A/N : Gallanodele : Bien observé ! Comme la plupart de mes titres de chapitre, celui-ci vient d'une chanson que j'aime beaucoup. Je laisse courir le suspens quant au père de ces enfants, merci pour ton commentaire et bonne lecture !
Majamaja: Eh oui des jumeaux ! C'est ce qui arrive quand l'auteure n'arrive pas à se décider entre deux prénoms et deux futurs fiefs ;)
Birds of a Feather
Chapitre XXXVI – Who would ever want to be Queen ?
Quand elle se réveilla, ce fut de la même manière que l'on se réveille d'une noyade : en sursaut, en cherchant partout l'air dont dont on a manqué. Ou de la même manière que l'on se réveille d'un cauchemar : en sursaut, toujours, en cherchant quelque chose, n'importe quoi, à quoi se raccrocher. Elle ouvrit grands les yeux, la respiration hachée et saccadée, et tenta de vain de trouver ce quelque chose à quoi se raccrocher. Elle ne comprenait pas, ne se souvenait pas, mais elle reconnaissait la pièce et l'idée même la terrifiait.
Elle tenta de se redresser mais lâcha un gémissement de douleur et abandonna. Elle était si infiniment faible qu'elle parvint à peine à poser sa tête sur le bois du lit pour au moins ne plus être allongée. Elle passa une main sur son visage et déglutit difficilement. Rien n'avait de sens. Que faisait-elle dans cet état dans le lit de Tywin Lannister ? Non… Pas son lit. Son ancien lit. Elle se rappela de la bataille, de l'échec cuisant de Cersei Lannister, de son suicide. Le lit de Davos. Elle eut un pauvre sourire. Il avait à peine acquis le titre et ses droits qu'il perdait celui d'avoir ses propres appartements.
« Ravi de vous voir éveillée, madame. »
Elle aurait sursauté si elle en avait eu la force. Elle se contenta de tourner la tête vers la voix qui l'avait interpelé. Stannis Baratheon… Sa majesté le roi Stannis Baratheon, se trouvait dans l'encadrement de la porte, visiblement surpris soit dans sa sortie, soit dans son entrée. Elle lui fit signe de rentrer, comme si un monarque avait besoin d'une autorisation pour entrer dans la chambre de l'un de ses sujets. Il tira la chaise qui se trouvait devant la coiffeuse et s'assit au bout de son lit, en face d'elle.
Il n'était pas souriant – ç'aurait probablement été trop demander à un tel homme de l'être, même couronné, même tout puissant. Mais il paraissait détendu. L'image était surprenante, mais pas désagréable. Rien de grave ne s'est passé durant mon… Absence. Etrangement, ce fut cette idée qui la sortit de son trouble. Ça et le léger vent frais qui traversait les fenêtres.
« Votre majesté, » le salua-t-elle d'une voix éraillée. Elle l'éclaircit. « Pardonnez-moi, je suis…
- Fatiguée, oui, c'est le moins que l'on puisse attendre de vous. Je venais prendre de vos nouvelles… On peut dire que je suis arrivée au bon moment.
- Suis-je… Absente depuis longtemps ?
- Près d'une semaine, ma Lady.
- Une semaine ? »
Elle écarquilla les yeux. Une semaine ?! Une semaine à… Dormir ? Être inconsciente ? Elle détourna le regard et regarda de nouveau autour d'elle. Elle n'avait pas tout de suite vu que la pièce avait changé, depuis la dernière fois qu'elle y était entrée. Ou depuis la dernière fois que je l'ai observée. Les étendards Lannister avaient disparu, ainsi que les ferroneries figurant des lions. Elle avait été en fait été dépouillée de toute emblème quelles qu'elles aient pu être, ce qui lui donnait un air étrangement neutre. Nu.
Une semaine, se répéta-t-elle pour tenter d'assimiler l'information. Une semaine entière. Quand elle revint observer le roi, il était toujours en train de l'observer. Il avait perdu un peu de sa décontraction et semblait revenu à sa réserve habituelle. Elle n'aurait pas su dire si ce changement d'ambiance la rassurait ou l'inquiétait un peu plus.
