Bonjour à tous ! Je tiens à m'excuser pour ce mois d'absence, mais la vie réelle réclame parfois beaucoup trop de temps et nous empêche de nous plonger dans les fanfictions. Cependant, je vous remercie pour tous vos commentaires : ils m'ont encore une fois fait un immense plaisir ^^
RAR aux anonymes :
Yuuchan : je t'ai répondu personnellement ^^
Bb : Soit le ou la bienvenu(e) ! Je suis ravie que mon intrigue t'attire. Certes, je ne suis pas tendre avec le personnage de Ginny, donc il est difficile de l'apprécier. Mais c'est un peu comme Harry : en murissant, elle deviendra probablement plus agréable. Pour Harry : il continue à prendre confiance en lui, donc je pense qu'il deviendra encore plus intéressant au fil des chapitres. Ce chapitre t'apportera quelques réponses sur des pistes lancées voilà quelques temps, mais nous ne reverrons pas Margaux et les Lutins tout de suite. Je suis contente que tu attendes la suite : merci pour ton commentaire et tes encouragements.
Résumé du chapitre précédent :
Draco s'est réfugié dans sa chambre pour fuir les rumeurs, reparties de plus belle depuis que le professeur Jansson a révélé ses perturbations magiques et qu'il a avoué ne plus avoir de baguette. Il craint également sa rencontre avec les professeurs d'Anatomie et de Psychomagie qui doivent l'analyser.
Pour se changer les idées, il se plonge dans la lecture d'un livre d'Alan Mixcoa, sur les Aztèques. La fin du monde qu'ils avaient imaginée ressemble de façon troublante aux Temps Sombres qu'il a annoncés, en tant que rêveur, et il décide donc de continuer ses recherches par le livre de Xochitl Tonatiuh, qui a inspiré Mixcoa.
Chapitre 7 : Les ennuis commencent
Partie 5 : Les sources
Dimanche 13 septembre, matin
Cela faisait déjà une heure qu'il attendait que Joyce – le bibliothécaire avait insisté pour être appelé par son prénom – revienne avec le livre de Xochitl Tonatiuh, cet auteur dont il avait lu le nom pendant ses recherches.
Il appréciait beaucoup la bibliothèque du Palais pour plusieurs raisons. Son cadre, qu'il aurait pu qualifier de magique s'il se laissait aller à des tendances Poufsouffle. Le nombre de livres qu'on y trouvait, des plus communs aux plus rares. Et la possibilité d'y venir à toute heure du jour, tous les jours. Parfois, pour des devoirs liés à la Divination, les étudiants pouvaient même être autorisés à y venir la nuit. L'immense mur de verre était un des meilleurs endroits du Palais pour observer les étoiles en toute sécurité.
Joyce lui avait confirmé que le livre qu'il recherchait était bien sur les registres du Palais. Mais comme il le lui avait glissé, voilà une vingtaine de minutes de cela, il allait avoir des difficultés à le trouver. Il n'était pas à sa place réservée et il avait dû prendre la poussière quelque part, bien caché. Le fait qu'il ne pouvait utiliser de sortilège d'attraction dans cette pièce au risque de perturber certains ouvrages gorgés de magie n'aidait en rien.
Peu d'étudiants de médicomagie s'intéressaient à la civilisation aztèque. D'autres populations avaient leurs faveurs : les Atlantes, les Druides et certaines tribus antiques d'Afrique et d'Océanie. Et ceux qui s'intéressaient aux Aztèques se contentaient assez souvent du livre qu'il avait dévoré la veille. Mais Draco avait été marqué par sa lecture, et il voulait aller plus loin.
Il avait réfléchi toute la nuit à propos des croyances et des mystères de ce peuple et en avait conclu deux choses.
D'abord, sa recherche sur la nature des Temps Sombres pourrait sans doute avancer rapidement grâce à d'autres ouvrages consacrés aux croyances Aztèques.
Ensuite, il devrait creuser du côté de l'artefact de Cortès : il ne savait pas dans quelle mesure, mais cet artefact semblait puissant, et il était probable, comme dans le cas de nombreuses légendes, que cet objet ait réellement existé et existe encore. Le fait que cet artefact ait été associé directement avec les morts étranges des Aztèques avait également quelque chose d'intrigant.
- Je l'ai trouvé, lança le bibliothécaire, derrière lui. J'ai dû fouiller jusqu'au rayon des théories sur les mondes.
- Merci, répondit brièvement Draco en se saisissant du livre tendu.
Il alla directement à sa place désignée pour lire en paix. Les étudiants qui venaient travailler à la bibliothèque ne faisaient que cela. Depuis une heure qu'il était là, personne ne lui avait lancé de regard appuyé ou n'était venu lui parler. Il ne risquait rien à faire ses recherches ici. C'était pour lui un progrès de pouvoir au moins sortir de sa chambre sans être inquiété.
Draco feuilleta le sommaire du livre. Effectivement, une partie de l'ouvrage était consacrée aux Aztèques et à la fin du monde telle qu'ils la voyaient. Mais d'abord, l'ouvrage exposait une théorie à propos de la magie elle-même. Car son auteur s'était intéressée à la disparition du peuple aztèque pour une bonne raison : son rapport avec la magie.
Adepte de la magie féérique, elle cherchait à comprendre pour quelle raison son pouvoir ne se manifestait pas dans les mondes parallèles qu'elle découvrait. Elle avait, au cours de sa vie, créé de nombreux portails et exploré plusieurs dimensions effrayantes, des mondes souvent désolés comme au lendemain d'une grande catastrophe.
Ils étaient difficiles à appréhender et perturbants pour quelqu'un qui n'avait connu que la Terre. Peu semblaient avoir des règles : certains êtres de fourrure minuscules pouvaient tuer net leur victime, quand des mastodontes pourvus de dents, de cornes et autres piquants se révélaient doux comme des agneaux. Et aucun de ces mondes ne lui permettait d'exercer sa magie, si ce n'était la possibilité de créer des portails. Elle en était venue à se demander pourquoi…
Elle était partie de l'hypothèse que la disparition de la civilisation aztèque et les perturbations magiques en Amérique du Sud, aujourd'hui, étaient liées. Et elle avait mené une longue enquête et de nombreuses expériences pour vérifier cette théorie.
La magie est une puissance qui se manifeste sur Terre comme dans aucun autre monde, écrivait-elle. Elle rassemble en son cœur des êtres que j'ai pu croiser dans les autres dimensions, mais ils n'étaient jamais en aussi bonne condition que sur la Terre.
Il semblerait que la magie de notre monde soit un mélange homogène et réussi des magies spécifiques des autres mondes. Il est très étrange de voir que des entités qui luttent les unes contre les autres, dans les autres dimensions, sont capables ici de cohabiter d'une façon relativement équilibrée.
Mais comment ces créatures peuvent-elles exister dans des mondes aussi différents ? Est-ce que ce sont bien les mêmes et comment ont-elles pu alors arriver sur Terre ? Et pourquoi trouve-t-on des créatures spécifiques selon la géographie ? La seule variable « habitat » – qu'il soit adapté ou non aux créatures – ne peut pas tout expliquer.
Si l'on prend en compte le fait que mes portails m'emmènent dans des dimensions spécifiques selon la zone géographique où je les crée, il est possible d'envisager que la Magie est répartie différemment sur Terre. Cela expliquerait sans doute les créatures spécifiques selon les lieux, mais pas la manière dont elles sont arrivées dans notre monde.
Il me fallait donc chercher la variable jouant un rôle dans la répartition de la Magie sur Terre. C'est alors que j'ai découvert l'existence du phénomène des sources magiques. Si leur fonctionnement est encore peu connu et difficile à comprendre, leur influence dans la fabrication de mes portails est vite devenue une évidence.
L'auteur proposait de se rendre à une autre page, plus loin dans l'ouvrage, qui listait – de manière non exhaustive – les sources qu'elle avait pu découvrir par hasard dans le monde. A proximité de ces sources, si elle créait un portail, il menait systématiquement à un monde spécifique. Elle avait donc listé également les mondes – du moins ceux qu'elle avait pu identifier – auxquels ces sources étaient reliées.
Draco y jeta un œil rapide mais revint à sa lecture. Il avait justement posé des questions sur les sources quelques jours auparavant, et la perspective d'avoir quelques explications le rendait impatient et fébrile.
Il a déjà été reconnu magiquement que tout monde tend à s'étendre à l'infini, tout comme notre univers actuel. Cette loi est valable dans les mondes parallèles et crée des chevauchements et des luttes entre les autres dimensions et la nôtre.
Les sources magiques sont des lieux où les luttes de mondes sont les plus fortes et leurs « frictions » – ou mélanges – semblent créer la magie telle que nous la connaissons. Dans les sources, il arrive que certaines dimensions aient pris un peu le dessus sur les autres et que cette domination influence le monde d'arrivée de mes portails.
Draco parcourut rapidement les explications magiques des expériences de l'auteur pour arriver à sa conclusion : les sources étaient les seuls endroits qui permettaient à des spécialistes de la magie féérique de changer de monde. Ailleurs, les portails invoqués ouvraient sur d'autres lieux terrestres, mais jamais sur de nouvelles dimensions.
Il tourna encore quelques pages et une phrase lui sauta aux yeux : « Les premiers sorciers à avoir été confrontés au phénomène des sources les ont appelées ainsi parce qu'ils avaient senti intuitivement que la magie en suintait : leurs possibilités magiques étaient bien plus grandes à proximité d'elles qu'ailleurs. Ils s'y sentaient plus puissants. »
La magie avait donc une autre origine que le simple sang des sorciers… Quelque part, c'était perturbant.
Mais les sources n'étaient pas uniquement bénéfiques. L'auteur avait inclus à cet endroit une petite digression à propos de contes sur des monstres et autres horreurs apparaissant de temps à autre aux habitants proches des sources. Pour elle, c'était juste une confirmation supplémentaire que les sources étaient des endroits où les autres mondes venaient chevaucher la dimension terrestre. Car il était plus que probable que les « monstres » de ces contes aient été des bêtes d'autres dimensions ayant immigré sur Terre.
Ces créatures possédant une variante bien particulière de magie, il était également possible qu'elles restent à proximité de leur source d'origine pour y puiser la force dont elles avaient besoin. Elle faisait allusion ici également à une expérience décrite par la suite.
Toujours est-il que Draco avalait avidement, page après page, les théories de l'auteur. Il était plus qu'étonné de voir la magie étudiée sous un nouvel angle. Ou du moins, un nouvel angle pour lui. Ses recherches à propos des Temps Sombres étaient même légèrement éclipsées par sa curiosité immédiate.
Mais si elle prend sa source dans les autres mondes, il semblerait également que la magie ne soit vive et utilisable que si elle circule sur Terre, seul endroit où un sorcier peut l'utiliser comme il le désire.
Il est reconnu, aujourd'hui, que la magie s'incarne dans des êtres vivants.
Je pense qu'elle circule à travers ces êtres vivants parce qu'ils la maintiennent active, vivante. La conséquence non négligeable de cette circulation est qu'il n'y a pas accumulation de puissance au niveau des sources et qu'on évite probablement ainsi des explosions magiques malheureuses.
Les créatures que j'ai pu étudier confirment cette observation : la magie n'est jamais si forte que dans les lieux où elles se concentrent. Par ailleurs, les endroits pauvres en créatures magiques sont plus facilement sujets à la désolation et aux destructions, comme nous l'avons vu pour les parties magiques sinistrées d'Amérique du Sud.
