Dimanche 6 Octobre
Je ne sais pas ce qu'il pourrait y avoir de mieux que de manger mon petit-déjeuner à la table des Poufsouffle. J'ai la satisfaction de rendre Roxanne verte et de faire l'objet de rumeurs que, pour une fois, j'ai fait exprès de provoquer. Scott, à côté de moi, me demande pour la troisième fois si c'est une bonne idée. Il n'a pas l'air d'apprécier le regard noir de ma cousine. Je lui dis, amusée :
« Roxanne n'a rien à dire, elle m'a elle-même dit qu'elle était contente pour moi. Je pense qu'elle est jalouse, ajouté-je à voix basse dans son oreille. Mais elle ne l'avouera jamais alors elle devra bien arrêter toute seule. Tu sais que même Léon Wilkes m'a dit qu'il se réjouissait de savoir qu'on sortait ensemble ? »
Il me regarde fixement, comme s'il avait une boule coincée dans la gorge, il se tait mais fait une grimace désagréable. Je pose ma main doucement sur son bras en lui demandant ce qu'il n'allait pas. Il hésite avant de laisser sortir douloureusement :
« Pourquoi tu lui en as parlé ?
– Il m'a posé la question. »
Je réponds honnêtement, ne comprenant pas pourquoi ça blesse tant Scott mais il a l'air particulièrement en colère. Il jette un coup d'œil en direction de la table de Serpentard. Léon croise son regard et hausse un sourcil avant de s'intéresser à nouveau à ce qu'il mange. Je frémis. Scott semble très tendu, ça m'inquiète. Je lui demande :
« Qu'est-ce qu'il se passe ? Ce n'est rien, il m'a demandé si on sortait ensemble, je lui ai dit que oui mais que ça ne le regardait pas.
– C'est juste que …, commence-t-il, je n'ai envie qu'il s'en mêle. Il ne m'inspire pas confiance et il agit bizarrement parfois.
– Oui, ça j'avais remarqué aussi, dis-je en croquant dans un bout de pain. Mais ne t'inquiète pas, je crois qu'il commence à s'améliorer. »
Scott soupire, comme s'il n'en croyait pas un mot et mange le reste de son pudding en silence. Et alors que je venais juste de trouver un sujet de conversation qui pourrait peut-être remettre une ambiance plus détendue, il demande à voix basse :
« Si tu ne l'aimes pas, pourquoi est-ce que tu l'as embrassé alors ? Je sais que c'est ça qui l'a rendu méchant à ce point le jour de la soirée Quiz. »
J'ai l'impression qu'un vent froid passe entre nous, ça me fait frissonner. Je n'avais plus pensé à ça. Je pensais que toutes les mauvaises conséquences étaient déjà passées. Mais comment n'avais-je pas pu penser au fait que ça pourrait rendre Scott jaloux ou au moins légitime à poser la question. Un peu hésitante, je prends le temps de refaire machinalement ma queue de cheval avant de lui répondre d'une voix blanche :
« Je ne sais pas très bien. J'avais peu dormi, j'étais fatiguée, il m'a énervé et on s'est retrouvé presque à se battre quand sans même savoir ce que je faisais, je l'ai embrassé au lieu de lui lancer un sort. Merlin, je préfère pas en parler, j'étais déjà dans un état plutôt pitoyable après la nuit qu'on avait passé que je me suis retrouvée à paniquer toute seule, en pleurs, dans ma chambre. »
Scott ne dit rien. J'ai un peu peur d'avoir tout gâché. Il évite mon regarde et paraît blessé. Je hoche la tête doucement et attrape mon sac. Je lui glisse à l'oreille :
« Je te laisse, j'ai des Merlin d'affiches à faire. »
Il m'a laissée partir sans essayer de me rattraper. Soupirant, j'ai traversé tout le château jusqu'à arriver dans la Salle Commune de Gryffondor. Je suis entrée, la tête remplie de remords. Je ne sais pas si j'ai bien fait de lui révéler tout ça. Je suis sûre qu'il va penser que si c'est arrivé une fois, ça pourrait parfaitement se reproduire mais il a tort. J'apprends de mes erreurs.
Je finis de préparer toutes les affiches dans la matinée, essayant de me sortir de la tête ce silence effrayant de Scott. Je ne sais pas quoi en penser. Alors que Roxanne entre dans la salle commune, certainement avec l'envie de m'embêter pour que je lui parle de pourquoi j'ai mangé avec mon petit-ami et non avec elle alors qu'apparemment, je déteste quand elle mange seule avec Evan, je décide d'aller coller mes affiches au mur. J'esquive toute confrontation en me glissant à l'extérieur par le tableau de la Grosse Dame. Je commence mon tour du château par le hall pour remonter chaque étage. J'aurais bien demandé à quelqu'un de le faire pour moi mais je n'ai pas très envie de parler avec Léon, je ne trouve pas Lysander et les premières années seraient capables de les mettre de travers. Et puis ça me détend de me balader dans les couloirs, faire quelque chose qui ne nécessite pas de trop réfléchir, ça me laisse du temps pour chercher une solution pour calmer Scott.