« D'après votre mestre, un quelconque réveil devait tenir un miracle. » Ce qui explique la décontraction initiale. « Une partie de la cour porte déjà votre deuil.
- Mon deuil ? La cour ?
- Il faut croire que vous représentez plus que vous ne le vous figurez, madame. Votre présence a d'ailleurs manqué aux séances du Conseil restreint que nous avons organisé.
- Je vous prie de me…
- Vous excuser d'avoir manqué de mourir en couches ? »
Ah oui… C'était ça. Elle baissa les yeux sur le drap dont elle était couverte. Il était encore un peu déformé au niveau de son ventre, mais rien de comparable avec ce qu'il avait pu être avant… Tout ça. Elle resta silencieuse un long moment. Elle avait des dizaines de questions à poser, mais elles n'étaient pas de bonnes questions. Elle voulait savoir ce qu'il était advenu de Tywin Lannister si l'Ouest s'était rendu. Si d'autres procès avaient eu lieu, s'il y avait eu des acquittements ou si tous avaient été condamnés. Elle voulait savoir ce qu'il s'était passé pendant son inconscience, reprendre là où elle l'avait laissé son rôle de membre du Conseil restreint.
Mais elle n'était pas supposée se préoccuper de toutes ces questions. Tout ce qui devait compter, c'était son enfant, sa santé, son état. Savoir qui s'en occupait et comment. Savoir s'il irait bien ou si l'accouchement difficile avait impacté sa santé. Mais elle ne parvenait pas à prononcer la moindre de ces interrogations. Elles sonnaient étrangères, comme si elle n'était pas celle qui aurait dû les poser. Pourtant si. C'est de mon enfant que l'on parle.
« Mestre Vyman vous parlera de tout cela mieux que moi, mais le prince Oberyn s'est chargé de vos fils. » Mes ? Ah… Oui il y en a deux. Le regard de Stannis se fit légèrement réprobateur. « Au point de quelque peu délaisser ses obligations auprès de la couronne.
- Il a… » s'étonna-t-elle. Elle se mordit la lèvre. « Je ne peux pas me dire surprise, majesté, mais je lui dirai de reprendre son poste auprès de votre Conseil.
- Il vous écoutera probablement plus que son propre roi, oui. »
Elle sentit le sous-entendu que sa remarque contenait, mais refusa de le noter. Elle n'avait pas envie d'aborder ce sujet, surtout dans son état de fatigue. Elle aurait préféré se réveiller en présence d'un mestre, ou de n'importe qui, finalement, sauf de Stannis. Elle avait déjà l'impression de tomber de sommeil et résistait uniquement parce qu'il était présent, qu'il était son droit et qu'elle avait le devoir de l'écouter et de le conseiller. Si Oberyn pouvait arriver et interrompre tout ça… Quelques images lui revinrent de ce qu'il s'était passé dans ce même lit une semaine plus tôt, de son regard inquiet et de son sourire. Elle les rejeta. Pas devant le roi.
Roi qui continuait de la fixer comme s'il cherchait quelque chose en elle. Ou comme s'il cherchait quelque chose tout court. Qu'est ce qu'il ne me dit pas ? Ordinairement, elle n'avait aucune difficulté à savoir ce que pouvait lui cacher sa majesté le roi Stannis – il n'était pas l'homme le plus secret du monde et, plus que ça, elle savait souvent ce qu'il allait lui annoncer avant qu'il ne pense à le faire. Elle était trop épuisée pour ne serait-ce qu'imaginer ce qu'il pouvait bien avoir à lui dire de si grave. Et trop épuisée pour essayer de lui faciliter la tâche ou briser le silence. Il finit par le faire, bien sûr, mais au bout de ce qui lui parut être une éternité.