Sur ce point, son père avait eu raison. Si on considérait les sorciers comme des créatures magiques, alors la magie n'était jamais aussi vivante que lorsque les sorciers étaient nombreux. Là où son ancien Maître et les Mangemorts avaient tord – il en prenait de plus en plus conscience chaque jour – c'était quand ils disaient que les autres créatures magiques et les Moldus étaient inutiles voire dangereux pour la magie.
Il n'avait pas oublié sa conversation avec « John Doe », qui lui disait que la magie ne pouvait exister sous sa forme actuelle que grâce aux Moldus qui neutralisaient toute intrusion des autres mondes. S'il en croyait sa lecture, il semblait qu'une autre condition soit nécessaire pour la préservation de la magie : sa circulation chez les êtres vivants.
L'expérience détaillée ci-après montre que si la magie est forte là où les créatures magiques sont nombreuses, cette influence est réciproque. Dans une atmosphère fermée où aucun flux magique ne peut intervenir, les créatures magiques dépérissent et meurent. Toute créature a besoin, en quelque sorte, de la nourriture magique qui lui est adaptée.
C'était donc là l'expérience à laquelle l'auteur faisait allusion plus tôt.
Draco lut le protocole détaillé. C'était assez horrible. L'auteur avait enfermé plusieurs créatures différentes dans des cubes de verre où seul circulait l'air nécessaire pour leur respiration. Et même si elle les nourrissait, les créatures mourraient inexorablement, rongées par ce qui semblait être une maladie et que l'auteur désignait simplement comme leur extinction magique. C'était d'autant plus rapide pour les grandes créatures qui manquaient plus rapidement de magie.
Draco trouvait les détails horribles, mais cela formait un lointain écho avec sa lecture de la veille. L'artefact de Cortès présenté à la fin du livre n'avait-il pas été associé à un mal étrange qui décimait la population aztèque ? Peut-être « mangeait-il » la magie de ce peuple ?
En recoupant ses dernières lectures, ses connaissances et sa discussion avec John Doe, qui remontait maintenant à presque trois mois, Draco fit plusieurs conclusions.
En gros, les mondes parallèles passaient leur temps à se chevaucher et à se battre – ou se détruire – mais les Moldus empêchaient cette bataille de s'étendre sur toute la Terre. La neutralité des Moldus permettait donc au monde magique d'exister en ne laissant que quelques points de friction entre les mondes : les sources.
Ces sources, ou lieux magiques, étaient la concrétisation du mélange plus ou moins harmonieux des mondes et permettaient à la magie et aux créatures magiques de circuler et vivre sur Terre. Ces créatures provenaient apparemment des autres mondes et trouvaient leur contentement dans cette dimension. En échange, leur existence permettait à la magie des sources de circuler sans détruire la Terre, créant probablement ces flux observés par les premiers sorciers aztèques.
Enfin, les utilisateurs de la magie étaient capables d'utiliser ces flux pour lancer des sorts et créer des objets magiques.
Son esprit travaillant à la vitesse de l'éclair, une étrange comparaison lui vint et il se demanda comment il était possible qu'il ait pu ne pas comprendre la magie de cette façon avant. En effet, on disait que le sorcier avait besoin de trois éléments pour utiliser la magie : son âme, qui comportait la source magique du sorcier, son sang, qui faisait circuler cette magie, et son esprit, qui lui imposait sa volonté pour créer des choses.
Les sources étaient l'âme de la Magie, les créatures son sang et les sorciers son esprit.
Et si certains sorciers devenaient des spécialistes de certains domaines magiques, c'était parce qu'ils étaient capables de sentir, comprendre et utiliser certains mondes. Car chaque domaine magique avait son propre fonctionnement un peu comme chaque dimension avait ses règles propres. Il était devenu évident pour Draco que les mondes étaient des éléments composant la magie elle-même…
Ces réflexions lui ouvraient de nombreuses nouvelles perspectives et lui donnaient presque le tournis par leurs implications. Il inspira largement et s'offrit une petite pause en observant la forêt dense, en contrebas. Il voulait être sûr d'avoir assimilé ces connaissances qui bouleversaient réellement son monde. Il se demanda quel monde ou quelles dimensions influençaient la source du Palais…
Le professeur de divination, Betty Noisy, lui avait dit que les sources étaient un phénomène complexe à étudier. Mais il était persuadé d'avoir fait un énorme pas aujourd'hui, dans son apprentissage. Car il avait l'impression d'avoir saisi en grande partie la nature même de la magie.
Les actions du Lord Noir auraient sans aucun doute provoqué à terme un désastre dans la magie. Dans son équilibre même – réalisa-t-il. Parce que détruire les créatures et les sorciers non sang-purs, c'était détruire le sang et l'esprit de la magie et gonfler la puissance des sources. Et Vol... Vol…le Lord, sans les Moldus neutres et face à la puissance magique accumulée, n'aurait jamais été capable de supporter la magie et de repousser les autres mondes.
C'était comme être au milieu d'une tempête déchaînée et vouloir se mesurer à la foudre. C'était le risque de voir exploser le monde tel qu'il existait et de…
Eh bien cela aurait sans doute provoqué les Temps Sombres tels qu'il les avait rêvés.
En frissonnant, Draco eut soudain peur que les actions du Lord Noir aient déjà enclenché un dangereux processus. La plupart des gens qu'il avait rencontrés au fil des derniers mois lui parlaient sans cesse des Temps Sombres et de l'équilibre malmené, tout ça parce qu'il était peut-être le rêveur ultime. En songeant aux quelques descriptions faites par l'auteur et à ses propres rêves, il ne put s'empêcher de se figer d'horreur. Pourvu que tout le monde ait tort…
Soudain, il n'eut plus envie de continuer à lire. La partie sur les Aztèques et la fin du monde vue par leurs yeux arrivait, et elle ne semblait pas forcément plus joyeuse. Elle pouvait donc attendre un peu. Il referma le livre. Néanmoins, il se dirigea vers Joyce pour l'emprunter : il ne voulait pas risquer de le perdre une nouvelle fois de vue.
- As-tu trouvé ce que tu cherchais ? demanda le bibliothécaire en le voyant arriver.
- J'ai même trouvé des informations que je ne cherchais pas et qui sont assez horribles, répondit Draco honnêtement.
- A quel propos ?
Alors que Joyce notait l'emprunt, Draco passa sa langue sur ses lèvres sèches. Passerait-il pour un idiot s'il expliquait d'où venait son angoisse ? Mais l'homme qui attendait maintenant sa réponse avec patience semblait assez ouvert pour ne pas se moquer de sa réaction. Alors il se lança.
- C'est à cause de cette idée que notre monde est en lutte perpétuelle avec d'autres dimensions. C'est assez effrayant, à vrai dire. Comme si nous étions en danger permanent.
Le bibliothécaire évalua le jeune homme qui lui faisait face et sourit pour le rassurer un peu.
- Ce livre a longtemps fait l'objet d'une polémique et de discussions houleuses entre chercheurs magiques. Il est oublié, aujourd'hui, mais il a servi de fondation à plusieurs théories catastrophistes pendant des dizaines d'années, ici, aux Etats-Unis. La théorie des mondes a quelque chose d'effrayant quand on y pense. Mais rien n'atteste la réalité de ces faits. La seule découverte aujourd'hui admise, dans cet ouvrage, est cette expérience avec les créatures magiques.
- Que disent les théories catastrophistes ? demanda Draco en songeant aux Temps Sombres auxquels il était involontairement mêlé.
- Elles parlent de la fin inexorable de notre monde, parce qu'une lutte telle que la décrit Tonatiuh ne peut rester dans la situation de statu quo qu'on connait aujourd'hui. Elles disent que la balance finira forcément par pencher d'un côté ou de l'autre.
- Ils pensent que l'équilibre ne peut pas perdurer.
- C'est exactement le terme utilisé, confirma Joyce en haussant les sourcils de surprise. Si ce sujet t'intéresse, une grande partie de la section consacrée à la théorie des mondes est composée d'ouvrages qui mêlent protocoles scientifiques et théories catastrophistes.
Draco fit la grimace. Il n'avait pas besoin de faire monter son angoisse par de nouvelles lectures. Joyce, qui se méprit sur le sens de la grimace, voulut rassurer le jeune Hibouleau.
- Ces théories sont plus des histoires de grand-mères, si tu veux mon avis. Les expériences qui tendent à prouver l'existence de mondes sont intéressantes, mais tout le monde connaît déjà l'existence de plusieurs dimensions : les anciens invocateurs pouvaient, après tout, appeler à leur rescousse des bêtes hideuses et absolument non terrestres. Les catastrophes sont une extrapolation de l'esprit, probablement due à une recherche de sensations fortes…
- Est-ce que justement, ce côté scientifique ne justifie pas le risque de catastrophe annoncé ?
- De nombreuses histoires racontent l'imminence de grandes catastrophes, parce que l'esprit humain est ainsi fait qu'il est capable d'imaginer le pire. Cela ne veut pas dire qu'elles vont forcément arriver.
- Les légendes sont tirées de faits réels, affirma Draco.
- Oui, mais qui sont passés par le prisme de l'interprétation. Ce sont les actes humains qui peuvent provoquer les grandes catastrophes. Pas les légendes. Elles sont inoffensives.
Draco renonça à argumenter plus : il n'avait pas envie de passer pour un adepte des catastrophes, avec la rumeur de son caractère suicidaire.
- Allez, ne t'en fait pas, conclut le bibliothécaire avec légèreté. Si les légendes sont vraies, les gardiens viendront nous sauver.
Draco se figea. Les gardiens. Lui qui ne cessait de penser à sa discussion avec le vieux Doe, sur le bateau, ne pouvait passer à côté de ce terme. Les gardiens. Le même que celui utilisé par Doe, qui parlait d'équilibre et se fâchait pour de simples termes comme « moldu » ou « cracmol »…
- J'ai entendu parler de cette histoire de gardiens, avança prudemment Draco. Mais je ne sais pas qui ils sont ou à quoi ils servent. Vous le savez, vous ?
- J'en sais ce que j'ai lu dans les contes et légendes magiques. Si tu veux, il y a un petit rayon qui leur est consacré, du côté de la section Divination.
- Du côté de la Divination ? s'étonna Draco en haussant un sourcil.
- Oui, confirma Joyce. Après tout, les prédictions de certains sorciers et de quelques pythies ressemblent plus à des histoires inventées qu'à des avertissements. Alors d'après moi, ils sont à leur place…
Draco acquiesça et remercia Joyce pour le livre, avant de s'éloigner. Mais au lieu d'aller directement vers la sortie, sa curiosité le poussa à se diriger vers la section Divination pour chercher ce fameux rayon sur les contes et légendes.
Certaines allées de livres étaient un peu sombres, quand la lumière de la baie vitrée géante ne parvenait pas à se glisser entre les armoires. De la poussière, qui paraissait dorée quand un rayon de soleil éclairait miraculeusement la section Divination, donnait à cet endroit une atmosphère surnaturelle. Ce n'était pas peu dire pour Draco, qui avait pourtant déjà visité des centaines d'endroits étonnants.
Il n'y avait personne et Draco prit son temps pour observer les titres des ouvrages. Le Grimoire des Rêves Revisités, le Traité des Destins Tissés, Interprétation pour prophètes perdus… Ces livres, que la magie de l'arbre faisait paraître neufs, se révélaient pourtant être d'un âge vénérable, quand il les feuilletait.
