Chapitre XXXVI
Bonnes et mauvaises nouvelles
L'invisible araignée de la mélancolie étend toujours sa toile grise sur les lieux où nous fûmes heureux et d'où le bonheur s'est enfui.
BOLESLAW PRUS
Zelda était assise sur sa couche, seule, dans la misérable chambre qu'on lui avait attribuée. L'auberge étant pleine à craquer de réfugiés, elle était parmi les rares avec ceux de la Résistance à avoir échappé au dortoir commun et à l'incommodité de celui-ci. Elle avait perdu son statut de Reine, mais ses compagnons et sauveurs continuaient tout de même à lui manifester toute la bienséance due à une souveraine. Certes cette chambre miteuse ne valait pas même un placard à balais de son ancienne demeure, mais au moins elle était à l'abri des regards, et pouvait se laisser aller à pleurer toutes les larmes de son corps si elle en avait besoin, et les Saintes Trois seules, savaient à quel point elle en avait besoin…
Elle avait tout perdu. Veuve à trente ans d'un mari qu'elle commençait à peine à aimer après ce mariage arrangé, à présent déflorée et sans enfants pourtant, elle ne pourrait sans doute jamais se remarier. Elle n'avait plus ni père ni mère, ni famille. Des amis ? Elle ne savait point ce que c'était. Oui, elle était seule, et le problème était bien là. Même celle en qui elle avait vu une éventuelle confidente ne semblait se soucier d'elle. Elle venait bien la visiter de temps à autre, mais l'air suffocant de ce cloaque la rendait acariâtre. Ou bien était-ce à cause de ce Fénir, cet homme arrogant qu'elle avait promu lieutenant peu de temps avant les événements… Zelda voyait bien que les pensées de Shindel se tournaient vers cet homme aux mœurs libertines, mais que pouvait bien lui trouver la princesse sheikah ?
Zelda, le regard vague, s'imagina alors à la place de son aïeule, celle que l'on avait autrefois surnommée « l'aliénée ». Alors que la Guerre des Peuples avait ravagé Hyrule, elle avait sombré dans la folie, déchirée par la perte de Shindel, son amie, et même disait-on, son amante cachée. Les Trois lui avaient alors délivré la prophétie. Cette même prophétie qui faisait qu'aujourd'hui, la guerre faisait de nouveau trembler les terres d'Hyrule.
La reine déchue participait de moins en moins aux réunions qui se tenaient dans la salle commune de l'auberge de Cocorico, terrifiée par ce qu'elle pouvait y apprendre de nouveau à chaque instant. Il y a trois jours à peine, Artaban, le chevalier au catogan rapportait encore de bien mauvaises nouvelles. Peu après la tuerie dans le village d'Edeli, c'était Amphipolis qui se trouvait maintenant entourée de gobelins. Il avait fallu peu de temps à Ganondorf pour envahir les régions de Lanelle, Firone et Latouane. À présent, celle d'Ordinn était elle aussi en partie sous le joug de l'ennemi. Amphipolis demeurait jusqu'à présent la dernière frontière entre l'empire du mal et un Hyrule libre. Et si cette cité marchande tombait, autant dire qu'il en était fini d'Hyrule et de ses provinces jadis prospères.
Zelda se leva, prise de nausées. Il était de plus en plus courant que son corps rejette tout ce qu'elle essayait d'avaler ces derniers temps. Elle était pâle, fatiguée, malade. La jeune femme pencha son visage au-dessus de son pot de chambre et eut un haut le cœur. L'estomac vide, tout ce qu'elle rendit ne fut qu'un peu de bile, ce qui la soulagea tout de même un peu. Elle lâcha alors un terrible sanglot en s'essuyant le visage du revers d'une manche de sa robe défraîchie, tandis qu'on frappait à la porte.
« Partez, je ne veux voir personne », lança-t-elle la voix brisée.
Mais la porte s'ouvrit tout de même. Décidément, quel privilège lui restait-il ?
« Désolée de mon impolitesse ma Reine, mais cela fait trois jours que nous n'avons plus signe de vie. »
Zelda reconnut aussitôt la voix de Shindel. Elle venait finalement lui témoigner un semblant d'intérêt…
« Je ne veux voir personne Shindel, répéta-t-elle. Allez-vous-en.
- Alors, vous me vouvoyez de nouveau, Majesté ? répondit Shindel en fermant la porte derrière elle.
