Je suis fort méchante parce qu'il y a un cliffhanger à la fin de ce chapitre. ^^ Vous aurez remarqué qu'il y a eu un petit hiatus dans la publication... Je suis désolée, j'ai peur que les publications soient aléatoires pendant quelques temps. J'ai du mal à écrire, la rentrée m'occupe et j'ai un peu de mal à gérer mon emploi du temps pour le moment. Je fais mon possible, je vous promets.

Enjoy & Review


Do you ever feel you've become the worst version of yourself? That a Pandora's box of all the secret, hateful parts - your arrogance, your spite, your condescension - has sprung open? Someone upsets you and instead of smiling and moving on, you zing them? "Hello, it's Mr Nasty." I'm sure you have no idea what I'm talking about.

You've got Mail

Avez-vous déjà eu l'impression d'être la pire version possible de vous-même ? Comme si une boîte de Pandore contenant toutes vos parties secrètes et pleines de haine (votre arrogance, votre rancœur, votre condescendance) s'était ouverte ? Quelqu'un vous blesse et, au lieu de sourire et de passer au dessus, vous les démolissez ? « Salut, c'est Mr Vicieux. » Je suis sûr que vous n'avez aucune idée de ce dont je suis en train de parler.

You've got Mail.

Chapitre 36 : Hello, it's Mr Nasty

« Problème ? » demanda Severus, sans lâcher la table des Gryffondors des yeux.

Harry relut rapidement le mot qu'un des hiboux de l'école venait de lui apporter, avant de hausser les épaules.

« Je dois rejoindre mon père à la fin des cours. » soupira-t-il. « Visiblement, le père de Malfoy était sérieux quand il disait vouloir me faire renvoyer... »

Son ami jeta un coup d'œil mauvais vers leur droite, là où trônait Lucius Malfoy, au milieu de sa cour de Sang-Purs. Ils s'en désintéressèrent tous les deux très vite, trouvant bien plus intéressant d'échanger des grimaces hostiles avec les Maraudeurs qui les fixaient depuis la table des lions.

Après être retourné dans leur dortoir la veille au soir, Harry avait résumé les faits à Severus, ignorant pertinemment les instructions de Snape-Prince. Il refusait de laisser ces quatre idiots insulter le Professeur, surtout depuis qu'il était devenu évident que le Maître des Potion était cent fois plus intelligent et digne de respect qu'eux.

Il se trouvait que Severus avait cent mille idées pour faire de la vie des Maraudeurs un enfer. Des années de réflexions, sans doute. Harry avait refusé les plus extrêmes ainsi que celles qui auraient pu s'avérer dangereuses, après tout, il n'avait jamais désiré blesser personne. Ils avaient fini par se mettre d'accord sur les coups de deux heures du matin.

Le plan était aussi infaillible qu'il pouvait l'être.

« J'y vais. » déclara Severus, en attrapant son sac. « N'oublie pas de dire à Lily que... »

« Tu es à l'infirmerie. » murmura-t-il. « Ne t'inquiète pas, je te couvre. »

Les lèvres du Serpentard tressautèrent dans ce qui était, pour lui, un sourire enthousiaste. Son expression resta neutre.

« Je te retrouve en Botanique. » promit Sev, en lui adressant un bref hochement de tête.

Harry suivit son parcours des yeux tandis qu'il remontait la table des serpents et passait les grandes portes. Une fois certain que Severus s'était éclipsé sans encombre, il retourna à son occupation principale ce matin là : fusiller James Potter du regard.

Quand la première sonnerie retentit, il se leva et suivit la masse des étudiants qui se déversait hors de la Grande Salle. Lily ne tarda pas à le rattraper, tirant sur son bras pour capter son attention.

« Hey ! » le salua-t-elle, d'un ton enjoué. « Où est Sev ? »

Il lui rendit son sourire et haussa les épaules.

« Il n'était pas très bien alors il est allé voir Pomfresh. » répondit-il, nonchalamment.

« Pomfresh ? » répéta la lionne, en fronçant les sourcils.

« Oui. » confirma-t-il, en jouant des épaules pour pouvoir progresser plus vite.

Voilà pourquoi il préférait quitter la table du petit-déjeuner avant la cohue : naviguer dans les couloirs bondés était toujours un calvaire.

« Severus Snape est volontairement allé voir Pomfresh ? » insista Lily, un brin ironique.

Il eut à peine le temps de songer qu'un meilleur mensonge aurait sûrement été préférable qu'elle tirait à nouveau sur son bras, pour l'attirer dans une des alcôves cette fois. A l'abri de la foule. Malheureusement, pas à l'abri de son expression sérieuse.

Elle croisa les bras devant sa poitrine et le dévisagea d'un air qui ne souffrirait aucune contradiction. Légèrement mal à l'aise à cause l'espace confiné dans lequel ils se trouvaient, Harry tenta de ne remarquer pas qu'il était assez près de sa mère pour que son souffle – qu'il retenait pourtant avec application – fasse bouger les mèches éparses qui encadraient son visage et avaient échappé à la queue de cheval sévère qui retenait le reste de sa chevelure.

Ils avaient à peu près la même taille, nota-t-il.

« Qu'est-ce qui se passe ? » exigea-t-elle de savoir, lorsque le silence s'éternisa un peu trop longtemps.

La seconde sonnerie retentit et le couloir se vida très rapidement sans qu'il ne trouve une réponse appropriée. Il était impossible de mettre Lily dans la confidence. Pas seulement à cause de son inclination soudaine pour James, mais parce qu'elle n'aurait jamais approuvé une telle ligne de conduite. Elle était une Gryffondor, après tout.

Lui aussi, se souvint-il. Un brin trop tard.

« On est en retard. » lâcha-t-il finalement, en tentant de s'extirper de l'endroit trop étroit.

Elle l'en empêcha sans mal d'une simple poussée sur l'épaule. L'espace était réellement trop restreint pour qu'il lutte sans que d'autres parties de leurs corps ne se touchent et il souhaitait à tout prix éviter un tel contact. C'était sa mère.

« Harry. » grinça-t-elle, d'une voix menaçante.

« Ah, je regrette de déranger deux amoureux, mais il me semble que vous avez cours, mes enfants... » intervint Slughorn, indubitablement amusé.

