Trois jours après l'intrusion d'Ysogür, l'Europe, voire le monde, bouillonnait d'appréhension. La communauté sorcière n'y croyait pas vraiment, mais elle ne manquait jamais d'exhorter les ministères à prendre des mesures préventives, notamment à cause des pertes tragiques subies par Durmstrang et l'école italienne de sorcellerie, victimes des deux autres Lames du Chaos. Sept élèves et trois professeurs tués plus tard, toutefois, la grogne se tournait doucement vers l'Alliance, accusée de continuer à taire les véritables origines de cette guerre. C'était comme si, à force de faire parler de lui et de ses créations, Anteras s'était approprié le titre de pire Mage noir. Cependant, ça n'avait rien de rassurant : plus les jours passaient, plus Harry remarquait la totale absence d'activités des Mangemorts. Voldemort serait-il entré en contact avec l'Ennemi ? Etait-il trop occupé à signer une alliance pour que ses serviteurs tuent, kidnappent, torturent et fassent parler d'eux ? Les élèves eux-mêmes semblaient ne plus se souvenir du Seigneur des Ténèbres. Pire encore, dès le samedi venu, on oublia totalement Anteras et Voldemort pour se réjouir de l'approche imminente du deuxième tour des phases éliminatoires du tournoi de duel.
Ce matin-là, l'enthousiasme rappela toutefois aux élèves ce qu'il s'était passé le mercredi lorsque plusieurs adolescents se hâtèrent de rapporter qu'une délégation du ministère de la Magie était venue s'entretenir avec Dumbledore. Malgré l'absence de pertes à Poudlard, l'illustre directeur avait été férocement décrié dans les médias, certains l'accusant d'être trop vieux pour continuer à gérer l'école, d'autres lui reprochant d'impliquer des étudiants dans des duels potentiellement mortels.
− Ethan !
L'intéressé se retourna machinalement au beau milieu du couloir menant aux locaux de la Brigade. Il était si habitué à ce prénom qu'il ne réagissait même plus quand il entendait quelqu'un interpeller un Harry. Tenant la main de Leonie, Lily lança un sourire au Serpentard, alors que le petit de bout femme-enfant les regardait simultanément d'un air méfiant.
− Vous êtes invitées à la réunion ? s'étonna-t-il quelque peu.
− McGonagall a dit que les représentants des autorités estudiantines étaient tous conviés, approuva la préfète-en-chef. Je ne sais pas trop ce qu'il se passe, mais ça ne sent pas bon…
C'était le moins que l'on puisse dire, songea Harry. Une heure à peine la fin du petit déjeuner, un sortilège Hermès envoyé par le professeur Slughorn lui annonçait qu'une réunion se tiendrait dans les locaux de la Brigade, mais sans donner de détail. S'il était évident que cela concernerait la conclusion de l'entretien entre Dumbledore et la délégation du ministère, toutes les questions possibles et imaginables restaient sans réponse. Fallait-il s'attendre à de mauvaises nouvelles ou à un simple bilan ?
− Leonie aussi est invitée ?
− Alexa a dit que si je venais avec une peluche de poule, personne ne remarquerait ma présence !
Harry ne chercha même pas à argumenter, excédé par les délires de la splendide française et la naïveté de la Gryffondor. Il se contenta donc d'attendre que Lily et Leonie le rejoignent puis régla son pas sur le leur, jusqu'à ce qu'ils atteignent le local de la Brigade. Une petite foule s'y trouvait déjà : les professeurs, mais également James et, visiblement autorisé à relater tout ce qu'il se dirait dans La Gazette du Sanglier, Ash. Grignotant des biscuits apéritifs, Silver et Alexa semblaient réconciliés, la magnifique française ayant furieusement reproché à son meilleur ami de ne pas lui avoir laissé le temps d'être son infirmière personnelle – Madame Pomfresh, en effet, avait remis Silver sur pied en trois petites heures. Assise sur son bureau, Ana était plongée dans une discussion inaudible avec Mogg, qui renonça à parler davantage dès qu'elle aperçut les nouveaux arrivants. Ou, plus vraisemblablement, dès qu'elle vit que Harry était présent.
Aucun professeur ne releva la présence de Leonie, qui avait rentré la tête dans les épaules et se déplaçait aussi discrètement que possible. Harry aperçut les professeurs Sinistra et Chourave échanger un regard rieur, alors que Lily entraînait le Bébé de Gryffondor vers le bureau d'Ana, qui hissa le petit bout de femme-enfant sur ses genoux. Harry s'assit sur son bureau, à côté de James. Quelques secondes plus tard, Dumbledore entra à son tour, l'air grave.
− Ils n'ont pas… ?! s'exclama aussitôt le professeur Slughorn.
