Un supplément d'âme
Merci aux reviewers de la semaine : Tallia, Philibia, Pacha8, Na, Remi et BastetAmidala... aux bêta toujours dispo : Alixe, Dina, Fée fléau et Thalys...
Rappel : Un supplément d'âme est une publication totalement non lucrative.
Tiens, je vais le dédicacer à Pacha8 ce chapitre... elle devrait comprendre pourquoi...
37. Un sujet sans danger - Cyrus
Le cri de joie de Crivey m'arrive avant même que j'aie fini de descendre l'escalier et l'information suit la seconde suivante :
« Rogue est absent ! »
« Ah ? Qu'est-ce qu'il lui arrive ? » je demande – question qui fait lever les yeux au ciel de tout le monde autour de moi. Non, je ne les ai pas convaincus qu'ils s'arrêtaient tous à l'apparence des choses concernant Severus Rogue. Il reste un professeur plus craint que respecté.
« Le Baron sanglant a dit qu'il avait été appelé pour une expertise au Ministère », me répond quand même Sinead Olliver.
On y est, je pense immédiatement. Le plan de Shacklebolt a fonctionné et Severus est allé affronter le tableau qui a tant bouleversé Harry. Ça ne me rend pas bavard.
« Pauvre gars qui a demandé l'expertise de Rogue », affirme Herman d'un ton convaincu – faut-il dire qu'il n'est jamais à plus de cinq pas de Sinead ? « Faut faire confiance à ce vieux Rogue pour lui expliquer pourquoi il n'aurait même jamais dû avoir besoin de lui envoyer un hibou s'il avait écouté quand il était à Poudlard ! »
Je ne prends pas la peine de défendre Severus ou de rire comme la plupart de mes petits camarades. En fait, je n'arrive pas à ressentir autre chose que l'angoisse. Si Severus perçoit quelque chose comme Harry, c'est que nous avons sous-estimé le pire. Sans compter l'épreuve que sera pour Severus le fait d'affronter, sous une forme ou sous une autre – je laisse ce genre de questions horribles à ceux qui ont l'ambition de se pencher sur elles –, ses pires cauchemars. Et Sirius m'a légué une assez bonne idée de ce que cela veut dire.
« Bon, on fait quoi ? », demande Ginny, son ton blasé en totale contradiction avec le regard de poule avec lequel elle me couve. « Salle commune ? »
Je hoche la tête et je me mets en mouvement sans un mot, sans plus écouter le bavardage de Crivey et d'Archi. Mes pensées sont ailleurs. Parce que Severus peut aussi ne rien ressentir devant le tableau, mon esprit insiste. Peut-être que le pire – la survie partielle de Voldemort – pourra être écartée. Et encore ! Mais restera le cas de Harry. Et je ne suis pas prêt à moins m'inquiéter pour mon grand frère que pour mon professeur de défense contre les forces du Mal.
Dans la salle commune, Harry est là – avec ses amis évidemment. Ils travaillent. Évidemment. Ça doit même faire un moment parce que Ron a l'air trop content de nous voir arriver.
« Tiens, qu'est-ce que vous faites là ? »
« Rogue est absent », répond Ginny pour moi. Et le regard d'Harry immédiatement est sans doute le miroir du mien.
« Ne vous réjouissez trop vite; il n'est pas malade », commente Crivey en s'installant à la table – on ne se débarrassera pas de lui comme ça. C'est la rançon d'avoir demandé son aide dans l'histoire du scooter, il traîne beaucoup avec nous. En général, ce n'est pas tant un problème, parce qu'il est joyeux et facile à vivre. Là, vu nos soucis, on se passerait de devoir faire semblant. Et je sais que je ne suis pas le seul à le penser. « Juste une histoire d'expertise au Ministère. »
« Potion ou forces du mal ? », s'enquiert Hermione qui a parfois des nerfs sidérants, je trouve.
« Qui s'y intéresse ? », lui répond Colin de manière prévisible et avec le mouvement des épaules qui convient. Même Archibald lève les yeux au ciel. « En tout cas, ça nous fait des vacances ! » reprend Crivey juste avant de baisser d'un ton pour chuchoter : « Une aubaine pour vérifier ce que vous savez... »
« Hermione a une théorie », annonce alors Ron, l'air suprêmement fier de la nouvelle, comme si c'était lui qui l'avait trouvée.
« Ah ? », je me force à demander. C'est après tout le seul sujet sans danger que nous puissions aborder tous ensemble.
« Eh bien », se lance Hermione, avec un imperceptible soupir de résignation. « Comme je l'expliquais hier à Harry et Ron, si les pièces mécaniques sont toutes a priori en état de marche, le problème vient sans doute du moteur... »
« J'avais dit ça ! », commente Crivey surexcité.
« Tu as dit aussi que le moteur lui-même semble normal », lui fait remarquer Ron un peu sèchement. On n'attaque pas Hermione. Point. Il me plaît quelque part le beau-frère !
« Plus précisément, le problème pourrait être l'énergie qui fait fonctionner le moteur », explique très sérieusement Hermione, et ça tire un sourire indéfinissable à Harry, un sourire comme Papa peut en avoir quand il trouve les choses jolies mais dérisoires.
« L'essence ! », s'écrie Crivey. « Vous n'aviez jamais vérifié l'essence !? »
« C'est quoi ça ? », s'intéresse comme il peut Archi.
« Un truc qui pue et qui colle », lui explique Ginny en fronçant le nez.
« Tu veux dire qu'il suffirait de mettre de l'essence et ça marcherait, Hermione ? », je résume, profondément stupéfait de ne pas y avoir pensé tout seul. J'ai frotté à la brosse métallique une à une les bougies et je n'ai pas pensé à sonder le réservoir ?
Ginny étouffe un rire profond.
« Excuse-moi, Cyrus mais même moi qui ne connais rien en technologie moldue, je crois qu'à un moment ou un autre j'y aurais pensé ! », elle me souffle en me prenant la main.
