Neige en Wallachie


Traduction de The Snow in Wallachia par YamatosSenpai

s/11636420/37


Voici le dernier chapitre. Ce fut long, et je tiens à vous remercier, vous qui sans vous lasser avez patiemment attendu la mise en ligne des chapitres, vous qui m'avez soutenue par vos review, et je parle bien sûr de ninouche68 et Tifanny91.
Je remercie YamatosSenpai, l'auteur de cette histoire, d'avoir toujours été là lorsque j'en avais besoin.
Enfin il me faut rappeler que les personnages sont ceux du manga Bleach, et qu'ils appartiennent à son auteur, Tite Kubo.


À propos de la traduction :

L'introduction de ce dernier chapitre est un sonnet anglais datant du 16e siècle. Je ne crois pas qu'une traduction ait jamais été publiée en français, en tout cas, mes recherches n'ont rien donné. Je me suis donc attelée à la tâche (*gloups*)…

Après une première traduction "au fil de l'eau", je me suis penchée sur les différentes analyses anglaises de ce poème trouvées sur internet. J'ai bien fait car du fait du vocabulaire vieilli employé, j'avais mal interprété certains vers. Ce faisant, j'ai découvert que les usages de la poésie anglaise et française différaient, dans la métrique et les rimes, notamment. D'après ce que j'ai compris, cela vient des différences d'intonation dans les langues. J'ai décidé alors de prendre quelques libertés et suis arrivée à une version qui n'écorche pas trop les oreilles.
Je reconnais que le nombre de pieds n'y est pas toujours, et que mes rimes sont hasardeuses… mais j'ai travaillé le rythme, et le sens général y est :)

Pour les amateurs que cela intéresse, j'ai mis la version anglaise de ce poème en fin de chapitre. Je suis ouverte à toute critique ou discussion concernant ma traduction.


Partie XXXVII : Plus tard renaîtra la Vie.

«

Un jour j'écrivis son nom sur le rivage,
Or vinrent les vagues qui l'effacèrent bientôt :
Je l'écrivis encore, d'une main neuve de courage,
Or vint la marée, qui prit comme proie mes maux.
Homme vain, dit-elle, qui maintes fois veut essayer
D'immortaliser une chose éphémère,
Car comme elle à la ruine je succomberai,
Et ainsi sera balayé mon nom même.

"Non pas," (lui dis-je) "laissons l'ordinaire conçu
Pour finir en poussière, toi tu vivras par le renom :
Mes vers, éternelles rendront tes précieuses vertus,
Et aux cieux écriront ton glorieux nom.
Là où dans la mort, le monde entier aura péri,
Notre amour vivra, et plus tard renaîtra la vie. »

- Edmond Spenser, Amoretti, Sonnet #75


Orihime se tenait debout, essorant ses longs cheveux de cuivre entre ses mains fines. Elle exprimait l'eau de ses mèches, le bas de ses pantalons peu féminins baignant dans la crique peu profonde. « Byakuya. »

« Orihime », répondit Byakuya en s'approchant d'elle, sans prêter beaucoup d'attention au fait qu'elle fût à moitié déshabillée. Elle n'était plus une enfant par les années, mais continuait de l'être à ses yeux. Byakuya hésita avant de parler dans un italien approximatif : « Nous partirons dans la matinée. »

« Si tôt ? », demanda Orihime qui, surprise, se redressa. Elle ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose mais changea d'avis, et mordilla, mal à l'aise, sa lèvre inférieure. Elle sortit de la crique et bondit presque sur le vampire. Elle mit ses bras autour de son cou, enlaçant son corps mince et froid.

« Ce n'est point si tôt », avança Byakuya dans un italien difficile. « J'ai attendu. »

« Ne dites plus rien », murmura Orihime en embrassant la joue blême du vampire. « Cela me brise le cœur »

« Je suis seulement venu te dire : Bonne chance », dit Byakuya doucement, en hochant la tête en parlant.

« Merci », souffla Orihime en saisissant les mains de Byakuya. « Vous avez sauvé tant de changeants. Ce n'était pas votre combat... »

Byakuya baissa les yeux sur les mains qui s'accrochaient aux siennes. Des années plus tôt, lorsqu'ils s'étaient rencontrés pour la première fois, elle hésitait à le regarder, encore plus à le toucher. Byakuya sourit, lui serrant affectueusement les mains. « Cela fut un privilège de vivre avec ta famille. »

« Ne soyez pas bête. » Orihime soupira. « Vous en faites partie. Vous êtes également un membre de notre famille. »

« Oui, bien. » Byakuya relâcha Orihime et fit un pas en arrière. « Prends soin de toi. »

« Je le ferai. Je ne pose pas autant de problèmes que Daddy le pense », insista Orihime.