En arrivant dans le couloir qui mène au bureau de McGonagall, j'entends des cris. Ou plutôt, j'entends Minerva déverser tout son courroux sur quelqu'un. Je me mords légèrement la lèvre. Bien sûr que ma curiosité naturelle me pousserait à m'approcher d'un peu plus près pour comprendre ce qu'il se passe. Mais est-ce bien raisonnable ? Je continue à coller mes affiches en avançant discrètement vers la porte du bureau.
« Mademoiselle Selwyn, si je vous revois traîner hors de l'établissement, j'irais directement chez vos parents pour leur expliquer moi-même ce que vous avez fait ! Et je suis sûre que vous ne le souhaitez pas, n'est-ce pas ? Dans ce cas et si vous ne voulez pas être renvoyée, il vous faudra être irréprochable jusqu'à l'année prochaine ! A présent, j'enlève 50 points à Serpentard et je vous conseille de sortir de là, d'aller faire vos devoirs et de ne plus jamais recommencer. »
Ce sont les dernières paroles très vives que j'ai entendues de la directrice. Elle, qui a l'habitude de garder son sang froid, a l'air d'avoir perdu tout son stoïcisme face à Astrid Selwyn. La porte s'ouvre, je plonge mon nez dans mon sac, cherchant un moyen de montrer que je suis là tout à fait par hasard et que je n'ai pas fait exprès d'entendre cette réprimande. La petite sœur de Côme Selwyn, le meilleur ami de Léon, sort dans le couloir, visiblement tout aussi énervée. Dans leur famille, ils sont à peu près tous passés par la magie sombre. Elle a un an de moins que moi mais je sais parfaitement qu'elle est insupportable. Je relève la tête de mon sac prudemment. Elle a ses cheveux ébène remontés en un chignon fait à la va-vite et une mèche folle tombe sur ses yeux rouges. J'esquisse à son intention un léger sourire poli. J'ai l'impression que ça ne la calme pas, elle me jette un regard foudroyant et passe à côté de moi en soupirant.
J'hésite quelques secondes avant de passer la porte pour aller à la pêche aux informations chez McGonagall. Je donne quelques coups contre le bois et toussote pour qu'elle remarque ma présence. Elle me dit d'entrer et je me glisse à l'intérieur de la pièce. Elle est tournée vers la fenêtre, le regard vers l'horizon, pensive. Elle revient s'asseoir à sa place quand je suis arrivée presque au milieu de la salle. Elle me regarde un peu sévèrement et dit :
« Miss Weasley, quel vent vous apporte ? »
C'est vrai ça, pourquoi est-ce que je peux bien être là ? J'invente un mensonge pour qu'elle ne me jette pas dehors trop rapidement.
« Je voulais vous prévenir des avancées que nous avons fait avec Wilkes sur la soirée de Samedi.
– Je vous fais confiance pour organiser quelque chose de fort sympathique. »
Elle soupire, apparemment fatiguée. J'ai même l'impression que cette histoire de soirée de l'intéresse qu'à moitié. Elle se prend la tête entre les mains et la relève presque dans la seconde, ne voulant laisser paraître aucune faiblesse. J'ai trop de respect pour elle de toute manière pour lui faire ne serait-ce qu'une réflexion. Elle remet bien en place ses lunettes alors que j'allais me lancer dans de plus longues explications mais elle me coupe en demandant :
« Molly, pourriez-vous faire quelque chose pour moi ? »
Surprise, je la dévisage comme si elle venait de dire une absurdité mais j'acquiesce d'un signe de tête. Je ne sais pas vraiment quoi dire. Elle continue d'une voix plus basse, sur un ton presque secret, pour que personne d'autre que moi ne l'entende mais il n'y a que nous dans son bureau.
« J'aimerais que vous gardiez un œil sur miss Selwyn. Je ne doute pas que vous ayez entendu notre petite conversation et c'est aussi bien si cela peut servir à quelque chose. J'ai peur qu'elle ne commette l'irréparable.
– Qu'a-t-elle fait exactement ? demandé-je avec inquiétude.
– Elle est sortie seule à Pré-au-Lard pour retrouver un groupe soupçonné de magie noire, qui complote certainement contre le ministère. Un commerçant l'a ramenée au château mais tout ça ne me rassure pas. Je sais que je peux avoir confiance en vous, Weasley, ajoute Minerva avec un regard qui me donne presque des sueurs froides, veillez sur elle. »
J'ai automatiquement fait le lien entre la petite escapade d'Astrid et celle que nous avions faite avec Scott jusque dans la caverne. Un sentiment de culpabilité s'éveille en moi et j'ai tout de suite envie d'en savoir plus sur cette affaire. Je hoche doucement la tête en acceptant cette mission et je dis d'une voix un peu tremblante :
« Je ferai de mon mieux, Professeur. »
Elle me laisse partir et je me retrouve à cogiter dans le couloir. Astrid Selwyn serait donc en contact avec le même groupe que Scott. Ça n'annonce rien de bon. Je me sens presque prise en piège. Je ne peux pas en parler avec Scott, ni être trop curieuse avec la Serpentard, ils risqueraient de se douter de quelque chose.