« Tu m'étonnes », commente Crivey, visiblement vexé qu'on lui ait fait perdre son temps.
« Enfin, disons que tant que nous n'aurons pas essayé nous ne pourrons pas savoir si le scooter a un autre problème », tempère Hermione, son honnêteté intellectuelle en bandoulière. Cette fille est incroyable. J'espère que Ron se rend compte de la chance qu'il a de l'avoir arrêtée au passage. Ce genre de nana, ça ne passe pas dix fois devant vous dans une vie.
« Et où on va trouver ça, de l'essence ? », soupire ledit Ron.
« Ça entre dans la composition de quelques très rares potions », commence Harry l'air découragé.
« Alors là, quand vous irez demander ça à Rogue, je veux être là d'une manière ou d'une autre », se marre ouvertement Archi – peut-on lui en vouloir ?
« Non, non, le plus simple c'est d'en récupérer chez les Moldus », je propose pour rougir la seconde d'après sous le regard furieux de Harry et celui sidéré de Hermione.
« Comment ça, chez les Moldus ? », elle s'enquiert.
« Pas question », annonce Harry.
« Vous savez comment faire ? », s'enthousiasme le prévisible Crivey.
Mais Harry me regarde avec l'air de dire que s'il doit en passer par un duel pour me faire taire, il le fera. Hermione a l'air tellement inquiète que ça ne doit pas être bon pour son cœur, Ginny secoue la tête et même Archi grimace.
« Ce n'est pas parce qu'on sait qu'on le fera », je réponds donc. Je sais lire les augures.
« C'est même sûr qu'on ne le fera pas », souligne Harry.
« De l'essence, on doit pouvoir en trouver autrement », s'empresse d'ajouter Hermione.
« On peut en ramener de la maison aux vacances de Pâques », propose Ginny.
« C'est dans des mois ! », proteste Crivey.
« On pourrait demander à Hagrid », lance Ron. Et tout le monde le regarde.
00
Je pense – non, je suis sûr – que si ce n'était pas Ron qui avait proposé ça, jamais Harry n'aurait dit oui.
« Quand ça finira dans la Gazette, avec comme titre : 'Les créatures de Poudlard se croient tout permis', on aura tout gagné ! », telle était sa position de départ.
« Il s'agit juste de lui demander de l'essence », j'ai remarqué, « pas d'en faire un détournement d'artisanat moldu ! »
« Dis moi si j'ai tort, Harry, mais Hagrid, il sort comme il veut, non ? », est alors intervenu Ron, juste avant qu'on ait une de ses disputes fraternelles où les poings et les baguettes doivent impérativement rester dans les poches. « On le voit en permanence trimballer des choses plus étranges que de l'essence, non ? »
Harry a juste soupiré – il ne voulait pas lui donner raison.
« Mais il ne va pas s'inquiéter qu'on ait un scooter ? », s'est enquis Hermione-la-conscience. « Après l'année dernière, il sait que vous n'avez pas le droit, non ? »
« Je ne crois pas que ça l'inquiète beaucoup », j'ai estimé – ce qui était une mauvaise réponse à voir la tête de Harry.
« Est-ce que ça ne fait pas trop de monde au courant ? », a encore demandé Hermione. Elle avait dû faire la liste avant de venir.
« Qui a trouvé les meilleures pistes pour réparer ? », a argumenté Ron qui semblait plus déterminé que moi, en fin de compte. « Toi et Colin. Sans notre aide à tous, tous fils de Remus Lupin qu'ils sont, ils seraient encore à lire leur bouquin moldu ! »
Il est fort parfois Ron : Harry et Hermione ont tous les deux souri. L'un parce qu'il aimait quand Ron était à l'aise avec notre notoriété et l'autre parce qu'elle adore les compliments.
« De toute façon, aller à Pré-Abélard nous-même alors que Papa a la carte, c'est du suicide », j'ai alors souligné pour montrer à Harry que je ne comptais pas faire n'importe quoi. « Alors c'est ça ou on laisse tomber. Mais je ne peux pas m'empêcher de trouver ça dommage, maintenant, avec tout le temps et l'énergie qu'on y aura passé ! »
Et l'argument est passé mieux que je ne l'aurais espéré :
« D'accord, mais c'est moi qui lui demande », a exigé Harry. J'ai ravalé mon : « Tu crois que je vais lui demander quoi, si j'y vais moi-même ? » Il faut savoir céder. Papa le dit tout le temps.
Les septième années sont partis en cours peu de temps après cette décision, en nous laissant à nos propres activités. Ginny et moi, on révise notre métamorphose ensemble – un hérisson remplace avantageusement un coussin à aiguilles sur la table de la salle commune. Archi qui s'inspire de mon devoir de potions le repousse quand il veut inspecter son parchemin. Crivey est allé à la bibliothèque.
« C'est vrai que Rogue n'est pas là ? », demande à haute voix Franny James dans mon dos. « Cool, on finit juste après botanique alors ! »
« Il fera encore jour, on pourrait proposer aux autres une bataille de boules de neige inter-maison », propose un autre gnome de première année – s'il faut retenir leurs noms à tous !
Instinctivement je regarde dehors. Très beau et très froid, les boules vont être dures. Mais une bataille géante, ça peut être sympa même avec des projectiles douloureux. En plus s'ils sortent de Botanique, ils sont assez loin du château pour avoir assez peu de chance de se faire arrêter tout de suite par un préfet consciencieux, un prof jaloux de leur liberté ou pire Rusard. En rêvassant à la scène, j'y vois Nero, sans arriver à décider de comment il se comporterait. Lancer des boules les joues rouges d'excitation, c'est pas trop son truc à mon avis. Il n'est pas très physique pour ce que j'en ai vu. Et j'évite soigneusement toute comparaison avec les performances de Regulus. Mais en recevoir en riant ne me paraît pas non plus sa tasse de thé. Il serait plutôt du genre à courir se réfugier auprès de son grand frère. Sauf que son grand-frère ne sera pas là – puisqu'il suit les mêmes cours de potions avancées que Harry et ses copains. L'idée est là, l'occasion, le moment.
