Voilà bien longtemps que je n'étais pas revenue par ici, je ne sais pas si des lecteurs seront encore intéressés par cette fiction, mais bon, je tente le tout pour le tout. La fiction est bien avancée, je pourrai donc poster régulièrement. :)
Je souhaite bonne lecture à ceux qui voudront bien s'y lancer. ^^
Quelques minutes plus tard, ils pénétraient dans les appartements d'Hermione. Celle-ci, trempée jusqu'aux os, grelottait fortement. Sans rien dire, elle s'engouffra dans une pièce qui devait être la salle de bains, laissant Rogue seul au milieu du salon.
Le Maître des Potions, fronçant le nez devant les tapisseries rouge et or qui lui agressaient la rétine, songea un instant à s'en aller sans prévenir, mais quelque chose le retint. Il resta donc planté dans la pièce, attendant qu'Hermione le rejoigne. La scène qui venait de se jouer lui tournait impitoyablement dans la tête, ses lèvres le brûlaient narquoisement, et il tentait en vain de calmer les battements de son cœur.
Alors qu'il était en train de se dire qu'il fallait vraiment qu'il s'éloigne, qu'il fallait qu'il mette le plus de distance entre Hermione et lui, sa jeune collègue ressortit de la salle de bains, entourée de serviettes de bains, en tenant d'autres dans les mains.
Elle s'approcha de Rogue et lui tendit les linges qu'elle tenait. Severus se rappela alors qu'il était lui aussi trempé. Il s'empara prudemment des serviettes, sans rien dire. Le silence qui s'était installé entre eux commençait à devenir pesant, mais Severus ne voulait pas qu'il se brise. Il ne voulait pas repartir dans une dispute où Hermione réussirait à mettre à nu ce qu'il s'appliquait à enfouir au plus profond de son être.
Hermione s'essuya distraitement le visage et les cheveux, tandis que Rogue ne bougeait pas.
- Nous devons parler de Bellatrix, dit soudain la jeune femme.
Une sorte de soulagement relatif allégea le cœur de Rogue. Il préférait parler de la démence de Lestrange plutôt que de ses sentiments inavoués…
Cependant, il était certain qu'Hermione ne tarderait pas à tout remettre sur le tapis, et qu'ils allaient sûrement au devant d'une nouvelle dispute.
Il acquiesça doucement.
Puis, il observa les serviettes qu'il tenait toujours dans les mains. Soupirant, il en passa une sur son visage encore mouillé, mais il s'aperçut que les linges portaient l'odeur d'Hermione. Il préféra les éloigner de lui, craignant la direction que pourraient malencontreusement prendre ses pensées si jamais son nez restait trop longtemps plongé dans ces effluves.
Il posa les serviettes sur le canapé à côté de lui, les lèvres pincées, et s'approcha de la cheminée où crépitait un feu. Il promena lentement son regard onyx sur les étagères croulantes de livres qui recouvraient les murs, puis il observa les grimoires ouverts posés sur un petit bureau dans un coin et sur les accoudoirs d'un fauteuil. Cette pièce respirait Hermione Granger, et il n'aimait pas ça.
Il se tourna face à sa collègue, qui attendait apparemment qu'il dise quelque chose. Il croisa son regard chocolat, et préféra détourner le regard.
Voyant qu'il ne semblait pas décidé à prendre la parole, Hermione le fit à sa place.
- Je vous avais dit il n'y a pas si longtemps que je pensais que Bellatrix cherchait quelque chose à Poudlard. Cette hypothèse a apparemment été confirmée par ce qu'il s'est passé tout à l'heure.
Elle s'assit dans le canapé près de la cheminée, posa sa serviette sur ses genoux et y plongea ses mains. Elle observa Rogue qui n'avait toujours pas bougé. Celui-ci se décida enfin à aller s'asseoir en face d'Hermione, dans un fauteuil.
- Donc, reprit Hermione. Elle veut accéder à la Chambre des Secrets.
- Mais nous ignorons encore pourquoi, fit remarquer Rogue.
