Lily avait à peine mangé, puis elle avait rejoint sa chambre en s'excusant auprès des Wendall pour son manque de loquacité, prétextant qu'elle se sentait un peu nauséeuse. Elle se tournait et se retournait dans son lit bien qu'il ne fut pas encore l'heure de dormir, elle ne trouvait rien d'autre à faire jusqu'à ce que son regard se pose sur son sac de cours.
Elle poussa un soupir, se leva, et sortit ses livres. S'il y avait bien quelque chose qui pouvait l'aider à s'évader un peu, c'était incontestablement la magie, alors elle entama son devoir de Défense contre les forces du mal tout en agitant sa baguette de temps à autre pour essayer quelques sorts qu'elle ne maîtrisait pas encore à la perfection. Elle s'interrompit lorsqu'Alice rentra dans sa chambre après avoir frappé.
« Tu as besoin d'aide ?
_ Ce n'est pas de refus, répondit Lily en se décalant un peu pour faire une place à sa meilleure amie sur son lit. »
Alice se posa à côté d'elle et elles étudièrent les sorts de bouclier pendant un moment sans évoquer leur après-midi compliqué. Elles se stoppèrent net lorsqu'elles entendirent quelque chose frapper contre la vitre, elles se jetèrent un coup d'oeil anxieux, et finalement, ce fut Alice qui se leva pour chercher la source du bruit. La fenêtre était légèrement entrouverte mais il n'y avait personne dehors. Quand Alice se retourna pour dire à Lily qu'elle ne voyait rien, elle sursauta. James était devant elle, cape d'invisibilité dans une main, balai dans l'autre.
« Salut Al' ! Lança t-il comme si tout était parfaitement naturel.
_ Oh Merlin tu viens de me faire la peur de ma vie ! S'exclama t-elle la main posée sur son coeur. »
James se moqua gentiment avant de se tourner vers Lily. Ses deux yeux verts le fixaient avec un mélange d'incompréhension et d'euphorie, elle avait presque oublié la règle ultime des Wendall qui voulait qu'aucun garçon ne mette un seul pied dans sa chambre. James avait les deux.
« Salut, Evans.
_ Salut, Potter. »
Il y eut un sourire en coin, puis un deuxième, et le regard d'Alice jongla entre les deux. Elle pensait que le sourire de Lily était perdu, mais il était là, et il était là parce que James était là, alors elle sut quelle allait être sa nouvelle mission. Faire gober à ses parents n'importe quel bobard qui pourrait les amener à laisser Lily tranquille le reste de la soirée. Elle avait besoin de ça, surtout aujourd'hui.
« C'est ça, des vacances entre filles ?! S'exclama James en pointant du doigt le livre de Défense contre les forces du mal.
_ Qu'est-ce que tu t'imaginais, Potter ?
_ Franchement ? Deux pots de glace et les derniers potins de Poudlard, répondit-il en haussant les sourcils.
_ J'en ai entendu un sympa, ajouta Alice en souriant. »
Lily tapota son lit pour faire signe à sa meilleure amie de venir s'asseoir pour le lui raconter, et elle s'exécuta. James, quant à lui, se contenta d'attraper la chaise roulante qui était prêt du bureau avant de se propulser près des filles.
« Il paraît qu'il y a une préfète qui sort avec un maraudeur, lâcha Alice en gloussant. »
Lily sentit le rouge lui monter aux joues et elle sauta sur sa meilleure amie pour lui intimer de se taire, la bâillonnant de sa main droite et lui assenant des coups d'oreiller de la main gauche.
« Tu lui as dit ?! Belle évolution, Lily, commenta James avec un large sourire.
_ Ça m'a coûté un doigt de pied ! Ajouta Alice en essayant de retenir les assauts de Lily.
_ C'est bien fait. Tu n'avais qu'à te mêler de tes affaires ! Et toi, tu n'étais pas censé être puni ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tu enfreins encore les règles ?
_ Je suis puni. J'ai juste eu une dérogation, sois tranquille, je n'enfreins aucun règlement.
_ Oh si, tu enfreins celui des Wendall. Pas de garçon dans les chambres, poursuivit Lily.
