Chapitre 35
Et la boucle est bouclée.
Plus d'un an plus tard.
- J'en ai marre !
James et Lily s'étaient exclamés d'une même voix cette phrase censée refléter leur état s'esprit. Loin de les faire sourire, la coïncidence les rendit encore plus sombres.
- Encore combien de lettres ? interrogea Lily.
- Quatorze. Rappelle-moi de tuer notre nouvel entraîneur, siffla James.
- Pas envie d'être une de ces femmes qui rendent visite à leur mari en prison, protesta mollement Lily.
En réalité, la mort du nouvel entraîneur de James l'arrangerait. L'homme avait imposé des règles bien plus strictes que son prédécesseur, l'image des joueurs ayant bien besoin d'être redorée. Les règles impliquaient entre autres l'interdiction pour les joueurs de dormir ailleurs que dans la maison qui leur était réservée durant la saison, et l'image de cohésion et de sympathie était promue grâce aux courriers des fans auxquels les joueurs étaient tenus de répondre. Qui plus est, les sorties en semaine étaient interdites, et les sorties en week-end devaient être supervisées par une personne fiable de l'équipe.
Cela avait beaucoup fait rire Sirius lorsqu'il avait appris que James était considéré comme une personne fiable à qui l'on pouvait confier la responsabilité d'enfants pas sages.
Parce que c'était ainsi que la critique avait descendu l'équipe l'année précédente, après ses résultats catastrophiques en début de coupe du monde. C'était après ces résultats que l'entraîneur de l'époque avait pris la décision de démissionner.
James soupira, et regarda la chambre dans laquelle Lily était obligée de le rejoindre, à présent. Ils avaient une maison que tous leur enviaient, et lui n'avait pas même le droit d'en profiter dès que bon lui semblait.
- Et toi ? Tu as bientôt fini d'écrire à tes cousins ?
Lily grommela quelque chose d'incompréhensible, que James traduisit aisément par un « non ».
Six mois plus tôt, des cousins éloignés de la famille de la mère de Lily étaient revenus d'Argentine, et avaient tenu à reprendre contact avec leur famille restée en Angleterre. Le problème résidait dans le fait que Lily ne les avait pas vus depuis ses cinq ans, et que, depuis tout ce temps, beaucoup d'eau avait coulé sous les ponts. Sans oublier qu'elle avait découvert qu'elle était une sorcière, et qu'elle avait donc perdu beaucoup de ses habitudes Moldus, l'empêchant généralement de se sentir réellement à l'aise en présence de personnes totalement étrangères à la sorcellerie. De ce fait, les repas familiaux avaient souvent été tendus, et Lily avait finalement décidé qu'ils pouvaient tout aussi bien s'échanger des lettres.
Sauf qu'elle n'avait pas plus d'histoires à raconter à ses cousins à l'écrit qu'à l'oral, et l'exercice était rapidement devenu une corvée, au même titre que les repas.
Elle finit par reposer son stylo, et lui sa plume. Les yeux fermés, ils oublièrent quelques instants la corvée qui les attendait, et s'adossèrent l'un à l'autre.
James réfléchissait à ce que l'entraîneur avait proposé, quelques heures plus tôt. Que tous prennent quelques jours de vacances, réfléchissent à leurs erreurs commises, et reviennent, prêts pour l'entraînement, vidés de toutes les énergies négatives qui enveloppaient en ce moment l'équipe.
Lily, elle, songeait qu'elle regrettait presque déjà d'avoir refusé une semaine de vacances. Elle aurait peut-être dû la prendre, et laisser son collègue se débrouiller avec son déménagement sans semaine de vacances. Sauf qu'elle n'était pas aussi égoïste.
Un léger sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle songeait à quelque chose de totalement saugrenu. Ses épaules se détendirent.
James, adossé à elle, ressentit ce changement. Comme il ressentait toujours tout ce qui se passait, avec Lily.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je viens d'avoir une idée totalement folle, avoua la rousse.
- Comme ?
- Imaginons qu'on décide de partir. Comme ça, d'un coup. Sans prévenir personne. On prend une semaine de vacances, rien que pour tous les deux, et on oublie tout ça. Londres, le travail, ton entraîneur, les lettres qu'on doit écrire. On part n'importe où, avec un petit sac. Et si ça ne nous plaît pas, on va ailleurs.
Elle secoua la tête en même temps qu'elle mettait des mots sur sa pensée.
- Cette idée est complètement idiote. J'ai refusé une semaine de vacances et toi, tu ne peux pas partir comme ça.
- Ton idée est complètement folle, confirma James.
Lily étira ses bras devant elle, légèrement dépitée. Ça avait beau n'être qu'une idée saugrenue, survenue à cause de la fatigue, il n'en restait pas moins que c'était une idée tout de même alléchante.
- Mais ce n'est pas parce qu'une idée est folle qu'elle est irréalisable, renchérit James en souriant.
Il sauta d'un coup de son lit, laissant Lily s'affaler sur celui-ci sans aucun ménagement. Elle se redressa sur ses coudes, et regarda James ouvrir son placard.
- Qu'est-ce que tu fais ? s'étonna-t-elle.
- Tu sais ce qu'on disait, avec les gars, quand on était au collège ?
Elle leva les yeux au ciel. Au fur et à mesure que les jours s'écoulaient, elle avait compris que les Maraudeurs avaient dit beaucoup de choses, durant leur scolarité, et que leurs paroles n'étaient pas toujours des plus sages.
- Que plus une idée est folle, plus elle est sensée.
Lily haussa un sourcil.
- C'est-à-dire ?
- Prépare un plan de A à Z, et tu es assuré qu'il va y avoir un problème. N'importe lequel. Par contre, si tu as une idée complètement folle, et que tu te lances sans réfléchir dans sa réalisation, tu as plus de chances de la réussir.
Il se retourna, et lança un petit sac sur le lit, où se trouvait toujours Lily.
- Tu es sérieux ? s'exclama Lily en prenant le sac entre ses mains.
- On ne peut plus sérieux. Pas toi ? s'enquit James.
Elle regarda le sac. Jeta un rapide coup d'œil à la pile de parchemins de James, et au papier qu'elle devait noircir de banalités. Et puis, elle regarda James. James qui, de toute évidence, avait autant besoin qu'elle de s'évader. Et qui avait envie de le faire avec elle. Comme toujours. Il lui lançait un appel muet. Et son regard ne promettait qu'une chose. Que ces vacances seraient les meilleures qu'ils pourraient s'offrir.
