Un chapitre plus court que les autres mais qui marque le retour de Draco et sert de transition pour la suite. Une petite pensée à mes rewieweuse annonymes du chapitre précédent : Scam, Zelnazoo, chixsss ; ainsi qu'à tous ceux qui me lisent même sans laisser une trace de leur passage.
Enfin, une pensée plus particulière à celles et ceux qui planchent sur le bac. Je n'ai que trois mots à dire : Bon courage et MERDE !


Se détachant sur le soleil couchant, un homme grand descendait la route poussiéreuse qui menait du village aux docks grouillants d'activité, un journal et plusieurs magazines à la main. En se dirigeant vers la jetée, il n'adressa la parole à aucun des pêcheurs qui déchargeaient leur prise du jour ou réparaient leur filet, et aucun d'eux ne lui parla, mais des regards curieux suivirent l'étranger jusqu'à son bateau, un Hatteras de 13 mètres, dont le nom, Harry, s'étalait en lettres bleues fraîchement peintes. A part ce nom, qui, selon le droit de la mer, devait figurer à la proue, cet esquif n'avait rien de particulier. De loin, il ressemblait aux milliers de bateaux qui fendaient les flots au large des côtes sud-américaines et qui tous revenaient chaque soir décharger.

Le propriétaire, comme son bateau, n'avait rien de bien original. Au short et à la chemise de maille des capitaines plaisanciers il préférait la tenue des pêcheurs, une grande chemise blanche de coton brut à manches longues, un pantalon kaki, des chaussures à semelles fines et une casquette foncée qui lui tombait sur les sourcils. Il avait le visage mangé par une barbe de quatre jours mais, si l'on y avait regardé de plus près, on aurait remarqué que sa peau n'était pas aussi tannée que celle des autres pêcheurs et que son bateau était mieux équipé pour les promenades en mer que pour la pêche. Dans ce port insulaire, grouillant et affairé, le Harry n'était qu'un bateau parmi des milliers d'autres, qui transportaient souvent des cargaisons illicites.

De l'autre côté du quai, sur le Diablo, deux pêcheurs levèrent les yeux quand le propriétaire du Harry monta à bord. Quelques instants plus tard, le générateur se mit à ronfler et la cabine s'éclaira.

- Il gaspille du fuel à faire tourner son générateur la moitié de la nuit, observa l'un des deux hommes. Que fait-il donc pour avoir besoin de ça ?

- Quelquefois j'aperçois son ombre à la table, à travers les rideaux. Je crois qu'il lit.

Son compagnon jeta un regard éloquent aux cinq antennes qui pointaient haut au-dessus du gouvernail du Harry.

- Il a tout l'équipement, y compris le radar, à bord de ce bateau, fit-il observer d'un air entendu, et pourtant il ne pêche jamais et ne cherche pas non plus de clients à balader en mer. Hier je l'ai vu jeter l'ancre près de l'île du Calvaire, et il n'a même pas jeté ses lignes.

Le premier homme grogna de dégoût.

- Parce que ce n'est ni un pêcheur ni un capitaine de bateau de croisière.

- Encore un trafiquant de drogue alors ?

- Qu'est ce que ça peut être d'autre ? acquiesça son compagnon en haussant négligemment les épaules.

Draco, qui ignorait que sa présence faisait autant jaser sur les quais, étudiait les cartes qu'il avait étalées sur la table, traçant avec soin divers itinéraires pour la semaine à venir. Il était trois heures du matin quand il les roula enfin, mais il ne dormirait pas malgré son épuisement. Le sommeil le fuyait depuis une semaine, bien qu'il ait quitté les Etats-Unis sans encombre, grâce aux relations d'Enrico Zabini et au demi-million de dollars qu'il avait versé. Au Colorado, le petit hélicoptère de location avait surgi, comme prévu, pour venir le chercher dans la clairière à deux cents mètres de la maison. Les skis sur l'épaule, en combinaison, avec de grandes lunettes teintées qui lui couvraient presque la totalité du visage, Draco avait grimpé à bord de l'appareil qui l'avait conduit dans un petit gîte de montagne à une heure de route de là. Le pilote n'avait posé aucune question ni manifesté la moindre surprise, puisque les gens riches de la contrée, qui préféraient posséder leur propre montagne et aller skier ailleurs, utilisaient fréquemment ce moyen de transport.

