Bonjour à toutes et à tous !

Nouveau chapitre, nouveaux... trucs, qui devraient éclaircir certains points du précédent.

Merci à tout ceux qui lisent et laissent des reviews,

Enjoy.


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Chapitre 34 : Le poids du déluge.

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Au travers du silence, douze coups se décantèrent lentement. Douze coups d'un jour à un autre. Douze coups pour laisser le passé dans l'ombre et se tourner vers l'aube. Douze coups pour plonger dans l'abysse et ne jamais revenir. Douze coups pour choisir.

Douze respirations.

Une. Choc. Harry regarda Cédric. Cédric au sol, Cédric qui l'avait fait trébuché, Cédric qui le fixait sans comprendre.

Deux. Déni. Cédric. Cédric allait se relever. Cédric allait prendre un mouchoir et effacer tout ce sang sous sa gorge. Cédric allait venir le voir. Cédric allait se cacher avec lui. Cédric allait l'aider à accomplir sa mission.

Trois. Attente. Puis approche. Un bruit quasiment inaudible ; celui de l'herbe folle qui ployait sous les pas d'Harry. A des dimensions de là, le vent faisait chanter l'if. Cédric s'approcha. Un mètre, deux mètres –contact. Des chaussures buttèrent doucement contre une masse molle. Un tressaillement.

Quatre. Vide. Une chute sans grâce. Des genoux mouillés par le sol boueux. Un pantalon foutu. Une main vers un corps. Les yeux verts d'Harry ne clignaient pas.

Cinq. Rouge. Rouge la main d'Harry quand elle effleura le sourire trop grand sur la gorge de Cédric. Rouge la terre aux alentours. Rouge le trou dans son torse. Rouge son cœur arraché. Rouge, rouge, rouge.

Six. Décision. Il fallait un mouchoir. Harry en sortit un de sa poche. Un grand mouchoir, un beau mouchoir d'un vert irisé. Il fallait nettoyer tout ça, c'était ridicule. En plus il en avait mit partout sur ses vêtements, ce cochon de Poufsouffle.

Quel abruti.

Sept. Sourire. Eh ben voilà, ça partait. Ça partait sur ses mains, sur ses manches, dans ses bras, dans sa bouche. Peu importe. Harry voulait bien être couvert de rouge si ça voulait dire que Cédric n'en avait plus. Le mouchoir était poisseux. Ce n'était plus un bon mouchoir. Harry le jeta sur le côté. Il devrait s'en acheter un autre. Un mieux.

Un qui pourrait enlever tout le rouge.

Huit. Collant. Collantes ses mains toutes rouges. Collante la terre du cimetière. Collante la gorge de Cédric. Le rouge sortait encore. Plus Harry appuyait ses mains pour le faire rentrer, plus il sortait. Pourquoi est-ce qu'il sortait ? Pourquoi- Pourquoi- POURQUOI ?

Neuf. Calme. Il devait rester calme. Appliquer les leçons de Gaby. Le cœur. Il fallait entendre les battements du cœur. Si le cœur battait, le rouge pourrait rentrer. Si le cœur battait, Harry pourrait enlever le rouge. Si le cœur battait, Cédric se lèverait. Gaby avait toujours raison. Et il avait toujours écouté Gaby.

Une oreille contre la poitrine. Il fallait trouver la partition primaire. Trouver le cœur.

Dix. Silence. Silence chez Harry. Silence dans le cimetière. Silence dans le monde. Silence, silence, silence.

Silence dans le cœur de Cédric.

Onze. Bruit.

_Il s'est bien battu, tu sais.

Les yeux verts ne bougèrent pas. Fixé sur un torse qui ne respirerait plus jamais. La mélodie de l'univers est un rythme ternaire. Cédric, Cédric, Cédric. Rouge, rouge, rouge. Silence, silence, silence.

Mort, mort, mort.