Hermione réfléchit un instant.
- Eh bien, reprit-elle, elle cherche apparemment quelque chose en rapport avec la maison Serpentard. Ca a sûrement un rapport avec Voldemort et sa volonté de leur faire revenir, étant donné qu'il était l'héritier de Serpentard… Elle veut donc vraiment mener son projet : le retour de Voldemort.
Rogue avait tressailli à ce nom, et Hermione lui lança un drôle de regard.
- Vous êtes encore effrayé par ce nom ? demanda-t-elle doucement.
Rogue sonda un instant le regard brun de la jeune femme en face d'elle.
- Pour moi, Miss Granger, c'est plus qu'un nom. C'est une partie de ma vie. Une période sombre et horrible.
- Vous ne devriez pas raisonner comme ça, Severus.
Il ne répondit pas. Hermione voulut tenter de le rassurer, mais elle sut que cela l'amènerait obligatoirement à parler de Lily et de leurs sentiments, et elle ne voulait justement pas que cela se passe dans l'immédiat. Certes, elle avait l'attention d'en discuter bientôt, mais pour l'instant, elle préférait qu'ils parlent de Bellatrix, avant de se retrouver au cœur d'une nouvelle dispute…
- Vous n'êtes jamais entré dans la Chambre des Secrets, dit Hermione pour replonger dans le vif du sujet.
- Vous non plus, rétorqua Rogue. Si je me souviens bien, vous étiez pétrifiée à l'infirmerie lorsque Potter et Weasley ont encore une fois voulu faire preuve de leur insolente témérité en pénétrant dans la Chambre de Salazar Serpentard.
Hermione ne prit même pas la peine de défendre ses amis, sachant que cela se montrerait complètement inutile. Sauf si elle voulait énerver Rogue…
- Vous avez bonne mémoire, Severus. Cependant, sachez tout de même que j'y suis déjà allée.
Rogue parut surpris par cette révélation.
- Le jour de la Grande Bataille, enchaîna Hermione, Ron et moi sommes allés dans la Chambre pour aller récupérer un crochet de Basilic, qui pouvait nous permettre de détruire les Horcruxes.
Elle fronça les sourcils avant de poursuivre :
- Mais, avoir vu l'intérieur de la Chambre ne m'aide pas à éclaircir les desseins de Bellatrix, au contraire. Il n'y a absolument rien dans cette salle. Mis à part le squelette du Basilic, aujourd'hui…
- Une annexe, peut-être ? proposa Rogue.
Hermione haussa les épaules.
- Peut-être. Il faudrait faire des recherches…
Rogue soupira.
- La liste des recherches à faire commence à être longue, marmonna-t-il. Il nous faut encore lire les livres que j'ai ramenés de l'Allée des Embrumes afin de pouvoir obtenir des informations sur la Magie Noire du Moyen-âge, créer un sort qui nous permettra d'ouvrir le Livre du musée, y chercher un antidote contre la possession qu'effectue Lestrange, puis partir à sa recherche…
Hermione se mordit la lèvre inférieure face à la longueur de la liste énumérée par son collègue.
- On n'a rien sans rien…, répondit-elle. Au fait, avez-vous trouvé facilement les livres dans l'Allée des Embrumes ?
Rogue se souvint brusquement qu'il n'avait pas dit à Hermione que Bellatrix s'y était rendue en même temps que lui…
- Facilement n'est pas le mot, et je n'y ai pas trouvé que des livres…
Hermione pencha la tête sur le côté en signe d'interrogation. Les commissures des lèvres de Rogue tiquèrent.
- Sachez que Lestrange aime aussi faire le tour des librairies de Magie Noire, à ses heures perdues.
- Quoi ?! s'exclama Hermione en se redressant sur son canapé.
Rogue haussa un sourcil.
- Elle aussi cherchait un livre. Avec un tel désir de l'obtenir qu'elle en a terrifié le vendeur…
Devant l'air d'incompréhension d'Hermione, Rogue se lança dans un résumé de ce qu'il avait vécu dans la librairie de l'Allée des Embrumes. Une fois qu'il eut fini, Hermione se lança dans une émission d'hypothèses diverses.
