La génération perdue
(1975-1982)
Chapitre dix-sept
Destinée
Jeudi 8 Octobre 1981
Remus grogna, sa bouche sur sa gorge, tandis qu'elle avait sa bouche sur son épaule, et il pensa sentir ses dents percer sa peau. Et puis ils haletaient simplement, essayant de retrouver leur souffle. Remus embrassa la peau qu'il avait été près de marquer de ses dents, comme elle l'avait marqué. Il se retira d'elle, roulant sur le dos, regardant le plafond salle au-dessus du lit (Il ne voulait pas savoir pourquoi il y avait l'air d'avoir des dragées de Bertie Crochu incrustées dans le plâtre), se sentant calme et relaxé maintenant que son corps ne le gouvernait plus complètement.
Il avait maintenant la liberté de regarder le plafond, en pensant à sa vie et à quel point elle était complètement pourrie. Il n'avait pas de travail régulier, travaillant seulement sporadiquement dans un entrepôt moldu de Manchester. Ses parents s'inquiétaient pour lui, mais il avait l'impression qu'il n'y avait rien dans sa vie qu'il puisse leur révéler. Le mois précédent, il était monté à Poudlard pour passer la pleine lune dans la cabane hurlante, plutôt que dans les cellules du ministère ou au château d'Ascog (où il aurait probablement été seul quand même). C'était une fois de plus la veille de la pleine lune, et même s'il avait commencé à voir un jeune homme assez mystérieux de Dublin, Padraig, il était de retour au pub pour loups garous, où il n'avait pas pu résister aux avances d'une femme rousse particulièrement saisissante qui avait probablement une dizaine d'année de plus que lui. Elle avait dit s'appeler Mona, bien qu'il ne soit pas convaincu qu'il devait croire cela, et il s'était présenté en tant que Lunard, ce qui l'avait fait rire (au moins, elle ne se moquait pas de son vrai nom). Il lui avait expliqué que c'était un surnom de l'école, ce qui était vrai.
Mona était allongée à côté de lui, regardant aussi le maudit plafond. « Wow ! » dit-elle, respirant encore fort. « Je suis si contente que ces foutus branleurs du ministère de la magie n'aient pas réussi à fermer cet endroit. J'ai entendu qu'ils menaçaient de la faire après que ce sorcier ait été tué dans un pub de Londres. Tu en as entendu parler ? Si cela avait été une personne normale, tu penses qu'ils s'en seraient occupés autant ? Je ne peux simplement pas supporter les sorciers… »
Remus s'éclaircit la gorge et se redressa sur les coudes. « Heu… Pourquoi ? » avança-t-il. Il s'était habitué à entendre des conversations anti-sorciers et anti-ministère au bar en bas, mais il n'avait jamais vraiment osé demander aux loups-garous moldus qu'il avait rencontrés pourquoi ils avaient ces sentiments.
Elle se redressa, l'air étonnée. « Oh, allons ! Pourquoi ? Peut-être parce qu'ils nous disent que faire et où aller, mais que nous n'avons rien à dire de leurs lois et de leur gouvernement à moins que nous soyons des sorciers ou des sorcières, et tu as déjà rencontré l'un d'eux qui était comme nous ? »
« Heu… » fit maladroitement Remus, mais elle ne l'écoutait pas vraiment, continuant sur sa lancée. C'était apparemment un de ses sujets préféré.
« Je veux dire, c'est assez pénible d'avoir été mordue pour commencer, et d'avoir perdu ma meilleure amie la même nuit. » dit-elle avec une boule dans la gorge, « mais ensuite son frère m'a enlevé jusqu'à ce bureau des loups-garous, et… »
« Son frère ? Quoi ? » Remus était confus. Il pensait qu'elle n'aimait pas les sorciers et les sorcières.
« Oh, ma meilleure amie n'était pas une sorcière, » dit-elle, réalisant pourquoi il était confus. « Son frère était ce qu'ils appellent un sorcier né de moldu. Il est. Bon, enfin. Je ne savais pas cela avant d'avoir été mordue, bien sûr. »
« Bien sûr, » dit-il rapidement. « Que… Que s'est-il passé ? A moins que tu préfère ne pas… »
« Non, c'est bon. Cela ne me dérange pas d'en parler aux autres loups-garous. Je faisais une sortie de camping avec quelques amis de l'école. Nous allions tous partir à l'université quinze jours plus tard, et nous voulions passer du temps ensemble avant de partir chacun de notre côté. Nous ne devions être que quatre : moi, mon petit ami Clive, Amy, ma meilleure amie, et son petit ami, Luke. Puis nos parents ont décidé qu'ils ne voulaient pas 'risquer' que nous ayons deux tentes transformées en 'baisodromes' comme disait mon père, plutôt qu'un tente pour les garçons, et une tente pour les filles. Alors Edwin, le frère d'Amy était supposé nous accompagner en tant que chaperon. Il a cinq ans de plus qu'Amy. Ou plutôt il avait. » dit-elle avec la gorge serrée. « Cela signifiait que nous devions être trois dans une tente. Pas de 'petites affaires'. Alors nous dormions tous après avoir passé la journée à marcher. Amy et moi étions dans notre tente, Clive, Luke et Edwin dans la leur, et nous avons entendu ce… Ce bruit inquiétant… »
Remus déglutit, commençant à trembler. D'aussi loin qu'il se souvenait, il avait été un loup-garou. Il ne pouvait pas imaginer de passer d'une vie normale, en passant que l'on avait une infinité de possibilités devant soi, à avoir tout ces changements en un instant. Il n'avait jamais senti cette liberté, que rien ne lui était impossible. Sa vie n'avait été qu'une série de limitations.
« Que s'est-il passé ? » demanda-t-il d'une voix rauque, incapable de se retenir.
Elle déglutit, ramenant ses genoux contre sa poitrine. Remus fut soudain conscient du fait qu'elle était nue de plus d'une manière. « Il a attaqué le côté de la tente d'Amy en premier, » chuchota-t-elle, fixant le mur. « J'ai hurlé et j'ai couru, couru à perdre haleine. Le loup a couru après moi. Il était trop rapide et il m'a attrapé à la cheville. Mais alors… Edwin a fait quelque chose. Je n'ai réalisé que plus tard qu'il avait lancé une espèce de sort, en utilisant une baguette. Je pensais que c'était une arme de quelque sorte qu'il tenait. Le loup-garou a relâché ma cheville. J'ai pu revenir jusqu'aux garçons et nous avons tous les trois essayé de sortir Amy de la voiture et de la mettre dans la tente. »
Elle posa sa tête sur ses genoux. « Tout ce sang, tout ce sang… » Remus pensa qu'elle pleurait, mais il ne pouvait pas voir son visage. « Et puis, comme nous la mettions dans la voiture, le loup-garou a en quelque sorte brisé le sort que Edwin lui avait lancé dessus… Je n'avais pas encore réalisé ce dont il s'agissait comme je ne connaissais rien à la magie alors… Et il à commencé à venir s'en prendre à nous. Il n'y aurait eu aucun moyen que nous réussissions à tous grimper dans la voiture assez rapidement et à fermer les portes. Heureusement, Clive a sorti le pistolet d'alarme que nous avions pour les urgences… »
Remus se renfrogna. « Un pistolet d'alarme ? Mais vous n'aviez certainement pas le temps d'attendre de l'aide. »
Elle leva la tête et rit tristement. « Il n'a pas tiré en l'air. Comme le loup garou s'en prenait à nous, il lui a tiré dans la tête. Point barre. »
Remus tressaillit instinctivement. « Mais bon… Cela ne suffit pas à tuer un loup-garou. »
« Non, mais cela l'a arrêté assez longtemps pour que nous puissions monter dans la voiture et partir. Nous ne savions pas que Amy s'était faite rompre le cou. Nous pensions que nous devions nous inquiéter de ses saignements. Nous sommes allés à l'hôpital le plus proche… »
L'instinct de Remus était de passer le bras autour d'elle, mais il ne la connaissait pas du tout, même s'ils venaient d'avoir une relation sexuelle. Il resta où il était, ne la touchant pas.
« Et puis… » Elle recommença à parler avec colère, soulevant la tête. Il pouvait voir que ses yeux lançaient des éclairs. « Puis après que nous ayons amené Amy à l'hôpital et découvert qu'elle était morte, ma morsure a été soignée, et presque immédiatement après, Edwin m'a jetée dans la voiture, laissant Clive et Luke à quai. Il m'a basiquement kidnappé. Il me débitait des choses comme quoi il était un sorcier, et que j'avais été mordue par un loup-garou, et tout ce à quoi je pouvais penser était qu'il était devenu fou à cause de son chagrin par Amy, tu vois ? Je veux dire… Rien de ce qu'il disait n'avait de sens. Des sorciers ? Des loups-garous ? Je commençais à paniquer. J'étais en voiture avec un dément qui était fou de chagrin et je ne savais pas où il m'emmenait… »
« Où t'a-t-il amenée ? » osa demander Remus.
« A un pub. Sauf que je pouvais pas vraiment le voir jusqu'à ce qu'il ouvre la porte. Je ne peux pas vraiment l'expliquer. C'est comme si je savais qu'il y avait quelque chose, que je pouvais en quelque sorte le voir du coin de l'œil, mais dès que je le regardais vraiment, il n'y avait rien… »
Remus acquiesça. « Sort repousse-moldu. » dit-il sans réfléchir. Elle acquiesça aussi.
« Exact. Merci. Je ne peux jamais me souvenir bien de leur terminologie stupide. Je ne sais pas comment tu fais. Alors nous sommes rentrés dans le pub, et il été plein de cinglés ! Des personnes portant des capes pourpres ou vertes et des chapeaux pointus. Tu aurais dû voir. Je me suis tournée pour partir, et il a sortit ce bâton, l'a pointé sur la porte et a dit quelque chose qui ne ressemblait à pas de l'anglais. Je n'ai pas pu ré-ouvrir la porte… Et puis j'ai réalisé que je tirais un bouton de porte qui était monté dans un mur. Il n'y avait plus de porte. Elle s'était évanoui. »
Remus toussa soudain, essayant de prétendre qu'il s'éclaircissait la gorge. « Heu, j'ai entendu qu''ils' pouvaient faire de telles choses… »
« Bien, je ne savais même pas qu'il y avait un 'ils'. Je veux dire… Je ne croyais pas en la magie, aux loups-garous, aux vampires ou à rien de tout cela. C'était fantaisiste ! Et puis il m'a traîné à une énorme cheminée, et y a jeté de la poussière dedans. Les flammes sont devenues vertes, et il m'a tirée vers elles avec lui ! J'ai résisté. Cela a marché. J'ai pu l'écarter des flammes. Je me sentais… forte. Plus forte que je ne l'avais jamais été. Mais il a ressorti son bâton, et a crié quelque chose. Pet-quelque chose. Et je ne pouvais plus bouger après cela ! Je l'ai senti me prendre comme une grande poupée, et s'avancer dans le feu, et puis j'ai pensé que j'allais mourir, bien sûr. J'ai attendu la sensation de brûlure, mais à la place, nous nous sommes mis à tourbillonner et je me souviens juste que c'était chaud… » Elle haussa les épaules. « Et à partir de là, j'ai été possédée corps et âme par ce maudit Ministère de la magie. Et toi ? » ajouta-t-elle pour la conversation.
Il déglutit. « Je… J'étais très jeune quand j'ai été mordu. ! Je ne me rappelle de rien en fait. » Ce qui était vrai. Tout ce qu'il savait était ce que sa mère lui avait dit.
Elle grimaça. « Pauvre enfant. Tu veux faire quelque chose maintenant ? Nombreux sont ceux d'entre nous qui vont écouter parler ce gars. Mais nous pourrions aller manger avant… » Elle se leva et commença à s'habiller, se sentant mieux de toute évidence. Il secoua la tête.
« Non… Je dois retrouver quelqu'un. Il attendrait. »
Elle acquiesça. « Oui. Est-ce qu'il sait … ? » elle haussa ses sourcils de manière suggestive. Il secoua la tête.
« Nous n'en sommes pas encore là. »
Il n'était nulle part avec Padraig. Il avait même démenti à Lily qu'il avait un nouveau petit ami (en quelque sorte) afin qu'elle ne lui soutire aucune information, et spécialement des informations sur à quel point ils étaient proches. Il avait dû mentir à Sirius, James et Peter aussi (Quand il les voyait, ce qui était aussi peu que possible, pour éviter de devoir trop leur mentir), comme il ne leur avait toujours pas dit qu'il été attiré à la fois par les hommes et par les femmes. Et il ne savait pas trop comment aborder le sujet du loup-garou avec Padraig, et encore moins celui du sorcier. Il savait seulement qu'avoir couché avec Mona l'avait assez calmé pour qu'il puisse avoir une chance de se contrôler quand il le verrait plus tard.
Une chance.
Il avait été immédiatement séduit par la voix de Padraig, et il était embarrassé de lui avoir admis dans les quelques minutes qui avaient suivi leur rencontre, que son accent irlandais le faisait fondre. Oh, oui, avait-il pensé après que ses mots aient franchis ses lèvres. Commence simplement à défaillir devant lui, non ? Cela n'aidait en rien qu'il ait une dizaine d'années de plus que Remus, avec le rictus de celui qui connaissait le monde, et des yeux bleus clairs qui semblaient briller dans sa direction constamment. Il avait des sourcils épais qui faisaient presque une ligne continue, mais d'une certaine manière, c'était en fait une de ses caractéristiques les plus attirantes, plutôt qu'un repoussoir. Ses sourcils étaient très expressifs, et en fait, Remus avait l'impression que Padraig lui souriait constamment avec ses lèvres pleines et un sourcil haussé, ce qui donnait à Remus envie de l'embrasser stupidement, d'effacer la morgue de son visage une fois pour toute. Il avait de grosses mains fortes de travailleur que Remus trouvait très dur de ne pas regarder (Il s'étaient en fait rencontrés en travaillant à l'entrepôt de Manchester). Quand Remus l'avait vu sans chemise, il avait eut envie de lui sauter dessus, devant tous les autres gars qui travaillaient aussi dans l'entrepôt.