« Toi, tu viens d'avoir une idée », me souffle Ginny, mi-inquiète, mi-amusée.
« Oui », je reconnais en reprenant néanmoins la liste de révision de métamorphoses établie par McGonagall : transformer un livre en vertébré. Le hamster qui court l'instant d'après sur la table est du même marron que le livre de potions de Ginny et lui saute sur les genoux.
« Une réserve méconnue d'essence ? », elle demande en me tendant l'animal.
« Non, une bataille de boules de neige », je réponds en faisant réapparaître le livre de potion, même pas corné. « A toi. »
Elle pointe sa baguette et préfère faire apparaître un chaton – Arnold court se planquer dans sa poche en le voyant.
« Pas un chat adulte ? », je demande, sourcilleux pour la forme, sa métamorphose est parfaite.
« C'est plus mignon, un chaton », elle répond avant d'ajouter : « Tu veux aller faire une bataille de boules de neige avec les première année ? »
« Voilà. »
« Mais on a cours ! », elle objecte un ton plus bas.
« Je ne me sens pas très bien », je lui annonce. « Je sens que je vais saigner du nez vers 16h. » Et je sors la Boîte de Flemme que les Weasley m'ont glissée en douce lors de ma dernière visite pour donner du corps à mon propos.
« Je me disais aussi. Tu ne pouvais pas laisser le score aussi favorable à la raison si longtemps ! », lâche la petite soeur favorite des inventeurs, toujours l'air partagée entre l'agacement et l'amusement.
Archi pouffe, croise mon regard et replonge dans son devoir.
« Je veux juste une occasion de parler à Nero sans que son grand-frère ne soit dans les parages », j'opte pour la vérité.
« Oh. »
« Et ton grand-frère à toi ? » s'enquiert Archi en se grattant le nez avec sa plume.
« Tu veux que je reprenne mon devoir ? » je contre – non mais, si Archibald s'y met, où va-t-on ?
Comme j'espère maintenant avoir fait un tour suffisant de la question, je me replonge dans la métamorphose :
« Transformer un reptile en mammifère... Pfff, c'est salement répétitif quand même ! », je râle en fouillant dans mon sac pour trouver la boîte où survit ce pauvre lézard sur lequel nous nous entraînons. « Tu crois qu'il ne va pas devenir végétarien à force d'être transformer en souris ? », je demande.
« Il ne mange pas de souris », objecte logiquement ma rousse amie. « Mais Cyrus, ton père, s'il regarde la carte, il verra que tu n'es pas en cours... »
« Il est d'accord pour que je parle à Nero », je lui rappelle.
Comme elle soupire, Archi clôt le débat en lui disant :
« Laisse tomber Gin, il s'est mis ça en tête... et puis ça va être l'heure d'aller en histoire... »
Tout le cours d'histoire, Ginny fait la tête, préférant la compagnie de Luna à la mienne. Ce n'est pas très grave en soi, mais je songe un instant – je le jure – à laisser tomber mon plan pour montrer à Ginny que son avis m'intéresse. Mais finalement, je finis par décider le contraire. Essayer de parler à Nero pendant cette bataille de boule de neige, c'est le plan le moins risqué, voire le plus raisonnable, que j'ai élaboré depuis longtemps. En sortant, je mâchonne donc avec entrain un nougat Néansang qui a tout de suite l'effet voulu.
« Oh Cyrus ! Tu saignes », s'écrit Sinead Connor qui semble toujours être là à me regarder quand il m'arrive quelque chose.
« Je t'accompagne à l'infirmerie », annonce immédiatement Ginny qui ne supporte pas que Sinead soit à moins de cinq mètres de moi.
« C'est moi le préfet », rappelle Herman dans un soupir – sans doute préférerait-il accompagner Sinead.
« Je peux y aller tout seul », j'annonce, le sang dégouttant entre mes doigts.
« Mais non, tu as vu comme tu saignes !? », insiste Ginny en m'entraînant.
J'attends qu'on soit dans l'escalier pour protester.
« Ginny, je pouvais très bien y aller seul ! »
« Sauf que moi, j'ai décidé que je rencontrerais bien ce môme », elle assène.
« Tu es sérieuse ? »
« Plus que toi ».
Il ne me reste plus qu'à me taire, à supporter stoïquement les soins empressés de Popy et à espérer qu'on n'arrivera pas trop en retard pour la bataille. J'ai dans l'idée que Nero serait plutôt du genre à aller se planquer qu'à rester à y participer et j'ai peur de ne pas le trouver. Surtout sans la carte. Mais Popy, elle, n'est pas du genre à laisser quiconque sortir de son infirmerie incomplètement guéri, et le fils du directeur encore moins que les autres. Je n'ai donc d'autre choix pour accélérer le mouvement que de profiter qu'elle s'éloigne chercher un reconstituant du sang pour prendre l'antidote avant qu'elle ne s'inquiète que l'écoulement résiste aux traitements habituels. Ginny a l'obligeance de faire paravent à ce moment fatidique.
Quand nous sortons enfin, Ginny et moi, ça doit bien faire une demi-heure que les première année ont dû se lancer dans leur bataille. Sans compter le temps qu'il nous faudra pour aller les rejoindre. Je presse donc le pas et Ginny suit sans commentaire. Je ne sais pas trop ce que je pense de sa présence. Non, en fait, je suis assez content qu'elle soit là, je réalise. Comme si ça me rassurait sur ma santé mentale d'une certaine façon. Et puis j'ai été trop seul pendant des mois. Je n'aurais jamais trop de sa présence à mes côtés, ça je pourrais le jurer. Du coup, je lui prends la main.