- Mais enfin, quel livre peut-elle bien chercher ? Elle veut peut-être approfondir ou perfectionner son sort de possession… Ou bien cela a-t-il un rapport avec la Chambre des Secrets…
- Pour l'instant, il ne sert à rien de perdre du temps en conjectures, la coupa Rogue.
Hermione se passa nerveusement une main dans les cheveux. Elle se redressa d'un mouvement sec, prête à faire les cent pas dans son salon. Mais la douleur vrilla soudainement son dos, la pétrifiant. Elle eut un accès de panique, redoutant un retour imminent de Bellatrix. C'est alors qu'elle se rendit compte que la sensation de brûlure n'était pas la même que d'habitude. Elle fronça les sourcils, passa une main dans son dos.
- Aïe ! cria-t-elle soudain.
Rogue lui jeta un drôle de regard.
Hermione, les traits du visage contractés, une foule de scénarios horribles tournant dans sa tête, le regarda dans les yeux un instant, poussa un soupir qui la fit grimacer de douleur puis annonça :
- J'aimerais que vous examiniez mon dos. Je pense que ma blessure s'est rouverte… Mais… Je n'ai pas mal comme d'habitude… C'est étrange…
Severus se rappela le sang qu'il avait vu couler sur le sol des toilettes, se mélangeant à l'eau qui fuyait des lavabos.
- Faites-voir, répondit-il d'une voix basse, craignant une nouvelle attaque de Lestrange.
Hermione se tourna, exposant son dos. Elle releva le bas de son pull, encore trempé de l'eau des toilettes et du sang qu'elle avait perdu quand Bellatrix avait tenté de la posséder.
Rogue se tendit en la voyant faire. Comme s'il n'était déjà pas assez torturé… Il s'approcha d'elle, raide, puis se baissa légèrement, afin d'observer l'état de la plaie. Lorsque ses yeux se posèrent sur la blessure, il s'immobilisa dans son mouvement. Les sourcils froncés, il secoua légèrement la tête comme pour s'assurer que ce qu'il voyait était bien réel. Lentement, il plaça ses mains froides sur le dos d'Hermione qui trembla légèrement à ce contact, autant à cause de la température des mains qu'à cause de leur propriétaire. Rogue promena son index sur la blessure. Ou sur ce qu'avait été la blessure.
Car la plaie n'existait plus. Elle avait été remplacée par une longue cicatrice blanche et neuve.
- C'est impossible…, marmonna Rogue pour lui-même, d'une voix blanche.
- Qu'est-ce qui est impossible ? demanda soudain Hermione en se retournant brusquement vers Rogue.
Celui-ci n'eut pas le temps de se reculer, mais leva un peu la tête, et les visages des deux sorciers se trouvèrent exactement face à face. Severus ignora le soubresaut de son cœur et s'empressa de reculer, détournant les yeux des lèvres entrouvertes d'Hermione.
Il se redressa, dominant sa collègue de toute sa hauteur. Il se concentra sur la blessure d'Hermione, oubliant les émotions qui revenaient le tarauder alors qu'il croisait le regard de la jeune femme.
- Votre blessure s'est… refermée, annonça-t-il d'une voix qui montrait qu'il n'y croyait pas lui-même.
Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent.
- Ma blessure… quoi ?
Rogue pinça les lèvres et regarda le plafond.
- Vous avez saigné lorsque Lestrange s'en est prise à vous… Ce n'est plus le cas. Vous n'avez plus qu'une… cicatrice.
Il avait dit tout cela d'une voix profondément incrédule, et Hermione le contemplait comme s'il venait de lui dire que Bellatrix n'avait jamais existé et qu'elle venait de se réveiller d'un long cauchemar.
Elle secoua la tête. Maintenant son pull relevé du bras gauche, elle leva le bras droit qu'elle passa derrière son dos. Elle toucha sa blessure du bout de ses doigts, et s'immobilisa quand elle ne sentit pas la plaie béante sous sa main.
