Rouge, bleu, orange, noir, jaune. J'ai l'impression de faire une crise d'épilepsie, et si je n'en fais pas une, ça ne devrait pas tarder. J'ai les yeux fermés, mais des tonnes de couleurs se disputent la place sous mes paupières. C'est éreintant. Je sens la chaleur du soleil sur mon visage, je suis parfaitement réveillée, mais j'ai peur de ne pas être là où je le souhaite alors j'attends d'être totalement lassée de cet espèce de kaléidoscope infernal pour ouvrir les yeux.

Pendant deux ou trois secondes, je suis trop éblouie pour distinguer quoi que ce soit alors j'essaie de me redresser pour échapper à la luminosité mais je grimace de douleur en posant l'une de mes mains sur mon flanc. C'est à ce moment là que je me rappelle de tout.

Je me souviens qu'en sortant du ministère, j'ai vérifié la date sur le calendrier. Héléna venait juste de partir, et j'avais un mauvais pressentiment. C'était le jour J. Le jour de l'attaque. Elle aurait pu ne pas se produire, tout aurait pu changer, mais je sentais que ça n'allait pas être le cas alors je l'ai suivie. Victorius était déjà rentré quand les mangemorts ont surgi. Ils ne s'attendaient pas à ce que je les prennent à revers, et l'effet de surprise a été un véritable avantage pour moi.

Je me souviens également des yeux de Voldemort, de cette haine que je pouvais ressentir jusqu'aux tréfonds de moi même qui me faisait vibrer d'effroi. Je me souviens avoir enfermé Héléna et Victorius dans le salon d'un coup de baguette, et puis les sorts se sont enchaînés. Tout est allé très vite, trop vite, et je me suis retrouvée étendue sur le sol, essayant vainement de limiter les dégâts du sort de coupure que Voldemort m'avait lancé avant de transplaner.

Je ferme les yeux juste un instant, juste pour mettre ce souvenir de côté, mais je m'endors, et lorsque je les rouvre, ils tombent instantanément sur James. Il est assis sur un fauteuil au fond de la pièce, endormi, les jambes étendues sur une chaise qu'il a dû rapprocher pour être plus confortablement installé. Toutes mes craintes s'envolent à ce moment précis. Je suis exactement là où je veux être.

Même là, même endormi, il a quelque chose d'impérieux, une espèce de condescendance magistrale qui me cloue à mon lit car je sais que le simple fait de me voir essayer de me lever pour me servir un verre d'eau le contrarierait, et je n'ai définitivement pas envie de le contrarier aujourd'hui.

« Mais puisque je vous dit que je suis le meilleur ami de James Potter !
_ M. Potter nous a ordonné de ne laisser entrer personne. »

Deux voix mêlées se disputent à l'extérieur de ma chambre d'hôpital jusqu'à ce que Sirius déboule à l'intérieur, un grand gaillard essayant vainement de le retenir par le col de son pull. Mes sourcils se froncent devant la scène, je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe, mais comme je vois que mon ami est dans une position délicate, je lui viens en aide.

« C'est bon, il peut entrer. »

Je me racle légèrement la gorge, constatant avec étonnement que le ton de ma voix est beaucoup plus faible que d'ordinaire, et les yeux gris de Sirius se braquent dans ma direction comme s'il ne m'avait jamais vu, comme si une licorne dansait la salsa sur mon lit. Je ne sais pas trop. L'autre homme aussi est décontenancé, alors il se contente de marmonner des mots que je ne parviens pas à entendre mais que je devine être des excuses, et il sort de la pièce.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? J'interroge Sirius en faisant un très léger signe de tête vers la porte par laquelle l'homme a disparu.
_ Ils avaient dit que tu ne te réveillerais probablement que demain, m'apprend-il simplement en ignorant ma question, s'avançant timidement vers mon lit.
_ J'ai toujours pris soin d'être en avance. »

Cette fois seulement, il sourit et ose se rapprocher un peu plus. Je cherche sa main, mais j'ai des difficultés à bouger la mienne. Il s'en rend compte, et ses doigts brûlants se posent sur les miens. Mon soutient indéfectible est là, près de moi, et je me sens tout de suite un peu mieux.