_ Cette règle est stupide, si tu veux mon avis. Ma mère l'enfreint elle-même, quelle hypocrisie, plaisanta Alice. »
Ils se mirent à rire avant de discuter de tout et de rien, puis Alice jeta un coup d'oeil à sa montre et décida qu'il était temps qu'elle laisse ses deux amis en tête à tête, et surtout, qu'elle s'assure que ses parents étaient couchés et ne viendraient pas déranger Lily maintenant. Elle déposa une bise sur chacune de leur joue, serra sa meilleure amie dans ses bras, et quitta la pièce en leur faisant un petit signe de main.
« Tu n'es pas en colère contre moi ? Demanda James à Lily quand ils se retrouvèrent seuls.
_ Non. Tu l'aurais su, si c'était le cas.
_ Alors qu'est-ce qu'il y a ?
_ C'est... J'ai eu un après-midi difficile, répondit-elle simplement en se tortillant, gênée. »
James voyait bien qu'elle ne voulait pas en parler, alors il ne la poussa pas malgré son envie indéniable de savoir ce qui l'avait rendu aussi morose. Lily avait une vie difficile, et ce n'était pas la peine de remuer le couteau dans la plaie. Peut-être que sa seule manière de lui remonter le moral était de faire ce pour quoi il était le plus doué : enfreindre les règlements.
« Tu veux aller te promener ?
_ A cette heure là ? Et si Généva et Roddy s'apercevaient que j'étais partie ?
_ Ce serait toujours mieux que s'ils s'apercevaient que je suis là, dans ta chambre, à un mètre de ton lit, répondit James en souriant et en lui lançant un regard suggestif. »
Lily évalua la situation un instant, et finalement, elle se leva et fit un signe de tête vers la fenêtre. James ne se fit pas prier. Il s'élança derrière elle et ils se faufilèrent parmi les buissons du jardin des Wendall jusqu'à arriver au petit portillon du fond qui menait jusqu'à un chemin en terre.
Ce n'est qu'une fois qu'ils l'eurent atteint qu'ils purent marcher normalement, sans avoir peur d'être vus. Les haies étaient si hautes autour de la maison qu'il était impossible que Généva ou Roddy ne puissent distinguer leurs silhouettes.
« Tu as vraiment une mauvaise influence sur moi, j'espère que tu t'en rends compte, fit remarquer Lily à James qui marchait à côté d'elle, les mains dans les poches. »
Il ne répondit pas, se contentant de sourire. Le soleil se couchait au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient dans la campagne environnante et le ciel s'assombrissait autour d'eux. Ils ne s'en inquiétaient pas, ils avaient leur baguette pour les éclairer, après tout.
« Il y a une chose que je remarque, par contre. Cette fois, tu es entré dans la bonne chambre, nota Lily avec amusement.
_ Je connais la maison des Wendall par coeur, et cette chambre d'ami était MA chambre d'ami avant d'être la tienne, pointa t-il en levant son index en l'air.
_ Ah, c'était ça l'odeur désagréable, se moqua t-elle.
_ Tu sais quoi ? Je voulais te révéler l'emplacement de ma planque de Chocogrenouilles, mais je viens de changer d'avis. »
Tout en continuant à marcher, Lily se rapprocha subrepticement de lui jusqu'à ce que leurs bras se frôlent à chaque pas qu'ils faisaient, puis elle se mit à battre des cils en forçant un peu plus chaque contact.
« Non, tu n'as pas changé d'avis, lui dit-elle sur un ton doux qu'il l'avait rarement entendu employer.
_ C'est comme ça que tu comptes me convaincre, Evans ? En me faisant les yeux doux ? Juste pour du chocolat ?
_ « Juste » et « Chocolat » sont deux mots qui ne vont pas ensemble, Potter, répondit-elle en glissant son bras autour du sien. »
Sa main descendit le long de l'intérieur de son coude jusqu'à sa poche où elle trouva celle de James qu'elle serra dans la sienne avant de la brandir devant elle en signe de victoire.
« Tu vois, ça, c'est la raison pour laquelle tu DOIS me dire où sont tes chocogrenouilles, ajouta t-elle, son regard jonglant entre leurs mains jointes et ses yeux à lui.
_ Parce que ma main est dans la tienne ? L'interrogea t-il avec un sourire malin.
_ Parce que... On est ensemble maintenant. Et quand tu es avec quelqu'un, tu partages.