- Et… vous alors ? rétorqua Zelda, piquée au vif.
- Je pensais, que nous étions devenues des amies. »
La sheikah croisa les bras sur sa poitrine. On devinait un sourire en coin sous l'écharpe qui dissimulait une partie de son visage. La Reine se retourna alors, et plongea son regard turquoise dans les yeux clairs de Shindel.
« Je n'ai aucune amie, trancha Zelda. Pars donc ! Tu ne supportes aucunement cet endroit je le sais. »
Elle s'appuya sur le dossier d'une chaise, l'autre main sur son maudit estomac qui lui jouait des tours.
« Tu es presqu'aussi sotte que ton aïeul, rétorqua Shindel en ôtant sa longue écharpe.
- Je n'en sais rien… Mais je suis en passe de devenir aussi folle qu'elle, c'est certain, répondit l'intéressée d'une voix tremblante.
- Alors c'est ça qui te tracasse ? »
La Reine demeura muette et tourna le dos à la princesse sheikah. Un long silence s'installa entre les deux femmes tandis que la pluie martelait les fenêtres de la misérable chambre. Shindel soupira, puis fit quelques pas et força Zelda à se tenir face à elle.
« Écoute moi Zelda. Ton ancêtre n'était point une aliénée. C'était une femme sensée, à laquelle il est arrivé des choses insensées. Elle a sombré dans la mélancolie, et elle s'est éloignée de ses seuls amis. Ainsi lorsqu'elle a pris connaissance de la prophétie, plus personne n'a voulu croire en elle. »
Shindel posa une main sur le visage émacié de la Reine, ruisselant de larmes, et plongea ses yeux dans les siens.
« Je suis là Zelda, nous sommes tous là. Notre union est tout ce qu'il nous reste. Ne laisse pas le désespoir avoir raison de toi.
- Mais, l'enfant… Ce jour là… sanglotait à présent la Reine. Elle m'a appelé « l'aliénée », elle m'a dit…
- Que cela se reproduirait, oui je sais, coupa Shindel. Elle avait en partie raison. La guerre, les flammes, la mort, le chaos… Elle a dit vrai.
- Elle m'a appelé « l'aliénée », répéta Zelda en tremblant de tout son être.
- La voix des morts Zelda… Les voix qui sortent de la bouche d'Alysse sont celles des morts de ce lointain passé. C'était une mise en garde, rien de plus. Tu étais sur le point de commettre une erreur irréparable souviens toi. La même erreur que celle qui a mis à mort Saïnee et les siennes autrefois. Si Saïnee était morte de nouveau ce jour-là, les Déesses ne te l'auraient pardonné cette fois, car il ne doit surtout pas en être ainsi… Mais elle est toujours là, et toi aussi aujourd'hui tu as ton rôle à jouer.
- Je ne suis pas certaine…
- Bien sûr que si. Et je te promets que quoi qu'il arrive, je ne te laisserai pas seule cette fois. »
La sheikah déposa un baiser sur le front de sa protégée.
« Tu es froide comme le Temple de l'Ombre Zelda. Tu n'as rien mangé récemment… Tu es presqu'aussi maigrichonne qu'Everlee, ce n'est pas peu dire ! »
Shindel enroula son écharpe autour des frêles épaules de la reine.
« C'est que, je ne peux plus rien avaler ces derniers temps, se défendit Zelda.
- Je vais demander au père Reynald de t'examiner.
- Ce n'est pas la peine, rétorqua la jeune femme.
Mais le regard que lui lança la sheikah la dissuada de la contredire d'avantage.
Colin et Link marchaient côte à côte au cœur de la Cité d'Amphipolis. Jadis bondée de monde, la rue principale était à présent quasi déserte. Seuls quelques habitants prenaient le risque de mettre le nez dehors pour aller chercher les provisions nécessaires à leur survie. Les marchands ne faisaient plus halte ici, certains même esquivaient la route des épices, cette grande voie qui traversait le pays de haut en bas et permettait de rejoindre Labrynna au nord, et Termina au sud, sans emprunter les terribles Montagnes de la Mort. Aujourd'hui, même ces montagnes sordides valaient mieux que de mettre un pied à Hyrule. Seules les tavernes et les bordels recelaient de monde. Même les auberges les moins réputées étaient pleines à craquer de réfugiés des diverses régions du pays. En ces temps de guerre, le peu de chaleur humaine que pouvaient offrir ces lieux étaient plus que la bienvenue.