Comme je l'avais plus ou moins prévu, Nero s'éloigne à grandes enjambées de la bataille qui fait rage quand nous arrivons en vue des serres de Botanique, Ginny et moi. Il sursaute à peine quand une boule vient s'écraser entre ses deux omoplates – ni il se retourne, ni il réplique. Il accélère légèrement et arrive tout de suite après à côté du bosquet où nous l'attendons. Je l'alpague d'un geste vif qui le fait d'abord crier avant de me reconnaître.
« Cyrus !? »
« Mais oui, t'inquiète donc pas comme ça. J'ai pas de boule cachée derrière mon dos », je blague pour essayer de détendre l'atmosphère. Les yeux du môme sont sur Ginny.
« Qu'est-ce que tu fais là ? » il demande, totalement sur ses gardes.
« Je cherche un coin tranquille... si tu vois ce que je veux dire... », je continue dans le léger. Ginny lève opportunément les yeux au ciel. « Et toi ? »
« Je rentre... »
« T'aimes pas les batailles de boules de neige ? »
Il hausse les épaules.
« Je... je ne suis pas très adroit... je touche jamais personne... »
La seule fois où je l'ai vu s'essayer à un exercice physique me pousse à voir dans cet aveu plus que de la fausse modestie. Mais les remords de Sirius me prennent comme une vague. Regulus n'était pas plus faraud dans ce genre d'activités de grand air et il n'avait jamais su que le rendre plus ridicule encore. Je ferme les yeux pour effacer le visage de Nero et me concentrer sur tout ce que je sais de sa conception. Il n'est pas Regulus. Point.
« Le but n'est pas que d'être bon », remarque Ginny doucement, peut-être parce qu'elle sent mon malaise. « Le but est de s'amuser ! »
« Un Malefoy a d'autres chats à fouetter que de s'amuser », répond immédiatement et bien automatiquement Nero. Est-ce le ton, est-ce la voix ? J'entends Regulus affirmer de la même façon à son grand frère : « Un Black a autre chose à faire que s'amuser ! »
« Heureusement que je ne suis pas née Malefoy alors, ou qu'il ne leur ait pas venu à l'idée de m'adopter ! », répond ma Ginny avec son tact légendaire. Mais sa voix me ramène au présent, mon présent. Nero, lui, a l'air totalement interdit.
« Je ne sais pas qui tu es », il répond avec rage. « Mais visiblement tu ne sais pas grand-chose de la vie si tu crois que c'est... juste une bataille de boules de neige ! »
« Nero... », j'essaie.
« C'est quoi donc la vie, Nero ? », intervient Ginny avec son air de celle qui ne va pas faire de concession.
« La vie ? Dans la vie, on a des devoirs envers les autres ! »
« Les autres ? » Ginny ne cache pas une seconde son étonnement : « Depuis quand les Malefoy s'inquiètent des autres ? »
Il déborde de rage, Nero. Un moment, je me dis qu'il va lui lancer un sort. Pas que Ginny ne soit pas en position de se défendre mais on est très loin de ce que j'imaginais en venant là. Mais je venais sans Ginny aussi.
« T'es comme Cyrus, hein ? Tu crois qu'on peut avoir des relations de confiance mutuelle avec ses parents, c'est ça ? Qu'on ne leur doit rien, que c'est eux qui te doivent quelque chose ? », il crache. « Mais moi je dois tout à ... trop de gens ! Et personne ne me doit rien. Personne ! »
Il part en zigzaguant dans les fourrés juste après cette sortie, sans doute pour cacher ses larmes. Je n'ai pas le temps de l'arrêter. J'hésite un instant à le poursuivre puis je me l'interdis. Il n'est pas mon frère. Il n'est qu'un leurre et un jouet dans un plan monstrueux qui le dépasse et notre ressemblance physique ne doit pas m'aveugler.
« Oh, Cyrus, j'ai tout gâché ! », soupire Ginny l'air sincèrement désolée.
« Je ne crois pas. D'une manière ou d'une autre, il se serait braqué. »
« On n'a rien appris. »
« On a appris qu'il n'est pas si acquis que ça aux Malefoy », je lui fais remarquer.
« Tu crois ? »
« D'abord, il a dit que lui devait des choses, et que personne ne lui devait rien en échange. Franchement il n'avait pas l'air content de cet état des choses ! », j'argumente.
« Et c'est toi qui lui as mis cette idée de la réciprocité dans la tête ? », Ginny demande en me regardant en biais.
« Oui. Pour lui, il devait tout à ses parents, et ça justifiait une obéissance sans aucun libre-arbitre ! »
« On pouvait compter sur toi pour militer que l'obéissance c'était superflu », elle se marre.
« J'ai dit qu'elle se méritait », je réponds un peu vexé quand même.
Ginny lève les yeux au ciel et fait un geste de la main comme pour dire qu'elle préfère changer de sujet :
« Ok, il doute peut-être du bien-fondé de ce qu'on lui demande mais ça ne veut pas dire qu'il va se rebeller ! »
Il me faut quelques pas avant de trouver comment formuler ce que j'ai ressenti quand Nero nous a parlé.
« Il a souligné tous les gens qui attendent des choses de lui... pas seulement ses parents... »
« Qui ça pourrait être ? »
« Eh bien avec ce que Severus a appris en Bulgarie, il pouvait parler de ce maître de potions qui aurait participé à sa naissance », je commence en me disant que nous avons au moins ça en commun, Nero et moi. « Il parlait peut-être aussi de cette femme qui l'a élevé. »
« Elle ne semble pas tellement en position d'exiger grand chose de lui ! », remarque Gin, et son cynisme me déplaît un peu.
« Ça ne veut pas dire que lui ne se sent pas responsable d'elle ! », je contre.
« Tu crois qu'il sait ce qui lui est arrivée ? », demande Ginny, très grave tout d'un coup.
« Qu'il le sache ou non, ça ne change pas grand-chose à ses sentiments », je décide.
« S'il a des sentiments pour elle et qu'il apprenait ce qu'elle vit », me contredit mon amie. « Il en voudrait aux Malefoy, non ? »
« Lui dire ? » je répète avec un soupir.
