Chapitre 34, Second Arc
My Wild Love is Calling Out for Drugs
Le ricanement d'Umbre s'estompait dans l'air lorsqu'Urahara ouvrit la porte, pénétrant dans la cachette aux côtés d'une fillette aux cheveux blancs dont l'identité ne faisait aucun doute.
Rencontrer La Imitadora avait été une expérience surprenante pour Ichigo. Il l'imaginait grande, sûre d'elle et avec la force tranquille de celle qui maîtrise son pouvoir à la perfection, après des années de dur entraînement. Il l'avait vue avec des cheveux clairs, sans savoir pourquoi. A en juger la jeune fille qui se tenait sous ses yeux, tenant la main d'un Urahara songeur, il n'avait pas visé si loin.
Sauf pour la taille.
Elle était ridiculement petite. Jeune. Gamine. Ce n'était qu'une enfant aux yeux clairs et aux cheveux immaculés. Sa peau était de neige et ses petites lèvres fines étaient d'un rouge presque hypnotique au milieu de son visage laiteux. Ichigo remarqua ensuite le long Zanpakuto tenu par Urahara, en plus de sa Benihime coincée à sa ceinture, puis reporta son regard sur la fillette qui observait la pièce à vivre de leur cachette avec un air émerveillé, ses yeux scintillant à la lumière des dernières bougies restées allumées. Son visage paraissait plus vivant, éclairé par la leur orangée de celles-ci, mais lorsqu'elle leva les yeux vers lui, toute l'innocence dont elle avait fait preuve en regardant le mobilier et la pièce se fana pour laisser la place à un regard assuré, celui qu'Ichigo s'était imaginé.
Pourtant…
Elle était si petite… Comment cette enfant à qui il ne donnait pas sept ans pouvait-elle être La Imitadora ?
« Tu as grandi, statua-t-elle avec un léger sourire. Enfin, j'ai aussi perdu de ma superbe depuis le temps… »
Rim lâcha la main d'Urahara qui resta en retrait et fit le tour d'Ichigo qui la suivit distraitement du regard.
Sa tête arrivait à peine au niveau de ses hanches, et elle le détaillait avec une insistance presque gênante, étudiant l'arc de son dos, sa posture et sa silhouette sans jamais le toucher. Pourtant, cela eut le don de déranger Ichigo qui grogna à l'intention d'Urahara. Ce dernier sembla sortir de sa léthargie et appela Rim afin qu'elle cessa d'importuner l'hybride.
Derrière eux, Lho et Umbre observaient le curieux manège de La Imitadora qu'ils revoyaient pour la première fois depuis plus de quarante ans, Yoruichi qui nettoyait leurs traces n'était pas encore de retour, Grimmjow s'entraînait toujours en bas, et Hiyori devait encore dormir. Ichigo n'étant pas descendu de toute la « semaine », Yoruichi lui passerait un savon mémorable sans même songer qu'aujourd'hui, il avait sous les yeux l'une des dernières pièces du puzzle que constituait sa naissance.
La Imitadora, Rim Esperanzia.
Il se sentait proche de la solution, avec cette petite fille aux longs cheveux blancs tressés, aux yeux trop clairs, à la peau trop blanche, avec cet air si concerné lorsqu'elle le regardait, comme si elle savait précisément ce qu'il avait enduré; son regard ne contenait ni compassion, ni pitié. Elle n'était qu'une chose cassée qui n'aurait jamais complètement sa place ici bas, comme lui. Ils n'étaient pas vraiment d'un côté ou d'un autre, parce qu'ils n'étaient pas vraiment humains. Ils naviguaient entre deux eaux, et aucun côté ne leur semblait préférable. Alors, comme des funambules, ils continuaient sur le fil gris de leur propre volonté en tentant de ne pas tomber.
Car la chute serait plus dure pour eux que pour n'importe qui d'autre.
La porte s'ouvrit et le sifflement du vent leur parvint de même qu'un désagréable courant d'air froid qui ne sut mettre fin au long regard d'Ichigo et Rim. Yoruichi était rentrée, et du coin de l'œil, l'hybride l'aperçut en train d'épousseter la neige à moitié fondue de ses vêtements et de ses cheveux, puis soupirer, soulagée d'avoir pu semer leurs ennemis. Elle s'adossa à la porte, visiblement pour calmer sa respiration anarchique.
« Ce qu'ils étaient collants, pesta-t-elle en dépassant Urahara pour se diriger vers le couloir. Ichigo, entraînement. »
Le rappel à l'ordre lui fit détourner la tête.
Yoruichi avançait jusqu'à la porte du couloir et lui lança un regard significatif par-dessus son épaule. Une journée de manquée, c'était une semaine de perdue, et il n'était pas question qu'il en loupe davantage. Ichigo était d'accord avec elle, cependant, savoir que cette si petite fille se baladait dans la maison attisait sa curiosité. La proximité de leurs situations aussi, même si elle n'avait pas l'air de le prendre de la même façon que lui.
Il quitta le salon et redescendit jusqu'à la trappe tandis que Yoruichi se dirigeait vers la salle de bain pour terminer de sécher ses cheveux humides. Grimmjow était déjà en bas – Ichigo pouvait sentir des flux irréguliers de reiatsu émaner de lui depuis le haut de l'échelle qu'il était en train de descendre – et il n'avait pas vraiment l'air de se battre, sa présence solitaire résonnait juste dans l'immensité vide de l'endroit.
Il faisait nuit dans le sous-sol et Grimmjow était couché dans la source chaude qui leur servait de bain et d'infirmière – l'eau avait d'étranges propriétés curatives, semblables à celles de la source qui se trouvait à Soul Society, lorsqu'Ichigo s'était entraîné au Bankai. De petites lanternes brillaient grâce à des sorts de Kido et pulsaient d'une leur orangée imitant presque parfaitement celle d'un feu de camp. Les quatre futons que lui, Yoruichi, Grimmjow et Hiyori utilisaient pour dormir dans le sous-sol étaient disposés autour d'un cercle de ces petites boules lumineuses posées à même le sol et qui brillaient paisiblement. Chose qui avait toujours amusé Hiyori, elles s'éteignaient si l'on soufflait dessus… Preuve qu'Urahara inventait de temps en temps des choses utiles.
