Parfois je me dis que je n'ai vraiment pas de chance: j'ai dû relire deux fois ce chapitre comme monsieur un ordi du lycée a supprimé le document sur ma clef - que je n'avais bien sûr pas sauvegardé sur l'ordi! VDM!
Bref, voici l'avant dernier chap - sans compter l'épilogue et l'OAV ;p
Musiques conseillées: Thanks for the memories de fall out boy, until I die, story of the year et the grey Icon for Hire.
PS: Merci à ma Baka qui a relu par-dessus mon épaule - la version perdue mais j'ai quand même retenu! :p
Chapitre 34 : Rien ne me fera changer d'avis
Je sors de la salle, et laisse se refermer la porte derrière moi, m'arrêtant un instant jusqu'à ce que je l'entende se clencher. Je marque un temps d'arrêt supplémentaire, le regard bas et posé sur le nouveau katana sur ma ceinture. Glenn est adossé au mur en face, une jambe repliée pour poser son pied sur la pierre. Ses bras sont croisés sur sa poitrine, sa tête posée dessus et le regard vers le bas ou fermés, je ne peux le savoir. Comme s'il ne m'avait pas entendue. Il ouvre finalement ses yeux violets sur moi, lentement. Comme s'il mesurait chacun de ses mouvements et mettait mes nerfs à l'épreuve. Je me fige, que veut-il exactement ?
Je le regarde froidement tandis que mes épaules se crispent. Que fait-il là, il était censé m'attendre en haut, avec les autres soldats et mes cinq équipiers. Mes amis, je réalise enfin – pourquoi faut-il toujours que ce soit si tard. Foutue fierté. Je plisse les paupières et observe la silhouette floue entre mes cils noirs, ça ne me dit vraiment rien qui vaille. Son expression est trop froide, il ressemble en ce moment bien trop à son supérieur. Mon cœur manque alors un battement et se reprend en palpitant plus rapidement et avec précipitation : est-il arrivé quelque chose de Yū et le reste de l'équipe ?! Si c'est le cas, je ne me le pardonnerais jamais, j'aurais dû être à leurs côtés pour les protéger et tuer les vampires. J'aurais dû être plus rapide, ne pas boire de sang pour pouvoir les sauver.
Mais Glenn a un petit sourire et me rassure d'un geste de la main, faisant redescendre immédiatement la pression. Mes épaules redescendent soudainement et je souffle silencieusement – depuis combien de temps ais-je arrêté de respirer. Je souris intérieurement et souffle, mi amusée : s'il voulait vérifier que je tenais à mes camarades, il a bien réussi. Quelque chose de fort m'unit à eux, je ne peux plus le nier. Un lien qui s'est tissé au fur et à mesure de ces épreuves, de ces combats. J'ai alors un rictus méprisant envers moi-même, j'aurais dû me douter de sa part, il ressemble beaucoup sur certains plans à son supérieur.
Il jette ensuite un coup d'œil à la porte derrière moi, puis le repose sur moi, relevant un sourcil, et je hoche la tête. Oui, je l'ai fait : j'ai tué l'avant-dernier noble restant, celui qui était mon fiancé. Il ne reste que ma mère dans la partie… et moi…
― Ce n'est pas évident de tuer son passé, n'est-ce pas ? Je sais ce que c'est, je sais la douleur du geste et ce déchirement si puissant. Bravo. J'aimerais te dire que tu as mis du temps à le tuer, trouver un reproche à te faire, juste pour en faire un… Mais ce n'est même pas le cas et je sais que de toute façon je me ferai envoyer bouler. Tu es une de seules qui me répond, d'ailleurs. Tes camarades sont là-haut, ils mettent en place le plan pour la dernière génitrice en t'attendant. Rejoins-les. Je pense que tu peux les rejoindre maintenant : ta mission est finie et tu l'as réussie avec brio. Vas prendre tes ordres là-bas pour la fin de tout cela. Ah, une dernière chose, Ashuramaru : je pense aussi que j'aurais dû te faire confiance plus tôt, nouvelle Reine.