« Je sais, Cyrus, je sais que tout le monde t'a dit le contraire depuis des mois », elle murmure en se serrant contre moi. « Et moi comme les autres. Mais je pense qu'il faut garder ça à l'esprit et si jamais l'occasion se présente... »
« Qu'on a épuisé les sujets sans danger par exemple », je propose volontairement plus léger. Je crois que j'ai les jetons. Et face à la peur, je ne connais que la dérision.
« A propos de danger, on ferait mieux de se dépêcher pour aller se glisser mine de rien dans le cours de potions », estime Ginny après un coup d'oeil à sa montre. « On manque sacrément d'alibi si jamais ça prend quelqu'un de vérifier ce qu'on a fait en sortant de l'infirmerie ! »
« Deux personnes, surtout de sexes opposés, n'ont jamais besoin d'alibi », je ne peux m'empêcher de continuer à blaguer – ce n'est ni fin ni très à propos et c'est sans doute nerveux. Mais Ginny n'est pas fille à rougir pour si peu.
« Tu m'expliqueras ça en détail si on se prend une semaine de retenue ensemble, hein ! », elle répond en me tirant vers le château. Je me laisse faire.
000
En entrant dans la grande Salle, vendredi soir, ayant soigneusement évité de me faire remarquer depuis la veille avec succès, l'absence du directeur comme du sous-directeur me frappe immédiatement. C'est comme ça : tout ce qui sort de l'ordinaire me rend incroyablement nerveux en ce moment.
« Ils dînent avec Shacklebolt », m'apprend Harry en s'approchant de moi. « Nous sommes invités à nous joindre à eux après. Il y aura aussi Grand-père », il ajoute. À son ton, je mesure qu'il n'est pas moins nerveux que moi.
On se sépare quand même pour dîner avec nos copains respectifs et on fait semblant que tout va bien, on rigole et on discute. Pourtant à chaque fois que nos regards se croisent, l'inquiétude est là. Ginny et Archi ne sont pas dupes mais ils retiennent leurs questions. J'imagine que Ron et Hermione font de même avec Harry. On a de vrais amis.
« Je vous raconterai », je promets aux miens avant de rejoindre mon frère dans le Hall devant la porte menant à l'aile des professeurs.
« On a parlé à Hagrid », m'apprend Harry brisant le silence après quelques marches. « C'est réglé. »
« C'est à dire ? »
« Il va se procurer de l'essence. Pas de problème. Il a même dû déjà transférer le scooter dans son atelier à l'heure qu'il est. »
Je mets trois marches à me convaincre que j'ai bien compris.
« En fait, tu lui as purement et simplement refilé ! », je proteste. C'est quand même mon scooter !
« Franchement Cyrus, ce n'était pas prémédité », m'assure Harry. « Mais quand j'ai commencé à lui parler du scooter, il n'a jamais imaginé que nous pouvions vouloir le garder – pas après ce qui t'es arrivé l'année dernière. Il était trop content qu'on lui demande son aide en plus, tu sais comment il est ! Et je me suis dit que c'était la meilleure solution : personne ne lui reprochera d'avoir un scooter, ni ne s'inquiétera d'où il le sort. » Comme je ne réponds rien, il poursuit : « Il nous le prêtera sans problème, tu le sais comme moi. Et puis, à mon avis, il fera même la modification à laquelle nous pensions ! »
« Génial », je maugrée.
« Il m'a dit qu'il avait toujours envié la moto de Sirius », souffle alors Harry, visiblement partagé entre l'envie que j'accepte et le malaise que la mention de Sirius provoque toujours chez lui.
« Vraiment ? »
« Est-ce que j'inventerais un truc pareil ? »
Je secoue la tête.
« Mais il n'a pas plus le droit que nous de modifier un véhicule moldu », je lui rappelle quand même pour la forme.
« Hermione le lui a répété, tu penses, mais il a dit qu'on ne devait pas s'inquiéter... Tu sais bien qu'Hagrid a toujours eu un rapport particulier aux règles », soupire Harry, un peu gêné.
« S'il se fait prendre... », je regrette déjà à haute voix.
« On paiera l'amende », propose Harry, et je me marre. Il a raison, je décide. Sa solution résout plusieurs problèmes et elle fait plaisir à Hagrid. Que demander de plus ?
« Tope-là ! »
On est donc presque souriants en arrivant à l'appartement mais la manière dont Papa vient nous accueillir et nous conduire vers le salon, un bras passé autour de chacun de nous comme nous consoler déjà d'un chagrin à venir, nous fait perdre ce sourire.
« Je ne vais pas obliger Severus à raconter de nouveau son expérience », il commente en chemin. « Disons qu'elle est malheureusement ou heureusement négative. Sa marque ne réagit pas au portrait comme ta cicatrice, Harry. »
Sur le coup, j'ai l'impression que je vais sauter en l'air de joie. Pas de réaction, pas de Voldemort. Mais Harry a une longueur d'avance sur moi.
« Alors... pourquoi ma cicatrice réagit ? A quoi réagit-elle ? »
« Nous étions justement en train d'y réfléchir », répond Papa en nous faisant asseoir sur le canapé de chaque côté de lui. Grand père Albus et Severus nous font face dans les grands fauteuils. Mae et Kingsley sont côte à côte à notre droite.
« Ma cicatrice n'a jamais réagi qu'à Voldemort », insiste Harry.
« Indubitablement », ponctue Grand-père très grave.
« Donc vous pensez... » continue mon frère, la voix à peine moins ferme.
Papa lui prend la main.
« Harry, on aimerait tous que ce soit différent mais comme tu le dis toi même on a aucun élément qui permette de penser à autre chose qu'à... une forme de Voldemort. »
« Comme le journal ? », demande Harry et je me rends compte qu'il a dû y penser, beaucoup. Et je me rends compte qu'il n'en a rien dit, qu'il s'est même intéressé à mes bêtises d'essence et de scooter...