Le Survivant s'extirpa d'un bond de la poigne de Lily et entreprit de démentir les propos du Professeur. Cependant, Slughorn ne semblait pas particulièrement intéressé par ses balbutiements inarticulés. Il sourit gentiment à Lily et l'encouragea à se hâter d'aller en classe.

Les joues rouges, la jeune fille s'empressa d'obéir. Harry la suivit par réflexe, accélérant l'allure à la limite de la course.

Ils eurent beau se presser, Binns avait déjà commencé la leçon lorsqu'ils pénétrèrent dans la classe. Trop concentré sur la cinquantième révolte des Gobelins, le fantôme ne les aperçut même pas.

Le regard de James Potter, en revanche, n'aurait pu être plus mauvais.

S'il s'en fiait aux divers gloussements et doigts pointés dans leur direction, son père et Slughorn n'étaient pas les seuls à croire qu'il se passait quelque chose entre Lily et lui.

Soucieux de mettre un terme aux rumeurs aussi bien que d'esquiver les questions de la jeune fille, il se glissa jusqu'à l'endroit où Amy était assise et prit la dernière place libre. Un peu décontenancée, Lily fronça les sourcils et s'installa sur le premier siège disponible : à côté d'une Serdaigle qui prenait des notes comme si sa vie en dépendait.

Il sortit ses affaires et entreprit de griffonner quelques uns des éléments que Binns énumérait, tout en ignorant résolument le regard interrogateur d'Amy ou de Lestrange. MacNair tenta d'attirer son attention en le bombardant de boules de papier mais Harry s'entêta à ne rien voir ni entendre que le Professeur. Il n'avait jamais autant suivi en Histoire de la Magie. Il ne s'était jamais autant ennuyé non plus.

Dire qu'il fut soulagé lorsque la sonnerie retentit était un euphémisme. Il se dépêcha de fuir la salle de classe avant que Lily puisse le rattraper ou que les Maraudeurs aient le temps de le provoquer. Non pas qu'il ait peur d'eux ou qu'il souhaite éviter une confrontation mais les altercations à quatre contre un ne s'étaient jamais soldées par une victoire de sa part. Ce jour là, il était déterminé à l'emporter sur eux.

Il remonta les couloirs en courant, sans prêter attention aux protestations des élèves qu'ils bousculaient ou aux points que Flitwick lui retira du bas de l'escalier. Il continua de grimper vers les hauteurs du château, s'assurant de faire autant de détours que possible afin de perdre d'éventuels poursuivants. Fou les réflexes qu'on intégrait lorsqu'on partageait un dortoir avec Severus Snape...

Il était pratiquement arrivé à la tourelle totalement abandonnée de l'aile ouest lorsqu'il percuta de plein fouet un autre élève qui courrait dans la direction opposée.

Sonné, il resta assis par terre quelques secondes, à secouer la tête pour s'éclaircir les idées.

« Depuis quand est-ce que tu cours ? » grimaça-t-il, avec agacement.

Un agacement qui reflétait parfaitement celui de Severus.

« Depuis que je n'ai que deux minutes pour traverser tout le château. » répliqua son ami, en se frottant le coude. « Dépêche-toi. »

Facile à dire pour celui qui ne s'était pas retrouvé par terre...

Il se releva tant bien que mal, épousseta son uniforme couvert de poussière et emboîta le pas à Severus qui ne s'était pas remis à courir. Il ne lui en fit pas la remarque, Chourave pouvait attendre un peu.

« Alors ? » demanda-t-il, lorsqu'il n'y tint plus.

« Je t'ai dit que tout serait prêt. » rétorqua le Serpentard.

Harry leva les yeux au ciel. « Et ? »

« Et ça l'est, bien évidemment. » déclara Sev, irrité. « Il y a une raison pour laquelle je suis premier en... »

« Oui, ça va, ça va, on sait... » coupa-t-il. « Tu es génial et nous ne sommes que de pauvres idiots incapables de rivaliser avec ton intellect. »

Apparemment, le garçon ne comprenait le sarcasme que lorsqu'il était celui à l'utiliser.

« Tant que tu en es conscient. » offrit sérieusement Severus.

Ils échangèrent un sourire amusé et parlèrent d'autres choses. A Poudlard, les murs avaient réellement des oreilles.

Ils marchèrent d'un bon pas, sans pour autant se presser, discutant de sujets divers et empruntant autant de passages secrets que possible. Autre avantage à fréquenter Snape, il connaissait plus de tunnels dissimulés sous des tapisseries et de pièces secrètes que n'importe qui.

Ils parvinrent à atteindre les serres avant la seconde sonnerie, s'évitant ainsi une des remontrances peu sévères de Chourave. Les Poufsouffles avec lesquels ils partageaient ce cours n'étaient pas aussi chaleureux que d'ordinaire, ce qu'Harry imputa au dernier match de Quidditch. Personne n'aurait pu contester la manière dont il s'était emparé du vif d'or, mais il y avait eu quelques remarques quant au jeu des Poursuiveurs et des Batteurs...

En toute bonne foi, il n'aurait pas pu nier qu'il y avait eu plusieurs mouvements qui frôlaient l'infraction mais, à sa connaissance, les Serpentards avaient toujours joué ainsi. Ce n'était peut-être pas joli-joli mais tant que c'était dans les règles, il ne voyait pas le mal.

Restait que les Poufsouffles n'avaient pas particulièrement apprécié que le cognard envoyé par Rosier fasse tomber leur gardien...

Non pas qu'il ait été blessé ou quoi que ce soit... Il s'était admirablement accroché à un des anneaux et un de ses coéquipiers s'était immédiatement porté à son secours... Sa fierté, en revanche, ne s'en était pas sortie indemne.

Quoi qu'il en fût, Harry ne se souciait pas particulièrement des rancœurs des blaireaux. Il avait passé assez de temps à Poudlard pour savoir que ce genre de mauvais sentiment disparaissait de lui-même. Il s'appliqua donc à travailler sur sa tâche et récolta cinq points pour sa peine.

Severus et lui renoncèrent à suivre les autres jusqu'à la Grande Salle, ne voulant pas risquer de tomber nez à nez avec les Maraudeurs. Ils déjeunèrent donc dans un coin des cuisines, entourés d'elfes tous plus impatients de les servir les uns que les autres. Apparemment, quelle soit la réalité, Harry était condamné à être aimé par les elfes de maison. Un mot gentil par ci et un remerciement par là en avaient fait la coqueluche du groupe qui œuvrait dans l'école.