« Je devrai peut-être les appeler...
_ Non. Tout va bien. Laisse moi un peu profiter de ta présence.
_ Et de la sienne, ajoute t-il en jetant un coup d'oeil malicieux vers James. »

J'acquiesce sans broncher. Je n'ai pas la force de lui demander de ne pas m'obliger à penser à ma relation avec lui, je n'arrive pas à combattre cette chose qui me prend au corps quand James est près de moi, je ne sais plus comment justifier ma réticence face à notre rapprochement. Je n'arrive plus à lutter contre le sentiment le plus naturel qu'un être humain puisse ressentir envers un autre.

Paradoxalement, ce sentiment est devenu de plus en plus envahissant quand il a mis de la distance entre nous. Il m'a manqué encore plus qu'il ne me manquait déjà. Tout a été décuplé. J'ai ressenti le manque du James de mon autre vie ainsi que le manque du James de cette vie là, et j'ai perdu mes repères.

« C'était qui, cet homme ? Je redemande à Sirius.
_ Oh, ça, répond-il en ricanant légèrement. Ça, c'est James dans toute sa splendeur ! Reprend-il en agitant les bras en l'air.
_ Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
_ Ta chambre est protégée vingt quatre heures sur vingt quatre et l'aile dans laquelle tu te trouves a été totalement privatisée. Il faut donner un mot de passe à l'accueil pour pouvoir accéder à l'ascenseur permettant de se rendre à cet étage. Il faut également taper un code sur le clavier de l'ascenseur contenant les numéros d'étage pour parvenir jusqu'à ta chambre. Si le mot de passe est faux, un sort te renvoie aussitôt à l'entrée de Sainte-Mangouste. Les seules personnes ayant le droit d'accéder à ta chambre sont les médicomages les plus expérimentés de l'hopital, qui ont dû répondre à toute une série d'exigences... Les gardes, qui ne sont autorisés à faire entrer personne sans avoir préalablement demandé la permission à notre altesse Potter, et les quelques aurors qui patrouillent sans arrêt dans les couloirs de chaque étage de l'hopital, me répond-il sans prendre la peine de dissimuler la moquerie dans sa voix.
_ Oh Merlin. Tu rigoles, n'est-ce pas ? Je l'interroge, abasourdie. »

Sirius secoue vigoureusement la tête, et j'esquisse un regard en direction de James, toujours endormi. Il était déjà protecteur, dans mon ancienne vie, mais j'ai l'impression que nous en sommes à un tout autre niveau, là.

« Il fait un peu peur quand il joue au maître du monde, mais on s'y fait, ajoute t-il en haussant les épaules.
_ Est-ce qu'il... Est-ce qu'il est resté là tout le temps ? Quelle heure est-il ? Je l'interroge en me souvenant vaguement de la conversation que j'ai eue avec James juste après l'attaque.
_ A peine vingt-trois heures. Il s'est passé une journée entière avant que tu ne te réveilles. Il est resté la nuit dernière mais il reparti à Poudlard ce matin. Héléna avait pris sa journée pour être près de toi, ils se sont relayés, elle est partie il y a quatre ou cinq heures. »

Je hoche mécaniquement la tête sans réussir à vraiment assimiler ce qu'il me raconte. Ils ne m'ont pas quitté, ils se sont arrangés pour que je ne passe pas une seule seconde seule, et je suis tellement troublée que je me perds dans mes réflexions pendant un long moment.

Lorsque je reprends mes esprits, un médicomage est debout à côté de mon lit, en train d'agiter sa baguette au dessus de moi. Il griffonne quelques phrases sur un parchemin, me pose deux ou trois questions pour vérifier que l'attaque ne m'a pas causé de troubles neurologiques, puis il remplit mon verre d'eau d'un coup de baguette avant de m'autoriser à boire.

« Il y a quelque chose que je dois te dire, Lily.
_ Quoi ?
_ On pensait que tu... On croyait tous que tu allais y passer... »

Sirius grimace et il retire sa main de la mienne, la passant dans ses cheveux comme James a l'habitude de le faire. Cette attitude pourrait paraître anodine pour n'importe quelle autre personne mais moi, je sais qu'elle traduit son anxiété.

« Et je me suis habitué à toi, Lily. Je me suis vraiment habitué à toi, alors s'il te plaît... S'il te plaît, rétablis toi. »

Pour la première fois, je vois Sirius bouleversé. Il n'ose même pas me regarder dans les yeux, et je sais que c'est parce qu'il déteste que je le vois aussi vulnérable. Sur certains points, c'est James tout craché.