Papa hoche la tête, Mae a les yeux qui brillent. Kingsley commente :
« Nous le pensons en effet, Harry. Mais comment es-tu arrivé à cette conclusion ? »
« Depuis que... j'ai croisé ce tableau, j'ai repensé aux autres fois... et j'ai repensé au journal dans la Chambre des secrets. Et puis à la liste de Regulus... Le journal, le serpent... Bon j'attends encore l'anneau qui me donnera l'impression que mon crâne veut s'ouvrir en deux », il ajoute avec un petit rire forcé.
« Mais il aurait créé tous ces trucs pourquoi, Voldemort ? », je m'agace, furieux contre le sort qui s'acharne sur mon grand frère et contre mon propre aveuglement qui m'a fait minorer ce qui est en train de se passer.
« Nous devons envisager que le Seigneur des... Voldemort... ait pris des précautions pour assurer sa survie... », énonce presque calmement Severus, sa seule nervosité tenant à avoir hésité sur comment le désigner. En me tournant vers lui, je croise son regard noir et insondable – même Grand-père ne saurait entrer dans son esprit à ce moment-là, je pourrais le parier. Ses pires cauchemars l'ont rattrapé et aucun Patronus ne peut les éloigner.
« Comment ? », je demande encore – je refuse de jouer aux devinettes.
Il y a un frisson parmi les adultes, puis ça se joue entre Papa et Grand-père, et c'est ce dernier qui explique :
« Nous songeons que le probable soit des Horcruxes. »
Par dessus les genoux de Papa, je vois Harry se tendre en entendant le mot. Un postulant briseur de sorts, major de sa promotion, élevé par un professeur de Défense contre les forces du Mal sait de quoi on parle.
« Et pour le tableau comme pour le Journal, ce sont encore les Malefoy », remarque Harry, avec un calme qui me sidère. « Vous croyez qu'ils en ont d'autres ? »
« Je ne sais pas. Mais il est possible qu'il y en ait d'autres », répond Papa, avec une précaution que je sens au plus profond de mes os. Il y a le regard dérobé de Mae. Il y a le changement de position de Grand-père. Il y a quelque chose qu'ils ne disent pas. Quelque chose dont ils ne sont sans doute pas sûrs. Mais quelque chose de terrible et qui concerne Harry. Je pourrais piquer une crise. Ça ne serait pas très difficile. Je sens tous les ingrédients d'une rage adolescente à portée de mon raisonnement. C'est tentant mais en même temps, je ne suis pas sûr que ça les amène à dire ce qu'ils craignent réellement. Je décide donc de leur laisser encore une chance.
« A cause de la liste de Regulus ? », je propose donc.
Papa hoche la tête mais c'est Mae répond pour eux tous. Ce sont-ils donné des rôles ?
« C'est une hypothèse que nous ne pouvons pas éloigner. »
« Alors les Malefoy chercheraient à rassembler les Horcruxes de Voldemort », conclut Harry sur le même ton qu'il ferait un exposé.
« Je ne sais pas », intervient Grand-père. « La magie contenue dans les reliques des fondateurs me paraît difficilement compatibles avec les artefacts sombres que sont les Horcruxes. Je peux me tromper mais je continue de penser qu'ils les recherchent pour donner plus de pouvoir à ce petit Nero. »
Nero. Évidemment. Que n'ai-je encore songé à lui ? Peut-être parce que Harry m'est plus cher que lui... je réalise.
« S'ils cherchaient à rassembler d'autres Horcruxes, de toute façon, ils n'auraient pas intrigué pour en faire entrer un au Ministère !», remarque Kingsley.
« Intriguer ? », répète Grand-père.
« Kingsley, qu'as-tu appris sur le tableau ? », s'enquiert alors Mae en se tournant vers son ex-collègue.
« C'est effectivement un prêt des Malefoy. Quelques jours après leur retour à peine , raconte Kingsley. « Il a beaucoup circulé dans le Ministère depuis. D'abord longtemps dans le bureau de Fudge, puis dans celui d'Ombrage. Il a été aussi dans celui de Percy Weasley – mais à peine deux jours ; il l'aurait immédiatement rendu à Ombrage en prétextant qu'il le mettait mal à l'aise... »
« Percy ? », s'étonne Dora. « Qui d'entre nous pourrait l'interroger sans trop aiguisé sa curiosité ? »
« Je ne crois pas que nous ayons le temps de l'interroger avec subtilité », déclare alors Severus. « Surtout si nous cherchons à connaître ses relations avec le tableau ! »
« Vous avez raison, Severus », tranche Grand-père. « Je vais rendre une visite à mon jeune collègue Percy dès lundi... »
« Vous allez violer son esprit ? », se rebelle presque Dora.
« Sonder ses souvenirs », reformule Grand-père.
« Mais ils veulent quoi ? Transférer un morceau d'âme de Voldemort dans ce gosse ? », intervient de nouveau Harry, et je comprends bien qu'il ne puisse pas penser à autre chose.
« Ce n'est pas impossible, Harry », répond de nouveau Grand-père. « Mais un Voldemort ressuscité, avec son âme et sa volonté propres, leur échapperait rapidement. Je me demande s'ils n'espèrent pas simplement que les Horcruxes guident Nero sur la voie des Ténèbres... »
Guider Nero sur la voie des Ténèbres... « Je dois tout à ... trop de gens ! » a-t-il dit hier. S'estime-t-il redevable envers Voldemort aussi. Comment pourrais-je encore prétendre m'inquiéter pour lui si c'est le cas ?
« Dans tous les cas, il semble important qu'ils ne puissent pas réunir les reliques », intervient Kingsley, pratique.
« L'épée est chez Albus mais nous n'avons aucune idée d'où la tiare, la coupe et le médaillon peuvent être », remarque Mae qui semble elle-aussi préféré ce type de réflexion au maniement des Horcruxes.