− Non, le rassura Dumbledore avec l'ombre d'un sourire. Même si je ne fais pas l'unanimité, le conseil d'administration se refuse de me relever de mes fonctions, mais les nouvelles que la délégation du ministère apporte n'est guère réjouissante : les critiques encouragent la Confédération internationale à songer à faire fermer toutes les écoles, estimant que les professeurs et les élèves seront plus en sécurité chez eux.
− Ridicule ! persiffla le professeur McGonagall. Ca ne fait que retarder la prochaine fois qu'ils seront agressés !
− C'est précisément l'argument que plusieurs ministères ont l'intention de présenter devant la Confédération.
− Depuis quand peut-elle intervenir sur la fermeture des écoles ? demanda Ana, intriguée.
− Elle le peut quand elle estime que la menace est sérieuse, répondit Dumbledore. Du temps de Grindelwald, certains pays ont été invités à fermer leurs établissements scolaires car les combats s'en rapprochaient dangereusement. Quoi qu'il en soit, si le ministère livre notre défense au niveau politique, nous devons livrer la nôtre au sein de Poudlard. Ethan a déjà donné ses consignes à Vallys, qui se charge actuellement de dresser trois barrières entre la première et le château lui-même, mais au vu de la météo et de l'approche de l'hiver, nous ne pouvons pas nous reposer seulement dessus. De son côté, Leo a demandé à ce que Firagan revienne de ses vacances pour surveiller l'intérieur du château, mais il ne peut pas tout faire non plus. Donc, que proposez-vous ?
− Nous ne pouvons pas empêcher la Brigade, Miss Evans et Potter de patrouiller, n'est-ce pas ? dit le professeur Vector. Si nous le faisions, ce serait une porte ouverte aux promeneurs nocturnes. Le mieux ne serait-il pas de former des groupes précis et guidés chacun par un professeur ?
− Le problème, c'est que Filius reconnaît lui-même qu'il n'aurait jamais pu venir à bout d'Ysogür sans utiliser des sorts de très haut niveau.
− Non, intervint Lorca, il y a une faille dans la technique d'Ysogür.
Toute l'attention se concentra sur elle, notamment parce que la Nehoryn était absente lors de la bataille.
− L'épée ? demanda Dumbledore.
− En effet. Grâce à la Pensine du directeur et les souvenirs que j'ai empruntés à certains élèves présents lors de l'attaque, il m'est apparu qu'Ysogür avait besoin d'abaisser son épée pour pouvoir relancer un sortilège. Nous pouvons considérer qu'il a le même handicap qu'un sorcier, car celui-ci doit souvent exécuter des gestes bien particuliers pour jeter un sort. Quant à son aspect protecteur, l'épée possède un potentiel défensif qui a sa propre limite, comme l'a démontré le directeur en la fêlant.
− Je vois… dit le professeur Chourave. Le moment le plus opportun pour l'attaquer, en somme, se situe entre son sortilège et l'abaissement de son épée…
− Tout à fait, mais il faudra obligatoirement avoir recours à un sortilège très puissant.
Les professeurs, Lily, James et une partie de la Brigade fouillèrent aussitôt dans leurs connaissances pour y trouver un sort susceptible de convenir en cas d'une nouvelle attaque d'une Lame du Chaos. Dumbledore leur accorda quelques secondes de réflexions, puis se tourna de nouveau vers Lorca :
− Qu'en est-il de la Communauté ?
− Quoi ?! s'étonnèrent les professeurs.
Dumbledore sourit, s'attendant visiblement à cette réaction.
− C'est une information qui ne doit être transmise à personne, précisa-t-il, mais Lorca est parvenue à entrer en contact avec certains membres de la communauté du samouraï. Raison pour laquelle elle était absente lors de l'intrusion d'Ysogür. Savez-vous où nous en sommes ?
Harry comprit aussitôt que Garwir était intervenu en remplacement de Lorca, qui devait sûrement avoir été convoquée par le commandement de l'Alliance suite à l'opération lancée sur l'armée d'Anteras. Toutefois, bien que l'offensive ait été saluée de part et d'autre du monde, il ne pouvait s'empêcher de penser que quelque chose clochait. Le soupçon qu'il avait eu, à deux couloirs du cachot de potions, mercredi, ne le quittait toujours pas. La belle Nehoryn, cependant, confirma ce qu'il pensait :
− Il semble que les ministères continentaux se soient un peu trop emballés sur le succès de leur attaque, dit-elle. Même s'il a été possible de porter un grand coup à l'armée ennemie, le commandement de la Communauté affirme que les victimes des Aurors ne représentent qu'une moitié des effectifs réels du créateur des gerfauts, nommé Anteras.