_ Je veux bien partager, mais il va falloir que tu trouves la cachette toute seule. J'ai besoin d'une fille capable de relever des challenges puisque j'en suis un moi-même. Et puis ça te fera une occupation quand je ne serai plus là.
_ Parce que tu crois que je n'ai rien d'autre à faire ?! S'exclama t-elle en fronçant les sourcils.
_ Je sais que tu passes tes journées à te lamenter dans ton lit parce que je te manque, que la vie sans moi est une tragédie, et que chaque seconde passée loin de moi te semble équivaloir à une année, poursuivit-il en prenant un air faussement dramatique. »
Lily lui enfonça sa baguette dans les côtes pour le faire taire mais cela n'eut pour effet que de le faire bondir sur le côté, et lâcher sa main par la même occasion.
« Tu es vraiment un crétin, Potter.
_ C'est pour ça que tu m'aimes, surenchérit-il.
_ Ce n'est pas pour ça que je t'a... Pprécie ! Bafouilla t-elle, pourpre et confuse. »
Elle avait visiblement un problème avec le mot en A. Pas celui qu'elle avait prononcé, l'autre. Celui que James avait prononcé, celui qui l'avait momentanément désorienté et auquel elle n'avait même pas fait attention avant d'être sur le point de le prononcer. Son coeur s'emballait alors qu'elle commençait à réaliser que leur conversation venait de s'alourdir.
« Alors pourquoi tu m'a... Pprécie ? Se moqua t-il tout en continuant de marcher à côté d'elle.
_ Parce que. Tu sais. Tu n'as pas besoin qu'on te nomme tes qualités, tu en es déjà bien assez conscient comme ça, répondit-elle les yeux vissés sur ses chaussures.
_ Je suis juste curieux de savoir si c'est mon charme extraordinaire, mon intelligence démesurée, mon courage légendaire, mon hu...
_ Tes silences, le coupa t-elle. C'est ce que j'apprécie chez toi. Quand tu ne parles pas. »
Elle inspira profondément comme si l'air était plus pur depuis qu'elle l'avait arrêté dans son élan, et il s'esclaffa avant de passer son bras autour de ses épaules et de lui pincer la joue comme sa grand mère le lui faisait quand elle était petite. Elle se débattit un instant, et finalement elle abdiqua.
« Ecoute ça ! S'exclama James en s'arrêtant tout à coup. »
Elle se stoppa net à son tour, tendant l'oreille. Au début, elle n'entendit rien d'autre que les bruits de la nuit. Le vent dans les champs de blé qui les entouraient, les hululements d'une chouette, le klaxon des voitures au loin, et puis son regard se posa sur deux lumières au bout du chemin. Elle plissa les yeux et distingua une maison autour, puis elle l'entendit. A peine audible, le son d'une chanson qu'elle ne connaissait pas lui parvint aux oreilles, mêlé à quelques cris et éclats de rire.
« Tu penses à ce que je pense ? L'interrogea James en se tournant vers elle, une étincelle de malice dans les yeux.
_ A quoi tu penses ?
_ Numéro 12, répondit-il en souriant comme s'il avait une idée derrière la tête, ce qui était incontestablement le cas.
_ Numéro 12 ? Répéta t-elle, complètement perdue.
_ S'incruster à une fête à laquelle nous ne sommes pas invités. »
Il s'était remis à avancer, plus rapidement cette fois, en direction de la maison qui devait se trouver à dix bonnes minutes de marche. Elle resta immobile un instant, un peu hébétée, avant de se mettre à courir pour le rattraper.
« Non ?!
_ Si, répondit-il en souriant toujours.
_ On ne va quand même pas débarquer chez des gens comme ça... Reprit-elle, hésitante.
_ Ta liste stipule bien qu'il faut le faire sans y avoir été invité. Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas celui qui l'a écrite, ajouta t-il en riant.
_ Mais... On ne peut pas f...
_ Bien sûr que si, on peut, et on va le faire, la coupa t-il, déterminé. »
Elle essaya de le dissuader tout le long du chemin, prétextant qu'elle était idiote quand elle avait écrit cette liste, qu'elle n'avait que 14 ans et qu'une fille de 14 ans en pleine crise d'adolescence peut avoir des idées complètement absurdes, mais avant qu'elle ne s'en soit rendu compte, elle se trouvait déjà à la porte de la maison et le son de la musique venait perturber ses pensées.
