Disclaimer: vous savez tous que Harry et son univers n'appartiennent qu'à J.K. Rowling et que je ne touche aucun subside de cette histoire
Merci aux lecteurs qui auront surmonté mon absence et à tous ceux et touts celles qui m'ont soutenu durant l'écriture de cette fic.
Chapitre XXXVI Profondément enfoui
Harry porta machinalement sa main à sa joue. Voilà qui était étrange, ses bribes de souvenirs associaient cette superbe jeune fille à des gestes plus agréables et moins agressifs. Il faudrait qu'il tente de se rappeler ce qu'elle avait à lui reprocher.
- Est-ce que tu sais à quel point je me suis inquiétée ?! cria-t-elle au bord de la crise de nerfs.
A tout hasard, Harry adopta une attitude repentante en baissant la tête, comme un petit garçon à qui on ferait la leçon. Ce changement de comportement s'opposait fondamentalement à l'image qu'il avait donnée de lui-même en combattant Voldemort en combat singulier et surprit la plupart des nouveaux membres de l'Ordre.
- Je suis désolé, se contenta-t-il de répondre.
- Parce que tu crois que ça va suffire ? s'agaça Ginny. Etre désolé ne guérira pas Hermione. Etre désolé ne justifiera pas les morts d'aujourd'hui !
- Hermione ? s'inquiéta Harry.
Il ne savait pas pourquoi, mais son cœur se serra à cette annonce.
- Oui, Hermione, ton amie qui a tout fait pour te retrouver ; qui s'est battue contre des loups-garous et qui pourrait bien devenir une des leurs si on ne lui trouve pas d'antidote très vite. Et moi qui croyais que tu avais retrouvé la mémoire ! s'écria la jeune Weasley.
Elle empoigna Harry par le bras et il se laissa entraîner, tout en tentant désespérément de retrouver au fond de son cerveau des informations sur cette Hermione pour laquelle il s'inquiétait si fort, sans pourtant parvenir à se rappeler son visage.
C'était la mémoire vierge qu'il s'était retrouvé à fuir dans les rues de Londres, puis dans la campagne anglaise. Fuir ses souvenirs effrayants réveillés par Kingsley, fuir le regard des autres et surtout fuir ce qu'il avait été. Il avait gardé tous ses automatismes : il savait lire, parler. Peu à peu, ses pouvoirs magiques étaient revenus et il connaissait suffisamment de magie pour attirer à lui les objets de première nécessité: nourriture, couverture, et même de l'argent parfois. Quelque chose en lui indiquait que c'était mal, mais il avait trop faim, trop froid, trop sommeil pour s'en soucier. Il aurait pu vivre longtemps comme cela, errant sans but dans les rues et les banlieues résidentielles, mais il y avait les cauchemars.
Nuit après nuit, il avait revécu les épisodes les plus douloureux de sa vie : la mort de ses parents, ses combats contre Voldemort, la mort de Cédric et de Sirius. Dernièrement, il avait reçu une lettre. Une lettre qui avait réveillé de vagues souvenirs, des souvenirs doux et amers. De l'amour, de l'amitié, mais aussi une énorme attente, comme si tous les espoirs des gens qu'il connaissait reposaient sur ses décisions. Paniqué, il avait repoussé les images qui lui venaient et avait répondu au courrier par une fin de non recevoir. Mais un visage lui était revenu en mémoire : une jeune fille aux cheveux flamboyants. Et c'est en y pensant qu'il s'était endormi.
Et il avait eu un rêve. Un rêve. Pas un cauchemar. Cela avait commencé dans une crypte, et il avait comme plongé dans un énorme livre posé sur un lutrin. Des gens l'avaient accueilli. Il ne savait pas très bien qui ils étaient, mais s'était senti en confiance, parmi les siens. Oui, c'était ça : en famille. Il avait parlé avec un homme vêtu d'un habit moyenâgeux, des personnes âgées et un mage à la longue barbe blanche et aux yeux pétillants.
Il avait compris qu'il avait une mission à accomplir, une mission difficile, lourde pour ses épaules. Mais curieusement, il s'était senti à la hauteur. Ces gens croyaient en lui et, surtout, lui avaient proposé de l'aider. Le problème, c'est qu'il ne savait plus trop comment, quand il s'était réveillé à l'aube de ce jour de Noël.