_Je n'avait pas prévu de le tuer, au départ. Et puis, ma foi, dans la frénésie du combat… j'imagine que tu sais ce que c'est. Les dommages collatéraux ne font jamais plaisir m'enfin, c'est une partie du job. Les ordres sont les ordres pas vrai ?

Des pas. Un engrenage. Douze coups pour laisser le passé dans l'ombre et se tourner vers l'aube. Douze coups pour plonger dans l'abysse et ne jamais revenir. Douze coups pour choisir. Réalisation. Mouvement.

Douze. Choix.

_Avada Kedavra.

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sSs

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La corde rêche avait déchiré la peau des avant-bras d'Helmett, qui saignaient en continu sous la friction qu'il s'imposait en tentant –vainement- de se libérer. Ses yeux ordinairement noisette étaient brulants de haine, tranchant sur sa figure livide, son corps raidi, prêt à bondir hors de ses chaines pour attaquer son geôlier, ses poings serrés à en faire blanchir les jointures.

Peter retint de justesse un tressaillement lorsqu'un crachat rougeâtre sali sa robe, s'écartant par réflexe.

_Je vais te butter.

La voix de l'adolescent était tremblante, submergée par la rage. La fin des mots était un grondement animal.

L'emblème de Griffondor n'était pas un lion pour rien.

Peter regardait anxieusement autour de lui, attendant un signal qui ne venait pas. Un nouveau grondement le fit se tourner, droit vers son prisonnier. Deux paires d'yeux bruns s'affrontèrent.

Et pendant un instant, il ne vit pas Helmett. Face à lui, c'était la passion brulante de Lily qui s'affichait, insolente et sauvage, l'emportement de James, si campé dans ses positions et outragé par la violence. Face à lui, c'était ses anciens amis qui s'imposaient à lui, dans toute leur splendeur innocente.

Face à lui, c'était son ancienne vie, son enfance, les baisers morts des défuntes années qui dansaient dans les pupilles sombres d'Helmett Potter. O jeunesse joyeuse, ardente, printanière, autour de qui tournoie l'emportement humain ! Avait chanté les poètes. Il savait toute la beauté de la jeunesse. Tout son prix, aussi.

Mais Peter était vieux et lâche à présent. Sa jeunesse n'était qu'un vague souvenir qui peinait à réchauffer ses os. Ne restait que la douce amertume de servir sa survie, et le précieux fardeau dans ses bras.

C'est pourquoi il refusa de voir ses amis dans sa victime. Bientôt, tout ce qui avait fait d'Helmett un proche s'effaça. Ne resta que l'individu attaché à la pierre tombale et la certitude que lui, Peter, vivrait longtemps.

Il voulait vivre. Juste vivre. Etait-ce si mal ?

_Enfoiré. Connard. Lâche. Salaud.

Peter ne répondit pas. Les insultes sont les fleurs du traître après tout.

Mécaniquement, Helmett énonçait tout ce qui lui venait à l'esprit. Il devait continuer, ne se concentrer que sur des promesses de meurtre et de liberté. Parce qu'il n'était pas fort. Il n'était pas Cédric. Parce que s'il se taisait, il allait abandonner. Il devait continuer. La perspective de s'affranchir de ses liens pour arracher les yeux de Peter était tout ce qui le faisait tenir.

Ça et l'espoir ténu, presque ridicule, que Cédric ait pu s'échapper pour aller chercher du secours.

Il doit s'être échappé, raisonna Helmett. Il s'en sortait tellement bien contre Pettigrew. Il s'est forcément échappé.

Sa mâchoire était toujours serrée, aboyant des insanités, ses yeux toujours enflammés du feu des chiens enragés, et le sang coulait, coulait, coulait.

Un rire perçant. Une voix.

_Il suffit.

Peut-être était-ce la surprise, ou peut-être était-ce une terreur soudaine qui fit taire Helmett. Peter pencha légèrement la tête pour écouter, le faciès abjectement frémissant. Il agita doucement sa baguette vers Helmett, qui se raidit, anticipant une douleur en punition à sa verve antérieure.