Je hausse les épaules et m'arrête sans me retourner. Je suis presque engagée dans les escaliers pour rejoindre mon équipe, mon pied est à moitié décollé du sol, prêt à se poser sur la première marche et à rejoindre la lumière du jour.
― Tu ne peux pas le faire, je te conseille de ne toujours pas me faire confiance : je suis une démone noire, après tout. Je crois que je te l'aurais reproché si tu m'avais fait confiance dès la première fois que tu m'as vu, et je ne te reprocherais jamais d'avoir pris tes distances. Tu es un lieutenant-colonel et tu es responsable de tes soldats… Alors, aucun problème, ne t'en fais pas. Et de toute façon, tu m'as tout de même acceptée, il me semble, donc… C'est bon, aucun soucis, ne t'en fais pas.
― Oui, tu as sans doute raison. J'admire ta pensée lucide. Je pense aussi sans problème que tu peux monter haut en grade maintenant : tu nous as beaucoup plus aidés que d'autres soldats, tu as agi dans l'ombre, exterminé ta famille et fait un peu l'agent secret. Tout cela avec un sublime succès, nous n'en attendions pas mieux de toi. Tu es aussi très forte, l'Armée favorise ce genre de personnes. Je pense que même Kureto te soutiendra, après tout, c'est lui qui t'a donnée cette tâche. Je pense que tu peux obtenir une équipe à toi et le droit de vivre parmi nous après la mort de la dernière vampire. Tu pourras continuer à voir ton ancienne équipe et vivre correctement ici. Tu seras peut-être même considérée comme une sorte d'héroïne. Qu'en dis-tu, ce n'est pas mal, non pour une démone et troisième génitrice ?
Je me retourne d'un bloc, et le fixe froidement. Une flamme de colère s'est allumé soudainement en moi et flambe dans mon cœur, ravivant une douleur qui n'est pas totalement oubliée. C'est Asoka qui aurait dû être promue, pas moi. Pas une démone qui n'appartient même pas à ce monde, comme il l'a dit. Une fille qui est en plus, à moitié ennemie. Une lueur mauvaise brille dans mes yeux et il se redresse mal à l'aise par celle-ci. Je m'adoucis alors, après tout la mort de ma sœur de cœur n'est pas de sa faute. Tout ces événements ne sont pas de sa faute… Une tristesse étreint mon cœur. Je baisse la tête et souffle doucement dans sa direction :
― Non, Glenn, merci. Je n'en veux pas, vraiment. Cela ne m'intéresse pas, je me fiche d'être une héroïne ou non. J'ai fait ma part du marché, j'ai obéi aux ordres. C'est Asoka qui aurait dû monter en grade, pas moi. C'est elle qui aurait dû pouvoir continuer tranquillement sa vie en étant heureuse. Je n'ai aucun besoin d'un rang supplémentaire : je suis une démone et une vampire. En plus, je n'appartiens pas à ce monde et je ne sais même pas si je vais pouvoir y rester. Et de toute façon, je n'ai pas besoin de tout cela pour ce que je vais faire. Merci quand même.
Il ouvre la bouche pour me questionner, tenter de comprendre pourquoi je parle ainsi par énigmes. Ce que je veux dire exactement. Mais je ne lui en laisse pas le temps, je m'engage alors dans les longs escaliers de pierres claires, pour remonter à la surface, pour achever tout ce que nous avons commencé. Pour en finir avec cette espèce qui nuisait aux Humains. Oui j'ai fait tout cela pour eux…
Il faut cependant que je cache à mon équipe le déchirement qui fait rage à l'intérieur de moi. Je me referme alors peu à peu sur moi-même, comme si des ailes noires et dures enveloppaient mon cœur, se scellant un peu plus à chaque marche que je gravis vers l'extérieur. Pour me protéger. Pour les protéger surtout, mes amis et ceux à qui je tiens. Je ne veux pas entendre leurs arguments, ils ne me feront pas changer d'avis. Ma décision est prise, ma décision finale. Qu'importe la douleur que je vais ressentir dans peu de temps.