« Au contraire. Jûshirô a raison. Tu es une véritable catastrophe ambulante. » Byakuya exhala, inclinant la tête sur le côté. « Je ne cesse de dire à Shunsui qu'il te faut quelques règles de base mais il est bien trop indulgent. Jûshirô le comprend, mais c'est tellement... »

« Aha ! C'est vous ! », siffla Orihime en pointant du doigt Byakuya d'un air accusateur. « Je savais que quelqu'un avait mis des idées dans la tête de Papa ! Mince alors, Byakuya ! »

Byakuya se mit à rire en secouant la tête. « Je maintiens mon affirmation. »

« Vous n'avez pas à vous en aller, vous savez », dit Orihime soudain en souriant tristement.

« Le crois-tu vraiment ? », demanda Byakuya sérieusement.

« En tant que votre amie, oui », expliqua Orihime. « Mais en tant qu'humaine, je n'en suis pas certaine. »

« Et si tu étais moi ? », mit au défi Byakuya.

« Je prendrais la même décision que celle que vous avez prise. »

Byakuya hocha la tête, un sourire incurvant les coins de sa bouche. « Oui. J'en suis persuadé. »

« Vous me manquerez », chuchota Orihime en avançant.

Byakuya recula d'un pas et leva la main pour lisser sa chevelure cuivrée. « Prends soin d'eux. Un jour, plus tôt que tu ne le croirais, tu seras l'adulte. Ils auront besoin de toi. »

« D'accord », acquiesça Orihime en hochant solennellement la tête.

« Adieu, mon enfant », murmura Byakuya, en tournant définitivement les talons.

« Adieu, Byakuya », héla Orihime, qui attrapa ses vêtements sur le rocher à côté de la crique. « Vous me manquerez, mon ami. »


« Je suis honoré », souffla Jûshirô, les yeux rivés sur l'objet qui lui était présenté.

« Prenez-la », insista Byakuya.

« Je ne devrais pas », murmura Jûshirô. « N'allez vous pas… Vous la voudrez sûrement avec vous. »

« L'Épée de Dieu. » Byakuya déposa l'épée dans les mains habiles de Jûshirô. « C'est à vous que je la lègue, Ukitake Jûshirô de Edo. »

« Cette épée même... », répondit Jûshirô, les yeux écarquillés et luisants d'incrédulité.

« L'épée d'Attila le Hun », répondit Byakuya. « L'épée du Comte Dracula. » Byakuya s'agenouilla auprès de Jûshirô. « Je ne pourrais rêver de laisser cette épée à personne d'autre. »

« Je vous remercie », dit Jûshirô en se courbant profondément.

« J'espère qu'elle vous servira bien », dit Byakuya, la voix fêlée soudain. Il ne s'était pas attendu à la soudaine montée d'émotion qu'il ressentait, alors qu'il faisait don de sa seule et unique possession en ce monde.

« Je ne ferai pas le voyage avec vous », expliqua Jûshirô, octroyant à Byakuya un moment pour son deuil. « Aussi je vous souhaite bonne chance, je vous souhaite d'être en paix. »

« J'ai entendu que Coyote revenait demain », dit Byakuya en le remerciant de la tête. « Shunsui a mentionné que vous et Orihime l'attendriez ici. »

« Il passe de moins en moins de temps avec nous et de moins en moins souvent », répondit Jûshirô. « Vous savez combien elle l'aime. Et même si elle a grandi, Shunsui la chouchoute toujours. »

« Cela m'est égal », dit Byakuya avec un geste de dédain de la main. « Je n'ai point besoin d'un public. »

« Vous me manquerez », admit Jûshirô, se courbant profondément une nouvelle fois. « Ce fut un honneur de combattre à vos côtés. »

« Oui. » Byakuya inclina la tête avec raideur. « Je ressens la même chose. »


« Ne vas-tu pas me parler ? », demanda Byakuya, le visage baissé, les traits froissés par la consternation.

« Il n'y a rien que je veuille dire », répondit Renji en saisissant le bol de soupe fumant qu'Orihime lui avait tendu.

« Ah », articula silencieusement Byakuya, les yeux agrandis et les lèvres pincées.

« Suivez mon conseil », recommanda Ichigo à voix basse, en jetant un œil en douce à Renji. « Ne vous séparez pas après une dispute. »

« Je ne me dispute pas », rétorqua sèchement Renji. « Je suis assis là en silence ! Même ça peut être vu comme un dispute ? »

La porte de la petite maison grinça en s'ouvrant, et Shunsui en franchit le seuil. Il retira ses bottes dans l'entrée et traversa la pièce pour s'asseoir à la place laissée libre à côté de Jûshirô. Il sourit d'un air charmeur, tout en prenant le bol de soupe qu'Orihime venait de servir. « Ça sent bon. »

« Du lapin et de la soupe au chou », souffla Renji. « Encore. »

« Ce n'est pas du ragoût », souligna Ichigo, en enfournant une cuillerée de chou dans sa bouche.

« Du ragoût, de la soupe, c'est du pareil au même », grogna Renji.