L'ancien Espada le regarda arriver et lui fit un léger signe de tête, puis se mit à plisser le nez sans raison apparente, jusqu'à ce qu'Ichigo ne se souvienne qu'un pauvre sort de Kidô ne saurait tromper les sens poches de ceux des animaux des Hollows.
« Tu sens la flotte, remarqua Grimmjow. Et le… Brûlé.
Hésitant sur la dernière affirmation, Grimmjow le regardait avec un air suspicieux, ses sourcils froncés et son air légèrement plus agacé qu'agressif. Sa nature de bête lui permettait de remarquer de petits détails qu'il aurait parfois été préférable de garder cachés.
Malgré ses travers de bestiole sauvage, l'Arrancar était loin d'être un idiot.
- T'es sorti, lui lança-t-il avec un air contrarié.
Il plissait le nez, prêt à retrousser les babines pour dévoiler ses crocs. Il n'aimait pas vraiment qu'on le laisse de côté, surtout quand il considérait avoir une place parmi la petite communauté que constituait leur groupe. Ichigo ne s'hasardait jamais à essayer de chercher pourquoi il suivait. Ilsuivait.
- Plus ou moins, soupira Ichigo en tombant allongé au bord de l'eau. Mais je vois qu'on ne peut pas tromper ton flair expert, Chaton.
Ichigo bâilla puis enchaîna :
- Dis-moi la prochaine fois que tu veux prendre un bain d'eau glacée, je t'emmènerais avec moi. » Lança-t-il en trempant ses doigts dans l'eau brûlante.
Grimmjow était adossé au rebord, baignant son corps massif dans la source chaude. Ses quelques égratignures cicatrisaient à toute allure. Il avait par contre l'air de s'ennuyer ferme, accoudé comme il l'était, son menton reposant mollement dans sa main alors que son regard las se posait sur l'eau.
Il ne sembla pas réagir aux paroles de l'hybride qui continuait de faire baigner sa main dans l'eau, allongé sur le bord, accoudé au sol, son long corps lascivement étendu là. Lassé, il finit par se tourner sur le dos, attirant le regard curieux de Grimmjow sur lui.
Pourtant, ce fut Ichigo qui parla le premier, arquant sa tête en arrière pour apercevoir l'Arrancar. Et peu importait que ce son visage soit à l'envers, vraiment.
« Tu ne comptes pas sortir de l'eau, Chaton ?
Ichigo n'était pas spécialement moqueur, mais attendait sans doute juste la réponse qu'il fallait pour coincer Grimmjow et l'embêter. Sa journée l'avait agacé, mis ses nerfs à vifs, lui rappelant qu'on le prenait décidément trop pour un gamin à surveiller. Quelque part, contrarier Grimmjow le détendait. Soutenir son regard énervé était relaxant, de même que le taquiner. C'était comme… Confortable.
- J'attends que tu viennes me tenir compagnie, répliqua l'Arrancar d'un ton joueur.
- Oh ?
Un sourire amusé et un peu sournois étira ses lèvres.
- C'est idiot, mais je suis vraiment trop fatigué pour faire le moindre geste, se plaignit-il en soutenant le regard bleu de Grimmjow.
- Idiot, vraiment ? Nota moqueusement celui-ci.
Il se saisit du bras d'Ichigo qui trempait dans l'eau chaude, et tira vivement ce dernier dans la source, provoquant une grande gerbe d'éclaboussures qui l'arrosèrent ainsi que le bord.
Grimmjow riait toujours à gorge déployée lorsqu'Ichigo émergea, ses cheveux collés à son visage par l'humidité de même que ses vêtements, ses yeux plissés dans un air étudié de contrariété alors qu'en réalité tout ça semblait grandement l'amuser.
- Facile, très facile, fit-il remarquer à l'Arrancar qui l'observait tenter de s'essuyer le visage, puis se passer une main blanche dans les cheveux pour en enlever le surplus d'humidité.
Le bassin n'était pas extrêmement profond, mais assis près du bord l'eau leur arrivait au niveau de l'estomac et jusqu'au cou s'ils allaient vers le milieu.
- Enlève-moi mes vêtements la prochaine fois… Maugréa Ichigo en se relevant pour sortir de l'eau.
- Fais-le toi-même, souffla la voix de Grimmjow, le défiant presque de le faire sur le champ.
Debout dans la petite marre d'eau chaude, l'hybride jeta un coup d'œil par-dessus son épaule à l'Arrancar qui le regardait avec cette petite lueur agaçante au fond du regard sur laquelle Ichigo ne réussit pas tout de suite à mettre un nom.
- Je t'arrête tout de suite, fit Ichigo, ses traits redevenus sérieux alors que son apparence prêtait franchement à rire, ça n'ira pas plus loin.
Le sourire de Grimmjow grandit, comme s'il était sûr que l'hybride allait dire ça.
- Tu mens, siffla-t-il.
- J'avoue, mais au final, qu'est ce que ça change ? » Répliqua l'autre avec amusement.
Il s'assit sur le sol, au sec, suffisamment éloigné de l'eau pour ne pas craindre une seconde et malencontreuse chute. Dos à l'Arrancar qui ricanait, Ichigo pestait contre l'eau et l'humidité constante que ses vêtements avaient subis toute la journée sans la moindre raison. Il tenta d'étreindre ses cheveux afin qu'ils soient un plus secs, tenta l'expérience avec une de ses manches longues mais n'obtint pas le résultat escompté, puisqu'il se remit à pester.
Et dans son dos, Grimmjow se remit à parler.
« Personne ne saura rien. C'pas comme s'ils avaient besoin…
Son regard brûlait le dos d'Ichigo qui continuait d'essayer de sécher ses vêtements de manière relativement… Artisanale.
- Je continuerai à t'emmerder. Pareil de ton côté.