« Prête ? »
Il n'attendit pas sa réponse, et il frappa à la porte. Lily fut prise d'un moment de panique et elle fit un geste pour s'échapper, prévoyant de s'enfuir en courant avant de se retrouver devant l'hôte de la maison, mais les doigts de James se refermèrent instinctivement sur son bras et il la ramena à côté de lui d'un geste précis en souriant à la jeune fille qui leur ouvrit.
« Salut ! Leur lança t-elle en fronçant les sourcils comme si elle essayait de déterminer qui était les deux personnes qui se trouvaient devant elle.
_ Salut ! C'est Jack qui nous a invité, tu vas bien ? Lança naturellement James avant de faire un pas sur le seuil de la porte. »
Instinctivement, la jeune femme se recula pour le laisser entrer, et il déposa deux bises sur ses joues qui la firent virer au rouge. Lily se montra compatissante, étant elle-même pourpre et affreusement mal à l'aise et se demandant où son petit-ami trouvait une telle aisance. La jeune femme ne posa aucune question, cependant. Elle se contenta d'un « Ah oui, bien sûr, il m'avait dit qu'il aurait un peu plus d'invités que prévu ! » auquel James répondit par un hochement de tête.
« Jack ? L'interrogea Lily quand ils se retrouvèrent au milieu d'un immense hall d'entrée dans lequel une centaine de personnes dansaient.
_ Petit coup de bluff. C'est un des prénoms les plus populaires après James, répondit-il en haussant les épaules. »
Alors qu'il se dirigeait droit vers le buffet, elle l'observait avec un mélange d'admiration et d'ahurissement. James Potter était effrayant. Il se faufilait partout comme un véritable serpent, et il s'adaptait à la moindre situation sans problème. Il était d'ores et déjà en train de rire avec une bande de garçons alors qu'elle était seule, plantée au milieu de la piste de danse comme un zombie.
« Profite, on risque de ne pas pouvoir faire ça tous les jours, lui dit-il en lui ramenant un verre.
_ Du jus d'orange ? Sérieusement ? Qu'est-ce que tu as, toi ? L'interrogea t-elle en attrapant son verre et en buvant une gorgée sous son regard stupéfait. De la vodka, Potter ? Reprit-elle sur un ton accusateur.
_ Moi, je peux boire un verre et rester conscient. Toi, tu ne peux pas, lui fit-il remarquer en souriant d'un air moqueur.
_ Tu te rappelles qu'on est ensemble, n'est-ce pas ? Tu. Partages. Ajouta t-elle en détachant les deux derniers mots. »
Il se mit à rire et hocha la tête avant de lui reprendre son verre. Il allait partager, mais sûrement pas de la façon dont elle s'y attendait. Lily n'était pas en forme aujourd'hui, et même si elle déployait tous les efforts du monde pour paraître parfaitement normale, il voyait bien que son après-midi compliqué avait entaché son moral, et il avait besoin de faire quelque chose pour changer la donne. Il fallait lui faire apprécier cette journée.
« Après. Pour l'instant, on se fond dans la masse, et on danse, lui dit-il après avoir posé les deux verres sur un buffet un peu plus loin. »
Elle retint un « quoi ?! » tonitruant avant de regarder tout autour d'elle. Pour la première fois depuis qu'elle était arrivée, elle observa la pièce avec attention. Les convives devaient avoir sensiblement le même âge qu'eux, peut-être étaient-ils plus vieux vue la quantité d'alcool qui se trouvait sur les tables, et ils étaient incontestablement moldus car aucune baguette magique n'était visible, à part la sienne et celle de James qui dépassaient de leur poche. Si quelqu'un leur posait des questions, elle leur répondrait qu'elle pensait qu'il s'agissait d'une soirée costumée, bien que ce fut le seul détail étrange qui constituait leur tenue.
Elle revint à elle lorsque James avança sa main pour l'inviter à danser. Les yeux écarquillés, elle hésita. Ce n'était définitivement pas dans ses plans lorsqu'elle avait écrit cette liste, car si elle avait su qu'elle se retrouverait dans cette position embarrassante, elle n'aurait même pas trempée sa plume dans son encrier. Elle savait à peine danser. Enfin, pour être tout à fait honnête, elle était plutôt douée pour inventer des chorégraphies audacieuses... Quand elle était seule... Dans la salle de bain de son dortoir... En train de chanter avec son gel douche en guise de micro. Devant James Potter, là, il n'y avait plus personne.