Inutile de dire que Snape-Prince et son double trouvaient ça hilarant.

Ils se séparèrent pour le premier cours de l'après-midi. Une heure de torture en Divination plus tard, ils se retrouvèrent, comme convenu, devant la salle de potions.

Ils patientèrent devant la classe en parlant de choses et d'autres le temps de la récréation, et lorsque les premiers élèves commencèrent à arriver, Harry jouait distraitement avec une pomme. Il la lançait et la rattrapait, de plus en plus haut.

« étiez-vous passés ? » attaqua Lily, du fin fond du couloir.

Elle fusa sur eux avec une énergie que son fils lui enviait et, tandis que Severus mentait comme un arracheur de dents de manière bien plus crédible qu'il n'aurait pu le faire, il appuya son épaule contre le mur pour saluer Alice.

Placé comme il l'était, il ne pouvait pas voir le couloir qui menait à l'entrée des cachots. Mais lorsque le visage de la lionne s'empourpra légèrement, Harry sut que Remus était là. Et là où allait Remus... Severus confirma ses soupçons en faisant brutalement taire Lily d'un 'chut' qui ne fut pas réellement bien accueilli

La pomme alla plus haut et fut rattrapée plus tard.

« Si ce n'est pas Servilus et sa princesse... » lança la voix de stentor de Black.

Pour toute réponse, Harry relança la pomme et la rattrapa avec l'autre main. Les Serpentards s'agitèrent, divisés entre ceux qui soutenaient Lucius et ceux qui ne voulaient pas voir leur Attrapeur se faire ridiculiser plus que de mesure.

« On t'a cherché partout, aujourd'hui, princesse. » renchérit James.

« Change de lunettes, Potter. » rétorqua paresseusement Severus. « J'ai entendu dire qu'il y en avait qui ne ressemblaient pas à des culs de bouteilles de bièraubeurre. On appelle ça le progrès. »

« Pourquoi t'intéresses-tu à des choses que tu ne pourras jamais te payer ? » lança Peter, provoquant les ricanements de Sirius.

Bête et méchant, songea Harry qui daigna finalement se tourner vers eux. Il ne cessa pas de jouer avec sa pomme pour autant. Il n'avait jamais autant étalé ses prouesses d'Attrapeur et si cela le gênait quelque peu qu'ils pensent tous qu'il soit en train de se vanter, le jeu en valait la chandelle.

« Ça suffit. » cingla Lily, en s'avançant au milieu du couloir.

Les mains sur les hanches, elle toisa James – ou essaya étant donné qu'elle avait une bonne tête de moins que lui – la désapprobation inscrite sur chacun de ses traits.

« Arrête. » ordonna-t-elle. « C'est stupide et... »

« Je ne t'ai pas demandé ton avis, Evans. » coupa Black.

« Et je ne t'ai pas adressé la parole ! » répliqua-t-elle, en élevant la voix. « Tu vas faire quelque chose, oui ?! »

Remus, pris à parti, se dandina d'un pied sur l'autre, mal à l'aise. Puis ses yeux se posèrent sur Lily et toute mauvaise conscience parut le déserter.

Harry en comprit facilement la raison. Les accusations de James n'avaient pas dû se limiter à la salle de Défense. Nul doute qu'il en avait discuté en long, en large et en travers avec ses meilleurs amis et qu'ils pensaient tous agir noblement en s'en prenant à lui. Frapper le fils pour faire tomber le père.

« J'ai parlé avec Dumbledore, ce matin. » annonça James, comme pour lui donner raison.

Le Survivant s'efforça d'adopter un air détaché, sans jamais cesser de lancer ce fichu fruit.

« Je me disais aussi que ses chaussures brillaient plus que d'habitude... » cracha Severus, déclenchant quelques rires chez les Serpentards.

Lily lui jeta un regard exaspéré. Apparemment, elle estimait qu'un des deux groupes devait être plus mature que l'autre. De façon regrettable, ni Harry ni Severus n'agirait de façon mature.

« Tu as un problème, Servilus ? » grinça James, en détournant les yeux de son fils pour fixer le futur Maître des Potions.

Severus fit mine de réfléchir quelques secondes, puis hocha pensivement la tête.

« Tu me donnes envie de vomir. » déclara le garçon, très sincèrement.

Cela fit rire James aux éclats.

« Je te donne envie de vomir ? » répéta le Gryffondor. « Et son père, alors ? Tu n'as aucun problème avec le fait qu'il bave sur ta meilleure amie ? »

Cette question était ironique pour tant de raisons qu'il renonça à compter.

« Arrête avec ça ! » s'écria Lily, le visage empourpré d'horreur. « Ce sont des inepties. »

Ainsi, ça ne s'était pas limité aux garçons de cinquième année. Alice inspectait ses ongles et l'autre Gryffondor prétendait fouiller son sac.

« Tu ne dis rien, Prince ? » insista Black, un rictus aux lèvres.

Lancer la pomme. Rattraper la pomme.

« Qu'est-ce que tu veux que je dise ? » demanda-t-il, très sincèrement. « Devant tant de conneries, moi, je m'incline. »

James dépassa Lily et vint se planter droit devant lui.

« Tu feras moins le malin quand ton père sera renvoyé. » promit le Gryffondor.

« Et tu feras moins le malin dans quelques minutes. » jura Severus, en sortant sa baguette.

Il la rangea aussi vite, lorsque la porte de la classe s'ouvrit et que Slughorn apparut sur le pas de la porte.

« Cette conversation n'est pas terminée. » murmura James entre ses dents.

« Oh, si, elle l'est. » démentit Harry.

Il lança une dernière fois la pomme. Le Gryffondor la rattrapa à moitié course et croqua dedans sans le quitter des yeux.

« C'était ma pomme. » remarqua calmement Harry.

Pour toute réponse, James la dévora en une poignée de secondes.

« Nous t'en trouverons une autre. » déclara Severus, en le poussant légèrement vers la classe.

James, sur leurs talons, fut le dernier à y pénétrer. Lily s'étant installée au premier rang – et n'étant visiblement pas encline à partager son espace de travail avec l'un d'eux – ils remontèrent rapidement l'allée vers la place vide au fond de la classe.

Severus était devant lui, ce fut donc lui qui trébucha sur la jambe que Sirius avait nonchalamment laissée traîner. Il ne se rattrapa qu'à la dernière minute, en s'appuyant à la table que partageaient Remus et Peter. Harry les fusilla des yeux, les défiant de rire.