Elle regarda un instant Rogue, les yeux écarquillés. Puis elle fit brusquement volte-face, le visage blême, et se précipita dans la salle de bain. Elle se tourna de façon à pouvoir voir son dos dans le miroir, puis se tordit en tout sens pour évaluer l'état de sa blessure. A son tour, elle put voir la cicatrice effilée et blanchâtre.
- C'est impossible…, souffla-t-elle à son tour. C'est impossible…
Elle regardait encore et encore sa blessure, comme pour s'imprégner de l'image, et croire à ce qu'elle voyait. Elle croisa le regard de Rogue dans le miroir. A quelques centimètres de l'encadrement de la porte de la salle de bains, il observait Hermione.
Le visage de celle-ci tiqua.
- Mais…, commença-t-elle en se tournant vers son collègue. Elle n'a pas pu partir comme ça, ce n'est pas possible… Même si…
Elle regarda une nouvelle fois sa cicatrice dans le miroir.
- Ma blessure ne s'est jamais refermée à ce point… Même lorsqu'elle ne m'a pas possédée durant un laps de temps assez long, je me souviens qu'il y avait toujours un liseré noir… Vous vous souvenez, comme celui qui suivait la colonne vertébrale d'Otacus, lorsqu'il était encore l'infirmerie, maintenu sous Stupéfix… Alors pourquoi…
Elle soupira, ne termina pas sa phrase. Rogue s'avança et vint s'appuyer dans l'encadrement de la porte de la salle de bains.
- Vous lui avez résisté, expliqua-t-il, vous avez pu l'expulsée de votre corps cette fois-ci, et la blessure a réagit en conséquence. Mais elle peut très bien revenir, par le biais d'un contact avec Malefoy ou autre, et votre plaie se rouvrira de nouveau.
Hermione, qui se regardait dans le miroir, observa le reflet de Rogue. Les regards de leurs deux reflets se croisèrent. Rogue releva le menton, comme tendu, comme perturbé par les yeux d'Hermione et le silence qui venait de s'installer, perturbé par ce qu'il se passait, ce qu'il s'était passé, et plus encore par le sourire qui commençait à se dessiner sur les lèvres d'Hermione.
- Si j'ai pu résister, murmura Hermione sans lâcher les yeux onyx de Rogue, c'est grâce à vous, Severus.
Rogue leva un sourcil, avant de rétorquer :
- Vous avez fait la plus grande partie du travail.
- Il n'empêche. Je pense que si vous n'étiez pas entré à votre tour dans mon esprit, elle aurait gagné.
La jeune femme se détourna du miroir et s'avança vers son collègue.
- J'aimerais vous remercier, dit-elle tout bas, sérieuse, les yeux toujours plantés dans ceux de Rogue.
C'en était trop pour ce dernier. Il détourna la tête et observa le plafond, qui avait le mérite d'être beaucoup moins troublant qu'Hermione.
- Vous l'avez déjà fait, répondit-il.
Du coin de l'œil, il aperçut Hermione s'approcher encore de lui, et leurs corps s'effleurèrent. Rogue fit brutalement volte-face, le visage fermé, et s'approcha de la cheminée d'un pas vif, s'éloignant le plus possible d'Hermione, hésitant à s'enfuir des appartements de sa jeune collègue. Il l'entendit soupirer derrière lui. Hermione s'appuya à son tour dans l'encadrement de la porte de la salle de bains.
Sa voix s'éleva dans le silence troublé qui tombait régulièrement entre eux depuis qu'ils étaient entrés dans les appartements.
- J'aimerais te poser une question, Severus, dit-elle, soudain familière.
Rogue ne broncha pas, mais Hermione sut qu'il lui portait son entière attention. Elle riva son regard au dos de son collègue, dont la silhouette semblait baignée du halo des flammes de l'âtre.
- Si je ne t'avais pas attrapé le bras, continua-t-elle, si je ne t'avais pas demandé de me suivre, serais-tu parti comme la dernière fois ?
Rogue, lentement, se retourna.