Encore à moitié dans son rêve, il s'était levé et avait marché un moment, alors que l'aube se levait. Tout à coup, une chaleur était montée en lui. Il avait senti sa magie brûler dans son corps, devenant insupportable. Il fallait qu'il l'utilise, il fallait que cette puissance sorte de lui et son cerveau enfiévré avait recherché une cible. Celui qui hantait son sommeil, celui dont la présence entraînait toujours la douleur et la peine, s'était imposé à lui. Il avait désiré de toute son âme le retrouver et le combattre. C'est le moment qu'avait choisi un magnifique oiseau pour lui apparaître dans une gerbe de flammes. Un nom était venu naturellement aux lèvres de Harry : Fumseck. L'oiseau lui avait offert la magnifique épée d'argent qu'il tenait dans ses serres. Lorsque ses mains s'étaient resserrées sur la poignée de l'épée de Godric Gryffondor, Harry était plus déterminé que jamais.
La Magie Ancienne l'avait appelé, de plus en plus forte. Il avait senti le pouvoir caché de la colline de Glastonbury et les forces noires qui la combattaient. Une haine immense l'avait envahie, ainsi qu'une résolution froide. Il allait mettre fin aujourd'hui au règne de celui qui se faisait appeler le Seigneur de Ténèbres.
Il avait alors chevauché la vague de la magie primaire qui l'avait appelée et s'était retrouvé sur cette colline, surmontant une scène d'apocalypse.
Quand Harry sortit de ses pensés, il se trouvait devant le lit où gisait Hermione, autour de laquelle s'affairaient Slughorn et Lupin. Ron, assis à son chevet, lui tenait la main.
Personne ne sembla surpris par la présence de Harry. Mrs Weasley se retint à grand-peine de le serrer contre son cœur, jugeant le moment inopportun, au vu de l'état d'Hermione.
- Comment va-t-elle ? hasarda Harry.
- Elle est au plus mal, répondit Remus. Et elle n'est pas la seule. La Potion Pleine Lune utilisée par les loups garous a renforcé certaines de leurs particularités.
- C'est une préparation créée à partir de leur sang, expliqua Horace Slughorn. C'est pourquoi l'infection est encore plus virulente lorsque l'on est touché.
- Il n'y a rien qu'on puisse faire ? demanda Harry.
- Personne n'a jamais trouvé de remède à la lycanthropie, Harry, répondit tristement Remus. Toutefois, ce n'est pas une infection naturelle. Il est possible que sur la base de la Potion Tue Loup, nous trouvions un remède.
- Severus n'est pas le seul à savoir la fabriquer, ajouta Slughorn non sans suffisance.
Harry se pencha sur Hermione et lui prit la main. L'espace d'un instant, il se revit à douze ans dans la même situation, au milieu d'une infirmerie. Une Hermione pétrifiée gisait sur un lit. L'image disparut presque aussitôt.
- Harry ? Tu te souviens de quelque chose ? s'enquit Ron en voyant l'air troublé de son ami.
Mais Harry ne répondit rien. Ses jambes se dérobèrent sous lui et Ginny n'eut que le temps de le retenir avant qu'il ne s'effondre. Ursula Pomfresh l'allongea sur un lit voisin et l'ausculta.
- Il est simplement évanoui. Rien d'étonnant à cela, si les rumeurs de son duel contre Voldemort, qui sont parvenues jusqu'ici, sont fondées.
- Il a probablement encore épuisé ses réserves magiques, suggéra Ron.
- Pas cette fois. Vous n'avez rien remarqué d'étrange, pendant le combat ? le contredit Lupin. Aucun de ses sorts n'étaient très lumineux, et pourtant ils semblaient efficaces. J'ai l'impression qu'il gère très bien sa magie : il en utilise peu par rapport au résultat qu'il obtient
- Et d'après ce que je peux voir, ses réserves magiques ne sont pas épuisées, compléta Ursula. C'est le trop plein d'émotions qui a causé sa perte de conscience.
- Si ça arrive à chaque fois qu'il retrouve la mémoire… dit Ron.
Mais personne ne prit la peine de terminer la phrase du jeune Weasley ou de répondre à son hypothèse. Tous savaient que Harry souffrirait encore longtemps des séquelles de l'assaut mental de Voldemort.
- Les blessés sont-ils transportables ? demanda Kingsley en entrant dans la tente de l'hôpital de campagne.
- Pour la plupart, répondit Ursula. Certains devront attendre encore un peu avant de subir un transplanage d'escorte. Mais où comptez-vous les emmener ? Sainte Mangouste ne pourra pas tous les accueillir et nous savons tous qu'ils n'y seront pas en sécurité.
- C'est pour cela que l'Ordre a acheté un manoir perdu dans les montagnes galloises, annonça Kingsley. Le transplanage en sera d'autant moins éprouvant au vu de la distance et il bénéficie des mêmes mesures de sécurité que le Quartier Général.