« Tu t'es fait mal ? » glissa-t-il, une fois qu'ils furent en sécurité, au fond de la pièce.

« Non. » grogna Sev, en se frottant le mollet. « J'en serais quitte pour un hématome. Ça en vaut le coût. »

« Si ça fonctionne. » modéra-t-il, en étalant leur équipement et les ingrédients nécessaires à la potion du jour.

Il ne fallut pas plus d'une seconde à Severus pour modifier son organisation.

« Bien sûr que ça va fonctionner. » grommela le Serpentard, contrarié. « Il faut simplement attendre que le philtre imprègne son système. »

Les minutes s'égrenèrent avec la lenteur d'un escargot. Slughorn passait dans les rangs, complimentant et dédaignant comme à son habitude et leur potion était presque terminée lorsque Harry commença à désespérer de voir leur plan marcher. Il restait moins d'une demi-heure.

« La pomme, c'était vraiment un bon choix ? » s'enquit-il, en ajoutant l'essence de naphtaline.

Ce n'était pas dans le livre mais Severus lui avait ordonné de le faire et, en ce qui le concernait, dans un cours de potion, Severus commandait.

« L'acidité n'aurait pas dû agir sur le philtre. » répondit son ami, en jetant un coup d'œil à l'horloge. « Une minute ou deux. »

Il en fallut cinq.

Mais dès que James commença à tousser sans pouvoir sembler s'arrêter, Harry fit de son mieux pour ravaler sourire et culpabilité. Il abandonna leur chaudron à Severus qui était capable de se régaler du spectacle et de continuer à travailler.

La toux ininterrompue du Gryffondor finit par attirer l'attention. Sirius lui tapa dans le dos, dans un effort vain pour l'aider, exactement comme ils l'avaient planifié.

« James, avez-vous respiré les vapeurs ? » demanda Slughorn, avec inquiétude.

Troisième règle que Snape-Prince leur avait inculquée : on n'inhalait jamais ce qui se dégageait du chaudron à moins que le Professeur ne vous en donne l'autorisation.

James ne parvint pas à répondre et Slughorn se dirigea vers lui d'un pas pressé. Le Professeur était presque à sa table lorsque la quinte de toux cessa.

Comme au ralenti, le Gryffondor se redressa, secoua la tête comme s'il était désorienté, puis se tourna finalement vers son meilleur ami.

Harry aurait pu jurer que son regard s'était éclairé en voyant Sirius.

« Patmol... » souffla James.

Son ton n'aurait pu être qualifié autrement que de vénération.

Sirius écarquilla les yeux et fit instinctivement un pas en arrière.

« Euh... Tu te sens bien, James ? » demanda le garçon, en jetant de brefs coups d'œil hésitants à Remus et Peter.

« Sirius... » répéta le Gryffondor. « Tout est tellement clair, maintenant... »

« Mr Potter ? » intervint Slughorn, en atteignant finalement les deux adolescents.

Pas assez vite pour que James n'attrape pas le bras de son meilleur ami et ne le propulse vers lui. La bouche de son père s'écrasa sur celle de son parrain et Harry détourna les yeux.

Il n'avait pas besoin de davantage d'images de cauchemar dans sa tête.

Il fallut plusieurs secondes passées à ciller comme des imbéciles avant que Remus et Peter n'interviennent. Remus tira James en arrière pendant que Peter essayait de libérer Sirius qui se débattait activement contre les attentions soutenues dont il était l'objet.

Lorsqu'ils parvinrent finalement à maîtriser James, celui-ci hurlait à qui voulait l'entendre qu'il était amoureux de Sirius, que Sirius avait les plus beaux yeux de la création, qu'il avait la plus belle paire de...

Le reste de la classe était pliée en deux sous le coup de l'hilarité et, dans ce chahut, la sonnerie passa totalement inaperçue.

« Silence ! » exigea Slughorn en pure perte. « Silence ! Tenez-le un peu mieux, voyons, Pettigrow ! »

Harry eut presque pitié du rat. James se tortillait et s'égosillait, appelant Sirius à corps et à cris tandis que le Professeur essayait de l'examiner.

« Amortencia. » décréta Slughorn, tandis que les gloussements se calmaient petit à petit.

Bloquant le visage du Gryffondor avec la main gauche, il souleva sa paupière avec la droite pour un examen plus approfondi.

« Pas la version classique... » marmonna le Professeur. « Amortencia mélangé à... »

Slughorn cessa brusquement de réfléchir à voix haute et recula.

« Emmenez James à l'infirmerie, Pettigrow. » ordonna l'homme. « Lestrange, Lupin, aidez-le. »

Les trois adolescents eurent le plus grand mal à faire quitter la classe à James.

Sirius se laissa tomber sur le tabouret avant de s'essuyer la bouche avec exagération.

« Dépêchez-vous, j'ai rendez-vous avec le Directeur. » annonça Slughorn. « Vous aussi, Mr Prince, si je ne m'abuse. »

Oh. Il avait oublié ce détail. Il était en retard et Snape-Prince n'appréciait pas son manque de ponctualité.

Severus et lui se hâtèrent vers la sortie.

« Impressionnant, Mr Snape. » offrit le Professeur, alors qu'ils passaient devant lui.

Son ami accepta le compliment d'un hochement de tête, laissant Harry se demander s'ils avaient des problèmes ou non. Cependant, il ne tarda pas à réaliser que les règles à Serpentard étaient différentes qu'ailleurs et, aussi discutable que cela soit, Slughorn appartenait bel et bien à la même Maison qu'eux.

« Encore en retard. » remarqua Severus tandis qu'ils longeaient les couloirs de pierre qui remontaient vers le reste de l'école.

Il jeta un tempus distrait, sachant d'avance que son ami avait raison. Ce n'était pas comme s'il avait un quelconque pouvoir sur la course du temps, en revanche. Il n'avait plus qu'à presser l'allure et espérer que Snape-Prince ne lui en tienne pas excessivement rigueur.

« Je suis étonné qu'ils ne nous aient pas sauté dessus. » contra-t-il simplement.

Le Serpentard suivit sans mal son changement de conversation.

« Ils n'en ont pas eu l'occasion. » se moqua Severus, dans un rictus amusé. « Je suis prêt à parier que nous en entendrons parler avant la fin de la soirée. »

Harry haussa les épaules.

