pssst... relativement bientôt... du fluff... vous vous souvenez quand c'était ultra angst hahaha good ol' days
Merci pour vos reviews !
Lundi
Les jours fériés sont sans aucun doute le fruit d'une intervention divine. J'ai travaillé, c'est vrai, et beaucoup trop peut-être, mais j'ai aussi dormi plus que de raison, et, au réveil, je me sentais bien.
Comme c'est inhabituel de traverser les heures sans qu'elles ne laissent leur poids entre mes omoplates, une grande main qui autrefois me maintenait à genoux, qui aujourd'hui, me tire brusquement vers l'avant.
Mardi
Deux événements très étranges sont arrivés aujourd'hui, l'un comme l'autre par l'intermédiaire de Kuroo.
Le premier était inattendu ; il faut dire que je perds confiance en mes talents d'observation, dernièrement, et il semble que mon attention se soit portée sur Bokuto-san plutôt que sur Kuroo ou Kenma.
Je n'ai pas tellement parlé de Fukurodani après leur avoir annoncé la nouvelle, mais ça ne les a visiblement pas empêché d'y penser. Ils m'attendaient tous les trois, comme d'habitude, près du konbini où Bokuto-san avait « des achats urgents » à faire. Kenma l'a suivi pour gérer les éventuels dégâts, même si je soupçonne qu'il y participerait autant que lui. Je voulais les accompagner, mais Kenma m'en a empêché d'un coup d'œil.
Ils avaient probablement passé un accord. Je ne sais pas.
Kuroo les a regardé partir, puis, son carton de jus terminé, m'a adressé un sourire. J'ai dû avoir l'air surpris, parce que l'expression de son visage a vite tourné à la grimace. Il a haussé les épaules, comme pour répondre à une question muette, puis a dit : « Alors, Fukurodani ? Ça va, les études ? »
Il lui arrive de se comporter comme un vieil homme, mais je ne pense pas qu'il en ait conscience. J'ai acquiescé, parce que c'est vrai, ça va.
« Cool, cool. T'es une tête, toi, hein ?
— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
— L'aura, j'imagine. » Il a secoué la tête. « Écoute, je sais qu'on n'est pas forcément proches, toi et moi, mais j'y pensais ce week-end... Mine de rien, je suis toujours ton aîné. Nekoma n'est pas Fukurodani, mais je me défends plutôt bien, niveau études. Surtout en math et sciences, en fait. Donc, si t'as besoin d'un peu d'aide... je veux dire, j'en ai passé, des examens d'entrée, et je sais que ce n'est pas si facile, donc... »
Il a un don pour tourner autour du pot. Bizarrement, il ne fait ça qu'avec moi ; le reste du temps, il est plutôt direct, même si ce n'est pas toujours une bonne chose.
« C'est Kenma qui t'a envoyé ? »
Il m'a souri. Un vrai sourire, cette fois. J'ai toujours un peu de mal à savoir ce qu'il signifie. « Ma générosité est 100 % personnelle et authentique. Je l'aide un peu, lui aussi, quand il ne m'envoie pas bouler. Deal ou pas ?
— Je ne me souviens pas avoir convenu des termes.
— Donc c'est d'accord ? Je suis libre jeudi, si tu veux. Tu peux juste regarder ce qui te donne du fil à retordre, et je verrai ce que je peux faire. »
L'idée avait l'air de beaucoup l'enthousiasmer. Lorsque j'ai accepté, il a semblé plus heureux que jamais. Son comportement m'échappe, mais si ça l'amuse, pourquoi pas.
Le deuxième événement est arrivé tout de suite après ça, quand Kuroo a dit : « Au fait, tu viens, vendredi ?
— Vendredi ?
— Pour l'Interlycée. Je croyais qu'il t'avait prévenu. »
Il ne m'avait pas prévenu. À vrai dire, l'existence même du tournoi m'était complètement sortie de la tête.
L'étrange événement n'est pas un événement en tant que tel. C'est juste une réalisation. Les nationales sont à nos portes, et Bokuto-san n'en a pas dit un mot, ni à moi, ni à Kuroo, ni à personne d'autre. C'est comme s'il avait oublié — mais je sais qu'il ne l'oublierait pas, et ça fait longtemps que son équipe est qualifiée.
Je me demande ce qu'il a.
La compétition commence jeudi, mais personne ne doute de la capacité de Fukurodani à survivre à la première journée. J'irai vendredi, avec les Kuroo et Kenma. Je ne sais pas à quoi m'attendre. Ça me fait un peu peur.
Mercredi
J'aimerais lui en parler, mais je ne sais pas trop comment amener le sujet. S'il y a une chose dont je suis certain à propos de Bokuto-san, c'est qu'il n'est pas du genre à se taire, encore moins sur ce genre de sujet. Si je lançais la conversation, elle finirait sans doute mal. Juste un pressentiment.
Je pensais que ça s'était arrangé.