Ecrits en vieil anglais ou pleins de formules et de graphiques au charme suranné, ils avaient même gardé une odeur de vieux papier. Draco avait l'impression d'être face à un trésor longtemps oublié, même s'il savait parfaitement que des centaines et peut-être même des milliers d'étudiants étaient passés là avant lui.
Draco était plongé dans la lecture d'un petit paragraphe intriguant, dans un livre qu'il avait pêché au hasard et qui était assez décousu. Il sursauta quand le rai de lumière dont il profitait fut obscurci par une silhouette. S'éloignant d'un bond, qui l'aurait rendu honteux s'il y avait pensé, il rentra dans une deuxième personne.
Le cœur battant la chamade, il se retint tout juste de hurler de peur.
- Salut Draco ! le salua une voix féminine.
Il plissa les yeux et reconnut dans la silhouette sombre Lina, de l'année supérieure d'Hibouleau. Ses yeux si clairs brillaient presque dans l'obscurité de l'allée et Draco trouvait cela effrayant.
- Que veux-tu ? demanda-t-il sèchement, le livre de divination pressé contre lui comme si sa vie en dépendait.
- Tu pourrais au moins dire bonjour ! râla la deuxième silhouette, derrière lui.
Draco se tourna vers elle. C'était la deuxième. La jumelle de Lina. Si ce n'était que ses yeux à elle étaient particulièrement sombres.
- Bonjour, cracha Draco.
- Bien ! s'exclama joyeusement la jumelle inconnue, je pensais que tu avais perdu tes manières !
- Draco Malfoy, lança Lina avec une étrange forme d'indifférence dans la voix, je te présente officiellement ma sœur jumelle : Aline. Aline, voici Draco Malfoy, le sorcier dont je t'ai parlé.
Elle se tourna ensuite vers l'armoire qui était dans son dos, comme si elle avait complètement oublié la présence des deux sorciers. C'était étrange, étant donné qu'elle avait cherché la présence de Draco très régulièrement, depuis son arrivée au Palais.
Mais Aline connaissait suffisamment sa sœur pour savoir qu'elle essayait seulement de rester neutre pour lui laisser le champ libre, pour ne pas l'influencer dans cette première confrontation avec le jeune homme.
- Oui, oui, oui, marmonna-t-elle pensivement en faisant le tour du sorcier.
Aline scrutait attentivement, de ses yeux presque noirs, chaque recoin de son corps. Draco, lui, restait figé, les doigts crispés sur son livre. Mais il ne la quittait pas des yeux, tournant nerveusement la tête et pivotant parfois, quand elle passait dans son dos. Le cœur battant toujours aussi fort, il craignait d'être tombé sur une nouvelle Samson.
Aline finit par relever les yeux vers son visage avec un immense sourire.
- Je suis ravie de connaître la personne qui se cache derrière le nom qu'on entend à chaque coin de couloir ! s'exclama-t-elle.
Draco grimaça. Les rumeurs les plus saugrenues étaient souvent celles qui persistaient le plus longtemps. Après tout, il était bien placé pour le savoir : lui-même en avait lancé plusieurs, à Poudlard.
- Qu'est-ce qui t'intéresse, dans ce livre ? continua-t-elle en désignant l'ouvrage qu'il avait choisi par hasard, tout à l'heure. C'est l'un des pires manuels de divination qui existent ! Il ne raconte que des histoires, des ragots à moitié vrais, piochés dans d'autres livres. En plus, il présente de fausses méthodes d'apprentissages !
Lina daigna se retourner vers eux quand elle entendit les exclamations de sa sœur. Elle s'approcha avant qu'il ait répondu et Draco put apercevoir le titre du livre qu'elle avait elle-même choisi dans l'étagère. Le Traité des Destins Tissés.
- Effectivement, appuya Lina à son tour, tu as choisi un mauvais ouvrage. L'Ame magique du Démiurge porte mal son titre. Personne ne serait capable de devenir un bon devin, médecin ou artisan avec une si mauvaise littérature.
Draco reconnut en lui-même que la grande majorité du livre était mauvaise et décousue, mais les derniers paragraphes de chaque page étaient réellement intrigants. Voire même intéressants. Les jumelles l'avaient justement coupé alors qu'il lisait un passage consacré aux rêves de pythies et à la manière de les contrôler.
Il finit par hausser les épaules et répondit qu'il l'avait pioché au hasard dans la bibliothèque. Sur le coup, le titre l'avait attiré. Son attention focalisée sur Aline, qui lui paraissait vraiment étrange, Draco rata la lueur d'intérêt qui fit briller un peu plus les yeux clairs de Lina.
Celle-ci lui conseilla plutôt de commencer son apprentissage avec « Interprétation pour prophètes perdus », qui était une bonne base sur le sens des rêves et des prophéties. Pour être tranquille, Draco alla chercher le livre, remercia les jumelles et continua son chemin, toujours à la recherche du rayon consacré aux contes et légendes sorciers.
- J'ai trouvé notre livre ! s'exclama soudain Aline avec enthousiasme, en désignant une des plus hautes étagères derrière sa sœur.
Lina observa avec inquiétude Draco, un peu plus loin. Elle était peut-être à moitié aveugle, avec ses yeux voilés, mais elle n'avait pas pu louper le sursaut du sorcier. De même qu'elle avait parfaitement senti sa crispation, quand sa sœur s'était approchée pour effectuer l'inspection qu'elle lui avait demandée. Et même si l'enthousiasme et la curiosité d'Aline pouvaient parfois faire peur, c'était une réaction quelque peu extrême…
Pensivement, elle le vit s'arrêter au rayon des légendes et sélectionner deux livres, avant de disparaître à l'autre bout de l'allée.
Elle se tourna alors vers sa sœur, mais celle-ci n'était nulle part en vue. Alors comme à chaque fois qu'elle ne la voyait plus à ses côtés, elle leva les yeux. A la hauteur de l'étagère qu'elle avait désignée plus tôt, Aline était en train de feuilleter le livre qu'elles cherchaient depuis la rentrée. Elles avaient fait chaque armoire, l'une après l'autre, et il était enfin là.
- Tu devrais arrêter de faire ça dans des lieux publics, Aline, lui reprocha-t-elle à voix basse.
- Quoi « ça » ? Tu sais qu'on pourrait se méprendre sur le sens de tes propos ? répondit sa sœur avec un léger rire.
Lina roula des yeux, amusée malgré elle. Elle observa Aline redescendre tout doucement sur le sol, en glissant sur l'air. Comme à chaque fois que sa sœur utilisait ses dons, elle fut fascinée par la chevelure auburn qui volait et ondulait autour d'elle.
Certes, elles avaient les mêmes cheveux. Mais étrangement, ceux d'Aline paraissaient toujours brillants, lumineux comme son caractère. Les siens étaient sombres, à son image.
- Ça valait le coup ! lança Aline en lui tendant le livre. Depuis le temps ! Et puis, ajouta-t-elle d'une voix plus basse, tu n'aurais pas voulu demander au bibliothécaire de l'attraper pour toi, n'est-ce pas ?
Lina fit une petite grimace avant de changer de sujet.
- Ta vue est toujours aussi perçante. Je suis impressionnée, dit-elle.
En voyant passer le léger air de regret sur le visage de sa sœur, Aline s'approcha d'elle et la serra dans ses bras.
- Tu sais très bien que, même presque aveugle, tu es la seule de nous deux qui sait voir. Je ne verrais jamais rien, si je ne t'avais pas.
Réconfortée par les gestes et les mots doux, Lina retrouva rapidement son pragmatisme.
- Allons dans ta chambre. Tu dois me dire ce que tu as remarqué sur lui. Je suis sûre qu'il est à l'origine de nos perturbations, mais je veux en être sûre. Mais d'abord, suis-moi. Je voudrais que tu analyses la section des contes pour trouver les titres des livres manquants, ceux qu'il a empruntés. Tu veux bien ?
Retenant une exclamation de surprise à la mention des contes, Aline remercia silencieusement la capacité de sa sœur à remarquer – une fois de plus – les détails importants. Elle avait elle-même simplement pensé que Draco Malfoy était là pour trouver un livre de divination et n'avait pas cherché plus loin. Elle suivit sa sœur en souriant, heureuse de se rendre utile à son tour.
Lina laissa sa jumelle observer avec attention les rayonnages et replongea dans ses pensées. Pour la plupart, des questions tournées vers l'étrange étudiant qu'était Draco Malfoy.
- Il a choisi La Reine Magie et Gardiens des Mondes, souffla finalement Aline en l'interrompant d'une voix légèrement tremblante.
Les épaules de Lina s'affaissèrent et les jumelles échangèrent un long regard significatif.
DMDMDMDMDMDMDMDMDMDM
Lundi 14 septembre, midi
Draco rangea ses livres et ses parchemins avec une lenteur délibérée. Son professeur principal, Clothilde Lemaire, lui avait demandé lors du cours de Civilisations de l'attendre à la fin du cours suivant, Anatomie. Alors que les derniers étudiants sortaient de la salle, pressés d'aller manger, Draco la vit effectivement entrer et rejoindre le professeur Sweets sur l'estrade. Elle était suivie par le professeur de Psychomagie, Kimi Asuya, qui referma la porte derrière elle.
D'une main très légèrement tremblante – il détestait les examens médicaux, en ayant trop fait dans sa jeunesse – Draco referma son sac et le jeta sur son épaule. Il suivit Annabella Sweets, qui le guida dans une pièce annexe à la salle de classe.
- N'ayez pas peur, lui dit le professeur d'Anatomie en sentant sa nervosité, vous avez la meilleure spécialiste du domaine avec vous.
Une table d'auscultation trônait au milieu de la pièce et une rune qu'il ne connaissait pas était tracée tout autour, sur le sol. Alors qu'elle s'avançait vers une armoire à potions, le professeur Sweets lui demanda d'enlever son uniforme et de se mettre en sous-vêtements. Toujours nerveux, Draco retira sa cape et ses chaussures en jetant un regard en coin aux deux autres femmes qui les avaient suivis.
En souriant, le professeur Asuya le rassura à son tour.
- Vous savez, monsieur Malfoy, nous sommes toutes médecins et professionnelles. Nous avons déjà vu de nombreux patients avant vous et tout s'est toujours bien passé.
Oui, mais ce n'était pas elles qui se retrouvaient nues au milieu de la pièce, pensait Draco. Mais il ne dit rien et finit en slip et chaussettes. Encore heureux, ses sous-vêtements noirs étaient suffisamment classes pour diminuer sa gêne. Quand le professeur Sweets le fit grimper et s'allonger sur la table, il frissonna. Ce n'était pas tant la température que la crainte de ce qu'il allait découvrir.
Annabella Sweets lui tendit une potion presque transparente – seuls quelques filaments rouges ou oranges flottaient ici et là, et Draco l'avala. Il fut capable de reconnaître le goût caractéristique de l'ellébore, souvent utilisée dans les philtres de Paix et autres potions calmantes. Il n'y en avait pas suffisamment pour empoisonner un sorcier, alors il ne s'inquiéta pas plus.
Papillonnant des yeux, il sentit avec une étrange indifférence le monde devenir distant et flou, comme s'il le regardait par le mauvais bout de l'Augmentette*. Il pouvait entendre les trois femmes parler autour de lui, mais sans les comprendre. Son cerveau embrumé n'imprimait rien, sauf les étranges fourmillements qui parcouraient son corps et, quelques fois, des mains qui le manipulaient.