Il pensa au fait qu'il n'avait pas été en contact avec ses amis depuis un moment, pas même Lily, mais sûrement que si quelque chose n'allait pas, ils le lui diraient…
« Tu es sûr de ne pas venir ? » persista Mona. « C'est sensé être quelqu'un. C'est un sorcier qui pense que nous, loups-garous, sommes muselés par le foutu ministère de la magie. Il dit que nous sommes de puissantes créatures magiques et que nous devrions être bien plus respectés. Tu n'as pas vu les affiche en bas au bar ? Peut-être qu'avec son aide nous arrêterons finalement peut-être d'être des citoyens de deuxième classe, que nous ferons s'asseoir les autres sorciers et sorcières à une table de négociations pour qu'ils nous prennent en compte. »
Remus pâlit, se tenant au lit. Il était en train d'enfiler ses pantalons et était presque tombé. « Quoi ?Tu… Tu ne veux rien à voir avec quelque chose comme cela. Fais-moi confiance. Je… Je pensais que tu n'avais pas confiance dans les sorciers ? »
Elle finit de reboutonner son chemisier et enfila un pull sur la tête. « Non, généralement non. Mais il a l'air d'être de notre côté. J'aime assez cela. Des créatures magiques puissantes. C'est vrai. Nous sommes magiques, nous sommes puissants, et il est temps que nous arrêtions de nous laisser marcher dessus par ce foutu ministère. Simplement parce que nous ne sommes pas des sorciers ne signifie pas que nous ne sommes pas humains. »
Remus essaya de contrôler son tremblement. « Bien, peut-être que je vais venir… » dit-il en hésitant. Il devait trouver un moyen de dire à Padraig qu'il devait annuler. Personne ne lui avait demandé d'être un espion, mais il sentait qu'il ne pouvait pas ne pas aller à la réunion des loups-garous. En espérant que là-bas, personne ne le reconnaîtrait en tant que sorcier. Il n'était pas venu au pub en robes, portant juste le jean usé, le pull et le manteau qu'il avait au travail, plus tôt. Personne ne doit savoir que je suis un sorcier. Peut-être qu'il pourrait donner quelques informations à Lily après être allé à la réunion…
« A bien y réfléchir, « dit-il à Mona en hochant la tête, « je pense que je vais appeler mon ami et annuler. Pourquoi ne trouvons-nous pas un endroit pour prendre notre repas… La nourriture est terrible ici… Et puis nous irons à cette réunion ? »
Elle lui sourit. « Ca c'est bien dit ! Je ne sais pas quand j'ai été aussi excitée. Pour la première fois, je suis presque contente d'être un loup-garou… »
Remus le suivit en dehors de la chambre, pensant tristement 'Je souhaiterais pouvoir dire la même chose…'.
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Samedi 17 Octobre 1981
La mère Crispin soupira, regardant les enfants jouer dans la cour par la fenêtre de son bureau. C'était une belle journée d'automne, encore chaude, mais avec cette morsure de l'air qui faisait que l'on mettait des chaussettes en laine plutôt qu'en coton, des vestes plutôt que des gilets. Quelques enfants, des filles pour la plupart, jouait dans une pile de feuilles aux couleurs de feu, riant, se jetant des poignées de restes de l'été asséchés les unes sur les autres, criant de plaisir. D'autre sautaient à la corde ou jouaient à la poupée. Les garçons étaient sur le pelouse de devant, jouant au base-ball. Les garçons et Anna, se rappela-t-elle.
Elle pouvait voir Anna Térié (Elle avait elle-même choisi son nom de famille) se tenir au loin, penchée, les mains sur ses genoux, concentrée. Le garçon qu'elle regardait se tenait avec la batte en bois sur son épaule gauche, hésitant, attendant la balle. Quand elle la relâcha finalement, la mère Crispin avait l'impression de regarder une danse méticuleusement chorégraphiée. La balle fila vers le garçon qui attendait et qui se mit à lancer la batte juste au bon moment pour frapper la balle avec un craquement sec. Il lâcha la batte une fraction de seconde après avoir pris conscience du fait qu'il avait réussi à la frapper, puis commencer à actionner ses bras et ses jambes fins, courant aussi vite qu'il le pouvait.
Entre-temps, la balle décrivait une courbe, montant, montant, montant. Les garçons essayaient de se mettre en position pour l'attraper, piétinant de manière hésitante dans l'herbe, louchant vers le ciel bleu. La balle sembla rester suspendue en l'air pendant une éternité. Tous les yeux étaient sur la petite sphère en rotation. Finalement, elle retomba, descendant, descendant… juste vers Anna. La mère Crispin retint son souffle comme Anna la prit. Elle rit de joie, un son que la vieille sœur entendait bien trop rarement de sa part, et puis la mère Crispin réalisa qu'elle riait aussi. Les garçons du camp d'Anna se précipitèrent sur elle, la portant sur leurs épaules. Sa prise leur avait donné la victoire.
La mère Crispin ne pouvait s'empêcher de sourire. Anna avait été spécialement morose depuis septembre. Elle avait dit à la mère Crispin, le premier été où elle avait vécu à l'orphelinat, qu'il lui semblait se souvenir d'avoir une fête d'anniversaire en août quand elle était plus jeune, alors la mère Crispin lui avait choisi une date de naissance : le vingt-set août. Anna l'avait acceptée sans commentaires.
Elle semblait aussi n'avoir aucun avis sur sa nouvelle école, qui était le collège public local. Les enfants les plus jeunes de l'orphelinat étaient éduqués à l'école paroissiale de Ste Colombe, mais maintenant que Anna avait onze ans, elle était bien trop âgée pour cela. L'orphelinat ne pouvait pas supporter le coût des enfants les plus âgés à la St Mark Academy, qui était très bien côtée, mais pas bon marché.
Anna s'était toujours bien débrouillée dans ses études, finissant souvent première de l'année. (Elle était vexée si quelqu'un d'autre avait de meilleures notes), mais elle était aussi fréquemment réprimandée parce qu'elle était impertinente avec les professeurs (de la manière la plus calme possible, sans essayer de l'être le moins du monde). Et parfois, quand d'autres enfants n'observaient pas les signes d'avertissement qu'elle voulait être seule, des choses étranges se produisaient. De nombreux enfants, par exemple, avaient décidé de lui tirer les couettes le premier jour d'école. Ils avaient tous fait l'expérience de chocs violents. Ses cheveux semblaient simplement crépiter d'électricité. Un garçon qui avait essayé deux fois s'était retrouvé projeté en arrière à l'autre bout de la pièce à sa seconde tentative, ses mains noircies et brûlées, et ses chaussures encore à l'endroit où il se trouvait quand il avait essayé de lui tirer les cheveux. De petits nuages de fumée montaient encore des chaussures usées.
D'après certaines informations, Anna avait gentiment souri au professeur et dit, « Je suis désolée. Je dois m'être frotté les pieds un peu fort sur un tapis quelque part. Peut-être que c'était à l'orphelinat. Je pense que l'on ferait mieux de ne pas me toucher pour un moment. » Elle avait encore souri et le professeur ébahi avait approuvé, bien qu'il l'ait regardée avec beaucoup de suspicion et qu'il soit allé parler à la mère Crispin après cela. (La directrice refusait de s'approcher de l'orphelinat. On disait que la mère Crispin, l'avait remise en place il y a des années, mais personne n'en savait davantage sur leur inimité.)
L'incident des cheveux tirés s'était produit pendant une leçon de français, et la mère Crispin n'avait pas beaucoup de sympathie envers Mr Linden comme il autorisait ses élèves à tirer les cheveux d'Anna, et puis faisait comme si tout était de sa faute.
« Je ne vois pas l'intérêt de s'appesantir là-dessus après les faits, comme c'est un 'fait accompli'NDT : en français dans le texte » lui dit-elle avec impatience. « Après tout… »
« Un quoi ? » fit l'homme à l'air chétif avec étonnement, ses yeux bleus délavés la regardant avec confusion.
Elle ferma les yeux, partiellement, afin de ne pas être distraite par sa terrible moumoute noire, qu'elle suspectait qu'il avait mise de travers, et compta jusqu'à dix dans sa tête. Quand elle osa rouvrir les yeux, elle dit « Je pensais que vous étiez professeur de français ? »
Il acquiesça. « Oui, c'est le cas. Mais vous avez dit quelque chose au sujet du 'sort', je crois » Elle le regarda d'une expression neutre NDT sort fate. Le prof de français a confondu 'fait' et 'fate', et j'ai pas trouvé comment rendre ce jeu de mot là. Désolé
Un, deux, trois, quatre, cinq, six, elle compta encore en silence, se concentrant cette fois sur le nœud papillon orange et rouge assez laid de Mr Linden. « En tous cas, » dit-elle vivement, sachant qu'elle devait pas essayer d'utiliser du français avec le professeur de français, « Je veillerai à ce qu'Anna ne se frotte pas les pieds sur le tapis avant d'aller à l'école si vous veillez à ce que vos élèves fassent attention à leur leçon plutôt que de faire les idiots et de tirer les cheveux d'Anna. Bonne journée. » ajouta-t-elle, le congédiant de son bureau comme s'il était sous sa responsabilité, bien qu'elle soit habituellement bien moins sèche avec les enfants. Les adultes usaient sa patience d'une manière différente des enfants.
Après avoir vu le professeur de français quitter l'orphelinat, en contournant avec soin la fille qui nettoyait avec diligence le dallage compliqué du hall, la mère Crispin s'était arrêtée pour regarder le processus de nettoyage avec un intérêt authentique. Elle n'avait jamais vraiment considéré comment le bâtiment était gardé propre. Elle savait qu'elle payait une équipe de nettoyage, mais c'était le travail de son assistante d'embaucher et de gérer ces personnes. Sœur Martha faisait un travail exemplaire en veillant à ce que la mère Crispin n'ai jamais à penser à cela, et en conséquences, elle n'y avait jamais pensé.
Elle redoutait d'énerver la fille qu passait la serpillière, d'autant qu'elle regardait la mère Crispin du coin de l'œil, en essayant simultanément de paraître complètement fascinée par sa tâche. Ne voulant pas prolonger l'inconfort de la pauvre fille, elle s'éclaircit la gorge et dit, « C'est un sacré travail, j'imagine. »
La fille leva les yeux au milieu de son travail et elle sembla essayer prétendre ne pas être surprise. « Heu, oui, Madame. » dit-elle en hésitant, recommençant à travailler après un moment d'hésitation.
Maintenant, la mère Crispin essayait de trouver comment sortir de cette situation de plus en plus inconfortable. La fille la regardait encore furtivement comme elle travaillait. La mère Crispin commençait à craindre que la malheureuse ne s'attende à être licenciée.
« Alors, » dit-elle avec entrain, sa voix semblant absurdement forte. Il y avait un léger écho dans le hall. « Quand le sol est sec, vous remettez les tapis ? Vous avez quelqu'un qui vous aide avec cela ? Est-ce qu'ils sont lourds ? »
Maintenant, la fille se redressa et fixa la mère Crispin. « Nous… Nous n'avons pas de tapis, madame. » dit-elle avec précautions, au cas où, peut-être, la mère Crispin risquerait soudain de l'accuser de les avoir volés. « Nous n'en avons jamais eu. » ajouta-t-elle avec un peu plus de raideur. La mère Crispin se renfrogna, fixant le sol. Le motif était une répétition parfaitement familière d'octogones écrus et de diamants bruns. C'était le motif de fond. Centré devant la porte se trouvait un diamant de dalles marron, ocres, bleues et blanches, avec une large dalle en son milieu portant une croix. Ce sol dallé, d'aussi loin que la mère Crispin pouvait se souvenir, n'avait jamais été obscurci par une couverture du sol de quelque sorte que ce soit.
« Pas même un petit, ici, près de la porte ? » persista-t-elle, même si elle pouvait voir qu'il n'y avait pas de rectangle de dalles plus claires près de l'entrée, comme il y aurait dû y en avoir s'il y avait eu un petit tapis.
La fille avait l'air quelque peu défiante maintenant. Elle avait cessé de nettoyer. « Rien madame. Pas même un paillasson. » La mère Crispin avait maintenant l'impression que la fille était froide et ennuyée.
« Bien, nous devrions probablement avoir quelque chose juste derrière la porte, pour retenir la saleté et la boue, spécialement quand le temps est mauvais. Je vais autoriser sœur Martha à acheter quelque chose d'approprié. »
La fille hésita avant de dire « Oui madame. » avec plus de déférence ce coup-ci, puis se remit au travail.
La mère Crispin soupira comme elle regardait les enfants porter Anna sur leurs épaules, voyant la lumière dans ses yeux quand elle riait. Si seulement cette fille pouvait avoir une jolie maison, avec un père et une mère aimants, peut-être un animal de compagnie… Mais aucun des placements d'Anna n'avait marché, et quelques parents pressentis avaient rapporté d'étranges phénomènes dans un effort pour sembler intéressés par elle quand ils l'avaient ramenée.