Doucement, dans une agonie sourde, sa peau écorchée se rassembla, neuve sous les cordes, et seul le sang déjà versé continua de nourrir la terre.

_C'est mieux.

Un mouvement bref, ordre muet. La barrière de tissu se déplia lentement, sous les gestes étrangement gracieux de Pettigrew.

Sous le ciel, un sourire. Un œil froidement satisfait se dévoila à la lune. La première victoire d'une longue série.

_Le seul sang que tu verseras désormais, Helmett Potter, tu le verseras pour moi.

L'unique droit du prisonnier c'est celui de son corps. Helmett venait de s'en voir privé.

Avec une délicatesse insupportable, son visage féroce se brisa. La pierre de la tombe glaça son dos quand il s'affaissa. Pièce par pièce, le combattant se défaisait. Le chien fou rentrait dans sa niche. Restait Helmett.

Helmett. Quatorze ans. La mort devant lui, des larmes sur les joues.

La chose dans les linges rit.

_On n'injurie plus, mon garçon ? On ne s'indigne plus face à son sort ? On n'essaie plus de résister ?

Helmett baissa les yeux. Le plus humiliant dans la défaite c'est le bruit des sanglots ; il ne voulait pas le donner. Au moins ça. Il voulait garder au moins ça.

_C'est décevant. Je pensais avoir droit à un peu plus de divertissement ce soir.

Pas de réponse. L'adolescent se mordait la langue pour retenir l'insulte qui menaçait de voler. Dans le silence soudain ne se fit entendre que le son maltraité de ses sanglots et du vent qui fouettait les herbes avec la force d'une bataille.

_J'espère que ton frère serait un peu plus combattif.

Les pleurs s'arrêtèrent. Le vent redoubla d'ardeur. En fait, il semblait même se rapprocher.

Mon frère ?

Helmett laissa se succéder à la surprise une colère nouvelle. Il avait certes abandonné son sort aux mains de la mort, mais ça ne voulait pas dire qu'il allait faire de même avec celui d'Harry.

_Qu'est-ce que vous voulez à mon frère ?

Le gloussement était purulent. Le jeune homme frissonna involontairement, sa voix perdant le peu de fermeté qu'elle avait si difficilement gagnée. Son interlocuteur n'eut pas le temps de répondre, perdu dans son amusement, car un bruit colossal se fit soudain entendre.

Une déflagration. Des éclats de terre et de pierre volèrent. Quelqu'un couina (Pettigrew). La tête d'Helmett tournait, ses tympans malmenés peinant à reprendre conscience de la réalité. Il vécu quelques précieuses secondes dans un monde ouaté où tout était ralenti. Enfin, le paysage s'imposa à lui. Il y avait un ange moldu en moins et une tranchée dans le cimetière. Au milieu, un corps.

_Harry.

La voix d'Helmett était un souffle incertain. Que faisait-il là ? Pourquoi cette explosion ?

Et, question lancinante :

Etait-il encore vivant ?

Une fraction de seconde à peine s'était écoulée, et déjà il semblait que le monde était suspendu aux paupières de l'adolescent dans le cratère.

Une respiration. Helmett, Peter… et Harry.

Un éclat sous la lune gonflée d'ombres. Un pas dans le cimetière. Deux yeux qui s'ouvrent.

Avec une rapidité terrifiante, Harry bondit sur l'homme qui s'avançait. Le devançait un couteau et un sort.

_Avada Kedavra !

L'inconnu sourit et attrapa le couteau, le retournant d'un geste souple pour l'expédier droit vers l'Impardonnable. Le couteau prit l'impact de plein fouet et explosa.

La complexité de ce qui s'ensuivit fut totalement perdu pour Helmett, qui devait se tortiller pour arriver à voir la scène. L'horreur du combat, elle, le frappa dans toute son ampleur.