Mes pensées emmêlées sont chassées soudainement par la vive lumière qui m'enveloppe alors – je n'avais pas remarqué qu'elle devenait de plus en plus forte. Je plisse alors les yeux, éblouie, et place mon bras devant mes yeux en grimaçant, surprise. Cela faisait un moment que je n'avais pas vu autant de lumière. Un rayon de soleil inonde mon visage et le réchauffe jusqu'aux os. Quand je m'habitue, je laisse finalement redescendre mon bras le long de mon corps et laisse échapper un sourire satisfait et soulagé. J'ai réussi ma mission, et mon cœur est plus léger… Je ferme les yeux et profite de ce dernier moment à moi.
Les larmes dues à mon éblouissement se prennent dans mes cils, et je les chasse d'un battement de paupières. Ce dernier d'abord rapide se ralentit enfin, me laissant observer le paysage autour de moi. J'essuie les traces possibles du revers de la main : il ne faudrait pas que mon équipe croit que j'ai pleuré. Le sol poussiéreux, et à une dizaine de mètres tout un camp s'est installé. Cela fait si longtemps que je n'avais pas vu la lumière du jour, prisonnière entre les murs souterrains de la ville. Sur laquelle je règne. Mais elle sera bientôt détruite. Il ne restera bientôt plus rien de leur règne, juste des souvenirs qui vont devenir de plus en plus vagues et flous. Les séraphins disparaîtront à la mort du danger, ils suivront peu après.
Le soleil réchauffe encore un peu plus mes os, mes muscles engourdis par ce manque de lumière et je lève un peu plus mon visage au ciel, pour en profiter encore. Mes yeux sont fermés et je vois le rose de mon sang par transparence. Je souffle longuement, me détendant peu à peu, chassant presque mes pensées noires. J'entends alors des pas s'approcher doucement de moi, et j'ouvre lentement mes yeux pour regarder la personne, ouvrant complètement les yeux. Un point noir persiste sur mes pupilles, et je masse mes paupières de mes doigts pour le faire disparaître. Pourtant, il persiste toujours et je me contente de grimacer en secouant la tête.
Je me concentre sur la personne qui s'avance. Yū. Un sourire naît sur mes lèvres, et je le bloque alors. Pas question que j'esquisse un sentiment, je me le suis promis. Mais mon ancien maître l'a vu et me sourit franchement en retour. Je ressens un vif pincement au niveau du cœur. Est-il soulagé que je sois revenue en peu de temps, que je sois toujours vivante ? Nous nous rejoignons, et il m'observe pour vérifier que je ne suis pas blessée, qu'il n'y a pas de taches en plus sur ma robe. Que je vais bien et que rien n'a changé. Son regard tombe alors sur mon arme vampirique à ma taille, longuement et fortement appuyé dessus. Il l'a reconnu immédiatement : elle ne ressemble pas à l'arme qu'il a l'habitude d'utiliser. Puis il remonte vers mon visage, les sourcils froncés. Je décèle une lueur… jalouse et douloureuse dans ses yeux. Une lueur de trahison peut-être. Je serre les lèvres.
― Je vais bien, le rassuré-je, en posant ma main sur la garde, comme pour la faire disparaître. Crowley est mort, ma mission est maintenant terminée. Je suis désolée de ne pas avoir pu t'en parler avant. Comment vont les autres, comment va Mitsuba surtout, sa blessure est soignée ?
― Bien.
Il désigne le katana de sang à ma table du menton. Il ne veut apparemment pas que je change de sujet de conversation. Nous devons en parler maintenant, très bien. Nous aurons alors cette conversation maintenant.
― C'est ta véritable arme, je me trompe ? Celle que tu utilisais avant. Quand tu étais encore avec les vampires… c'est ça ?