« Nan. La soupe vous fait pisser plus », fit remarquer Shunsui, qui grimaça lorsque Jûshirô le frappa sur la poitrine.

« Ce ne sont pas des manières ! Vous n'êtes qu'une bande d'animaux », se plaignit Jûshirô.

« Désolé, Ukitake-san », dit Renji en riant. « Mais c'est ce qu'on est en quelque sorte. »

« Yare, yare », gémit Shunsui avec humour. « C'est exactement ça ! Nous le sommes, n'est-ce pas ? »

« Alors mange dehors », prévint Jûshirô en repoussant de ses pieds froids le dos de Shunsui.

« Les garçons, si vous ne voulez pas de soupe et de ragoût tout le temps, faites en sorte de construire un four », les mit au défi Orihime en remuant sa soupe avec un visage amer. « C'est dur de vous nourrir tous, vous savez. »

« Il y a plein de terre glaise dans les collines... », dit Shunsui, songeur. « Si nous pouvions la chauffer assez pour former des briques... » Shunsui regarda Ichigo de manière appuyée.

« Voilà(1) ! Du pain ! », s'exclama Orihime en frappant dans ses mains.

« Nous pouvons avoir du pain en ville », gémit Shunsui avec déception.

« Tu ne me laisses jamais aller en ville ! », jeta Orihime.

« C'est trop dangereux pour une jeune dame », dit fermement Shunsui.

« Absolument », ajouta Jûshirô pour faire bonne mesure. « Il n'y a aucune chance que tu y ailles seule. »

« J'ai 15 ans, pas 4 », se plaignit Orihime.

« Je suis âgé de plus deux milliers d'années », dit Ichigo en se tournant pour regarder Orihime. « Et je me fais encore harceler quand je vais au marché. » Ichigo fit un bruit de déplaisir. « Je serais mort plus d'une centaine de fois en allant seulement au marché si j'étais un mortel. »

« C'est parce que tu attires la matière noire », marmonna Orihime. « Moi pas. »

« Assez », annonça Byakuya en se frottant les mains l'une contre l'autre. « Ce n'est point ainsi que j'ai prévu de passer notre dernière soirée ensemble. »

« Désolée », s'étrangla Orihime, qui couvrit sa bouche par correction. « De quoi voulez-vous parler ? »

« Je ne sais pas », admit Byakuya en hochant les épaules. « Pas de vos soucis d'adolescents. »

« Est-ce que vous vous rappelez tous, il y a quelques années, quand nous avons rencontré ce changeant qui n'avait pas d'yeux ? « , demanda Orihime.

« Ouais. » Shunsui hocha la tête.

« Ismaël. C'était un gars assez chouette », ajouta Renji.

« Ouais, eh bien, je viens de réaliser qu'il avait dû être aveugle avant de signer son contrat… enfin, j'ai raison ? », fit remarquer Orihime.

« Trois ans plus tard et c'est maintenant que tu y penses », se moqua Ichigo en secouant lentement la tête.

« Je me demande pourquoi son Maître ne lui a pas donné ses yeux... », avança Byakuya, un sourire réjoui se dessinant sur son visage. « Un changeant aveugle n'a pas dû être à son avantage quelquefois. »

« Moi, je voudrais savoir en premier ce qu'un changeant aveugle a souhaité. Voilà un gars qui ne peut rien faire et il ne demande pas à retrouver la vue ? Vraiment ? » Shunsui ricana.

« C'est trop tard pour demander, maintenant », souligna Jûshirô.

« Bon sang. On a laissé passer l'occasion », gémit Ichigo. « Je me pose des questions, Ismaël. »

« C'est ce qu'il y a de plus beau dans la vie », dit Byakuya doucement. « Il y a toujours quelque chose sur lequel se poser des questions. »

« Je pense aux changeants que nous avons aidés tout le temps », admit Renji. « Est-ce que vous croyez qu'ils vont bien ? Une fois que nous avons enlevé tous les morceaux de leur Maîtres, est-ce que vous pensez qu'ils vivent le reste de leurs jours ou qu'ils sont morts peu de temps après ? »

« Qui sait ? », répondit Ichigo. « Ce serait assez facile pour le Conseil de garder une trace de ces choses-là, mais honnêtement, je n'ai pas été en contact avec eux depuis plus de deux ans maintenant. »

« Ce n'est qu'une question de temps avant qu'Hitsugaya ne vienne te trouver », réalisa Jûshirô.

« Probablement », fut d'accord Ichigo en finissant les dernières gouttes de soupe au fond de son bol.

« Grimmjow serait fier », taquina Shunsui.

« Oh, eh bien, on s'en fout », gronda Ichigo en lançant son bol à Orihime sans prévenir. « Encore, s'il te plaît. »

« On ne jette pas », sermonna Shunsui en donnant un coup de pied à Ichigo.

« On ne donne pas de coup de pied », gronda Ichigo, en donner un coup de pied en retour.