Lèvres retroussées, membres raides, visage sans couleur. Harry était monstrueux. Contre l'homme, les attaques s'enchainaient sans répit, poing, coude, pied, couteau, et les sorts renchérissaient à chaque fois, dans une myriade de couleurs mortelles. Une myriade où le vert donnait le ton.

Vert les yeux, verte la haine, vert l'Avada.

Helmett voulut hurler. Bouger. Arrêter son frère. Eteindre le feu dans son regard.

Ce n'était plus Harry Sovrano, le gamin condescendant qui riait dans les couloirs. Ce n'était plus un ami, plus un frère, plus un homme. Dans la rage, il n'y a qu'une identité. Celle du vengeur.

On hait toujours pour venger. Venger une cause, venger un honneur, venger un ego.

Venger un mort.

Harry gronda. Il y avait de la sueur sur ses tempes et du sang sur son menton. Il ne s'arrêta pas.

Face à lui, un sourire. Et une main rempli de cailloux.

A chaque coup répondait le vide. A chaque couteau la terre qui l'accueillait. A chaque sort, un caillou.

L'homme esquivait, tournoyant autour d'Harry comme un vent d'été. Il ne riait pas. Il ne se moquait pas non plus. Il semait des cailloux.

Un sort ne s'arrête que face à un corps donné. Que ce soit un humain ou un caillou. Evidemment, la réaction n'est pas la même. Un sort ne prendra son effet pleinement que contre un être dont les propriétés physiques autorisent l'apparition de cet effet. On ne peut pas stupéfier un caillou. On le fait simplement exploser.

Qu'importait. Il y avait toujours pleins de cailloux dans un cimetière. Un caillou pour un sort. Une explosion pour une goutte de sueur. Un air compatissant pour chaque vague de fatigue.

Jusqu'à ce que, finalement-

Harry flancha.

Ce ne fut que brièvement perceptible, l'affaire d'une seconde. Mais il est des erreurs qui sont des battements d'aile de papillon. Un seul suffit à déclencher des apocalypses.

Et à ce moment précis, dans le tremblement de la main épuisée, dans la rage qui ne suffisait plus à animer l'argile du corps, dans la garde qui n'était plus aussi méfiante, dans l'humain sous le vengeur, le papillon mourut pour que vive l'ouragan.

Un caillou vola vers le jeune homme. Avec un bruit mat, il heurta son front. Retomba à terre, caillou parmi les cailloux.

L'if frémit. La Lune se voila. Harry s'effondra.

Ses yeux étaient encore ouverts, parcourant frénétiquement les alentours, alors qu'un son inarticulé s'échappait de sa bouche entrouverte. Helmett avait été dépossédé de son corps. Harry en était prisonnier.

L'homme rit en le dépossédant rapidement de toutes ses armes puis le soulevant.

_Ca ne sert à rien. Tu vas rester comme ça pendant quelques minutes, juste le temps que je puisse t'attacher. C'est quand même plus simple quand tout le monde coopère, non ?

Harry atterrit lourdement sur ses fesses près d'Helmett, le dos collé contre la pierre tombale voisine. Un nœud, deux nœuds, trois nœuds et un rouleau de corde plus tard et il était saucissonné de la même manière que son frère. Ses yeux verts lançaient des éclairs dangereusement semblables à l'Impardonnable qu'il n'avait cessé de jeter. Il semblait imperméable au crachin glacé qui s'abattait petit à petit.

Dans les bras de Peter, un nouveau rire. Helmett retint une grimace et le regard d'Harry se tinta d'une fureur encore plus grande.

L'air s'assombrit lentement autour d'eux, alors que le voile nuageux qui recouvrait la Lune s'épaississait, poussé par le vent qui soufflait en continu depuis la soirée. Une nuit de vent et de pluie. Une nuit de sabbat.

L'homme qui avait tué Cédric tapota la tête d'Harry avec un semblant d'affection.

