Une semaine était passée depuis les aveux que j'avais fait à Hyde. Tout aurait pu rentrer dans l'ordre, mais j'avais quelque chose à faire par rapport à Laura : je ne voulais pas qu'elle ait le dernier mot, après tout le mal qu'elle avait semé. Si bien que j'avais décidé d'aller la voir, à Marseille. Hyde voulait venir, mais je refusais : lui et les autres membres de L'Arc avaient des lives à préparer, pour les quinze ans du groupe. Ce fut Sakura qui m'accompagna. Heureusement, la miss avait daigné laisser son adresse aux parents. Il ne restait plus qu'à trouver l'emplacement de son appartement, ou de sa maison, car j'avais oublié ce qu'elle m'avait dit à propos de ça.
Arrivés en France, Sakura parut un peu à l'ouest, tout comme moi, sauf que je comprenais ce que disaient les gens.
- Alors, on va où ? demanda mon ami, déboussolé.
- Attends, je vais demander à quelqu'un. J'ai pas envie de chercher deux cent ans, non plus.
J'entrai dans un magasin, et allai voir le vendeur, d'un pas décidé. Panda-chan resta dehors.
- Mademoiselle ?
Eh, ben, "3615 Sacré Accent, bonjour...", pensai-je, en me retenant de rigoler.
- Bonjour, Monsieur, saluai-je, en français. Par hasard, est-ce que vous sauriez où ce situe cette adresse, s'il vous plait ?
Je lui tendis le bout de papier, et la réponse ne se fit pas attendre.
- Houille, c'est dans la vieille ville, il me semble. Suffit d'aller tout droit, vous y serez quand vous verrez la statue de Notre-Dame. Au pire, vous redemandez.
- Okay. Ben, merci M'sieur.
- Alors ? fit Sakura, en me voyant sortir.
- Eh béh, on est pas dans la merde ! répondis-je, en reparlant japonais. Alors, il faut aller tout droit, et si tu vois une très grande statue représentant la Vierge Marie, bah, c'est qu'on est plus très loin.
- En effet, reconnu Sakura, en me prenant la main comme quand j'étais petite fille, on est pas dans la merde. Mais on va bien y arriver.
Nous nous remîmes donc en route, sous les chants des mouettes et des goélands, sons qui m'angoissaient depuis que j'avais vu "Les Oiseaux", d'Alfred Hitchcock. La statue de la Vierge apparut enfin au bout d'une dizaine de minutes, qui me parurent bien longues. Sans demander l'avis de Sakura, j'entrai dans une boulangerie, et, après avoir salué la dame qui s'occupait de ranger des pains au chocolat, demandai si l'adresse de Laura était connue au bataillon. La dame, d'une cinquantaine d'année, regarda le bout de papier que je lui avais tendu, puis me répondit par l'affirmatif :
- Bien sûr, j'habite dans cet immeuble, moi aussi. C'est celui à droite, juste en sortant.
- Hon... Sérieux ?
Chassez le naturel, il revient au galop ! La vendeuse ne fit apparemment pas attention au fait que je faillis dire "hontô ?".
- Mais oui, pitchounette. J'espère que je t'ai aidée.
- Oh que oui ! Tiens, tant qu'à faire, je pourrais avoir deux pains au chocolat, s'il-vous-plait ? J'ai faim.
La dame, avec un accent comme celui de l'acteur Raimu, me servit. Je réglai, la remerciai une fois de plus, puis sortis.
- Alors ?
- C'est ici.
- Tu veux que je t'accompagne ?
- Nan, ça va aller. Tiens, mange un peu. Je boufferai l'autre quand j'en aurais fini avec MissTouflette.
- Et tu fais comment pour rentrer ? demanda Panda-chan, en me montrant le digicode.
Je ne répondis pas, et retournai à la boulangerie.
- Tu as oublié quelque chose, pitchoune ?
- Euh... Oui. Je voudrais voir quelqu'un, histoire de faire une surprise, mais je ne connais pas le code de l'entrée.
- Tu tapes la lettre C, et après la date de la chute du mur de Berlin.
- Merci, Madame !
Je sortis, et m'exécutai : la porte émit un bruit strident, puis s'ouvrit.
- Toi alors, je te jure...