Jeudi
Kuroo « T'es une tête, hein ? » Tetsurō ne devait pas croire en ses propres paroles vu son incrédulité manifeste. Il doit avoir dit quelque chose dans les eaux de : « Je savais pas que t'étais aussi malin ! », mais je crois que c'était juste une de ses plaisanteries.
Il m'a quand même beaucoup aidé, finalement. Avoir l'appui d'un lycéen, même de première année, n'est peut-être pas nécessaire, mais ça représente un sacré avantage. Il a beaucoup de souvenirs de ses propres examens, quelques astuces, et je me sens un peu plus détendu à l'idée de passer par là.
C'est la première fois que je suis vraiment seul avec lui. J'ai l'impression de découvrir sa personnalité. Il est plus sérieux avec moi qu'avec Bokuto-san. Je suppose qu'il l'est avec Kenma aussi. Mais il sourit beaucoup plus que je ne le pensais, rit de temps en temps, et je crois qu'il veut vraiment aider. Il a l'air d'aimer ça, en tout cas.
On a parlé des examens d'entrée pendant des heures. Je me demande comment je vais m'en sortir. Les premiers tests sont dans près d'une semaine, mais c'est trop tôt, et je ne pense pas pouvoir réussir l'entretien. Ma situation familiale ne vend pas du rêve, de toute façon.
Enfin, je ne perds rien à essayer. Je tenterai les examens réguliers plus tard, et c'est là que je me démarquerai.
Fukurodani a passé la première journée sans problèmes.
Vendredi
J'ai été voir les matchs d'aujourd'hui. Comme prévu.
J'avais prévenu Bokuto-san avant, bien sûr, parce que je voulais qu'il sache. Je n'aime pas tellement me cacher derrière les gradins.
Je ne sais pas trop quoi dire. Je ne sais pas comment je me sens. Un peu déçu. Un peu en colère, surtout. J'ai du mal à rester en place, encore plus à concentrer mes pensées.
Ils ont gagné. Je peux au moins dire ça. Ça n'a pas été facile, mais ce sont les nationales, après tout.
Samedi
Ils ont perdu le premier match de la journée. Je le regardais sur internet, avec ma sœur. Elle a gratifié l'écran d'une grimace dégoûtée — elle y croyait plus que moi. Leur défaite, pour ma part, n'avait rien d'une surprise. Aller plus loin aurait eu quelque chose d'insultant. Fukurodani est une bonne (une excellente) équipe, mais ils ne comprennent pas. Ils ne voient pas. Peut-être que c'est la lumière — peut-être qu'ils devraient attendre la nuit. Ce sont des animaux nocturnes, après tout.
Dimanche
Bokuto-san est terriblement déçu. C'est naturel. Je lui ai proposé de venir ici, sans vraiment y réfléchir. C'est ce que font les amis, non ? Je me suis mis à sa place, je me suis rappelé la fois où je l'avais rencontré par hasard après une nuit à errer dans l'obscurité, et j'ai pensé : c'est mon tour, maintenant. Je dois faire quelque chose. Je veux faire quelque chose.
Il a refusé. Il a dit : « Je dois m'entraîner plus. »
Je ne savais pas s'il voulait de moi là-bas, mais je ne pouvais pas non plus l'abandonner sur une expérience pareille. Repenser à ses matchs me donne la nausée.
Son passeur est un imbécile. Un imbécile aveugle, borné, et dénué de tout instinct de survie. Bokuto-san est juste à sa portée (pas encore à la mienne), mais il reste là, bras ballants, complètement inutile. Il tourne en rond comme un animal acculé sans savoir que la clé de sa liberté est à quelques pas, qu'il suffirait qu'il ouvre les yeux pour tout soit clair — mais il ne regarde pas, jamais, et voilà longtemps qu'il s'est enfoncé dans une dalle de béton frais. C'est trop tard pour lui. L'hiver est là, et lorsqu'il gèlera, toute son équipe se figera avec lui.
Je ne le connais pas. Je le déteste quand même. Une partie de moi me souffle que c'est puéril, ridicule, que je ne peux rien y faire. Mais je peux. Je le ferai. Dans quelques mois, ils verront ; ils comprendront ; et lorsque Bokuto-san se trouvera au sommet, ils se diront : « Ah, si seulement on l'avait remarqué plus tôt ! Si seulement son passeur, en première année, n'avait pas été aussi malin et énergique qu'un vieux koala ! Comme nous sommes idiots ! » Je peux le voir d'ici.
En attendant, je ne peux que lui parler des rares moments impressionnants, parce qu'il y en avait — je peux raconter les cris du public, cette bande de filles qui, à côté de nous, l'encourageaient sans cesse, et chacun, chacun de ses passages sur le terrain, les points difficilement gagnés, les succès ensevelis sous les cendres de leur défaite.
Il m'a souri en partant.
Je crois qu'il s'en sortira.