− On peut donc en déduire que les Aurors disparus ont été kidnappés par « ces soldats de réserve », dit Dumbledore.
− L'Alliance, comme se fait appeler la Communauté, ne doute pas une seule seconde que ces hommes et ces femmes n'ont plus aucun espoir de revenir, poursuivit Lorca. Il y a un autre problème : un émissaire de l'Alliance est venu me voir à l'aube pour me transmettre le rapport sur les attaques des Lames du Chaos. Il semblerait que chacune d'elles emploie une magie très différente des deux autres.
− C'est-à-dire ? interrogea le professeur Bresch, perplexe.
− Si Ysogür manipule la magie grâce à son épée, les deux autres utilisent respectivement ses mains et une baguette.
Le LorMirAl, pensa Harry. Anteras s'était visiblement inspiré de la magie de chaque monde pour créer chacune des Lames du Chaos. Ysogür symbolisait Lorgath et les deux autres représentaient la magie de Mirvira et Alterion.
− Ca complique les choses, admit Dumbledore. Nous connaissons la faille d'Ysogür, mais nous ignorons celles des autres, à part peut-être de la Lame du Chaos utilisant une baguette, qui doit souffrir du même handicap que n'importe quel sorcier. Y a-t-il une possibilité que je rencontre l'un des commandants de l'Alliance ?
− Aux dernières nouvelles, ils discutent de savoir si le moment est venu de se présenter à vous comme au ministère, mais il y a quelques… discordes sur ce qu'il convient de faire, avoua Lorca.
Harry se demanda si Prerian était à l'origine des discordes. Bien qu'il ait accueilli avec satisfaction l'initiative « hasardeuse » du Serpentard lorsque celui-ci s'était présenté à Dumbledore, le chef de la rébellion de Lorgath demeurait un homme qui ne lui paraissait guère disposé à faire confiance à n'importe qui, pas même aux principaux alliés qu'il pourrait avoir en Alterion.
− Il y a plus inquiétant, continua Lorca.
Et tout le monde se concentra sur elle.
− Un espion de l'Alliance a confirmé que Voldemort et Anteras étaient entrés en contact quelques heures avant l'assaut des Aurors. Deux Mangemorts ont été capturés par les sentinelles d'Anteras et ont été conduits à lui, avant de repartir.
La nouvelle engendra une sombre déception quasi-palpable. Dumbledore parut sur le point de soupirer de lassitude, mais il s'en garda et préféra passer une grande main dans sa longue barbe, l'air pensif.
− Je vais avoir besoin de m'entretenir avec Terry, déclara-t-il.
− Que peut-il faire ? dit le professeur McGonagall, surprise.
− Mes détracteurs ont commis une erreur : me critiquer, répondit le directeur. Il y a fort à parier que parmi ces personnes, il se trouve quelques Mangemorts ou personnes soumises à l'Imperium. Nous ne pouvons pas atteindre Anteras maintenant que les Aurors l'ont obligé à se trouver une autre cachette, mais nous pouvons encore réduire les rangs de Voldemort. Horace, les sérums contre l'Imperium sont toujours utilisables ?
− Evidemment.
− Le ministère aura peut-être besoin de ton stock. Bien, pour en revenir à notre préoccupation scolaire, Septima a trouvé le bon plan : à partir d'aujourd'hui, les patrouilles se feront en groupe mené par un professeur… et par maison, de préférence. Il ne faut pas négliger les affinités qui se sont créées. James, comment va Sirius ?
Les soins prodigués par Garwir avaient été optimaux pour recoller le bras de Patmol, si bien que Madame Pomfresh l'avait remis sur pieds en un coup de baguette et une potion, bien qu'elle ait tenu à le garder en observation toute une nuit. Sauf que, psychologiquement, sa blessure avait littéralement transformé Sirius, même si le Maraudeur avait commencé à retrouver son comportement habituel.
− Je pense qu'il vaudrait mieux le ménager encore quelques jours, monsieur, confia James. Remus tient le coup, mais Peter et Sirius sont encore un peu… chamboulés.
− Je vois. Minerva, vous vous assurerez que ces deux-là restent dans la tour Gryffondor, je vous prie.
Le professeur McGonagall acquiesça.
− Aurélien, est-ce que… ?
Le professeur Bresch sembla deviner la question et jeta un regard calculateur vers Silver, qui s'était totalement désintéressé de la réunion pour lancer des cacahuètes dans le décolleté d'Alexa, qui s'était fait une joie de déboutonner son chemisier pour lui offrir les plus grandes chances de parvenir à « mettre un panier », comme dirait un basketteur. A la vue de ce spectacle, la réaction du directeur de Beauxbâtons ne se fit pas attendre : tirant sa baguette, il décocha à une vitesse impressionnante deux éclairs de lumière qui atteignirent ses élèves français à la tête. Si la splendide blonde se plaqua une main sur le front avec une grimace douloureuse, Silver ne sembla même pas remarquer l'attaque.