« Vu le nombre d'objets qu'ils semblent posséder venant de Voldemort, ils ont le médaillon », estime alors Papa. « S'ils n'avaient rien eu en leur possession, ils n'auraient jamais imaginé un plan pareil ! »
Kingsley fronce d'abord les sourcils mais le regard de Severus lui donne raison.
« C'est malheureusement probable », reconnaît Grand-père.
« Mais la tiare et la coupe ? » insiste Mae.
« C'est ce qu'ils cherchent à Poudlard ! », je propose - ça tient de l'illumination.
« Ce qu'ils cherchaient », corrige maintenant Papa, et tout le monde le regarde. « Ça fait deux semaines que j'observe la carte de Poudlard que Cyrus m'a prêtée. Ils ne cherchent rien. Ils ne vont nulle part ailleurs qu'en cours et au réfectoire. »
« Sauf leurs visites dans l'escalier qui mène au bureau directorial », intervient Severus. « A moins qu'ils aient cessé ? »
« Non, ils y passent tous les jours. Mais il n'y a rien de changé dans cet escalier », répond Papa, l'air un peu découragé.
« Donc, vous pensez, Remus, qu'ils ont localisé les objets et les ont transmis à leurs parents ? », demande Kingsley.
« Je ne vois pas comment, mais je pense qu'ils ne cherchent plus en effet. »
Un souvenir demande mon attention. Et ce n'est pas Sirius. C'est l'assurance de Drago il y a deux semaines. Son père était content de lui. Est-ce que l'arrêt des recherches et cette affirmation peuvent être liés ? J'ai l'envie soudaine d'aller y voir par moi même dans cet escalier.
« Et les fantômes qui ne disent rien !», soupire Mae.
Ah, quand même, ils se sont décidés à les interroger ! - je ne peux m'empêcher de penser.
« Rien ? », je presse Papa.
« Non. Rien de substantiel », il regrette. « Nick et le Baron ont fini par admettre que les jeunes Malefoy les avaient interrogés mais je n'ai rien pu en tirer de plus que des formules sibylline comme : « Rien qui n'intéresse les vivants » ou « Des choses qu'ils feraient mieux de laisser disparaître des mémoires »... »
« Ça donne envie d'en savoir plus ! » remarque Kingsley, et je suis bien d'accord avec lui.
« Albus, vous y arriverez peut-être mieux que moi », soupire Papa.
« Je veux bien essayer, Remus, même si je doute d'avoir plus d'autorité morale que vous. »
« Ils en n'ont peut-être pas dit plus aux Malefoys », espère Mae.
Et comme personne ne trouve rien de plus à ajouter, le silence s'installe dans le salon, interrompu de loin en loin par une branche de résineux qui claque dans l'âtre. C'est Harry qui le brise :
« Donc, je vais devoir détruire ce ou ces Horcruxes pour éviter que Voldemort ne revienne », il énonce, avec un détachement qui me serre le cœur.
« La prophétie demandait que tu l'affrontes, mais ce n'est pas à toi de faire la chasse aux horcruxes », affirme Mae immédiatement. Je note qu'elle pense qu'il y en a plusieurs.
« Je n'étais pas seul non plus pour l'affronter », remarque Harry avec sa grande droiture.
« Tu ne seras pas plus seul cette fois », promet Papa.
« Les Horcruxes ne sont pas des objets à mettre dans les mains d'un... jeune sorcier », intervient Kingsley. « Même terriblement talentueux ! »
Aux poings que Harry serre entre ses genoux, je comprends qu'il n'apprécie pas cette protection. Pourtant moi, j'ai envie d'hurler que je ne veux pas qu'il affronte des tableaux ou des Horcruxes. Que je veux qu'il fasse le mur de Poudlard pour passer un week-end avec sa copine Aurore et qu'on traverse en pétaradant Pré-Abélard à trois sur un scooter...
« Il est sans doute possible que nous puissions détruire ce tableau sans que tu aies besoin d'intervenir, Harry », affirme alors Mae, toujours l'air sur le point de refouler des larmes.
« Je n'en suis pas sûr, Nymphadora », intervient Grand-père. « Je veux dire, bien sûr, techniquement, nous n'avons pas besoin d'Harry. Mais il est lié à Voldemort maintenant, au-delà de la prophétie qui a été faite avant sa naissance. » Papa se raidit en entendant ça – il n'aime pas ce qu'il entend. Moi non plus d'ailleurs même si j'aurais du mal à expliquer pourquoi. « Et il est le seul d'entre nous à parler Fourchelang. Je pense qu'il doit participer. »
« Enfin Albus, vous parlez comme si nous allions sur l'heure aller au Ministère et détruire ce tableau ! » - s'agace Severus qui a peu parlé, je m'en rends compte maintenant. « N'est-ce pas un peu présomptueux !?»
« Je ne vois aucune raison de détruire ce tableau, séance tenante », rectifie Grand-père. « Nous devons en savoir davantage sur son rôle avant. »
« Encore attendre », je gronde malgré moi - Mais savent-ils dire autre chose depuis des mois ?
« Non, Cyrus. Agir. Enquêter, recouper des informations, interroger, surveiller... aucunement attendre », affirme Papa.
« Cyrus, leur plan est au point depuis des années. ça ne fait que six mois que nous cherchons à le comprendre, et vois tout ce que nous avons appris », plaide Mae.
« Mais nous sommes toujours en retard sur eux, non ? » je réplique malgré moi. Comme si j'avais besoin de me disputer !
« Cyrus, au lieu de te concentrer sur ce que nous ne savons pas encore, ou notre éventuel retard, si tu pensais à ce que nous savons déjà », intervient alors Grand-père. « Malgré les apparences, nous savons maintenant vers où chercher ce qui nous manque encore. »
Je retiens le 'grand bien nous fasse' que j'ai sur le bout de la langue. Je sais qu'ils sont frustrés eux aussi et surtout je pense à Harry et au poids qui vient de lui être jeté sur les épaules. Alors sans doute n'est-ce pas le moment d'en rajouter.