- Tu devrais savoir, Hermione, que certaines réponses sont hors de portée.
Hermione haussa un sourcil, puis se frotta le bras gauche de sa main droite.
- Certaines réponses, oui. Mais pas celle-là.
Rogue resta muet, droit et raide, les bras croisés et le visage insondable. Hermione secoua légèrement la tête.
- J'ai compris, asséna-t-elle d'une voix dure.
- Non, répondit Rogue de sa voix glaciale en la transperçant du regard. Non, tu ne peux pas comprendre.
Hermione fit un pas en avant.
- Explique-moi, alors.
La langue de Rogue claqua contre ses dents, signe de son exaspération.
- Il n'y a rien à expliquer.
Et sur ces mots, il se dirigea vers la porte, passant en coup de vent devant Hermione. Celle-ci, consternée, se dépêcha d'aller se poster devant la porte pour empêcher son collègue de fuir. Il lui lança un regard assassin.
- Severus Rogue, tu restes ici ! s'exclama-t-elle, furibonde.
- Ce n'est pas le moment de…
- Oh que si ! Tu… Tu m'embrasses, et ensuite tu t'en vas, sans que…
- Sans que quoi ? s'emporta Rogue.
Hermione lui lança un regard empli de colère.
- Il serait peut-être temps de savoir ce que tu veux, tu ne crois pas ? Tu restes sans cesse rivé dans ton passé ! Je le sais ! Je sais que tu penses sans cesse à Lily ! J'ignore ce qu'il se passe dans ta tête, si tu culpabilises ou je ne sais quoi, mais j'ai du mal à te suivre, tu comprends ?!
Rogue, les dents crispées, les poings serrés, baissa les yeux sur la jeune femme, frêle et petite, qui lui faisait face avec courage.
- Tu sais très bien que je n'abandonnerai pas et que…
- Peut-être le devrais-tu…, cracha-t-il.
Hermione fronça les sourcils.
- Et tu penses que je vais te croire ?
Elle l'empoigna par le devant de la cape.
- Tu… Tu avais dix ans quand tu aimais Lily, Severus… Tu en as trente de plus, aujourd'hui…
La voix d'Hermione s'était brisée. Rogue la repoussa.
- Tu ne peux pas comprendre, répéta-t-il.
- Tu as peur de la trahir ? demanda-t-elle. Pourtant, elle est bien partie avec James Potter…
- TAIS-TOI ! hurla-t-il soudain.
Il ne tenta plus de l'écarter de la porte, mais fit volte-face et lui tourna le dos. Hermione se fustigea. Elle venait de faire preuve d'un aberrant manque de tact.
Elle se mordit la lèvre, honteuse. Mais elle en avait assez. Assez qu'il n'assume pas ses sentiments. Et elle en voulait tellement à Lily Potter…
Elle s'approcha de Severus.
- Severus…, murmura-t-elle.
Avec douceur et prudence, elle posa sa main sur le dos de Rogue. Elle sentit ses muscles de contracter sous ses doigts.
- Je suis désolée… Je n'aurais pas dû dire ça… Mais…
Elle soupira. Des larmes vinrent mouiller ses paupières.
- C'est juste que… J'aimerais que tu comprennes que Lily…
- …a été l'une des seules personnes à se soucier de moi, acheva Rogue en se retournant et en emprisonnant les poignets d'Hermione dans ses mains froides.
Hermione le regarda avec un air triste.
- J'ai eu besoin d'elle longtemps, et les remords me rongent, encore aujourd'hui…, continua-t-il d'une voix basse et pleine de souffrance. Si tu n'es pas capable de comprendre ça, alors…
- Si, je le suis, trancha Hermione, retrouvant le contrôle de ses émotions. Mais c'était il y a longtemps… Je suis sûre qu'elle n'aurait pas voulu te voir aussi renfermé par souvenir d'elle… Et moi aussi j'ai besoin de toi aujourd'hui, pour que tu m'aides à combattre Lestrange…
Elle déglutit.