« Allez Lily, vas-y, je t'ai déjà vue à l'oeuvre, lui rappela t-il en commençant à bouger autour d'elle. »
Elle fronça les sourcils puis se souvint de la soirée d'anniversaire de Fanny Drake. Merlin, ce jour là, elle avait bu assez d'alcool pour avoir l'aisance d'une ballerine au milieu de l'American Ballet Theatre, ce qui n'était très nettement pas le cas à ce moment précis. Elle n'eut pas le loisir de pousser sa réflexion un peu plus loin. James l'attrapa par la main et la fit tournoyer donc elle fut bien forcée d'essayer de tenir la route, mais cela ne l'empêcha pas de lever les yeux au ciel devant son insistance.
Lui, il était comme un poisson dans l'eau. C'était à prévoir. D'après ce qu'elle savait, les maraudeurs étaient invités partout. Ils avaient dû en passer des soirées à danser dans le genre de clubs dans lesquels elle n'aurait jamais eu l'idée de mettre les pieds et dans lesquels elle ne le laisserait jamais l'emmener. Elle n'était pas comme lui, elle ne le serait jamais, et elle redoutait que le fossé se creuse de jour en jour et qu'il se rende compte qu'elle n'était pas faite pour lui, sans se douter une seule seconde qu'il affectionnait particulièrement ces différences.
Elle avait presque envie de feindre d'être tout ce qu'il voulait qu'elle soit sans savoir qu'elle l'était déjà. Elle n'eut aucun effort à fournir cependant, parce que plus les minutes passaient, plus elle se sentait à l'aise, et elle dut finalement admettre qu'elle aimait sautiller avec lui au milieu d'inconnus sur le genre de musique qu'elle avait toujours détesté, un stupide morceau populaire dont les paroles n'avaient absolument aucun sens. Clairement, elle n'avait jamais été consciente de ses goûts avant ce moment précis.
Elle s'amusait. Elle s'amusait vraiment, et cela ne lui était pas arrivé depuis un moment. Elle souriait souvent, elle riait parfois, mais cela avait rarement été aussi sincère que ce soir là, où les yeux fixés sur le visage de James, elle réalisait qu'il pouvait lui faire découvrir des choses sur elle-même qu'elle ignorait. Elle aimait enfreindre les règles avec lui, elle aimait cette sensation grisante d'être plus ou moins une hors la loi en sa compagnie, et elle aimait par dessus tout se sentir maraudeuse. C'était ce qu'elle était, c'était ce qu'il lui faisait ressentir, l'impression d'appartenir à un clan, le sien.
Elle était peut-être tentée de lui reprocher de l'avoir entraîné là dedans, dans son monde d'infractions, peut-être un tout petit peu, mais elle savait que ce n'était que de la mauvaise foi, que c'était hypocrite de sa part et que ce n'était que l'ancienne Lily qui parlait, celle qui n'avait pas encore perdu ses parents et qui n'avait pas réalisé que vivre, ce n'était pas rester à l'intérieur des limites fixées par le monde. Peut-être, finalement, que les limites ne se situaient pas là où elle avait cru les voir.
James l'interrompit dans sa réflexion, la faisant tournoyer à nouveau, seulement cette fois-ci, il ne la lâcha pas. Il l'attira contre lui, et elle eut un léger mouvement de recul quand son dos se retrouva calé contre son torse et qu'il noua ses mains autour de son ventre pour la garder contre lui. Elle mit plusieurs secondes avant de se détendre et d'apprécier réellement le contact.
« Cette danse que tu as faite avec Alice sur le canapé à l'anniversaire de Drake... Je veux que tu la refasses, lui glissa t-il à l'oreille.
_ Il va me falloir une sacrée dose d'alcool pour ça, Potter, souffla t-elle. »
Il ricana et détacha son étreinte, mais à sa grande surprise, elle ne s'écarta pas. Elle se retourna simplement pour pouvoir le regarder, et elle noua ses mains autour de son cou. Elle n'avait pas ce genre d'aplomb tous les jours, les gestes affectueux venaient habituellement de lui. Il était beaucoup plus à l'aise qu'elle, mais de temps à autres, elle avait des sursauts d'audace qu'il ne pouvait qu'apprécier.