Je hoche simplement la tête et la tourne vers les tentes kaki et les camions qui ont déchargés les soldats. Je sais que cela doit lui faire mal que je me contente de hocher la tête et de regarder ailleurs, mais je ne peux rien faire de plus… Que pourrais-je ajouter ? Rien de sincère en tout cas. Car je ne suis pas désolée.
Je distingue alors l'équipe un peu plus loin : Yoichi et Kimizuki sont en train de discuter de la future attaque certainement, et Mitsuba est assise sur un lit de camp, l'uniforme déboutonné sur sa blessure. Shinoa est à ses côtés et lui parle en souriant. Elles rient même un instant et j'entends la tressée appeler la blonde « Mi-chan ». Visiblement, le fait que la chef ait sauvé la vie à la formatrice les a rapprochées. Dommage, il y aurait moins de disputes et moins de moqueries, quoique, les connaissant cela ne les en empêchera pas…
Je me dirige vers eux, Yū à mes côtés. Je sens toujours son regard posé sur mes épaules. Mon cœur se serre, il ne s'y habituera pas mais tant pis. Il faut maintenant que je leur explique ma décision, mais je veux d'abord comprendre leur plan, m'assurer qu'ils vont bien pouvoir réussir et survivre dans cette bataille. Est-ce pour gagner du temps, repousser l'échéance fatidique que je me suis fixée ? Sans doute. J'imagine déjà leurs réactions et un étau compresse mon cœur, un peu plus.
Je pose ma main sur ma poitrine et serre douloureusement les paupières, essayant d'oublier l'étau qui m'empêcher de respirer. Cela me fait tellement mal à cet endroit. J'ai l'impression que toutes les autres souffrances n'étaient que des préparations pour celle que je vis. Yū me regarde alors, suspect. Il s'approche de moi et veut poser la main sur mon épaule, mais je repousse doucement sa main. Il n'a, en plus, pas le temps de me demander ce qu'il y a : les quatre autres membres m'entourent – sauf Mitsuba qui doit se reposer et a pour le moment l'interdiction formelle de bouger. Je m'approche et observe sa plaie. Je remarque qu'on lui a opposé des points de suture. Je ne sais pas si elle va même pouvoir se battre dans ce dernier combat. Quoique… connaissant cette formatrice, elle va se battre jusqu'à la fin, elle ne se laissera pas mettre de côté.
Ils m'expliquent ensuite le plan, il y aura apparemment plusieurs équipes, les supérieurs ont pris les meilleurs soldats. Tous espèrent, et pensent pouvoir gagner : ils m'ont à leurs côtés et rien ne pourra nous arrêter. Nous avons l'espoir qui nous porte et nous sommes bien partis. Rien ne va plus nous résister. Nous serons libérés de l'emprise des vampires, nous allons pouvoir tout reconstruire après, refaire nos vies, recommencer comme avant, sans les vampires. Mon cœur se serre douloureusement, c'est maintenant que je dois leur annoncer ma décision. Qui a été influencé par Ferid et mon père – mais ça, ils ne le sauront pas. Je souffle un grand coup et lève la main pour les interrompre…
― Je ne serais pas avec vous pour le dernier combat. Je suis désolée, vous affronterez ma mère sans moi.
Les conversations optimistes et remplies d'espoirs cessent brusquement dans le groupe. Les regards se plissent et deviennent flous, ne comprenant pas. Les bouches se décrochent, et mes camarades m'observent tous, ébahis. Ils n'arrivent pas à comprendre ce que je viens de leur dire, ne veulent pas le faire. Ils croient à une blague de ma part, juste pour fêter mon retour parmi eux. Mais ce n'en est pas une. Loin de là.
― Quoi ?! Ash, tu ne peux pas faire ça ! Pas maintenant, on a besoin de toi ! s'insurge Yū. Tu es la plus forte de l'équipe, tu vas nous aider, hein, pour le dernier vampire !