- Voyez la projection des flux, au-dessus du corps, disait la voix d'Annabella Sweets. Ils sont tenus, comme nous l'avait affirmé Edmond Jansson, mais vous pouvez apercevoir – ici, au niveau de la tête, et ici, au niveau des valves du cœur – une concentration de filaments de magie indépendants. Voyez également comme les flux principaux sont enchevêtrés au niveau de la tête. Je crois qu'il s'agit là d'un travail pour vous, Kimi.
- Est-ce que les rumeurs actuelles pourraient être vraies ? demanda Clothilde, le professeur de Civilisations.
- Les rumeurs parlent de perturbations psychologiques. Ce que je constate ici est un peu différent, expliqua Annabella. L'esprit et la magie du sorcier ne sont pas en harmonie. D'habitude, c'est un cas que l'on constate plutôt chez les sorciers spontanés, nés dans une famille non-sorcière, qui rejettent leur héritage. Mais monsieur Malfoy ne rejette pas sa magie puisqu'il a choisi de continuer ses études supérieures dans notre domaine. C'est ce qui est étrange… Une autre hypothèse possible serait un traumatisme dû à la perte de baguette, mais là encore, cela n'explique pas tout…
- D'après le scan du portail, à la rentrée, on peut éliminer ta première hypothèse, je pense, intervint Clothilde Lemaire. Le dossier qui est apparu sur lui mentionne une magie presque pure. Il a été élevé dans les traditions et je pense donc qu'il n'a pas pu rejeter son héritage magique.
- Oh ! s'exclama joyeusement Kimi Asuya. Je comprends mieux ton désir de le prendre en cours particulier ! Je me demandais justement pourquoi tu n'avais pas laissé Edmond prendre en charge son apprentissage.
- Edmond est très bon dans le sevrage de baguette et l'apprentissage des rituels verts, mais il utilise beaucoup moins de sorts que moi et il ne poussera pas ses leçons aussi loin que je désire les pousser.
- Prends garde, intervint le professeur Sweets qui jusque là avait continué ses analyses en silence. Prends garde à ne pas te laisser intoxiquer par la magie brute une nouvelle fois. Que tu sois fascinée, je peux l'accepter. Mais que tu revives le manque et la douleur comme quand tu étais plus jeune, non. On est bien d'accord ?
- J'ai acquis de l'expérience, depuis, répondit Clothilde Lemaire. Et je suis plus prudente qu'avant. J'ai utilisé un bouclier pour le tester, vendredi dernier.
- Tant que tu viens me voir après chaque séance de magie sans baguette pour que je vérifie tes flux, je n'ai rien à dire, marmonna Sweets en remontant ses grosses lunettes sur son nez.
Le silence revint quelques instants, parfois interrompu par un « Je vois… » pensif de la part du professeur d'Anatomie.
- Il semblerait, affirma-t-elle finalement en se tournant vers ses collègues, que le problème vienne du contrôle presque totalement absent de monsieur Malfoy sur sa magie. Elle lui est toujours rattachée, bien sûr, mais elle réagit en toute indépendance à mes stimuli.
En voyant le front des deux femmes, plissé par la réflexion, Annabella Sweets développa sa démonstration. Elle pouvait comprendre qu'une telle donnée – la magie indépendante de son sorcier – soit un peu difficile à appréhender, puisque la fusion chez la plupart des gens était totale, mais elle ne parvenait pas à trouver un meilleur terme pour le phénomène qu'elle avait observé.
- Regardez ici, dit-elle en désignant la projection, les flux de vie ne sont pas en harmonie avec les flux magiques.
- Il doit souffrir ! s'exclama Kimi en interrompant sa collègue.
- Peut-être, mais ce n'est pas ce qui m'inquiète dans l'immédiat. Voyez plutôt la zone du cerveau. Il y a des frictions entre les flux et elles provoquent des dégâts. La perte de contrôle est si forte que la magie a envahi une partie de l'esprit du patient. Une protection ou un flux de défense a pu céder, mais je suis incapable d'en connaître la nature, maintenant que la barrière a cédé.
Ses collègues firent une légère grimace et Annabella Sweets hocha la tête, en constatant leur réaction. Elle soupira.
- Je comprends mieux l'enthousiasme deBetty, puisque la Divination est une branche reliée à la magie de l'esprit, mais je ne saurais dire si le résultat de cette invasion magique est bénéfique ou mauvais sur le long terme. Un don en vision vaut-il ces dégâts ?
- Ce ne sont pas des dégâts irréparables, intervint Kimi Asuya. Je peux tenter de rétablir avec lui l'harmonie des flux.
Son visage arborait un air grave qu'elle n'avait que rarement, ce qui prouvait sa préoccupation.
- Tu pourrais, effectivement, mais cela ne règle pas la question d'origine.
- Qui était ?
- Pourquoi un sorcier dont la nature de la magie est pure possède des flux ténus et des filaments indépendants en même temps ?
Les trois femmes se tournèrent vers Draco Malfoy avec un regard perplexe. Cette situation était tellement illogique… Seul un sorcier puissant, dont la magie était trop forte pour les autoroutes classiques, pouvait posséder des flux indépendants. Des filaments, dans le moindre des cas. Mais cet étudiant-là était un nouveau cas, particulièrement intrigant pour des spécialistes qui en avaient déjà vu tant.
- Il va falloir innover pour rétablir une circulation fluide de sa magie et de son sang… dit pensivement le professeur Lemaire.
- Je pense que c'est à toi de nous dire comment il utilise sa magie, lui répondit Annabella Sweets. Le meilleur moyen pour nous de savoir s'il la contrôle est de le voir à l'œuvre. En attendant, nous ne pourrons émettre que des hypothèses.
- Tu en as d'autres ?
- Qui sait, fit Sweets en haussant les épaules. Il pourrait avoir vécu un traumatisme d'enfance, ou un traumatisme d'adulte. On ne connaît pas encore les conditions de sa perte de baguette, mais cette perte pourrait avoir eu des effets néfastes sur sa magie. Sinon, il faudra chercher d'autres explications. Beaucoup trop de variables, pour l'instant, pourraient être à l'origine de ses dysfonctionnements.
- En tout cas, conclut Kimi Asuya en se tournant vers Clothilde, tu vas devoir me trouver un créneau régulier pour des séances de psychomagie… Et je pense que nous pouvons le réveiller, ajouta-t-elle en se tournant vers le corps drogué. Il va bien falloir que je lui explique ce que nous avons trouvé… Enfin, ce que nous pensons avoir trouvé.
En constatant que sa collègue ne semblait pas ravie par leurs pauvres résultats, Annabella reprit la parole.
- Dis-toi au moins que nous avons diagnostiqué un problème d'harmonie et de contrôle. Nous n'en connaissons pas encore l'origine, mais nous pouvons lui enseigner comment résorber une partie de ce problème. C'est une belle avancée pour lui, tu ne penses pas ?
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Lundi 14 septembre, treize heures.
« Cher parrain,
Cette lettre te rappellera sans doute mes plus mauvais jours, mais j'ai terriblement besoin de m'épancher, aujourd'hui. J'ai expliqué à l'équipe pédagogique du Palais que je n'ai plus de baguette et les professeurs ont analysé ma magie. Ils ont repéré ces perturbations dont je t'avais déjà parlé et qui me font souffrir depuis tout petit.
Cela aurait pu être une nouvelle positive, s'ils n'étaient pas persuadés qu'un problème psychologique est à l'origine de ces ennuis de santé. Des bruits courent sur mon état, dans le Palais, et on me dit violent ou suicidaire. Ils ne pourraient avoir plus tort, tu le sais bien, mais comment leur faire comprendre ?
Je crains parfois que mon passé ressurgisse et que je fasse l'objet d'une méfiance – voire même d'une haine – imméritée. Certains élèves ont le désir – encore flou, fort heureusement – de connaître mon passé pour appuyer ces rumeurs.
A commencer par ma psychomage.
Je te vois bien ricaner, mais je n'ai pas le choix. Les professeurs ont décidé que tous les mercredis matin, désormais, je suive une séance d'une heure de psychomagie. Jusqu'à ce que je sois « en harmonie » avec moi-même. C'est tellement Poufsouffle comme réaction… Crois-tu qu'ils puissent avoir raison ?
Père n'aurait jamais permis une telle chose. Je ne parlerai pas de mon passé, bien sûr. Je n'ai pas envie que la moindre anecdote devienne un prétexte pour confirmer un problème psychologique, une faiblesse. Je sais parfaitement que ma famille n'est pas parfaite, mais c'est ma famille. Et je n'ai pas envie de retourner la baguette dans la plaie en me souvenant des mauvaises choses.
J'ai envie de te parler. Mais t'écrire est déjà bien.
Maintenant, nous pouvons passer aux choses sérieuses : tu as sans doute vu que je t'ai envoyé un petit paquet d'ingrédients. Tes fournisseurs t'arnaquent, quand ils disent que les baies de Viola Aeglosia sont dures à trouver et que c'est pour cette raison qu'elles sont chères. Ça pousse comme des gnomes, ici. J'espère que tu les remettras à leur place !
Sinon, tu verras aussi un petit paquet de parchemin. Il y a deux titres de livres que je souhaiterais que tu lises, pour qu'on puisse en parler. A moins que tu ne les connaisses déjà ? Ce document t'expose une théorie qui m'est venue pendant ma lecture. Pourras-tu me dire ce que tu en penses, une fois que tu auras lu les livres ?
Au fil de mes lectures, je découvre sans cesse à quel point ma connaissance de la magie était limitée avant d'arriver ici. Bien sûr, je connaissais les domaines magiques ou certaines spécificités de sorcellerie, mais c'est tellement plus vaste et compliqué que cela.
Connais-tu le phénomène des sources magiques ? C'est un terrain effrayant, mais passionnant. Prépare-toi à voir les créatures magiques et les moldus autrement, parrain, parce que tu risques d'être surpris.
D'ailleurs, si tu connais déjà les sources, ou si tu as des informations sur l'artefact de Cortès – tu en verras la mention à la fin du premier livre et dans la théorie que je t'envoie – je te serai reconnaissant de me les envoyer.
J'ai hâte de pouvoir te revoir, même si aller au Palais est un des meilleurs choix que j'ai pu faire ces dernières années.
Avec toute mon affection,
Draco Abraxas Malfoy. »
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Mercredi 15 septembre, 8 heures 45
Draco entra dans l'une des salles de repos, au rez-de-chaussée du Palais. Il était troublé par sa séance de psychomagie, qui s'était terminée un quart d'heure plus tôt. Pas qu'il ait dit quoi que ce soit : la séance avait été principalement consacrée à l'explication du déroulement des futures séances et à un exercice de méditation.
Mais durant tout cet exercice, il avait senti peser sur lui le regard attentif de Kimi Asuya, et il avait même parfois perçu le grattement d'une plume sur du parchemin. Avait-elle pris des notes ? Sur quoi ? Pourquoi ? Elle l'avait soudain laissé repartir en lui annonçant que l'heure était terminée. Il ne s'était pas du tout attendu à ça, et c'était ce qui le perturbait.
Les prochaines séances seraient sans doute plus conventionnelles, puisque le professeur Asuya attendait de lui qu'il lui parle de son passé et de la manière dont il imaginait son futur. Lui voulait bien retrouver une bonne harmonie avec sa magie, mais il ne voulait pas parler. Parce qu'il était persuadé que si sa condition magique s'était aggravée, c'était à cause de Potter et de sa dette envers lui. Et il refusait d'en parler.