Parce que rien n'était planifié. Donc rien ne pouvait mal tourner.
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Ils ne s'en étaient certainement jamais rendu compte, mais, au fond d'eux, ils n'avaient jamais rêvé d'autre chose. Ils avaient toujours espéré, inconsciemment, que ce désir devienne réalité. Qu'un jour, tous deux, ils se retrouveraient à remonter tranquillement la rue qui menait à leur maison. Que James aurait nonchalamment jeté un bras autour des épaules de Lily, son autre maintenant un sac de voyage considérablement alourdi par les divers souvenirs qu'ils n'avaient pu s'empêcher de rapporter.
Leurs voisins ne s'étonnèrent pas outre-mesure de leurs étranges accoutrements. Beaucoup les regardaient passer par la fenêtre, ayant entendu les rires d'allégresse qu'ils laissaient échapper à chaque fois qu'ils étaient heureux. Non, les voisins avaient l'habitude de ce couple étrange. Aussi, les voir porter un poncho et un collier de fleurs des îles chacun, tandis que la jeune femme portait même un chapeau mexicain, ce n'était pas tant inhabituel.
- À ton avis, est-ce qu'on reverra un jour Salim et Sonia ? s'enquit Lily en prenant le chapeau qu'elle portait pour le déposer sur la tête de James.
Étant plus grand qu'elle, il dut rajuster l'accessoire, afin de voir où ses pas le menaient, tout en répondant à la rousse.
- Je ne pense pas. Ils voyagent toujours tout le temps. Ils ne passeront certainement pas à Londres. C'est une ville bien trop touristique pour eux. Si on ne s'était pas perdus au fin fond du Pérou, jamais on ne les aurait rencontrés.
Lily hocha la tête, et regarda le chapeau qu'elle venait d'abandonner.
- Je me demande si je ne vais pas le récupérer…
James le mit aussitôt hors de sa portée.
- J'ai accepté que ce garçon te l'offre. J'en fais ce que je veux, dit-il en signe de justification.
Lily éclata de rire.
- Tu as fait une crise de jalousie parce que j'avais accepté ce cadeau de la part d'un enfant de treize ans !
- Et alors ? protesta James. Si tu avais eu treize ans, ou lui vingt-sept…
- Je lui aurais expliqué que je suis avec un type bien trop génial pour le laisser tomber, affirma Lily avec un air presque sérieux. Rends-moi mon chapeau. S'il te plaît, ajouta-t-elle alors que James refusait. James ! Tu ne vas pas le garder à l'intérieur ! s'exclama-t-elle alors qu'il refusait toujours de le lui rendre, et qu'ils étaient sur le pas de la porte.
- Et pourquoi pas ? dit James avec un air supérieur.
La porte se referma derrière lui, alors que Lily se retenait de rire.
- Ça pourrait être une bonne protection contre la colère de Sirius, après tout, grimaça James, figé.
Lily regarda dans la même direction que lui. Au bout du couloir se tenait Sirius, les bras croisés, les sourcils froncés, les traits tirés, et des cernes sous les yeux.
- Tu aurais bien besoin d'une potion de sommeil, toi ! lui dit Lily sur le ton de la plaisanterie.
- Je n'en aurais pas eu besoin si vous aviez eu la décence de laisser un mot, tous les deux, pour prévenir que vous partiez.
- On a laissé un mot…, tenta James.
- Un mot ?! siffla Sirius. Tu as laissé un papier disant à toutes tes connaissances que tu partais en vacances bien méritées, avec Lily. Et moi, dans tout ça ? Je n'ai pas le droit à plus qu'un simple mot ?! Non, je suis comme tout le monde, je dois accepter ce petit mot minable ? D'accord ! Mais une carte, c'est la moindre des choses ! Vous auriez dû m'envoyer une carte, pour me dire où vous étiez ! s'énerva Sirius.
Plutôt mourir que de dire qu'il s'était inquiété pour ces deux imbéciles qui partaient sans prévenir. Plutôt mourir que de leur dire qu'il les enviait. Plutôt mourir que d'avouer qu'il était blessé de n'avoir pas eu droit à plus de considération.
- Je crois que Sirius n'est pas très content de notre départ en vacances, dit James.
- Je crois que Sirius est jaloux parce que tu ne lui as pas dit au revoir comme tu aurais dû le faire, dit Lily.
- Je crois que Sirius n'a pas bien compris qu'on voulait passer des vacances tous les deux, sans courir le risque que quelqu'un nous rejoigne alors qu'on passait un moment à deux.
- Je crois que Sirius sera content du cadeau qu'on lui ramène.
- Je crois que Sirius, enchaîna celui qui portait ce prénom alors que James allait reprendre la parole, aimerait vous dire qu'il veut son cadeau, que Julia et lui c'est plus ou moins terminé, et que durant votre séjour, vu qu'il a voulu se venger de vous, il a vidé votre frigo.
James et Lily soupirèrent en chœur alors que Sirius leur lançait un regard mi innocent, mi énervé.
- Je savais bien que je ne devais pas accepter de laisser à Sirius le droit d'entrer et de sortir de cette maison comme bon lui semblait, soupira Lily en se défaisant de l'emprise de James et en allant dans la cuisine, les laissant à leurs explications.
Sirius souriait toujours, légèrement tendu.
- T'es jamais parti sans me prévenir, avant.
- Je sais, soupira James, un peu mal à l'aise.
- Mais je suppose que je dois me faire à l'idée, pas vrai ? Ce sera toujours Lily avant moi, hein ? Ce sera vers elle que tu te tourneras en premier pour lui annoncer une superbe nouvelle, plus vers moi. C'est normal, hein.
Sirius frotta le parquet du bout de sa chaussure, les yeux rivés au sol.
- C'est juste que je ne l'avais pas réalisé avant votre départ, dit-il simplement. J'avais encore la sensation que nous étions tous les deux contre le monde entier.
- C'est toujours le cas, assura James.
Sirius haussa les épaules, l'air un peu perdu. Il détourna le regard de son meilleur ami.