Les deux bretteurs devaient retrouver Fénir dans l'une de ces tavernes miteuses qui faisaient la réputation du quartier de Pilsath, le nord mal famé d'Amphipolis. Ils traversèrent une partie de la ville à pied, sous la pluie qui tombait drue et emportait avec elle les immondices que la populace jetait par les fenêtres. Puis ils bifurquèrent par une ruelle sombre vers le quartier susnommé et s'enfoncèrent dans les méandres de la ville. Parvenus à la porte d'un bâtiment nommé « La Taverne des Frères Hilir », Link ôta la capuche de son épaisse cape de voyage. Il avait bien sûr laissé son habit vert pour une tenue plus discrète aujourd'hui.
« Je crois que c'est ici, dit le guerrier en désignant l'enseigne qui pendait minablement au-dessus de la porte de l'échoppe.
- Oui c'est bien… aïe ! »
Colin qui avait lui aussi ôté son capuchon se massa l'arrière du crâne sans terminer sa phrase et fit volte-face.
« Qu'y a-t-il ? demanda Link en portant la main à son épée.
- J'ai reçu quelque chose derrière la tête, répondit Colin en mettant une main sur la garde de son arme également.
- Pssst ! M'ssieurs… »
Les deux hommes plissèrent les yeux afin de distinguer quelque chose dans l'obscurité des lieux. Un jeune garçon dissimulé au coin d'une ruelle leur faisait signe. Ils s'approchèrent, prêt à tirer leur épée s'il le fallait.
« M'ssieurs Link et Colin, c'est vot'ami qui m'envoie, leur dit le gamin. I m'a dit d'vous dire qu'i vous attendrait dans la ruelle des Tanneurs, en face d'l'auberge des Braises Rouges, dans une heure. Faites attention d'pas êt' suivis. C'trop risqué ici.
- Comment s'appelle celui qui t'envoie petit ? demanda Link.
- I m'a pas dit son nom. Un type brun, grand, riche… »
Le gosse fit tinter sa poche visiblement remplie de rubis, Fénir ne s'était pas moqué de lui, bien que le risque pris par ce gamin en valait la chandelle.
« Merci petit, file à présent.
- Ne pas être suivi, répéta Colin l'air maussade tandis que le gosse déguerpissait.
- Fénir pense sûrement que Ganondorf lui a collé un mouchard, fit remarquer Link.
- Très bien, que fait-on alors ? »
Link réfléchit un instant puis répondit :
« Mêlons nous à la population quelques instants, puis partons discrètement. Si on erre dans les rues sans but on est cent fois plus repérables. »
Colin acquiesça. De toute façon, il n'avait point d'autre solution.
Une heure s'était presque écoulée lorsque les deux voyageurs quittèrent l'auberge. L'alcool à bas prix coulait à flot dans l'établissement, aussi, personne ne prêta attention aux deux hommes qui sortirent dans la rue à la tombée de la nuit. Ils marchèrent en silence, vérifiant à chaque coin de rue que personne ne suivait leur piste, puis aboutirent finalement au lieu du rendez-vous.
« Par ici ! », lança une voix sortie de l'ombre.
Fénir entraîna ses deux amis au détour d'une ruelle encore plus sombre et miteuse que tout ce qu'ils avaient vu précédemment. À l'abri sous un petit appentis, il prit la parole.
« Je n'irai pas par quatre chemins, ça sent le roussi les amis ! Les deux affreuses qui collent ce gros puant de Ganondorf se doutent de quelque chose, elles m'ont fait suivre. Je crois que j'ai finalement réussi à semer cet abruti de rouquin, mais on ne sait jamais, c'est un malin ce type…
- L'armée de Ganon. Combien d'hommes ? demanda aussitôt Colin.
- D'hommes ? Très peu. Mais des monstres… Il y en a des nouveaux chaque jour, mais je crois que j'ai compris. Le pouvoir qui lui permet de générer ces machins vient de son médaillon, là où crèchent les deux greluches. Ce sont elles qui lui fournissent son pouvoir.
- Tu penses pouvoir le détruire ? questionna Colin derechef.
- Il ne s'en sépare jamais bien entendu… Qu'est-ce que tu croyais ? On ne pourra s'y attaquer qu'au moment venu.
- Mais en attendant, son armée devient chaque jour plus forte, fit remarquer Link.
