveux : bien trop naïve et frivole. Cela ne lui ressemblait pas, pourtant au fond de lui, il avait vraiment envie que son blond, son Shizu-chan, le fasse danser un peu, comme s'ils étaient de jeunes adultes parfaitement normaux.

Pourquoi est-ce que j'ai tant envie de passer mes mains dans ses cheveux ?

Le sourire qui apparut sur les lèvres de Shizuo lui réchauffa le cœur et le fit même rougir. Légèrement.

– Tu as de la musique ?

Il hocha la tête, comme dans un état second, puis sortit son téléphone de sa poche, et put constater que ses doigts étaient gelés. Il n'y fit pas attention, et lança une mélodie simple, composée uniquement de quelques notes au piano.

À peine eut-il redéposé le smartphone à sa place que le blond l'attrapa par la taille, collant ses hanches contre les siennes et lui relevant la tête de son autre main.

Pour évacuer sa gêne, le brun ne put rien bafouiller d'autre que :

– Donc je fais la fille ? Je ne te pensais pas si macho, Shizu-chan.

Ce dernier ne put que rougit devant l'insinuation.

– Je...je ne voulais pas dire que –

– Je sais. Pardon. Fais-moi danser.

Et sans perdre un instant, Shizuo fit un pas en arrière, l'emportant avec lui. Izaya ouvrit grand les yeux, se laissant guider sans broncher, ancrant son regard dans le sien, se concentrant sur les accords provenant de sa poche. Droite, gauche, mouvement plus ample, sourire rassurant. À son plus grand étonnement, ils s'accordèrent rapidement – peut-être même trop rapidement –, et il put constater que le blond était loin d'être un mauvais danseur. Ses gestes étaient précis, et il avait l'air de savoir ce qu'il faisait.

– Où est-ce que tu as bien pu apprendre à faire ça ? demanda t-il d'une petite voix.

Parler trop fort aurait pu briser cet instant, si bien qu'il avait chuchoté sans même s'en rendre compte.

– Quand j'étais petit, ma mère m'a appris à danser. Elle était pleine de vie et aimait bien transformer notre salon pour qu'on puisse bouger. Elle disait toujours qu'un homme devait savoir bouger son corps.

Il lui avait répondu de la même façon : d'une voix basse et rauque qui secoua son corps d'un frisson. Son regard s'était fait légèrement triste, si bien qu'Izaya comprit qu'il avait très certainement dû revivre le souvenir. Elle est morte.

Izaya eut aussitôt envie de le serrer dans ses bras, mais le blond ne lui en laissa pas le temps et le fit effectuer un autre pas, tournant sur lui-même.

– Ce devait être une bonne personne.

Comme toi.

– Oui. Ça aurait dû être les seules choses à retenir.

Il s'apprêta à lui demander ce qu'il entendait par là, mais se ravisa au dernier moment. Il ne voulait pas l'attrister plus que cela, pas alors qu'il partageait quelque chose de si agréable.

Ils tournoyèrent ainsi pendant un moment, seuls sur ce toit, sans remarquer l'orage qui s'approchait peu à peu. Les yeux dans les yeux, le monde disparut soudainement, les laissant ensemble sans rien pour les déranger. Ce sentiment de liberté lui donnait presque des ailes, et il oublia tout.

Izaya aurait voulu que ce moment dure pour toujours.

Mais soudain, un éclair éclata au-dessus de leurs têtes, et Izaya ne put rien faire d'autre que se jeter contre le torse de Shizuo en glapissant, le corps tremblant. Ce dernier ne comprit pas tout de suite.

– Il n'est pas tombé ici, tout va bien, commença t-il, croyant sûrement que le brun avait eu peur qu'il ne lui tombe dessus.

Mais cela ne changea rien.

– Izaya ?

Il vit une goutte tomber dans ses cheveux bruns, et en posant la main dessus, constata qu'il tremblait de la tête aux pieds.

– On va rentrer d'accord ? Il commence à pleuvoir, de toute façon, et c'est dangereux de rester là.

Le blond lui attrapa la main avec gentillesse et Izaya sentit presque immédiatement la panique diminuer quelque peu. Il hocha la tête, le regard baissé sur leurs chaussures, avant de le suivre sans discuter, soudain silencieux.


Le temps qu'ils pénètrent à nouveau dans l'appartement, un torrent de pluie s'était abattu sur la ville et ils se retrouvèrent rapidement trempés jusqu'aux os.

Izaya tentait toujours de recouvrer ses esprits.