- J'ai besoin de toi… Comme tu as eu besoin de moi dans la Cabane Hurlante, il y a trois ans…
Rogue fronça les sourcils, sans comprendre. Il lâcha les poignets d'Hermione, fit un pas en arrière et observa l'air déterminé de sa collègue.
- Je vous demande pardon ? fit-il en revenant au vouvoiement.
Il vit qu'Hermione hésitait à répondre. Il ne put capter le fil de ses pensées. Mais il remarqua les yeux de la jeune femme se poser sur la cicatrice qui parcourait sa gorge depuis qu'il avait été mordu par Nagini…
Ses yeux s'écarquillèrent avant de se plisser, menaçants. Il saisit violemment Hermione par le devant de son pull.
- Que dois-je comprendre ? murmura-t-il entre ses dents.
- Ce qu'il te semble falloir comprendre…, répondit Hermione, sans se départir de son courage.
Il la relâcha avec dédain et lui tourna encore le dos.
- Quand, quand vous mêlerez-vous de ce qui vous regarde ? demanda-t-il d'une voix dure, toujours sans regarder Hermione.
- Pas aujourd'hui.
Il secoua doucement la tête. Hermione, prenant une profonde inspiration le contourna et vint se poster face à lui. Il leva la tête pour ne pas croiser les yeux de la jeune femme. Celle-ci, résignée, leva une main et vint suivre la cicatrice de Rogue du bout de l'index. La chaleur de la peau de son collègue sous son doigt la fit frissonner.
- Tu ne peux pas me condamner pour t'avoir sauvé, et tu le sais…, chuchota-t-elle.
- Justement…, répondit Rogue d'une voix pleine de souffrance.
Il baissa ses yeux noirs et torturés de lave figée sur Hermione. Il faillit lui cracher au visage qu'elle l'avait empêché de retrouver Lily.
Il faillit.
La douceur dans les yeux d'Hermione lui fit perdre ses moyens. Pour la simple et bonne raison qu'il y avait bien longtemps qu'on ne l'avait plus regardé comme cela. A regret, il pensa que même les yeux verts de Lily n'avaient jamais irradié d'une telle expression. A regrets, il pensa qu'Hermione avait raison, que son amour pour Lily avait veilli…A regrets, il pensa que sa jeune collègue avait crié en quelques mots la vérité : Lily ne l'avait pas aimé plus qu'en ami, car elle lui avait préféré James Potter. Il l'avait toujours su. Mais jamais on ne le lui avait dit. Il pensa qu'Hermione avait tout compris en disant que Lily n'aurait jamais voulu qu'il se referme ainsi sur lui-même. Ou peut-être, finalement, avait-elle tort… Car Lily ne lui avait jamais pardonné son insulte. Qu'aurait-elle fait, en apprenant que c'était lui qui l'avait tuée, indirectement ? Mais ces pensées étaient trop douloureuses, et il préféra les oublier un court instant. A ce moment, plus que tout, il voulut oublier cette culpabilité qui l'assaillait depuis tant d'années. Alors, il s'abandonna à ses sentiments.
Il pensa que la main qu'Hermione promenait sur sa gorge avait une texture très agréable. Un peu trop, certainement…
Pour la seconde fois en une soirée, il songea qu'il était bien faible.
Il prit le visage d'Hermione entre ses mains. Il l'observa intensément un instant, plongeant ses yeux dans ceux brûlant de la jeune femme. Puis, il la serra contre lui, avec une force qui l'étonna lui-même. Il enfouit son visage dans l'épaule d'Hermione, respirant l'arôme de ses cheveux, un arôme qui commençait à devenir familier pour lui.
Familier, entêtant…et nécessaire ?
Hermione se blottit contre Severus.
Ils restèrent un moment enlacés dans le salon des appartements d'Hermione.
Rogue se tendit un instant. Juste après, il chuchota du bout des lèvres un mot à l'oreille d'Hermione.
- Merci…
Un seul mot, au pouvoir immense, qui allégea le cœur d'Hermione, tandis que sur ses lèvres se dessinait un sourire.
Merci d'avoir lu !