La douleur brille dans ses yeux, le doute, l'incompréhension. Le désespoir. Cela me fait mal. J'ai l'impression qu'on vient de me broyer le cœur en petits morceaux. Un peu plus, ce sera sans doute la première partie de mon corps à disparaître.
― Où vas-tu ? Murmure Shinoa, les yeux tremblants.
Je ne sais pas leur expliquer par quatre chemins, je ne l'ai jamais pu. Je ne suis pas une diplomate du tout, je ne pourrais pas les perdre dans des explications, juste pour les épargner. Oui, pas forcément une bonne chose pour une Reine, je l'accorde, mais à voir ma sœur, elle ne l'était pas elle non plus. De toute façon, qu'importe la façon dont on le dit, la douleur et l'effet restera le même.
― Vers la mort.
Yū réagit brusquement, il franchit d'un pas la distance qui nous sépare et ses mains agrippent fortement mes épaules. Je grimace de douleur, ses doigts s'enfoncent dans ma chair et ses phalanges blanchissent alors qu'il serre de plus belle. Il me secoue sèchement d'avant en arrière, comme si cela pouvait me remettre les idées en place. Mais rien ne me fera jamais changer d'avis, pas leurs arguments… J'ai déjà fait mon choix et je ne reviendrai pas en arrière. Même si cela me fait aussi mal.
Foutue fierté, sans doute.
― Pourquoi cela ?! Es-tu stupide ? Tu as une place parmi nous, pourquoi faire un truc aussi insensé ?! Pourquoi as-tu besoin de faire cela, nous ne sommes peut-être pas assez ? Tu t'as battue avec nous, pour nous, à nos côtés, tu t'es fait blessée, prisonnière et torturée. Parce que tu étais dans notre côté et que tu as refusé de changer. Alors pourquoi maintenant ?!
― Parce que je suis une vampire, Yū. Parce que c'est mon identité, que c'est gravé dans mes gênes et que rien ne me fera vraiment changé. Que je suis maintenant la deuxième plus puissante de cette espèce. (Je repousse doucement ses mains de mes épaules et tend le bras au maximum. Il reste chancelant, comme un pantin désarticulé et auquel on vient de couper les cordes qui le faisaient bouger.) Qu'en tant que première génitrice, ma mère peut me contrôler comme elle le souhaite, et qu'elle peut me faire tous vous tuer. Je n'en ai pas envie, tu comprends. Je ne me pardonnerai jamais si je le faisais. Je n'aurais pas la force de continuer si je fais ça. Tu comprends ?
» Aussi, maintenant que j'ai goûté au sang Humain et que je m'y suis habituée, je ne peux plus m'en passer. Je suis devenue ce que vous détestez le plus, ce que vous avez juré de tuer et que vous êtes en train de combattre. Voilà pourquoi ! Je le fais pour vous ! Pas par facilité, je suis désolée.
Je serre les mâchoires et les poings pour rester déterminé et ne pas pleurer. Je me mords l'intérieur des joues et regarde vers le sol. Je ne changerai pas d'avis. Je ne veux pas écouter leur douleur, j'aimerais l'effacer, leur faire oublier. Pourquoi tiennent-ils déjà tant à moi alors que cela ne fait qu'un peu plus d'un mois que je suis avec eux, et que je suis en plus une vampire, une ennemie ? Je serre les poings et me force à ravaler les larmes qui me montent déjà aux yeux.
― Arrête tes conneries, s'exclame Kimizuki, avec hargne. Tu peux changer, tu n'es pas comme eux : ils ne mangent pas une double portion d'omelette, eux ! Ils ne mangent pas comme toi ! Tu t'es en plus battue pour nous, avec nous. Tu as trucidé ceux que tu appelles ta « famille ». D'ailleurs mon cul oui, tu ne tiens pas du tout à eux : tu les as éliminé et tu ne pourrais pas faire ça avec nous. Même si tu étais possédée. Ce n'est pas le moment d'abandonner, Ash ! Ta mère peut te contrôler, foutaises ! Tu es mi-démone, et tu le resteras : elle ne pourra rien faire de toi. En plus, on te connaît : tu es plus têtue que Yū ! Ce qui n'est pas peu dire et n'est pas vraiment un compliment, mais bon, tu feras avec.