- On savait que ça allait arriver un jour, hein ? plaisanta Sirius. Je veux dire, toi avec une fille qui réussit à te supporter, et moi avec une fille qui a une vie familiale encore plus compliquée que la mienne, puisqu'elle s'accroche toujours aux divers membres qui la composent… Et qui est pire que moi en matière d'engagement.
James esquissa un faible sourire.
- C'est pas plus mal, non ? Qu'on aille de l'avant.
- Ouais, t'as sûrement raison. Enfin, on va peut-être un peu trop de l'avant d'un coup, tous en même temps. On n'a même pas le temps de s'habituer à un changement qu'un autre arrive. Queudver à l'autre bout de la planète, Lunard qui accepte enfin qu'on puisse l'aimer, toi et Lily, Julia et moi et notre espèce d'histoire compliquée qui ne mène à rien… J'ai l'impression qu'on n'a pas assez profité de notre jeunesse et qu'on se prend trop la tête à présent ! dramatisa Sirius.
James éclata franchement de rire. Pour que Sirius plaisante ainsi, il ne pouvait pas être réellement triste, ou en colère. Il était simplement un peu nostalgique.
- Ouais, c'est ça. Vous n'avez pas assez profité de votre jeunesse…, railla Lily qui venait de sortir de la cuisine. James, ton meilleur ami a vraiment vidé notre garde-manger, soupira-t-elle.
- Je vais faire les courses et je reviens ! promit Sirius en se dirigeant prestement vers la porte. Et j'achèterai du beurre de cacahuètes !
- On ne mange pas de beurre de cacahuètes, fit remarquer Lily en fronçant les sourcils.
La porte claquait derrière Sirius, qui ne l'entendit pas ou, du moins, ne prit pas la peine de lui répondre. James soupira.
- Sirius en mange.
- Évidemment, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel. Évidemment…
- Ne t'inquiète pas. Un jour, Sirius prendra son indépendance…
- Et un jour, Julia et lui arrêteront de rompre et de se remettre ensemble, si un « ensemble » a jamais existé entre eux deux, railla la rousse, ironique. Et ne tente pas de m'amadouer avec…
Trop tard. James l'embrassait déjà.
- Tu m'agaces, grommela-t-elle lorsqu'elle réussit à se défaire de l'emprise de James.
- Si ça te permet de dormir le soir de le penser…, dit-il dans un sourire.
Elle lui lança un regard noir, auquel il répondit par un sourire amusé. Elle finit par éclater de rire.
- Du courrier intéressant ? demanda James en voyant qu'elle tenait un papier à la main.
Lily reprit immédiatement son sérieux.
- Ouh, ça paraît presque grave…
- Non, le rassura-t-elle, ça ne l'est pas. C'est juste…
Elle soupira, et leva légèrement le bout de papier.
- C'est ma sœur qui m'écrit.
- Ta sœur ? s'étonna franchement James.
Les deux sœurs s'étaient revues en présence de James cinq mois plus tôt, à un dîner où il avait eu le plaisir et privilège de rencontrer le beau-frère de Lily. Il avait ressenti le malaise à peine la discussion entamée, et le fait que Lily ait terminé le dîner en larmes – au même titre que Pétunia, d'ailleurs, mais ça, la rousse refusait de l'admettre – avait tué dans l'œuf toutes les tentatives de James pour que Lily fasse l'effort d'aller vers sa sœur. Il avait bien vu, des années auparavant, que Sirius avait souffert de couper tous les liens qui l'unissaient à sa famille, et même s'il se sentait parfaitement chez lui chez les Potter, il était certain qu'il avait véritablement retrouvé une identité lorsqu'Andromeda avait fait un pas vers lui. Andromeda avait tenu à renouer les liens familiaux qu'ils avaient tous tenté d'oublier, sans réaliser que les oublier leur faisait plus de mal que de bien. James était persuadé que c'était exactement la même histoire qui se produisait pour Lily, sauf qu'elle refusait de comprendre qu'elle et sa sœur étaient dans le même cas que l'était Sirius des années auparavant.
- Elle ne dit rien de spécial, seulement que…
La rousse se mordit la lèvre inférieure, un pli soucieux sur le front. James soupira tout en renversant sa tête en arrière.
- OK, Lily. On peut attendre longtemps, comme ça. Si tu allais droit au but, et que tu me disais clairement ce que te dit ta sœur ?
Le problème, avec Lily et sa sœur, c'est qu'on ne savait jamais si c'était grave ou non. À tel point que James en venait à sentir des sueurs froides lui couler le long de l'épine dorsale lorsque Lily mettait autant de temps à lui dire ce qui se passait. Il se demandait toujours si un malheur quelconque n'était pas arrivé, un malheur qui allait mettre sa Lily à terre, le forçant à l'observer dans un état qui n'était pas le sien, incapable de la remettre debout.
- En fait, elle ne dit pas grand-chose dans sa lettre. Elle me demande seulement si je veux bien passer quelques jours chez elle, dans trois semaines, lorsque Vernon partira en voyage d'affaires.
- Eh bien, c'est…
James se tut. Oui, c'était bien. Vraiment bien. Sauf qu'un voyage d'affaires, chez les Moldus, durait plus de temps que chez les sorciers, ne serait-ce qu'à cause du déplacement qui était plus long, et qu'il avait en tête que Pétunia ne proposait pas à Lily de venir habiter chez elle juste la journée, pour ensuite lui permettre de venir le rejoindre le soir. Cela voudrait donc dire que Lily serait chez sa sœur pour une durée indéterminée, pour des motifs indéterminés. Ce qui, décidemment, ne plaisait pas à James. Mais, en même temps, il ne pouvait que se réjouir de voir que l'une des sœurs faisait un effort vers l'autre.
- Tu as envie que j'y aille, pas vrai ? demanda Lily d'une petite voix.
James haussa les épaules.
- Tu as envie que j'y aille et, en même temps, tu ne veux pas que je parte. Je me trompe ? murmura Lily.
Il soupira.
- Elle parle seulement de quelques jours, n'est-ce pas ?
- De dix jours, précisa Lily.
James soupira.
- Peut-être que je pourrai te rendre visite, hasarda-t-il, sachant par avance qu'il ne viendrait pas s'immiscer entre les deux sœurs.
- Peut-être, dit Lily d'une voix tout sauf convaincue.