Il craignait que le professeur, pétrie de bonnes intentions mal placées, contacte Potter et le lui révèle. Et comme il l'avait expliqué à son parrain, quelques mois plus tôt, il ne voulait pas que Potter réclame le paiement de sa dette.
Certes, sa magie s'apaiserait sans doute un peu. Et sans doute aussi Potter ferait-il des efforts pour l'aider à aller mieux. Quoi qu'il pouvait aussi décider de faire de sa vie un enfer… Mais quoi qu'il en soit, il perdrait sa liberté. Et il y tenait. Etre à la merci des moindres coups de sang de Potter lui faisait peur.
Il replia ses jambes sous lui, bien installé sur le large fauteuil qu'il avait choisi, au pied duquel il avait laissé ses chaussures. Quelques camarades de sa maison étaient là, également, mais il fit le choix d'ignorer leurs regards curieux et se plongea dans la lecture de son livre Gardiens des Mondes.
Tout comme le recueil La Reine Magie, qu'il avait dévoré la veille au soir, ce livre se présentait sous forme d'historiettes moralisantes. Mais habitué depuis tout petit à voir plus loin dans les contes qu'un simple divertissement, il pouvait deviner, dans la progression et l'enchaînement des histoires, le sens réel du recueil. C'était une véritable histoire du monde et – au-delà – une mise en garde contre des dangers réels pouvant menacer la magie.
Les gardiens du livre, tantôt anecdotiques, tantôt les héros de l'histoire, avaient des rôles qui s'accordaient tellement bien à la théorie des mondes, que tous les contes semblaient réels. Draco était d'autant plus incliné à le croire que John Doe avait parlé des gardiens, sur le bateau. Il regrettait vraiment ne pas avoir eu de réponses à ses questions, l'énergumène étant parti bien trop vite en ne lui laissant que quelques pistes à peine entamées…
Draco cessa sa lecture et leva les yeux quand il entendit des battements d'ailes. Kerta, qu'il avait envoyée en Angleterre deux jours plus tôt, était de retour. Et à en croire le petit paquet qu'elle portait, son parrain lui avait répondu. Il ferma son livre et sa chouette vint s'installer sur le bras du fauteuil. Une fois encore, il choisit d'ignorer l'attention portée à sa chouette et à sa personne.
Il prenait un soin tout particulier à ne pas croiser les yeux d'Hunter et de Soledad, qu'il avait repérés en entrant. Pour le coup, il craignait de devenir violent envers ces deux sorciers qui avaient lancé les rumeurs sur son compte.
Il caressa les plumes de Kerta avant de la délester de son colis : un tube contenant vraisemblablement un journal enroulé et une lettre cachetée. Il ouvrit hâtivement le courrier, alors que Kerta repartait en direction de la volière, pour manger et se reposer.
Draco aimait vraiment le Palais et tout ce qu'il pouvait y apprendre, pendant les cours comme dans les livres. Mais il avait parfois le mal du pays. Alors même s'il échangeait beaucoup de nouvelles avec Margaux et Ethan, la moindre nouvelle d'Angleterre lui faisait un plaisir bien plus grand encore.
« Draco,
J'ai toujours su que les Malfoy avaient un problème psychologique. Ce besoin de briller en société n'est que le résultat d'une faille d'enfance profondément enfouie et héréditaire.
…
J'aurais sans doute pu être ton psychomage, comme tu le constates. Car ces âneries valent bien celles d'un « spécialiste ».
Le seul moyen de faire taire ces rumeurs, c'est d'obéir au conseil que je t'ai déjà donné : ouvre-toi aux autres, par Merlin ! Sois un Serpentard : calme, discret, mais toujours entouré d'un minimum de cour. Tu dois bien avoir repéré des petits trucs chez ton père, ou chez Potter, non ? Tant d'années d'espionnage ont pu te montrer comment créer un fan-club. »
Mouais. Etre habillé comme un clochard, traîner les pieds, grogner au lieu de parler… Quel modèle ! S'il fallait l'impulsivité et la témérité aveugle voire stupide de Potter pour avoir un fan-club, il préférait s'en passer, merci bien. Et puis de toute façon, il y avait des choses que Potter était capable de faire spontanément et que lui ignorait : consoler les gens, c'était bon pour avoir leur gratitude, mais encore fallait-il savoir le faire.
« En parlant de « fans », je t'ai abonné au Chicaneur, pour que tu puisses voir comment notre monde évolue, ici. Ce n'est pas toujours joli-joli à voir. Mais je pense que l'exemplaire que je t'ai envoyé – à propos, t'ai-je dit que Luna Lovegood avait repris le journal de son père ? – t'amusera. Surtout la partie du dossier qui te concerne… Tu m'avais parlé de tes ambitions, mais à ce point ?
Draco fronça les sourcils. De quoi son parrain pouvait-il bien parler ? Ses ambitions avaient été sacrément revenues à la baisse, quand Voldemort était venu s'installer au manoir. Il s'était contenté de désirer être vivant et libre – dans cet ordre – et cela continuait encore aujourd'hui.
L'abonner au Chicaneur était en tout cas une bien étrange idée. Comment allait-il pouvoir avoir des nouvelles fiables de son pays ? Il lirait son exemplaire tout à l'heure. Il était impossible que le geste du professeur de potions ait été un jeu anodin.
« Un autre conseil pour toi… Ou plutôt, un précepte que tu sembles avoir oublié, alors que tu ne cessais de me le répéter quand tu étais petit. « Un Malfoy est toujours intéressant, même quand il ne fait rien. » Alors c'est valable pour toute ta personnalité : ne dénigre pas tes problèmes comme tu l'as fait dans ta lettre !
Et attention ! Si tu oses me traiter de Poufsouffle, même intérieurement, je trouverai bien un moyen de t'envoyer un sort par delà l'Atlantique.
Maintenant que tout est clair, passons au moins important. J'avais effectivement déjà entendu parler des sources, même si je ne me suis jamais penché sur le phénomène. J'avais juste entendu dire que certains ingrédients de potions ne poussaient ou ne se trouvaient que dans un ou deux endroits du monde. Et c'est le cas pour les baies de Viola Aeglosia : elles ne poussent presque que dans ton coin. D'où leur prix.
Cependant, je n'avais jamais prêté attention aux théories farfelues des mondes… jusqu'ici. J'ai discuté avec Igor. Il semblerait que ta théorie sur l'existence de la magie soit plausible : l'équilibre magique repose sur tous les êtres, magiques ou non. Il était même surpris de ne jamais avoir pensé en ces termes avant : le cœur, le sang et l'esprit du monde…
Igor dit que cet « équilibre » peut rompre si l'un de ces éléments devient instable. Je t'accorde le fait que ce soir effrayant. Mais il n'y a aucune raison pour qu'une catastrophe arrive, n'est-ce pas ? »
A ce moment là, Draco fut incapable de déterminer si son parrain était sûr de son fait ou s'il lui demandait confirmation. Attendait-il une réponse en particulier ? Comment était-il censé savoir si un événement tragique se préparait ? Enfin, oui, sans doute quelque chose d'horrible les attendait vraiment dans l'avenir – ses rêves étaient loin d'être roses – mais son parrain ne pouvait savoir que ceux-ci étaient reliés aux Temps Sombres, n'est-ce pas ?
« Je veux de tes nouvelles chaque semaine, à partir de maintenant. Igor te salue également. Porte-toi bien et à bientôt.
Severus Snape.
PS : Si tu as besoin de me parler en face-à-face, nous pourrons toujours convenir d'un rendez-vous pour un appel par Cheminette dans les prochains jours. »
Draco sourit, réconforté par la dernière phrase de son parrain. Certains auraient pu penser que la lettre manquait de chaleur humaine et qu'elle était parfois moqueuse. Mais Severus sans son sarcasme n'était plus tout à fait Severus. Et son parrain lui montrait, d'une phrase ici à une autre, qu'il s'inquiétait réellement pour lui. C'était agréable.
De toute façon, le ton bourru du maître des potions était sa manière de se montrer affectueux. Et il préférait ça, et de loin, à l'indifférence douce de ses parents.
Il posa la lettre sur l'accoudoir, saisit le tube et en sortit le journal. Il le déroula et retint une exclamation choquée en lisant la Une. Mes amis les Mangemorts. Repliant précipitamment le Chicaneur, il attrapa son livre, sa lettre, et bondit hors du fauteuil. Il se dépêcha de sortir. Il valait mieux pour lui qu'il lise les élucubrations de Loufoca dans sa chambre, à l'abri des regards curieux, surtout si un article parlait de Mangemorts.
Cette fois, il ne vit réellement pas les regards surpris de ses camarades, en particulier ceux d'Hunter et Soledad, à sa réaction vive et sa sortie précipitée.
- Je crois qu'il y a encore quelque chose de louche, marmonna Soledad en direction de son voisin, qui acquiesça
- Il est temps de découvrir pourquoi Malfoy est aussi… étrange.
- Et louche.
- Tout à fait, continua Hunter.
- Le meilleur moyen de surprendre ce qu'il cache, c'est de le suivre, non ? demanda Soledad.
- Sans doute, approuva son voisin. Ou de jeter un œil dans ses affaires, même si ça m'emballe moins.
- Ecoute. Pour le moment, on le suit. Ensuite, si on ne trouve rien d'ici à la fin de la semaine, on cherchera sa chambre et on y jettera un œil. Juste un œil et très rapide. Je veux seulement savoir s'il est dangereux pour nous ou pour lui-même. Après tout, on ne sait pas sur quels critères le portail laisse ou pas entrer les étudiants. On a peut-être un déséquilibré parmi nous !
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Dans sa chambre, bien à l'abri des regards, Draco ouvrit le journal envoyé par son parrain. Un petit mot tomba d'entre les pages du Chicaneur. Severus avait cru bon de lui ajouter quelques mots, de préciser qu'il avait laissé les photos qu'il lui avait empruntées à Luna, afin qu'elle ait un souvenir du père de son enfant.
Le sorcier haussa les sourcils un instant. Loufoca et Creevey ? C'était donc là l'homme qu'elle avait choisi ? Bon… On ne pouvait pas dire qu'il était le meilleur parti chez les Gryffondors, mais puisqu'il avait déjà avoué être prêt à partir en expédition pour photographier des Plumatiques et des Doucabris… C'était qu'ils avaient au moins une certaine folie en commun.
Ça et leur foi totale envers Potter.
Certes, ils avaient eu raison de croire, mais Creevey avait cessé de crier son admiration sur tous les toits après s'être fait remonter le caleçon par Blaise et secouer un peu par Crabbe et Goyle.
Etrangement, il avait également cessé de vouloir à tout prix accompagner Luna dans leur chambre, quand elle venait les voir. Allez comprendre. Il se contentait de l'accompagner jusqu'au mur d'entrée et de revenir la chercher par la suite.
Draco secoua la tête, un sourire en coin, quand il se souvint des blagues stupides qu'ils avaient pu faire à Creevey, dans les premiers temps. Il tourna les pages du journal jusqu'à tomber sur l'article dont parlait son parrain. Il trouva belles les photos choisies par Luna, mais croisa les doigts pour que ses parents ne tombent pas dessus : elles montraient une atmosphère beaucoup trop… relâchée, pour la bonne société sorcière.
Il eut un pincement au cœur en voyant la photo de Blaise, qui s'intensifia une fois qu'il eut lu la légende. Le baiser du Détraqueur était toujours un châtiment horrible, quelle que soit la personne le recevant.