Elle fut surprise par le bruit de pneus crissant et un petit bruit sourd, suivi par un cri de surprise, et puis le silence. La plupart des enfants sembla paralysé, mais soudain, Anna descendit de son perchoir victorieux et courut à la porte qui donnait sur la rue. La mère Crispin pressa sa main contre la vitre, essayant de voir. Il y avait un petit quelque chose marron dans la rue, la voiture qui l'avait frappé avait disparu depuis longtemps. Comme Anna se pencha au-dessus, elle réalisa que c'était un chien, très probablement mort. Elle se mordit les lèvres, sortant à grands pas de son bureau, traversant le bâtiment et allant dans la rue. Être soucieuse du chien était très bien et tout, pensa-t-elle, mais à ce rythme, Anna serait la prochaine à se faire renverser par une voiture en restant assise sur la route comme cela !
Comme elle s'approchait de Anna et du chien, maintenant entourés par les garçons avec qui elle avait joué au base-ball, la mère Crispin vit qu'il y avait quelqu'un d'autre aussi. Un homme au blond très pâle, l'air un peu pincé comme s'il avait senti quelque chose de mauvais, était accroupi à côté d'Anna, sa main caressant le flanc du chien. A côté de lui se trouvait une femme maigre à l'air anxieux, avec des cheveux au bond plus foncé. Elle semblait regarder les enfants avec tristesse, et spécialement Anna. Ils semblaient tous les deux avoir la trentaine. Le chien était complètement immobile, la main de Anna sur sa tête et sur sa jambe, qui était pliée d'une façon bizarre. Anna avait fermé ses yeux et semblait bouger ses lèvres.
Priait-elle pour la pauvre chose ? se demanda la mère Crispin. Elle n'avait jamais connu d'impulsions religieuses chez la fillette. Tous les enfants allaient à la messe le dimanche, mais la mère Crispin ne demandait à aucun d'eux d'être catholique. Quelques enfants plus âgés avaient demandé à être baptisés, avaient appris leur catéchisme et fait leur première communion, mais Anna n'en faisait pas partie. La mère Crispin était d'avis que, catholique ou pas, écouter l'homélie du père Morton leur ferait à tous quelque bien. Elle était aussi d'avis que si les orphelins étaient forcés de se convertir, ce ne serait pas une vraie conversion. Tout ce qu'elle faisait était de demander aux enfants d'écouter ce qui revenait à une leçon, et d'apprendre à bien se tenir à l'église. S'ils allaient à des mariages ou des funérailles plus tard, ils sauraient au moins comment se comporter dans un lieu saint. La mère Crispin considérait la participation à la messe comme un entraînement à l'étiquette. C'était ainsi que l'on apprenait ce qui était de bonne forme, peu importe la croyance.
Anna ouvrit ses yeux, regardant intensément le chien. La mère Crispin n'avait pas voulu parler quand elle pensait que la jeune fille priait, mais elle ne pouvait plus rester silencieuse. Juste au moment où elle allait ouvrir la bouche pour demander à l'homme et à la femme blonds qui ils étaient, les yeux du chien s'ouvrirent, comme s'il avait été assommé, et il lutta pour se redresser. Il fut un peu chancelant sur ses pattes d'abord, hésitant spécialement à mettre son poids sur la patte avant gauche. Comme il essayait de marcher, il regagna en confiance, bondissant finalement vers Anna et lui léchant le visage, la faisant à nouveau rire. Il n'était pas beaucoup plus gros qu'un chiot. Un gros chiot en fait. La femme blonde regardait Anna avec un éclat dans ses yeux bleus, un regard gourmand qui fit immédiatement se mettre la mère Crispin sur ses gardes.
« Est-ce votre chien ? » demanda-t-elle soudain à la femme, sa voix un peu plus sèche que ce qu'elle voulait.
L'homme se leva et lui tendit sa main. « Oui. Je suis… »
« Bien vous devriez le tenir en laisse. Bon Dieu ! Nous aurions tous pu nous faire tuer en nous tenant ici au milieu de la route tout ce temps. »
« Pourquoi… Pourquoi est-ce que tous ces enfants sont là ? » demanda la femme en hésitant. L'homme regarda autour de lui, fronçant les sourcils.
« Je ne savais pas que le ministère avait établi un autre hôpital ici, » dit-il, confus. « et les enfants ne semblent pas malades… »
La mère Crispin le regarda comme s'il était fou. « Le ministère ? De quoi parlez-vous ? C'est un orphelinat. » expliqua-t-elle, comme si cela coulait de source. « Je suis la mère Crispin, la directrice. »
Le froncement de l'homme s'accentua. « Alors… vous n'êtes donc pas une infirmière ? » il semblait tâtonner, mal à l'aise. « Alors pourquoi êtes-vous habillée… comme cela ? »
Elle était perplexe vis à vis de cet homme légèrement impérieux qui la regardait comme si elle était une étrangeté. A son avis, elle avait exactement l'air qu'elle devait avoir. Elle n'était pas habituée à être regardé de la manière peu flatteuse et légèrement méprisante de ce jeune homme.
« Il se trouve que je suis infirmière, » dit-elle, sa voix tendue comme un arc. « et il se trouve aussi que je suis none. Vous avez sûrement entendu parler des nones ? » asséna-t-elle, perdant rapidement le peu de patience qu'il lui restait.
« Oh, oh oui. J'en ai entendu parler. Heu, vous. Je veux dire… bien. Bien, cela explique tout, bien sûr. Une none. Un orphelinat. Je vois. Tellement d'enfants. Tous est très logique, oui, oui… »
Il babillait positivement maintenant. La femme, que la mère Crispin prenait pour son épouse, s'était accroupie et parlait à Anna, qui la regardait avec agitation. Le chien était encore très excité, mais la plupart des autres enfants étaient retournés jouer sur les pelouses de l'orphelinat, ennuyé par la conversation entre les adultes.
Une laisse sembla sortir de nulle part, et l'homme l'accrocha au collier du chien. La mère Crispin remarqua pour la première fois à quel point ils étaient étrangement vêtus. Ils semblaient porter tous les deux de longs manteaux de pluie sombres, bien qu'il n'y ait pas un nuage dans le ciel. L'homme se redressa à nouveau, marmonnant pour s'excuser « Le mécanisme de la laisse est défaillant je suppose. Nous en prendrons une nouvelle. »
« Veillez-y. » dit-elle en reniflant. Anna se tenait là, hésitante, et la mère Crispin passa son bras sur les épaules de la fille. Elle était assez grande maintenant qu'elle avait onze ans. Elle s'était disputée avec ses professeurs sur ce qui était écrit au tableau, et il s'était avéré qu'elle avait besoin de lunettes. Elle ne les avait pas depuis très longtemps, et la mère Crispin s'habituait encore à la voir les porter. Elle semblait être une toute autre personne quand elle les avait.
Le couple blond leur fit un signe de la tête, la femme lançant à Anna un regard perçant. Comme elles revenaient à l'orphelinat, la mère Crispin avait l'impression étrange que des yeux lui foraient l'arrière de la tête, mais elle ne céda pas à la tentation de regarder. Anna semblait les sentir aussi, mais elle ne put pas résister à l'envie de regarder par-dessus son épaule. Sa surprise fit finalement se retourner la mère Crispin, mais il n'y avait absolument rien d'extraordinaire à voir. En fait, il lui semblait qu'elle aurait encore dû pouvoir voir le jeune couple, mais il n'était visible nulle part. C'était comme s'il s'était vaporisé.
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Le Chaudron Baveur était sombre et bruyant. Nils Anderssen tapotait ses doigts les uns contre les autres comme il attendait que le vieux Tom leur apporte leur thé. Cette visite en Angleterre ne s'était pas passée comme il s'y attendait. Ils étaient allés à Exeter rendre visite à un des ses vieux camarades d'école, et ils avaient dû sortir promener Napoléon, leur Labrador retriever chocolat, qui était encore assez un chiot et avait besoin de fréquentes 'gambades' comme sa femme disait. Pour quelque raison qui échappait complètement à Nils, Philip Ramsay avait choisi de vivre dans la partie moldue d'Exeter, et ils avaient donc du aller dans un parc public pour sortir le chien. Nils ne savait pas comment il pouvait supporter de vivre si près des moldus, mais il ne pouvait rien y faire. Sa femme était un peu idiote avec le chien selon lui, comme s'il allait remplacer les enfants qu'ils ne pourraient jamais avoir.
Bouchers de moldus, pensa-t-il, pas pour la première (ou probablement pas pour le dernière) fois. Si elle n'avait pas été renversée par une automobile dans Londres quand elle avait tenté de s'enfuir de chez ses parents à quinze ans, en vacances, et n'avait pas été trouvée par des moldus, elle aurait pu pouvoir avoir des enfants. Cependant, ils l'avaient ouverte et déterminé que si elle ne subissait une hystérectomie radicale, comme sa femme l'appelait (il lui faisait confiance, cela l'obsédait depuis des années, et il savait qu'elle connaissait probablement le bon terme), elle mourrait.
Ils avaient toujours su qu'ils ne pourraient pas avoir d'enfants, et cela ne l'avait pas empêché de l'épouser. Il avait fait voyage après voyage en Suède pour la conquérir, après leur rencontre à la course annuelle de balai. Il avait même déménagé en Suède après leur mariage, afin qu'elle ne soit pas loin de sa famille. Il l'aimait tendrement et voulait qu'elle soit heureuse. Et pourtant, lors de sa première visite de Suède pour revoir sa sœur Narcissa comme elle était devenue maman depuis plus d'un an, sa femme avait plusieurs fois rendu le bébé à contrecœur alors qu'elle l'avait tenu longtemps. Son beau-frère était devenu quelque peu irrationnel à ce sujet, lui criant dessus comme elle dorlotait le garçon. Franchement, il semblait à Nils que sa sœur aurait aimé 'dorloter' son propre fils plus qu'on ne le lui autorisait.
Pas qu'il y ait eu grand besoin de tenir le garçon maintenant qu'il commençait à trotter. Nils pouvait voir l'émerveillement sur le visage de sa femme quand elle regardait le petit Draco se promener dans le salon du manoir Malfoy, se tenant aux objets plus pour assurance que pour support maintenant qu'il pouvait marcher. Elle avait pleuré dans les bras de son époux cette nuit-là, comme elle n'avait pas fait depuis longtemps, et il pouvait pratiquement ressentir sa douleur dans sa propre poitrine, l'envie d'être un parent. Il savait que devenir père lui importait peu, qu'il l'aimait sans limite, mais il y avait des fois où il devait admettre qu'il se sentait lui-même un peu déchiré quand il voyait d'autres parents avec leurs enfants, et voir son neveu pour la première fois avait été pour lui une toute nouvelle douleur dans sa vie. Cela avait été tellement facile pour Narcissa et Lucius. Et Lucius semblait considérer qu'avoir un fils allait de soi. Cela semblait complètement injuste.
Napoléon ronflait paisiblement sous la table. Il avait été encore assez excité quand ils étaient entrés dans le pub, mais un rapide sortilège de sommeil avait résolu le problème. Comme ils attendait le thé, le visage de sa femme était animé comme il ne l'avait jamais vu. Il s'inquiétait qu'elle soit bien trop excitée. Quand elle reviendrait à la réalité, cela l'anéantirait encore.
« Tu l'as vue ! » lui chuchota-t-elle avec fougue. « Elle a guéri ce chien ! C'est une sorcière ! Elle doit l'être ! Et vivant dans un orphelinat moldu, pauvre chose… » Elle frissonna. « Lucius a dit que c'était ainsi que le Seigneur des Ténèbres avait grandi, dans un orphelinat moldu. »
Nils perdit son sourire. Il était plus qu'un peu nerveux à la façon dont son beau-frère parlait du glorieux Seigneur des Ténèbres, comme s'il pensait que tout le monde était d'accord avec toutes ses opinions. Narcissa, bien sûr, n'osait pas contredire son époux, bien qu'il n'ait pas eu l'impression qu'elle le voulait particulièrement. Sa propre femme était bien plus facilement influencée dans cette direction qu'il ne l'aurait souhaité. D'un autre côté, il devait admettre que chasser finalement les nés de moldus du monde de la sorcellerie avait ses mérites. Il avait entendu qu'un sorcier qui était en formation dans un hôpital magique suédois avait suggéré d'essayer la chirurgie sur des patients blessés. Heureusement, il avait été chassé de la formation. Bien sûr, il s'agissait d'un né de moldu. Typique.
« Oui, je l'ai vue, chérie. C'est possible que ce soit une sorcière. Mais je lui ai demandé quel âge elle a, et elle a dit qu'elle a onze ans. Si c'était une sorcière, elle serait déjà à Poudlard. Même le Seigneur des Ténèbres a eu sa lettre de Poudlard. » ajouta-t-il, essayant de ne pas ricaner.
Elle haussa un sourcil à son ton. « Ne sois pas condescendant avec moi, Nils. Peut-être que les moldus l'ont empêchée d'y aller… »
Il fronça les sourcils. « Comment ? Et disons que c'est ce qui est arrivé. Elle ne peut pas être de sang pur. Si ses deux parents son morts, il y aurait eu quelqu'un dans la communauté magique pour le prendre, des parents, des amis… Au mieux, elle peut être de sang-mêlé. Elle pourrait même être née de moldu. » ajouta-t-il, faisant une grimace. Il n'était pas certain que sa femme écoutait. Elle avait un regard lointain dans les yeux.