- Et peut-être que ces dix jours passeront vite…
Il semblait tellement peu convaincant que Lily fronça les sourcils, et se recula légèrement, comme pour mieux l'observer.
- James, si tu ne veux pas que j'y aille, je n'y vais pas. Tu sais, passer dix jours entiers rien qu'avec ma sœur n'est pas très réjouissant. Je peux aussi bien rester ici… Et puis, tu pourras toujours venir me voir au travail.
- Au travail ? s'étonna James.
- Bah oui. Je ne vais pas pouvoir partir comme ça, à peine revenue d'un congé pas tout à fait programmé.
James éclata de rire.
- Lily, tu leur dirais que tu dois partir un an qu'ils accepteraient, sans même se poser de questions.
- C'est vrai, mais ça, Pétunia ne le sait pas, dit la rousse avec un clin d'œil entendu.
James soupira, redevenu sérieux.
- Tu vas y aller, alors ?
Lily regarda la lettre, avant de se rapprocher de James.
- Si je n'y vais pas, je m'en voudrai toute ma vie. C'est la première fois depuis dix ans que ma sœur me demande un tel service. C'est peut-être le moment de faire un dernier pas en avant… et de voir s'il nous mène dans une même direction. Ou si, au contraire, il prouve définitivement que ma sœur et moi ne sommes pas faites pour nous entendre…
James hocha lentement la tête.
- Dix jours…, gémit-il.
Elle sourit avant de se hausser sur la pointe des pieds et de l'embrasser.
- C'est toi qui veux à tout prix que je m'entende bien avec ma sœur !
- Oui, mais je ne pensais pas que cela incluait dix jours sans te voir !
Elle éclata de rire alors qu'il prenait l'air d'un enfant à qui on vient de refuser une sucrerie.
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Parfois, elle se demandait si elle ne le faisait pas exprès, tout de même. Elle avait pu s'observer dans la vitre teintée d'une voiture en remontant l'allée qui menait à la maison de sa sœur, et elle avait réalisé qu'elle était partie de chez elle avec un sac qui ne contenait que le strict minimum pour dix jours, des vêtements vieux et délavés, et qu'elle n'avait même pas fait l'effort de se maquiller et de se coiffer. Sans parler de son sourire inexistant.
Elle était prête à parier qu'il faudrait moins de dix minutes à sa sœur pour lui faire remarquer qu'elle ne prenait pas soin d'elle, qu'elle aurait pu faire l'effort de prendre une vraie valise plutôt qu'un sac de fugitif, et que l'absence de sourire la faisait paraître quinze ans plus vieille.
Fais un effort, c'est ta sœur.
C'était ce que lui avait soufflé James alors qu'elle partait. Sauf qu'elle n'était pas sûre de réussir à suivre ses conseils, pour une fois. Et puis, il était marrant. Lui, il n'avait qu'un frère, et encore, il l'avait choisi, on ne le lui avait pas imposé. C'était bien plus facile, forcément.
Elle frappa à la porte, lourdement, comme regrettant par avance ce qu'elle était en train de faire.
Elle entendit de petits pas pressés, assourdis par les pantoufles que portaient certainement sa sœur. La porte s'ouvrit lentement, sur une Pétunia pas tout à fait prête. Lily fronça les sourcils. Sa sœur n'était presque jamais négligée. En tout cas, pas à dix heures du matin.
Pour rajouter à la surprise, Lily vit la porte s'ouvrir en grand, et sa sœur se précipiter au-dehors, pour la serrer dans ses bras jusqu'à l'en étouffer.
Répondant difficilement à cette étreinte plus que surprenante, Lily finit par réussir à se dégager, un sourire nerveux plaqué sur le visage, et des pensées incohérentes se mélangeant dans son esprit.
- C'est si grave que ça ? s'étonna Lily, à moitié amusée, à moitié inquiète. Que tu me demandes de venir passer dix jours chez toi était déjà surprenant, mais que tu me réserves cet accueil l'est encore plus, avoua la rousse.
Elle se mordit instantanément la lèvre, réalisant qu'en disant cela, les dix jours allaient passer encore plus lentement que prévu. Sauf que Pétunia balaya ce qu'elle estimait être une plaisanterie d'un rapide geste de la main, et invita immédiatement Lily à entrer.
- Vernon part pour un mois, finalement. Si jamais tu veux rester plus longtemps…
Lily se retint de justesse de sursauter, et observa simplement la maison dans laquelle elle entrait pour la première fois. C'était une de ces maisons de quartiers résidentiels, où toutes les maisons, les parterres, les seuils, les perrons, les jardins et même les habitants se ressemblent. Et même si Lily ne pouvait dire qu'elle apprécierait vivre dans une telle maison, elle devait bien reconnaître que Pétunia avait su la rendre chaleureuse à sa façon.
- Tu peux prendre la chambre d'amis, au premier étage, lui assura Pétunia. Et tu fais comme chez toi. Je te laisse t'installer, je vais préparer un thé. Tu en veux ? Avec des petits gâteaux, comme toujours ? Oui, bien sûr, comme toujours. Je serai dans la cuisine. Prends ton temps.
Et elle disparut dans une pièce qui agressait les yeux, tellement elle était immaculée. Lily regarda sa sœur disparaître derrière la porte, clignant des yeux.
- J'ai rien compris, marmonna-t-elle. Je m'attends à un savon pour je ne sais quelle erreur commise, et voilà que je suis accueillie comme la sœur adorée et chérie. « Prends la chambre d'amis »… Pourquoi elle ne m'a jamais été proposée avant, cette chambre d'amis ?
Secouant la tête, et se refusant à chercher la petite bête là où il ne semblait y avoir qu'amour et paix – ou presque – elle grimpa les marches, et observa le palier sur lequel elle arriva. Il y avait trois chambres, et une salle de bains. Bon. La première chambre était encombrée, et elle supposa qu'elle ne lui était pas réservée. De toute évidence, sa sœur lui avait préparé un séjour dans les règles. Elle avait donc plutôt droit à la chambre du fond, décorée sobrement. Elle jeta simplement son sac sur le lit, et alla se poster à la fenêtre, ses neurones tournant à plein régime.
Pourquoi, par Merlin, sa sœur l'avait-elle invitée à passer un séjour ici ? Et pourquoi, alors qu'elle venait à peine d'arriver, sa sœur lui proposait-elle déjà de rester quelques jours de plus ? De tripler la durée de son séjour ? C'était à n'y rien comprendre.