« Sirius, je...
_ Je ne vais pas te faire de grandes déclarations comme celle-ci tous les quatre matins alors profites-en. Tu es ma soeur, aussi vrai que James est mon frère, et nous avons besoin de toi ici, me coupe t-il. »

Je lui souris simplement parce que je doute qu'il veuille m'entendre lui répondre quoi que ce soit. Il veut juste que je le comprenne, que je sache à quel point il avait besoin de voir que j'étais toujours là, que notre amitié ne s'était pas terminée aussi subitement qu'elle aurait pu, et je crois que j'avais aussi besoin de réaliser tout cela.

« Enfin bref, je vais y aller, je suis attendu, et je suis très en retard... »

Il jette un coup d'oeil vers la fenêtre derrière laquelle brille la lune, pleine, et je panique un bref instant avant qu'il ne pose sa main sur mon bras pour me rassurer.

« Il n'est pas seul, et tout va bien. Je me suis procuré une potion tue-loup et Peter est près de lui, me glisse-t-il à l'oreille pour s'assurer que James ne puisse pas l'entendre. »

J'acquiesce simplement, un peu rassurée, et très touchée que Sirius ait pris le temps de passer me voir après le travail alors qu'il aurait dû être avec Rémus, puis je pousse un long soupir lorsqu'il sort de la chambre, me laissant seule avec James qui finit par ouvrir les yeux.

Un bref sourire passe sur son visage lorsque nos regards se croisent, mais le silence persistant est lourd, trop lourd, et j'ai du mal à le supporter parce que je me souviens de chacun des mots qui ont été prononcé la veille, et pire, je me souviens de ceux qui ne l'ont pas été.

« Tu as l'air fatigué, tu devrais rentrer chez toi. Sirius m'a dit que tu avais passé la nuit ici, je murmure parce que je n'ai plus la force de parler à voix haute.
_ Tu veux que je rentre chez moi ? M'interroge t-il en se levant de son fauteuil. »

Mon coeur s'arrête quand il s'approche de moi et je me pose mille questions à la minute jusqu'à ce que je me rende compte que je ne respire plus parce que je me demande pourquoi il vient plus près, pourquoi je ne peux pas lui mentir, et pourquoi je suis capable à ce moment précis de balayer d'un simple mouvement de tête toutes les promesses que je me suis faites auparavant.

« C'est toi, qui devrait dormir. Tu n'étais pas supposée te réveiller maintenant, me fait-il remarquer si sévèrement que je me demande l'espace d'une minuscule seconde si je dois m'excuser.
_ J'imagine que je devais avoir une bonne raison de le faire, je lui réponds du tac au tac sans quitter son regard. »

Il réfléchit un instant, fronce les sourcils, et me gratifie d'un second sourire presque imperceptible, saisissant mon allusion criante à notre discussion de la veille, à la promesse qu'il m'a faite et que je n'ai pas oubliée. J'ai presque honte de sembler aussi désespérée, mais je n'y peux rien. J'ai l'impression d'avoir tout refoulé pendant trop longtemps et de ne plus pouvoir me contrôler, comme un barrage qui cède face à un torrent.

« De toutes façons, je ne suis pas certaine de pouvoir dormir après ce qui est arrivé. Comment vont tes parents ? Je lui demande, réellement inquiète.
_ Comment ils vont ? Merlin... Un peu trop bien... Ils sont en train de préparer ta chambre...
_ Ma chambre ? Je répète, hébétée.
_ Oui, parce qu'il est hors de question que tu retournes vivre chez toi, toute seule, après ce qu'il vient d'arriver, répond-il en imitant la voix de sa mère, me provoquant un léger rire suivi d'une grimace de douleur.
_ Vous êtes tous pareils, vous, les Potter, je lui fais remarquer.
_ C'est à dire ? M'interroge t-il en s'approchant un peu plus, intéressé.
_ Vous avez la folie des grandeurs. Tout est démesuré, avec vous.
_ Te protéger, c'est avoir la folie des grandeurs ?
_ Mettre des gardes devant ma chambre, des mots de passe à chaque étage, des aurors dans les couloirs, et privatiser une aile de Sainte-Mangouste, c'est avoir la folie des grandeurs, je réplique en le fixant d'un air amusé. »

Il réfléchit un instant, puis en toute mauvaise foi, il hausse les épaules et marmonne quelques contre arguments que je ne me fatigue même pas à essayer d'écouter car je sais que si je le faisais, je risquerais de m'énerver et de l'étouffer avec mon oreiller.