« Comme je vous l'ai dit, le Conseil a manqué de votre expertise, cette dernière semaine. » Ce n'était toujours pas un reproche. C'était une simple constatation. « Sur des sujets… Que je ne peux prétendre maîtriser.
- Quels sujets, majesté ?
- De quelle manière… S'assurer que les maisons nobles de Westeros et leurs gens acceptent mon accession au trône. » Elle fronça légèrement les sourcils devant la formulation de la chose. « De quelle manière leur inspirer de la loyauté et de l'affection, comme le tourne Ser Mervault.
- Y'a-t-il un problème avec vos sujets ?
- Rien dont je sois au courant, mais ces premières semaines seront décisives. Vous l'avez vous-même dit. »
Elle acquiesça avec l'étrange impression que Stannis tournait autour du sujet sans jamais vraiment l'aborder. Si ce n'était qu'un problème de stratégie politique, la question aurait été simple et directe : qu'est ce qu'il devait faire pour ne pas que ses propres sujets se retournent contre lui à la première occasion, ou regrette les précédents monarques. Et elle aurait répondu en évoquant un couronnement, ou des mesures gracieuses envers le peuple, quelles qu'elles soient.
Mais ce n'était pas l'objet de cette discussion. Elle tenta de s'asseoir, sans grand succès, mais parvint à se tirer un peu plus haut sur le lit. Elle n'arrivait pas à réfléchir allongée et elle sentait ses paupière s'alourdir dangereusement. Eh bien, parle, songea-t-elle en lui renvoyant son regard fixe. N'y tenant plus, elle finit par reprendre la parole.
« Majesté, je crains de ne pas vous suivre. Souhaitez-vous que je donne des ordres ? Que je vous conseille sur ce sujet ?
- Non, madame. Rien de tout cela. » Il s'éclaircit la voix. « En votre absence, le Conseil a néanmoins statué sur cette question. Il est plutôt évident que je ne suis pas un homme de cour et que je n'entends rien à ces stratégies que vous parvenez à mettre en place. Je n'ai aucun goût pour ces dernières et il est inutile que je prétende le contraire.
- D'après mon expérience, altesse, après ce genre de discours apparaît souvent un 'mais'.
- Vous êtes ce mais, Lady Shara, » souligna-t-il. Elle cilla. « Je n'ai plus d'épouse et le royaume a besoin d'une reine. Si cette reine était capable de faire ce dont je ne suis pas capable, peut-être que Westeros aurait une chance supplémentaire de retrouver une paix durable. »
Elle cligna des yeux plusieurs fois, sans comprendre. Suis-je de nouveau endormie ? Elle baissa les yeux, regarda autour d'elle. Non, c'est toujours la chambre de la Main. Et le regard de Stannis n'avait pas bougé. Est-ce qu'il… Elle tenta à plusieurs reprises de répondre, sans succès. Que pouvait-elle répondre ?
Elle aurait pu répondre un « oui » fier. Ou timide, ou modeste. Elle aurait pu sourire et se dire honorée d'une telle demande avant d'effectivement répondre oui. Elle aurait pu faire beaucoup de choses avant de répondre un oui évident. Alors pourquoi je ne le fais pas ? Elle revit le visage d'Oberyn, sa main sur sa joue, la manière dont il avait prononcé les prénoms de ses enfants. Elle l'imagina en train de s'assurer qu'ils allaient bien au lieu d'assister aux séances du Conseil restreint. Et les mots restèrent bloqués dans sa gorge alors qu'elle aurait dû les crier. Imbécile, se maudit-elle. Stannis lui tendait une couronne. La couronne. Ce dont elle rêvait depuis toujours sans l'avouer à qui que ce soit et surtout pas elle-même. Et tout ce à quoi elle pensait, c'était à un homme qui finirait par la trahir, tôt ou tard. Alors qu'elle s'attendait à une remarque, son silence ne parut pas vexer Stannis qui hocha la tête. Elle balbutia avant qu'il ne la coupe.