Ou peut-être qu'un sorcier était passé par là, et avait lancé un sortilège de Confusion à Pétunia.
Lily se retint de rire, et secoua la tête pour reprendre son sérieux. Aucun sorcier n'était passé par là. Pétunia avait simplement eu envie de renouer des liens avec sa sœur, sans que personne ne sache trop pourquoi. Mais elle l'avait fait. Alors Lily allait faire un effort, tout comme sa sœur semblait le faire.
Elle quitta donc la pièce, et descendit lentement l'escalier qui la rapprochait de sa sœur. Elle poussa la porte de la cuisine, et fut surprise de voir que Pétunia était déjà installée, une tasse de thé à la main, attendant sa sœur. Il est vrai que Pétunia avait toujours su se dépêcher, pour ne pas faire attendre ses invités.
L'aînée leva un regard un peu gêné, la joie de retrouver sa sœur de toute évidence camouflée par l'incertitude quant à l'attitude à adopter. Il était vrai que, la dernière fois qu'elles avaient pu discuter ainsi, en tête à tête, Lily avait sept ans et sa sœur dix. Forcément, elles n'en gardaient pas un souvenir frais, et ne se rappelaient plus de comment elles agissaient l'une envers l'autre. Froidement, sèchement, amicalement, chaleureusement ? C'était difficile à dire.
Alors Lily se servit une tasse de thé, et attendit que sa sœur lui explique pourquoi elle l'avait pressée de venir, et pourquoi elle n'était pas encore entièrement habillée à cette heure-ci. La dernière fois que Pétunia avait traîné toute une journée en pyjama datait de ses quatorze ans. Il était normal, aux yeux de Lily du moins, de s'interroger sur cette tenue pour le moins surprenante.
Pétunia ouvrit alors la bouche, sa petite sœur la regardant de ses grands yeux. Il y avait toujours eu, pour Pétunia, une lueur confiante dans les yeux émeraude de sa petite sœur. Elle avait toujours eu l'impression qu'elle pouvait lui confier tout ce qu'elle voulait, du moment que Lily l'observait avec ces yeux-ci. Elle s'était toujours dit que le regard calme de Lily était une incitation à la confession. Ce n'était d'ailleurs pas étonnant qu'elle travaille à présent dans un métier où les personnes qui venaient la voir aient à se confier. Elle comprenait sans peine, même, qu'on veuille tout dire à Lily. Elle possédait une innocence qui donnait envie de parler.
Pourtant, Pétunia referma la bouche, mal à l'aise, et laissa le silence s'installer, une fois de plus, entre les deux sœurs.
Jusqu'à ce que Lily laisse échapper un petit rire presque sinistre, alors que sa tasse ne fumait plus depuis déjà un certain moment.
- On réussit toujours à se dire les choses, habituellement. Certes, on ne les dit pas calmement mais, au moins, on les dit. Et là, on ne sait pas faire plus que se taire ? Ça ne nous ressemble décidemment pas.
Pétunia sourit elle aussi.
- Oui. Tu as raison. On parle plus, d'habitude.
- Ou on crie, selon certaines personnes.
Elles échangèrent un sourire complice, avant de reprendre leurs airs sérieux. Elles n'avaient plus partagé de moments de complicité depuis des années, et il était étrange pour elles d'en revivre un, d'un seul coup.
- Elle est jolie, ta maison, dit Lily.
- Merci. J'ai réalisé la dernière fois que je ne sais même pas à quoi ressemble la tienne. Enfin, celle où tu vis avec James.
- C'est la nôtre, dit Lily avec un sourire.
- Donc… votre maison.
Lily réfléchit.
- Elle est plus… excentrique, dirons-nous.
Leur maison à Godric's Hollow ne lui paraissait pas tant dénoter de la normale que d'autres maisons de sorciers, mais elle se doutait bien que, pour sa sœur, sa maison était immédiatement reconnaissable en tant que maison de sorciers.
- Peut-être qu'un jour, on viendra vous rendre visite.
Lily sourit. Elles savaient toutes les deux que cela ne se produirait certainement jamais. Mais Pétunia, tout en sachant qu'elle n'irait jamais, avait tout de même laissé entendre que, si elle n'était pas aussi réfractaire au monde de la magie tout comme l'était Vernon, peut-être qu'elle aurait pris plaisir à aller chez Lily, de temps à autre.
- Tu ne devineras jamais qui j'ai croisé en venant frapper chez toi, dit tout à coup Lily, alors que le silence se faisait assourdissant.
- Madame Mayfair ? supposa Pétunia.
- Exactement ! Comment c'est possible ? La dernière que je l'ai vue, c'était avant notre second déménagement…
- Eh bien, elle a déménagé elle aussi. Mais ne lui parle surtout pas de son mari. Il est parti sans prévenir, il y a cinq ans de cela, et on ne l'a plus jamais revu ! Certains disent qu'il est mort. Entre nous, je pense qu'il ne supportait tout simplement plus les scènes qu'elle lui faisait dès qu'il partait au travail, persuadée qu'elle l'était qu'il ne travaillait pas mais avait une maîtresse…
Lily pouffa.
- Qui aurait pu vouloir prendre pour amant monsieur Mayfair ?
- Qui aurait pu vouloir de l'un comme de l'autre pour époux ou épouse ? rétorqua Pétunia, un léger sourire aux lèvres.
Et, pour la première fois depuis des années, les deux sœurs se sourirent sincèrement. D'un vrai sourire. Pas de ceux qu'elles avaient montré à leur mère ces derniers temps. Un de ceux que seules deux sœurs peuvent s'échanger.
Et c'était tellement étrange qu'elles avaient un peu de mal à s'y habituer.
Et comme Pétunia savait que c'était en forgeant qu'on devient forgeron, et que Lily savait très bien que seule la pratique permettait de maîtriser un sort, elles se dirent qu'il fallait un peu d'entraînement avant que ce sourire redevienne le plus naturel qu'il soit. Cela tombait bien, elles avaient des jours devant elles pour s'entraîner.