« Il n'avait qu'à ne pas voler ce qui ne lui appartenait pas. » décréta-t-il.

Rien ne serait arrivé à James s'il s'était tenu tranquille.

« J'aurais dû prévoir un appareil photo... » regretta Sev.

« Je dois vraiment me dépêcher. » soupira-t-il, alors qu'ils atteignaient le rez-de-chaussée. « Sa majesté Malfoy senior n'est sans doute pas patient. »

« Tu n'as pas l'air très inquiet. » nota Severus.

Il ne l'avait pas particulièrement été jusqu'à ce que le garçon le lui fasse remarquer. Il avait suffit d'une simple phrase pour qu'une boule de nervosité ne lui obstrue la gorge. D'un coup, traîner ne lui paraissait plus une aussi bonne idée.

Il abandonna Sev sur le palier du deuxième étage, tout en se répétant mentalement tous les arguments qu'il avait exposés à Snape-Prince la veille. Il n'y avait aucun risque que Dumbledore ne le renvoie. Dumbledore ne renvoyait jamais personne.

Encore moins pour une simple bagarre...

Il courrait à moitié lorsqu'il atteignit la gargouille et la vue du Maître des Potions qui attendait impatiemment devant la statue de pierre ne contribua pas à le rassurer.

« La ponctualité n'est décidément pas ton fort. » aboya le Professeur dès que Harry fut entré dans son champ de vision.

« Il y a eu un problème en Potions ! » se défendit-il. « Slughorn est encore en bas. »

Il ne voyait pas pourquoi Slughorn devait assister à la discussion, Directeur de Maison ou pas. Il se tiendrait probablement avachi dans un fauteuil tout du long de la conversation...

« Il n'y a jamais eu autant de problèmes que depuis que tu es arrivé à cette époque. » grinça Snape-Prince, après avoir lancé le mot de passe à la gargouille.

Ils s'engagèrent sur l'escalier qui les mena lentement vers la porte du bureau du Directeur.

Ignorant le sarcasme évident, Harry retrouva un peu le sourire.

« C'était génial, vous auriez dû voir ça... » raconta-t-il. « James s'est jeté sur Sirius... »

Le Maître des Potions fronça les sourcils.

« Comment ça ? » demanda l'homme.

« Littéralement. » insista le garçon, sans chercher à masquer son enthousiasme. « Peut-être que je ne naîtrais jamais, dans cette réalité-ci, parce qu'il avait l'air bien intéressé par Sirius et... »

« Qu'as-tu encore fait ? » l'interrompit Snape-Prince, alors qu'ils arrivaient devant la porte du bureau.

Le Professeur ne frappa pas immédiatement. Il se contenta de le fixer avec son habituelle expression sévère qui signifiait que le Survivant allait avoir d'énormes ennuis.

« Rien du tout. » mentit-il effrontément.

Ce n'était pas si éloigné de la vérité. Severus avait préparé la potion, mêlant il ne savait quoi à il ne savait quoi, et l'avait injecté dans la pomme. C'était James qui avait pris ce qui ne lui appartenait pas. C'était donc James qui était à blâmer.

Bien entendu, même avec ces petites technicités, ce n'était pas un tour qu'il se serait jamais amusé à jouer à leur époque. Mais ils n'étaient pas à leur époque et les Maraudeurs l'avaient davantage provoqué que beaucoup de gens et cela incluait probablement Dudley, ce qui, en soit, était un exploit.

« Quand on ne sait pas mentir, on s'abstient. » gronda Snape-Prince. « Ne t'aventure jamais à jouer au poker, tu y perdrais ta fortune. Nous discuterons de ton incapacité à suivre mes instructions, plus tard. En attendant, applique toi à rester silencieux. »

Cela étant dit, le Professeur utilisa le heurtoir pour signaler leur présence et, après y avoir été invité par le Directeur, ils pénétrèrent dans la pièce.

Dumbledore était installé derrière son bureau, raide comme la justice dans son fauteuil, il avait le regard dur des mauvais jours. Ainsi qu'une robe d'une teinte mauve impressionnante. Le Directeur leur adressa un bref sourire et leur désigna d'un geste deux des sièges libres qui restaient.

Dumbledore mis à part, il y avait trois autres personnes dans la pièce. Slughorn, qui avait dû se déplacer par poudre de cheminette pour arriver avant lui, était engoncé dans son fauteuil comme s'il avait préféré se trouver à des lieues plutôt que là.

Lucius se tenait debout, derrière le fauteuil occupé par celui qu'Harry supposait être son père, et avait apparemment renoncé à s'asseoir s'il en jugeait par la chaise vide placée à la droite de l'inconnu. Le visage du préfet en chef était fermé et, lui non plus, ne paraissait pas ravi d'être là.

Abraxas Malfoy était assis, le dos si droit qu'il ne touchait pas le dossier. Ses deux mains reposaient sur une canne dont le pommeau était sculpté en forme hippogriffe et il ne put s'empêcher de se demander si elle renfermait sa baguette comme celle de Lucius dans le futur.

Le meilleur adjectif pour décrire l'homme en lui-même aurait été : dur. Il n'avait aucun des traits fins de Lucius ou de Draco. Contrairement à ses descendants, personne n'aurait jamais songé à le juger séduisant. Harry supposa qu'ils tenaient leurs beauté de la femme d'Abraxas... Ses cheveux étaient d'un gris argenté où l'on discernait parfois une mèche encore blonde, ses yeux étaient du même acier trempé que ceux de son fils et de son petit-fils... Il suffit au Survivant de les croiser une demi-seconde pour deviner que l'homme était bien plus apte à l'Occlumencie que Lucius.

Durant ses recherches sur l'Occlumencie, il avait découvert que si la pratique de ce genre de magie était désormais rare, c'était avant tout parce qu'elle ne se transmettait, à l'origine, que dans les vieilles familles. Cependant, un certain don était nécessaire pour parvenir à maîtriser son esprit et peu y parvenaient. Avec le temps, seule une poignée de sorciers se souvenaient encore que cela existait.

Il n'était pas particulièrement surpris que les Malfoy continuent à se transmettre des arts perdus depuis des siècles. La seule question qu'il se posait était de savoir si Draco avait déjà commencé à l'étudier ou pas.

« Enfin. » cingla Abraxas, avec mécontentement. « Contrairement à d'autres, je ne peux me permettre de perdre mon temps. »

« Mais vous pouvez vous permettre de me faire perdre le mien. » remarqua simplement Snape-Prince, sans insérer de véritable venin dans sa voix.