« D'accord, les enfants... » Byakuya poussa un soupir, tout en échangeant un regard entendu avec Jûshirô. « Cela suffit. »

« Vous n'avez pas réellement l'intention de m'abandonner avec quatre enfants, n'est-ce pas? », taquina Jûshirô.

Byakuya rit en secouant la tête. Il rangea une mèche de cheveux vagabonde derrière son oreille avant de lever les yeux. « Je ne mentirai pas. Cela ne sera pas facile pour vous. »

« Je t'aiderai, Daddy », déclara Orihime. « Je ne serai pas encore longtemps une enfant. »

« Bouche cousue ! », gronda Jûshirô. « Ne dis pas de si terribles choses. » Orihime se contenta de sourire, remuant la soupe.

« Je pense que je vais aller chasser », dit Byakuya en se levant brusquement.

« Il n'y avait pas grand chose », avertit Ichigo. « Je n'ai rien attrapé que des lapins et des campagnols depuis une semaine maintenant. »

« Espérons que j'aurai plus de chance », dit Byakuya, qui avait la ferme intention d'aller en ville plutôt que de chasser les petits mammifères de la forêt.

« Aimerais-tu de l'aide ? », demanda Renji en observant Byakuya avec intérêt.

« Si cela ne te dérange pas de venir », répondit Byakuya.

Renji inclina la tête en se levant. « S'il te plaît que je vienne. »


« C'est allé trop vite », dit Renji regardant fixement ses mains, ses pieds nus se recroquevillant sur la pierre. Il pouvait goûter le sang sur ses lèvres ; sentir encore le froid provenant du corps nu de Byakuya contre le sien.

La couleur montait au teint de Byakuya. Le sang tâchait encore ses lèvres, preuve du repas, un grand bovin, qu'il s'était accordé il y a moins d'une heure. Il cilla lentement, assimilant les mots dans son cerveau noyé de désir. « Renji... » Changeant d'avis, Byakuya secoua la tête.

« Donne-moi ta main », enjoignit Renji en prenant la main glacée de Byakuya dans la sienne. Il pouvait voir le sang pulser sous la peau. Il avait toujours l'air plus en vie après un repas. Renji embrassa la main avec douceur, ses lèvres chaudes laissant une tâche de couleur à l'endroit du contact.

« Rien qu'un moment », répondit Byakuya.

« Un moment est tout ce dont j'ai besoin », promit Renji, la voie tendue. Il déposa une douzaine de baisers sur la peau de Byakuya, ses propres doigts s'enfonçant dans la chair de Byakuya dans un élan vital.

« Renji, je ne crois pas que tu devrais venir », admit Byakuya après un long silence.

« J'y vais », insista Renji d'un ton égal.

« Ce n'est pas utile », argua Byakuya. « Nous pouvons faire nos adieux maintenant. »

« J'y vais », répéta Renji.

« J'aimerai que tu n'y ailles pas », chuchota Byakuya, l'air pincé.

« Moi de même », rétorqua Renji.

« S'il te plaît, n'entame pas ce sujet », pria Byakuya.

« Ce n'est pas mon intention », répliqua Renji.

« Je veux que tu saches », commença Byakuya, « que ces cinq dernières années ont été les plus agréables de ma vie entière. »

« Que dois-je répondre à cela ? », dit Renji d'une voix étranglée.

« Tu n'as pas à dire quoi que ce soit », répondit Byakuya. « C'est à mon tour de parler. »

« Ce n'est pas personnel. Ce n'est pas à propos de toi et de ce que tu m'a apporté... », expliqua Byakuya, une étrange brûlure au coin des yeux. « Cette période fut belle. Je n'ai jamais ressenti autant d'amour. Je ne me suis jamais senti aussi aimé et bienvenu et... » La voix profonde de Byakuya se cassa, son cœur se mettant à palpiter dans sa poitrine sans crier gare. « J'aimerais avoir été un humain. »

« Si tu avais été un humain, tu serais mort il y a bien longtemps », dit Renji. « Et nous ne nous serions jamais rencontrés. »

« J'aurais aimé être mort », dit Byakuya, le souffle coupé, « et ainsi avoir pu renaître et vivre à la même époque que toi. »

« Est-ce que tu crois que c'est ce qu'il y a après ? », demanda Renji.

« Je n'en ai aucune idée », admit Byakuya en souriant. « J'imagine que je le découvrirais bientôt. »

« Devrais-je te chercher ? », demanda Renji en regardant Byakuya du coin de l'œil. « Ou est-ce que ton âme est reliée à quelqu'un d'autre ? »

Byakuya resta silencieux une seconde de trop avant de répondre : « Viens me trouver. »

Renji hocha la tête, serrant à l'écraser la main de Byakuya. « Oui. »


« Vous êtes encore debout ? », demanda Byakuya alors qu'il se faufilait par l'entrebâillement de la porte. Il frôla Renji, inhalant profondément l'odeur de son amant.