« Ce que nous avons besoin de faire est de prétendre que nous voulons l'adopter. Jouer le rôle de moldus. Nous devrons nous déguiser afin que la sœur ne nous reconnaisse pas. Et puis nous pourrons découvrir pourquoi elle n'est pas allée à Poudlard, et son ascendance. »
Il resta bouche bée. « Tu es folle ? Est-ce que tu dis que… que tu… »
Sa femme se pencha en avant, avide, une lueur dans les yeux qu'elle n'avait pas eue depuis très longtemps. « Je la veux ! » dit-elle, éclatant d'excitation.
« Et s'il s'avère qu'elle est née de moldus ? » dit-il lentement. Elle haussa les épaules.
« Nous ne le dirons simplement pas à ta sœur et à son mari. C'est une sorcière ! Elle… Elle n'est pas de leur monde. Elle ne sait probablement pas ce qu'elle est… »
Il se recula et réfléchi. « Oh, je ne sais pas. Elle semblait savoir ce qu'elle faisait quand elle a guéri le chien… »
Sa femme se redressa encore sur sa chaise. « N'était-ce pas merveilleux ? » gloussa-t-elle. « Combien de sorcières de son âge peuvent faire cela ? Et même de n'importe quel âge ? Elle est de toute évidence très, très puissante. Elle doit au moins être de sang-mêlé. Lucius a dit que le Seigneur des Ténèbres lui-même était un demi-sang. » dit-elle, sa bouche se tordant malicieusement.
Nils roula les yeux et rit. « Il a dit cela. » Il la regarda avec adoration et prit ses mains dans les siennes. « Tu veux vraiment cela, n'est-ce pas ? »
Elle lui serra les mains. « Elle a besoin de nous, Nils. Je peux le sentir. Nous devons la ramener dans le monde magique. Elle peut revenir en Suède avec nous, aller à Durmstrang, une vraie école… » Nils renfila, bien qu'il ne se dispute pas avec elle. Il savait ce qu'elle pensait de Poudlard. Ses yeux brillaient maintenant, comme elle regardait dans le vide. Il lui pressa aussi les mains.
« Je t'aime Anna. Tu sais cela. »
Ce serait étrange, pensa-t-il, si la fille venait vivre avec eux. Il avait entendu la none appeler la fille par le même nom que sa femme. Peut-être était-ce une sorte de signe ?
Elle le regarda avec affection. « Je sais, chéri, je sais. » répondit-elle. Clairement, il disait qu'il ferait tout ce qui était nécessaire pour que cela arrive. Elle ne s'était jamais sentie plus excitée de toute sa vie. Aujourd'hui, elle avait rencontré un miracle, la fille qui pourrait être sa fille.
Elle allait être une mère.
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Samedi 24 octobre 1981
Lily et James étaient assis côte à côte sur le sofa, regardant leurs amis dans les fauteuils de l'autre côté de la cheminée. Ils leur avaient expliqué le sort de Fidelius à tous les deux. Maintenant venait la partie difficile. Lily savait qu'elle devait le faire. Elle était plus proche de Peter que James. Il le prendrait probablement mal, mais il fallait prendre une décision. Elle n'essaya pas de penser à la photographie moldue qu'Alastor lui avait montrée, elle essaya de ne pas entendre la voix de Remus qui lui mentait sur le pourquoi il avait été là-bas avec les autres loups-garous…
« Peter, » dit-elle doucement, allant s'asseoir sur le pouf qui séparait le canapé des fauteuils. Elle lui prit les deux mains et les tint fermement dans les siennes. « Tu as été un tel ami, » dit-elle sincèrement, le regardant dans ses petits yeux. Ils la regardaient sans ciller. « et nous apprécions tout ce que tu as fais pour nous aider. Je… Je ne veux pas m'inquiéter pour toi, et si… Si tu étais le gardien du secret, je serais très inquiète. S'il-te-plaît comprends. Ce n'est pas que… que… »
« Je comprends. » dit-il doucement, regardant intensément Lily. « Sirius est… Il peut s'occuper de lui… »
« Oh, Peter ! » dit rapidement Lily. « Ce n'est pas comme si tu ne pouvais pas t'occuper de toi-même… C'est juste que James et moi avons parlé de cela encore et encore…. Le gardien du secret… Si l'identité de cette personne venait à être connue… Il serait une cible. Une cible… » répéta-t-elle dans un souffle. Peter acquiesça, déglutissant.
C'était mieux ainsi, décida-t-il. Il avait eu de plus en plus de cauchemars sur la mort de Lily, et celle de James aussi, bien que ce ne soit pas ce qui le dérangeait quand il se réveillait, hurlant et en sueur.
Lily. Il ne pouvait simplement pas abandonner Lily…
Peter arracha ses yeux de Lily et regarda Sirius. Tu auras sacrément intérêt à être plus fort que je ne l'ai été quand j'ai été torturé par les mangemorts, pensa-t-il, essayant de ne pas lancer un regard noir à son ami. Sirius ne savait pas. Quand on levait enfin le Cruciatus de sur vous, on faisait n'importe quoi pour éviter de le ressentir à nouveau…
Mais Sirius regardait dans le vide. Il semblait réfléchir très fort, ses yeux rétrécis comme s'il avait en vue quelque cible distante. Lily et James le remarquèrent maintenant, et James agita sa main devant le visage de Sirius en disant « Salut ! Sirius ! Patmol ! Reviens ! »
Sirius se secoua et cligna des yeux. « Désolé. Je réfléchissais. A quelque chose qu'a dit Peter plus tôt en fait, quand nous nous sommes arrêtés pour prendre de l'essence sur la route… »
James renifla. « Quoi, tu n'as pas pu enchanter ta moto pour qu'elle marche sans essence ? »
« Et pourquoi n'as-tu pas transplané ? » ajouta Lily en fronçant les sourcils.
Sirius rougit légèrement. « Bien, nous étions tous les deux d'accord sur le fait que nous nous sentions un peu… distraits. On ne voulait pas se désartibuler. » Il se tourna vers James. « Elle est enchantée pour ne consommer que très peu sur une très longue distance, mais elle a encore besoin d'une goutte ou deux. Cela donne cette bonne odeur authentique d'essence brûlée. » ajouta Sirius, inhalant profondément comme s'il se remplissait le nez d'un parfum raffiné. Lily retroussa ses narines. En ce qui la concernait, les habits de Sirius empestaient l'essence. « En tous cas, Peter disait que c'était peut-être un peu trop évident que je serais le gardien du secret. Je veux dire, je suis ton meilleur ami, James. J'étais ton témoin au mariage » dit-il en leur faisant un signe de la tête à tous les deux, « et je dois admettre que je tend à citer ton nom assez souvent au travail. » ajouta-t-il, souriant penaudement à James. « Le meilleur poursuiveur que les Magpies aient eu depuis des années, après tout. Désolé d'être un tel idiot à ce sujet, mais dans une fabrique de balai, tout le monde est assez compréhensiblement obsédé par le Quidditch. »
Peter déglutit. Non, Sirius. Ne fais pas cela, pensa-t-il, désespéré. Oui, il avait encore tenté de devenir le gardien du secret et d'abandonner Lily et James au Seigneur des Ténèbres quand ils avaient volé au-dessus de la campagne galloise, mais il avait finalement réalisé que s'il ignorait simplement, il ne pourrait pas le dire. Ce serait facile. Il pourrait simplement expliquer qu'ils étaient sous le sort de Fidelius, que quelqu'un d'autre était le gardien du secret, et voilà. Il était libéré.
Et maintenant, Sirius allait tout ruiner. Pourquoi devait-il choisir cette fois entre toutes pour commencer à écouter Peter Pettigrew ?
« Vous voyez, cela pourrait marcher ainsi, » dit Sirius, s'avançant sur son siège avec excitation. « Nous dirons que je suis le gardien du secret, du moins, c'est ce que nous dirons aux gens. Avec quelques personnes à qui nous prétendrons ne pas vouloir le dire, comme si cela m'avait juste échappé. Mais je ne serais pas le gardien du secret… Ce sera Peter. » dit-il en le montrant de la tête. « Et puis si quelqu'un s'en prend à moi, je ne pourrais rien lui dire, peu importe ce qu'il me fera. Et qui suspecterait… » il s'arrêta tout seul, semblant pour une fois réaliser à quel point il manquait de tact.
Sirius rougit un peu et Peter dit, quelque peu contre sa volonté. « C'est bon, mon ami. Je vois ce que tu veux dire. » Sa voix était très douce. Sirius lui fit un sine de tête reconnaissant.
« Bien. Et Peter peut se cacher n'importe où, même s'il vient au grand jour qu'il est le gardien du secret. Il peut simplement s'enterrer quelque part sous sa forme de rat si les choses tournent mal. Ce n'est pas comme si on pouvait le différencier de n'importe quel autre rat de Grande-Bretagne. »
« Ne traîne simplement pas avec trop de rats. » dit James, comme si c'était tout décidé. « Tu ne voudrais pas te retrouver quelque part où quelqu'un a fait appel à un exterminateur de rats. On ne peut pas se permettre que notre gardien du secret soit exterminé. »
Peter sourit tristement en pensant au jardin désordonné des Weasley. « Oh, ne t'inquiète pas. J'ai mes cachettes. » dit-il, sa voix tremblant un peu. Il pensa à nouveau à la Prophétie, à comment il avait essayé d'échapper à sa destinée. Ce n'était clairement pas bon. C'était ce à quoi sa vie avait conduit. C'était sa vie. Il regarda Lily, désespéré, essayant d'imprimer son visage dans sa mémoire, espérant contre tout espoir qu'il pourrait empêcher ses lèvres de trembler. Oh, Lily, pensa-t-il, ravalant un sanglot dans la gorge. Mais soudain, tout ce qu'il pu voir été le visage de Lily morte, de ses cauchemars, le montrant du doigt et demandant Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
Mais maintenant Lily semblait être celle qui était ailleurs. Il ne savait pas qu'elle voyait la phot dans sa tête. Alastor lui avait amené une photo moldue. Il l'avait prise de loin, il y a une quinzaine de jours, à un rassemblement de loups-garous. Voldemort leur parlait. S'il avait été plus près, les loups-garous auraient pu le sentir, cape d'invisibilité ou pas. Et une photographie qui ne bougeait pas était plus utile pour cette sorte de chose qu'une phot de sorcier. On pouvait vraiment voir l'instant t, figé, au lieu d'avoir des gens bougeant de manière confuse sur la photo, ou se cachant les uns derrière les autres.
Il avait été là, juste au milieu de la foule des loups-garous qui écoutait, suspendue à chaque parole de Voldemort.
Remus.
Et moins d'une heure après que Alastor lui ai apporté la photo, elle avait eu la tête de Remus dans la cheminée, lui disant qu'il avait appris des choses fascinantes à une réunion à laquelle Voldemort avait parlé à des centaines de loups-garous. Il disait qu'il s'était senti obligé d'y aller, de découvrir ce qui se passait, afin de pouvoir lui en parler. Mais elle était restée là, pensant, 'est-ce vraiment une coïncidence ? Étais-tu inquiet d'avoir été vu ?' Elle a essayé d'être amicale et de faire la conversation, mais quand sa tête avait à nouveau disparu, elle avait fait les cent pas, se demandant si elle devait le croire. Il avait été si distant, et puis, tombé des nues, il la contactait soudain pour lui dire qu'il était à un rassemblement de loups-garous. Avait-elle fait quelque chose de mal à ses yeux ? Elle se sentait si confuse…
Elle n'avait pas montré la photo à James. Mais elle avait arrêté de défendre Remus. Elle ne pouvait simplement plus rassembler le même enthousiasme pour cela. Quelque chose au fond de sa tête n'arrêtait pas de dire, Et si c'était lui ? et s'il était l'espion ? Toutes les accusations de James contre Remus prenaient un relief tout nouveau, et cela avait balayé ses doutes. En plus de cela, elle avait des cauchemars, des cauchemars dans lesquels elle était à nouveau une jeune fille, et où elle se retrouvait avec Remus dans les donjons, mais ensuite elle clignait des yeux et ce n'était plus Remus qui s'avançait vers elle, mais un loup affamé, les dents couvertes de sang…
Elle s'était réveillée en criant, refusant de dire pourquoi à James. Elle frissonnait à la pensée de Remus la touchant, alors qu'il pourrait être celui qui était devenu un espion. Qu'est-ce qui ne va pas avec moi ? se demanda-t-elle. Remus participe à une rencontre animée par Voldemort, Severus est un mangemort. Est-ce moi ? Est-ce que j'ai fait quelque chose qui les a conduit à cela ?
Elle se secoua. Ne sois pas stupide, se gronda-t-elle. Remus ne t'aime plus, il te l'a dit au mariage, et il était terriblement secoué à la mort de ce pauvre garçon…
Elle s'arrêta et retint son souffle soudain, se demandant si elle avait été incroyablement stupide d'avoir cru tout ce qu'il avait dit à ce sujet, et quand il avait dit qu'il ne l'aimait plus. Les trois autres la fixaient.
« Tout va bien mon amour ? » demanda James, caressant doucement son dos. Elle se tourna vers lui. Non, pensa-t-elle. Décidément, tout ne va pas bien. Si cela allait bien, nous ne serions pas en train de mettre nos amis en danger pour nous protéger d'un autre de nos amis…
Sirius s'éclaircit la gorge. « Alors… Pourquoi penses-tu que Remus est l'espion ? » demanda-t-il doucement, comme s'il avait lu dans l'esprit de Lily. Ni elle ni James ne l'avaient dit carrément, mais l'absence de Remus le criait haut et fort. Il n'avait clairement pas été invité. Elle regarda James avec culpabilité.