Il imaginait parfaitement Grimmjow compter sur ses doigts, avec un air pensif surjoué, son sourire sardonique ne le quittant pas une seule seconde alors qu'il cherchait quelle ficelle il pourrait bien tirer pour obtenir la réaction qu'il espérait.
- Je suis un Dieu au pieu.
- En toute modestie, ricana Ichigo en le coupant.
- Tu n'as pas idée, répliqua Grimmjow d'un ton qui laissait sous-entendre que ça allait finir par être le cas. J'en étais où ?
- A la partie « Je raconte de la merde pour vanter mes mérites auprès de quelqu'un qui va de toute façon dire non ».
- La ferme, tu crieras comme tous les autres.
- J'aimerais bien voir ça, lui lança l'hybride en enlevant une des épaisseurs de son haut.
Ichigo attendit patiemment un dernier argument, histoire d'entendre jusqu'au bout ce que Grimmjow pouvait bien ajouter à sa plaidoirie purement intéressée. C'était la scène la plus étrange à laquelle il avait jamais assisté. Un Arrancar lui listant les avantages de coucher ensembles.
L'idée était des plus… Alléchantes.
- On risque de crever tous les jours, t'as passé toute ta vie dans un trou et tu refuses le dernier truc qui peut te faire oublier un peu la merde de ton existence ? Y a pas à dire, t'es maso, s'amusa l'Arrancar. On ne s'aime pas. Qu'est-ce que tu risques au juste ? Deux trois griffures ? Je serais doux, promis, ironisa-t-il en souriant davantage.
Et dire oui était terriblement tentant.
Ichigo se tourna à demi, son regard mordoré étudiant la proposition. Grimmjow souriait toujours, fier de son petit effet et d'avoir semé les graines du doute dans l'esprit de l'hybride. Théâtralement, celui-ci poussa un long soupir et se tourna complètement vers l'Arrancar qui observait son petit manège avec l'air avide d'un prédateur observant sa proie.
- Pas d'amour ?
- Nope.
Ichigo laissa son regard vagabonder sur le corps de Grimmjow qui jubilait d'avance.
- Dans ce cas, je peux sans doute faire une exception, accorda-t-il en croisant les yeux bleus de l'Arrancar.
- Je n'en doute pas… »
. : : .
Les journées passèrent lentement après l'arrivée de Rim.
Elle s'entraînait physiquement avec eux mais ne prenait pas part aux combats entraînant l'utilisation de reiatsu, et peu importait la forme. Ichigo, lui, chargeait avec hargne et sa force d'antan semblait revenir de plus en plus vite, comme un cheval lancé au galop qui n'irait qu'en accélérant, sans jamais se fatiguer. Il regagna son niveau de jadis rapidement, désormais capable d'égaler Grimmjow ou Hiyori, et retrouvait avec un plaisir non dissimulé son endurance et sa force. Tensa Zangetsu n'était plus un étranger entre ses doigts, et les techniques, bottes et estocades étaient réalisées sans accrocs face à des adversaires imaginaires. A l'occasion Umbre venait s'entraîner avec eux et s'occupait de corriger quelques détails sur sa position ou concernant l'utilisation du Cero, tandis que Rim s'efforçait, malgré les pitreries agaçantes d'Urahara et les interventions de son père, de lui raconter son histoire.
Et bientôt il fut temps de changer d'année.
Ils ne firent pas de long repas, comme ce fut le cas à Noël. Les temps étaient trop durs pour refaire la fête et risquer un état de fatigue, même léger, et chacun était bien trop absorbé par son propre entraînement pour se soucier de la date… Les Shinigamis attaquaient régulièrement, une fois à deux fois par semaine, cherchant dans chaque zone de la ville l'endroit où les Renégats – car c'était désormais leur nom – se cachaient. En quelques mois ils auraient ratissé toute la ville. Mais au lieu de s'inquiéter pour leur situation, Grimmjow, Hiyori et Ichigo, et à l'occasion Yoruichi, appréciaient ce petit moment de détente qui leur permettait également d'aller dehors, où le temps s'était encore rafraîchi. Il avait de nouveau neigé et le sol était des plus glissants, mais sortir n'avait jamais été si agréable, qu'il pleuve, qu'il vante, ou qu'il neige, peu importait. Ils étaient hors des quatre petits murs du salon, ou ceux, plus larges, du sous-sol. Les Hollows avaient également fait leur retour, et parfois quelques Arrancars les accompagnaient. Grimmjow ne les reconnaissant pas, ce n'était ni des Espadas ni des Fraccions, mais cela suffisait à inquiéter Urahara ou Yoruichi qui enjoignaient leurs protégés à la plus grande prudence lorsqu'ils sortaient. Un piège n'était jamais loin, et maintenant ni Aizen, ni Yamamoto ne prendraient le risque de les laisser en vie.
Ce fut aux alentours du mois de Février que tout commença vraiment à s'enchaîner.
Shinji avait débarqué, un soir, essoufflé et couvert de tâches sanguinolentes. Urahara était dans le salon avec Rim, et ensembles ils l'emportèrent jusqu'à l'infirmerie pour le soigner et tenter de découvrir ce qui avait causé son état. Oh, ils avaient bien sûr eu une petite idée en le voyant arriver dans cet état, mais Kisuke préférait l'entendre le dire de vive voix.
« Urahara… »
Les autres avaient été informés rapidement de l'apparition de Shinji, qui jusqu'à lors habitait avec Tessaï afin d'éviter les conflits. Rim était descendue le leur annoncer avec un air presque satisfait, comme si elle non plus n'appréciait pas que le Vizard soit de retour. Hiyori avait immédiatement cessé de s'entraîner et était montée voir comment le dernier véritable membre de leur famille se portait.
Il était allongé, propre, changé et des bandes blanches rougies par le sang enserraient ses multiples blessures aux bras, torse, ventre, dos, poignets et tête. Ses cheveux blonds avaient bruni là du sang avait eu le temps de sécher, et les tremblotements légers de son corps lui donnaient l'air d'un enfant traumatisé par quelque créature effrayante. Il semblait quelque part encore le sommeil et la conscience, marmonnant des mots incompréhensibles, les yeux rivés sur le plafond ou parfois sur Kisuke qui passait à proximité.
