- Aide-moi à lui faire monter l'escalier.

Rossi réquisitionna les muscles de Morgan en espérant éviter à l'épaule de Hotch des dégâts supplémentaires sur le trajet de la chambre. Mais alors que Derek atteignait le siège arrière en se préparant à glisser les mains autour de la taille du blessé, Aaron s'extrayait péniblement d'un profond sommeil. Etourdi par l'analgésique, son self-control et sa capacité à se dérober étaient au plus bas. Quand Morgan l'aida à sortir, ils se retrouvèrent donc inévitablement face à face. Légèrement vacillant, Hotch fixa le visage gonflé et contusionné de son bras-droit.

- Pardon, Morgan, fit-il d'une voix basse et honteuse. Vraiment… pardon.

Question excuse, c'était l'une des plus courtes mais aussi probablement la plus sincère que Derek ait jamais reçu. Hotch baissa la tête.

- Ne vous inquiétez pas pour ça, Patron. Quand je raconterai l'histoire, ce sera cinq ou six unsubs armés contre moi et quelques secondes à peine pour sauver le monde, affirma-t-il avec un demi-sourire. Si je me débrouille bien, je me ferai de nouvelles connaissances à tour de bras… et jolies, avec ça.

Le Chef d'Unité secoua la tête, ce qui manqua lui faire perdre l'équilibre. Morgan le retint et, avec un dernier regard empli de culpabilité, Hotch sortit de la voiture.

C'est alors qu'il réalisa qu'ils étaient de retour chez Rossi.

Chancelant, il fixa la façade imposante, cligna des yeux et se mit lentement et avec insistance à secouer la tête de refus.

- Non. Je veux rentrer chez moi, affirma-t-il avant de tourner des yeux aussi gonflés que ceux de Morgan vers ses collègues. Je veux rentrer chez moi.

-o-o-o-

Reid et Morgan s'en remettaient à Rossi quand il s'agissait du support paternel et doux dont leur leader avait parfois besoin. Leur aîné s'avança d'un pas.

- Non, Aaron. Ce serait mieux si tu restais ici pendant quelques temps.

Hotch fixa Rossi. Ils pouvaient voir que son esprit drogué, fatigué, essayait d'assembler toutes les pièces. Il finit par baisser les yeux et acquiescer.

- Tu as saison. Jack n'est plus en sécurité avec moi désormais.

Il lança alors un regard honteux à Morgan et ajouta :

- Personne ne l'est.

Ce n'était pas ce que Rossi avait voulu dire, et ce n'était certainement pas la conclusion que qui que ce soit avait espéré le voir en tirer. Dave s'empressa de rattraper un peu les dégâts.

- Ecoute… tu es épuisé. Tu as besoin d'un peu de temps pour tout arranger. La seule raison pour laquelle je te veux à proximité, c'est parce que nous n'avons pas terminé de parler.

En vérité, Rossi ne voulait pas prendre le risque que Jack entende son père se réveiller en criant avec des visions de vers creusant dans son cerveau. Il pensait que si Hotch pouvait arriver à passer tout un cycle de sommeil sans être assailli de mauvais rêves, alors il pourrait rentrer chez lui sans risque.

A présent il se demandait si les cauchemars étaient vraiment leur plus gros problème. Sa confiance en lui était brisée. L'intrusion de Peter Lewis avait laissé un chemin en ruine dans son sillage, prenant en otage une grande portion de la confiance en lui du Chef d'Unité.

Hotch se fermait peu à peu et se dirigeait vers un endroit sombre et solitaire où aucune compagnie n'était permise. C'était dans sa posture, sa voix, toute sa manière d'être.

Rossi songea que la journée avait été longue et bien remplie. Personne n'allait régler davantage de problèmes sans quelques heures de repos.

- Tu restes ici cette nuit, Aaron. Demain, nous en reparlerons. Et demain soir tu seras de retour chez toi et tu liras à ton fils une histoire avant qu'il s'endorme. Morgan, aide-moi à le faire monter à l'étage. Après ça, toi et Reid pourrez rentrer chez vous, déclara-t-il avant de lancer à Reid un regard plein de gratitude : Je ne sais pas ce qu'on aurait fait sans toi, Gamin. Ca aurait pu bien plus mal tourner.

Le petit mouvement des lèvres de Reid montra qu'il avait entendu, mais son attention était principalement tournée vers Hotch. Il y avait quelque chose en lui de si défait et si brisé. Le jeune génie espérait que Rossi avait raison… que du sommeil et une discussion feraient toute la différence.