« Ouais », dit Ichigo, tournant le dos au feu en parlant.

« Il est tard », dit Renji, qui ôtait ses bottes.

« Je ne savais pas si vous reviendriez ce soir », répondit Ichigo.

« Tu ne nous as pas attendus, n'est-ce pas ? », demanda Renji en enlevant sa veste et en la jetant par dessus le dossier d'une chaise.

« En fait, si », admit Ichigo. « Je voulais parler à Byakuya avant que nous partions. »

« Oh, bien sûr », murmura Byakuya, surpris.

« Je vais aller chercher un peu plus de bois », offrit Renji, en cognant du pied la maigre pile de petit bois près du feu.

« Vous aviez prévu de venir. Avez-vous changé d'avis ? », demanda Byakuya en s'asseyant dans le fauteuil à côté du feu.

« Non. Je viens », lui assura Ichigo. « Je, euh, j'imagine que je voulais juste vous voir en privé. »

« Naturellement », acquiesça Byakuya en hochant la tête.

« Je sais que nous ne sommes pas toujours d'accord », commença Ichigo. « Mais nous n'aurions rien pu faire de tout cela sans vous. »

« Nous ne sommes pas toujours d'accord ? », demanda Byakuya en arquant un sourcil. « Je n'avais pas réalisé. Ne m'appréciez-vous donc point ? »

« Non, ce n'est pas ça, c'est juste... » Ichigo soupira lourdement. « Est-ce que vous êtes en train de vous payer ma tête ? »

« En grande partie », répondit Byakuya avec le sourire.

« Vous n'allez pas me rendre les choses faciles, n'est-ce pas ? », gémit Ichigo, résistant au sourire qui lui venait aux lèvres.

« Jamais », taquina Byakuya.

« Je regrette que nous devions nous séparer », dit finalement Ichigo avec beaucoup de difficultés.

Byakuya confirma de la tête. « S'il vous plaît, j'aimerais que vous m'accordiez une faveur. »

« Oui ? » , demanda Ichigo avec curiosité.

« Prenez-soin de lui à ma place », chuchota Byakuya, les yeux baissés. « Vous êtes incroyablement fort et intelligent. Il aura besoin de vous à l'avenir.

Ichigo acquiesça de la tête, ses yeux écarquillés cillant rapidement. « Naturellement. »

« Je ne pense pas qu'il me croie », réalisa Byakuya tristement. « Pourtant il est le souvenir le plus heureux que j'emporterai avec moi. »

« Je comprends ce que vous faites et pourquoi... », souffla Ichigo. « Mais je ne peux pas m'empêcher de voir cela de son point de vue. »

« C'est très bien », dit Byakuya. « Vous avez été avec lui depuis bien plus longtemps et vous serez avec lui longtemps encore après moi. Vous vous devez de prendre son parti. »

« Je ne prends pas son parti... », contesta Ichigo tièdement. « Je veux juste dire- »

« Non. Ne vous expliquez pas », insista Byakuya. « Il n'y a aucun besoin. »

« Vous ne me rendez vraiment pas la tâche facile », se plaignit Ichigo.

« J'en suis désolé » Byakuya se mit à rire. « À mon tour, à présent. » Byakuya se calma. « Je suis réellement fier d'être considéré comme l'un de vos amis. J'ai apprécié le temps passé avec vous et votre espèce. Je vous souhaite bonne chance dans votre future bataille. Je regrette de ne pas être en mesure de rester parmi vous pour vous aider à combattre… mais je ne peux pas attendre plus longtemps. »

« Nous aurons besoin de vous », lança Ichigo, soudain furieux contre tout.

« Tel ne sera point le cas », insista Byakuya gentiment.

« Nous ne pouvons pas les battre tout seuls », argua Ichigo.

« Peut-être est-ce vrai, mais vous combattrez tout de même », répondit Byakuya. « Et je crois pour ma part que vous anéantirez vos ennemis. »

« Par l'enfer, Byakuya ! », cria presque Ichigo.

« Les Maîtres sont vos oppresseurs », dit Byakuya. « Pas les miens. Ceci n'est plus mon combat. »

« Je sais. Vous avez raison. Je voudrais seulement… Je voudrais seulement... » Ichigo laissa mourir ses mots.

« Vous me manquerez », dit Byakuya en saluant de la tête.

Ichigo salua en retour. « Et vous me manquerez. »

« Protégez-le », enjoignit Byakuya, les mains agrippées aux accoudoirs de son fauteuil.

« Cela a l'air d'une chose étrange à demander en considérant ce qu'il est et tout ça », constata Ichigo.

« J'ai combattu un Maître », expliqua Byakuya. « Depuis ce jour, je ne me suis plus jamais senti tout à fait le même. » Byakuya se tourna pour regarder Ichigo. « S'il vous plaît. Protégez-le. Occupez-vous de lui. »

« Je l'aurais fait sans que vous me le demandiez », fit remarquer Ichigo.