Ce dernier ne peut même pas protester, il est vraiment figé. Ses mains pendent, ballantes le long de ses flancs et sa tête est penchée en avant, les sourcils remontés dans une expression de douleur atroce. Je ne réponds pas, la tête baissée. Je savais que ce serait dur, mais Ferid et mon père ont raison : je suis et resterai toujours une vampire. Quoiqu'en pensent mes camarades. Je ne peux pas rester là sinon je risquerai de leur faire du mal…
― Si c'est cela, on te donnera notre sang, déclare Yoichi. On te donnera toute les semaines un flacon avec nos sangs mélangés, on en aura assez pour toi ! Après tout, que peut faire un Humain de cinq litres de sang, hein ?
― Non, protesté-je. Il n'en est pas question ! Je ne veux pas prendre le risque de vous tuer ! Si dans une bataille ou un accident vous perdiez du sang, vous n'en auriez plus assez ! Il en est hors de question.
Un silence pesant s'installe entre nous, et ma main se pose sur la garde de mon katana de sang. Les piques transpercent ma peau et me font saigner je grimace et serre les mâchoires. Courage, je ne souffrirai plus pour longtemps. Yū semble être perdu en face de moi, totalement absent et perdu dans un autre monde. Son regard… de la douleur pure. Je ne peux pas l'expliquer, je ne comprends que la fêlure qui s'étend sur mon cœur, j'en entends presque la cassure.
― Arrête, me stoppe Yoichi, avec désespoir, reviens dans le katana, je t'en prie. Ne sois pas égoïste, on a besoin de toi pour le dernier combat ! Qu'est-ce qu'il adviendra de Yū si tu meurs ?! Qui lui fournira la force nécessaire, qui le protégera si tu n'es pas là à ses côtés, Ash ?!
― Je ne… veux pas. Je suis désolée : pour rentrer dans le katana, il faut que je recommence le même processus qu'un siècle plus tôt. Il faudrait que j'efface de nouveau ma mémoire, que je recommence tout de zéro, que je redevienne la démone avide de liberté. Que je tente de posséder à chaque fois mon maître. Et… Et je ne peux pas : j'ai trop de bons souvenirs, et je ne veux pas les perdre. Vous êtes les meilleurs souvenirs, mon enfance aussi, mes combats… Je ne peux pas les perdre… s'il-vous-plaît, comprenez-moi. Laissez-moi partir sans me retenir. C'est assez dur comme ça !
Mes yeux se plongent dans ceux troublés de Yū, ce dernier recule d'un pas. Mes sourcils se soulèvent par la douleur. J'essaie d'ignorer les larmes au fond de ses yeux qui s'accumulent, j'essaie d'oublier ses iris exorbités et tremblants. Peine perdue. J'observe alors le reste du groupe, à la recherche de quelqu'un qui me comprendrait, que me laisserait partir en hochant tristement la tête. La voix du chef d'expédition nous appelle alors, dans le lointain, plus énervé pour que nous venions vers lui. Il nous presse de nous dépêcher, mais nous n'y prêtons pas garde : mon cas est plus important pour eux que ce chef impatient.
― S'il-te-plaît, Ash… essaie, supplie la voix de Mitsuba. Tu ne risque pas de perdre grand-chose, au pire tu échoues…
Je secoue la tête. Non, je ne veux pas entendre leurs arguments. Rien ne me fera changer d'avis. Une idée me vient alors. Ils ne me laisseront jamais le faire, ils ne me laisseront jamais me transpercer. Alors oui, je vais essayer de mettre mon corps dans le katana. Je vais faire comme si.
― Très bien, me résigné-je. Yū, ton katana je te prie. Je vais essayer de le faire.