− Ha ! Ha ! Ha ! Tu t'es pris un sortilège ! ricana le Gryffondor.
− Toi aussi, espèce d'abruti ! répliquèrent d'une même voix le professeur Bresch et Alexa.
− Ah ? s'étonna Silver.
− Pour l'amour du ciel, essayez d'être sérieux pour une fois, soupira le directeur de Beauxbâtons, exaspéré. Alexa, referme ton chemisier ou je t'en mets une. Quant à toi, Leo, je veux que tu sois à la tête de la Brigade pendant les rondes nocturnes. Et n'enclenche pas une offensive au-dessus de la Deuxième Sentence si jamais une nouvelle intrusion venait à se produire.
− Sir, yes, sir !
Le ton désinvolte de Silver sembla donner envie au professeur Bresch de lui lancer un nouveau sort, mais celui-ci se retint.
− Bien, dit Dumbledore. Lorca, pouvons-nous obtenir un soutien de l'Alliance ?
− J'en ai parlé avec l'un des émissaires cette nuit, j'attends encore la réponse.
Harry n'eut aucun mal à deviner que l'« émissaire » était nul autre que Midori, tout comme il pressentait que Lorca n'avait pas seulement parlé avec lui. Quelle était leur relation ? Quels étaient leurs sentiments l'un envers l'autre ? Il n'était pas porté sur la curiosité vis-à-vis des couples, du commérage ou de l'indiscrétion, mais le couple Midori-Lorca le fascinait d'une bien étrange façon.
− Parfait, reprit Dumbledore. Aurélien, j'aurai besoin de toi pour nous rapprocher du ministère français. Lorca, vous devez venir aussi, afin que Terry ait des précisions sur ce que l'Alliance vous a dit. Minerva, je vous laisse le soin du second tour du tournoi… Oh et, Leo, terminez vos duels le plus rapidement possible.
− Tch !
− Je t'ai dit d'arrêter avec tes « Tch ! », répliqua sèchement le professeur Bresch.
Lançant un dernier regard noir à son élève, le directeur de Beauxbâtons suivit Dumbledore et Lorca à l'extérieur de la salle pour partir au ministère. Les professeurs sortirent à leur tour en s'organisant pour la mise en place du second tour du tournoi de duel, le minuscule maître des sortilèges ayant évidemment un rôle important à jouer pour installer les enchantements, alors que la Brigade, Lily et James trainassaient dans le local. Chacun semblait réaliser à quel point la situation était grave, d'autant plus que Silver était désormais autorisé à prendre la tête des patrouilles de la Brigade.
− Comment on va s'organiser ? demanda Alexa, plus sérieuse que jamais. Serpentard sera handicapé si la Brigade doit être réunie pendant les rondes… Je ne doute pas des compétences de Nadège, Tara et Berenis, mais…
− Tu oublies un détail, l'interrompit Silver. Nous avons Ethan.
Surpris, l'intéressé eut la très nette impression que le Gryffondor savait déjà qu'il avait un plan pour se présenter comme le « chef » de Serpentard. Comment ? Comment avait-il su ? Harry n'en avait parlé à personne, n'y pensait qu'une fois dans son lit, et pourtant, le regard malicieux de Silver ne laissait place à aucun doute : il connaissait son plan !
− On peut compter sur toi, non ?
Harry approuva, bien qu'encore déconcerté par la perspicacité du Dieu de la Mort.
− Il serait préférable que tu y ailles maintenant. Lily, accompagne-le.
− Hein ? s'étonna la préfète-en-chef.
− Vas-y.
Aussi amical fut-il, ce type faisait froid dans le dos, songea Harry. Comment pouvait-il savoir ? Avait-il ne serait-ce qu'un défaut ? Même en l'absence de Firagan, il semblait en savoir bien plus que n'importe qui… Quoi qu'il en soit, la belle rousse sur les talons, le Serpentard sortit des locaux de la Brigade de la Mort et l'entraîna aussitôt vers le hall d'entrée.
− Je n'ai rien compris… avoua Lily.
− Je veux te présenter quelqu'un, dit Harry, mais il va falloir que tu me fasses confiance.
− Ah ? Qui ?
− Tu verras.
Surgissant dans le hall d'entrée, où les élèves les plus affamés attendaient tranquillement que les portes de la Grande Salle leur ouvrent l'accès à leur repas, Harry balaya la foule du regard sans trouver satisfaction. Optant pour la facilité, il choisit de dégainer sa baguette et lança le sortilège Hermès, décidément très pratique, pour faire parvenir son message à sa « cible ».