« Je me moque, mais c'est parce que je trouve ça gênant, je lui avoue après quelques secondes de flottement.
_ Gênant ? Répète t-il, surpris.
_ Oui. C'est... Il ne fallait pas faire ça pour moi, Merlin, privatiser une aile de l'hôpital ! Ça a dû vous coûter une fortune et ça me met tellement mal à l'aise... ! j'explique en plongeant ma tête entre mes mains.
_ L'argent n'est pas un problème, Lily, me répond-il en poussant un léger rire semblable à un soupir, comme s'il était amusé par ma candeur, comme s'il était amusé de constater que je n'ai vraiment aucune idée de la quantité de gallions qui se trouvent dans son coffre. »

C'est d'ailleurs un peu la vérité. Même lorsque nous étions mariés, dans notre autre vie, je n'avais pas une véritable idée du montant de sa fortune, et je n'ai jamais souhaité le savoir parce que ça n'avait aucune espèce d'importance. Ça n'en a toujours pas, mais je n'ai jamais aimé qu'il dépense de l'argent pour moi et ça n'a pas changé.

« Ça te gêne vraiment tant que cela ? Reprend-il. »

Je grimace et hoche timidement la tête devant son visage surpris. Il m'observe comme s'il ne me comprenait pas du tout, et j'ai une sensation d'étau dans ma poitrine quand je m'imagine qu'il va s'énerver. Pourtant, il n'en fait rien.

« C'est bien la première fois qu'une fille me demande de ne pas lui donner de l'argent.
_ Tu n'as fréquenté que des professionnelles, Potter ? Je le provoque gentiment, le faisant éclater de rire.
_ J'admets que c'était un peu maladroit comme tournure de phrase, mais tu crois vraiment qu'avec ce visage là j'ai besoin de payer ? Reprend-il avec un sourire en coin.
_ Oh Merlin. Si je n'étais pas absolument certaine de ne pas pouvoir m'endormir, je fermerais les yeux maintenant et je sombrerais pour ne plus t'entendre. »

Son sourire s'efface légèrement, puis il soupire bruyamment avant de s'asseoir sur le bord du lit, me prenant légèrement au dépourvu.

« Il faut que tu te reposes, insiste-t-il.
_ Je sais, mais quand je ferme les yeux, j'entends Héléna qui crie et je... Je suis désolée, je ne devrais pas te dire ça. »

Il reste stoïque pendant quelques secondes, les yeux rivés vers les fenêtres, réfléchissant comme s'il hésitait à faire quelque chose, puis il semble renoncer à essayer de démêler le noeud qui se forme dans son esprit. Il se contente de balancer ses chaussures non loin du lit, et j'ai juste le temps de me décaler légèrement avant qu'il ne bascule à côté de moi sous mon regard stupéfait.

Ma respiration se coupe pendant une durée indéterminée, mes yeux ronds comme des souafles le scrutent longuement sans que je ne m'en rende vraiment compte. Je suis si tétanisée que tous mes muscles me font mal, je n'ose même pas bouger mon bras collé contre le sien, je ne sais même plus quoi en faire, je ne sais même plus comment me comporter maintenant qu'il est plus proche de moi qu'il ne l'a jamais été dans cette vie là.

« Détends toi, me lance t-il simplement. »

Il se redresse un peu, croise ses bras sur sa poitrine, et garde les yeux obstinément vissés sur le plafond, comme s'il n'était plus capable de me regarder. Je dois dire que ce n'est pas plus mal car s'il le faisait, s'il posait ses yeux sur moi maintenant, il se rendrait compte que la Lily Evans qui n'a peur de rien est affolée par le bien que lui procure cette proximité inattendue et peut-être trop attendue.

« Lily...
_ Oui ?
_ J'ai envie de te connaître un peu plus. »

Je déglutis, hochant simplement la tête, incapable de lui répondre quoi que ce soit. Je ne sais pas ce qu'il attend, je ne sais pas ce qu'il veut, je ne sais pas ce que je veux, je ne sais pas et mon corps entier me brûle. Je n'ai plus froid. Je ne me noie plus dans mon océan de tristesse. Je suis sur un bûcher et je vole en cendres à chaque fois qu'une partie de son corps frôle le mien.