« Urahara, appela de nouveau la voix faible de Shinji.
Hiyori, restée sur le pas de la porte, s'était précipitée à son chevet. Elle lui saisit la main, serrant ses doigts autour pour lui montrer qu'elle était là.
- C'est moi, Shinji…
- Hiyori ? Marmonna-t-il en tournant la tête vers elle.
Ses mouvements étaient lourds et gauches, et sous ses yeux se trouvaient d'immenses cernes d'un bleu violet tirant sur le noir.
- Que s'est-il passé ? Lui demanda-t-elle vivement, avec une animosité contenue.
Depuis Lisa, voir un membre de sa bien-aimée famille mourir n'était plus envisageable. Plutôt mourir à sa place. Ce fut la main de Kisuke sur son épaule qui lui permit de se calmer, au moins un peu.
- Hiyori, il n'a pas dormi depuis au moins quatre jours… Ses blessures sont sans gravité mais au vu de son état d'épuisement, ça pourrait dégénérer. Laisse-le se reposer, lui ordonna-t-il en commençant à la pousser vers la sortie.
Avec réluctance, la Vizard se dirigea vers la porte, son regard inquiet balayant le corps de Shinji, s'arrêtant sur sa chemise déchirée qui dévoilait des bandages aux teintes plus écarlates que blanches, la pâleur de son visage et ses cernes immenses, puis recula lentement jusqu'à la porte.
- Je viens te chercher s'il se passe quoique ce soit. » Lui promit Kisuke.
Elle avait acquiescé et était sortie.
Depuis trois jours, soit trois semaines puisqu'elle passait son temps à s'entraîner, il n'y avait pas eu d'améliorations notoires. Les blessures étaient guéries, mais Shinji dormait encore, imperturbable, comme s'il était en train de mourir et cette constatation ne ravissait pas Hiyori.
Il fallut encore deux longs jours pour que Shinji commence à émerger, perdu. Hiyori lui avait promptement sauté dessus, vérifiant qu'il allait bien, lui posant milles questions alors qu'il ne parvenait pas à se tenir correctement assis et qu'il mourrait de soif.
« Hiyori, Hiyori… Hiyori… »
Yoruichi était avec eux, mais les autres étaient demeurés en bas, attendant sans doute impatiemment qu'on les appelle pour que tous sachent ce qui s'était passé. Par sécurité, personne n'était sorti depuis les cinq derniers jours, ce qui avait laissé Lho au sous-sol et Umbre coincé dans le monde des vivants alors que sa présence était requise au Hueco Mundo, ce qui l'avait énervé quelques longues heures avant qu'il ne se fasse à l'idée.
Maintenant que Hirako était éveillé, les choses allaient enfin un peu évoluer.
En premier lieu, savoir qui était son agresseur. Sesagresseurs.
« Shinigamis, souffla-t-il faiblement, anticipant la question qui leur brûlait à tous les lèvres. C'était ces putains de…
- Je crois qu'on a compris, le coupa Yoruichi. Qui ?
- Lieutenants, de ceux que je connais pas, marmonna le blond en portant une main à son visage pour se masser les tempes longuement.
Yoruichi et Urahara échangèrent un regard. Elle acquiesça, et sortit de la pièce le plus calmement possible, avant de se ruer dans le couloir et jusqu'à la sortie sous les yeux stupéfaits d'Umbre qui remontait du sous-sol pour voir s'il pouvait sortir maintenant que le Shinigami blond était réveillé. Il entendit la porte d'entrée claquer et se dirigea vers l'infirmerie d'où on pouvait entendre une voix faible raconter l'anecdote morbide qui l'avait conduit jusqu'ici.
Par sécurité, Umbre préféra ne pas entrer. De ce que son frère lui en avait dit, ce Shinigami là, comme la plupart de ceux qui avaient vécu à Soul Society et vénéraient ses lois comme celles du divin, ne cherchaient pas à comprendre les Hollows, et encore moins la rébellion qu'il menait. Il s'adossa donc au mur, à côté de la porte entrouverte d'où filtrait une légère raie de lumière. Les éclats de voix étaient légers et personne ne vint refermer la porte.
« Commence par le début ! L'enjoignit vivement Hiyori.
Il y eut un court instant de silence où Umbre s'imaginait parfaitement le blessé – dont il avait vaguement entraperçu le visage quelques jours auparavant – acquiescer et tenter de remettre de l'ordre dans ses idées.
- J'étais chez Tessaï, et depuis votre coup d'éclat de Noël avec cette gamine dont je ne retiendrais jamais le nom, je me suis fait discret. Le plus possible…
Umbre tiqua. Il savait que son frère n'était pas un menteur, mais il avait toujours eu du mal à croire que les Shinigamis les haïssent autant. Les Hollows, d'accord, la plupart de ceux qui n'évolueraient jamais resteront des bêtes sans cervelle, mais les Arrancars ? Son père, Ichigo, lui-même et l'Espada qui traînait dans leur groupe ne suffisaient pas pour prouver qu'eux étaient doués de raison et non plein de folie ? – Jaggerjack étant l'exception qui confirme la règle ?
- On est restés comme ça deux bons mois à attendre que les choses se tassent, pour nous comme pour vous.
Le dégoût véritable avec lequel il avait craché ses dernières paroles ne laissait aucun doute à Umbre. Celui-là était comme les autres Shinigamis, incapable de penser par lui-même, se rattachant aux valeurs des autres et que ces autres lui avaient inculquées sans jamais chercher une autre vérité qui elle, ne serait pas un mensonge.
- Ils ratissaient la ville, Urahara. Et ils ont fini par arriver à la boutique, même si ces crétins savaient que tu y étais plus. Ils ont fouillé. J'étais planqué, évidemment, poursuivit la voix fatiguée du Vizard.