« Nous avons nos raisons. » dit-elle, sa voix à peine audible. Elle et James n'en avaient pas vraiment parlé. Il la regarda maintenant, surpris. C'était la première fois qu'elle disait quoique ce soit qui suggère ouvertement qu'elle pensait que c'était Remus. Il continua à lui caresser le dos, et elle était reconnaissante d'avoir ce contact physique réconfortant. Peut-être qu'elle pouvait arrêter de se sentir comme la personne la plus bête au monde pour avoir couché avec un loup-garou, pour lui avoir fait confiance sans poser de questions.
Elle avait mal à la tête. Elle avait l'impression que les mois précédents, elle avait tourné en rond en pensant que Remus était l'espion, s'inquiétant que Severus conduise Voldemort à Godric's Hollow, s'inquiétant d'aller voir mourir sa propre mère, au cas où elle soit suivie et que sa mère et sa sœur soient blessées par quelqu'un qui voulait l'atteindre ainsi. (Elle ne s'entendait pas bien avec sa sœur, mais elle ne voulait certainement pas qu'elle soit tuée.)
Elle regarda à nouveau Peter, à nouveau inquiète pour lui. Même si le plan incluait de discrètement ébruiter le fait que Sirius était le gardien du secret, que se passerait-il si les choses tournaient mal ? Et si le pauvre Peter se retrouvé confronté à devoir choisir entre être torturé ou livrer leur secret ?
« Tu es sûr de cela, Peter ? » dit-elle doucement, se souvenant que le professeur MacGonagall avait quelque fois été dure avec lui. Était-ce vraiment juste de leur part de lui demander cela ? Et même, est-ce que quoique ce soit de cela était juste ?
Mais il la regarda sans ciller. « Oui. » dit-il fermement. Le moins qu'il pouvait faire était de lui donner un sentiment de sûreté, de sécurité, afin qu'elle ne s'inquiète pas tout le temps. Même si c'était un faux sens de la sécurité. Elle acquiesça gravement, et se pencha rapidement en avant, lui faisant un baiser sur la joue qui se termina aussitôt.
« Merci. » dit-elle d'une voix rauque. Peter ne savait pas que faire ou que dire. Tout était complètement irréel.
« Alors, » dit Peter, se sentant un peu hébété après le baiser. « je… Je vais être le gardien du secret ? »
Lily et James se regardèrent avec anxiété. Ils acquiescèrent tous deux. Sirius lui donna une tape sur l'épaule.
« Tout repose sur toi, mon ami. » dit-il avec une jovialité forcée. Sirius avait l'air presque aussi nerveux qu s'il allait vraiment être le gardien du secret. Après tout, il était assez possible qu'il doive faire face à la torture, et il ne pourrait pas y mettre un terme comme il n'aurait pas l'information recherchée. Il accepté lui même d'occuper une position très délicate.
Peter fit un faible sourire aux trois autres.
Oui, pensa-t-il. Tout repose sur moi.
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Samedi 31 octobre 1981
Peter jeta un coup d'œil par la fenêtre de la cuisine. C'était comme dans son souvenir, la lumière dorée des lampes sur le buffet baignant toute la pièce. Les couverts lavés séchaient dans un égouttoir à côté de l'évier. Les assiettes bleues et blanches brillaient sur le buffet de bois, les tasses de thé accrochées à leurs crochets. Il y avait aussi des livres de cuisine sur le buffet, soigneusement empilés, ainsi que des photographies encadrées à côté des lampes. Un fauteuil en bois était au bout de la table en lieu et place d'une chaise régulière. Il y avait une théière sur la table, le couvercle enlevé, la vapeur s'en échappant. Ils attendaient que le thé infuse. Peter se souvint que Lily préférait le faire ainsi plutôt que magiquement. Elle disait qu'il était meilleur. Il n'y avait personne dans la cuisine, à part la chouette de Lily, Calliope, dans une grande cage pendue à côté du poêle. L'oiseau se lissait les plumes. La porte de la cage était ouverte, ainsi que la fenêtre à côté du poêle, afin que l'oiseau puisse aller et venir. Il allait probablement bientôt partir pour sa chasse nocturne.
Il se recula de la fenêtre, son cœur tapait comme un marteau dans sa poitrine. Il avait demandé au Seigneur des Ténèbres de le rencontrer dans un bosquet à proximité, de l'autre côté d'un champ par rapport au cottage. A sa consternation, son maître en avait aussi parlé aux autres. Peter espérait sincèrement qu'ils n'arriveraient pas trop tôt. Il n'avait pas voulu parler de Lily et James au Seigneur des Ténèbres, mais il n'avait pas eu beaucoup le choix…
Il était allé se cacher dans le jardin des Weasley sous sa forme de rat. Percy avait été très content qu'il revienne. Le garçon avait cinq ans maintenant et n'était pas moins maladroit que lorsqu'il était plus jeune. Peter n'avait pas vu la famille depuis des mois, depuis que la petite fille était née et qu'il avait soigneusement altéré son certificat de naissance ainsi que la mémoire de ses parents afin qu'elle ne soit pas considérée comme une candidate possible pour la fille de guerre. Maintenant que l'automne était revenu, elle était à l'intérieur la plupart du temps, mais il avait eu une chance de revoir le nouveau bébé quand sa mère l'avait amené dans le jardin une journée dont la chaleur n'était pas de saison. Elle et son frère de un an, Ron, avaient joué sur une couverture près de Mrs Weasley tandis que leur mère arrachait les mauvaises herbes. Percy s'était assis avec eux, jouant avec Ginny parfois.(Ron semblait ne rien vouloir faire avec lui) Quand Mrs Weasley était rentrée pour voir ce que Mr Weasley voulait, (on pouvait entendre sa voix appelant depuis la cheminée de la cuisine) Peter était sorti et Percy avait présenté 'Twitcher' retrouver la trad à Ginny et Ron. Ron avait caressé son dos en hésitant, puis haussant les épaules, s'était éloigner pour retrouver les jumeaux, qui avaient maintenant trois ans et étaient bien plus intéressants qu'un stupide rat.
Ginny avait frappé des mains et poussée un cri aigu quand Percy avait pris 'Twitcher' et lui avait légèrement fait caresser le dos, mais un instant plus tard, les jumeaux étaient venus en courant depuis l'autre côté du jardin, renversant Ron en chemin. Ils avaient accompli leur tâche en mettant autant de terre que possible sur leurs habits. Peter se tortilla pour s'extraire de la main de Percy et fila dans un trou de gnome, faisant Percy se plaindre bruyamment des jumeaux, probablement dans l'espoir que sa mère l'entendrait depuis l'intérieur.
Les jumeaux n'étaient pas les personnes favorites de Percy. S'il y avait réfléchi de sang-froid, il aurait probablement préféré que Voldemort lui mette la main dessus. Avec Voldemort, il aurait pu raisonner, dans certaines limites. Pas avec les jumeaux.
Et il avait ainsi vécu (assez) paisiblement dans le jardin des Weasley.
Jusqu'à ce matin.
Environ une heure avant l'aube, Peter ronflait dans un trou de gnome près de la porte de la cuisine qui donnait sur le jardin. Il dormait un peu mieux sous sa forme de rat. Son cerveau n'était pas aussi complexe que lorsqu'il était humain. Il était plus abandonné à l'instinct. Il devait faire attention aux gnomes qui le faisaient sortir des trous, où il aurait été en pleine vue des chouettes en chasse, bien que celles qu'il craignait étaient celles qui livraient les messages aux Weasley, plutôt que leur vieux hibou, Errol.
Il n'était pas du tout préparé à ce que sa Marque des Ténèbres lui fasse mal.
D'abord, la douleur le réveilla, ses petits yeux noirs et fouineurs s'ouvrant en grand à cause de la surprise. Il sentit son corps trembler, et il sut que s'il perdait le contrôle et redevenait humain en étant encore sous terre, ce serait en fait très douloureux. (C'était un mystère pour lu ide savoir comment les gnomes rentraient leurs têtes assez bosselée dans leurs petits abris, mais il pensait que ce devait être une forme de magie des gnomes.)
Peter fila vers la sortie aussi vite qu'il le pouvait, sentant une douleur abominable lui traverser encore la patte. A la seconde où il fut en dehors, il ne put plus la supporter et reprit forme humaine, haletant comme s'il avait couru sur des kilomètres. Il fixa le ciel sans étoile, se mordant la lèvre pour s'empêcher de crier de douleur, afin de ne pas réveiller les habitants endormis du Terrier.
Il était convoqué par le Seigneur des Ténèbres. Ce n'était pas aussi terrible que de subir le Cruciatus, mais ce n'était pas loin. Il referma les yeux. Une fois de plus, il pouvait entendre la voix de son maître dans sa tête, le convoquant dans la maison près de Little Hangleton. Il avait rompu les communications avec son maître depuis quinze jours. Il était un mauvais mangemort. Peter avait le goût du sang dans la bouche comme il s'était mordu la lèvre. Il sortit sa baguette, jetant un dernier regard au Terrier familier, pensant à quel point il lui manquerait, même s'il était rarement à l'intérieur de la maison. (Il n'aimait pas s'y risquer, comme Mrs Weasley avait une vue bien plus aiguisée que celle de son mari.)
Il se concentra, fit un mouvement de sa baguette, et quand le paysage de l'Angleterre cessa de défiler sous lui, il se força à se concentrer à nouveau, se retrouvant à l'extérieur d'une maison familière, isolée dans son domaine, un jardin pitoyable revenant à l'état sauvage autour des fondations, et une apparence négligée partout. Il fit le tour par derrière et passa par la porte de la cuisine. Le Seigneur des Ténèbres s'attendait à son arrivée et n'avait pas mis de sort de fermeture additionnel sur la porte, simplement un qui requerrait une obscénité bien choisie en guise de mot de passe :
Sang-de-bourbe.
Peter réussit à prononcer le mot haï, en pensant à Lily pendant qu'il le faisait.
Il n'avait pas fait de recherches additionnelles sur la Prophétie. Il n'avait pas de noms de victimes potentielles. Il s'était simplement caché et avait pris son temps. Mais il ne pouvait plus se cacher. Peu importe où il courrait, il sentirait le Seigneur des Ténèbres l'invoquer. Il avait pensé à se suicider plus d'une fois, mais il ne pouvait pas y arriver. D'une manière ou d'une autre, un instinct de conservation primitif surgissait quand le sujet apparaissait dans son esprit. A cela s'ajoutait le souvenir du centaure l'appelant Enfant de la lune. Il était nécessaire. Il était un ingrédient nécessaire à la chute du Seigneur des Ténèbres.
Peter monta lentement les escaliers, son bras le lançant encore, sa marque des Ténèbres noire comme l'ébène, comme si elle venait d'être fraîchement brûlée dans sa chair. Il entendit la voix hypnotique derrière une porte entr'ouverte qu'il poussa, trouvant le Seigneur des Ténèbres dos au feu, ce qui découpait sa haute silhouette par derrière et lui donnait une apparence encore plus formidable que d'habitude. Debout à sa droite se trouvait le Mangemort qui avait recruté Peter (il portait toujours les mêmes vêtements distinctifs, ainsi que le même masque légèrement denté sous sa capuche), et à sa gauche se trouvait un mangemort plus grand qui d'une manière ou d'une autre projetait un port assez royal, malgré le fait que sa robe, son masque et sa capuche soient très efficaces pour dissimuler son identité.
Peter commença à trembler. Cela ne lui faisait pas une bonne impression.
« Queudver ! » fit la voix séduisante, dégoulinante de miel. Peter commença à se sentir s'affaiblir juste au son de son nom, son alter ego. « Queudver, » dit encore le Seigneur des Ténèbres, « Il me tardait d'entendre le fruit de ton travail, mais tu ne me l'as pas livré. Pourquoi donc ? » demanda la voix mélodieuse. Peter trembla, regardant ces yeux rougeâtres, n'entendant rien d'autre, ni le craquement du feu, ni le vent dehors.
« Je… Je n'ai pas pu trouver ce dont vous avez besoin, mon Seigneur. » dit-il d'une voix haletante, haïssant le tremblement de sa voix.
Un sourire s'afficha lentement sur le visage de Voldemort. Il se tourna vers le mangemort à sa droite, le recruteur de Peter, et dit simplement « Il ment. »
Le mangemort acquiesça, et sans prélude d'aucune sorte, il sortit sa baguette et la pointa vers Peter, en criant « Crucio ! »
Un hurlement qui semblait venir d'autre part sortit de Peter comme il se tortillait sur le sol, ne connaissant rien d'autre que la douleur, le feu et les couteaux, et la douleur, la douleur… Il ne se souvenait même pas être tombé au sol, mais il ne souvenait pas non plus du moindre moment de sa vie quand il n'était que douleur…
Le mangemort leva sa baguette brusquement et, encore sans avertissement, la douleur était partie. Peter aurait presque préféré qu'elle commence et finisse graduellement, afin qu'il puisse s'habituer à la fois à sa présence et à son absence. Son cœur semblait battre d'une manière hésitante, presque comme si il n'osait plus battre normalement au cas où la douleur devrait revenir.
« Tu disais ? » dit gentiment le Seigneur des Ténèbres, comme s'ils prenaient le thé et qu'il avait interrompu Peter pour lui demander des biscuits.