« Et j'ai aussi vraiment besoin de dormir dans un véritable lit, reprend-il.
_ N'y a-t-il pas un autre endroit où tu préférerais être ? Je lui demande en songeant à Rémus.
_ Non, m'avoue t-il après avoir prit une minute pour réfléchir. Je t'échange ma chaleur corporelle contre cette moitié de lit. L'avantage d'être dans cette aile là, c'est que les lits sont plus grands. Marché conclu ? M'interroge t-il.
_ C'est tentant... Mais j'ai tendance à m'étaler quand je dors... Je le préviens.
_ Et tu crois que ça va me déranger ? M'interroge t-il, un large sourire aux lèvres. »

Je rougis brutalement, un frisson me traverse et je sais pertinemment qu'il s'en rend compte puisqu'il se rapproche un peu plus de moi tout en prenant soin de ne pas me provoquer de douleur dans le flanc. De toutes manières je suis comme anesthésiée depuis qu'il s'est allongé là. Je ne sens plus rien à part mon coeur qui bat à une telle vitesse que j'ai l'impression de sortir d'un marathon.

« Ta mère va vraiment me forcer à dormir chez vous ? Je l'interroge.
_ Je crois que s'il le faut, elle te lancera un maléfice de saucisson pour te traîner jusqu'au manoir... Répond-il d'un air consterné. Pourquoi ? C'est si terrible pour toi ?
_ Non, non, je ne... Ce n'était pas ce que je voulais dire. C'est juste que... Je vais avoir l'impression de déranger et tes parents sont... Ils sont si gentils, je ne veux pas... Ils vont revenir, les mangemorts. Ils vont revenir pour moi. Je l'ai vu dans ses yeux à lui, Tu-sais-qui. Je ne veux pas être chez tes parents quand il reviendra, je ne veux pas risquer qu'Héléna et Victorius se fassent...
_ Nous avons changé tous les sorts de protection de la maison. Même Dumbledore s'y est mis, et les seules personnes sachant comment désactiver ces sorts sont mes parents, Dumbledore, et moi-même. Crois-moi, rien ne pourra arriver, me coupe-t-il solennellement.
_ Mais je...
_ Fais-lui plaisir et accepte simplement. Elle t'est tellement reconnaissante de les avoir sauvé... Elle ne cesse de parler de toi aux membres de l'Ordre en leur racontant à quel point tu as été extraordinaire, et elle était bouleversée ne pas te voir te réveiller. Demande aux médicomages, ils n'en peuvent plus de l'avoir sur le dos, tranche-t-il un nouvelle fois. »

Je hoche lentement la tête, un sourire timide se dessinant sur mon visage. Je ne suis plus la même personne qu'il y a quelques mois. Là, allongée dans mon lit d'hôpital aux côtés de James, j'ai réappris à laisser mes émotions prendre le pas, j'ai réappris que j'avais le droit d'être fragile, et je me sens brisée parce que je suis encore tiraillée par mes vieux démons, ceux qui me supplient de ne pas compliquer la vie de James en y retrouvant ma place initiale.

« Au fait... Sirius était effondré, lui aussi, me lance t-il d'un air faussement détaché.
_ Je sais. Il est venu tout à l'heure.
_ J'ai entendu ce qu'il t'a dit, me dit-il avant de déglutir. J'aurais peut-être dû vous prévenir que je ne dormais pas complètement... Mais je ne voulais pas interrompre, reprend-il visiblement troublé.
_ Et ?
_ Et je sais ce qu'il en est du côté de Sirius, je sais que tu es comme une soeur pour lui, mais toi... Est-ce qu'il est comme un frère pour toi ?
_ Pourquoi une telle question ? Je l'interroge, stupéfaite.
_ Parce que tu sais, Lily... Commence-t-il en fronçant les sourcils comme s'il réfléchissait intensément. Je t'aime bien, ajoute t-il avant de tourner sa tête vers moi, un sourire malin illuminant son visage. »

Ma bouche devenue soudainement sèche s'étire également lorsque mes yeux se posent sur l'horloge accrochée au mur en face de mon lit. Il est 23H59, et je suis plus en vie que je ne l'ai jamais été.