- Et pour Harry ? s'enquit Ginny.
- Il viendra avec nous au Quartier Général de l'Ordre. Je crains qu'il ne faille reprendre les séances de légilimancie pour lui faire retrouver la mémoire, dit Shacklebolt.
Lorsque Harry reprit connaissance, il se trouvait dans une pièce qui lui était familière. Les mots "Square Grimmaurd" s'imposèrent à lui. La chambre était plongée dans l'obscurité. Seul un timide rayon de lune avait osé s'y aventurer, dispensant un peu de lumière. Lorsque ses yeux s'habituèrent à l'obscurité, Harry constata que personne d'autre que lui n'occupait la chambre. Il aurait espéré que Ginny serait venu le veiller, mais elle était en colère après lui et il le savait. Il se doutait bien que les jours qu'il avait passés loin d'elle était la cause de son courroux, et se demandait comment pourvoir se faire pardonner.
Il se demanda comment il avait atterrit dans cette pièce. Il finit par se rappeler le combat contre Voldemort, tous ces inconnus qui l'appelaient par son prénom, la gifle, et son amie bouclée qui gisait livide sur un lit. Ensuite ses yeux s'étaient voilés… il avait dû s'évanouir ! Il grogna d'agacement. Des syncopes. Il ne manquait plus que cela !
Par association d'idée, il se remémora soudain ses pertes de conscience passées : après la visite du Détraqueur dans le Poudlard Express, lors d'un match de Quidditch…
- Voilà qui est bon signe Monsieur Potter, il semble que vous commenciez à retrouver un peu la mémoire, dit une voix sarcastique sortie de nulle part.
Harry sursauta et scruta la pénombre sans trouver celui qui avait parlé.
- Je suis là, Monsieur Potter, dans le tableau, ricana la voix sortie du néant.
Harry avisa en effet un tableau qui lui inspira méfiance. Le portrait représentait un homme brun à la barbiche taillée en pointe et aux fines moustaches. Mais chose plus étonnante pour Harry, il semblait pouvoir se déplacer dans sa toile.
- Il semblerait que l'héritier de Serpentard vous ait fait plus de mal que je ne le supposais, Monsieur Potter.
- Et vous êtes ? demanda Harry un peu agacé par le ton hautain du personnage.
- Je suis Phineas Nigellus Black, l'aïeul de votre parrain. Nous nous sommes déjà parlé à l'occasion, mais je ne peux pas dire que nos rapports étaient des plus cordiaux.
- Tiens donc ! feignit de s'étonner Harry.
- Mais nous reprendrons cette conversation plus tard, quelqu'un désire vous parler, s'interrompit Phineas Nigellus en saluant de manière désinvolte, le regard tourné au- dessus de l'épaule de Harry.
Harry se retourna et découvrit Kingsley se tenant sur le seuil de la porte, accompagné d'Ursula. La Médicomage s'approcha du jeune homme pour l'ausculter. Pendant ce temps, Shacklebolt entama la conversation :
- Comment te sens-tu, Harry ? demanda l'Auror.
- J'ai connu mieux, répondit Harry. Quelle heure est-il ?
- Dix-neuf heures, répondit Kingsley. Tu sais où tu es ? La mémoire t'est revenue ?
- Pas vraiment, soupira Harry. Je ne sais pas qui vous êtes. Mais je me souviens effectivement de certaines choses… des choses désagréables pour tout vous dire.
- Ce qui t'est revenu à l'esprit quand tu as reconnu Hermione était désagréable ? demanda Ursula.
- Eh bien, je l'ai revue, pétrifiée dans une infirmerie, dit lentement Harry. Cela devait être il y a longtemps car elle paraissait beaucoup plus jeune. Et il y a quelques instants, je me suis revu jouer au Quidditch au milieu de Détraqueurs, ajouta-t-il après réflexion.
- Voilà une bonne nouvelle, se réjouit Kingsley, avec le sourire contraint que l'on adopte en présence d'un malade. Mais ne te force pas à retrouver la mémoire, elle reviendra petit à petit.
- Mais je veux que ça me revienne maintenant ! s'agaça Harry. Au fait, c'est ma mémoire qui est sélective ou je n'ai que des problèmes dans ma vie ?
Kingsley et Ursula se regardèrent.
"Tu as eu de bon moments… enfin je crois, tenta de l'encourager l'Auror.
- Plus tard, nous permettrons à Ginny de monter te voir, lui promit Ursula. Cela te rappellera sûrement des moments agréables.