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Lily regarda sa sœur qui nettoyait la terrasse. Elle n'avait jamais compris comment faisait Pétunia pour repérer chacune de ces petites taches. Il était évidemment qu'elle-même n'avait pas besoin de les repérer. Il lui suffisait de lancer un sort pour que les taches disparaissent, même lorsqu'elle n'avait pas conscience de leur présence. Mais Pétunia avait toujours eu cette manie de repérer jusqu'aux taches les plus invisibles pour la ménagère lambda.
Cela faisait trois jours que Lily était là, et trois jours que Pétunia redoublait d'efforts pour ne pas parler de la raison qui l'avait poussée à appeler sa cadette.
- Pétunia ? appela doucement Lily.
Sa sœur se redressa lentement, légèrement tendue.
- Tu ne crois pas qu'il faudrait qu'on parle de la raison pour laquelle tu m'as fait venir ?
Pétunia ôta les gants qu'elle réservait pour le ménage, et hocha la tête, s'installant sur l'une des chaises de jardin. Lily en fit de même, pas spécialement à l'aise sur ces chaises que Vernon devait réparer et qui, lui semblait-il, resteraient dans cet état jusqu'à ce qu'il y ait un blessé et que le couple prenne la décision de les jeter.
- Je sais que j'aurais dû dire depuis le début pourquoi je t'ai fait venir, mais j'ai…
- Peur ? devina aisément Lily.
Sa sœur s'arrêta net de parler.
- Comment est-ce que tu…
- Le sais ? supposa Lily, un léger sourire aux lèvres. Rien à voir avec le fait que je sois ... ce que je suis, je te rassure. Je suis simplement une très bonne observatrice. Tu le sais, tu me disais hier encore que c'était une des raisons pour lesquelles je suis une bonne… un bon médecin, termina Lily en butant sur le mot.
Si Pétunia sembla perturbée par l'emploi d'un terme Moldu, elle n'en laissa rien paraître.
- D'ailleurs, hier, j'ai terminé ma journée en disant que j'allais devoir m'occuper de toi à temps plein. Le temps que tu t'habitues à tout ça, et que tu réalises que ce n'est rien de grave. Qu'il ne va rien t'arriver simplement parce que tu n'as pas Vernon, ou moi, à la maison. C'est quelque chose on ne peut plus naturel, tu es au courant ? plaisanta Lily.
Pétunia gémit.
- Je suis terrifiée ! Maman nous disait toujours à quel point c'était l'horreur avec nous deux. Tu réalises, si je suis comme elle ? Si je dors toute la journée, et pas la nuit ? Si je suis déformée ?
Lily éclata de rire.
- Et c'est pour ça que tu portes des vêtements trop grands pour toi ? devina-t-elle. Pétunia, tu es enceinte de deux mois ! Pas de plus ! Tu ne vas pas être « déformée » tout de suite, lui assura Lily. Ceci dit, si jamais tu veux aller faire les boutiques dans les magasins grande taille, dis-le-moi, je tenterai de te couvrir pour que personne ne te reconnaisse…
- Lily ! Ce n'est pas drôle ! J'ai vraiment hésité à t'appeler, parce que, tu vois, je trouvais que ce n'était pas à moi d'être terrifiée. Après tout, je suis la grande sœur, je devrais gérer cette situation, mais… je n'ai personne auprès de moi pour m'expliquer pourquoi ce… ce truc, à l'intérieur de moi, me donne envie de manger à toutes les heures de la journée des choses immondes, mais qui me paraissent délicieuses tout de même ! Et j'ai voulu appeler maman, mais je me suis dit que si je lui disais, elle allait se mettre à pleurer, et ressasser le passé en parlant d'elle et de papa…
Le cœur de Lily se pinça certainement en même temps que celui de sa sœur, lorsqu'elle réalisa que sa mère était extrêmement seule depuis la mort de leur père, et qu'elle n'avait rien tenté pour rencontrer d'autres personnes.
- Et je n'ai pas envie d'être effrayée. Mais je me demande comment je vais gérer ça, ensuite…
Pétunia s'enfonça dans son siège, un ultime regard de détresse lancé à sa cadette, qui la rassura d'un sourire.
- T'inquiète, Pétunia. Il y en a des biens moins débrouillardes que toi qui tombent enceinte, et tout se passe bien quand même… Et j'ai un peu plus de trois semaines pour m'occuper de toi, te chouchouter, et te prouver que tu peux toi aussi t'en sortir. Comme tout le monde.
Pétunia répondit enfin au sourire de Lily.
- Je suis stupide ?
- Non. Une future mère angoissée. Ça te rend encore plus bizarre que d'habitude. Mais, eh ! pense à ce que ce sera quand je serai celle qui est enceinte. Tu m'imagines, encore plus bizarre qu'habituellement ? Pauvre James…
Pétunia rit doucement, avant de se lever.
- Eh, Pétunia ? la retint Lily avant que sa sœur n'entre dans la maison.
- Oui ?
- Tout va bien se passer.
- Je sais. Je suis juste… angoissée naturellement, tu comprends ?
Lily hocha la tête, plus que compréhensive.
- Et, Pétunia ? reprit-elle.
- Qu'est-ce qu'il y a, cette fois ?
- Félicitations, dit Lily avec un large sourire.
Pétunia rougit légèrement, avant d'entrer dans la maison, sans dire un mot.
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Au bout de deux jours, il s'était étonné que Lily ne se plaigne pas. Au bout de cinq, il avait reçu un mot, lui annonçant qu'elle avait arrêté de travailler deux jours plus tôt, et qu'il ne devait pas s'étonner de ne pas la trouver sur son lieu de travail. Au bout d'une semaine, il s'était mis à ronger son frein. Surtout parce qu'il avait reçu une autre lettre de Lily, lui annonçant qu'elle resterait tout le mois chez sa sœur. Au bout de dix jours, il s'en était voulu d'avoir encouragé Lily à aller passer du temps avec sa sœur. Au bout de treize jours, tous s'étaient inquiétés de le voir légèrement perdu, et même Ambre était allée le voir, lui demandant immédiatement s'il avait besoin d'aide. Parce qu'elle avait beau ne pas l'aimer, elle savait que Lily ne lui pardonnerait jamais d'avoir laissé James dans la solitude. Au bout de quatorze jours, Sirius et Remus avaient appelé Peter, et avaient décidé de passer les soirées, à tour de rôle, avec James. Sans en parler à haute voix, ils avaient tous espéré que jamais Lily ne quitterait James, parce qu'ils n'osaient pas imaginer dans quel état ils le retrouveraient. Au bout de vingt-et-un jours, et alors que Lily ne devait rentrer que dans une semaine, James n'y tint plus.