– C'est à cause l'orage c'est ça ? entendit-il alors que des mains le forçaient à s'asseoir sur son lit. La dernière fois aussi, il y avait de l'orage. Et cette fois-là au bar. C'est pour ça que le barman m'avait dit que revenir un soir d'orage. Je me demande pourquoi j'ai pas compris plus tôt, fit-il par marmonner.

Un éclair illumina le ciel et le brun tressaillit.

– D'accord, donc tu n'aimes pas l'orage. Et euh, je fais quoi là ? Tu fais quoi d'habitude dans ces moments-là ?

La réponse ne va sûrement pas te plaire.

Soudain, comme sauvé par le gong, son téléphone vibra dans la poche de son jean et il se tortilla pour l'attraper. Sans même regarder de qui provenait l'appel, il décrocha :

– Allô ?

Même un simple mot faisait flancher sa voix. Il n'osait toujours pas regarder Shizu-chan dans les yeux.

Izaya.

Ce dernier écarquilla les yeux et jura intérieurement. Il ne savait pas ce que Shiki lui voulait, mais il doutait que cela ne soit que pour un simple bonjour de homme se contentait de lui envoyer des messages la plupart du temps, même si depuis la dernière fois cela commençait à devenir de plus en plus rare.

– Shiki-san, commença t-il, mais un nouvel éclair fendit le ciel.

Du coin de l'œil, il vit Shizuo se tendre et releva la tête pour le regarder. Leurs yeux se rencontrèrent, mais le blond détourna aussitôt les siens.

– Je t'emprunte une serviette dans ta salle de bain, marmonna t-il en s'éloignant.

Izaya. Il y a de l'orage.

Finement remarqué, pensa t-il, amer. Le blond venait de le laisser seul avec ses démons, et il n'appréciait décidément pas ce sentiment de manque qu'il sentait grandir au creux de sa poitrine.

Où es-tu ?

Sa voix grave résonnait à ses oreilles.

– Je suis chez moi.

Le tonnerre résonna et il ferma les yeux. Inspirer. Expirer. S'il ne réussissait pas à se calmer, Shizuo allait finir par paniquer. Et s'ils étaient deux à paniquer, ils n'étaient clairement pas sortis d'affaire. Le blond était toujours dans la salle de bain, et il se surprit à avoir envie qu'il revienne afin de le prendre à nouveau dans ses bras.

J'envoie une voiture te chercher.

Il voulait le ramener chez lui, et dans d'autres circonstances, Izaya aurait bien volontiers accepté. Mais pas aujourd'hui. Pas alors que son Shizu-chan était si près.

– Non, c'est bon. Je gère.

Tu vas retourner à ce bar ? C'est trop tard, maintenant.

Il commençait à s'énerver.

– Je gère, je te dis. Tout va...

Le blond pénétra à nouveau dans la pièce, et son regard était perçant. Il lui déposa l'une de ses serviettes sur la tête.

– … bien.

Shiki ne rétorqua rien pendant quelques secondes, et le brun crut qu'il allait raccrocher. Mais soudain :

– Tu es avec quelqu'un, n'est-ce pas ? C'est lui, celui de la dernière fois ?

Cette fois, ce fut Izaya qui commença à être irrité. Ce ton – ce dédain – il avait du mal à le supporter.

– Mêle-toi de ton cul, termina t-il avant de raccrocher.

Nouvel éclair, et il en laissa tomber son téléphone. Son regard se fit légèrement perdu, tandis qu'il commençait à avoir envie de vomir. La première chose qu'il vit fut la main de sa mère sur le sol alors qu'un éclair traversait le ciel, illuminant le salon. Il papillonna des yeux et ces derniers tombèrent sur la silhouette de Shizuo, debout devant lui.

Si grand.

– J'aurai une seule question. Une seule, ok ? Et il faut vraiment que tu me répondes honnêtement, je crois que... je crois que j'en ai besoin.

Il paraissait si plein de doute, si fragile, que cette vision le fit se figer immédiatement. Le brun commençait enfin à prendre l'ampleur de ce qu'il représentait pour lui, de ce que son blond voulait et attendait de lui. Shizuo lui prit la main, et cela lui permit de regagner un peu de lucidité.

– Il y a quelque chose entre toi et ce Shiki-san ?

Izaya sentit son cœur se serrer, et sut immédiatement qu'encore une fois, ce vieux avait ouvert sa bouche une fois de trop. Qu'avait-il encore fait ?