« Je sais », convint Byakuya. « Et vous n'avez pas idée de la paix que cela me procure. »

« Vous êtes plein de surprises », s'émerveilla Ichigo tout haut. « J'avais pensé que notre dernière conversation aurait pris une direction légèrement différente. »

« Comment cela ?

Ichigo se tut un instant, songeur. « Eh bien, Shunsui et moi allons prendre votre vie demain. Je m'attendais à ce que vous me demandiez comment ou à ce qu'on rende cela le moins douloureux possible... »

« Ne soyez pas ridicule », se moqua Byakuya. « Mort imminente ou non, je reste moi. »

« Effectivement », murmura Ichigo.

La porte s'ouvrit et Renji pénétra dans la petite cabine avec une pile de bois fraîchement coupé dans les bras. Il déposa le bois sur le sol à côté du feu avant de lever les yeux sur Byakuya et Ichigo. « Vous avez fini? »

« Oui », dit Byakuya en se levant de son fauteuil. Il regarda Ichigo et eut un sourire guindé. « Le matin approche. Allez dormir. »


Il dormait profondément quand une brillante lumière tomba sur son visage. Il remua dans sa couchette, mais la lumière aveuglante était tenace comme si elle avait une conscience bien à elle. Le soleil se déversait à travers la fenêtre étroite. Renji ouvrit une paupière, sentant la chaleur d'un corps à côté de lui. Il paniqua et tendit aveuglément la main pour agripper la personne allongée dans le lit avec lui. Il s'assit, la main touchant par ci par là un corps qui n'appartenait pas à Byakuya. « Qui… Orihime... »

« Ils sont partis il y a une heure », expliqua Jûshirô, qui observait Renji de la chaise à côté de la fenêtre. Il tenait l'épée de Byakuya dans ses mains, le métal avait un éclat de toute beauté. La lumière aveuglante qui l'avait réveillé s'était réfléchie sur la lame elle-même.

« Quoi ? », s'exclama Renji en sautant du lit sur ses pieds en quelques secondes. « Pourquoi ? Pourquoi sont-ils partis sans moi ? »

« Ils se sont dirigés au nord-est », dit vivement Jûshirô alors que Renji avait sauvagement ouvert le battant sans prendre le temps de s'habiller.

« Suis-je trop en retard ? », demanda Renji en enfilant l'imperméable usagé que Shunsui avait déterré deux semaines auparavant.

« Je ne sais pas », admit Jûshirô, qui s'appuyait lourdement contre l'encadrement de la porte.

Renji courut à toute allure, ses pieds nus battant la terre dure. Son souffle était court, ses narines, soufflantes, toute couleur, drainée de ses joues hâlées. Il filait à travers la forêt, les yeux clos sur de profondes pensées. Il avait cartographié cette forêt il la connaissait comme le dos de sa main. Il n'avait besoin que de les trouver.

Il s'arrêta quand il atteignit l'orée des bois. Il avança dans le large champ à découvert, balayant des yeux les lieux avec désespérance. Byakuya était là, assis sur le sol, l'herbe haute écrasée sous lui. Ichigo et Shunsui se tenait debout un peu à l'écart.

« Byakuya ! », héla Renji en accourant vers le vampire.

Byakuya leva les yeux, un sourire décontracté et sincère étirant son visage. « Bonjour. »

« Pourquoi ? », demanda Renji, à bout de souffle. « Tu es parti sans me réveiller... »

« Je ne pensais pas qu'il fallait que tu sois là », murmura Byakuya en tendant la main à Renji. « Mais j'ai changé d'avis dès que nous sommes arrivés ici. » Byakuya attira Renji sur le sol à côté de lui. « Je suis heureux que tu sois venu. »

« Je... » Renji en avait le souffle coupé, son cœur lui montait à la gorge et son sang bourdonnait à ses oreilles. « Ouais. Sûr... »

« Le ciel est si bleu », considéra Byakuya, qui s'allongea dans l'herbe avec les genoux de Renji comme oreiller. « Aujourd'hui est un bon jour. »

Renji se gaussa, la gorge effroyablement serrée : « Peut-être bien qu'en fin de compte, tu n'as pas de cœur, Byakuya. »

« Peut-être bien », concéda Byakuya avec un long hochement de tête.

« Je ne le pensais pas », gémit Renji en secouant la tête. « C'est juste... »

« Je sais », lui assura Byakuya en caressant affectueusement sa main.

« Je voudrais que cela soit un rêve », dit Renji doucement, les paupières baissées. « Et je pourrais simplement me réveiller, et tout irait bien. Je n'ose même pas désirer plus, j'ai juste besoin que tout aille bien. »

« Tout va bien », répondit Byakuya. « Tu iras bien. »

« Mais rien de plus », dit en retour Renji avec émotion.