- Ils t'ont trouvé ?
- Pire.
Umbre faillit laisser échapper un ricanement.
Il ne ménageait pas le dramatisme…
- Je ne sais pas comment, mais ils savaient que j'étais là.
Umbre se raidit, adossé au mur.
Ça, par contre, c'était mauvais. Il commençait à avancer dans le couloir, ne prenant pas garde aux répliques de Kisuke ou Hiyori qui avaient braillé leur avis et ce que cela pouvait engendrer, jusqu'à ce qu'une phrase moins anodine que les autres ne capte son attention.
- Et ils vont continuer de chercher pour n'importe quel lien, n'importe lequel, que nous avons avec eux. Ils ne nous laisseront pas gagner… »
Le reste, de moindre importance, se perdit dans l'esprit d'Umbre qui songeait déjà à disparaître.
Si ce que ce Shinigami – plutôt bien informé, du reste – disait avait la moindre ridicule chance d'être vrai, Ichigo n'était plus en sécurité, et il n'avait nulle part où aller d'autres. Sa propre sécurité importait peu face à celle de son frère. Lui, il avait des choses à accomplir, un monde à transcender. Peut-être était-ce un peu lâche de se reposer sur ses épaules ainsi, mais Umbre admettait, avec reluctance certes, que son propre pouvoir ne serait jamais suffisant par rapport à celui que son frère portait.
Il ne savait pas vraiment d'où lui venait tout ce reiatsu. Masaki ne semblait pas en porter une énorme quantité, et le cachait la plupart du temps; leur père a lui seul ne pouvait pas avoir transmis un tel héritage à son demi-frère. Ça venait forcément de sa mère. Et la question tourna et retourna dans sa tête comme elle l'avait fait des années auparavant.
Qui pouvait donc être Masaki ?
« Umbre ? »
La petite voix de Rim le sortit de ses pensées et le stoppa alors qu'il traversait le salon à pas rapides. Elle s'était levée et s'approcha de lui, mettant de côté le journal qu'elle lisait et qu'elle avait posé sur la table basse pour plus de confort, son corps minuscule ne lui permettant pas de lire un journal d'une telle taille sans être très inconfortablement assise.
« Esperanzia, grinça-t-il.
Il s'était toujours senti… Mal en sa présence. Pas moyen de mettre un mot sur le sentiment exact qui le traversait, mais c'était loin d'être agréable. Les yeux pâles l'étudièrent un instant, comme si elle cherchait à deviner ce qui pouvait bien lui passer par la tête pour qu'il se dirigeât si promptement vers la sortie, alors que tous avaient reçu l'ordre de rester bien sagement enfermés à l'intérieur.
- Tu ne devrais pas sortir, lui dit-elle finalement. Ils n'attendent qu'une erreur de notre part.
Des pensées incohérentes coururent dans son esprit, cherchant à comprendre les paroles de Rim. Avait-elle vraiment dit ça, mais dans quel sens, pour protéger qui, pourquoi ? Y avait-il juste une seule et unique façon de comprendre ce qu'elle lui disait, et si non, avait-il compris la bonne ?
- Ils savent que nous sommes proches, Umbre, lui dit-elle.
L'Arrancar se mordit discrètement la langue.
Là, avec cet air inquiet et ses accents paniqués, elle lui rappelait cette fille qui était arrivée à Las Noches toutes ces années auparavant. Elle était grande, horriblement agaçante, parfois froide, loyale et protectrice envers sa famille. Rim Esperanzia ne s'était jamais vraiment souciée de sa propre personne, préférant donner aux autres ce qu'elle ne pensait pas mériter.
- Ne sors pas.
Elle lui toucha les doigts. Ses mains étaient glacées.
- Gin s'en sortira sans toi. Quant à ton informateur… Ma foi, le vieux fou qui tirait jusque là les ficelles de sa vie nous dira bien assez tôt si nous avons eu tort de le croire.
- Gin est à moitié mort, Rim, tu l'as vu comme moi – à moins que ta vue n'ait diminué à l'image de ta taille, répliqua-t-il méchamment. Et Hitsugaya –
Umbre pensait pouvoir s'arrêter avant d'avoir un mot de trop, mais le rictus satisfait de Rim ne lui disait que trop bien ce qu'il se refusait déjà à admettre : il venait juste d'horriblement merder.
- Et toi ta connerie n'a été qu'en augmentant avec ton âge, contra La Imitadora avec amusement.
Ils s'affrontèrent du regard avant de franchement rire.
- Tu m'as manqué, lui avoua Umbre en passant ses doigts dans les mèches blanches de Rim.
- Oh. Désolée à propos de ça, répondit-elle en levant les yeux. Aizen m'a rattrapée alors que je poursuivais un de ses espions; je l'ai eu, mais lui aussi m'a eue. Je n'étais pas là-bas depuis très longtemps lorsqu'Ichigo a été conduit dans sa propre cellule, et après ça, ils m'ont un peu oubliée, sauf Gin qui passait de temps à autre pour vérifier si j'étais encore en vie.
Elle marqua une pause, perdue dans ses souvenirs, et Umbre en profita pour lui poser la question qui le taraudait depuis qu'ils s'étaient revus, presque deux mois auparavant. C'était d'ailleurs étrange de constater que personne n'avait vraiment eu le temps de parler depuis qu'elle était rentrée; chacun semblait terriblement occupé, pris dans cette espèce de routine guerrière qui n'était que la preuve d'une guerre de position
- Mais et ton corps – je veux dire, t'étais pas immense, mais spécialement petite non plus, alors comment tu as…
Il laissa sa phrase en suspens.
- On se connaît depuis longtemps, toi et moi, donc tu dois te souvenir de ce à quoi mes pouvoirs font écho, commença-t-elle avec nostalgie. A cette époque, ni Kisuke ni moi ne savions ce qui pouvait découler, à long terme, de l'utilisation massive que j'en faisais. Mais nous envions eu besoin, tu comprends ? Pour faire croire que Kurosaki était mort, pour sauver et –
- Je comprends, pas la peine de te justifier, la coupa-t-il.