Une voiture de location l'attendait sur le parking du gîte, d'où il était parti vers le sud, vers une petite piste d'atterrissage déserte. La, il était monté à bord d'un avion privé. Contrairement au pilote de l'hélicoptère, qui était parfaitement innocent, celui du quadrimoteur ne l'était pas. Il ne suivait pas le plan de vol qu'il déposait chaque fois que l'on se posait pour faire le plein et prônait une direction sud-sud-est.

Peu après qu'ils eurent quitter l'espace aérien des États-Unis, Draco s'était endormi et ne s'était réveillé qu'à l'escale suivante, mais depuis ce moment-là il n'avait sommeillé quelques heures.

Il descendit dans la cuisine se chercher un verre de cognac en espérant que cela l'aiderait à dormir, tout en sachant qu'il n'en serait rien, puis se rendit dans le petit salon qui servait aussi de salle à manger dans sa « demeure » nautique. Il éteignit les principaux éclairages de la cabine, mais laissa allumer la petite lampe de cuivre de la table à côté du canapé, qui éclairait la photo d'Harry qu'il avait déchirée sur la première page de couverture d'un journal de la semaine passée et qu'il avait placée dans un cadre. Ce devait être un cliché pris lors de la remise des diplômes universitaires, s'était-il dit, mais ce soir, tandis qu'il l'observait en avalant son cognac, il songeait que le brun était habillé comme pour une soirée où un mariage.

Il avait beau savoir qu'il se faisait inutilement du mal, c'était plus fort que lui : il saisit le cadre, caressa du pouce ses lèvres souriantes en se demandant si il souriait maintenant qu'il était rentré chez lui. Il espérait de tout coeur qu'il en était ainsi né, devant cette photo, il revit la dernière image qu'il avait d'Harry, cet air déchiré quand il avait tourné sa déclaration d'amour en ridicule. Ce souvenir le hantait, le rongeait, tandis qu'il s'inquiétait de tant d'autres choses. Keaton était une petite ville, et les ragots devaient aller bon train. Harry avait-il à en souffrir ? Et si on apprenait son homosexualité, ne serait-il pas rejeté ? Toutes ces questions le torturaient.

Il y avait tant de choses qu'il avait désespérément besoin de lui dire. Il finit son cognac en réprimant l'envie de lui écrire une autre lettre. Il lui écrivait tous les jours des pages qu'il ne pouvait pas lui envoyer. Il devait cesser, s'admonesta-t-il.

Il devait le chasser de son esprit avant de devenir fou...

Il devait dormir un peu...

Tout en remuant ses pensées, il prit un stylo et un bloc.

Tantôt il lui disait où il était, ce qu'il faisait, tantôt il décrivait en détail des choses qui l'intéresseraient, pensait-il, des îles à l'horizon ou les habitudes des pêcheurs du coin, mais ce soir-là, il n'était pas d'humeur à le faire. Sous l'effet de l'épuisement et du cognac, ses regrets et son inquiétude avaient atteint de nouveaux sommets. D'après un journal américain périmé, qu'il avait acheté le matin même au village, on soupçonnait Harry d'avoir favorisé son évasion. Il comprit brusquement que le brun aurait besoin d'un avocat pour empêcher la police et le FBI de le harceler, ou pire, de l'accuser de collusion afin de le terrifier assez pour qu'il avoue n'importe quoi. Si cela se produisait il lui faudrait un avocat de tout premier ordre, pas un péquenot de province. Il lui faudrait de l'argent pour le payer. Un nouveau sentiment d'urgence balaya le désespoir et le défaitisme qui l'obnubilaient depuis le départ d'Harry. Dans son esprit en ébullition surgit de nouveaux problèmes et des solutions soudaines.

L'aube se levait quand il se laissa enfin aller dans son fauteuil, incroyablement lasse et abattu. Abattu parce que, cette lettre là, il allait la lui envoyer. Il le devait d'une part pour lui proposer des solutions, d'autre part parce qu'il voulait qu'Harry connaisse ses véritables sentiments. Il était certain à présent que la vérité ne pouvait pas lui faire plus de mal que ne lui en avait fait le mensonge. Ce serait leur dernier contact. Du moins effacerait-il la laideur de la conclusion des plus beaux jours et des plus belles nuits de sa vie.

Le soleil perçait à travers les vitres du salon et il consulta sa montre. Sur l'île on ne relevait le courrier qu'une fois par semaine, le lundi matin de bonne heure. Il n'avait donc pas le temps de refaire cette lettre incohérente, car il devait encore écrire à Severus pour lui faire part de ses intentions.

A suivre...


Et voilà, un nouveau chapitre de fini en espérant qu'il vous a plu. Gros bisous et à très bientôt.

À suivre...