- Et Ordinn s'affaiblit de plus en plus, ajouta Colin. Il n'y a pas de temps à perdre.
- Ganon sait depuis le début que la Résistance se terre à Ordinn, mais il pense que votre fief se trouve à Amphipolis. Les gobelins se font de plus en plus nombreux autour de la ville. Jusqu'à présent, les murs de cette ville ont tenu, mais Ganon prépare une attaque. Autant vous dire que s'il jette son armada de monstres sur la cité, elle est perdue d'avance.
- Quand ? demanda simplement Link.
- Je n'en sais rien… Il ne me fait pas encore totalement confiance j'ai l'impression. L'information est plus que confidentielle, même les deux moches ne semblent pas au courant ! »
Colin se mordit la lèvre inférieure en pensant aux nombreuses victimes que cela ferait encore. Personne ne dit mot durant quelques instants, laissant la pluie briser le silence sordide qui régnait en ces lieux.
« Comment va ton bras ? osa finalement demander Fénir au Héros.
- Mieux, répondit simplement l'intéressé.
- Il a une bonne infirmière, ironisa Colin.
- Mmmh… Je vois, sourit Fénir.
- Et toi, comment vas-tu Fénir ? demanda Colin. Tout le monde est inquiet tu sais… »
C'était vrai, de ceux qui avaient échappé au joug du démon ce soir là, ils étaient nombreux à s'inquiéter tout de même du sort de leur compagnon qui risquait sa peau à chaque instant.
« Ho moi ? fanfaronna le brun. Je suis bien traité ! Du vin, des femmes dans ma couche autant qu'il m'en faut… Ho à propos de ça, n'oubliez pas de transmettre mes amitiés à Shindel. »
Il se passa sensuellement la langue sur la lèvre supérieure et gratifia ce geste presque vulgaire d'un clin d'œil empli de sous-entendus.
« Oui tiens, elle m'a dit de te dire que tu n'étais qu'un abruti au fait, répondit Colin sur un ton qui se voulait parfaitement neutre.
- Tsss… Quelle garce ! »
Le capitaine croisa les bras sur son torse, avec une expression de profond agacement sur le visage.
« Je pense que tu devrais dire à Ganondorf que la Résistance est localisée à Cocorico, coupa Link.
- Tu as perdu la tête ! s'offensa Colin.
- Il n'a peut-être pas tort, rétorqua Fénir en sortant de sa bouderie. Réfléchis. Si Ganon apprend que les résistants se terrent à Cocorico, il va vouloir contourner Amphipolis pour attaquer le village. C'est Link qu'il veut en priorité, et Zelda. Ils sont les symboles de la Résistance, les porteurs de la Triforce. S'il a ces deux là, Amphipolis sera de toute façon à ses pieds.
- Et cela éviterait de mettre la ville à feu et à sang, ajouta Link.
- Et peut être que les gorons de la cité nous prêteraient main forte. Nous pourrions prendre en étau son armée lorsqu'elle sera dans la plaine d'Ordinn, renchérit le capitaine.
- Ne craignez-vous pas qu'il contourne Ordinn et s'en prenne à nous par les Montagnes de la Mort ? objecta Colin. Il a bien agit ainsi lorsqu'il a pris Lanelle, au nez et à la barbe de tout le monde ! Qui aurait songé que depuis le désert, il rejoigne Hyrule par les Hauts Plateaux ?
- Mais les Montagnes ne sont pas les Hauts Plateaux, fit remarquer Link. Elles regorgent de gorons, et je doute que ceux-ci se laissent envahir par une armée de gobelins. Ils laissent passer les marchands, mais ils vouent une haine sans limite aux créatures du mal.
- Je ne pense pas que nous soyons assez préparés pour une attaque imminente, dit Colin.
- De toute évidence, acquiesça Fénir.
- Mais nous ne pouvons nous cacher éternellement, trancha Link. Notre seule chance est d'affronter Ganon dès que possible et de détruire ce médaillon.
- Alors nous sommes d'accord », conclut le brun.
Colin acquiesça finalement, la mine basse. Il s'était juré plus tôt de ne plus jamais avoir peur, mais en cet instant, la terreur s'immisçait en lui et lui prenait les tripes.