- J'ai… Je suis en train de mourir. A force de copier à outrance les personnes autour de moi, j'ai petit à petit détruit ce qui faisait que mon reiatsu était le mien et pas celui d'une personne au hasard… Il s'en va. Il me fuit, avoua-t-elle, levant ses yeux clairs vers Umbre qui semblait démuni face au sang-froid avec lequel elle prenait toute cette histoire de reiatsu fuyant. J'ai bloqué ce phénomène d'échappement avec cette petite taille pendant tout ce temps, mais ce n'est qu'un pis-aller… Tout ça, fit-elle en désignant son corps, va se disloquer avec le temps. Et je ne pourrais pas réduire ma taille indéfiniment.
- Même le bracelet d'Urahara ne t'empêchera pas de disparaître ? L'interrogea-t-il.
Le prince se sentait toujours un peu gêné de parler ainsi avec Rim, Rim qui avait été sa pire ennemie et sa protectrice, sa meilleure amie et à la fois la personne la plus haïssable qu'il ait rencontré. Elle n'était pas vraiment là, face à lui, et menaçait toujours de disparaître. Les gens se souciaient d'elle mais jamais elle ne se laissait aimer.
- Rien, Umbre. Ce que j'ai réussi à sauvegarder pendant toutes ces années m'aidera lors des prochaines batailles, mais n'espère pas me voir survivre au-delà. »
Et elle le laissa là, pantelant, dans le salon alors qu'elle repartait presque en sautillant jusqu'à la porte.
Interdit, il suivit sa petite et frêle silhouette traverser la pièce, atteindre la porte et disparaître dans les ténèbres du couloir légèrement éclaircies par la lumière de l'infirmerie qui filtrait de la porte ouverte. Lho qui remontait du sous-sol la croisa dans le couloir et lui caressa les cheveux, ayant toujours considéré Rim comme faisant partie de sa famille étendue – comme Urahara ou Gin qu'il voyait comme des frères, bien que la notion de frère soit différente dans leur monde.
Le Roi approchait son fils et la question qui lui brûlait les lèvres franchit la barrière de ses pensées, demandant à son garçon ce qui pouvait bien le miner pour qu'il se taise.
- Il en faut d'habitude beaucoup, ajouta-t-il dans l'expectative, voyant Umbre regarder au loin la porte du couloir comme si par de-là celle-ci il voyait l'infirmerie et son rai de lumière.
- La majeure partie du temps, sans doute, Rey, répondit-il à son père.
Puis, lentement, il défit son regard du battant de bois et se tourna vers le visage pâle et fatigué de Lho dont les yeux disparates le regardaient avec un léger brin d'inquiétude.
- Tu savais pour Rim, n'est-ce pas ?
Le regard doré du père sembla s'éteindre, répondant à Umbre mieux que n'importe quelle phrase.
- Vous ne me dîtes jamais rien, Padre. Suis-je si terrible pour me que vous dussiez me jeter hors de vos secrets comme vous le faîtes ?
- Ce n'était pas mon secret, Heredero, mais le sien. Si Rim a décidé de faire don de ses derniers pouvoirs pour que cette guerre est une meilleure issue, rien ne pourra l'empêcher de le faire… Et toi et moi, et elle, savons que tu aurais fait tout ce qui est en ton pouvoir afin qu'elle ne meure pas.
- Mais c'est –
- Rim Esperanzia, La Imitadora, quelqu'un qui ne mérite pas ce sort mais qui l'a choisi. Respecte-le. Notre amour pour elle ne changera rien à sa décision, alors, plutôt que de le lui reprocher, acceptons son choix.
- Mais Padre ! Elle –
- Elle n'a pas le droit, je sais, le coupa son père avec lassitude. Aucun de tes caprices n'y changera rien. Il est temps de grandir, Umbre, et de comprendre que le monde dans lequel nous vivons est cruel, qu'une guerre requerra toujours un lourd tribut, plus lourd que tout ce que tu pourras imaginer avant la bataille… Car on ne peut pas sauver tout le monde, Hijo. »
Baissant les yeux, il chercha à comprendre.
Les paroles de son père, il les avait déjà entendues des dizaines et des dizaines de fois. Qu'on ne pouvait pas sauver tout le monde, et que de toute façon, aucun Hollow ne se souciait de son prochain. Sa mère le lui avait bien fait comprendre… Pourtant, à cette époque maudite où il avait été élevé comme pupille de Las Noches, prétendant au titre d'Espada – et peu importait le numéro pour lui, même si sa mère voulait qu'il prenne le titre de Primera ou de Secunda – il avait sincèrement souhaité qu'on lui tende la main pour le sortir de cet enfer. Et son père l'avait fait, Gin l'avait aidé, et grâce à eux, il était resté libre autant dans sa tête que dans ses choix, et Umbre leur serait à jamais reconnaissant pour ça. Alors, pour rembourser un peu de sa dette, il portait secours à sa famille et était finalement devenu leader d'une Rébellion contre les despotes du Hueco Mundo.
Car, comme ce Shinigami qui les aidait sous couvert de trahison, il ne voulait qu'une seule petite chose : que son monde soit de nouveau libre de ses tyrans.
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Rim regagna la sécurité de l'infirmerie après avoir passé quelques longues minutes dans le salon à lire le journal du monde des vivants, puis à discuter avec Umbre. Retrouver le confort d'une maison avait été agréable, mais la situation avait été profondément déroutante les premiers jours. Il y avait assez à manger, le lit était confortable, et, plus que tout, il y avait de la lumière et des présences. Cet endroit vivait, et qu'il soit trop petit, bruyant et plein de personnes qui auraient pu tout aussi bien s'entretuer mais préféraient vivre en harmonie n'était qu'un des nombreux détails qui faisaient son charme. Urahara lui avait manqué, Yoruichi lui avait manqué, de même que le Roi et Umbre, même si son emprisonnement n'avait pas été des plus tendres, elle ne leur reprochait rien, car, contrairement à Ichigo, La Imitadora n'avait été enfermée qu'en prévision d'une éventuelle utilité qui aurait pu arriver dans mille ans comme ne jamais arriver. Les rares esclaves d'Aizen qui avaient vent de son existence et lui apportaient sa pitance ne la traitaient pas si mal, même à côté des geôles de Las Noches la petite maison de Kisuke était le plus merveilleux des hôtels.