J'allais me remettre à coller mes affiches quand soudain au bout du couloir apparaît Côme Selwyn qui discute avec un jeune garçon de sa maison. Je me mords la lèvre. Côme a changé ces dernières années, il ne s'est pas retrouvé en retenue depuis un moment alors peut-être n'a-t-il plus de lien avec ceux qui pratiquent la magie noire. Un peu sur un coup de tête, je vais dans sa direction. Il est protecteur avec sa petite sœur, peut-être qu'il a été attentif à son comportement ces derniers temps.
« Hé Selwyn, l'appelé-je, est-ce que je peux avoir une discussion avec toi ? »
Il me considère du regard et fronce les sourcils, faisant une moue peu enthousiaste. Le petit garçon à côté de lui me fixe avec stupeur. Je m'approche d'eux avec un regard presque amusé. Il soupire et dit :
« Je donnais des conseils à Tyler, tu peux pas me donner une retenue pour quelque chose que je n'ai pas fait plus tard ? »
Je dévisage le Tyler en question qui rougit et j'ignore ce qu'il dit pour lui répondre, le plus sérieusement possible :
« Non, je ne peux pas, j'ai une liste haute comme un troll des montagnes de choses à faire. Allez, ça ne devrait pas durer très longtemps et ça pourrait même t'intéresser.
– La retenue ? Tu veux me faire passer une heure dans la salle de bain des préfets à la place d'aller en Histoire de la Magie ?
– Je n'avais pas vraiment l'intention de te donner de retenue à la base, mais si tu insistes tant ... »
Il soupire et hoche la tête. Puis, il explique au jeune Serpentard qu'ils continueraient leur conversation plus tard. Ce dernier s'éloigne alors que Côme plisse les yeux, suspicieux. Je lui fais signe de me suivre pour qu'on aille dans un endroit où il n'y a personne. Il me demande, pas très à l'aise :
« Tu veux me parler de Léon ? Je te préviens, ce qu'il fait, ce ne sont pas mes affaires. »
Je le regarde en levant un sourcil interrogateur. Pourquoi me parle-t-il de Wilkes ? Je secoue la tête pour enchaîner sur mes réelles intentions :
« Ce ne sont pas mes affaires non plus, je voulais surtout te parler de ta sœur.
– Astrid ? Qu'est-ce qu'elle a encore fait ?
– Je ne sais pas très bien mais j'ai entendu McGonagall lui passer un savon, c'était plutôt violent … Alors, je voulais t'en parler parce que ça m'inquiète un peu.
– C'était si terrible que ça ? »
Il me regarde, tout de suite beaucoup plus préoccupé par la situation. J'acquiesce d'un signe de tête avec le regard grave. Il passe une main dans ses cheveux coupés court en essayant de trouver une raison à la colère de la directrice. J'ajoute :
« J'ai pensé que tu savais peut-être ce qu'il s'était passé… Je n'ai pas envie qu'elle fasse quelque chose de trop grave, tu comprends ? C'est un peu mon rôle de Préfète-en-chef que tout se passe bien pour les élèves.
– Oui, je comprends tout à fait. Merci d'être venue m'en parler. Mais elle ne me parle plus beaucoup ces temps-ci. J'espère qu'elle ne va pas faire de grosse bêtise. »
Il a l'air perturbé par ces informations. Je hoche la tête doucement pour lui montrer que je suis d'accord avec lui. Je lui dis, soucieuse :
« En tout cas, si jamais elle t'en parle et que c'est grave, viens me voir, s'il te plaît. J'ai peur qu'elle ne risque beaucoup et il vaut bien l'arrêter et s'occuper d'elle, discuter, que de la laisser aller trop loin.
– Compte sur moi, Molly. »
Je lui tapote gentiment l'épaule et le laisse retourner voir son jeune ami. Je remonte vers la salle commune, la tête occupée d'encore plus de questions que d'habitude. Cette histoire avec Astrid Selwyn aura eu le don de réveiller chez moi une curiosité pour les actions de Scott et du groupe auquel il appartient. La tête en sandwich entre deux coussins, je me demande à qui je dois le plus de fidélité. Scott que je ne connais pas bien finalement ou bien Minerva, qui est mon modèle, la sorcière que je respecte le plus dans tout le monde des sorciers. Tout ça me laisse quelque peu pantoise.