La réponse ne se fit guère attendre. Fondant sur lui comme un prédateur ayant repéré une proie, un autre Hermès lui laissa entendre la voix du destinataire de son message :
− Les cuisines.
Harry entraîna aussitôt Lily vers la porte que les Poufsouffle empruntaient pour rejoindre leur salle commune. Il savait que la préfète-en-chef se posait des questions, mais elle n'en prononça aucune, et c'était là la réaction qui lui faisait le plus plaisir, car il était évident que la belle rousse lui faisait confiance. Alors qu'ils approchaient des cuisines, le tableau représentant une coupe de fruits se transforma en porte un instant avant que Rogue ne la franchisse.
Déconcertés, le Serpentard et la Gryffondor s'observèrent.
− Lily, je te présente Severus Rogue. Severus, je te présente Lily Evans.
− Que… qu'est-ce que tu… ? balbutia Rogue.
Lily n'eut guère l'air plus réjoui que lui, mais après une profonde inspiration, elle se força à sourire.
− Enchantée de te rencontrer, Severus.
− Je… Hein ?... je… Heu… Moi aussi, bredouilla Rogue, pris au dépourvu.
− Severus est un espion en herbe très prometteur, prétendit Harry. Il a réussi à convaincre tout le monde qu'il était raciste et pro-Voldemort, mais en réalité, il sait qu'il existe des choses menacées par les Mangemorts qu'il protégerait de sa vie. Pas vrai, Severus ?
Rogue lui lança un regard indécis, mélange de colère, de stupeur et de réjouissance. Il semblait avoir compris que Harry lui suggérait l'éventualité que Lily puisse être prise pour cible par les Mangemorts, tout comme il ne supportait pas l'idée que le demi-démon lui force la main, mais il était bien obligé d'admettre que son camarade lui permettait de recoller les morceaux et de recommencer à zéro avec la préfète-en-chef. Celle-ci n'était guère plus sereine : méfiante, s'interrogeant probablement sur les motivations de Harry, ne croyant sans doute pas le statut « d'espion » de Rogue, elle se forçait pourtant à jouer le jeu.
L'aspirant-Mangemort lança un rapide coup d'œil autour de lui, l'air prudent.
− Je peux savoir à quoi tu joues ? siffla-t-il.
− Te fous pas de moi, rétorqua Harry. Nous savons tous les deux que tu n'es pas aussi raciste que tu le prétends.
− Et qu'est-ce qui te fait dire ça ? Tu ne me connais même pas !
− Moi, je te connais, intervint Lily.
Rogue sembla étrangement mal à l'aise.
− Je… je te l'ai dit, j'ai l'intention de rejoindre…
− Parce que tes amis en ont l'intention, coupa froidement Lily. Tu peux donner l'impression d'être aussi solitaire que tu le veux, tu peux insulter les nés-Moldus autant que tu veux, tu peux apprendre la magie noire autant que tu veux, tu ne réussiras pas à maintenir les illusions éternellement !
Bien qu'elle parlât d'un ton calme, il vibrait une certaine rancœur dans sa voix. Sans nul doute, la préfète-en-chef avait des ressentiments encore vivaces à exprimer quant aux choix faits par son ancien meilleur ami, mais il lui fallut pousser un grand et profond soupir pour enfin dire ce qu'elle avait sur le cœur :
− Sev', tu as beau être intelligent et être considéré comme le cerveau de ton groupe, tu n'es rien d'autre qu'un suiveur… Je n'irai pas jusqu'à dire que ça me fait de la peine car tu as fait tes choix, mais je trouve ça quand même triste. Tu vaux dix fois plus qu'Avery, et cent fois mieux que Mulciber, alors arrête de te voiler la face… Je connais Ethan depuis trois mois et, pour une raison que je n'arrive pas à expliquer, je lui confierai ma vie sans la moindre hésitation. S'il me dit que tu es un mec qu'il faut connaître, je lui fais confiance, mais à la seule condition que tu sois honnêtement toi-même !
Après un dernier regard las à l'attention d'un Rogue enfermé dans ses pensées, elle tourna les talons en serrant légèrement le poignet de Harry, comme dans un geste de gratitude. Les deux Serpentard la regardèrent disparaître dans le hall d'entrée en silence.
− Pourquoi… ? murmura Rogue.
− Par sadisme et utilité, répondit Harry d'un ton désinvolte. Je sais que tu l'aimes, je sais que tu ne feras que souffrir d'une réconciliation, mais je sais surtout que Lily pourra compter sur toi à tout moment. Tu ne t'en rends pas compte, mais tu as ce qu'il faut pour devenir le type le plus respectable qui soit. Tu vaux bien mieux qu'un vulgaire Mangemort qui s'écrase devant un autre sorcier. Et crois-moi, j'en sais assez sur Voldemort pour foutre les glandes à ses serviteurs les plus fidèles. Réfléchis à qui tu es réellement !