C'est ainsi qu'à quinze heures, il se trouvait dans un quartier résidentiel Moldu, l'adresse de Pétunia à la main, après avoir su déchiffrer le plan que les Moldus avaient posté à l'entrée de la rue Privet Drive. Entre nous, il trouvait la carte du Maraudeur bien plus utile que cette carte. Au moins, avec la carte du Maraudeur, on savait où on pouvait trouver ou éviter une personne.
Il soupira, et, arrivé devant le numéro 4, hésita un moment. Il finit par se décider, et frappa lentement contre la porte en bois qui se dressait devant lui. Heureusement qu'il y avait des numéros, dans cette rue, parce qu'il n'aurait jamais pu deviner quelle maison était la bonne.
Il entendit des pas précipités qui se rapprochaient. La porte s'entrebâilla, et James tomba nez à nez devant Pétunia.
- Oh.
- Salut, marmonna James.
Il savait bien qu'il n'était pas spécialement apprécié de la sœur de Lily, et, d'ailleurs la réciproque était plus ou moins vraie. Il n'avait pas l'habitude de faire des efforts avec les personnes qui ne l'appréciaient pas, aussi n'avait-il nullement l'idée de faire autrement aujourd'hui, la personne fut-elle un membre de la famille de la femme avec qui il vivait.
Il y eut un moment de gêne, où aucun des deux ne sut quoi dire. Puis, Pétunia sembla se réveiller.
- Je vais chercher Lily, dit-elle simplement.
Il hocha la tête, mais Pétunia avait déjà disparu. James enfonça ses mains dans ses poches, et attendit. Enfin, Lily remplaça sa sœur dans l'embrasure de la porte. Sortant, elle referma la porte derrière elle. Ce fut à peu près la seule chose qu'elle eut le temps de faire, avant d'être emprisonnée par les bras de James, et de ne pouvoir articuler le moindre mot, emportée dans un baiser qui lui fit comprendre que James avait autant apprécié la séparation qu'elle. C'est-à-dire pas du tout.
- Woh, souffla-t-elle. Je vais partir plus souvent sans toi, plaisanta-t-elle.
- Jamais, grogna-t-il en l'embrassant encore.
Elle se dégagea doucement mais fermement, tout en souriant, pour atténuer la frustration qu'elle sentait monter en James.
- Je suis désolée, s'excusa-t-elle. Je te rassure, tu m'as énormément manqué aussi. Mais il faut juste que…
- On doit vraiment parler ? s'exaspéra James.
Lily éclata de rire, avant de reprendre son calme et son sérieux, toujours souriante.
- Non, sérieusement James. Ma sœur est enceinte, et en plein stress.
- Oh. Je suppose qu'il va falloir que je la félicite ?
- Cela pourrait être bien, mais…
James l'interrompit.
- Mais ce n'est pas ça qui est important. Je veux dire, OK, elle a besoin de toi, mais là, j'en peux plus. Ambre s'est inquiétée, Lily. Ambre ! Ta meilleure amie qui me tolère uniquement parce que tu es en couple avec moi. Tu vois ? Tu imagines à quel point je pouvais paraître désespéré ?
Elle laissa un petit rire s'échapper, et attendit qu'il poursuive. Il l'avait légèrement relâchée, avec seulement un bras entourant sa taille.
- Je sais bien, James. Je suis simplement restée parce que ma sœur est enceinte. Mais je vais rentrer parce que…
- Je pense que tu ne réalises pas à quel point tu m'as manqué, s'énerva James en l'interrompant.
- Moi aussi…, termina Lily.
- Et je ne ressemblais à rien, ces derniers jours. Sincèrement. Ça m'agace d'avoir à te le dire. Je trouve cela horrible de réaliser à quel point tu me manques lorsque tu n'es pas là, et encore heureux que je te manquais, parce que…
James s'interrompit.
- Attends. Tu as dit « moi aussi » parce que tu répondais à ma phrase, ou tu as répondu « moi aussi » parce que tu… tu es…
Elle sentit que James se tendait. Se liquéfiait. Perdait toute contenance.
Ah, ça, affronter des Cognards sous la neige, ce n'était pas un problème pour lui, mais annoncez-lui qu'il devient père, et il n'y a plus personne.
- C'est tout récent. Donc on n'en parle pas à ta mère, ni à la mienne. Ni à Sirius, ni à Ambre, ni à Dan, ni à Remus. N'en parler à personne, pour le moment, c'est bien. Vraiment bien. Surtout, on fait en sorte que la presse ne l'apprenne que dans très longtemps. Et, James ?
Le brun mit quelques instants avant de réaliser qu'elle attendait une réaction quelconque. Il finit donc par hocher la tête, hébété, arrachant un sourire à la jeune femme.
- Pense à respirer, lui glissa-t-elle, malicieuse.
Cette simple phrase eut un effet libérateur sur James, qui se détacha de Lily. Il porta ses mains à ses cheveux, regarda rapidement Lily qui s'était appuyée contre la porte d'entrée de la maison de sa sœur et attendait la réaction de James.
Il avait agrippé ses cheveux, et regardait Lily, les yeux grands ouverts. Il tourna sur lui-même, revint face à Lily, cligna les yeux, tourna le dos à Lily.
- Je vais être papa, l'entendit-elle souffler.
Elle esquissa un sourire amusé, qu'il ne remarqua pas. Il décrocha ses mains de ses cheveux, et leva les mains au ciel, la tête renversée en arrière.
- Je vais être papa !
- Je te trouve très égoïste, quand même, lui fit remarquer Lily.
James se figea net.
- C'est vrai. « Je vais être papa »… Et moi, dans cette histoire ? plaisanta-t-elle.
- Toi ? Mais toi, tu es géniale !
- Je ne suis pas sûre de faire le rapprochement, avoua Lily en fronçant les sourcils.
- On s'en moque ! s'exclama James en la prenant dans ses bras. On s'en moque, parce qu'on va être les meilleurs parents du monde ! assura l'homme.
- Rien que ça ? plaisanta faussement la rousse.