Silencieusement, il se plongea dans sa lecture. Tantôt ébahi par le culot de Loufoca, tantôt empli de nostalgie devant ces moments définitivement révolus, il ne parvenait pas à rester indifférent. Cela cassait de beaucoup l'image mystérieuse et secrète de ses camarades de Serpentard – et la sienne aussi, par la même occasion – mais il ne parvenait pas à se sentir énervé. Il appréciait le fait que tout le monde ait pu lire que les Serpentards étaient des êtres humains avant tout.
Il se demanda, à la fin de sa lecture, ce qu'aurait été leur monde sans Vol… Voldemort. Il fut heureux de pouvoir enfin prononcer son nom, même si c'était uniquement dans son esprit. Il se demanda également quelles étaient les réactions de la communauté sorcière anglaise après cet article…
Il décida d'envoyer une lettre à ses parents avant d'aller en cours de Littérature. Il avait besoin de savoir comment les choses évoluaient, pour garder l'espoir de ne pas être rejeté par ses pairs, quand il reviendrait de son exil.
En s'installant à son bureau, il jeta un œil à sa corbeille pleine. Les brouillons de son témoignage en faveur de Christobald étaient bien trop nombreux et représentaient son hésitation à l'envoyer, jusqu'à la dernière minute. Finalement, il avait transmis le courrier à Ethan, laissant ses doutes de côté.
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Mercredi 16 septembre, 10 heures
Quand Draco entra dans la salle de Littérature, son regard fut immédiatement attiré par le schéma qui occupait tout le tableau. Ce n'était pas tout à fait une rune, même s'il possédait quelques caractéristiques runiques, et ce n'était clairement pas la représentation de quelque chose qu'il connaissait.
Il s'installa à sa place et put voir que ses camarades étaient intrigués autant que lui par les traits du dessin.
- Bonjour à tous ! les accueillit Betty Noisy. Je vois que le Cosmimago vous intrigue, mais ne vous inquiétez pas, nous allons en parler. Aujourd'hui, je souhaite vous faire comprendre que les visions, les rêves et les prophéties n'arrivent jamais par hasard. Le contexte est extrêmement important et le Cosmimago est là pour vous l'expliquer. Mais d'abord, il faut que vous soyez conscients de la différence entre les songes et les prophéties. Quelqu'un la connaît-il ?
Draco, quand il vit que personne ne levait la main, se dévoua.
- Les prophéties se transmettent sous forme de mots. Elles sont souvent obscures et tendent à se réaliser – même si elles s'annulent parfois – quel que soit leur sens final. On dit que ces mots nous parviennent de l'au-delà et qu'ils sont à la fois un avertissement à propos des plus grands dangers, et un moyen de l'au-delà de provoquer et faire bouger nos destins sur Terre.
Draco sourit intérieurement quand il vit la surprise de son professeur. Elle lui avait expliqué les différences de façon simpliste, la semaine précédente, sans se pencher sur les détails. Elle s'attendait sans doute à ce qu'il reprenne exactement ses mots. Mais il avait fait des recherches de son côté, comme promis.
Et que ce soit dans le livre Prophéties pour Prophètes Perdus, ou dans l'Ame Magique du Démiurge – que les jumelles avaient affirmé inutile – il était parvenu à comprendre le but différent des songes et des prophéties. Etre libre et être guidé. Savoir pour agir selon sa volonté, savoir et agir contre sa volonté…
- Les songes, continua Draco, sont des images des futurs possibles, mais contrairement aux prophéties, ils ne tendent pas à se réaliser systématiquement. Là où les prophéties tentent, en quelque sorte, d'imposer leur réalité, les songes ne sont qu'une photographie du futur sans conséquence directe sur les événements.
Le professeur Sweets restait silencieuse, l'enjoignant par là à continuer son explication.
- Les songes entrent dans le domaine terrestre et ce sont les hommes qui peuvent choisir d'influencer leur destin. Il est difficile de transmettre ces images par des mots, parce que là où les prophéties font appel uniquement au raisonnement, les songes ont une dimension sensorielle très forte.
Là, il ne parlait pas de ce qu'il avait lu, mais de ce qu'il avait expérimenté. A chaque fois, il avait eu du mal à distinguer le rêve – ou plutôt le cauchemar – de la réalité. Il sentait et ressentait l'avenir autant qu'il le voyait.
Bien sûr, il avait un handicap supplémentaire : en tant que rêveur, il était capable de voir le passé et le présent autant que le futur. D'ordinaire, les songes se cantonnaient à l'avenir.
De son côté, le professeur hocha la tête, heureuse de ne pas s'être trompée : le jeune Malfoy pourrait faire une sorte d'apprenti exceptionnel dans le domaine des prophéties. Il expliquait avec simplicité ce que beaucoup trop d'élèves peinaient à comprendre en début d'année.
- A l'écrit, il est facile de reconnaître l'avenir dicté par les prophéties et l'avenir dicté par les songes, parce que les premières sont succinctes et floues, et les seconds sont exhaustifs et explicités de mille façons. Une autre différence est que, généralement, les prophéties concernent plusieurs personnes et le destin commun, tandis que les songes sont principalement personnels, reliés à la personne qui rêve.
- C'est exact, approuva le professeur, quand elle vit que ses étudiants avaient fini de prendre des notes. Les prophéties et les songes sont tous les deux reliés à l'avenir, mais ce sont deux manières très différentes de le voir. Le plus important pour nous, ce sont les prophéties, parce qu'elles s'inscrivent – comme l'a dit votre camarade – dans le destin commun. Ce sont elles qui interrogent et intéressent le plus les chercheurs de la Divination et ce sont elles, principalement, que nous étudierons.
Draco regretta que les songes ne soient pas au cœur de son programme : cela aurait pu grandement l'aider à comprendre son propre destin si effrayant…
- Là où les choses sont un peu plus compliquées, continua le professeur Noisy, c'est que les prophéties s'imbriquent et s'emboitent sans que l'on sache vraiment quelle branche est valide et quelles branches sont mortes. Car si les prophéties tendent à se réaliser, elles peuvent également s'annuler. Pouvez-vous deviner pourquoi ?
Stephanie leva la main, les sourcils froncés sous la concentration, et formula son hypothèse.
- Draco a dit que les prophéties étaient faites par l'au-delà, dans l'espoir d'influencer les actions sur Terre. Si plusieurs prophéties concernent le même événement et que l'une se réalise, les autres n'ont plus de raison d'exister.
- C'est exactement cela, la félicita le professeur en souriant. Les prophéties apparaissent sur Terre grâce à des messagers, des personnes qui sont à la fois sensibles à la Divination et liées au mort qui tente de s'exprimer, de nous avertir à propos d'un événement à venir. Si plusieurs âmes tentent de s'exprimer sur le même sujet, nous avons plusieurs prophéties qui peuvent se… télescoper, dirons-nous. Le plus difficile, lorsqu'on fait des recherches à propos des prophéties, c'est de déterminer si celles-ci sont déjà réalisée, obsolètes ou si elles parlent encore de l'avenir. C'est d'autant plus difficile à savoir qu'elles peuvent ne pas s'être encore réalisées, mais être reliées à une autre prophétie annulée. Et dans ce cas, elles ne sont plus valables non plus.
Draco tordit sa bouche en une moue un peu découragée. Il avait pensé que toutes les prophéties se réalisaient, quel que soit le temps que cela prenait. Mais si les prophéties pouvaient s'annuler entre elles et, par un jeu de dominos gênant, en annuler plus encore… Quel était l'intérêt des prophéties ?
Le professeur Noisy, bien consciente que ses étudiants se sentaient dépassés par son explication, les rassura.
- C'est la raison pour laquelle les prophéties récentes sont souvent les plus fiables. Et c'est la raison pour laquelle, également, vos propres prophéties seront toujours plus fiables que les compilations que vous pouvez trouver dans les bibliothèques ou chez les antiquaires. Notre politique est de laisser dans l'oubli les prophéties qui ont plus de quinze ans et de vous apprendre comment en provoquer une et quelles sont les clefs d'interprétation qui vous permettrons de l'utiliser.
Soulagé, Draco eut un léger sourire. Effrayer les étudiants par la masse de travail et les complications de l'étude des prophéties, pour ensuite leur donner une porte de secours… C'était là une méthode plutôt efficace, pour donner envie aux élèves de maîtriser leurs propres prophéties.
- Nous disions donc la semaine dernière que le contexte d'apparition est très important. Pour les songes, c'est principalement l'état émotionnel de la personne et les sujets qui la préoccupent qui vont provoquer un rêve. Pour les prophéties, ce sont l'environnement immédiat, l'état de méditation, les types d'éléments magiques que vous faites entrer en jeu, qui vous permettent de déclencher une prophétie et la comprendre.
Draco eut un léger signe d'acquiescement, pendant qu'il notait. C'était bien ce qu'il avait lu dans Prophéties pour Prophètes Perdus.
- Prenons un exemple des plus simples. Vous êtes assis en tailleur, au cœur d'un bois, au milieu d'une rune de type « malédiction », avec dans les mains des poignées de feuilles. Vous avez la plus grande chance de provoquer une prophétie annonçant un « incendie de forêt », si l'au-delà s'adresse à vous. Ou un autre malheur où l'élément bois aura une grande importance. Comprenez-vous ?
Les étudiants acquiescèrent.
- Une simple méditation bien menée, selon le rituel d'ouverture consacré – que je vous apprendrai plus tard – peut vous permettre d'accéder à une prophétie. Mais les runes et l'utilisation d'objets magiques peut vous aider à augmenter vos chances de faire une prophétie, tout en réduisant le champ d'action de celle-ci au domaine qui vous intéresse.
- Si on veut provoquer une prophétie importante, comme savoir si un nouveau médicament sera bénéfique ou catastrophique, comment est-ce qu'on fait ? demanda Soledad, en faisant allusion à l'invention de Stanley Caporal.
- C'est tout l'intérêt du Cosmimago, que vous voyez derrière moi. C'est la base de tout maître en divination, c'est le plus ancien signe prophétique connu à ce jour. Il vous permet de vous ouvrir au maximum de vos capacités aux mots de l'au-delà, tout en gardant une dimension générale. Son seul inconvénient, c'est le drainage magique intense qu'il provoque. Rares sont les sorciers qui apprécient la sensation d'être vidé magiquement, mais encore plus rares sont les sorciers qui acceptent d'être à l'état de Cracmol pendant les vingt-quatre à quarante-huit heures qui suivent.
Comme toujours, songea Draco. Un avantage bien trop beau est balayé par un inconvénient bien trop grand.
- De nombreuses hypothèses courent sur l'interprétation du Cosmimago, mais une seule chose est sûre : pour qu'il fonctionne, il doit être tracé précisément comme vous le voyez derrière moi. Un seul élément oublié, et plus rien ne fonctionne. Il est également arrivé que des chercheurs soient blessés en tentant d'éliminer un élément du dessin pour en comprendre le fonctionnement. Faites donc attention.
Le professeur Noisy leur expliqua comment tracer le dessin pendant l'heure qui suivit, tout en expliquant parfois la présence d'un élément ou d'un autre.
Il était nécessaire de tracer d'abord un cercle parfait, puis tout autour, une étoile à cinq branches. Celle-ci devait s'ajuster au premier cercle de telle sorte que les cinq points intérieurs le touchent. Autour de l'étoile était tracé un second cercle, qui cette fois touchait parfaitement les cinq extrémités des branches. Puis un carré entourait lui-même le cercle, en le touchant en quatre points.