Car c'était vivant.
Elle entra discrètement dans l'infirmerie dont la lumière jetait de drôles d'ombres dans le couloir, silencieuse, et se faufila jusqu'à son père qui écoutait, à côté d'Hiyori, le récit décousu de Shinji qui était quelque part entre la conscience et l'inconscience, blessé et délirant. Debout sur la pointe des pieds, elle maudit sa petite taille tout le temps qui suivit où Hirako termina de raconter sa petite aventure.
« J'ai pas envie de me faire buter, Urahara, geignit-il.
- Ça ne risque plus d'arriver, tu es sauf. » Répondit tranquillement celui-ci.
Rim eut une grimace dédaigneuse que ni Kisuke, ni Hiyori ne virent. Bien que désormais conscient, bien éveillé mais encore trop faible pour se lever, Shinji respirait doucement et semblait prêt à se rendormir. Attrapant Hiyori par le bras, il l'éloigna, laissant Rim accrochée à la haute table métallique sur laquelle le Vizard était allongé. Les sourcils froncés, elle étudiait, presque nerveuse, les blessures d'Hirako et semblait les jauger malgré les larges bandages les recouvrant.
« Rim ?
S'extirpant de son examen approfondi du blessé, La Imitadora posa les yeux sur son père qui y vit des relents de suspicion et quelque chose de plus intense, comme de la colère.
- Quelque chose ne va pas ? L'interrogea-t-il.
Sitôt sa question posée, les airs étranges qu'avait pris le visage de Rim disparurent et laissèrent à un faux, mais doux sourire.
- Non, je voulais juste te voir. Yoruichi est sortie, et Umbre allait la suivre, donc… Je me demandais si tu ne saurais pas quelque chose, fit-elle d'un air taquin qui sonnait moins faux que son sourire.
- Pourquoi diable Umbre voudrait-il sortir ?
- Il y a… Tu sais, quand je suis arrivée, l'autre jour ?
- Il y a deux mois, oui, acquiesça Urahara sans comprendre où elle voulait en venir.
Rim s'éloigna de la table, y jetant un dernier coup d'œil soupçonneux seulement pour remarquer que Shinji dormait.
- Je lui ai donné un tranquillisant, il ne se réveillera pas avant demain matin si c'est ce qui t'inquiète, plaisanta-t-il. Qu'y a-t-il, Rim ? S'enquit-il ensuite, perdu par les réactions de sa fille qui ne semblait pas savoir sur quel pied danser. Quand tu es comme ça, c'est qu'il y a quelque chose. Dis-moi quoi.
L'exigence cachée derrière la sympathique demande ne trompa pas La Imitadora qui se hissa, difficilement, sur l'un des autres lits métalliques, dos à Shinji, afin de discuter. Elle jeta de nouveau un regard nerveux à Hirako, puis reprit son masque de gentille gamine souriante pour lui parler, cachant ce qu'elle pouvait bien avoir vu qui l'ait mise dans un état si… Etrange.
- Il y a deux mois, commença-t-elle d'une voix basse et légère, lorsque je suis arrivée ici, ce n'était pas totalement par hasard. Umbre avait besoin de rencontrer un informateur, et je devais servir d'appât pour lui mettre d'échanger un mot ou deux avec cette personne. Un premier contact, si tu veux, poursuivit-elle prudemment, jaugeant les réactions qu'elle pouvait entrevoir sur le visage d'Urahara.
- Continue, l'encouragea-t-il. Qui est-ce ?
- C'est un Capitaine, Kisuke. Hitsugaya Toshiro est de notre côté, dit-elle avec une réjouissance contenue. Tout n'est peut-être pas perdu pour Ichigo !
Ses chuchotements avaient pris de l'ampleur dès lors que son engouement presqu'enfantin grandissait à l'évocation d'une future bataille… Qu'elle ne mènerait pas.
- Vraiment ? Fit-il, incrédule. Il va vraiment vous aider ?
Rim acquiesça vivement, pleine de fierté, avant de soudain se tasser sur elle-même, perdant toute sa formidable assurance, celle-là même qui faisait étinceler ses yeux clairs si fortement qu'on les aurait dit être faits de diamants brillants et magnifiques.
- Tu n'es pas… Fâché ?
Urahara éclata de rire, avant de soudainement se contenir en se rappelant que Shinji dormait, pas si loin d'eux.
- Pourquoi le serais-je ? Reprit plus bas. Votre génération vient après la nôtre. Toi, ou Umbre, n'avez jamais rien fait qui ne nous rendent pas fiers de vous. Vous marchez dans nos traces depuis toujours, à moi et à Lho, dans celles de Gin aussi, et nous ne serons pas toujours là pour vous montrer la voie; il est temps que vous fassiez vos propres choix sans nous consulter, alors, non, que vous preniez la responsabilité, sans nous consulter, de faire quelque chose pour une cause qui est la vôtre autant que la nôtre ne peut pas nous mettre en colère ! Lui dit-il avec une sincérité désarmante.
Il prit une de ses petites mains dans la sienne, plus grande, touchant du bout des doigts le bracelet d'argent qu'il lui avait donné lors de son arrivée et qu'elle gardait toujours à son poignet, solidement attaché par le fermoir.
- Croyez-en vous, lui murmura-t-il, comme nous croyons en vous !
Urahara embrassa son front, insufflant dans son geste toute la puissance de ses mots, tout ce que justement, ses mots ne pourraient jamais dire. Lorsqu'il s'écarta, Rim le regardait avec reconnaissance, et un sourire des plus sincères éclaira derechef son visage enfantin.