- Vous croyez ? Elle m'a giflé, la dernière fois qu'on s'est vu ! indiqua Harry, dubitatif.
- Ne t'en fais pas. Ce sont les femmes qui ont le plus de caractère qui laissent les meilleurs souvenirs, répliqua Kingsley d'une bonne humeur réelle cette fois-ci, tout en s'écartant prudemment d'Ursula qui le foudroya du regard.
Harry ne put s'empêcher de sourire. Il se dit qu'il devait bien aimer cet homme, avant de tout oublier. Mais l'Auror avait repris son sérieux.
- Harry, avant que tu… disparaisses, nous avions commencé à travailler ensemble, toi et moi. Pour t'aider à retrouver tes souvenirs, justement. Tu te rappelles ce qu'est la légilimancie ?
- Vous entrez dans ma tête ? demanda automatiquement Harry, étonné de retrouver spontanément cette connaissance.
- Oui, c'est exactement ça. Si tu le veux bien, on pourrait continuer les séances.
- S'il cela peut m'aider, je veux bien tenter l'expérience, décida Harry. J'espère que je vais rapidement me souvenir de tout. C'est affreux de se retrouver avec des gens qui vous connaissent mieux que vous-même !
- Oui, cela doit être pénible, compatit Ursula. Mais le cerveau humain est une chose étonnante. Je suis certaine que tu retrouveras la mémoire plus vite que tu ne le crois. Ton corps s'adapte à une vitesse folle. Il a déjà augmenté tes réserves de magie. Il a appris à emmagasiner plus de réserves après la bataille d'Azkaban. La preuve, elles ont à peine été entamées par ton dernier combat contre Voldemort.
Il fallut du temps à Harry pour assimiler cette nouvelle information. La vision d'Azkaban, comme toutes les scènes pénibles, lui revint facilement. Il se rappela de l'immense fatigue qu'il avait éprouvé à l'issue de ce combat. Il était devenu plus puissant ? Tant mieux. La détermination qu'il s'était forgée en venant à Glastonbury s'en trouva renforcée.
Cela l'amena à repenser au rêve qu'il avait fait sur… oui, c'était son nom, Godric Gryffondor. Et Dumbledore, mais oui, le professeur Dumbledore, comment avait-il pu l'oublier ? Ces deux hommes avaient affirmé qu'il était à la hauteur de ce qui l'attendait et lui avait donné… était-ce l'épée que Fumseck lui avait fait parvenir avant sa dernière bataille ou autre chose ? Il fronça le sourcil, agacé de voir cette scène lui échapper.
Pendant ce temps, Ursula l'avait examiné et avait fit signe à Kingsley que tout allait bien.
- Harry, je voudrais te poser une question, reprit Shacklebolt. Te rappelles-tu ce que tu as fais ces dernières semaines.
En quelques mots, le jeune Potter leur brossa ses errances à travers l'Angleterre et les bribes de mémoires qui lui étaient revenues. Ensuite il décrivit comment il avait senti la puissance de la bataille, la formidable vague de magie, l'arrivée de Fumseck…
- Fumseck ?! s'étonna l'Auror, mais alors l'anneau ?...
- Quel anneau ? demanda Harry d'une voix brusque, persuadé qu'il aurait dû pouvoir répondre à cette question.
Kingsley lui parla de l'anneau qu'il avait entrevu au doigt de Harry lors de sa confrontation mentale avec Voldemort et qui avait disparu depuis lors.
- Tu ne sais pas d'où il peut provenir ? demanda Shacklebolt. Tu as dit l'avoir trouvé dans le coffre de tes parents chez Gringott's
- Peut-être oui… Non ! s'écria soudain Harry, je me souviens. C'est ça que m'a donné Dumbledore, oui, c'est bien ça !
- Dumbledore ?!!! s'écria Kingsley. Quand te l'a-t-il remis ?
- Je ne sais pas trop, il me semble que c'est très récent, avança le jeune homme, tout en se demandant d'où lui venait cette conviction.
- Mais Dumbledore est mort en juin dernier, objecta Ursula Pomfresh. C'est impossible !
- Je vous ai dit ce dont je me rappelle ! se justifia Harry. Il se peut que ce soit plus ancien, je n'en sais rien !
- Nous ne mettons pas ta parole en doute, dit Ursula d'une voix apaisante.
Harry se calma et se rassit sur son lit.
- Allons-y, je suis prêt, dit-il à Kingsley.
- Maintenant ? s'étonna l'Auror. Je pensais commencer demain.
- Pourquoi attendre ? demanda Harry en haussant les épaules.