Le détail important, d'après le professeur, était qu'ici, le sommet de la branche supérieure de l'étoile touche à la fois le second cercle et le carré. C'était le seul point de contact autorisé entre l'étoile et le carré. Toujours d'après le professeur, ces premiers signes représentaient la vie sur Terre.
Il était vrai que l'étoile autour du cercle ressemblait aux rayons d'un soleil éclatant, inondant le deuxième cercle qui était probablement la Terre.
Mais Draco pensait également que l'étoile avait la signification d'une mort certaine, de l'étincelle qui s'éteint et disparaît quand le soleil revient.
Entre chaque branche de l'étoile, dans le deuxième cercle terrestre, étaient dessinées cinq figures. En haut à gauche était un petit cercle, en haut à droite un fin rectangle, dans le prolongement, une vaguelette d'un trait, puis en bas, une étrange fourche de trois traits précédait un triangle, dans le dernier espace.
Les significations de ces figures étaient nombreuses, selon les chercheurs et leurs croyances, mais l'explication qui mettait en avant les éléments était la plus répandue. Le problème était que personne ne s'accordait sur la nature de ces éléments. Les sorciers chinois considéraient le métal comme un élément, mais pas l'air, tandis que d'autres – des européens par exemples – admettaient la lune ou l'air comme un des éléments fondamentaux de la vie.
Enfin, le dessin était terminé quand, dans le prolongement des cinq branches de l'étoile, étaient tracés cinq rectangles identiques, coupés à chaque fois en deux, de manière à former deux carrés parfaits empilés.
En l'occurrence, ces rectangles n'avaient de signification que pour les théoriciens des mondes, qui pensaient qu'ils représentaient les autres dimensions, qui tentaient de s'imposer sur la dimension terrestre. Et encore, tous les théoriciens catastrophistes n'étaient pas d'accord entre eux…
Alors qu'un long débat s'était engagé entre le professeur et ses collègues étudiants, Draco resta silencieux. Il était en quelque sorte hypnotisé par le dessin qu'il avait reproduit sur son parchemin.
A force de le fixer, sa vue devint plus floue et il eut même l'impression de le voir bouger. Comme si l'étoile pulsait, que les rectangles extérieurs faisaient des va et vient, s'éloignant et se rapprochant du carré qui les excluait… Comme si la vague ondulait, comme si la fourche grandissait et rapetissait… Bref. Il avait l'impression que son dessin n'était pas fixe, et ça l'hypnotisait.
Quand les clochettes du château retentirent, il se redressa sur son siège. Il n'avait pas eu conscience d'avoir le visage à quelques centimètres seulement de son Cosmimago miniature.
- Monsieur Malfoy, accepteriez-vous de m'accompagner à la bibliothèque ? J'aimerais beaucoup que vous me montriez grâce à quels ouvrages vous avez pu comprendre la différence entre les songes et les prophéties.
Draco acquiesça, conscient que son professeur ne voulait pas seulement parler des livres qu'il avait lus. Hunter et Soledad se précipitèrent hors de la salle de classe, sans que Draco y prête attention, et il attendit que tout le monde soit sorti et que son professeur ait fermé la porte de sa classe, avant de la suivre.
Elle le conduisit jusqu'au rayon Divination elle lui avait dit qu'elle était souvent là le midi et après ses heures de cours.
- Qu'avez-vous vu en vous penchant ainsi sur le Cosmimago ? demanda-t-elle sans préambule, avec une grande curiosité. Vous aviez un tel regard que je n'ai pas voulu vous interrompre par la moindre question…
- Je ne sais pas exactement, répondit poliment Draco. J'ai eu l'impression de voir le dessin bouger et j'ai un peu perdu la notion du temps, je crois. Mais je n'ai pas fait de songe, si c'était là votre question.
- Vous avez vu le dessin bouger ? C'est-à-dire ?
- Je… J'ai cru voir les éléments du dessin de mettre à vivre sous mes yeux, mais c'est plus une impression que quelque chose de concret.
- Mmm… Cela pourrait être intéressant de creuser un peu. Peut-être que ce n'était pas qu'une illusion : ce dessin a fait tellement d'effets différents à tant de personnes différentes, que je ne serais pas surprise que vous le voyiez bouger. Vous qui avez en plus une magie particulière, vous insufflez sans doute quelque chose de nouveau dans le fonctionnement déjà spécial du Cosmimago…
- Qu'est-ce que ce dessin a de spécial ?
- Hormis le fait qu'il révèle plus facilement les prophéties ? Il a déjà blessé des gens, les amputant d'un membre, par exemple. Il les a déjà vidés de toute leur énergie, au point que certains n'ont jamais complètement récupéré leurs capacités. Il a des côtés dangereux, quand il est mal utilisé ou utilisé à mauvais escient, c'est tout ce que je peux dire.
- Et qu'est-ce que ma magie a de particulier, à part mes perturbations ?
- Ces songes, que vous faites naturellement, c'est un effet particulier de votre magie. Vous ne suivez aucun rituel, seul votre état émotionnel est capable de provoquer des songes. Je trouve ça fascinant, personnellement. D'ailleurs, c'est pour cette raison que je vous ai amené ici. J'ai trouvé, hier, un livre entièrement consacré aux songes. Je n'ai pas encore d'information sur votre statut de rêveur, mais je continue à chercher.
En même temps qu'elle parlait, le professeur Noisy avait récupéré un livre très fin sur une étagère pour le lui tendre. Draco le prit volontiers et la remercia pour son aide.
- Il n'y a pas de quoi ! Maintenant, tu peux aller manger en paix, lui répondit Betty Noisy.
Alors que le professeur s'éloignait, visiblement pour mettre en pratique son propre conseil, Draco baissa les yeux sur le livre qu'elle lui avait donné. Effectivement, il était consacré aux songes. Il le feuilleta. Si l'auteur ne semblait pas expliquer comment maîtriser ces visions, il expliquait – bien plus en détails que dans les livres qu'il avait déjà lus – comment les comprendre. Contexte d'apparition, interprétations… Il allait avoir de quoi faire.
Quand il releva les yeux, ce fut pour se trouver nez à nez avec l'une des jumelles étranges. Aline, celle dont les yeux étaient d'un bleu particulièrement foncé.
- Bonjour, fit-il sèchement, en se souvenant de leur première rencontre, le dimanche précédent.
Ravie, la jumelle eut un sourire presque dément, tant il s'étendait sur son visage. Ce n'était pas joli, seulement disproportionné. Et un peu effrayant.
- Salut Malfoy ! Toujours aussi intéressé par la Divination, à ce que je vois.
Draco ne répondit pas et son attention se focalisa sur la seconde jumelle, Lina, de la promotion supérieure.
- Tu as des problèmes de songes ? demanda-t-elle en jetant un œil à son livre.
- Rien qui ne vous regarde, répondit Draco en s'éloignant en direction de la sortie.
- Même si nous avions une explication à propos du Cosmimago qui bouge ? demanda, avec une certaine perversité, l'une des deux jeunes femmes.
- Vous m'avez espionné ! s'exclama Draco en se tournant vers elles.
- Toi et le professeur Noisy n'avez jamais cherché à vous cacher, répliqua Aline.
- Alors ? Veux-tu une explication à propos du Cosmimago ?
- Non ! Fichez moi la paix ! s'emporta Draco, jamais ravi qu'on se penche sur sa vie privée.
Quand il s'éloigna d'elles, définitivement cette fois, il était tellement énervé qu'il bouscula Soledad, qui arrivait dans sa direction. Sans marmonner la moindre excuse, il s'éloigna vivement. Suivi – d'un peu plus loin cette fois – d'Hunter et Soledad qui ne le quittaient pas du regard.
Derrière eux, Aline et Lina se dévisagèrent l'une l'autre.
- Ça ne s'est pas très bien passé, n'est-ce pas ? demanda Aline avec son insouciance habituelle.
- Pas vraiment bien, c'est sûr, confirma Lina.
- Je croyais qu'il devait être heureux de nous rencontrer. C'était bien ce que disait ton livre, non ?
- Pas exactement, expliqua platement Lina. Le Traité des Destins Tissés nous aide seulement à lire et deviner le destin des gens, mais pas la manière dont ils vont le remplir. Si Draco Malfoy est bien le rêveur que nous attendions, alors il finira par nous faire un signe.
- Je n'aime pas les gens qui n'aiment pas les gens, marmonna Aline, soudain boudeuse.
- C'est notre rôle de le suivre, quoi que nous voulions faire. Et tu le sais.
- Je déteste aussi ne pas avoir le droit de vivre, bougonna de nouveau Aline.
Lina eut un léger sourire nostalgique et s'avança pour enlacer sa sœur fermement.
- Nous avons sans doute eu le loisir de vivre bien plus que la plupart de nos camarades, tu ne crois pas ?
Elle ne le vit pas, mais elle devina parfaitement le sourire béat de sa sœur, contre elle. Elle ne put s'empêcher d'esquisser à son tour un sourire sadique, presque cruel.
- Nous avons fait notre temps et ce n'était pas si mal. Draco Malfoy deviendra peut-être notre guide, mais qui sait… il sera peut-être… intéressant.
Aline se redressa et glissa un léger baiser sur la joue de sa sœur.
- Tu as raison. Nous n'avons pas le droit de nous morfondre. Nous sommes, après tout, des Gardiennes…
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Le reste de la semaine se passa plutôt calmement pour Draco. Il lisait beaucoup, travaillait avec acharnement, et regardait chaque soir le Cosmimago plusieurs heures, avant de s'endormir paisiblement. L'image avait toujours cet effet mobile et hypnotisant qu'il ne savait pas interpréter.
Il regrettait parfois, dans sa chambre, d'avoir refusé la proposition de Lina de lui expliquer le dessin. Cela aurait pu lui donner une nouvelle piste de compréhension à propos de la magie. Mais à chaque fois qu'elles s'approchaient de lui, il ressentait l'irrépressible besoin de fuir. Elles dégageaient une magie troublante et pas tout à fait… saine. Il ne trouvait pas de meilleur mot. Bien sûr, il ressentait cet effet apaisant qu'avaient la plupart des étudiants de la magie verte, mais pas seulement.
Alors il les fuyait, la plupart du temps en bousculant soit Hunter, soit Soledad. Il était content de ce hasard sans cesse renouvelé : il se sentait vengé des rumeurs idiotes qui avaient couru sur lui et s'apaisaient un peu, ces derniers temps.
Hunter et Soledad, eux, jouaient leur rôle d'espion avec application, mais ils n'avaient rien trouvé d'intéressant jusqu'ici. Enfin… Rien hormis la capacité apparemment spécifique de Draco à avoir des songes – la discussion dans la bibliothèque avait été, à ce titre, intéressante – et la détermination des jumelles Lenain à vouloir s'approcher de lui. Pourquoi, ils ne savaient pas. Mais ils ne trouvaient pas ce détail particulièrement réjouissant.
Comme la plupart de leurs camarades, les jumelles Lenain les mettaient mal à l'aise. Ce devait être leur proximité et leur compréhension mutuelle surnaturelles qui troublaient les gens. Ça et le fait que Lina était un personnage effrayant, toujours tellement sombre.
Mais, espions en herbe, ils ne s'étaient eux-mêmes pas rendu compte qu'un autre étudiant suivait leur manège attentivement.
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Dimanche 20 septembre, matin.