Peter déglutit. Il avait pensé qu'il ne pourrait pas le faire, mais il le devait. Peut-être que s'il le faisait, Lily serait en sécurité. Il avait sauvé les filles aînées des Weasley. C'était une folie de croire qu'il aurait aussi pu sauver la plus jeune. Essayant de bannir l'image du bébé de sept mois de son esprit, il se remit debout et dit « Je… Je sais où est la fille de la guerre… »
Les inquiétants yeux rouges du Seigneur des Ténèbres. « Je pensais que tu avais disposé de ces filles. Ces Wee.. Wheel… »
« Weasley. » dit le mangemort à sa gauche, comme s'il prononçait un nom complètement dégoûtant.
« Oui, ces filles Weasley. »
« Je… Je l'ai fait. Mais ce n'était aucune d'elle. Je pense, » continua-t-il d'un souffle, « que c'est possibl… Que c'est possible que les parent soient d'accord pour l'élever pour qu'elle soit votre servante, » ajouta-t-il, bien que ce qu'il ait vu des Weasley lui fasse vraiment douter de cela. « Mais… Mais Lily a refusé d'accepter d'élever Harry pour qu'il soit votre serviteur, et maintenant ils se cachent je ne sais où… »
L Seigneur des Ténèbres se tourna encore vers le mangemort à sa gauche. « Me ferais-tu ce plaisir cette fois ? » dit-il sur le ton de la conversation, comme s'il parlait de quelque chose d'éminemment civilisé. Le mangemort acquiesça et pointa sa baguette sur Peter, qui se prépara au pire.
Mais à la place du Cruciatus, le mangemort lança de façon répétée le sort de Passus sur Peter, nommant en latin les parties spécifiques du corps qu'il attaquait. Peter sentit la douleur percer ses bras, ses jambes, son estomac, il se tint la gorge, la tête… Ce n'était pas une douleur globale comme le Cruciatus. C'était pire d'une certaine façon, car juste quand il venait de se convaincre qu'il pouvait supporter la douleur dans son pied, elle était dans son bras, puis dans son épaule, ses cuisses, puis la sensation douloureuse d'être frappée dans les reins de manière répétée, d'abord sur l'un, puis sur l'autre…
Il était encore sur le sol, prenant de grandes inspirations, attendant que le mangemort s'attaque à ses poumons afin qu'il ne puisse plus respirer, afin qu'il soit tiré de sa misère. Je connais cette voix, pensa-t-il. Il avait su dès qu'elle avait dit 'Weasley'.
« Bien que cela puisse être vrai, Queudver, que tu ne sais pas où sont les Potter, je crois que tu sais qui le sait. J'ai entendu des rumeurs comme quoi ils ont utilisé le sort de Fidelius pour se protéger. Cela ressembla à la sorte de chose que Dumbledore leur aurait recommandé. » cracha-t-il avec mépris. « J'ai aussi entendu dire que Sirius Black est leur gardien du secret. Cependant, j'ai fait observer Mr Black par quelques personnes, et il ne semble pas spécialement intéressé par le fait que cela reste secret pour quelque raison. Il semblait intéressé de le dire à un assez grand nombre de personnes en fait. Maintenant, pourquoi ferait-il cela ? Est-ce que cela te semble très… intelligent ? Et mon petit doigt me dit que Mr Black n'est rien s'il n'est pas intelligent, très intelligent en fait. » Il s'avança vers Peter et lui tendit sa main. Peter n'osa pas refuser de la prendre. Le Seigneur des Ténèbres l'aida à se remettre debout, mais il ne lâcha pas sa main. Peter avait l'impression qu'un courant électrique les connectait tous les deux.
« Alors, pourquoi est-ce qu'un homme aussi intelligent que Sirius Black serait si négligent avec l'information qu'il est le gardien du secret des Potter s'il souhaite vraiment garder ses amis en sûreté ? » lui demanda Voldemort avec un accent capricieux dans la voix.
Peter déglutit. « Je… Je ne sais pas, mon Seigneur. »
Le signe de tête que le Seigneur des Ténèbres adressa au mangemort à sa droite avait à peine été enregistré par Peter qu'il était à genoux, se cramponnant encore à la main de Voldemort, semblable à une serre, se tordant et hurlant de douleur. Il se souvint vaguement du mangemort prononçant l'incantation, mais cela semblait déjà remonter à des années que son existence n'était pas une totale et complète agonie…
Et puis, c'était à nouveau brusquement parti, et les seuls sons que pouvaient entendre Peter étaient ceux de sa respiration hachée dans la pièce autrement calme. Même le feu ne semblait plus faire de feu maintenant, comme il brûlait en silence. Tout était pâle en comparaison. Le monde sans douleur était presque comme un rêve pour Peter. Sa souffrance semblait être la seule chose réelle à laquelle il pouvait vraiment se rattacher maintenant.
« Maintenant, essayons encore, » dit Voldemort, avec cette fois un ton légèrement agacé dans sa voix mielleuse, comme il remettait une fois de plus Peter sur pieds, sans douceur. « Pourquoi est-ce que Sirius serait si négligent quant à dire à tout le monde qu'il est le gardien du secret ? »
« Parce qu'il ne l'est pas. » dit rapidement Peter, presque avant que le Seigneur des Ténèbres ait fini de parler.
Un sourire s'afficha lentement sur le visage de Voldemort, une vue des plus terribles. Pas parce qu'il était spécialement laid (bien qu'il y ait de cela), mais parce cela signifiait que quelque chose de terrible allait tomber sur quelqu'un.
« Est-ce le loup-garou ? » demanda Voldemort, incisif.
Peter déglutit, secouant la tête.
« Je peux vous dire où les trouver. »
Peter entendit ses propres paroles résonner dans sa tête comme il reprenait sa forme de rat et se faufilait sous la porte de la cuisine, trottant silencieusement sur les dalles de pierres vers le salon où Lily et James se reposaient, ayant mis Harry dans son berceau pour la nuit. La porte de la nurserie était fermée, et Peter essaya de ne pas penser au petit Harry qui dormait là, le garçon qu'il avait nourri et fait roter, dont il avait changé les couches, qui avait pris promener dans son berceau dans les parcs de Cardiff…
Peter prit une grande inspiration, regardant autour de lui la pièce familière. Elle semblait sûre et confortable, mais Peter en savait plus long. Il y avait un feu accueillant dans la cheminée, et l'éclat doré de la lumière des lampes. Il regarda Lily depuis l'ombre en dessous de la table. Elle et James étaient assis en face l'un de l'autre, Lily s'étira sur le canapé, lisant un livre, sa main protectivement posée sur son ventre légèrement arrondi. Peter déglutit. Il ne l'avait vu porter rien d'autre que d'amples robes ces derniers temps, et il ne s'était pas attendu à cela. Lily était encore enceinte. Elle ne le lui avait pas dit.
Il sentit la colère brûler en lui pendant un moment, mais ensuite il pensa 'Non, c'est parfait.' Le Seigneur des Ténèbres voulait tuer Harry, et il le ferait. Mais Lily aurait encore son nouveau bébé, une nouvelle vie. Si Peter avait pu sourire, il l'aurait fait. Et je serai là pour elle, pensa-t-il. Pour la réconforter et l'aider avec son nouveau bébé…
Elle portant sa robe de nuit sans robe de chambre, et la gorge de Peter s'assécha quand il remarqua que sa poitrine était déjà plus grosse que d'habitude, à cause du bébé. Ses cheveux roux avaient l'air très sombres à la lueur du feu et à celle des lampes. James était assis dans un fauteuil, en pantoufles, posées sur un pouf, le feu se reflétant sur ses lunettes. Ses cheveux étaient en bataille sur sa nuque, comme d'habitude, et Peter sentit une haine de James Potter rouler à travers lui comme il se demandait maintenant comment diable Lily avait jamais pu se gâcher dans l'amour pour lui. Il tenait un exemplaire de la Gazette du Sorcier et écrivait avec une plume. Il doit faire des mots-croisés, pensa Peter. James semblait écrire assez vite. Fais ton malin, pensa-t-il avec ressentiment, comme si James s'attendait à avoir un public pour cela.
Peter en avait assez vu. Ils ne suspectaient rien. De ce qu'ils savaient, il se cachait dans quelque endroit obscur, leur secret en sûreté avec lui. Bien sûr, pensa-t-il, après cela je vais devoir lancer un sort de mémoire à Lily et à Sirius aussi, afin qu'ils croient tous les deux que c'était en fait Sirius le gardien du secret…
Il avait pensé à tout. Le fait que Sirius ai dit à tout ceux à qui il pouvait qu'il était leur gardien du secret travaillerait en sa faveur. Après quelques sorts de mémoire, il ne resterait personne qui ne croirait pas cela. A cela s'ajoutait le fait qu'ils avaient légèrement altéré le sort de Fidelius afin que quiconque ayant connu précédemment l'emplacement de la maison des Potter l'oublie quand le sort serait lancé, et s'il venait à être rompu, les souvenirs reviendraient. Dès que Peter dirait à Voldemort où sont Lily et James, Sirius s'en souviendrait aussi, et il saurait qu'il doit venir à Godric's Hollow.
Peter trotta en silence dans la cuisine, la traversa et passa sous la porte. Il courut à travers le champ éclairé par la lune, derrière la maison jusqu'à un bosquet sur une petite colline. Une fois là, il se changea à nouveau dans sa forme humaine et commença à faire les cent pas, attendant, attendant…
Il cria un court instant plus plaqua sa main sur sa bouche quand le Seigneur des Ténèbres transplana en silence devant lui. Les yeux de Voldemort sondèrent les siens.
« Un peu… nerveux, n'est-ce pas, Queudver ? »
Peter essaya de contrôler sa respiration. « Juste un peu, mon Seigneur. » admit-il. Il était plus sûr d'être honnête pour les petites choses comme celles-là. « Je… Je voulais vous demander une… une faveur, mon Seigneur. » dit Peter, sa voix tremblant. Voldemort haussa un sourcil, amusé.
« Une faveur ? Vraiment ? » Peter pensa presque possible que le grand sorcier éclate de rire.
« O.. Oui, mon Seigneur. Si vous… Si vous pouviez épargner Lily, Je… Je vous en serais éternellement reconnaissant, mon Seigneur… »
Maintenant le Seigneur des ténèbres riait vraiment, mais c'était un rire haut, froid et cruel qui faisait frissonner Peter.
« Et à quel point serais-tu reconnaissant si je t'épargnais, enfant de la lune ? » Peter haleta et se sentit incapable de fermer sa bouche choquée. « Oui, enfant de la lune. Je t'ai dit que j'avais consulté des voyants après tes nombreuses tentatives manquées pour trouver ceux nommés dans la Prophétie. » dit-il avec mépris. « Je savais que la fille Weasley était la deuxième fille de la guerre avant que tu ne me le dise, et je savais que ton ami Sirius Black était le Lion. C'était vraiment très intelligent de sa part d'essayer d'être pris pour cible en se désignant comme le gardien du secret, ce qui m'a fait penser qu'il ne pouvait pas l'être. Cependant, il était quelque chose de bien plus important. Le premier Lion. Il se cache en pleine vue ! » ajouta-t-il, riant cruellement. Peter se trouva incapable de faire quoique ce soit à part de froncer les sourcils de confusion.
« Mais… Mais James… Son anniversaire est le 5 août soixante. Son nombre est le onze. Et il est un animagus, ce qui correspond à la partie mi-homme, mi-bête. Et les Potter s'appelaient Pitter. C'étaient des mineurs, des mineurs moldus… Tout correspond. » finit de dire Peter, confus. Mais de nombreuses choses sont vraies pour Sirius aussi, se rappela-t-il. Sirius est aussi un animagus.
Voldemort secoua la tête. « La date de naissance de James Potter lui donne le bon nombre, et son signe, le lion, et son statut d'ancien Griffondor semblent faire de lui un candidat pour le premier Lion, mais selon mes voyants, c'est Sirius Black, sa date de naissance donne aussi le bon nombre. Il est aussi un ancien Griffondor. Et j'ai cru comprendre qu'il y avait aussi une histoire de mineur dans sa famille aussi, ce qui a conduit au nom de 'Black'. Mais… Je dois admettre qu'il y a quelque chose qui a étonné les voyants. Ils ne semblaient pas comprendre le 'mi-homme, mi-bête'. Finalement, ils l'ont mis sur le fait qu'il avait le même nom que l'Étoile du Chien. Ils pensaient aussi qu'il était un Lion d'une manière de plus, et ils n'ont pas pu la découvrir… »
Peter fronça les sourcils. Il n'avait pas réalisé que les ancêtres de Sirius avaient aussi été mineurs, mais cela marchait. Les ancêtres de Sirius. Peter ouvrit de grands yeux.
« Je sais ce que c'est, mon Seigneur. » dit-il dans un souffle. « Quand j'étais chez les Black… Dans la cuisine, ils ont une tapisserie avec le blason de leur clan. Il est bleu et argent avec un lion rampant. Et… Et il est animagus. »
Voldemort acquiesça, ses yeux se rétrécissant. « Ah. A la fois Black et Potter peuvent se transformer à volonté en animal. Nous y voilà. Je savais qu'il devait y avoir quelque chose. Les voyants trouvait quelque chose de faux avec presque personne, mais cela éclaircit de nombreuses choses. Il n'y a pas eu de problèmes pour déterminer que tu étais l'enfant de la lune, tu sais, » dit-il d'une voix soyeuse. « Quand tu n'étais pas là, montrant du doigt d'autres personnes, mes voyants m'ont parlé de ton ascendance. Tu as », dit-il doucement « un sang plus pur que le mien, Queudver. Ils m'ont donné ta date de naissance très tôt… Ils ont fait des lectures sur ton comportement et ont lu ta destinée… »
Peter déglutit. Malédiction ! Ils devaient avoir regardé sa date de naissance avant qu'il ai pu la changer dans les archives du ministère ! Il devait dire quelque chose pour distraire Voldemort. A ce moment, il ne le gardait probablement en vie que jusqu'à ce qu'il ait l'information sur la maison des Potter, et puis il mourrait…
« Mais je ne suis pas de sang pur ! » dit rapidement Peter. Voldemort lui lança un regard noir.