_Pour quelqu'un qui n'a même pas quinze ans, tu es drôlement bon, cousin. J'ai hâte de voir ce que tu deviendras plus tard !

Harry grogna, le son sortant de manière pathétique dans sa bouche sans mouvement. Mais perdu dans l'étendue de sa rage aveugle, il ne releva pas ce qui fit se figer Helmett ; le mot, le blasphème, vraiment, qui aurait du retourner son monde. Cousin.

Les dents blanches de l'assassin étincelèrent dans la nuit. Le fardeau de Peter regardait la scène silencieusement, une curiosité suprêmement amusée inscrite sur son faciès grossier.

_Tu n'es pas sensé survivre, mais si ça arrive et que tu veux des petits trucs d'entrainement, contacte-moi. Ca m'intéresse toujours de suivre les jeunes prometteurs. Je suis dans l'annuaire, blagua l'homme avec bienveillance. A la page p.

Il lança un caillou dans les airs, le rattrapa et le fit disparaître dans sa poche.

_Pour Poucet.

Un bruissement. La corde qui enserrait Harry gémit sèchement pendant un bref instant sous la pression qu'il lui avait imposé. Puis, vaincu par l'étrange malédiction qui lui avait dérobé le contrôle de son corps, il retomba gauchement contre la tombe.

L'assassin eut l'air pensif.

_Vraiment très bon, énonça-t-il avec satisfaction. Gabriel a toujours été un excellent professeur.

A la mention de Gaby, Harry fut prit de spasmes furieux, rongeant sa paralysie de seconde en seconde. L'homme lui dédia un sourire appréciateur avant de se tourner vers Peter et son bagage.

_Autre chose que je puisse faire pour vous ?

Une seconde de silence. Puis :

_Non. Comme prévu par le contrat, ta mission s'est terminée au moment où tu nous as livré le garçon. Tu peux partir.

L'homme hocha la tête avec amabilité.

_Dans ce cas... J'espère que mes services vous ont satisfait et que vous n'hésiterez pas à faire appel à nous pour une prochaine affaire. Ce fut un plaisir de travailler pour vous, cher monsieur. Bonne soirée !

Un véritable discours de comptable. Helmett en aurait presque eu envie de rire. Presque.

La terre s'enrichit d'une éclaboussure supplémentaire. Un caillou venait de tomber dans une flaque. L'étrange assassin s'était volatilisé, sans plus que ce son pour annoncer son départ. Et à la place de son sourire commercial, la pluie qui s'écrasait sur le cimetière avec des airs de série Z.

Peter battit des paupières, observant les deux fils de son ancien meilleur ami face à lui. Non. Les deux sacrifices nécessaires à son existence.

En son sein, comme une caricature d'enfant, la chose soupesa la situation. Son visage déformé s'orna d'un rictus impatient.

_Maintenant que les préliminaires sont terminés, je suggére que nous passions à la partie la plus amusante.

Il adorait quand ses plans se déroulaient comme prévu.

_Qu'en pensez-vous ?

_Vas te faire foutre, connard, hoqueta Helmett avec un aplomb surprenant. On va te latter la gueule tellement fort que même ta mère voudra plus de toi !

Cela lui gagna un sifflement polaire. L'instant d'après, Peter le giflait, laissant une marque rouge bien dessinée sur la joue pâle et ronde de l'adolescent. La vision aurait pu être drôle –cette forme de main à laquelle il manquait un doigt imprimée sur le visage stupéfait d'Helmett. Ça ne l'était pas.

_Il suffit. La seule personne qui peut le punir c'est moi, Pettigrew. Ne l'oublie jamais.

Peter détourna le regard, l'humiliation présente sur ses traits grisâtres. Finalement, il sembla se rappeler qu'il avait une tâche à accomplir –ou peut-être l'être dans ses bras lui avait-il donné un nouvel ordre silencieux- car il déposa soigneusement son fardeau et s'éloigna.