- Tu n'as pas faim ? s'étonna la Médicomage ?
Harry allait répondre que non, mais il se dit que la sourde douleur qu'il ressentait au creux de l'estomac correspondant effectivement à une sérieuse fringale. Il se leva pour se rendre à la cuisine mais Ursula s'interposa d'une voix gênée :
- Je suis désolée, Harry, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée que tu rencontres tes amis maintenant. Tes souvenirs risquent de revenir de façon trop brusque et je ne suis pas certaine que tu le supporterais…
Harry faillit protester, puis il se dit que s'il rencontrait les autres hôtes de cette maison, il allait devoir raconter à nouveau ce qu'il était devenu, répondre à toutes les questions… et la séance de légilimancie en serait retardée d'autant. Il se rassit donc en hochant la tête pour signifier son accord.
Ce point réglé, l'Auror regarda en direction de la Médicomage, comme s'il s'attendait à ce qu'elle assure l'intendance. Mais cette dernière ne sembla pas trouver que cela allait de soi et les deux adultes s'affrontèrent en un silencieux duel visuel pour déterminer lequel des deux allait descendre chercher un plateau pour le jeune homme. Finalement, Ursula s'installa résolument dans un fauteuil tout en continuant à soutenir son regard sans ciller.
L'air dégoûté, Kingsley céda et sortit brusquement en bougonnant une phrase où il était question de femme qui confondent caractère et entêtement. Il revint au bout de quelques minutes, portant un plateau surchargé.
- Ne te sens pas obligé de tout manger, fit-il remarquer en le posant sur le bureau de la chambre. Molly a fait du zèle, je le crains.
Harry mangea près de la moitié de ce que la mère de famille avait prévu pour lui, avant d'admettre qu'il ne pouvait rien avaler de plus. Ensuite, sur les conseils de Kingsley, il s'allongea sur son lit et tenta de faire le vide dans sa tête, pour laisser l'esprit de l'Auror investir ses pensées.
Il eut du mal à se détendre, au début, car des visions d'un cachot sombre et d'un homme au nez busqué s'immisçant brutalement dans ses souvenirs le crispait malgré lui. Puis l'amitié et l'inquiétude qui teintaient les pensées du grand homme noir penché sur lui, le mirent en confiance, et il arriva à se laisser aller.
La séance dura une bonne heure, et Harry fut soulagé de constater que des souvenirs moins douloureux arrivaient à se frayer un chemin jusqu'à se conscience. Harry avait revécu son aventure avec Ron et Hermione à la recherche de la pierre philosophale. Certains passages avaient semblé l'émouvoir plus que d'autres. Lorsqu'il s'était revu sur le balai à la poursuite de la grosse clé ailée, Ursula avait été surpris de le voir adopter des postures de joueur de Quidditch sur son lit.
Puis des souvenirs moins plaisants avait douché son enthousiasme : les regards furieux qui les retenues sanglantes de Dolorès Ombrage, les messages de Tom Jedusor sur les murs de Poudlard, le vol fantomatique vers Londres à dos de Sombral. Doucement, Kingsley mit fin à l'exercice.
- Comment tu te sens, lui demanda-t-il ?
- Un peu confus, mais content d'avoir retrouvé de bons souvenirs de mon passé, avoua Harry dont les paupières se faisaient lourdes.
- Tu as besoin de récupérer, lui conseilla Ursula en ramenant les couvertures sur lui.
Harry obtempéra sans protester et se laissa border. Ses deux visiteurs lui souhaitèrent une bonne nuit, mais il ne les entendit vraisemblablement pas. Ses yeux se refermèrent sur les souvenirs fraîchement repêchés dans les abîmes de sa conscience. L'Auror et la Médicomage quittèrent la pièce sur la pointe des pieds. Sur le palier, Kingsley retint Ursula qui s'apprêtait à descendre rejoindre les autres :
- Tu l'as senti toi aussi ? s'enquit-il.
- Je ne vois pas comment j'aurais pu manquer quelque chose de cette ampleur, répondit la jeune femme. Je n'avais jamais senti autant de magie chez quelqu'un.
- La seule personne de cet acabit que j'ai rencontrée était Dumbledore, confirma Shacklebolt. Je ne pensais pas que son potentiel magique pouvait atteindre de tels sommets.
- Il n'a pas terminé son ascension, tu sais. Je pense qu'il a atteint le maximum de ses réserves magiques, mais je suis certaine qu'il peut encore progresser dans d'autres domaines.
- Eh bien ! Harry Potter n'a pas fini de nous étonner, conclut l'Auror.
