Chapitre 35 – Les sauver
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Le sembla se suspendre. Arthur se sentait soudain incapable de bouger. Ce n'était pas tant le choc de ce qui venait de se passer que ce qui l'accompagnait. Quelque chose dans l'air était différent. Comme si le monde n'était plus vraiment lui-même.
Les autres semblaient aussi le ressentir. Ils étaient figés comme des statues les yeux braqués vers le couple. Il ne pouvait voir leur visages d'où il était, mais Arthur distinguait en revanche parfaitement le sang sur les pierres qui s'écoulait à un rythme régulier. Et puis il y avait la pointe de l'épée qui dépassait du dos de Gauvain.
Arthur n'aurait sans doute pas pu faire comme lui à sa place. Tuer Guenièvre, se tuer aussi. Il n'en aurait pas été capable. Il comprenait mieux que le lien entre Ael et le chevalier dépassait tout ce qu'il pouvait connaître.
Merlin fut le premier à se ressaisir. Ou était-ce le seul qui ne soit pas affecté par cet étrange bouleversement qu'ils ressentaient dans l'air ? Quoi qu'il en soit, il se précipita vers les deux jeunes gens. Arthur ne l'avait jamais vu avec un visage aussi ravagé. Son serviteur semblait avoir perdu une part de lui-même. Il était clairement plus affecté par les événements que tous les autres réunis.
Il y eut un cri d'horreur à sa droite. Arthur leva la tête. Séyème Tajane se retenait à Sith, le regard vissé sur les deux amants. Elle était aussi bouleversée que l'était Merlin. Le roi devina que quelque chose lui échappait, sans comprendre quoi.
La princesse d'Ehbi envoya le serviteur de son frère auprès d'Ael et Gauvain. Arthur comprit ce qu'il allait faire à l'instant où il s'accroupit auprès d'eux. Étrangement, il n'était pas effrayé. Si la magie pouvait encore les sauver, il était prêt à ce qu'il l'utilise. Malgré ses récentes résolutions à l'encontre de la magie, il s'en étonnait.
Il y eut des mots qu'il ne comprit pas et un regard qui s'éclaira d'or. Sith releva la tête vers Séyème qui ne parvenait pas à s'avancer. Pas plus que les autres d'ailleurs. Arthur se rendait compte qu'aucun d'eux n'avait réussi à bouger. Et ce n'était pas normal.
- Ils sont vivants ! lança Sith. Je peux les maintenir en vie, mais les soigner dépasse mes compétences.
Un voile sombre passa sur le regard de la princesse. Elle ferma les yeux un instant puis les rouvrit avec une détermination nouvelle.
- Tu es le meilleur guérisseur que je connaisse, Sith. Si tu ne peux pas les sauver, qui le pourrait ?
- C'est le Gardien de ce temps, ma Dame. L'équilibre du monde s'est rompu, vous le sentez autant que moi.
Séyème acquiesça avec une grimace. Les êtres liés à la magie avait ressenti une douleur sans nom à l'instant où la lame avait transpercé le corps du Gardien. Et elle était toujours là, lancinante. Même les personnes dépourvues de magie pouvait ressentir la brèche dans l'équilibre d'ordinaire maintenu par Ael.
- Qui alors ? demanda Séyème. Un dragon ?
- Même eux ne pourront pas les sauver. Pas seuls.
- Emrys…
La princesse d'Ehbi riva un regard surpris dans les yeux du roi. Arthur mit un instant à comprendre que c'était lui qui avait parlé. L'inertie qui les enveloppait tous disparaissait peu à peu.
- Emrys ? répéta Séyème. Oui, lui seul pourrait encore faire quelque chose.
Le roi parvint cette fois à se lever. Il fit un tour d'horizon et constata soulagé que la cour n'était occupée que de personnes de confiance. Personne n'avait vu ce qu'il ne devait pas voir.
Il vit deux autres ehbiens se précipiter aux côtés de Sith et Merlin, des guérisseurs semblait-il. Le roi s'adressa à Gaius, soutenu par Léon, qui cherchait à se maintenir sur ses deux pieds.
- Il faut contacter Emrys ! Il doit les sauver !
Cette phrase qu'il n'aurait jamais imaginé prononcer quelques mois plus tôt était leur seul espoir. Arthur refusait de voir mourir Gauvain et Ael. Il ne perdrait pas quelqu'un de nouveau, que ce soit à cause ou non de la magie.
- Emrys ? répéta Gaius.
- Il a fait revenir Ael, réveiller Gauvain. Il peut les sauver.
Arthur se raccrochait à cette idée. Si Emrys ne pouvait pas sauver ses amis, à quoi servait ces nouvelles lois sur la magie qu'il voulait instaurer ? Si elle ne pouvait pas faire preuve du bien, quel était encore son intérêt ?