Mais il en doutait.

-o-o-o-

Peter Lewis était dévasté. Choqué. Sidéré.

Assis dans sa cellule, il se passait et repassait dans sa tête la rencontre avec Aaron Hotchner, comme une bobine infinie d'un film montrant un événement arrivé à quelqu'un d'autre. Le genre de désastre devant lequel on secoue la tête avant de le mettre de coté, car cela n'as pas vraiment d'importance dans notre vie, notre monde.

Se distancier était le seul moyen pour lui de supporter l'horrible réalité qui remontait depuis l'endroit où bouillonnaient et tourbillonnaient ses peur les plus profondes.

Une vie de stagnation mentale. Pire que la stagnation. L'exposition à chaque instant, sans arrêt, à des esprits inférieurs. Les créatures qui l'entoureraient ici ne seraient pas meilleures que des rats de laboratoire. Ils seraient ses sujets, ses jouets. Pas ses compagnons.

Il ferma les yeux avec force. La mort aurait été tellement meilleure.

Cela avait déjà commencé. Il n'y avait personne ne serait-ce que proche de son niveau intellectuel avec lequel il pouvait communiquer. Puisqu'il n'avait montré aucune envie d'engager un avocat, un commis d'office lui avait déjà été assigné. L'imbécile n'avait servi qu'à confirmer les prévisions de Lewis, en affirmant que l'affaire pouvait être étalée sur des années, avec de multiples appels et un véritable cirque d'acrobaties légales dues à la diversité géographique des meurtres.

Comme si c'était une bonne chose.

Comme si son client en avait quoi que ce soit à faire de ses pathétiques stratégies.

La mâchoire de Lewis était douloureuse à force d'avoir grincé des dents.

Il devait y avoir un moyen d'y échapper. Il laissa son regard désespéré voyager sur le maigre mobilier. Peut-être pouvait-il récupérer un morceau de la plomberie ou un ressort du matelas et utiliser le bord émoussé pour se trancher les veines… peut-être pouvait-il se porter volontaire pour laver les toilettes ou travailler dans la laverie et avaler suffisamment de produits chimiques pour s'empoisonner.

Il serra les poings dans ses cheveux avec une force punitive. Si ce pauvre petit agent du FBI avait fait ce pour quoi il avait été programmé, rien de tout cela n'arriverait. Lewis n'aurait pas à faire face à sa propre couardise. Il n'aurait pas à admettre qu'il ne pouvait se montrer violent envers lui-même. Il n'en avait pas le cran.

Il haïssait l'agent Hotchner de l'avoir mis dans cette position où il était confronté aux traits de son caractère qu'il était parvenu à nier toute sa vie.

Et cet autre agent. Celui qui l'avait doublé. Le maigrichon qui semblait absolument oubliable. C'était tout simplement… injuste. Le plan était censé impliquer lui et Hotchner. Ce n'était pas juste que quelqu'un d'autre s'y soit glissé et ait joyeusement anéanti tout son merveilleux travail.

La rage se réveilla en Lewis, mais il la tempéra dès l'instant où il la reconnut. De telles choses étaient pour les êtres inférieurs, comme Hotchner avec son regard triste et son cloaque primaire d'instincts. L'esprit agile de l'unsub se mit à tourner.

Si une situation appelait bien à une douce vengeance, c'était celle-là.

Hotchner pouvait bien ne plus être une arme, mais cela ne signifiait pas qu'il ne pouvait être anéanti. Après tout… le plan original impliquait un meurtre qui détruirait l'agent, avec des répercussions sur sa carrière, sa famille… toute sa vie.

Peter Lewis ressentit le premier souffle infime du salut. Quelque chose sur lequel il pouvait faire travailler son esprit phénoménal. Il avait appris beaucoup de choses sur Aaron Hotchner, pendant le temps passé ensemble. La plupart avait été inutilisable, faute de temps. Il était pressé.

Mais à présent, il avait tout le temps du monde. Le temps de toute une vie, en fait.

Et beaucoup de munitions inutilisées sommeillaient dans l'esprit du pauvre petit Aaron Hotchner.

Tout ce qu'il avait à faire, c'était trouver comment les faire exploser.

Pour la première fois depuis qu'il avait été trainé hors de la salle d'interrogatoire, Peter Lewis sourit.


Justwritten7 : Hmm, en effet. Par contre je n'y avait pas pensé mais "activer" pourrait faire l'affaire ^^ Merci !