- Rien que ça, lui assura l'homme. Bon, elle est prête ta valise ? Parce que maintenant que j'ai appris ça, c'est définitif, je ne repars pas sans toi, que ça te plaise ou non. Et tu peux dire ce que tu veux. Que je suis caractériel, autoritaire, impatient… Je m'en moque. Tu vas faire ta valise, et on retourne à Godric's Hollow ! Ah, l'entraîneur peut dire ce qu'il veut, je refuse qu'on retourne dans la maison des joueurs dans une telle situation. Non, non, on rentre chez nous !
Les lèvres de Lily esquissèrent un tendre sourire.
Et James de lui expliquer comment il allait réaménager la chambre inoccupée du premier étage. De lui dire qu'il fallait qu'elle se fasse à l'idée que Sirius soit le parrain, parce qu'il ne supporterait pas que ce soit une autre personne que lui qui soit nommé parrain du premier enfant de James. Qu'il avait des idées de prénom. Que sa mère allait certainement faire de leur maison une résidence secondaire, pour être sûre que Lily ne manque de rien. Mais elle aurait le droit de lui dire qu'elle en avait marre. On mettrait ça sur le compte des hormones. Et que le petit – ou la petite, après tout, ça serait bien aussi, sauf si elle héritait du caractère de la mère – serait un acrobate sur un balai. Et qu'il serait le plus beau. Le plus grand. Que l'enfant irait à Poudlard. Qu'il serait chouchouté comme jamais. Qu'il ne manquerait de rien. Et qu'en plus de cela, il aurait le droit à tout ce qu'il voudrait. Enfin, presque, hein. Il ne faudrait pas qu'il soit trop gâté, non plus.
Et de continuer ainsi de longues minutes, sans que Lily ne sache plus exactement où en était James dans le récit concernant le futur de cet enfant qui avait encore de longs mois à passer dans le ventre de sa mère avant d'être confronté à la dure réalité du monde extérieur.
Mais ça, Lily s'en moquait. À l'heure actuelle, elle ne voyait que James, qui avait un bras autour de ses épaules et qui mimait tout ce qu'il avait à faire de sa main libre. Elle sourit un peu plus.
- Je t'ai déjà dit que je t'aime ? demanda-t-elle.
James interrompit son discours, surpris. Il la regarda, du regard intense qu'il lui réservait lorsqu'elle le surprenait par une simple phrase. Et puis, comme il y avait bien plus important à régler, à l'heure actuelle, que les bizarreries de Lily, il sourit, et reprit son air arrogant habituel, qu'elle détestait autant qu'elle aimait le voir se dessiner sur le visage de James. Comme si c'était la preuve que tout allait bien.
- Oui, mais je t'en prie, tu peux te répéter.
Hello les amis !
Nous y voilà, ceci est le dernier véritable chapitre. J'hésite toujours à écrire ce genre de chapitres, pour terminer une FF (que ce soit dans ma tête, ou dans ce que je finis par publier…) parce que je me demande toujours « Est-ce que ça ne fait pas too much ? » Mais voilà. Je ne sais pas pourquoi (enfin, si, je sais pourquoi, vu qu'il y a encore un épilogue qui s'inscrit à la suite de cela), mais j'avais bien envie de « terminer » ainsi. Enfin, il y a encore l'épilogue.
Bon, bon, bon. C'est toujours la même chose, dans ce cas de figure. On voudrait dire plein de trucs, mais on ne sait pas quoi, alors… Faisons au plus court, et peut-être que je saurai quoi vous dire pour l'épilogue (qui arrivera entre dimanche et mercredi prochain, selon le temps que j'ai pour me pencher dessus)
Merci beaucoup à chacun d'entre vous pour vos reviews de la semaine dernière. Je pense que vous devez en avoir marre que je ne sache pas quoi dire de plus, mais c'est la stricte vérité : je vous remercie du fond du cœur ! Et je remercie DelfineNotPadfoot qui lit et repère les fautes, à chaque fois.
Maintenant, un petit mot pour les anonymes de la semaine dernière :
rubandepluie, outch, les partiels ! J'espère que ça a été pour toi. Et pour te recopier un peu : donc, bah, euh… de rien !
Marinette, oui, je vois ce que tu veux dire, on les voit moins. C'est vrai que je trouve important de donner à chacun sa place, pour qu'on puisse voir leurs évolutions. Oui, Julia et Sirius ont décidé de prendre la voie des complications, c'est bien plus amusant qu'une relation sans encombre ! Ah, la, la, on ne les refait pas ces deux-là. Euuh, des fics sympas sur James et Lily… En fait, en y repensant, je n'en ai pas lu tant que cela, pas convaincue par les résumés, ce genre de choses… Regarde dans mes favoris (stories et authors) tu trouveras peut-être ton bonheur ?
Myriam, oui, heureusement que Sirius est là pour aider chacun à être heureux, rah la la ! Oui, Dan va surtout digérer leur relation « grâce » à ce problème qui va le faire se recentrer sur les points les plus importants de la vie.
Plumdore, en effet, James et Lily « grandissent » un peu, et trouvent petit à petit les marques qui sont nécessaires pour que leur relation soit réussie. Et, du coup, ils se battent moins qu'avant ! Il était temps qu'ils s'échappent de ce comportement enfantin, ceci dit. Je te rassure, je n'arrive pas à le croire moi non plus, qu'on soit aussi proche de la fin…
L.E.V.W., eh si, déjà le dernier ! Je ne pense pas écrire mieux que d'autres auteurs que ce site, loin de là. Et je n'ai certainement pas le talent pour me faire publier. Mais c'est gentil de le dire. Ce sera sur une next-generation, ma prochaine fic. Mais plutôt différente de ce que j'ai fait jusqu'à présent. Et concernant ce que j'avais dit la semaine dernière… bah, il n'y a pas grand-chose de plus à dire. Simplement qu'on a la possibilité de leur inventer une grande vie, une belle histoire, vu les informations données par Rowling, et que j'ai toujours rêvé de faire quelque chose de bien à ce sujet. Mais actuellement, je ne m'en sens pas capable.
Voilà, voilà… À tous ceux qui sont en examens, partiels, et tout ça… courage à vous ! Les vacances sont presque là, ne désespérez pas.
Sinon, je vous souhaite à tous de très belles journées, et moi, je m'en vais travailler, et pleurer sur la fin d'A&M et sur mes journées de travail qui m'attendent bien sagement !