« Et maintenant que nous savons que Harry est menacé », intervient Mae, « nous comptons sur toi pour être son ombre, Cyrus. »
Être l'ombre de quelqu'un, c'est comme ça que les Aurors désignent les missions de protection. Comme je suis sûr que ce n'est pas une coïncidence, ça me fait taire mieux que si quelqu'un m'avait engueulé.
« Mais... », tente Harry, « moi je ne veux pas que Cyrus prenne des risques ! »
« Harry, personne ne va prendre des risques inutiles », commence Papa.
« Pour une fois », ajoute perfidement Severus avec un regard éprouvé maintenant sur des générations de fauteurs de troubles.
« Mais nous allons tous nous protéger les uns et les autres, comme nous l'avons tous toujours faits et comme une famille et des amis le font », continue Papa sans même relever.
« Ok », souffle Harry, la tête basse, je crois que là, c'est lui qui doit se battre contre les larmes.
Comme un contre-point, l'horloge du salon sonne dix heures - couvre-feu absolu de l'école, permettant à tous ceux qui ont autre chose à faire que dormir de vaquer tranquillement à leurs activités.
« Je vais vous raccompagner », annonce Papa.
« Reste Remus », le coupe Severus. « Je vais le faire. Tu te dois à tes invités. »
L'échange de leurs regards est bref - mais sans doute plus précis et dense que bien des discours. Papa accepte silencieusement même s'il nous raccompagne jusqu'à la porte et nous serre contre lui comme si on avait dix ans et qu'on venait de faire un cauchemar. Mais Harry a l'air sonné et je me fais son ombre plutôt que de faire le malin. Jamais mission ne m'a été aussi simple à accepter.
« Severus... tu n'as vraiment rien ressenti ? », demande mon frère alors que nous avons presque fini de descendre l'escalier.
« Non Harry, rien. Le serpent m'a longuement regardé quand je me suis campé en face de lui. Il a essayé de me parler mais je ne comprends pas le Fourchelang. Mais jamais ma marque n'a réagi. »
« Personne ne m'a réellement expliqué... en quoi ma cicatrice est différente ? Il m'a marqué, non ? »
Severus ouvre la porte du Hall d'entrée, nous fait sortir, referme avant de répondre :
« Elle est différente, Harry. Il nous a marqués volontairement ; toi, c'est un accident. Il voulait te tuer, rappelle-toi, pas faire de toi un de ses fidèles. »
« Et ça explique tout ? », se rebelle presque Harry.
« L'intention est importante en magie, elle change profondément les résultats », lui rappelle Severus plutôt gentiment le connaissant.
« Ok. Il a créé involontairement un lien différent entre nous », reformule Harry, plus calme, plus analytique, plus Harry.
« Qui explique que tu perçoives ses Horcruxes et pas moi », ajoute Severus. « Remarque que si l'inverse avait été vrai, nous aurions su que ces horreurs existaient bien avant. »
« C'est vrai. Sans doute ne voulait-il pas que vous puissiez savoir ça », renchérit Harry.
« Donc on a un avantage ? » je m'enquiers.
Severus me regarde assez longuement avant de me répondre pour que je me demande ce que j'ai dit d'aussi décevant :
« Aucun avantage n'est jamais gratuit, Cyrus. »
« Tu penses que ce lien est aussi... une faiblesse », s'inquiète Harry, « qu'il peut l'utiliser ? »
« Nous savons peu de chose, Harry, trop peu de choses pour nous laisser aller à trop de théories fumeuses », répond Severus lentement et en lui prenant le bras – geste suffisamment rare pour indiquer son émotion. « Laisse-nous, Albus, Remus, moi, Kingsley, jouer avec les théories. Occupe-toi seulement à être sur tes gardes et à te préparer au combat. »
« Au combat ? », répète mon frère d'une voix atone.
« Oui. Nous vous attendons tous les deux demain – Remus, Dora et moi. Il est temps que vous réaffutiez vos réflexes. »
« Ok », souffle Harry, un peu pâle mais avec une flamme nouvelle dans le regard, comme si l'idée de s'entraîner le rassurait. Je le comprends, ça me fait le même effet.
« Nous avons prévu trois séances par semaine », précise Severus. « Avec vos devoirs, ça va sans doute vous obliger à abandonner votre projet appliqué d'études des moyens de transport moldus aux écervelés que vous avez traînés dans cette aventure. »
On s'arrête en même temps Harry et moi.
« Tu... tu as trouvé le scooter ? », je demande stupidement.
« Papa est au courant ? », s'inquiète Harry, plus pratique que moi. Aucun de nous deux n'avons l'air bien adultes en cet instant, je crois.
« Remus trouve déloyal d'utiliser la carte pour savoir ce que vous fabriquez », nous apprend Severus sur un ton qui indique ce qu'il pense d'une telle auto-limitation. Si je comprends ses regrets, je bénis dans l'instant que mon père ait de tels scrupules.
« Le scooter va disparaître », s'empresse d'affirmer Harry.
« Vraiment ? »
« Je... nous l'avons donné à Hagrid », il explique, avec un calme que j'admire.
« Hagrid ? », éternue Severus. « Vous pensez résoudre quoi que ce soit en donnant un tel objet à quelqu'un n'a jamais été capable de garder le moindre secret !? »
« Je t'avais dit, Harry, c'est à Severus qu'on aurait dû l'offrir », je me risque.
« Severus, il n'y a rien de secret... », commence courageusement Harry.
« Demain 14 heures chez moi », le coupe abruptement Severus en nous abandonnant au pied de la tour de Gryffondor. « Ne soyez pas en retard ! »
oooo
Il paraît que je poste trop vite (MDR)... Alors je vous la demande, vous la voulez la semaine prochaine la suite ?
Severus y raconte, entre autres, ce fameux entraînement et ça s'appelle : La disparition de l'espoir...
Vous avez intérêt à être nombreux à réclamer pour l'avoir mardi prochain ! Sinon, des nouvelles fraîches du passé, du présent et du futur sur mon blog.