« S'il te plaît... », pria Byakuya. « Ne prends pas cette décision pour un geste égoïste. Si j'étais un homme, il n'y aurait aucune raison de nous séparer. Mais je suis un monstre sans cœur qui bat pour t'aimer, sans véritable souffle pour prononcer ton nom. Il n'y a pas de chaleur en moi. »

« Ton amour est chaleureux », s'exclama Renji, qui referma les bras sur Byakuya et l'enserra.

« Merci », répondit Byakuya, réellement reconnaissant.

« J'irai bien... », céda Renji, en courbant la tête de défaite.

« Je sais », murmura Byakuya.

« J'irai bien », répéta Renji.

« Je vais fermer les yeux maintenant », chuchota Byakuya, les lèvres tout à coup pressées contre celles de Renji. Ils s'embrassèrent intensément, Renji perdant rapidement le souffle. Byakuya s'écarta, la main sur la joue de Renji et les yeux tenus fermement clos. « Parce que je veux que ton visage soit le dernier que je verrai. »

Byakuya se leva, les yeux tenus résolument fermés. Il marcha lentement, le bout des doigts caressant l'herbe haute. Renji voulait l'appeler. Il voulait se mettre debout et courir après lui, l'attraper, le lier à lui pour toujours. Mais il observa simplement le vampire avancer à grand pas au milieu du champ.

Ichigo et Shunsui se déplacèrent silencieusement, traçant leur propre chemin de dévastation dans l'herbe blonde. Ils s'approchèrent de Byakuya, et Renji se détourna. Il ne pouvait plus supporter d'être le témoin de la scène. « Trouvez-moi », dit Byakuya, la voix, à peine un soupir. Il sourit paisiblement, les bras pendants à ses côtés. Et toujours, ses yeux étaient résolument fermés. « Je vais attendre. »

Il y eut une intense et déchirante douleur, puis plus rien. Cela avait été miséricordieusement rapide. Dans l'obscurité, apparut une lumière soudaine et extraordinaire. Byakuya ouvrit les yeux lentement et, dans sa surprise, recula d'un pas.

Shuren se tenait en face de lui, une main accrochée à la bride du cheval et l'autre lui tendant son épée, l'Épée de Dieu, pour la lui offrir. « Garçon. »

« Shuren ? » Byakuya hoqueta, certain que ses yeux le trompaient. Il se saisit de son épée, tenant entre ses mains la lame à l'équilibre parfait.

« Viens », ordonna Shuren, faisant signe à Byakuya de s'approcher.

« Je suis mort. » L'air s'échappa des poumons de Byakuya, une étrange vacuité, qui n'était pas désagréable, émanant de son corps. « Tu es mort. »

« Oui. » Shuren acquiesça de la tête. « Viens. »

« Pourquoi… es-tu ici ? », demanda Byakuya, un sanglot lui déchirant la gorge.

« Moi attendre », répondit Shuren, son pouce essuyant la larme sur la joue de Byakuya. « Maintenant, nous partons. »

« Où ? », interrogea Byakuya, à jamais d'une curiosité insatiable.

Shuren sourit, quelque chose qui avait été assez rare dans sa vie. « Vers la suite. »

ÉPILOGUE

Le jeune homme roula des yeux. Parfois, il était si embarrassé par les stupidités de ses pairs qu'il voulait clamer qu'il n'était pas de la même espèce. Il s'avança sur sa chaise et se pencha pour reposer sa tasse de café expresso sur la table. Il se racla la gorge et s'humecta les lèvres, essayant de trouver la force de se mordre la langue. Il n'avait pas une telle force. « Vous vous trompez, vous savez », dit-il nonchalamment avec un accent traînant.

« Hein ? », demanda l'autre jeune homme, assis au fond de sa chaise. « Que voulez-vous dire ? »

« Premièrement, l'Espagne est en Europe. Non, mais sans blague », corrigea avec ennui le jeune homme. « Cela veut dire que les espagnols comptent absolument comme explorateurs européens. Deuxièmement, l'Égypte est en Afrique. Pensez-vous sérieusement que l'Afrique est un pays ? J'ai pitié du pauvre pigeon qui doit noter vos devoirs... »

« D'accord, mais, bon, qui sait ça ? », demanda l'autre étudiant, affichant une tête incrédule.

« Littéralement tout le monde », rétorqua le jeune homme. Il rassembla ses papiers et ses livres, et les fourra dans sa sacoche. Il prit une dernière gorgée de son expresso et se leva, la chaise grinçant avec bruit sur le trottoir.

« Où allez-vous ? », sifflèrent les autres étudiants à l'unisson. Ils se mirent à marmonner leur désaccord alors qu'il s'éloignait. « L'évaluation par nos pairs compte pour 40% de la note. »

« Envoyez moi un e-mail quand vous aurez appris les continents », s'exclama le jeune homme en balayant l'air de la main d'un geste de dédain alors qu'il descendait déjà la rue. C'était un automne particulièrement froid, bientôt la neige tomberait. Il resserra son écharpe autour de son cou et enfonça ses mains dans ses poches.