- Et je te sauverai, comme j'ai sauvé Ichigo, pour que tu voies ce monde à ses côtés, à nos côtés. Tu dois être là, Rim ! Pour voir le résultat de tous nos efforts, depuis toutes ses années ! Je te le promets, tu seras là, avec nous, depuis sur les cendres de Soul Society, de Las Noches, du bout du monde si tu veux, mais tu seraslà, affirma-t-il avec tant de force que son reiatsu se mit à émaner, par vagues douces et puissantes, autour de lui, brûlant comme le feu ardent sa volonté à la secourir.
- Merci. Sincèrement, merci » Lui dit-elle en l'enlaçant de ses petits bras, les larmes roulant sur ses joues alors qu'elle s'accrochait aux vêtements de son père.
. : : .
Plus tard dans la journée qui suivit le réveil de Shinji, et après le retour de Yoruichi, Urahara convoqua la maisonnée jusque dans le salon où chacun tenta de trouver une place malgré la petitesse de l'endroit. Urahara prit finalement Rim sur ses genoux, ce qui lui donna l'air d'un parfait idiot, et attendit que tout le monde fût installé pour commencer à conter ce qui était arrivé à Shinji.
« Hirako a été attaqué il y a une semaine de cela par des Shinigamis. Leur attaque visait sans doute tout le magasin au vu de ce que Yoruichi a découvert… Tessai, Jinta et Ururu ont été tués, dit-il après un court silence.
Sur ses genoux, Rim demeurait les bras croisés, le visage figé dans une expression quelque part entre le boudeur et le colérique, totalement irréactive face à l'annonce des trois meurtres. Puis, alors que tout le monde était perdu dans ses pensées ou comme elle, peu concerné par la situation, elle quitta son air boudeur de gamine capricieuse et se tourna vers son père, un lueur interrogatrice au fond des yeux.
- Et lui, comment en a-t-il réchappé ?
- Shinji a eu le temps de se cacher, mais les Shinigamis ont fait exploser les décombres après avoir assassiné Tessai, Ururu et Jinta. Il a été pris dans l'explosion et a croisé quelques Shinigamis en s'échappant, lui expliqua Urahara.
Peu convaincue, Rim acquiesça et reprit son air boudeur.
Ichigo, couvert de poussière parce que tout juste tiré d'un dur entraînement, éternua soudain et fit sursauter tout le monde.
- On parle de toi, lui lança Yoruichi d'un ton moqueur.
- Tant que ce n'est pas en mal, répliqua-t-il avec un air amusé, son sourire répondant à celui de la féline.
Urahara s'éclaircit la gorge.
- Si vous permettez…
- Je te permets, le coupa Yoruichi.
- Les Shinigamis n'ont rien dérobé, donc de toute évidence cet acte de violence gratuite était fait pour nous débusquer. Ou alors parce qu'ils pensaient vraiment que nous étions là-bas, auquel cas…
Umbre pouffa, ricanant un instant avant de s'arrêter aussi soudainement qu'il avait commencé, les regards lourds et sérieux de son père, Urahara et Rim pesant sur lui.
- Désolé… Mais si vous –
- Bref, autant ne pas sortir avant un moment, le coupa Lho avant que son fils aîné ne s'embourbe dans des explications inutiles.
- Et bien… Etrangement, il n'y a eu aucun Shinigami en ville depuis cinq jours, c'est-à-dire depuis que Shinji est apparu à notre porte, lui répondit Urahara.
Les deux échangèrent un regard, incompréhensifs quant à cette étrange stratégie que les Shinigamis auraient pu développer.
- Ils veulent nous pousser à les attaquer, grinça soudain Hiyori. Ces fils de putes…
- Et nous ne répondrons pas à leurs bêtises, répliqua Urahara d'une voix dure.
- Aizen est un problème plus important pour le moment. » Approuva Yoruichi en acquiesçant.
Il y eut un court silence où personne ne sut vraiment quoi répondre à cette approbation générale. Attaquer Aizen en premier et par la suite Soul Society n'avait jamais vraiment traversé l'esprit de l'un d'eux plus que l'inverse; dans les deux cas, ce serait long et difficile, éreintant et sûrement pas sans conséquence sur leurs effectifs.
« Un jour ou l'autre il faudra bien y aller, leur dit Ichigo d'un air profondément désintéressé.
Ses longues jambes étaient étendues devant lui, posées sur le coin de la table basse dans un air profondément nonchalant, alors que son corps était enfoncé dans le fauteuil face à celui d'Urahara. Négligemment accoudé, il leur faisait face, ironique, son sourire grandissant en même temps que la lueur folle au fond de ses yeux dorés.
- Si nous ratons notre coup, il en restera d'autres pour marcher dans nos traces, dit-il en se redressant. Et je ne suis pas, mais absolument pas, décidé à attendre des décennies entières dans ce trou qu'on vienne me chercher pour combattre.
Il enleva ses pieds de la table basse et s'assit convenablement, se redressant tant qu'il était tendu sur son fauteuil, son corps tout électrifié par l'idée d'un prochain combat contre tout ce monde qui l'avait accueilli en son sein pour mieux le rejeter.
- Là, au dehors, Aizen bouge. Les Shinigamis tuent sans raison.
Il se releva, se tenant droit et fier comme un prince, toisant son père, son frère, Yoruichi, Urahara, Rim, Grimmjow et Hiyori avec un air profondément déterminé.
« Ils nous attendent. »
Rim descendit des genoux d'Urahara, et désormais debout s'approcha. Peu à peu, l'agitation d'Ichigo les gagna. Des sourires un peu fous, un peu rêveurs, naquirent sur leurs lèvres à mesure qu'il parlait, chaque mot chantant à leurs oreilles comme les milliers de tambours de guerre d'un seigneur partant en campagne pour reconquérir ses terres.
« C'est à notre tour d'entrer en scène. »
Combattre jusqu'à la mort est mon credo, ma drogue.
Qu'on y aille, vaincre ces idiots qui se croient Rois d'un second monde alors qu'ils ne sont pas foutu de garder le leur en état.
Je n'attends que ça.