Le sort que Cédric avait jeté à la vision d'Helmett s'était estompé et rapidement il ne put plus distinguer le serviteur dans l'opacité de la nuit.

Le Griffondor jeta un regard inquiet à son frère qui tentait encore et toujours de se débattre. Ses yeux n'avaient pas quitté la créature à terre, encore partiellement enveloppée dans ses linges, et ils ne cillaient pas. Les yeux si verts de Lily, couleur Avada.

Inquiétude. Angoisse. Peur. Helmett déglutit.

La situation était terrifiante. Plus que ce qu'il avait toujours pu imaginer. Et pourtant ; au-delà de toute raison, de toute sagesse ; au fond de son esprit englué par l'horreur, une voix s'élevait avec des accents de messager. Harry avait utilisé un Impardonnable.

Jamais Helmett n'aurait pu concevoir cela. Même dans ce qui semblait être les lointaines années où il avait détesté le garçon jamais, pas en rêve ou en cauchemar, il ne lui avait associé l'Avada Kedavra.

Et maintenant c'était tout ce qu'il voyait au fond des grands yeux de son frère.

Un long bruit plaintif le fit sursauter. Le râle de la pierre contre les graviers. S'avançant vers eux à petits pas difficiles, Peter trainait avec toutes les peines du monde un immense chaudron. Helmett n'avait que rarement vu des chaudrons comme celui-ci, tout en brutalité et en pierre. Il était énorme, probablement assez pour contenir un homme assis. A l'intérieur, il lui sembla distinguer une surface réfléchissante qui clapotait tranquillement, sans se soucier de l'incongruité de la chose. De l'eau ?

Des flammes naquirent violemment sous le chaudron. Peter s'éloigna précipitamment, manquant de trébucher sur une tombe.

Harry effectuait de petits mouvements de balancier. La corde gémissait sous la friction. Mais le leste qu'elle laissait était beaucoup trop faible pour qu'il puisse s'échapper, estima Helmett. Jamais il ne pourrait se libérer.

Jamais. Le mot semblait revenir souvent dans son vocabulaire, ces derniers temps. C'était le mot des condamnés, jamais.

Le liquide qui remplissait le chaudron semblait chauffer très vite. Des escarbilles enflammées dansaient à la surface, comme s'il avait prit feu. Il s'en échappait une épaisse fumée, estompant la silhouette de Peter qui entretenait les flammes, le visage contusionné sous la chaleur. De grosses gouttes de sueur roulaient le long de son nez. Régulièrement, il se léchait nerveusement les lèvres.

_Dépêche-toi.

La voix aigue et glacée de la chose roula dans les airs. A présent, toute la surface du chaudron projetait des étincelles, comme si elle était incrustée de diamants.

_C'est prêt, Maître.

La voix de Peter tremblait. De peur ? De fierté ? Ou par habitude ?

_Maintenant…, dit l'être à terre.

Lentement, avec des gestes précis, celui qui avait été Queudver déplia le tissu et Helmett comme Harry laissèrent échapper un hurlement en voyant ce qu'ils n'avaient jusque-là que pu entrapercevoir.

La chose avait la forme d'un enfant accroupi, mais rien n'aurait pu être plus éloigné d'un enfant. L'être était entièrement chauve, recouvert d'écailles grossières d'un noir rougeâtre. Ses membres étaient graciles, ridiculement petits et fins, supportant avec peine un visage plat semblable à une tête de serpent, difforme dans ses proportions, sur lequel se détachaient nettement deux yeux rouges et flamboyants. Jamais, voilà que le mot revenait encore, jamais rien d'humain ou même d'animal n'aurait pu avoir un tel visage.

Peter la prit dans ses bras, sans même frissonner quand les écailles écorchèrent la peau fragile de ses avant-bras. Son expression était impassible ; ou plutôt elle tentait de l'être, car sous la couche de placidité se devinait la répulsion que la chose lui inspirait. Il transporta l'être au-dessus du chaudron et, avec une révérence presque cérémonieuse, l'y déposa.