Tout à ses préoccupations, Arthur ne prit pas garde au visage que leva Merlin vers eux, contrairement à Sith. Il ne vit pas davantage Guenièvre et Elyan verrouillé l'accès de la cour. Seuls les Ehbiens pouvaient encore y pénétrer. Seuls les magiciens et les personnes convaincues du retour de la magie à Camelot avaient le droit de se trouver là.
- Ils ne sont pas transportables.
C'était Sith qui venait de parler. Arthur ne sut trop à qui il s'adressait et ça n'avait guère d'importance. Il ne voyait que la mort imminente de ses compagnons si Emrys ne venait pas les sauver.
- Gaius ! demanda-t-il d'une voix qui avait tout de suppliant. Contactez Emrys ! Dites-lui ce qui se passe !
Le médecin fit un pas soutenu par Léon. Il se tourna vers les corps à terre puis vers le roi.
- Sire, il le sait déjà.
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Le prince Assim enveloppa Morgane d'une étreinte qui se voulait rassurante mais qui lui permit aussi de l'empêcher de bouger. Tout comme lui, les druides et les autres magiciens, elle était touchée dans tout son être par l'état du Gardien.
Il l'avait emmenée vers le pire pour lui faire comprendre ses erreurs et la ramener vers le meilleur. À cet instant, alors qu'elle tremblait de tous ses membres, les larmes roulant sur les joues, il comprit qu'il avait réussi. Sans le geste de désespoir de Gauvain, peut-être n'aurait-il pas pu briser aussi facilement la dernière barrière de la jeune femme. À présent, le chemin vers le bien lui était grand ouvert.
Assim croisa le visage de Perceval. Même les êtres dépourvus de magie étaient touchés par l'état du Gardien. Le chevalier observait Morgane avec attention. Il se voulait toujours impassible, mais le prince ne manqua pas le léger changement sur ses traits. Il n'était pas le seul à penser ça, lui aussi pouvait voir que Morgane avait changé.
Dans le pire peut parfois se révéler le meilleur. Ce que son père lui avait enseigné, Assim Tajane ne l'avait pas oublié. Si Morgane revenait sur le bon chemin, tout était possible. Il resserra sa prise sur le corps agité et lui envoya des pensées apaisantes. Le Gardien n'allait pas mourir. L'équilibre allait revenir. C'était impossible autrement.
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Kilgharrah n'aimait pas ce qu'il sentait. Le Gardien ne pouvait pas mourir. Pas maintenant. Pas comme ça.
Il pointa son museau vers le ciel gris, ses pensées tournées vers Camelot. Merlin et Arthur était à la croisée des chemins. Il le sentait.
La fine silhouette d'Aithusa se dressa sur le rocher près de lui. Il n'eut pas besoin de lui expliquer. La dragonne avait comprit d'elle-même. Elle ancra son regard dans le sien et le Grand Dragon comprit aussitôt ses intentions.
- Tu es trop faible.
Elle secoua la tête. Certes elle n'était pas encore rétablie, mais elle allait déjà beaucoup mieux.
- Emrys… lui dit-elle par la pensée.
Kilgharrah grogna. Elle était bien comme son seigneur des dragons, trop têtue pour son propre bien. Il savait qu'il ne pourrait pas l'empêcher de partir. Comme il savait qu'elle devait y aller et lui rester ici.
- Soit prudente, grommela-t-il, et reviens vite. Ton apprentissage n'est pas terminé.
Aithusa frotta sa tête contre son cou dans un ronronnement. Kilgharrah retint un soupir et la laissa s'envoler.
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Merlin avait une main sur chacun d'eux. Il ne pouvait pas les laisser mourir. Mais il ne savait pas comment les sauver. Ou peut-être ne voulait-il simplement pas y penser. La présence d'Arthur et des autres le perturbait autant que le sang s'échappant des corps de Gauvain et Ael.
- Merlin, lui dit Sith, dame dragonne va arriver.
Il lui fallut quelques instants pour comprendre ce que cela signifiait.
- Aithusa ?
- Elle va venir, Merlin. Toute la communauté magique a senti l'équilibre se rompre. Les dragons ont des pouvoirs de guérison supérieurs aux nôtres, je suis sûr qu'elle va venir pour aider le Gardien.
- Mais…
- Merlin, Aithusa pourra nous aider à les guérir, mais le problème ne sera pas résolu.
- Leur lien, comprit le magicien.
- Il ne peut pas être rompu. Plus maintenant.
Si tenté qu'il ait pu l'être un jour, songèrent-ils chacun de leur côté.
- Que proposes-tu ? s'enquit Merlin.
- C'est à toi de me le dire.
- Moi ?
- Merlin, seul un aveugle comme Arthur ne peut pas comprendre que tu es Emrys.
NdA : Il y a eu des nouvelles d'un peu tout le monde dans ce chapitre. J'espère que sa tournure vous plaît ! Je n'ai pas besoin de vous dire ce qu'il y aura dans le prochain, pas vrai ? Arthur, Merlin, l'identité d'Emrys… À bientôt !