Las de devoir fuir sans cesse devant les jumelles collantes, Draco ne fit pas un geste pour esquiver Aline, quand celle-ci s'approcha de son bureau de prédilection, dans la bibliothèque du Palais. Il glissa un petit parchemin de notes dans le livre qu'il lisait, pour ne pas perdre sa page, et le ferma.
- Que veux-tu ? demanda-t-il d'une voix fatiguée.
- Juste te raconter une histoire, si tu veux bien.
Draco fit un léger geste de la main, pour l'enjoindre à parler, mais elle émit un petit rire.
- Oh non ! Je ne suis absolument pas douée pour raconter les histoires. C'est l'apanage des Hibouleaux, ça, dit-elle en faisant apparaître deux fauteuils de bois devant son bureau.
- Il n'y a pas à dire, tu es bien meilleure que moi pour créer, la complimenta Lina, rejoignant à son tour le bureau de Draco. Te voilà décidé à m'écouter ? demanda-t-elle alors en se tournant vers lui.
- Je crois que je n'ai pas le choix.
Aline et Lina pincèrent les lèvres, mais ne répondirent pas.
- Il existe une vieille légende… commença Lina avec une certaine hésitation.
En voyant qu'il était réellement prêt à les écouter et qu'il n'y avait personne d'autre à l'horizon, elle continua.
- … qui dit que la magie s'autodétruira, causant sur son passage un cataclysme insurmontable. Dans l'inconscient collectif, cette destruction magique a pris des formes concrètes diverses : des dieux désirant purifier la Terre ou laisser libre cours à leurs colères et leurs passions destructrices, l'Apocalypse... Mais si nous avons oublié l'origine de la leçon, nous en avons retenu une peur immuable.
Draco fit une légère moue, mais il écoutait attentivement la jeune femme, curieux de voir où cette histoire allait les mener. Pour être honnête, il en avait une petite idée. Mais comment les jumelles pouvaient-elles savoir qu'il s'intéressait aux légendes apparentées aux Temps Sombres ?
- Heureusement, au fil du temps, des Héros sont nés pour combattre ce destin funeste, raconta Lina. L'Ancien, qui est en fait le premier sorcier à avoir pris conscience du danger, décida de s'entourer de disciples, destinés à s'entraîner sans relâche pour protéger l'équilibre précaire de la magie et éviter un désastre. Bientôt, ces disciples furent appelés les Gardiens. S'apercevant qu'il se faisait vieux et craignant que son savoir ne meure avec lui, il désigna un héritier et lui légua certains de ses pouvoirs. L'héritier était désormais capable de voir l'avenir et de comprendre le désastre.
Draco fonça les sourcils. L'héritier…
- Cet homme se faisait également appeler le Rêveur. Une fois l'Ancien mort, le Rêveur prenait sa place pour devenir à son tour un Ancien. Ce cycle d'héritages devait cesser le jour où le Rêveur Ultime ferait son apparition et serait capable de guider les Gardiens pour éviter la catastrophe annoncée.
… Et voilà. Il l'aurait parié. Il n'était pas dans la bouse de dragon !
- Les disciples – ou Gardiens – qu'il n'avait pas choisis pour être le Rêveur s'éparpillèrent dans le monde, afin de veiller partout à l'équilibre. Leurs pouvoirs furent également transmis, au fil des générations, à de nouveaux gardiens, dignes de l'être.
- A quoi servent-ils, concrètement ? demanda Draco.
- Ils protègent le rêveur des nombreux dangers qui le guettent : les sorciers qui désirent accéder à un pouvoir toujours plus grand voient en lui un obstacle bien trop grand. Sans compter les dangers d'un tel pouvoir utilisé à mauvais escient… S'il ne te détruit pas en te consumant, le pouvoir d'influer sur l'avenir peut se retourner contre les gens qui t'entourent. Seuls les Gardiens sont capables de soutenir leur guide.
- Et puis, ils protègent les sources, ajouta Aline, qui n'avait plus parlé depuis tout à l'heure.
- Comment ?
- Ils absorbent, en quelque sorte, les explosions magiques qui se créent dans les sources. Tu sais ce qu'est une source, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Hé bien les Gardiens font circuler la magie des sources. C'est aussi pour ça qu'on les appelle parfois des portes.
- Alors à quoi sert le rêveur ?
- Ça, nous ne pouvons pas te le dire, répondit Aline. Je ne suis pas l'Ancien. Mais je sais qu'il doit appeler les Gardiens, lorsqu'il verra les Temps Sombres se déclencher, afin qu'ils puissent lutter pour sauver notre monde. Certains sorciers pensent que la disparition du rêveur supprimera du même coup la menace des Temps Sombres, puisque l'Ancien a prophétisé leur fin une fois le cycle des héritages rompu. Ils ont tellement peur qu'ils sont prêts à éliminer le moindre rêveur pour en faire le rêveur ultime.
Les battements du cœur de Draco s'accélérèrent immédiatement. Pourrait-on lui vouloir du mal si on apprenait sa condition ? Une suée de panique soudaine lui rappela son enchaînement sur une chaise par Samson.
- Ils ne comprennent pas que la mort d'un sorcier n'élimine pas nécessairement sa magie, dit sombrement Lina. Elle se libère et s'inscrit dans un nouveau sorcier, tout simplement. Surtout avec les rituels puissants de l'ancienne magie…
- Ah. Et p… pourquoi est-ce que vous teniez tant à me raconter cette histoire ? demanda Draco, effrayé d'être face à des gens qui pourraient vouloir son élimination.
- Parce que tu t'intéresses à la Divination, aux légendes des Gardiens, et que tu vois bouger le Cosmimago.
- Et que vient-il faire là-dedans ?
- On dit que les gens qui ont des affinités avec la Divination peuvent voir vivre le Cosmimago, parce que ce dessin représente l'équilibre du monde. Et la magie des Gardiens, qui doivent justement assurer la survie du monde, y est représentée sous forme de symboles et fait vibrer le dessin pour ceux qui sont capables de comprendre.
Une vision du Cosmimago un peu tirée par les cheveux, certes, mais qui rendait terriblement concrète la menace que Draco sentait planer partout autour de lui depuis qu'il était devenu un rêveur…
- Ah. Bien bien. Je crois que je n'aimerais pas être à la place de votre rêveur, en tout cas. Allez, merci pour l'histoire et à une prochaine, d'accord ? lança Draco avant de les fuir.
Aline et Lina échangèrent un regard d'abord perplexe, puis amusé.
- Tu crois qu'il ne sait pas qu'il est un rêveur ou qu'il le fait exprès ? demanda Aline.
- Je crois qu'il n'a pas compris que nous étions des Gardiennes, s'amusa Lina.
- Que fait-on ?
- On arrête les frais et on attend qu'il nous fasse signe.
- Ça me convient. Et s'il pouvait ne jamais nous faire signe, ça me conviendrait d'autant plus, répondit Aline en secouant la tête.
Draco Malfoy était un rêveur. Mais était-il l'élu tant attendu ? Lina lui avait affirmé que sa magie étrange et trouée correspondait bien trop à la description du rêveur ultime pour qu'il s'agisse d'un hasard. Elle lui avait également confirmé que c'était lui qui perturbait leur magie et leur faisait parfois perdre leur contrôle.
Mais il n'avait pas l'étoffe d'un guide. Vraiment, Draco Malfoy était un garçon bizarre.
HSHSHSHSHSHSHSHSHSHSHSHS
Hunter ouvrit le cinquième compartiment. Lui et Soledad y plongèrent les mains, mais il fallait se rendre à l'évidence…
- Ça m'ennuie, grogna Soledad à son compagnon. Il n'y a rien d'intéressant, ici… On a juste appris qu'il était probablement issu d'une riche famille, mais il n'a aucun objet louche dans ses affaires. Même pas un PlayWitch !
- Attends encore un peu, répondit Hunter en ouvrant un nouveau compartiment de la malle de Draco Malfoy. Mais… Qu'est-ce que c'est que ça ?
- On dirait une baguette brisée.
- Probablement celle qu'il affirme avoir perdue...
- Garder une baguette brisée, comme c'est mignon. Il est du genre nostalgique, non ? Par contre, vu que sa baguette est brisée, on tient peut-être l'explication de son caractère perturbé. Tu ne crois pas ?
- Je n'en sais rien. Attends. Il y a des journaux, cachés ici. Regarde.
Les deux étudiants fouillèrent parmi les journaux anglais. Il n'y en avait pas beaucoup, mais ils parlaient tous des perturbations connues actuellement dans l'Angleterre sorcière et de procès de Mangemorts. Ils feuilletèrent les journaux, tentant d'y trouver une information sur le caractère de Draco Malfoy. Pourquoi avait-il caché ces journaux d'information ?
Mangemort… C'était un mot qui revenait souvent.
- Est-ce que ce n'était pas ces fous qui suivaient un mage noir, en Angleterre ? fit remarquer Hunter en levant la tête. Nous avons eu quelques problèmes avec eux, en Allemagne, même si je n'en sais pas beaucoup plus. Ma famille évitait d'en parler, tout comme mes précepteurs… Mais je croient qu'ils cherchaient à éradiquer les sorciers qui n'étaient pas de sang pur, quelque chose comme ça.
- Malfoy a peut-être reçu un choc parce qu'un Mangemort a tué quelqu'un de proche de lui. Ça aussi, ça pourrait expliquer son caractère bizarre, fit pensivement Soledad.
- Je ne crois pas… souffla soudain Hunter en refermant un journal qu'il feuilletait.
Il le lui tendit.
- Le Chicaneur. "Mes amis les Mangemorts", lut Soledad. Quoi ? Tu crois que c'est lui qui a écrit cet article ?
- Non. Ouvre-le.
Soledad obéit et s'arrêta sur une photo en noir et blanc. C'était Draco Malfoy ?
- Regarde la légende, dit Hunter.
- « Draco Malfoy et Théodore Nott, Mangemort toujours recherché par les Aurors, » lut-elle. Qu'est-ce que Malfoy fait avec un Mangemort ?
- Je n'en sais rien. Il était peut-être ami avec eux et s'est aperçu de leur nature violente par la suite ? Dans ce cas, il a peut-être subi des trucs bizarres qui expliqueraient son côté solitaire.
- Ou alors il faisait partie des leurs, proposa Soledad.
- Mmm... Il nous faudrait plus d'informations. Pour être sûr. On ne va pas accuser Malfoy d'un truc grave, s'il n'a rien fait de mal. On n'a déjà pas pu maîtriser la rumeur de sa folie… Si tu ne l'avais pas dit à Stefanie, aussi.
- Il faut bien que les gens soient au courant, pour se méfier…
- Mouais…
- En tout cas, il faut qu'on creuse. Tu ne crois pas qu'on pourrait demander de l'aide à ce Roselune, là…
- Philippe Piéfort ? Celui qui est venu nous voir ces trois derniers jours ?
- Oui. Lui. Exactement.
- D'accord. Mais range vite ! On ferait mieux d'y aller. Malfoy pourrait revenir de la bibliothèque d'un moment à l'autre.
* Augmentette : Objet magique, sorte de longue-vue sorcière qui permet parait-il, les jours de beau temps, d'observer ce qui se passe sur le continent voisin. Selon le même principe qu'une lorgnette, tenir cet objet à l'envers donne des images minuscules du monde, où rien n'est identifiable.
Voilà pour ce retour. J'espère de tout coeur que ce chapitre vous a plu et vous a apporté des réponses intéressantes. N'hésitez pas à me laisser votre avis en partant, et à bientôt pour la suite !
Lena.