Qu'elle se noie, pensa Helmett en sentant sa cicatrice devenir à chaque instant plus douloureuse. Que cette chose se noie…

Un bruit sourd signala que le corps chétif avait heurté le fond du chaudron.

Peter parla. Sa voix buttait sur les mots, avec un étrange mélange de peur et de fièvre fanatique. Il devait le faire. Pour lui. Pour vivre. Il devait réussir. Dans la nuit noire, ses paroles retentirent avec la force d'une psalmodie :

_Que les ossements du père, donnés en toute ignorance, fassent renaître son fils !

Aux pieds d'Helmett, la tombe grinça. Horrifié, il observa une fine volute de poussière s'élever dans les airs puis, obéissant à Peter, tomber doucement dans le chaudron. La surface s'agita et un long sifflement s'échappa. Le liquide était maintenant bleu vif.

Pas une seconde Harry ne détourna son regard du chaudron. Et les mouvements de balancier étaient chaque fois plus prononcés. Contre la corde tachée de sang, ses ongles s'effritaient.

La Lune regarda Peter sortir un long poignard qui salua le monde avec un éclat argenté. C'est à ce moment-ci qu'il sembla se briser. Des sanglots hachèrent sa voix alors qu'il s'efforçait de continuer l'incantation (pour vivre. Juste un petit sacrifice pour vivre. Un seul sacrifice de plus. Pour sa vie.) :

_Que la – chair du – du serviteur donnée vo-volontairement – fasse – fasse revivre son m-maître.

Il tendit sa main droite, la main qu'il avait mutilé quatorze longues années auparavant pour vivre, puis il serra le poignard de son autre main et hurla.

Le cri était pathétique. Celui qui suivit, alors que le sang coulait à flot et que des éclaboussures jaillissaient hors de chaudron, le membre coupé s'enfonçant lentement dans les profondeurs, fut déchirant.

Le chaudron vira au rouge incandescent.

Harry n'avait toujours pas cillé, insensible à la douleur du traître.

Clopin-clopant, dans un bruit absurde de gémissements et d'herbe ployant sous les pas, Peter se traina jusqu'aux deux tombes. Helmett sentit sa respiration se bloquer alors qu'il tentait frénétiquement de reculer. En vain.

Le poignard se leva dans la main désormais unique de Peter.

Quelqu'un rit. Un son étouffé, pas totalement formé.

Harry.

Helmett ne sut jamais de quoi son frère avait rit. Etait-ce de la souffrance de Peter, qui s'imposait victime du sort qu'il avait choisi ? De sa maladresse, si décalée dans ce rituel sanglant ? Ou de lui-même ?

Le visage de Peter se ferma. Ca te fait rire, pas vrai ? Ca les fait tous rire. Peter le lâche, Peter le traître, Peter qui a choisit la vie. Ca les fait se moquer. Ça les amuse.

Plus pour longtemps.

Il allait vivre, lui.

Et il allait s'assurer que le gamin attaché à la tombe s'en souvienne.

Lentement, il abaissa le poignard.

Même encore victime de sa paralysie, Harry se raidit.

La lame s'enfonça dans son front, à l'endroit exact où se trouvait sa cicatrice. Et il descendit, doucement. Divisant le sourcil. Eraflant la paupière. Epargnant miraculeusement l'œil –ou peut-être Peter avait-il choisi d'être clément ?. Se plongeant profondément dans la joue, détruisant les dernières rondeurs de l'enfance.

Harry n'avait pas crié. Ses dents étaient restées serrées alors que le poignard avait ripé sur ses lèvres dans un dernier geste maladroit. Le sang goutta, abondant et jeune. Des larmes le suivirent. Harry pleurait.

Peter voulut sourire. Il ne réussit qu'à vaciller en avalant sa salive, horrifié par ce qu'il venait de faire. Il colla avec brutalité un flacon contre la joue du jeune homme, remuant la plaie fraîche.