La marche était courte pour revenir à l'université, alors il ralentit ses pas. Il erra dans les rues de la vieille ville nonchalamment. Il s'arrêta devant plusieurs magasins, regardant les trésors uniques à travers les vitres embuées. Il essuya de sa main gantée le groupe de vitrines suivantes et fixa des yeux une collection de bijoux orientaux à couper le souffle.

Charmé, il pénétra à l'intérieur de la boutique d'antiquités. La porte se referma derrière lui, le tintinnabulement du carillon prévenant de son arrivée. La boutique était poussiéreuse et sentait l'odeur merveilleuse des livres. Le jeune homme sourit, pressant ses doigts sur le dos d'un livre à l'air ancien.

« Bonjour... », appela la voix grave d'un homme situé au fond du magasin. « Bienvenue. »

« Bonjour », répondit le jeune homme, qui aperçut un éclat blanc qui disparaissait derrière une rangée d'étagères.

« En quoi puis-je vous aider ? », demanda l'homme à la voix grave.

« Ah », répondit le jeune homme. « Je ne fais que regarder. »

« Faites-moi savoir si vous avez besoin d'aide », dit l'homme.

« Depuis quand cette boutique est-elle là ? », demanda le jeune homme en assujettissant le lourd sac sur son épaule. « Je ne crois pas l'avoir déjà remarquée. »

« Quelque temps », déclama l'homme curieusement.

« Euh », répondit le jeune homme. « Eh bien, c'est une belle boutique. En êtes-vous le propriétaire ? »

« Oui, mon mari et moi-même la possédons. »

« Oh… », murmura le jeune homme, un petit peu surpris et embarrassé. Soudain, le jeune homme devint nerveux. Où était l'homme qui parlait de toute façon ? « Monsieur, euh, où êtes-vous enfin ? »

« Juste ici », répondit l'homme, soudainement visible au centre de la boutique pleine à craquer. Ses cheveux étaient d'un blanc aussi pur que la neige, mais l'homme ne pouvait pas avoir plus d'une quarantaine d'années. « Avez-vous besoin d'aide ? »

« Non, je... » Les mots moururent sur les lèvres du jeune homme, son attention détournée par un objet qui étincelait dans une vitrine à côté du propriétaire. « Qu'est-ce… qu'est-ce que c'est ? »

« Ah, ceci ? » L'homme aux cheveux blancs sourit, ses yeux verts brillant de mille feux dans la boutique faiblement éclairée. « C'est quelque chose de très spécial... » Le jeune homme approcha, comme s'il était attiré par l'endroit même. Il se pencha, ses cheveux noirs cascadant de son épaule. Il étudia l'objet avec intérêt, suivant du doigt les veines du bois de la vitrine d'exposition. « Vous avez un sac rempli de livres. Allez-vous à l'université ? »

« Oui », répondit le jeune homme en hochant la tête. « J'étudie le journalisme, et l'histoire en option. »

« Alors vous allez vraiment aimer cet article. » L'homme aux cheveux blancs soupira. « Il a une histoire fascinante. »

« Vraiment ? », demanda le jeune homme en croisant le regard de l'homme aux cheveux blancs.

« Mon mari est bien meilleur pour raconter des histoires », avança l'homme. « Voudriez-vous rester pour dîner ? Il sera rentré bientôt et je sais que vous trouverez tout ça très intéressant. »

« Eh bien... », hésita le jeune homme avant de répondre. « Habitez-vous à l'étage ? »

« Oui, mais pas seulement nous deux », expliqua l'homme. « Nous sommes six. Nous sommes une grande famille. »

« Si je ne suis pas en trop », repartit le jeune homme, « pourquoi pas ? »

« Excellent » Le propriétaire souffla de soulagement. Il sourit, le sourcil s'arquant avec espièglerie. « Maintenant, je dois vous poser une question... »

« Oui, monsieur ? »

L'antiquaire eut l'air absolument ravi, il mit l'une de ses clés dans la serrure de la vitrine, la tourna, et, retirant l'ancien artefact, roucoula d'excitation : « Avez-vous déjà vu une telle épée ? »

F I N


"One day I wrote her name upon the strand,

But came the waves and washed it away:

Again I write it with a second hand,

But came the tide, and made my pains his prey.

Vain man, said she, that doest in vain assay,

A mortal thing so to immortalize,

For I myself shall like to this decay,

And eek my name be wiped out likewise.

Not so, (quod I) let baser things devise

To die in dust, but you shall live by fame:

My verse, your virtues rare shall eternize,

And in the heavens write your glorious name.

Where whenas death shall all the world subdue,

Our love shall live, and later life renew."

-Edmund Spenser, Amoretti, Sonnet #75


(1)NdT : en français dans le texte