– Rien qui ne devrait t'inquiéter, répondit-il. Rien qui ne ressemble à – à ce que nous... à ça.

Il voulait bien évidemment parler de ce qui se passait entre eux – parce que bon dieu il espérait bien qu'il se passait quelque chose – et pria pour que le blond comprenne. Ce dernier le regarda quelques instants, puis ses épaules se détendirent et il parut respirer à nouveau.

– Shizu-chan –

Nouvel éclair et il écarquilla les yeux en silence. Reprendre son souffle.

– Je... je t'assure que c'est vrai. Tout ce qui se passe. Ce que je veux. Pour la première fois, j'ai l'impression d'avoir un bon objectif, quelque chose qui n'est pas en rapport avec une névrose quelconque. Tu es tellement... différent de tout ce que j'ai pu voir jusqu'à maintenant. Les gens que j'ai rencontré étaient tous comme moi : plein de faux semblants, de douces paroles, et de promesses dans le vent. Mais toi, toi tu es sincère, honnête, gentil et...doux, même ? Et je ne comprends pas pourquoi tu t'embêtes avec quelqu'un comme moi. Même si tu fais tout ça pour ton frère, ton engagement avec eux et tout ça, tu l'as dit : en restant avec moi, tu te compliques la vie.

Il baissa les yeux. Maintenant qu'il était sur sa lancée, il ne semblait plus être capable de s'arrêter. Lui qui n'avait jamais trouvé le temps de douter de lui ne trouvait à présent plus une seule qualité qui mériterait de garder le blond à ses côtés.

Soudain, il n'entendit même plus l'orage. Seul Shizuo importait, et lui semblait que ses sentiments débordaient, jaillissant hors de lui sans contrôle. Mais quels sentiments, bordel ? Qu'est-ce qui se passe ?

– Dans le fond, tu as raison, continua t-il, hors d'haleine J'apporte les emmerdes et je suis complètement taré. Ma seule famille se résume à mes sœurs qui ont elles-mêmes un sérieux grain, et jusqu'à maintenant j'étais persuadé que rester seul était la bonne solution. Et toi, toi, tu te ramènes et tu me retournes le cerveau, tu m'invites au théâtre, tu me fais l'amour jusqu'à ce que je commence à fondre de l'intérieur, tu es toujours là à l'instant où je m'apprête à devenir fou, et au dernier moment, alors même que ma tête est remplie de je ne sais combien de pensées à propos de toi, tu commences à faire machine arrière, à arrêter de me donner des nouvelles, et bordel j'ai vraiment cru que tu t'étais enfin rendu compte que dans le fond, je ne valais pas grand-chose. Je n'avais besoin de personne, et tout à coup j'ai l'impression de ne plus rien contrôler, et j'ai besoin de contrôler les choses, Shizu-chan !

Il était à bout de souffle, la gorge serré et les yeux humides. Ces foutus orages avaient irrité ses nerfs, et il se sentait à présent si sensible qu'il aurait pu se mettre à pleurer là sans aucune autre forme de procès. La honte commença à s'imposer à lui et il baissa la tête sur ses genoux.

– Pardon, commença t-il plus doucement. Je suis désolé, je crois que j'ai –

Mais il n'eut pas le temps de terminer, car des mains se posèrent sur ses joues, le forçant à se redresser, et il sentit presque aussitôt des lèvres se poser sur les siennes. Si chaudes et impérieuses, elles se pressèrent contre lui avec avidité, le faisant frissonner de la tête aux pieds. Ses oreilles sifflèrent et il ne fut plus capable d'entendre quoi que ce soit, décuplant ainsi les sensations que cette langue dominatrice lui faisait ressentir.

Sans même s'en rendre compte, il fit par s'allonger sur son lit, le dos contre ses couvertures, et cela lui rappela vaguement leur première rencontre. Pitié, faites que ça se termine de la même façon. Son caleçon devint soudain plus étroit, et il commença à trouver son jean particulièrement désagréable.

– Izaya..., chuchota Shizuo lorsqu'ils se séparèrent, haletants. Je vais le refaire, d'accord ? Je vais à nouveau te faire l'amour, alors si tu as des protestations, c'est maintenant.

Devant son silence, il répliqua :

– Bien.

Son regard était si ardent que le brun ne put s'empêcher de se figer sur place. Sa cage thoracique montait et descendait à la vitesse de l'éclair, et il aurait été bien incapable de tenir debout en cet instant. Sa peau était brûlante, sensible comme jamais, et lorsque sa bouche se reposa sur la sienne, il se sentit bouillir et ne put éviter son dos de s'arquer, frottant ses hanches contres celles du blond.