Il hésite un instant, puis dégaine son arme et me la tend par la garde. Ma main se referme lentement dessus, tandis que ses doigts se desserrent. Pourtant j'ai déjà fait mon choix. Je projette mon esprit dans le katana, me lie avec la flamme grise dansante de mon énergie déjà présente. Celle que j'avais déjà mise dedans quand Glenn me l'avait demandé. J'y mets tout le reste de mon énergie. Je chancelle légèrement, mais me reprends : je dois passer pour forte. Je ne dois pas leur montrer mon trouble ni ce que je viens de faire. Ils doivent croire que je vais revenir sous ma forme originelle, celle qui me connaissait.
Je m'avance ensuite vers Yū et change de prise mes mains sur la garde : mes doigts sont à la limite de la lame – dirigée vers moi car on ne tend pas une arme lame vers l'autre. Mais, alors que celui-ci pense la récupérer, et tend la main pour la reprendre pour la rengainer, et qu'il pense que je vais quitter ma forme de vampire pour reprendre celle de démone, je me l'enfonce subitement dans le cœur. La lame perfore alors le poumon et je tousse du sang. Une traînée coule sur le bord de mes lèvres tandis qu'un petit sourire se dessine. La fin trait rouge coule puis s'écrase lourdement sur le sol.
― Qu'est-ce que tu as foutu, putain, Ash !? Hurle Yū en se précipitant vers moi.
Je chancelle en avant et me laisse tomber dans ses bras tendus. Je tousse encore, m'étouffant presque dans tout ce sang pris dans mes bronches. Il est horrifié et hurle mon prénom à s'en arracher les cordes vocales. Ses yeux verts sont exorbités, il cherche un moyen de me sauver, savoir comment me faire guérir instantanément. Mais je ne vais pas le laisser faire. Je murmure l'ordre et le sort destructeur se relâche alors et se répand dans mon corps. Il se propage dans mes veines comme le poison destructeur qu'il est. Je sens mon corps brûler soudainement et je me tends, retenant un cri de douleur. Je veux qu'ils croient que je suis partie sans douleur.
La vérité, c'est que, malgré tout leurs arguments, je n'ai jamais changé d'avis.
Yū tombe alors à genoux en me tenant collée contre son torse. Le sang coule faiblement de mon cœur, tandis qu'autour de la lame, mon corps commence à se dissoudre. Je lève la tête vers lui. Quelque chose de mouillé s'écrase alors lourdement sur ma joue.
Ma main se lève difficilement et se pose sur ma joue.
― Désolée, murmuré-je pour lui seul.
Je me redresse lentement, dans un dernier effort et pose doucement mes lèvres sur les siennes. Il semble sursauter un instant et il hoquette de surprise. Puis, je me laisse aller en arrière, je ferme les yeux, souffle un grand coup et laisse mon corps se désintégrer en une fine poussière grise sur les genoux de Yū, qui tente vainement de me retenir et de me garder vivante.
Tralala je sais là j'ai mieux intérêt à me la fermer et à sortir ce putain de prochain chapitre dans lequel Ash ferait mieux de survivre si je ne veux pas finir dans une assiette au prochain repas! 0:D Mais voilà mon esprit sadique si vous ne l'aviez pas compris! :p
Donc, au début je pensais pas trop à un bisous entre les deux, mais... Fuwa-chan -vive les potes qui vous ordonnent "continue!" d'écrire XD - m'a convaincue de le faire et... je trouve que ça va plutôt pas mal! :D
Bon, désolée mais le chapitre 35 est assez long: pour le moment 12 pages donc il va me falloir du temps pour TOUT relire! :p voilà donc à vendredi ou à dimanche! :D C'est bientôt fini! ;)
Merci de laisser une review, même si c'est pour m'arracher la tête, la main gauche - oui gauchère en face (ou pas tellement) de vous! - les yeux et le cerveau d'avoir eu cette idée! :p