Les trois amis s'étreignirent, puis après de brefs adieux, Fénir se faufila le premier dans la sombre ruelle des Tanneurs et s'éloigna à pas feutrés. Peu après, Link et son ami quittèrent à leur tour la ruelle et s'engagèrent dans la cité plongée dans l'obscurité. Colin était désemparé, la tête lui tournait et ses oreilles bourdonnaient. Il était terrifié à l'idée que Ganon puisse mettre main basse sur le pays tout entier, main basse sur Saïnee… L'air hagard, il bouscula un passant dont il n'entrevu que deux yeux sombres sous une capuche vert émeraude et s'excusa rapidement avant de reprendre son chemin. De retour dans la grande rue principale, les deux cavaliers récupérèrent en silence leurs montures impatientes de fouler de nouveau le sol de la plaine et s'en retournèrent vers Cocorico au triple galop.
Une réunion de plus se tenait ce soir là à l'auberge de Cocorico. Lorsque Colin et Link rentrèrent finalement à bon port, chacun de leurs amis et alliés se tenaient là, en silence. Everlee sauta dans les bras de son bien aimé, elle qui s'inquiétant tant à chacune de ses absences. Il la serra contre lui et déposa un tendre baiser dans son cou.
« Pourquoi êtes-vous tous donc encore debout à cette heure tardive ? demanda Colin inquiet à Saïnee alors qu'elle se glissait derrière lui et posait ses lèvres sur sa nuque.
- Le Père Reynald est en train d'examiner la Reine, répondit-elle.
- Sa Majesté ne va pas très bien depuis que nous sommes ici », argumenta Jehd sous le regard inquiet de sa femme.
Le bibliothécaire remonta ses lunettes sur son nez aquilin, tandis qu'à côté de lui Artaban, le chevalier au catogan affichait un air impassible, appuyé nonchalamment contre le mur derrière lui. Les autres ne dirent mot non plus. La mine inquiète, Luda, la fille du prêtre se tenait près de la guerrière Ash, fière et imperturbable. À leurs côtés, les enfants Tarik et Alysse, puis Shindel qui gardait toujours un œil ouvert sur cette marmaille. Même Telma avait quitté ses fourneaux pour s'asseoir aux côtés de ses convives. Derrière, quelques autres têtes de la Résistance se tenaient là également. Quelques gorons, dont un plus rocailleux et imposant que ses congénères du nom d'Arramir, et même un élégant zora qui avait quitté ses eaux tièdes de Lanelle pour se joindre aux rebelles : le Prince Lars en personne.
La porte à l'étage s'ouvrit alors. Apparurent dans l'embrasure de celle-ci le père Reynald accompagné de Zelda, pâle, maigre et fatiguée. Elle avait couvert ses frêles épaules avec l'écharpe de Shindel. Reynald tint la main de la Reine lorsque celle-ci descendit les marches des escaliers qui aboutissaient à la salle commune. Ils s'avancèrent vers l'assemblée silencieuse et inquiète, puis le prêtre prit la parole.
« Notre Reine a besoin de se refaire une santé, mais ne craignez rien, ses jours ne sont pas en danger. »
Des soupirs de soulagement se firent entendre, et la tension présente descendit d'un cran.
« Cependant, la Reine est d'accord pour que je vous annonce quelque chose. »
Les visages se figèrent de nouveau.
« Notre souveraine bien aimée attend un heureux événement. »
Des sourires illuminèrent les visages présents, et des explosions de joie retentirent alors dans la salle commune. Il y eut des rires, des applaudissements, des silences remplis d'émotions, des larmes, des étreintes, des regards qui en disaient long… Zelda sentit alors un poids s'envoler de son cœur. Elle n'était pas si seule finalement…
Telma décréta « tournée d'hydromel offerte par la maison ! » et s'enfuit vers la cave, le visage enfoui dans son mouchoir brodé. Colin serra la main de Saïnee un peu plus fort tandis que Shindel prit Zelda dans ses bras.
« Cela ne lui ressemble pas pourtant », s'amusa Iria devant cet élan d'affection.
Au milieu des éclats de joie, Link passa un bras autour de la taille d'Everlee avec qui il échangea un regard plein de tendresse et d'espoir pour l'avenir.
Lorsque Shindel desserra finalement son étreinte, tous s'empressèrent de féliciter la Reine dont les larmes montaient aux yeux.
« Félicitations Majesté !
- Tous nos vœux de bonheur ma Reine !
- Je vous en prie... », coupa alors Zelda.
Le silence se fit de nouveau.
« Appelez-moi Zelda, juste Zelda… mes amis. »