Le Professeur n'hésita pas une seconde à prendre place, ce ne fut pas le cas d'Harry. Il jeta un coup d'œil au fauteuil qui lui était destiné puis observa la position que Lucius avait adoptée. Sur la droite d'Abraxas, un peu en retrait sur l'arrière, comme un esclave prêt à obéir au moindre caprice de son maître.

Connaissant les Sang-Purs, il s'agissait sans doute là d'une sorte de règle de convenance...

Tous les regards étaient sur lui, à présent. Une lueur amusée éclairait désormais le regard de Dumbledore, Slughorn attendait de connaître son choix avec la même expression d'ennui qu'il mettait à tout ce qu'il ne considérait pas comme distrayant, Lucius le fixait avec dédain, Abraxas avec désapprobation et Snape-Prince leva un sourcil.

Harry adopta la même position que Lucius, décidant que qui ne tentait rien n'obtenait rien. Son instinct lui avait, après tout, rarement fait défaut jusque là.

« Tu peux t'asseoir, Harry. » déclara le Maître des Potions, les lèvres pincées. Pour qui connaissait Snape-Prince, cela faisait office de sourire. « Ceci n'est qu'un entretien informel, que je sache. Pas un conseil des Maisons. »

Encore une tradition archaïque que personne ne respectait plus à leur époque, sans doute. Il s'installa dans le siège prévu à cet effet, avec un certain soulagement. Jouer les Sang-Purs, d'accord. S'abaisser à la moindre de leur manie...

« Vous n'auriez jamais siégé à un conseil des Maisons. » attaqua Abraxas. « Vous... »

« Je suis le patriarche de la branche slave des Prince. » coupa abruptement le Professeur. « Je suggère que vous le gardiez en mémoire lorsque vous vous adressez à moi, Malfoy. »

Au tic qui agita le sourcil de Lucius et à l'indignation totale qui s'inscrivit sur le visage d'Abraxas, Harry déduisit que Snape-Prince venait de sciemment commettre un impair.

« Allons, allons, Saevus... » intervint Slughorn, après avoir échangé un regard avec Dumbledore. « Je suis certain que Lord Malfoy... »

Le Maître des Potions l'interrompit d'un ricanement méprisant et le garçon se demanda à quel moment exactement le Directeur comptait s'en mêler. Sauf que, bien entendu, lorsqu'il était souhaitable qu'il mette son grain de sel, le vieux sorcier restait désespérément muet.

« Je ne donnerai certainement pas du Lord à un homme qui ne m'est en rien supérieur. » trancha Snape-Prince.

« Dumbledore ! » explosa le vieux Malfoy. « J'exige que vous mettiez un terme à ces impertinences ! »

Un sourire joua sur les lèvres du Directeur.

« Vous connaissez ma position sur ces coutumes, Abraxas. » déclara calmement Dumbledore. « Cependant... Puisque vous exigez mon avis... Je suis au regret de vous rappeler que la Maison des Prince étant plus ancienne... »

Snape-Prince avait le droit d'agir comme un parfait connard, compléta Harry dans sa tête.

« Plus ancienne ? Plus ancienne ? » Abraxas bafouillait d'agacement. « Je suis un des membres les plus respectés de la communauté et je ne... »

« Pourrait-on en venir au fait ? » coupa le Professeur. « Du travail m'attend. Harry et Malfoy étaient tous deux en tort, ils ont tous deux été punis, je ne vois pas où est le problème. »

« Le problème ? » Abraxas manqua s'étouffer d'incrédulité. « Votre fils a pratiquement tué le mien et... »

« Et il ne répétera pas son erreur. » termina Snape-Prince.

Harry fronça les sourcils. Avait-il fait exprès de sous-entendre que son erreur résidait dans le fait que Lucius soit toujours en vie ?

« Cet entretien n'a aucun lieu d'être. » rajouta le Maître des Potions, avant de croiser négligemment les bras devant son torse – tout en faisant naturellement claquer ses sur-robes, cela allait sans dire.

Dumbledore se racla légèrement la gorge, attirant l'attention d'Abraxas.

« J'abonde dans le sens de Saevus. » acquiesça le Directeur. « Les deux élèves ont été punis, la leçon a, sans nul doute été intégrée... »

Le regard de Slughorn pesa un peu trop lourd sur lui. Harry s'appliqua à ne pas tourner les yeux vers lui.

« C'est un scandale ! » s'enflamma Abraxas, en prenant appui sur sa canne pour se lever. Aussitôt, Lucius se décala. « Le Conseil entendra parler de cette affaire, Dumbledore ! »

Dumbledore hocha poliment la tête, ce qui parut irriter d'autant plus le vieux Malfoy.

« Horace, pourrais-tu... » s'enquit le Directeur.

Slughorn était déjà debout et se dépêchait de rattraper le lord qui venait de claquer la porte, presque sur les doigts de son fils.

L'hostilité qui flottait dans l'air disparut presque aussitôt.

« Je vous avais prévenu qu'une rencontre ne serait qu'une perte de temps. » lâcha Snape-Prince.

Un léger sourire flotta sur les lèvres de Dumbledore.

« En effet, vous l'aviez fait. » confirma le vieux sorcier. « Néanmoins, peu peuvent se permettre de refuser quelque chose à Abraxas Malfoy. »

« Un peu dont vous faites partie. » grogna le Professeur, avec mécontentement.

Le Directeur agita la main pour signifier que l'argument n'avait pas beaucoup de poids.

« J'ai reçu une visite intéressante, ce matin. » enchaîna Dumbledore. « James Potter s'inquiète de... »

« C'est un menteur ! » cria Harry, en se levant.

La chaise sur laquelle il avait été assis tomba au sol dans un fracas épouvantable étant donné le silence soudain. Le regard pétillant du vieux sorcier l'encourageait à continuer tandis que celui de Snape-Prince semblait lui vriller la nuque.

Embarrassé par sa réaction, il se sentit rougir.

« C'est un menteur. » répéta-t-il. « Ce n'est qu'un sale petit... »

« Et me voilà à nouveau obligé de rappeler à un Snape que Poudlard n'est pas l'endroit rêvé pour mener une guerre contre un Potter. » soupira Dumbledore.

Son expression amusée démentait, cependant, tout agacement.