Il s'éloigna sans un regard en arrière. Pour une obscure raison, il se sentait soulagé, comme si depuis qu'il avait compris le rôle du Rogue du futur, il avait toujours eu envie de dire au Rogue actuel ce qu'il pensait de lui. Son camarade ne chercha pas à l'interpeller, mais il le sentit réfléchir intensément. Il savait que l'aspirant-Mangemort ne pouvait négliger une opportunité de réconciliation avec Lily. La question demeurait cependant : allait-il favoriser son avenir avec ses amis ou préférerait-il une amitié avec l'amour de sa vie, quitte à en souffrir ?
Traversant le hall d'entrée, Harry se dirigea vers les portes de la Grande Salle, ouvertes. Franchissant les panneaux, il nota l'absence des garçons de Serpentard. A l'évidence, les plateaux que tenait Rogue annonçaient un déjeuner privé entre lui et sa bande. Longeant la table de sa maison, le demi-démon atteignit les filles de sa classe et s'assit à côté de Mogg, s'attirant une fois encore des regards jaloux, méfiants.
− Lily et Rogue se sont réconciliés ? demanda Alexa d'un ton détaché.
− Ca prendra du temps, je pense.
− Je trouve que ce serait une bonne chose, dit Berenis. Severus est peut-être resté fidèle à lui-même depuis leur embrouille, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il a l'air plus « sinistre » qu'auparavant. En plus, je suis sûre que Lily apprécierait le fait de renouer un certain lien avec lui. Un meilleur ami, qui plus est d'enfance, ça ne s'oublie pas comme ça.
Comme à son habitude, Mogg resta silencieuse tout le long du repas, alors qu'Alexa enchaînait conversations sérieuses sur délires visant aussi bien Silver que Harry. Bien malgré lui, ce n'étaient pas les fantasmes improbables de la superbe française qui le travaillaient le plus, mais bel et bien l'avenir de la relation de Rogue et de Lily. Depuis que Lorca lui avait parlé de son objectif au sein de Poudlard, depuis qu'il avait compris le vrai rôle du Rogue de son ancienne vie, toute sa stratégie dépendait de l'aspirant-Mangemort. Un pari risqué, mais s'il le gagnait, les choses pourraient évoluer bien plus vite.
Lorsque les desserts eurent été engloutis et que les élèves eurent longuement commenté l'absence de Dumbledore et deux professeurs, ils quittèrent la Grande Salle pour se réunir dans le hall d'entrée afin de laisser les enseignants encore présents de préparer les estrades pour le second tour des phases éliminatoires du tournoi de duel. Tout naturellement, Harry rejoignit Lily et les filles de Gryffondor.
− D'après Ash, cette journée va être prometteuse, révéla Mary. Il paraît que certains « duels chocs » sont prévus.
− Veux pas affronter Mulcigerbe ! ronchonna Leonie.
− Nous serons là pour t'encourager, assura Lily avec une infinie tendresse.
− Vraiment ? Il faudra protéger ma peluche et me faire un trèèèèèèèèèèèèèès gros bisou !
− Promis.
Leonie rayonna comme si on lui avait annoncé que Noël avait été avancé, alors que les portes se rouvraient. Il régnait une certaine tension excitée, les élèves espérant aussi bien remporter tous leurs duels qu'assister aux duels les plus attendus. Dans un coin, Ash organisait ses reporters improvisés, dont faisait partie Berenis, pour faire circuler au mieux les informations. Les principaux intéressés par les confrontations « chocs » avaient l'air plus concentré que jamais : James semblait déjà réfléchir à la meilleure stratégie à adopter face à Silver, Sirius se préparait psychologiquement à un éventuel affrontement avec Gardner ou le professeur McGonagall, tandis que Mogg, adversaire inévitable de Harry, écoutait attentivement les conseils prodigués par ses amies.
Pénétrant dans la Grande Salle, Harry salua ses amies et prit la direction de son estrade. Le professeur Perlabool, cette fois-ci, en était le surveillant, parcourant la liste des duels à travers ses épaisses lunettes carrées. Alors qu'il annonçait la première confrontation, des élèves montaient déjà sur les autres estrades : se souriant, Lily et Remus se faisaient face, alors que Sirius, l'air déterminé, s'apprêtait à combattre face à une Tara Gardner beaucoup moins décontractée qu'à l'ordinaire.
Surgissant brusquement et silencieusement à côté de Harry, Alexa s'empressa de lui sauter au cou pour déposer son baiser affectueux et habituel.
− Laisse-moi deviner : j'affronte Mogg ? dit-il, blasé.