« Bien sûr que si. Tu descends de trois des quatre fondateurs de Poudlard. Tous sauf Serpentard. Je descend de lui, le plus grand des quatre de Poudlard. »
« Mais il y a quelque chose que vous ne savez pas ! » cria Peter. « Ma mère… Ce n'est pas ma mère ! » Il savait qu'il essayait de se rattraper aux branches. Voldemort attendit, mais il ne semblait pas avoir une patience sans limites, alors Peter poursuivit. « J'ai tu cela pendant des années… Mon père a eu une affaire avec une fille moldue. Elle avait seulement seize ans quand je suis né. Sa famille ne voulait pas qu'elle me garde. Mon père a accepté de m'élever. Il a épousé une vieille amie pour me donner une mère. Ils ont altéré mon certificat de naissance afin que son nom soit dessus. Mon père n'avait le sang d'aucun des fondateurs, la femme qui m'a élevé descendait des familles de Griffondor, Poufsouffle et Serdaigle. Quand je suis allé à l'école, ma vraie mère a décidé qu'elle voulait finalement faire partie de ma vie après tout, et j'ai commencé à aller la voir pendant les vacances…. » Il déglutit. Est-ce que son maître pourrait cette fois dire qu'il mentait ?
Les yeux de Voldemort se rétrécirent comme il regardait Peter. « Pourquoi ne m'as-tu alors jamais corrigé, Queudver, quand je disais que tu étais de sang pur ? » Peter essaya de garder sa respiration calme. Il essayait de le piéger. Il savait que Peter mentait, et pourtant il continuait de jouer avec lui. Mais savait-il ? Peter ne pouvait pas se permettre de baisser sa garde.
Peter tripota sa robe entre ses doigts. « Je… Je voulais que vous pensiez que j'étais de sang pur, mon Seigneur ? Pas simplement de sang-mêlé… »
Voldemort se redressa de toute sa hauteur. « Je suis de sang-mêlé, Queudver, as-tu oublié ? »
« Oh, non, mon Seigneur, » dit rapidement Peter. « Mais… heu, vous avez aussi dit de façon répétée que vous haïssiez votre père moldu… »
Un sourire inquiétant s'afficha lentement sur le visage de Voldemort. « C'est vrai. » admit-il. Avec un hochement de tête, il dit « Très bien. Tu es pardonné de m'avoir menti quant à ton héritage. Tu as été abandonné par ta mère de la même façon que ma mère et moi avons été abandonné par mon père. Je demanderai aux voyants de revérifier leur travail… » Peter trembla de peur. Est-ce qu'il croyait vraiment son histoire à dormir debout ? Il ne pouvait jamais dire avec son maître.
« Oui, mon Seigneur. » se hâta de dire Peter.
« Mais il y a encore le problème de la première fille de la guerre. De ce que disent mes voyants, ils connaissent son identité, et pourtant… sa date de naissance ne marche pas… » il lança un regard perçant à Peter. « Tu sais qui c'est n'est-ce pas ? » dit-il malicieusement. « C'est pourquoi tu me demandes de l'épargner… »
Il savait que c'était Lily.
« Vous n'avez besoin de vous débarrasser qu'un d'une personne dans chaque Triangle ! » dit rapidement Peter. « Si vous vous débarrassiez simplement de Sirius Black et de l'enfant… »
Voldemort acquiesça, souriant encore de ce sourire inquiétant. Il leva la main pour arrêter Peter. « J'ai en toi un serviteur qui me m'obéit toujours au doigt et à l'œil. » dit-il et tapotant la Marque des Ténèbres de Peter avec son long doigt fin. « Je peux te trouver quand je veux. Ce n'est pas rien pour moi, Queudver. Et si le moyen de récompenser mon serviteur est de lui livrer une ancienne auror pour… son amusement, » dit Voldemort, sa bouche se tordant de manière déplaisante, « alors, si cela ne me dérange pas, bien sûr, je suis content de le faire. Allons donc. Je suppose que tu auras besoin que je me débarrasse de son époux ? Quel dommage qu'il ne soit pas le Lion après tout. Tout mon travail serait fait cette nuit. » dit-il avec un soupir, comme si être un mage noir diabolique c'était du travail, du travail et encore du travail.
Peter déglutit. « Oui mon Seigneur. » dit-il doucement, condamnant son ami à mort. Il essaya de ne pas se rappeler que James était celui qui avait insisté pour inclure Peter dans leurs plans, qu'il aurait pu passer sept années solitaires à Poudlard, sans ami, si ce n'avait pas été James… Mais James avait Lily et Peter la voulait pour lui…
« Très bien, donc, Queudver. Dis-moi… Pourquoi sommes-nous dans ce bosquet, avec aucune maison à des lieues à la ronde ? Où puis-je trouver les Potter ? »
« Je… Je ne pouvais pas vous donner une adresse, mon Seigneur, parce que, bien… c'est juste là, » dit-il faiblement, montrant le cottage de l'autre côté du champ. Voldemort loucha dans cette direction puis ouvrit ses yeux en grand.
« Je peux le voir maintenant, » chuchota-t-il avec étonnement. Un autre frisson remonta la colonne vertébrale de Peter.
« Y a-t-il des protections sur la maison ? » aboya-t-il laconiquement.
« N-Non, mon Seigneur. A cause du… du sort de Fidelius. »
Il acquiesça, tout à son affaire maintenant. « Bien. » il leva sa baguette, et sans un mot de remerciement, transplana. Peter se cramponna à un arbre et fixa la maison.
Une fraction de seconde plus tard, il entendit un cri et son cœur bondit dans sa gorge.
Lily.
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James regarda Lily par-dessus son journal. Elle caressait inconsciemment son ventre arrondi. Il sourit à sa vue avant de se replonger dans ses mots croisés. C'était un tel soulagement de pouvoir vivre avec un sentiment de totale sûreté. Dumbledore avait eu raison. Le sort de Fidelius était ce qu'il fallait faire. James n'aurait pas pensé que quelque chose puisse lui procurer une telle paix de l'esprit, à part la mort du Seigneur des Ténèbres, mais savoir que personne ne pourrait les trouver sans que Peter ne livre son secret leur avait rendu possible un retour à une sorte de vie normale, sans les disputes et les silences tendus qui avaient marqué leur mariage dans les derniers mois.
Quand un grand sorcier aux yeux rouges injectés de sang transplana soudain et en silence dans leur salon, ayant un sourire de tête de mort, James pensa un instant qu'il rêvait. Mais à la seconde où la baguette était pointée sur lui, il bondit sur le côté, son fauteuil transformé en un tas de charbon brûlé. Il était vaguement conscient que Lily avait hurlé quand il était apparu.
« Lily ! » cria-t-il. « Prend Harry et part ! C'est Lui ! » ajouta-t-il, se sentant assez idiot de le faire. Bien sûr que c'était lui. Ne t'effondre pas maintenant, James, se commanda-t-il. Il pensa à ses parents se dressant contre Voldemort. Je vais vous rendre fiers de moi, papa et maman, pensa-t-il.
Il lança un sort à l'homme à l'air si peu naturel se tenant devant lui, mais le sorcier le repoussa aisément, s'avançant vers James, qui était contre la cheminée. James pouvait sentir les chaudes flammes derrière lui. Il vit Lily hésiter. Elle devait prendre Harry et se mettre en sécurité avec le bébé. Ce n'était pas le moment pour elle de commencer à se comporter comme une auror.
« File ! Cours ! » lui cria-t-il. « Je le retiens… »
Il réalisa à quel point cela devait sembler stupide comme Voldemort se rapprochait de lui. James savait juste que ces yeux foraient dans les siens, ces étranges yeux rouges, et il fut seulement vaguement conscient de Lily sortant de la pièce. James essaya de sortir aussi et courut en direction de la chambre, mais une fraction de seconde avant qu'il n'y arrive, Voldemort avait envoyé un rayon de lumière rouge sur la porte. Elle explosa violemment, et là où le sort l'avait frappé, un trou traversait le bois, entouré par des flammes. Voldemort semblait s'amuser. Il éclata d'un rire aigu.
James déglutit, se changeant brusquement en cerf, ce qui choqua Voldemort, il pouvait le dire. Il sauta par-dessus les meubles d'un bond, fuyant vers la cuisine, le distrayant afin que Lily puisse sortir avec Harry. Il n'était pas certain, mais il pensait avoir renversé une lampe. Quand il atteignit la porte de la cuisine, il reprit immédiatement forme humaine et lui lança des sorts, mais ils partaient tous n'importe où. Il ne pouvait pas se concentrer. Les flammes léchaient le sofa. Il avait renversé une lampe.
Voldemort tourna complètement son attention vers lui maintenant, et James vit, par dessus lui, que Lily était sortie de la nurserie avait jailli par la porte d'entrée, passant le feu que James avait accidentellement causé. Elle était pieds nus et ne portait toujours pas de robe de chambre, bien que la nuit d'automne soit très froide. Il pouvait entendre Harry pleurer, comme il avait été réveillé brusquement. Mais soudain, il ne put plus faire attention à sa femme et à son enfant. Voldemort pointait sa baguette sur lui et disait le mot que James n'aurait jamais pensé entendre dirigé contre lui :
« Crucio! »
Il hurla de douleur, tombant à la renverse, se cognant à un fauteuil. Il était allongé sur le dos sur les dalles de la cuisine, sa jambe bizarrement pliée en dessous de lui, tandis qu'il avait l'impression d'être écorché vif, comme si chaque terminaison nerveuse était coupée par des lames de couteaux chauffées à blanc…
Lily s'arrêta, serrant Harry contre sa poitrine, en entendant les hurlements de James. Elle trébucha sur le chemin et tomba, sentant le bébé bouger en elle. Non, non, non, pensa-t-elle, désespérée. Je ne peux pas simplement courir et l'abandonner…
Mais une fraction de seconde plus tard, la fenêtre de devant la maison était remplie par un lumière verte aveuglante. Lily entendit le son familier de la mort se précipitant. (Elle avait été entraînée à lancer le sort pendant sa formation d'auror, bien que ce ne soit pas sur des sujets humains).
Elle connaissait ce bruit.
Les larmes s'échappèrent de ses yeux, l'aveuglant. Elle s'étrangla en sanglots, se sentant incapable de continuer. Que s'était-il passé ? lui criait son cerveau. Comment cela était-il arrivé ?
Elle pencha sa tête et fit instinctivement rempart de son corps comme une explosion assourdissante secouait le sol sous ses pieds, et quand elle osa se lever à nouveau et tourner son visage vers le ciel, elle vit finalement son propre toit voler dans les airs, avec quelque chose de grand et vert. Puis elle s'accroupit une fois de plus quand elle entendit les pierres et le verre être expulsé de la maison, bien qu'un instant plus tard, elle soit consciente du fait que cela ne venait pas du devant de la maison. La façade de devant était encore intacte pour quelque raison.
Mais comme elle se redressait et regardait avec étonnement sa maison, comme hypnotisée, Voldemort apparut à la porte, pas le moins du monde ralenti, les flammes derrière lui. James, pensa-t-elle stupidement, n'ayant aucune pensée pour elle-même ou pour Harry. James était mort, et il allait brûler maintenant…
Comme il avançait vers elle, elle retrouva finalement ses esprits. Cela ne servait plus à rien de courir maintenant. Elle frissonnait de froid et Harry pleurait et se débattait dans ses bras, essayant de descendre. Elle n'aurait pas pu faire plus d'une douzaine de pieds au mieux. A la place elle regarda le visage impitoyable, espérant contre tout espoir. « Pas Harry, pas Harry, s'il-vous-plaît, pas Harry ! » pleura-t-elle comme le meurtrier de son époux l'approchait, menaçant. A-t-il la moindre pitié en lui ? se demanda-t-elle.
Voldemort la regarda avec mépris. Elle avait eu sa chance de sauver son enfant. C'était trop tard maintenant. « Écarte-toi, femme idiote. » lui cracha-t-il. « Écarte toi maintenant… »
Elle tomba à genoux et secoua la tête, se cramponnant à Harry. Elle ne se souciait plus de vivre ou de mourir. Elle ne pouvait plus avoir ce bébé. Elle devait faire tout ce qu'elle pouvait pour essayer de sauver Harry…
« Pas Harry, » plaida-t-elle avec lui. « S'il-vous-plaît, non, tuez-moi à sa place… »
Elle ne savait pas d'où venaient ses paroles. Elle avait été préparée à se jeter entre un sort et un collègue. Elle avait été préparée à mourir pour Sam à plus d'une occasion. Mais… Est-ce que ce fou ferait cela ? se demanda-t-elle. La tuerait-il à la place de Harry ? Est-ce que cela le satisferait ? Cela semblait être la seule issue qui lui restait à ce moment-là…
« Pas Harry… » répéta-t-elle, en larmes. Mais quand la baguette se pointa vers elle et qu'elle entendit l'incantation, entendant le son de la mort se précipitant, vit l'éclair vert filer sur elle…
Peter était soutenu par un arbre. Il avait entendu les cris d'agonie de James, vu l'éclair de lumière verte par la fenêtre de la cuisine. Il avait vu le toit s'envoler comme la Marque des Ténèbres était lancée au-dessus de la maison. Maintenant, il entendit la seconde incantation et vit à nouveau l'éclair de lumière verte dans la ciel, se réfléchissant sur les nuages épars. Harry est mort, pensa-t-il, se sentant engourdi. Le petit Harry est mort.