« J'ai comme l'impression que je dois insister sur ce point bien souvent, à votre époque... » continua le Directeur. « La rivalité se serait-elle propagée à la génération suivante, Severus ? »

Le Professeur haussa les épaules et tira, avec une force qu'il jugea excessive, sur le bras du garçon pour le faire rasseoir.

« C'est indubitablement une phrase que j'ai beaucoup entendu. » offrit le Mangemort. « Quant aux accusations de Potter, je suppose qu'elles concernent Lily. »

« Il ment ! » intervint Harry, incapable de laisser l'homme se faire accuser. Pourquoi le Maître des Potions ne s'énervait-il pas davantage ? Il subissait ces calomnies avec un tel flegme... Pourquoi ne se défendait-il pas ?

« Harry. » cingla Snape-Prince, avec une irritation palpable. « Il me semble t'avoir clairement expliqué ce que j'attendais de toi. »

Se taire. Et, accessoirement, obéir aux ordres du Professeur.

Il n'avait jamais été très doué pour obéir.

« Mais... » protesta-t-il.

« J'ai assuré à James que le Professeur Prince n'avait aucune mauvaise intention envers Lily. » coupa Dumbledore. « Je lui expliqué que Miss Evans lui rappelait simplement quelqu'un de cher qu'il avait perdu. Cela vous convient, Severus ? »

Harry vit que l'homme était contrarié. Sans doute parce que, que cela lui convienne ou pas, l'histoire aurait fait le tour du château avant la fin de la soirée.

« Pouvons-nous disposer ? » répondit Snape-Prince.

Ce n'était pas réellement une question, en revanche, étant donné que le Professeur était déjà debout.

Le Survivant se dépêcha de l'imiter.

« Naturellement. » offrit Dumbledore.

Harry dut presque courir pour rester à la hauteur de l'homme.

« Je pensais qu'il allait le croire. » s'excusa-t-il, d'un ton boudeur, dès qu'ils furent dans l'escalier.

Snape-Prince lui jeta un regard irrité.

« S'il y a une chose chez moi dont Dumbledore ne doutera jamais, il s'agit bien de mon engagement envers Lily. » riposta le Mangemort. « Dix points en moins pour Serpentard. »

« Quoi ? » s'indigna-t-il. « Pourquoi ?! C'est injuste ! »

« Parce que tu es incapable de suivre mes instructions. » répliqua Snape-Prince, en couplant sa réprimande d'une taloche à l'arrière de sa tête.

Harry se frotta le crâne bien que cela ne lui ait absolument pas fait mal. Snape-Prince n'aurait jamais fait preuve de violence envers lui, il en était plus que persuadé. S'il avait dû un jour perdre son calme et le frapper, il l'aurait fait bien avant qu'ils atterrissent dans le passé.

« Vous êtes méchant. » marmonna le garçon, en ayant parfaitement conscience de se comporter comme un enfant. D'un autre côté, ce n'était pas comme s'il avait eu la possibilité d'agir ainsi auparavant.

« Méchant, cruel, sans cœur... » énuméra le Professeur, en levant les yeux au ciel. « Et toi tu es indiscipliné, têtu et complètement inconscient. »

La gargouille se referma derrière eux avec un bruit sourd qui résonna dans le couloir désert.

« J'aurais pensé que vous diriez idiot. » remarqua-t-il, amusé.

« Déficient, très certainement. » approuva Snape-Prince.

L'expression du Maître des Potions redevint sérieuse avant qu'il ait pu répondre.

« A présent, pourquoi ne m'expliquerais-tu pas ce qui a causé la soudaine... révélation de Potter ? » exigea fermement l'homme.

Harry s'immobilisa et grimaça.

« Vous avez dit de ne pas le provoquer... » contra-t-il. « Je ne l'ai pas provoqué... Il n'a absolument aucune idée de qui... »

« Tu joues sur les mots. » coupa Snape-Prince, en l'encourageant d'une poussée à se remettre à marcher. « Je t'ai demandé à plusieurs reprises de ne pas te frotter aux Maraudeurs, tu n'as aucune idée de l'enfer qu'ils peuvent te faire vivre. Et pourtant, au lieu d'agir en adulte responsable et de me prouver que je peux te faire confiance, tu n'en fais qu'à ta tête. Je suis déçu, Harry. »

Il eut l'impression qu'un poids énorme venait de lui tomber sur l'estomac.

Il étudia le visage du Professeur, cherchant un minuscule indice qui le trahirait. Il aurait aimé se persuader que l'homme ne disait cela que pour obtenir une réaction, seulement il ne trouva rien sur ses traits que la plus parfaite franchise.

Il avait déçu Snape-Prince.

« Ils n'arrêtaient pas de dire des choses sur vous ! » s'énerva-t-il.

Une part de lui se savait en tort, une autre ne regrettait rien. Il n'avait fait que protéger quelqu'un qu'il aimait, c'était ce qu'il avait toujours fait et il ne voyait pas le mal à ça. C'était injuste de la part de Snape-Prince de lui en vouloir pour ça ou de tenter de le manipuler en jouant avec sa conscience. Parce que c'était certainement ce dont il était question.

De toute manière, pourquoi aurait-il eu besoin de l'approbation du Maître des Potions ? On en revenait toujours au même problème : pourquoi aurait-il eu besoin d'un adulte ? La réponse était simple, il n'en avait pas besoin. Il n'avait besoin de personne.

Surtout pas de quelqu'un qui pouvait le perturber aussi facilement simplement en lui faisant part de sa déception.

« J'enseigne depuis quinze ans, Harry, j'ai l'habitude que les élèves parlent dans mon dos ou m'insultent. » cingla le Mangemort. « Ce n'est pas la question. Je t'ai demandé de... »

« Allez vous faire foutre. » lâcha-t-il, en tournant les talons.

Il ne fit pas trois pas avant qu'une main s'abatte sur son épaule.

« Pardon ? » siffla l'homme, en se penchant vers lui au point que son nez emplisse le champ de vision du garçon.

Ce fut soudain très simple de se souvenir qu'il détestait Snape. Snape était un salaud qui avait cherché à lui pourrir la vie dès qu'il avait eu un pied à l'intérieur de Poudlard. Snape passait sa vie à l'insulter lui ou son père, son parrain ou Remus. Snape favorisait les Serpentards et humiliait les autres Maisons. Snape n'était pas quelqu'un de gentil et il avait été fou de se laisser aveugler.

Snape était déçu ?