− Exact, répondit Alexa, alors je suis venue te faire un Bisou de la Mort qui porte bonheur ! Chouchou, il faut absolument que tu gagnes, car Lucretia a promis de me montrer ses plus beaux sous-vêtements si elle perdait ! Mais si tu perds, tu devras être mon petit ami pendant une semaine !
− Ah ? Et pourquoi ferais-je ça ?
Il n'eut même pas à entendre la réponse : la seule lueur malveillante, assez terrifiante, qui brillait dans le regard d'Alexa ne faisait aucun doute sur l'assure de la belle française, qui confirma aussitôt son soupçon :
− Leo a dit que tu n'avais pas le choix, se régala-t-elle.
Harry réprima à grand-peine une réplique. Il ne connaissait peut-être pas Silver, mais il ne sous-estimait pas la menace que le Gryffondor pouvait représenter. Plus encore, il s'en méfiait davantage après avoir constaté que le professeur Bresch n'avait pas refusé que le Dieu de la Mort participe aux patrouilles nocturnes. A quel point l'énergumène alcoolique était-il considéré comme un atout important ? Pas seulement par le directeur de Beauxbâtons, mais aussi par Dumbledore ?
− Très bien, soupira-t-il.
− Ne fais pas exprès de perdre sous prétexte de voir mes nichons, hein !
− Qui ferait ça ?! répliqua Harry.
− Moi. Bisou, Chouchou !
Désabusé, le Serpentard regarda son amie s'empresser de rejoindre Mogg pour lui soumettre, à elle aussi, un défi, alors que le duel en cours se terminait par la victoire surprenante d'un deuxième année de Poufsouffle sur un cinquième de Gryffondor, qui ne paraissait d'ailleurs pas en revenir.
− Prochain duel : Ethan Potter contre Lucretia Mogg, annonça le professeur Perlabool.
Des élèves se hâtèrent de rapporter la nouvelle aux autres estrades. Des têtes se tournèrent, des regards suivirent la marche des principaux intéressés, alors qu'une atmosphère plus surexcitée s'installait. Bien qu'il n'eût jamais démontré son potentiel, Harry avait la sensation que plusieurs spectateurs ne doutaient pas de ses compétences – peut-être suite aux cours spéciaux de Lorca. Cependant, alors qu'il montait sur l'estrade, il eut la nette certitude que l'encouragement général allait vers Mogg, qui paraissait plus que jamais méfiante. A l'évidence, elle ne le sous-estimait pas.
− Saluez-vous ! lança le professeur Perlabool.
Les deux adversaires obéirent, tournèrent les talons et s'éloignèrent l'un de l'autre.
− Commencez !
Preuve de la méfiance que lui inspirait Harry, Mogg n'hésita pas un seul instant à faire usage d'une botte secrète. Harry, ne sachant pas trop ce qu'était l'éclair doré qui lui fonçait dessus, réagit instinctivement en faisant apparaître un bouclier d'or au reflet écarlate. Le sortilège heurta la protection dans un « GONG ! » assourdissant en fissurant le bouclier, mais le Serpentard ne se laissa pas distraire. Faisant disparaître sa sécurité, il enchaîna presque aussitôt avec un trait de lumière verdâtre, mais sa camarade le dévia sans peine.
Il fallait qu'il réfléchisse, se dit-il en parant un nouveau sortilège. Mogg utilisait une magie puissante, très puissante. Assez puissante, en tout cas, pour briser un bouclier en acier… Or, Harry le savait, ses propres connaissances étaient moindres. Son sortilège le plus puissant était également le plus dangereux… et il ne tenait pas s'attirer les foudres de Mogg ou de Gardner – dont il n'oubliait pas la réputation. Parant un jet bleuâtre d'un mouvement brusque de sa baguette, il prit sa décision : visé par de petits cercles de lumière orange, il fit un mouvement de poignet.
Dans une explosion de fumée noire assez semblable au transplanage des Nehoryn, un énorme serpent apparut, arrachant de nombreuses exclamations au sein des spectateurs.
− Neutralise-la !
Le sifflement qui s'échappa de la bouche de Harry provoqua un frisson, mais surtout une extraordinaire incrédulité, au sein des spectateurs. Le professeur Perlabool en resta même bouche bée, alors que Mogg, ahurie, semblait incapable de reprendre contenance. L'énorme serpent n'était plus qu'à un mètre d'elle lorsqu'elle sembla retrouver ses esprits. Dans un éclair rouge, elle fit disparaître la menace reptilienne et posa un regard calculateur – et même satisfait – sur son adversaire. La nouvelle se répandait à la vitesse de la lumière : Ethan Potter était Fourchelang.