Ils gémirent de concert, et le brun sut que les choses allaient dégénérer.

En quelques minutes, leurs vêtements trempés traînaient sur le sol à côté du lit, et Izaya avait décidément perdu toute raison. Sa peau, moite sous la chaleur qui avait emplis la pièce, frissonnait sans plus pouvoir s'arrêter, et il finit par avoir l'impression que la bouche de son amant était partout sur lui. Son torse, son ventre, son sexe, tout chez lui semblait être un appel à ce que Shizuo le touche, le lèche, le taquine. Il ne trouvait plus sa respiration, gémissant sans même s'en rendre compte, et lorsque leurs yeux se rencontrèrent de nouveau, il ne put que murmurer d'une voix rauque et presque suppliante :

– Tiroir... dans le tiroir, à côté...

Il ne put rien dire de plus, mais heureusement il n'en eu pas non plus besoin car Shizuo se releva avant d'aller attraper les préservatifs et le lubrifiant dans le tiroir de sa table de chevet. Durant les quelques secondes où la chaleur brûlante du blond le quitta, il papillonna des yeux en se rendant compte à quel point il était mal barré. Sentiments.

Mais il n'eut pas le temps de s'appesantir sur ce qu'il ressentait car une bouche quémandeuse revint sur lui et ce qui lui restait de pensées cohérentes le quitta définitivement. Les mains de son amant glissèrent sous ses fesses et il colla ses hanches aux siennes, ondulant son corps en s'accrochant désespérément à ses épaules. Sans contrôle, ses ongles griffèrent sa peau, sa bouche mordant ses lèvres avec voracité, et chaque fois qu'il ouvrait les yeux, ces derniers tombaient sur ceux du blond, ardent et bestiaux, et il avait l'impression de se perdre encore davantage.

Lorsque des doigts lubrifiés entrèrent en lui, il lâcha un cri un peu plus haut que les autres et sentit ses joues brûler. Un sourire mutin naquit sur les lèvres du blond et il l'embrasa encore davantage.

Doux, brute, coquin. Il ne savait plus sur quel pied danser, et soudain l'érection – brûlante, si brûlante ! – de son amant se plaqua contre sa cuisse, et il eut envie de plus. Tellement, tellement plus.

Haletant, il laissa sa main errer entre leurs corps, puis sentit ses doigts entourer lentement le sexe de son blond alors que ce dernier hoquetait à son oreille. Il ondula davantage encore, espérant se faire comprendre, et se rapprocha afin de lui susurrer dans le cou :

Shizu-chan, dépêche –

Brusquement, il fut rempli tout entier, ce dernier entrant en lui d'une longue poussée, et le brun se cambra, basculant la tête en arrière dans un cri silencieux. C'était si bon, si renversant, que durant l'espace d'un instant des étoiles envahirent son champ de vision et il eut l'impression de tomber.

Le blond attrapa l'arrière de ses cuisses, les relevant afin d'aller plus loin, plus brutalement, et Izaya passa ses bras autour de son cou, lui griffant le dos sans s'en rendre compte dans le simple but de trouver un appui, une bouée de sauvetage.

Il allait se noyer.

Mais alors qu'il sentait monter en lui un plaisir infini – il pouvait même le sentir trembler du bout des doigts, il était à ça – Shizuo se retira soudainement, le laissant vide et creux comme jamais auparavant. Le brun s'apprêta à grogner, à gémir, à le supplier de revenir, mais il n'en eut pas le temps car tout à coup des bras musclés le renversèrent sur le matelas, la tête dans l'oreiller le plus proche, et il fut de nouveau pénétré avec ardeur.

Il le sentait si proche, à quelques millimètres à peine, et il pouvait deviner chaque courbe du corps de son amant, entendre chaque gémissement, ressentir chaque coup de rein.

Encore quelques instants, et il allait devenir fou.

Puis soudain, un murmure le fit passer de l'autre côté. Une simple phrase, qui le fit basculer tout entier dans une myriade époustouflante d'émotions contradictoires.

– Izaya, s'il-te-plaît, n'abandonne pas tout maintenant.


Des bisous !

J'espère que ce chapitre - un peu plus long que les autres - vous aura plu ! Vous vouliez du Shizaya ? Voici du Shizaya ! (et avec du smut pourri en prime, sorry) Bref, n'hésitez pas à lacher une review si le coeur vous en dit !