- Et oui, mon petit Panda, t'as vu comment je suis trop forte ? J'en ai pas pour longtemps.
- Ne t'en fais pas pour moi.
J'entrai donc, laissant mon ami seul, une fois de plus, et me tapai deux étages, à pattes. Arrivée devant la porte de chez Laura, je donnai un coup de sonnette. J'entendis des pas précipités, puis la porte d'entrée s'ouvrit sur une petite fille, qui devait sans doutes être ma demie-soeur. Je restai là, à la regarder. Si Loli n'avait pas eut neuf ans, ou moi presque vingt, on aurait pu être jumelles, à l'exception de yeux : les siens étaient d'un vert flashant qui me faisaient l'effet de ceux d'un chat. Pour le reste, deux gouttes : même front large, nez droit, creux juste au dessus, petites oreilles, lèvres normales, regard sérieux... Je ne pouvais pas la renier.
- Bonjour.
- Salut, répondis-je, atterrissant enfin. Tu es Loli ?
- Oui. Comment vous le savez ?
- Ta maman m'a parlé de toi. Elle est là ?
Son visage changea d'expression, un grand sourire de dessinant sur sa bouille semblable à la mienne, quelques années plus tôt.
- Tu es Annouck ?
- Euh... Oui. C'est moi. Tu me connais ?
- Maman m'a parlée un peu de toi. Elle m'a dit que tu étais de la famille.
- Ouais, si on veut..., répondis-je, à la dégoûtée.
- Je vais chercher Maman.
Je vis Loli aller dans une pièce un peu plus loin, tandis que je restai dans l'encablure de la porte. La mère de la petite arriva enfin, l'air très étonnée de me voir à Marseille. Je ne pris pas la peine de la saluer, et attaquai directement le sujet principal.
- C'était juste pour te dire que ta dernière brouille a foirée.
- Tu as vérifié, pour Hyde ?
- Je me suis gênée. Un ami m'a aidée. Hyde est bel et bien mon père.
- J'en suis contente.
- Ah ouais ? demandai-je, plus ironique que jamais. Sauf qu'avec tes conneries, j'ai foutu plus d'une année de ma vie en l'air, et j'ai faillit ME foutre en l'air pour de bon. Et j'ai aussi fait du mal à ma famille. T'en es contente, de ça aussi ?
Cette fois, la Miss ne parut pas très étonnée, ni compatissante. Tombez les masques, minuit a sonné !
- Que veux-tu que je te dise ?
- Rien, vaut mieux que tu fermes ta gueule. Mais fais un truc pour moi.
- Quoi donc ?
- Prends soin de Loli. Le peu que je l'ai vue, ça a l'air d'être une gamine géniale. Et puis je connais pas Gabriel, mais prends aussi soin de lui. Et dis leur que s'ils veulent me parler, je serai là, même si je vis pas ici.
- Je leur passerai le message. Merci, Annouck.
- Je le fais pas pour toi. Embrasse-les de ma part.
Sans un mot de plus, je fonçai rejoindre Sakura, manquant de me manger en voulant sauter les dernières marches. Je rouspétai un bon coup, puis attrapai le pain au chocolat que me tendait Panda-chan, une fois dehors.
- Alors ?
- Alors, je ne veux plus entendre parler d'elle. Mais t'aurais vu sa fille, on dirait moi, à neuf ans, avec des yeux verts.
- C'est pas ta demie-soeur pour rien.
J'expliquai aussi le fait que j'avais dit à Laura que seuls ses enfants pourraient avoir des nouvelles, s'ils le désiraient. Sakura ne dit rien, mais le fait qu'il me prenne dans ses bras me fit comprendre que j'avais fait le bon choix.
- On rentre à la maison ? me proposa-t-il, en se détachant un peu.
- Ouais. J'ai envie de revoir Papa. Il m'a trop manqué, et j'ai des choses à me faire pardonner. Enfin, y a pas qu'à lui... Il y a aussi Tet-chan.
- Je rêve ou vous vous êtes rapprochés, vous deux ?
- No coment ! Il est prit !
- Ca veut dire "oui" ?
- Zut, Panda-chan !
Je vis Sakura sourire, du coin de l'oeil, mais me persuadai qu'il se plantait. Tetsu et moi étions amis, limite frère et soeur, mais pas plus...