Voldemort regarda le bébé, assis à côté de sa mère, l'air choqué. L'enfant regardait sa silhouette étendue, puis la grande silhouette devant lui. Stupide femme, pensa Voldemort. Ah, bien. Une petite chose dans le grand ordre des choses. Il attendait que le bébé pleure, mais il ne le fit pas. Il regardait calmement le meurtrier de ses parents.
Peter se figea au moment où il allait quitter le bosquet quand il entendit la voix retentissante dirent l'incantation pour la troisième fois. Noooon ! pensa-t-il. Il n'était pas sensé tuer Lily !
Il ne prévoyait pas de tuer Peter ensuite non plus. Du moins, c'est ce qu'il avait dit.
Peter prit immédiatement sa forme de rat et revint dans la arbres, son petit cœur de rat battant rapidement, le bruit remplissant ses oreilles. Mais là où derrière-lui il s'attendait à entendre le bruit de la mort, de la mort de Lily, il entendit à la place quelque chose de bien pire. Un cri d'un autre monde sembla déchirer la nuit, le son continuant encore et encore.
La curiosité l'emporta sur Peter, et bien que son premier instinct ai été de s'enfuir loin de ce bruit, il courut dans sa direction, traversant le champ et contournant le cottage jusqu'à un point d'observation d'où il pouvait voir le jardin de devant. Voldemort pointait sa baguette sur Harry qui était assis sur le sol à côté de Lily.
Lily était morte !
Mais il ne put pas s'attarder là-dessus. Une lueur émana de Harry, une lueur tellement intense qu'elle en était presque aveuglante. Le corps du bébé semblait absorber le sort et l'assimiler, puis y ajouter son pouvoir propre, l'altérant et le renvoyant le long de l'éclair craquant de lumière verte qui le reliait à la baguette de Voldemort. Peter n'avait aucune idée de ce qui se passait. Le grand corps fin du Seigneur des Ténèbres sembla perdre sa masse corporelle, et sa baguette tomba au sol. Peter Pouvait maintenant voir à travers lui, et tandis qu'il semblait d'abord être un fantôme gris de la même taille et de la même forme que son maître, il diminua très vite en un nuage de fumée de la taille d'un chat qui s'envola dans les airs, puis passa au-dessus des arbres, criant encore d'une façon terrible, mais finalement se taisant avec la distance.
Tout était calme.
Peter revint au bosquet, son cœur dans la gorge. Dès qu'il fut à l'abri entre les arbres, il reprit forme humaine et transplana, voulant retourner dans le jardin des Weasley. Le Terrier apparut devant ses yeux une brève seconde avant qu'il ne pense à autre chose ; et il souleva encore sa baguette, transplanant une fois de plus.
Il arriva sur la route à environ trente pieds de la porte du jardin, puis commença à courir frénétiquement vers le cottage. Il courait maladroitement, trébuchant sur le sentier du jardin et venant se tenir à côté de Harry. Il fixa le corps de Lily. Sa Lily. Que s'était-il passé ? Il l'avait tuée avant Harry !
Harry pleurait, un fin filet de sang coulant sur son nez, regardant Peter avec attente. Il connaissait Peter. Peter arrangerait tout. Mais Peter se sentait complètement essoufflé, et aussi comme s'il regardait quelqu'un d'autre, comme s'il ne faisait rien mais était le témoin de ce qui se passait. Il fit quelque pas, fixant l'endroit où le bout de bois avait été abandonné. Sans corps, le Seigneur des Ténèbres n'avait pas pu continuer à la tenir.
La baguette.
Peter la prit, la plaçant dans sa poche, son cœur battant douloureusement. Puis il réalisa qu'il entendait un bruit de pas lourd, et il reprit rapidement sa forme de rat sans plus penser au petit enfant qui avait dépendu de lui. Il courut une fois de plus vers le bosquet, pensant avec désespoir, 'Je dois trouver un moyen de convaincre les autres que je n'ai pas conduit le Seigneur des Ténèbres à sa mort'. Comme la baguette accomplirait cela, il ne le savait pas, mais c'était tout ce qu'il avait. Et puis il y avait Sirius. Il savait qui était le vrai gardien du secret…
Mais par-dessus tout, ce qui importait le plus était que Lily était morte. Morte. Peter s'assit entre les arbres, une petite silhouette blottie sous les feuilles mortes de l'automne, regardant et attendant. Il savait que Sirius viendrait tôt ou tard, et qu'il aurait besoin de lui, qu'il devrait le pourchasser et cependant penser que c'était son idée. Il savait que Sirius voudrait se venger, car il serait aussi malheureux de la mort de Lily qu'il l'était. Il savait aussi qu'il devrait attendre un moment, comme il s'était arrangé pour que Sirius le cherche du côté de la hutte de Hagrid ce soir-là, sur le domaine de Poudlard. Sirius irait probablement là d'abord. Comme le temps s'étirait, il fut de manière répétée tenté de reprendre forme humaine pendant qu'il attendait, et à chaque fois, il dut se rappeler de quelque chose d'important :
Les rats ne peuvent pas pleurer.
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Severus cligna des yeux, regardant autour de lui avec confusion. Barty se tenait sur la crête de la colline, les bras croisés, l'air complètement responsable. Severus n'aimait pas du tout cet air.
« Pourquoi tu nous as fait transplaner ici ? » demanda-t-il à Barty, qui eut un sourire brillant.
« Afin que nous puissions voir le spectacle. D'un moment à l'autre maintenant, par là. » Il montra dans la vallée un groupe d'arbre qui avait de la fumée qui en émergeait, comme s'il y avait une maison en son milieu. Il sentit Barty le regarder. « O, tu n'étais pas au courant ? Les Potter ont essayé d'utiliser le sort de Fidelius, mais il s'est avéré que leur gardien du secret était un mangemort ! Pas de chance, hein ? De plus j'ai entendu que ce même mangemort à fait trouver à ce centaure qui était la fille de la Prophétie, tu sais, la 'Fille de Guerre'. »
Cela ne correspondait pas à ce que Severus savait, des informations qu'il avait glané sous la cape d'invisibilité de James Potter, mais il se tut. Il ne pouvait pas révéler qu'il avait espionné. Il avait entendu que des voyants avaient appris pour la fille. Peut-être que les voyants étaient aussi des centaures ? Lucius Malfoy était venu à un autre mangemort avec un rapport, et le mangemort était allé voir Voldemort, laissant Malfoy fulminer dans la couloir. Severus n'avait pas pu voir le visage de l'autre homme. Il était resté masqué. Cela avait été très difficile de ne pas lancer de sort à Malfoy ici ou là, de rester sous la cape à simplement observer. Il n'était cependant pas surpris de voir que quelques mangemorts étaient désinformés. Il n'était pas vraiment désirable que tout le monde puisse raconter la même histoire au ministère si l'on venait à être pris.
Barty parlait encore et Severus essaya de se concentrer. « Alors elle va être la prochaine. Attends simplement, cela ne devrait plus tarder maintenant. »
Attendre quoi ? De quoi parlait-il ? Mais il réalisa soudain où il était, quelle maison était dans la vallée, bien qu'il ne puisse rien voir. Le Seigneur des Ténèbres devait avoir dit à Barty la zone où il voyageait. Comme le gardien du secret ne lui avait pas dit où trouver la maison, ils ne pouvaient pas la voir. En fait, Severus essayait de s'imaginer la maison, et il réalisa qu'il ne pouvait pas. Il n'avait aucune idée de ce à quoi elle ressemblait, ou où elle était, pas vraiment. Mais Voldemort le saurait dans une minute, et puis Lily et James et Harry seraient tués…
Il se retourna en direction de Barty, affolé. « Tu veux dire qu'ils n'ont pas bougé ? Ils ont simplement utilisé le sort ? » Il se souvint de Dumbledore lui parlant du sort, au Chaudron Baveur, et indiquant que Sirius Black serait leur gardien du secret. Il se demanda si ce que Barty disait était vrai. Est-ce que Black était aussi un mangemort ? Avait-il donné ses amis à Voldemort ? Severus se souvint de la manière dont Black avait répondu à sa relation avec Lily. Avait-il caché sa jalousie à son propre meilleur ami, James Potter, pendant des années ? Avait-il trahi son meilleur ami ? Severus avait toujours haï Black, mais il ne l'avait jamais suspecté capable de cela.
« Malédiction ! » cracha-t-il. « Je lui ai dit de s'enfuit, de se cacher… » Il avait oublié à qui il parlait, et il voulut se mordre la langue aussitôt que ses mots lui avaient échappé.
Croupton le scruta suspicieusement. « Qu'est-ce que tu dis ? Tu as essayé de les informer ? Ils ont refusé de capituler ! Ils n'ont pas encore à mourir, s'ils acceptent de suivre les demandes du Seigneur des Ténèbres ! Mais ils seront probablement stupides et se battront… »
Rogue n'allait pas écouter cela plus longtemps. Il commença à descendre la colline en direction de la vallée, même en sachant qu'il ne pourrait pas trouver la maison sans que le gardien du secret le lui ai dit. Soudain, de derrière lui, il entendit Barty Croupton crier « CRUCIO ! »
Le sort le frappa de plein fouet dans le dos, l'envoyant au sol. Severus se retourna, la douleur le parcourant comme elle ne l'avait pas fait depuis son initiation, un hurlement échappant du plus profond de lui…
Barty s'approcha de Severus, tenant encore sa baguette sur lui. Finalement, il la souleva, rompant le sort, et Severus lutta pour se mettre sur ses coudes, haletant, la haine pour le garçon qu'il avait recruté possédant chaque cellule de son corps comme il travaillait à reprendre son souffle. En une fraction de seconde, il revécu chaque événement déplaisant où il avait été là et où Barty Croupton avait tué quelqu'un, chaque fois qu'il avait transformé un moldu en furet pour s'amuser. Aussi vite qu'il put, il sortit sa propre baguette et la pointa vers Croupton en criant « Expelliarmus ! », le faisant voler en arrière et frapper une grosse pierre pendant que sa baguette volait dans les airs jusqu'à la main de Severus. Barty était allongé sur le rocher, inerte. Il semblait être assommé.
Mais soudain, quelque chose de différent traversa son cerveau. Soudain, il se souvint d'où était la maison. Il pouvait à nouveau la voir, le petit jardin propret devant, les fenêtres, Lily se tenant dans l'entrée, tenant Harry sur sa hanche…
Il ne pouvait penser qu'à une raison pour laquelle il connaissait ces choses : le sort avait été rompu. Black avait dit le secret à Voldemort. Ce devait être pourquoi cela avait quitté son esprit en premier lieu, réalisa-t-il. C'était le sort.
Il se leva en tremblant, sentant encore les effets du sort. Il avait heureusement oublié à quel point cela pouvait être terrible. Il courut plus lentement qu'avant en direction de Godric's Hollow. Mais avant qu'il ait pu faire vingt pieds, il y eut une explosion. Cela alarma Severus et il se tordit la cheville sur la colline, tombant. A nouveau au sol, il leva les yeux au ciel, horrifié.
La Marque des Ténèbres flottait au-dessus du vallon. Severus resta où il était au sol, se sentant paralysé. Puis on en tendit une autre explosion dans la vallée, et un cri qui n'avait rien de ce monde. Qu'est-ce que cela peut bien être ? se demanda-t-il. Il n'avait jamais entendu quelque chose comme cela, pas même quand il avait vu d'autres personnes subir le sort de Cruciatus. Cela ne semblait même pas humain.
Severus se força à nouveau à se lever, et une fois de plus il courut, fonctionnant seulement à l'adrénaline. Il descendit dans la vallée, voyant maintenant le cottage. Il traversa la porte du jardin. Cela sembla prendre une éternité. Lily était allongé au milieu des massifs de fleurs, devant le cottage, en robe de nuit, le même air sur son visage que celui qu'il avait vu sur d'autres visages, ceux des personnes que Barty avait tuées. Il ne vit pas James Potter, mais il ne se souciait pas de cela. C'était probablement par la faute de Potter que tout cela était arrivé, Potter et son arrogance ! Potter qui avait confiance en Sirius Black au-delà de toute raison, alors qu'à seize ans, Black avait été capable de commettre un meurtre ! Sirius Black qui avait trahi son meilleur ami pour le Seigneur des Ténèbres…
Le bébé errait dans le jardin, son doigt à la bouche, pleurant piteusement. Il avait une blessure sur le front et elle saignait, coulant sur son nez. Severus sentait qu'il aurait dû être choqué que Harry soit vivant, mais il ne pouvait pas penser à cela maintenant. Il ne se souciait que d'une chose. Il tomba à genoux à côté de Lily, prenant son corps encore chaud contre lui, la berçant, ses sanglots angoissés se combinant à ceux du bébé dans la froide nuit d'automne.
Mais au milieu de son chagrin, une autre pensée luttait maintenant pour avoir sa place dans sa tête.
Sirius Black est mort.
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