C'était probablement une bénédiction ! Un message du destin qui le rappelait à l'ordre.

« Allez-vous faire foutre ! » répéta-t-il, en se dégageant brutalement.

Il le poussa avec autant de force qu'il put. Surpris, Snape-Prince fit deux pas en arrière et manqua tomber. Il se rattrapa au bras d'une armure qui ornait le couloir.

Pour une fois, les boucliers de l'homme étaient abaissés. Harry put clairement lire l'incrédulité et la douleur sur le visage du Professeur. Pas physique, déduisit-il, parce qu'il ne s'était pas cogné ou quoi que ce soit. Il avait blessé Snape-Prince. Il avait blessé Snape-Prince.

Quand Ron saurait ça...

Il ignora royalement la petite voix qui le suppliait de s'excuser et de ramper si c'était ce qu'il fallait faire pour récupérer l'affection du Maître des Potions.

Les traits du Maître Occlumens redevinrent progressivement aussi lisses qu'à l'accoutumé, tandis qu'un ricanement froid et cruel s'échappait de sa gorge.

« Tel père, tel fils. » cracha Snape-Prince, avec un dégoût palpable.

Il n'y avait plus de traces de l'homme qu'il avait appris à connaître ces derniers mois. Juste le Professeur Snape. Celui qui l'avait dévisagé avec haine depuis le premier jour.

Ce fut probablement pourquoi ce fut si simple pour Harry de se retourner et de partir. Snape-Prince ne chercha pas à le retenir cette fois-ci et il ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Une bonne, se força-t-il à penser. Qu'est-ce qu'il s'en fichait que le Professeur soit déçu ou blessé par sa faute ?

Il n'avait pas besoin de rendre quelqu'un fier. Il n'avait besoin de personne.

Pourquoi Snape-Prince s'était-il senti autorisé à lui dire une chose pareille ?

Tandis qu'il ruminait ces pensées, ses pas le menèrent naturellement vers la Grande Salle. Il passa les porte et se dirigea machinalement au coin que Ron, Hermione et lui préféraient. Il s'immobilisa devant deux Gryffondors de deuxième année clairement alarmés de se retrouver sous le regard noir d'un Serpentard aussi vieux que lui.

Exact, se souvint-il avec un temps de retard, il n'appartenait plus à Gryffondor désormais. Il devait aller s'asseoir parmi les futurs assassins, ceux qui étaient tous plus ou moins fêlés.

« Harry, est-ce que ça va ? » s'enquit doucement Lily, en posant la main sur son bras.

Il tourna la tête vers elle, et ravala l'énorme boule qui était logée dans sa gorge. Sans doute était-il tombé malade avec ces températures qui ne cessaient de chuter...

« Bien sûr. » offrit-il. « Pourquoi ça n'irait pas ? »

« Dégage, princesse ! » lança Sirius, non loin. « Je veux manger en paix ! »

Alice était assise à côté de Remus et la place vide près de la blonde suggérait que Lily avait elle aussi été attablée avec les Maraudeurs. James manquait toujours à l'appel.

« Oh ! Tu m'entends ?! » insista Sirius. « Va pleurnicher ailleurs ! »

Harry se força à sourire à sa mère et s'éloigna vers la table des serpents. Voilà autre chose que Snape-Prince avait gâché. Sirius était sa famille et à cause de lui, il le détestait. Sans parler de son père et de Remus.

Il s'installa au bout de la table et fixa son assiette vide sans la voir. Il perçut le mouvement à la table des Professeurs, vit du coin de l'œil une silhouette habillée de noir prendre à la place libre à côté de Flitwick mais prétendit ne rien remarquer.

Lorsque quelqu'un se glissa à côté de lui sur le banc, il leva la tête, préparé à éprouver la même colère que celle qu'il nourrissait envers Snape-Prince.

« L'entretien n'a pas pu mal se passer, Malfoy a passé sa colère sur un des fauteuils de la salle commune. » déclara Severus, en fronçant les sourcils. « Qu'est-ce qui t'est arrivé ? »

Il n'y avait aucune malice dans le regard de son ami. Juste une franche inquiétude.

Une inquiétude qui lui rappela que malgré tout ce qu'il pouvait dire, Snape n'était pas profondément cruel ou méchant et que, par conséquent, ces arguments là n'étaient pas fondés. Sa colère fondit comme neige au soleil, ne laissant que du désespoir.

« Rien du tout. Pourquoi ? » répondit-il, malgré la main fantôme qui lui serrait la gorge.

Le Serpentard parut hésiter légèrement avant de formuler une réponse.

« Tu as l'air de... On dirait que le monde s'est écroulé autour de toi. » offrit finalement son ami.

Harry serra les dents.

« Pas du tout. » mentit-il.

Ce n'était pas la première fois que le monde s'écroulait autour de lui et ce ne serait pas la dernière.

« Tu t'es disputé avec ton père ? » s'enquit tout de même Severus.

« Je n'ai pas de père. » grinça-t-il, envoyant au diable toute prudence.

Il aurait pensé qu'avouer enfin la vérité serait un soulagement. Ça lui laissa un goût amer sur la langue. Un goût de cendre.

« Je n'ai pas de père. » corrigea prudemment Sev, apparemment peu enclin à intervenir sur ce point. « Toi, tu as un père qui t'aime. Tu as un père normal. Tu ne devrais pas renier ça, même si tu es furieux contre lui. Ce n'est pas juste pour ceux qui n'en ont pas. »

N'était-ce pas précisément ce qu'il éprouvait à chaque fois que Ron se plaignait un peu trop de Mrs Weasley ?

Malheureusement, cela n'aidait pas ses affaires... Il ne pouvait s'empêcher cette dualité en lui. D'un côté, il jugeait que tout cela était un gâchis et qu'il ferait mieux de courir auprès de Snape-Prince pour se faire pardonner. D'un autre, il craignait ce besoin d'affection qui lui dévorait le ventre.

Il était toujours déçu. Toujours. Alors il ignora l'enfant, en lui, qui le suppliait d'aller retrouver le Professeur. Il valait mieux ne rien avoir que de souffrir. Il avait déçu Snape-Prince, après tout. Il s'était simplement évité le processus de rejet en agissant le premier. Même s'il s'excusait... Le Maître des Potions ne le reprendrait pas, il l'avait déçu.

Il était incapable d'avoir un adulte. Il n'était pas fait pour ça.