Le choc surmonté, toutefois, Mogg parut plus que jamais déterminée à combattre. Avec une rapidité et une précision assez impressionnantes, elle décocha un faisceau lumineux que Harry n'évita que d'extrême justesse, sa joue droite en ressentant la froideur presque glaciale, mais il porta immédiatement son attention sur la contre-attaque. Sa réactivité sembla prendre Mogg au dépourvu. Face à l'éclair écarlate, cependant, la richissime héritière fit apparaître une curieuse chose : une sorte de flaque d'eau, ondulant sans cesse, resta accrochée à l'extrémité de sa baguette et intercepta le sortilège, qui se mit à suivre le courant circulaire et vertical.
Harry redoubla de méfiance. Son propre sortilège allait-il lui revenir en pleine face ? Etait-ce un sortilège défensif ou bien pouvait-il répliquer ? Il le sut rapidement : après avoir décrit plusieurs cercles successifs, son Expelliarmus fusa droit sur lui, l'obligeant à bondir sur le côté pour l'esquiver. Mogg s'en réjouit sobrement, projetant un trait rosâtre dans sa direction, mais Harry s'abaissa et répondit du tac-au-tac. A sa grande déception, la ravissante jeune femme bloqua la tentative et adressa, non sans un léger sourire, un regard étrange à son camarade. Elle semblait à la fois surprise et satisfaite, mais également résignée, comme si elle avait pris une importante décision.
« Lucretia ! Lucretia ! Lucretia ! » résonnait dans toute la Grande Salle, pas seulement autour de l'estrade où l'héritière la plus convoitée combattait, mais partout dans l'immense pièce. Les Serpentard, bien sûr, soutenaient la beauté de leur maison, mais des élèves de Gryffondor, de Serdaigle et de Poufsouffle se joignaient également à eux pour soutenir la jeune femme qui – en apparence, tout du moins – ne paraissait guère être sensible à ces encouragements.
Harry sentit toutefois que la situation avait changé. Il le savait : la prochaine salve connaîtrait un vainqueur. Qu'elle ait été motivée ou non par ses admirateurs, Mogg arborait le regard d'une personne prête à en finir. Elle semblait même assez irritée que ses précédents sortilèges ne lui aient pas permis de mettre un terme au duel. Pendant ce temps-là, Harry réfléchissait à sa prochaine action. Il connaissait des sorts inoffensifs qui pourraient lui assurer la victoire, il pourrait clore cet affrontement dès maintenant, mais il tenait absolument à conserver son véritable potentiel. Mogg et lui occupaient la première place, une petite défaite ne pourrait pas leur faire de mal…
− Je t'ai dit de ne pas le prendre pour un élève ! gronda Gardner.
− Ah ! C'est méchant d'anticiper ! s'insurgea Leonie. Ethan ! Si tu perds, tu ne pourras jamais faire de bisou à Lily !
Alors que les spectateurs s'amusaient de la remarque du Bébé de Gryffondor, Mogg décocha un éclair d'un blanc éclatant : Harry songea un instant à invoquer un nouveau bouclier, mais quelque chose – son instinct ? Lathar ? – lui fit sentir qu'il lui faudrait une protection bien plus solide pour affronter l'attaque. Il fit donc un violent geste du bras et vit, stupéfait, le trait de lumière immaculée passer à travers son sortilège et l'atteindre à la poitrine.
Imbécile ! dit la petite voix de Lathar. On ne peut pas contrer un sortilège de Séparation avec un vulgaire sort de Réplique Venteuse ! S'effondrant sur le sol alors que sa baguette bondissait dans les airs, Harry songea que le Démon d'Alterion aurait pu lui signaler ce détail plus tôt. Pourtant, sa défaite ne lui déplaisait pas. Il l'avait compris pendant le duel : Mogg n'était pas à sa portée, pour le moment, et il n'osait imaginer quel était le niveau de Lily ou d'Ana.
La belle et riche Serpentard apparut au-dessus de lui. Plus que jamais, elle avait l'air convaincu de quelque chose, et Harry se demanda bien de quoi. Mais lorsqu'elle lui présenta sa main pour l'aider à se relever, il n'hésita pas une seconde à la saisir et à se hisser sur ses jambes.
− Je crois que j'ai encore des progrès à faire, dit-il pour lui-même, alors que les admirateurs de Mogg applaudissaient très bruyamment le succès de la Serpentard.
− Chouchou a perdu ! Chouchou a perdu !
Harry lança un regard blasé vers Alexa.
− Eh merde…
Yosh !
Désolé pour l'attente, mais j'ai eu du mal à me décider sur comment écrire ce chapitre ^^' J'essaierai d'aller plus vite, à l'avenir, mais je ne peux rien promettre.
Bonne lecture quand même :)