« C'est bien la première fois que la glaciale Shara Arryn aura été laissée sans voix, » nota-t-il. « Je ne suis pas certain que beaucoup d'hommes puissent s'en vanter.
- M-Majesté, je suis… Honorée d'une telle demande.
- Mais. » Il sourit. Calmement. « Il y a aussi un mais après ce genre de phrase et votre mais porte le nom d'Oberyn Martell.
- Je…
- On ne ment pas à son roi, madame. »
Elle se tut. C'était le seul moyen pour elle de ne pas mentir et de ne pas dire à haute voix qu'il était effectivement son mais. Elle baissa les yeux. Elle n'avait pas le droit de refuser, pas après tout ce qu'elle avait fait pour en arriver là. Il était trop tard pour reculer – elle en avait eu l'occasion avant le couronnement et elle avait refusé.
Elle ne comprenait pas sa propre hésitation. Elle pouvait devenir reine de Westeros. Et elle l'aurait mérité, après tout ce qu'elle avait accepté de faire, de dire pour Stannis. Mais elle songeait à tout ce qu'Oberyn avait fait pour elle. Le combat qu'il avait mené contre son propre frère. Ellaria. Les promesses. Et tout le reste, tout ce qu'elle refusait de regarder en face mais qui était aussi réel et lourd de conséquences que la couronne qu'on lui proposait. Oui, il allait la trahir. Mais était-elle prête à le trahir de cette manière ? Maintenant ?
« Ce que j'attend de vous, madame, » reprit Stannis, la sortant de son trouble. « C'est une reine. Pas une épouse.
- Je ne…
- La couronne a déjà un héritier. Une princesse, en la personne de Shireen. Elle est jeune, mais j'entends la voir me succéder. Je ne veux pas d'autres enfants qu'elle. » Sa gêne était perceptible et la laissait silencieuse. Elle n'avait jamais vu Stannis Baratheon chercher ses mots à ce point là. « Et je ne veux pas une autre épouse. »
Il était de renommée globale que Stannis Baratheon était aussi à l'aise avec son épouse que son frère l'était avec les femmes en général. Et ça n'avait rien à voir avec une quelconque inclinaison – il n'était plus pas capable d'agir en tant que mari. Oh, il avait accompli son devoir, la présence de Shireen et les quelques fausses-couches de feue Selyse Baratheon l'attestant. Mais ce n'était pas avec entrain.
Elle n'était donc pas surprise qu'il ne veuille pas s'imposer ce genre d'obligations de nouveau, surtout maintenant qu'il n'en avait plus besoin. En ce qui la concernait, elle n'aurait jamais imaginé ce genre de choses se produire. Stannis Baratheon n'était pas un homme pour elle, de la même manière que son père n'en était pas un et que Tywin Lannister était resté une abstraction jusqu'à détruire tout le respect qu'elle avait pour lui en en devenant un. Elle allait reprendre quand il lui fit signe de ne pas l'interrompre. Elle obéit.
« Vous êtes jeune, madame. Jeune et visiblement attachée au prince Oberyn. Je n'exigerai rien de vous, si ce n'est la totale et parfaite loyauté que vous m'avez promise.
- Je n'ai jamais eu l'intention…
- Je le sais. Et je vous sais plus que consciente de la réelle motivation de Dorne. » Il se releva et fit les quelques pas qui le séparait de son lit. « La décision vous appartient. Je sais que vous resterez un de mes plus fidèles conseillers quoiqu'il arrive. »
Il resta debout quelques instants sans bouger. Elle le fixa dans le silence le plus total. Un compromis… C'était ce qu'il lui offrait. Mais ce n'était pas parce qu'elle l'acceptait qu'Oberyn, lui, l'accepterait. Une demi-trahison restait une trahison – elle était bien placée pour le savoir. Elle baissa les yeux sur ses mains. Stannis Baratheon était son roi. Il le serait quelle que soit sa décision – mais il ne serait jamais que ça. Mais elle pouvait être reine. Elle pouvait obtenir plus de pouvoir qu'elle n'en avait jamais eu. Elle pouvait peut-être éviter le désastre qui se profilait en la personne de cette princesse aux cheveux argentés et aux yeux violets. Ou peut-être serait-elle au moins capable d'en réduire les conséquences. Son cœur lui hurlait d'accepter, puis de refuser, puis d'accepter.