Une fois la fiole remplie à moitié, il se tourna vers Helmett. L'adolescent avait observé la scène avec une horreur muette, incapable de croire ce qu'il voyait. Peter s'approcha. Les grands yeux marron d'Helmett, les grands yeux marron de James, plongèrent dans les siens.

Il n'y avait plus de colère dans ces yeux. Juste de l'horreur et une immense tristesse.

_Vous étiez leur meilleur ami, murmura-t-il doucement.

Le couteau lui déchira le front. Etait-ce par le même accès de rage qui avait prit Peter en entendant les rires d'Harry ? Etait-ce par un étrange sens du devoir qui lui aurait interdit de ne pas réserver le même sort aux deux jumeaux ? Ou était-ce juste parce qu'il n'avait plus la force de réfléchir ? Nul ne le sut.

Helmett n'avait pas la réserve d'Harry. Tout au long de l'opération, il hurla. Quand le couteau s'attaqua à sa paupière, il hurla. Quand l'os de sa pommette fut mis à nu, il hurla. Quand le sang envahit sa bouche depuis ses lèvres massacrées, il hurla. Quand son cou brula sous les gouttes pourpres chaudes qui l'inondaient, il hurla. Encore, encore et encore.

Pour la première fois, Harry avait fermé les yeux.

_Quand le sang de l'ennemi… pris par la force… ressuscite celui qui le combat.

Helmett sanglotait, le visage déformé par la douleur.

D'un pas chancelant, comme étonné lui-même par ce qu'il venait de faire, Peter retourna vers le chaudron et y versa le sang.

Une lueur d'un blanc aveuglant trancha la nuit.

Peter s'effondra devant la lumière, se roulant sur le côté et serrant son moignon avec des pleurs nerveux. C'est fini. C'est fini. Il allait vivre. Il devait vivre.

Le chaudron projetait de longues flammes d'un blanc absolu qui semblait absorber toute la lumière, laissant le reste du paysage d'un noir plus profond que jamais. Pendant un long moment, il n'y eut que le silence.

Malgré la douleur, ou peut-être grâce à l'adrénaline qui circulait dans ses veines à toute vitesse, Helmett put entrouvrir les paupières et se prendre à espérer. Pourvu que la chose se soit noyée. Pourvu que la potion ne réussisse pas. Pourvu que-

Puis, soudain, les flammes s'éteignirent. Le liquide du chaudron ne refléta plus que la couleur du ciel au-dessus. Un panache de vapeur s'éleva. Helmett ne pouvait plus rien voir, ni la tombe, ni son frère, à quelques centimètres de lui, ni Peter, ni rien. Faites que la chose soit morte. Faite que tout ait raté et qu'elle soit morte.

L'espoir avait fait gravir des montagnes. Il suffisait d'un filament de réalité pour l'éteindre à jamais.

Helmett fut noyé par la terreur. Au travers de la fumée, un long corps squelettique se dessina dans le chaudron, qui se dépliait avec une grâce mortelle. Une main frôla le sol, récupérant une robe de sorcier noire. Elle fut passée avec délicatesse. Un souffle de vent. La fumée se dissipa.

L'homme sortit du chaudron. Il regarda les deux frères. Helmett plongea son regard dans les yeux qui avaient hantés ses cauchemars depuis trois ans. Ils étaient écarlates, tranchés par une pupille reptilienne qui lentement parcourut le cimetière.

Lord Voldemort venait de renaître.


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A suivre...

« Les baisers morts des défuntes années » sont à Emile Verhaeren et « O jeunesse joyeuse, ardente, printanière, autour de qui tournoie l'emportement humain » à Anne de Noailles. Je ne saurais que trop vous conseiller de vous intéresser à leurs oeuvres si vous aimez bien la poésie.

A dans une semaine pour le prochain chapitre, intitulé "Le prix des morts."

Love,

Pumkin.