« Comment tu fais ? L'interrogea t-elle en le regardant curieusement.
_ Quoi ?
_ Pour toujours tout réussir, pour obtenir tout ce que tu veux, pour t'incruster à une soirée à laquelle tu n'es pas invité aussi simplement... »
Un sourire amusé se dessina sur le visage de James. Lily n'avait aucune idée de ce qu'était vraiment sa vie, sinon, elle ne poserait pas la question, elle saurait. Cela ne le dérangeait pas, cependant. Au contraire. Il était satisfait de son ignorance. Il n'avait pas envie de lui parler de ses parents alors qu'elle n'avait plus les siens, il n'avait pas envie de lui dire que lorsque l'on grandit dans la crainte constante de la mort, lorsque l'on se prépare à perdre sa famille, lorsque l'on est confronté à la solitude en permanence, on développe son sens de la survie.
« La confiance, répondit-il simplement.
_ Ça, c'est un truc qu'il me manque, pointa t-elle.
_ Effectivement. »
Il attrapa ses mains derrière son cou et les garda un instant dans les siennes, pensif. Il ne dansait plus, il était sérieux, et Lily se rendit compte qu'elle ne s'était toujours pas habituée à cette expression sur son visage, celle qu'il ne montrait qu'à ses proches, celle du vrai James Potter, loin des imbécillités et des futilités, loin des querelles de Poudlard.
« J'aimerais... Commença t-il.
_ Tu aimerais... ? »
Il inspira profondément et la guida vers le buffet où ils avaient posé leur verres pour les récupérer, puis il l'entraîna vers le jardin de la maison comme s'il s'était agit de la sienne, et ne s'arrêta que lorsqu'ils furent assez éloignés pour qu'ils puissent discuter sans être dérangés par qui que ce soit.
« J'aimerais que tu aies confiance en moi comme j'ai confiance en toi, lâcha t-il. »
Lily déglutit et grimaça légèrement, sans s'en rendre compte. Ce qu'il lui demandait, c'était tout ce qu'elle redoutait. Elle fit quelques pas dans le jardin, sirotant une gorgée de jus d'orange entre deux réflexions, essayant d'ignorer son regard insistant, puis elle s'arrêta devant lui.
« Ma soeur me déteste. Je sais que ce n'est pas un scoop et je sais que ça peut paraître stupide, mais ça ne l'est pas, ça me bouleverse vraiment. Elle me déteste parce qu'elle pense que j'ai tué nos parents, et je ne lui en veux même pas parce qu'au fond, je sais qu'elle a raison. »
La confession la fit trembler de la tête aux pieds. Elle n'avait jamais avoué ce dernier fait à qui que ce soit, pas même à Alice, mais l'avoir fait devant lui la libéra profondément contrairement à ce qu'elle s'était imaginée. Peut-être qu'elle avait besoin de tout lâcher, peut-être qu'elle avait besoin de dire ce qu'elle retenait à voix haute une bonne fois pour toutes, mais c'était actuellement tout ce qu'elle était capable de confier, et c'était déjà beaucoup pour elle. C'était une preuve de confiance... Ou au moins, d'un début.
Elle pensait que James allait lui démontrer par A + B qu'elle avait tort, elle s'était préparée à lui répondre, mais elle ne voulait pas avoir cette conversation. Elle n'était pas prête à laisser quelqu'un lui dire qu'elle n'avait pas tué qui que ce soit, qu'elle n'avait pas levé la baguette devant ses parents, et qu'elle n'avait pas non plus prononcé la formule, alors elle fut soulagée lorsqu'il secoua simplement la tête de droite à gauche avant de l'attirer contre lui d'un geste habile.
Ce simple mouvement de tête lui signifiait qu'il n'était pas d'accord avec elle, mais il ne lui demandait rien. Il ne lui demandait pas d'argumenter, et c'était parfait. C'était comme s'il savait qu'elle ne voulait pas en arriver là, et elle lui en fut silencieusement reconnaissante. Son étreinte, elle, sonnait à la fois comme un signe de soutient et un remerciement de s'être confiée, de lui avoir laissé entrevoir l'espoir qu'il pourrait être pour elle ce qu'elle était pour lui, quelqu'un sur qui elle pouvait s'appuyer.