Son esprit, lui, travaillait à plein régime malgré l'épuisement. Peut-être pouvait-elle convaincre Oberyn que tout ceci était la seule décision rationnelle. Lui montrer que malgré tout ce qu'elle pouvait dire ou faire officiellement, il était… Elle déglutit. Elle était… Non, pas maintenant. Elle prit une profonde inspiration. Il y avait bien quelque chose qu'elle pouvait faire pour lui, qu'elle était la seule à pouvoir faire pour lui. Une chose qu'il ne devait même pas imaginer possible. Oui… Elle sourit et releva les yeux vers Stannis Baratheon.
« Oserais-je, majesté, vous réclamer une faveur ?
- Vous ne vous êtes jamais posée ce genre de questions auparavant madame, » remarqua-t-il. « Ne commencez pas aujourd'hui.
- Je suis plus qu'honorée par votre demande, et je l'accepte. » Il acquiesça. « Ce n'est pas une condition que j'impose à mon acceptation, plutôt… Un cadeau que je vous demande. »
Elle parla et il écouta. Il ne fit pas de commentaire sur sa demande, il se contenta d'hocher la tête. Elle ne s'attendait pas à beaucoup de résistance, mais elle ne pensait pas que ce serait si facile. Considérez ça comme un gage de bonne volonté, lâcha-t-il avant de sortir de sa chambre. Elle observa la porte un long moment. Elle avait encore du mal à accepter tout ce qu'il venait de se passer. Reine. La reine Shara Baratheon. Elle sourit toute seule. Elle avait l'impression qu'elle était encore en train de fantasmer, perdue dans les méandres de la fièvre et de l'épuisement. Sa majesté Shara Baratheon. C'était comme à l'époque où elle s'imaginait mariée avec tous les bons partis de Westeros et qu'elle essayait tous les noms pour trouver celui qui lui irait le mieux. Aucun parti ne valait celui-ci.
Elle était en train de sombrer dans le sommeil, perdue dans ces pensées, quand la porte se rouvrit. C'était mestre Vyman, un air tout simplement stupéfait au visage. Il se précipita presque à son chevet, et sans rien dire, vérifia les battements de son cœur, sa respiration, son pouls, la couleur de ses yeux. Contrairement à Stannis qui, contrairement à ce qu'il avait pu dire sur l'aspect miraculeux de son réveil, ne paraissait pas plus choqué que ça à l'idée qu'elle ait effectivement survécue, le mestre semblait ne pas comprendre. Il s'assit sur le tabouret près de sa tête de lit et lui adressa un sourire ébahi. Elle eut un petit rire.
« Vous me donniez donc morte à ce point là ?
- Votre état était des plus graves, madame, » se justifia-t-il rapidement. « Vous avez perdu énormément de sang et vous avez déliré pendant plusieurs jours avant que votre fière ne finisse par tomber. Je n'osais pas…
- Ne vous inquiétez pas. Vous avez raison. » Elle prit une profonde inspiration pour essayer de se réveiller. « Sa majesté m'a dit que mes enfants vont bien.
- Ils se portent aussi bien que possible. Le prince Oberyn s'est chargé de leur trouver des nourrices et les supervise quotidiennement. »
Tu m'en diras tant. Elle hocha la tête et elle l'écouta lui dire ce qu'il s'était exactement passé pendant son accouchement. Elle s'était mise à saigner profusément, sans qu'il n'arrive à trouver pourquoi. Une fois les jumeaux venus au monde, il avait encore fallu plusieurs heures pour définitivement endiguer les saignements. Elle avait déjà perdu conscience à ce moment là et ne l'avait pas reprise avant… Eh bien un peu moins de deux heures. Il parla d'anomalies physiques héréditaires et elle ne put s'empêcher de penser à sa mère qui n'avait pas eu sa chance et était morte en lui donnant naissance. Oh, elle n'était pas exactement triste à cette idée. Elle ne savait rien d'elle. Elle était une cousine éloignée de son père, ils ne s'étaient pas mariés par amour. C'était tout. Personne ne lui avait rien dit à son propos. C'était comme Rowena Arryn n'avait jamais existé et que Shara Arryn était apparue miraculeusement.
Elle se rendit à peine compte que Vyman avait arrêté de parler. Quand elle le comprit, ce fut seulement quand elle sentit le poids de son regard peser sur ses épaules. Il s'était tu en plein milieu d'une phrase, du moins il en donnait l'impression, et paraissait ne pas savoir comment la poursuivre. Est-ce qu'ils le font tous exprès ? Elle n'était pas plus en état de jouer aux devinettes qu'avec Stannis – encore moins, même. Elle fronça les sourcils.
« Eh bien ?
- Je… Je disais donc que vous allez probablement devoir rester alitée encore plusieurs jours. Et que vous allez garder quelques… Séquelles.
- C'est à dire ?
- Votre accouchement a été très difficile, vous l'aurez compris. Il a beaucoup fragilisé votre corps.
- Mestre, » lâcha-t-elle, au bord de l'agacement. « Venez-en au fait.
- Je crains que vous ne puissiez plus avoir d'enfants, madame. »
Elle allait répliquer. Mais elle ne trouva rien à dire. Ce n'était évidemment pas une bonne nouvelle, elle était parfaitement capable de le comprendre. En d'autres termes, son accouchement l'avait rendue stérile. Une raison de plus d'accepter la proposition de Stannis. C'était la seule chose qu'elle parvenait à penser. Elle avait reçu beaucoup trop d'informations en une journée et elle n'arrivait pas à les classer.
Elle allait devenir reine, si elle arrivait un jour à sortir de ce lit sans se vider de son sang. Elle n'aurait plus d'enfants. Elle considéra ces deux nouvelles. Elle n'avait jamais désiré avoir d'enfants – elle n'avait pas exactement eu le choix jusque là. Etait-elle vraiment triste ? Non… Non. Elle ne savait juste pas quoi répondre au mestre et à son air éperdu. Est-ce que les autres femmes se mettent à pleurer dans ce genre de situation ? Ses enfants étaient en bonne santé. Son futur… Mari ? Oui, mari, n'en voulait pas d'elle.
Ses pensées dérivèrent. Elle ne savait toujours pas de qui ses enfants étaient. Personne n'avait fait la moindre allusion à quoique ce soit – comme si ce n'était pas important. Mais poser la question à ce pauvre Vyman allait probablement l'achever. Il s'attendait visiblement à la voir s'effondrer. Je les verrai. Ce sera plus simple. Mais elle n'était pas en état de parler ou de voir qui que ce soit d'autre. Elle avait besoin de dormir, besoin d'enregistrer tout ce qu'elle avait appris en à peine deux heures.
« Je vous remercie, mestre Vyman, » déclara-t-elle finalement. « Pouvez-vous avertir le prince Oberyn que je vais bien ?
- Evidemment, madame.
- Mais j'ai besoin de me reposer. Ne le faites pas rentrer avant… Quelques heures. Je ne serais pas capable d'avoir de conversation.
- Très bien.
- Oh, et… » Elle s'enfonça dans les draps. « Quand il viendra, qu'il vienne avec Jon et… Alec. »
Il acquiesça. Il eut l'air inquiet quelques instants avant de finalement sortir. Elle n'attendit pas que la porte se soit fermée pour se retrouver de nouveau allongée. Ses yeux se fermèrent d'eux même et elle n'eut guère le temps d'essayer mettre de l'ordre dans ses pensées qu'elle sombra dans un sommeil profond et maladif.
